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La famille de Diala, on va vous conduire chez vous.
NORD DE L'ANGLETERRE, 2016
Prenez vos bagages, on va vous aider.
Vous êtes qui, putain ?
Restez poli, monsieur.
Répondez. C'est qui, putain ?
Ils viennent de Syrie.
Des musulmans de Syrie ? Vous déconnez ?
Restez poli. Il y a des enfants. Restons calmes.
Je pense d'abord aux miens.
Je comprends. Mais laissons-les s'installer.
C'est pas juste, c'est nul.
Je répondrai à toutes vos questions, mais mettons ces enfants...
Tout va bien ?
Non, ça va pas.
Pourquoi on nous a pas prévenus ?
La mairie viendra vous expliquer.
Expliquer ? On a même pas été prévenus.
Écoutez, ils n'ont pas tort.
Il faut le reconnaître.
Il y a des mômes dans le car.
Ils sont fatigués, effrayés.
On va les installer chez eux. On verra plus tard.
On verra ça plus tard.
Enfoirés de bougnoules !
Vous avez buté mon pote en Irak !
C'est inacceptable.
C'est ça qui est inacceptable.
Elle te prend en photo, regarde !
Tu prends ma photo sans ma permission ?
C'est une putain de honte, TJ !
Efface cette photo tout de suite !
Efface-la !
Tu terrorises les enfants.
Elle me prend en photo, ça se fait pas !
Attention à la marche en descendant.
Essayez de rester groupés.
Vite, les garçons.
Par ici.
Je m'occuperai des photos.
Mais c'est des gosses. Laissons-les s'installer.
Souriez, mesdames.
Encore deux photos.
Rocco, arrête.
Rendez-moi l'appareil.
Fais pas l'idiot.
Tout va bien.
Reculez, maintenant.
Elle a essayé de le choper. Fallait pas.
On verra ça une fois à l'intérieur.
Entrons.
Tout le monde est là ?
Je suis vraiment désolé pour ça.
Le salon est ici.
Vos bagages.
Je regrette ce qui est arrivé. J'espère que ça ira.
Allez, Marra !
Bon chien.
Donne.
Bon chien, Marra.
Allez, file.
Je vais te donner de l'eau.
Bon chien.
Et voilà.
Bon chien.
Allez, merde.
Installe ta mère. Je vais causer à ce mec.
- Calme-toi, papa. - Installe-la.
À VENDRE
Eh, mon gars !
La maison est vendue ?
Secret commercial, monsieur...
Secret, mon cul. Elle est vendue ou pas ?
Elle a été vendue aux enchères en ligne,
avec trois autres en haut du village.
Quatre maisons sans une visite ? Qui les a achetées ?
J'en sais rien. Une boîte à Chypre.
Combien ?
8.000 chacune.
Je suis foutu.
On a payé cinq fois ça !
Comment je vais vendre, maintenant ?
Y a un locataire ? Vous avez vérifié ?
C'est pas mon rayon.
"Pas mon rayon", mon cul.
Vous avez loué la maison à côté de chez moi à un cinglé.
Ils les achètent en ligne,
aux enchères.
Ils sont jamais venus voir les maisons.
Ils ont jamais mis les pieds ici, dans notre village.
Achetées par des spéculateurs cupides pour louer à des crétins.
C'est des putains de parasites.
Ils viennent même pas au village.
Ils voient même pas les baraques qu'ils achètent.
Vous savez quoi ?
Y a des annonces pour des chambres à louer dans ma rue.
À la prison de Durham.
Je déconne pas. Sérieux.
Sérieux.
Sans déconner ?
Il y a quelques années, quand Mary a été diagnostiquée,
on pensait vendre pour déménager près de chez sa sœur.
On se tâtait, on savait pas quoi faire.
On a fait évaluer la maison. Elle valait dans les 50.000.
Un peu plus que le prix d'achat.
Vous savez combien la boîte à Chypre a payé ces baraques ?
8.000 chacune.
Putain.
On est foutus. 8.000.
Mary n'en peut plus de ce con de voisin,
mais on est coincés là.
C'est devenu une décharge, les gars.
Les gars et les filles ! Une décharge.
T'as bien raison.
Ceux qui achètent les maisons,
ils s'emmerdent pas à les retaper.
Et ceux qui emménagent, comme c'est pas eux les proprios,
ils les retapent pas et elles tombent en ruines.
Je sais pas quoi dire. Mary et moi,
on a vécu au village toute notre vie.
Et ça va être comme ça pour le restant de nos jours ?
J'en peux plus.
T'inquiète pas, Charlie. On comprend.
On connaît tous Mary. Salue-la pour nous.
On pense à elle.
Comment elle va ?
Posséder sa maison, c'était une fierté.
Maintenant, c'est un boulet.
Un putain de boulet, parfaitement.
Un boulet.
Regarde.
Elle était dans le car.
Une Guinness pour elle, alors.
Je peux vous aider ?
Je voulais vous remercier pour votre gentillesse.
- Me remerciez pas, j'ai rien fait. - J'apprécie.
Vraiment, c'est rien.
J'ai une autre question à vous poser.
Je cherche l'homme qui a cassé mon appareil.
Il doit payer et réparer.
Vous le connaissez ?
Non, je sais pas qui c'était.
Il portait un T-shirt rayé noir et blanc.
C'est le maillot d'une équipe de foot locale.
Oui, mais vous lui parliez. Vous vous souvenez ?
Oui, je me souviens.
Je sais qui c'est. C'est pas un ami à moi.
Je suis pas la police.
Si vous le voyez, vous pouvez me prévenir ?
Je m'appelle Yara, au fait. Et vous ?
Tommy Joe Ballantyne.
Merci, M. Ballantyne. Vous pouvez faire ça ?
Je vais essayer, oui.
Merci beaucoup, M. Ballantyne.
Elle est gonflée !
Je croyais qu'ils pouvaient pas entrer dans un bar.
Ils font n'importe quoi quand personne regarde.
J'ai appris ça en bossant là-bas.
Elle a débarqué comme si c'était chez elle.
Et quoi, après ?
On construit une mosquée.
Bonjour Linda.
T'as pas école ?
Si, mais ils peuvent se passer de moi une journée.
Le dites pas à ma grand-mère...
Putain, j'ai failli me chier dessus.
TJ, arrête de dramatiser. Ils sont gentils, en vrai.
Dramatiser ? Tu pourrais lui mettre une selle !
Sérieux. On les sortirait pas s'ils étaient pas cools avec les gosses.
Ils mordent pas, ils sont adorables.
- Adorables ? - Ils sont pas méchants.
Ils la regardent comme un casse-croûte.
Ils sont pas méchants.
On s'excuse, mec.
Bordel de merde.
Écoutez-moi.
Vous devez payer.
Fallait pas essayer de le choper.
Vous n'auriez pas dû le prendre.
Fallait pas me photographier.
- Vous devez payer. - Non.
Qu'est-ce qui se passe ?
C'est lui qui a cassé mon appareil.
Me gonfle pas.
Je ne vous comprends pas.
Vous devez payer.
Si tu comprends pas la langue de Shakespeare,
va te faire foutre dans ton pays !
Ne me dites pas ça.
Pas mal, venant de toi. T'es pas franchement d'ici.
Je me casse. Bonne journée.
Donc, vous le connaissez ?
Oui, je le connais.
Il vous donnera rien pour réparer l'appareil.
Tout son fric part en alcool.
- Vous l'avez sur vous ? - Oui.
Je peux y jeter un œil ?
Si vous venez avec moi au pub, je pourrais peut-être vous aider.
Maintenant ?
Si vous avez le temps, oui.
Bon chien.
Allez, file.
Maggie, tu me passes les clés de l'arrière-salle ?
- Ça va, ma belle ? - Oui, merci.
Suivez-moi.
Excusez le désordre.
Cette salle est fermée depuis 20 ans.
Dans le temps, c'était bondé tous les soirs.
La vie sous terre
Il y avait une mine de charbon, au village.
Chaque village de la région avait son puits.
Ils ont disparu depuis longtemps.
Tout un mode de vie.
Disparu à jamais.
Catastrophe de la mine d'Easington, 1951
Le Gala des mineurs de Durham
La Grève de 1984
"Fermez une mine Tuez un village"
"Victoire aux mineurs"
"Donnez-moi un avenir"
Yara.
Voilà ce que je voulais vous montrer.
Ils ne sont pas comme le vôtre.
Mais j'ai pensé que, peut-être,
l'un d'eux pourrait vous être utile.
Ils étaient à mon oncle.
Il a pris la plupart des photos ici.
Celui-ci ressemble beaucoup au mien.
Merci d'avoir pensé à moi.
Mais mon appareil...
J'y tiens beaucoup.
Il y a un magasin à Durham où je pourrais vous le faire réparer.
Merci, mais je n'ai pas d'argent.
Si on vend deux de ces appareils dans ce magasin,
on en tirera assez pour réparer le vôtre.
Vous pouvez me le confier.
Je le ferai réparer, je veillerai dessus.
Merci infiniment.
Je veillerai dessus, promis.
Si je peux me permettre...
Vous parlez très bien anglais.
Vous avez appris où ?
J'ai vécu deux ans dans un camp.
J'étais bénévole pour aider les infirmières étrangères.
Elles m'ont appris beaucoup d'anglais.
Les premiers mois, j'ai décidé
que j'apprendrais 20 nouveaux mots anglais par jour.
C'est ce que j'ai fait.
Je dois m'en aller.
Les habitués sont là. Deux veulent commander.
Merci, Maggie.
À plus tard.
Je vous laisse ça.
M. Ballantyne ?
Je peux regarder les autres photos ?
Bien sûr. Prenez votre temps.
J'en ai pas pour longtemps.
Où t'étais ?
Pas moyen d'être servis.
Cinq minutes qu'on attend.
- Une bière ? - Oui.
- C'est pour moi. - Merci beaucoup.
Qu'est-ce qui se passe, TJ ?
Pas grand-chose.
On sait qu'elle est là.
C'est le seul endroit du village
où on peut oublier nos soucis,
être nous-mêmes.
J'espère que tu la baises pas, à côté.
C'est sûrement un trip nostalgique.
Tu la fais pleurer sur ces pauvres mineurs ?
Vic, arrête tes conneries.
On vient juste boire une pinte tranquille.
Et on a pas besoin de bougnoules dans notre troquet.
Des bougnoules ?
Des bougnoules, mec ?
Parle pour toi.
Et d'abord, elle te fait strictement aucun mal.
Fais pas chier, Joe.
Ça se voit que ton père était un jaune.
T'es en train de virer comme lui.
S'il avait su, il aurait repris le boulot plus tôt.
Il a pas repris plus tôt, mais il a repris.
Cinq ans après, quand le puits a fermé,
il s'est fait jeter comme nous tous.
"Ils ne mourront pas de faim"
"Quand on mange ensemble, on se serre les coudes"
Je vous ai apporté à boire.
Quand on mange ensemble, on se serre les coudes.
Ma mère disait toujours ça.
On faisait pareil avant de quitter la Syrie.
On cuisinait avec nos voisins.
Et on dormait sous l'escalier en cas de bombardement.
Ça date de pendant la grève.
J'étais jeune. Je démarrais dans la mine.
Le gouvernement a voulu nous affamer.
On a fait en sorte de manger ensemble tous les jours.
Et là, c'est quoi ?
C'est encore la grève.
Fallait pas se faire prendre par ces salauds.
Ils ont l'air forts.
On l'était.
Mon père disait toujours :
"Si les travailleurs réalisaient leur pouvoir
"et osaient s'en servir, on pourrait changer le monde."
Mais on l'a jamais fait.
C'est des vêtements.
Et ça ?
Entrez.
- Tu y arrives ? - Oui, ça va.
Comment ça va ?
Bien. Celui-ci est pour toi.
Maman dit merci.
Pas de souci.
Parce que Jamila me donne des coups de pied au lit.
Non, Jamila !
Toi ?
Vous voyez ?
Deux secondes.
Ça va ?
Vous savez quoi ?
- Vous apprendrez jamais. - Quoi donc ?
Charité commence par soi-même.
Vous avez vu ce que j'apporte ?
Des couches. Il y a un bébé.
J'apporte des vêtements,
des chaussures.
Je les pose dedans ?
Oui, des chaussures !
Quelques bricoles.
Merci !
C'est bien.
Cette Aïcha est super mimi.
Mais ils vivent un vrai cauchemar.
Le bébé pleure sans arrêt à cause de ses bronches.
Et le voisin que t'as vu ?
Il cogne au mur en gueulant des insultes.
Un cauchemar, vraiment stressant.
Ça m'étonne pas.
Si tu les entendais au pub,
surtout quand ils ont picolé...
Quand ils rentrent chez eux, ils se connectent
et ils se montent la tête.
Les trucs qui sortent, c'est horrible.
Tu leur dis quoi, au pub ?
Qu'est-ce que je peux dire ?
J'en sais rien, je te le demande.
Je dis rien.
Je ferme ma gueule.
Pour vous, pour la maison. Ça se passe bien ?
Pas de souci.
Et pour toi, devine.
Un vélo.
Et voilà !
Contente ?
Vas-y, Rana !
Ça va ?
Pourquoi ils ont tout ça ?
C'est donné par les gens du coin.
Que des trucs d'occasion, rien de neuf.
Je sais, mais on leur donne tout.
Ils ont tout perdu. Il faut comprendre.
Ils sont arrivés ici avec que leurs habits sur le dos.
J'aimerais avoir un vélo.
Tu pourrais faire quelque chose pour les gosses du coin.
Tu te fous de moi ?
Et toi, tu peux pas ? Redémarre le foot.
Non ?
Je me disais bien.
Je cours dans tous les sens, j'arrête pas.
J'ai des mômes, un boulot, ma mère va pas bien.
Mon mec me voit jamais. Tu veux que j'en fasse plus ?
On est une poignée à faire ça.
Moi et trois bénévoles de l'église.
Bon sang. Toi, fais quelque chose !
Bordel.
C'est toi qui nous bottais le cul pour qu'on se bouge.
Et maintenant, je dois te supplier
pour transporter des trucs dans ton camion ?
Sans déconner ? Arrête.
À vos marques.
Prêts.
Continue, Linda !
Continue, Linda !
Linda, ça va ?
Je me sens malade.
Ta mère est ici ?
Non, elle travaille.
Ça va, ma chérie ?
Non.
Bois de l'eau. Tu es peut-être déshydratée.
Tu as mangé quoi, aujourd'hui ?
Un petit sachet de chips.
Tu veux rentrer chez toi ?
C'est près d'ici ?
Oui, à quelques rues.
Je peux t'accompagner.
J'ai oublié mes clés.
Max ?
Ouvre-moi.
Qu'est-ce que tu veux ?
Ta sœur se sent mal. Je peux entrer l'aider ?
Oui, d'accord.
Assieds-toi.
Pose ta tête ici.
J'ai une banane dans mon sac. Tu en veux ?
Non. J'ai besoin de sucré. D'habitude, ça aide.
Tu as un biscuit ou quelque chose de sucré pour ta sœur ?
Une minute.
Vous êtes qui, putain ?
Excusez-moi...
Est-ce que je viens chez vous fouiller dans votre frigo ?
Dehors !
Dehors, putain.
Vous ne comprenez pas...
Arrête !
Je voulais aider...
Je suis responsable de ces gosses.
Vous mêlez pas de mes affaires, sale étrangère.
Elle m'aidait.
Rien à foutre. On veut pas de vous ici.
Elle est malade, je l'aidais.
Rien à foutre, dehors !
Revenez pas.
Combien de fois je vous l'ai dit ? Pas d'inconnus à la maison.
Pas d'étrangers chez moi !
- Combien de fois ? - J'étais malade !
- M. Ballantyne ? - Bonjour Yara.
J'ai quelque chose pour vous.
Merci infiniment.
Ma mère vous dit d'entrer.
- Boire un thé. - Non, mes chaussures sont sales.
S'il vous plaît, juste pour un thé. Cinq minutes.
Entrez.
C'est très gentil à vous.
Elle se moque de moi.
Maintenant, je vais photographier tout le monde,
comme au camp.
Prenez des gâteaux.
Vous aimez ?
Très bon gâteau.
Délicieux.
L'appareil, ça va ?
C'est parfait.
Il est comme neuf.
Choukrane.
Vous savez ce que ça veut dire ?
Non.
Ça veut dire "merci".
Ça rime avec votre nom.
Choukrane, M. Ballantyne.
Tous les enfants vont à l'école. Comment ça se passe ?
Bien.
L'école, bien ?
Et toi, mon grand,
comment se passe l'école ?
Bien.
Tes poupées sont très jolies.
Elles ont des noms ?
Ce sont les noms de ses amies au pays.
Elle ne sait pas où elles sont.
C'est notre père.
Elle dit qu'elle voudrait qu'il nous retrouve ici.
Il vous retrouvera.
J'en suis sûr.
Excusez-les, ils ont des devoirs.
Donc, c'est mon père.
Il est tailleur.
Les mains et l'esprit agiles.
Son seul crime a été de chercher son frère.
Il a été pris par les chabiha.
Ça veut dire "les fantômes".
Les fantômes ?
Des miliciens à la solde du régime syrien.
Ma mère pense qu'il est mort.
Je sais qu'il vit encore.
L'appareil vous vient de votre père ?
Oui.
Quand j'étais petite, je lui ai dit
que je voulais être photographe et parcourir le monde.
Cet appareil m'a sauvé la vie.
Comment ça ?
Parce que j'ai vu beaucoup de choses
que j'aurais voulu ne pas voir.
Je n'ai pas de mots pour les décrire.
Quand je regarde à travers l'appareil,
je choisis de voir de l'espoir et de la force.
Je choisis comment je vis avec cet appareil.
D'accord.
Et j'ai l'impression
que mon père est avec moi.
Alors, merci de l'avoir réparé.
C'était un plaisir.
Bashir !
Mets-lui ce qu'il mérite. Qu'il paie !
Lâchez-le. Je veux lui parler.
Dégagez.
Toi, petit con.
Regarde-moi.
Je sais ce que t'as fait, putain !
On sait ce que t'as fait. Pourquoi t'as fait ça ?
Debout.
Petit con. Dégage !
Enculé d'immigré, tire-toi dans ton pays.
Si tu refais ça, je te jure...
Petit enculé de Paki.
Un petit branleur, c'est tout ce que t'es.
Lâchez-le. Je veux lui parler.
Debout, petit enculé.
Je sais ce que t'as fait.
Arrête ici.
Lui, tu le vois ?
C'est mon neveu.
Écoute ce qu'il dit.
"Tu sais ce que t'as fait. On sait ce que t'as fait."
T'as vu ça, Charlie ?
Cet enfoiré d'étranger
emmerde des gamines à la cantine. Il en a bousculé une.
Demande aux parents.
Je connais ce gamin.
C'est un bon petit, réglo.
On essaie de comprendre.
Il s'est passé un truc.
Gary, repasse-la.
Tire-toi !
Dégage !
On aime pas les brutes, ici.
Il s'est passé un truc avant.
Oui, et Ronnie réagit à ça.
Ronnie se fait emmerder sur les réseaux sociaux.
C'est des fanatiques.
Qu'est-ce que tu dis de ça, TJ ?
J'en sais rien.
Une autre pinte, quelqu'un ?
C'est ça, ta réponse ?
Je veux bien. Merci, Eddy.
C'est tout ce que tu trouves à dire ?
Je vais la chercher.
Je suis pas raciste,
mais à l'école, ça me plaît pas.
Tous ces gosses en plus.
C'est pas leur faute,
mais certains parlent même pas anglais.
Ça ralentit tout le monde.
Y a pas des profs en plus ?
Si. Ils font venir quelqu'un qui parle arabe.
Arabe ?
Génial pour nos gosses !
Mon cousin en a vu deux chez le toubib.
Une plombe pour remplir les formulaires.
Comme avec Mary à la maison de santé.
C'est marrant.
Ils les envoient jamais à Chelsea ou à Westminster.
Évidemment ! Ils veulent pas vivre près d'eux.
Du coup, ils nous les refourguent par cars entiers.
J'ai rien contre les réfugiés, les migrants.
Mon père était irlandais.
Mais y a plus rien dans ce village.
Faudrait partager avec eux ? On les connaît même pas.
Et si on râle, les bourges nous traitent de racistes.
- J'en ai ras le cul. - Moi aussi.
Et leurs antécédents ?
Tu me suis ?
Qui sont leurs épouses, leurs frères, leurs cousins ?
Ils ont tous des smartphones.
Reliés à des combattants en zone de guerre.
Il suffirait qu'un seul s'infiltre.
Un putain de taré de djihadiste.
Je plains ces pauvres types, sérieux.
Moi aussi, mais qu'est-ce qu'on peut faire ?
On arrive pas à protéger les nôtres.
Bien dit !
Des gens qui vivent dans des squats avec des bougies.
Ils ont jamais eu de respect pour nous.
On devrait tracer une ligne rouge.
Ça commence ici, dans ce village.
Dans ce pub, l'Old Oak.
Organisons une réunion pour donner notre avis.
On fait venir tout le monde, le maire, la presse...
ITV Tyne Tees.
Fais gaffe, Charlie.
Ça ferait venir des tas de racistes. On a pas besoin de ça.
En ce qui me concerne, c'est maintenant ou jamais.
On ferait ça où ? Tout a fermé.
La salle paroissiale,
le foyer des mineurs, même l'école.
T'as ouvert l'arrière-salle, l'autre jour. Pourquoi pas là ?
C'est fermé depuis 20 ans. C'est un vrai dépotoir.
On t'aiderait à nettoyer, pas vrai ?
Oui, bien sûr.
Y a pas de chauffage, la plomberie et l'électricité sont HS.
Jaffa a bossé dans le bâtiment.
Tu pourrais aider ?
Sans moi. J'ai le dos en miettes.
Et les cuisinières ?
Les cuisinières ?
Elles ont pas servi depuis 30 ans.
Je peux les démonter.
On a pas besoin de cuisinières, de bouffe, ni rien.
On veut juste une salle pour une réunion.
Où est le problème ?
Je suis pas assuré.
Je peux pas recevoir de public.
Tu te soucies des règles, tout d'un coup ?
Ça te dérange si je vais voir ?
Vas-y.
Les clés sont derrière le bar, ouvre.
La salle reste fermée.
Tu sais quoi, TJ ?
Certains d'entre nous viennent ici depuis 40 ans. Toute une vie.
Mary et moi, on a fêté...
nos fiançailles dans cette salle. T'étais là, tu te souviens ?
Bien sûr.
T'avais fait un chouette discours.
"Marras pour la vie", et tout ça.
Tu veux pas nous ouvrir mais tu y acceptes tes nouveaux amis ?
Et nous, on ne compte plus ?
Désolé, mon pote.
Désolé.
Cette salle reste fermée.
Laisse tomber, c'est mort.
Désolé, Charlie.
C'est lamentable. Assieds-toi.
Absolument.
Je peux vous parler ?
Oui, vous. Il faut que je vous parle.
J'étais pas au courant, pour Linda.
Je suis désolée.
Je voulais m'excuser.
Désolée d'être entrée chez vous.
J'aurais dû demander.
Linda m'a montré vos photos d'elle.
Elles sont super.
Tellement naturelles !
Elle a l'air contente, pour une fois.
Donc, j'ai montré les photos aux filles du salon.
Je fais le ménage là-bas quelques heures par semaine.
Ça leur ferait plaisir d'être prises en photo aussi.
Oui, je peux faire ça.
Faites attention.
Vous pouvez regarder vers l'appareil ?
Je regarde vers vous ?
Je vous présente Debbie.
Yara.
Ça vous plaît de faire ça ?
Oui, beaucoup.
Merci de me laisser vous photographier.
Je vous en prie.
Une bonne tasse de thé.
Fantastique, merci.
Tenez, Yara. Pour vous, ma belle.
Comment va Linda ?
Ça va mieux. Elle a repris l'école.
Bien chaud.
Je peux vous poser une question ?
Vous faites des chèques cadeaux ?
Non, Sadie. On est un salon tout simple.
Non ?
Vous connaissez ma fille Josie.
C'est bientôt son anniversaire. Elle est pas sortie depuis des mois.
Je me disais que ce serait sympa
si elle pouvait se faire coiffer...
Et ses ongles... c'est la cata.
Il y a du boulot.
Si je lui donne de l'argent,
tout ira pour ses gosses.
J'ai une amie qui vit exactement la même chose.
C'est affreux.
Elle a perdu toute confiance, elle se cache.
On la voit jamais.
Josie est tellement seule. Ça me désole.
Elles ont honte, pas vrai ?
C'est arrivé à ma Katie.
Elle s'est retrouvée sur la touche.
Je sais même pas où elle est.
Si elle reviendra un jour.
Et voilà 5,20.
Tu t'es fait une copine.
Elle m'embête pas. Elle est mimi.
C'est une perle.
On peut te parler ?
Yara et moi, on a pensé à un truc.
C'est rassurant.
Mais non...
Yara était au salon de coiffure l'autre jour.
Elle a causé aux filles.
Tu sais comme les gens en bavent.
Elle a parlé avec Sadie, de sa fille Josie.
Je l'ai pas vue depuis des mois.
Oui, exactement.
Elle se cache complètement.
J'ai réfléchi, M. Ballantyne.
Nos familles, les familles syriennes,
sont complètement isolées et inquiètes pour leurs enfants.
Les gens du coin en bavent aussi.
Je sais. Ce qu'on me raconte ici, c'est désolant.
Exactement, donc...
Cette photo, dans l'arrière-salle.
Les paroles de votre mère : "Si on mange ensemble,
on se serre les coudes."
Imaginez que toutes les familles se retrouvent pour manger ensemble.
On peut devenir amis.
Ça pourrait vraiment changer notre vie.
Qu'en pensez-vous ?
C'est une belle idée, mais un peu ambitieuse, non ?
Pourquoi ?
Nos mères faisaient 500 repas par jour pendant la grève.
On peut faire un repas pour quelques villageois.
On commencerait petit, pour ceux qui en ont le plus besoin.
Comme Josie.
Brendan de l'école saurait quels enfants sont les plus concernés.
Pour démarrer.
Je vous prête la camionnette quand vous voulez.
Le truc, c'est qu'il n'y a nulle part
pour faire ça.
La salle paroissiale a disparu.
C'était le dernier endroit potable, alors...
on a pensé...
qu'on pourrait utiliser l'arrière-salle ?
Tu veux me faire honte ?
Elle est fermée depuis 20 ans.
Si on faisait venir des gens...
La plomberie et l'électricité sont HS.
Il y a quelques maçons chez nous...
C'est dangereux, Yara.
Tu le sais.
Tu sais que c'est dangereux. À quoi tu joues ?
Comment ça, TJ ?
Tu veux me ruiner ?
On veut aider le village.
Même si je pouvais ouvrir cette salle,
les quelques habitués qui me restent me boycotteraient.
Je tiens ce pub à bout de bras.
Je peux pas vendre.
J'ai pas un sou à mon nom.
Tu veux me mettre à la rue ?
- Non, bien sûr. - C'est ce qui arrivera !
Laura, laisse tomber.
Lâche-moi la grappe et laisse tomber.
Je suis désolée.
En souvenir de Frank Ballantyne
Ami fidèle, camarade indéfectible
Décédé le 9 avril 1987 à 57 ans
Elsie Jane Ballantyne Épouse, mère et grand-mère adorée
Décédée le 21 janvier 2003 à 72 ans
Arrête !
Contrôle tes bâtards !
Chope la laisse !
Retiens-le, mec !
Chope-lui la tête.
Retiens ton clébard !
Ton putain de monstre !
On se casse.
Enfoirés !
Enfoirés !
Je vous aurai !
On a pensé à vous.
On peut entrer ?
Oui, bien sûr.
Asseyez-vous.
Apportez une assiette.
Seulement pour vous.
Parfois, on n'a pas besoin de mots,
seulement de nourriture.
J'ai vraiment honte.
Après ce que vous avez vécu, faire ça pour moi...
Il n'y a pas de honte à aimer. Nous comprenons le deuil.
Asseyez-vous.
Merci.
Vous allez aimer ce plat.
J'en suis sûr.
Elle ne partira que si vous mangez.
C'est très bon.
Merci.
Choukrane ?
Quand avez-vous eu Marra ?
Le 9 avril, il y a deux ans.
Vous vous rappelez la date ?
Oui.
C'est une date particulière pour moi.
Mon père était mineur, comme vous savez.
Et le 9 avril,
il y a des années,
il travaillait sur un filon à 5 km au large
et il a été tué dans un accident.
Il y a deux ans,
ma vie
était un tel gâchis...
que j'ai décidé que le 9 avril,
je mettrais fin à mes jours.
Pour vous, c'est peut-être difficile à comprendre.
Ce n'est pas difficile.
J'avais fait tellement d'erreurs.
J'avais perdu une femme bien.
Je m'occupais de tous sauf d'elle.
Le temps de m'en rendre compte,
c'était trop tard.
Elle voulait divorcer.
Vous avez des enfants ?
Oui.
J'ai un fils.
C'est un bon gars.
Mais il m'adresse plus la parole.
C'est pas sa faute.
J'ai fait du mal à tous ceux que j'aimais.
Cet endroit,
l'Old Oak...
Tout tombe en ruines.
Et je peux pas le retaper.
Quand le 9 avril est arrivé il y a deux ans,
j'ai réalisé que j'avais une issue.
Alors, j'ai décidé...
de mettre fin à mes jours.
Je suis allé sur la plage.
Je me suis repéré à l'ancienne tête de puits
et j'ai regardé l'horizon.
Et je me suis dit :
"Si j'arrive à 5 km au large,
"au-dessus de là où mon père est mort,
"mon compte sera bon."
Je pourrais plus revenir. Je le savais.
J'ai même laissé un mot sur cette table.
"Tommy Joe Ballantyne est parti nager."
Alors,
j'ai avancé dans la mer.
Et c'est là que c'est arrivé.
Je suis pas quelqu'un de religieux.
Je crois pas en Dieu,
à l'au-delà, à rien de tout ça.
Mais en avançant dans la mer,
j'ai entendu un bruit.
Je me suis retourné.
Et là, j'ai vu
ce petit bout de chien venir vers moi.
Je me rappelle avoir pensé : "Pas maintenant,
"pas aujourd'hui."
Mais il continuait de venir.
Il est arrivé à mes pieds.
Je me suis baissé
et j'ai vu,
sur sa plaque d'identification,
le nom de Marra.
"Marra" est un ancien mot de mineur.
Un marra est un ami,
mais ça va bien plus loin que ça.
C'est un ami, un égal.
On s'épaule l'un l'autre.
On se protège.
J'arrêtais pas de penser :
"Qu'est-ce que mon père
penserait de moi ?"
Alors, j'ai fait demi-tour.
Et ramené le petit bout de chien chez moi.
Elle me donnait une raison de me lever le matin.
Chaque fois que je regardais Marra,
je voyais le petit chien qui m'avait donné une seconde chance.
Ça va ?
Je viens voir comment va TJ.
Ça va. Il est derrière. Va savoir ce qu'il fabrique.
Derrière ?
C'est ouvert, allez-y.
Ça va ? Tu fais quoi ?
À ton avis ?
Je nettoie la cuisine.
C'est votre faute, à vous deux.
Super.
Enlevez vos manteaux et venez me filer un coup de main.
D'accord.
On repassera.
Vous restez là. Je fais ça à cause de vous.
Venez m'aider.
Allez !
J'ai ce qu'il faut pour nettoyer.
Deux personnes m'ont proposé,
très récemment, l'idée de rouvrir cette salle.
Je n'ai pas du tout été réceptif.
Mais maintenant, avec votre aide,
je veux rouvrir cette salle
et aider les enfants de ce village
qui ont cruellement besoin qu'on les aide
et besoin d'un repas.
Tony, c'est sans risque ?
Oui. J'ai remplacé ces trois fusibles.
À long terme, il faudra réparer,
sinon ça risque de poser problème.
Mais en attendant, ça va.
Je veux accueillir nos nouveaux amis
qui ont fui une zone de guerre
et rejoint notre communauté.
Et je veux utiliser ce lieu
pour qu'on puisse se retrouver, s'assoir et manger ensemble.
Vous pouvez sortir cette poubelle.
Tout ce qui a l'air bancal ou qu'il faut balancer.
Voilà, ça dégage.
C'est de la solidarité, pas de la charité. Il s'agit
de faire quelque chose ensemble.
Il s'agit pas d'offrir un repas et de s'arrêter là.
Je veux que ça dure.
Tu t'en sors, Mo ?
Mo, ça va ?
Non. Rouillé.
Rouillé ?
J'ai du dégrippant, ça va aller.
Tu regardes celui-là ?
Comment ça avance ?
Ils comprennent rien de ce que je dis. Je galère.
Où est Yara ?
Elle traduit avec Betty. Je voulais pas déranger.
T'as bien fait.
- Bonjour. - Bonjour, ça va ?
Je peux amener des trucs pour TJ ?
Oui, bien sûr.
Mettez-les sur la table, là.
Bonjour, ça va ?
Carrément sur la table ?
Formidable.
Bonjour Ali Baba et les 40 voleurs.
Eh merde, on va s'assoir là-bas.
Boire une pinte tranquille, Maggie, c'est trop demander ?
Charlie, c'est l'idée de TJ.
Tu m'étonnes que c'est son idée.
À bientôt.
Au revoir, à plus tard.
Bonne journée.
Cassez-vous.
C'est plus notre pub.
Tony, qu'est-ce que tu fais là ?
Ça roule, tonton Ed ?
Je suis venu vérifier des branchements.
- T'es payé, j'espère. - Le tarif normal.
Non. Je rends service à TJ.
On met tous la main à la pâte.
On se voit plus tard.
On boira un coup ?
Carrément !
On peut laisser ça ici, pour TJ ?
Posez ça sur la table du fond.
On dirait un hall de gare.
Un vrai vide-greniers.
Dis à Laura que ça vient du syndicat des pompiers
et que la suite arrive.
Et aussi, j'ai trouvé une centrifugeuse industrielle.
Dis-lui qu'elle est chez Sammy.
D'occasion, mais en bon état. Je la déposerai.
Tout va bien, les gars ?
Buvez bien.
Super.
Une putain de centrifugeuse industrielle.
Et puis quoi, encore ?
Un putain de jacuzzi.
Les gars du syndicat, de quoi ils se mêlent ?
Ils ont que ça à foutre.
Ça commence à ressembler au canal de Panama.
T'as raison, mec.
Une autre, s'il te plaît.
Quelqu'un d'autre ?
Non, ça va.
Salut, Maggie.
Alors...
La salle est pas assez bien pour nous, mais pour eux, si ?
J'avais pas prévu ça.
Les gens du coin veulent aider ceux qui en ont besoin.
Quelques bénévoles s'en occupent.
Vous êtes les bienvenus.
C'est bon.
T'as un problème, Vic ?
Je vais te dire mon problème.
On boit ici tout le temps, on te fait tourner
et tu nous traites comme de la merde.
Je vous traite pas comme de la merde.
Si. On t'a demandé un service.
Un service pour une réunion. Une seule.
T'as sorti un tas d'excuses.
Mais ces connards...
tu leur donnes ce qu'ils veulent.
En ce qui me concerne, t'es un hypocrite
et un faux-cul.
Doucement, mec.
Calme-toi, Vic.
Regarde cet endroit, TJ. On dirait un camp de réfugiés.
C'est un trou à rats.
C'est minable, venant de toi.
C'est toi qui es minable.
Y a un truc que j'essaie de comprendre.
Soit tu vises une décoration pour tes bonnes œuvres,
soit tu la baises à la cave.
Fais gaffe à ce que tu dis.
Sinon quoi ?
T'es qu'un loser. Même ton fils te parle pas.
Et ta femme s'est barrée.
Je vais te foutre par la fenêtre !
Quoi, j'ai touché un point sensible, M. Ballantyne ?
Viens régler ça dehors.
Ça suffit, Vic. Tu vas trop loin.
C'est le dernier lieu public qui nous reste.
On veut juste notre pub,
c'est trop demander après tout ce temps ?
Venez.
Faut que tu te décides, vieux.
Et toi,
avec ton putain de culot,
sans te manquer de respect,
tire-toi d'où tu viens.
Rentrer, c'est ce qu'on veut aussi.
Alors, dépêche-toi.
Bien dit, Yara.
Ça va ?
Maggie, ça va ?
Désolé pour ça.
Ça va, les gars ?
- Je peux avoir de la pizza ? - Bien sûr.
Et voilà.
C'est juste aujourd'hui ?
On va essayer deux fois par semaine et le samedi.
- Je peux venir tous les samedis ? - Bien sûr.
C'est gratuit ?
Absolument.
- Je peux amener ma mémé ? - Bien sûr.
Elle va être contente. Merci.
Pas de souci.
Je peux avoir des nuggets ?
C'est vrai ?
Tout ça, c'est gratuit ?
Oui, absolument.
- C'est promis ? - On fera de notre mieux.
Qu'est-ce qu'il y a, Max ?
Rien.
Il nous reste à manger.
C'est vrai ?
Si tu manges dans la cuisine, personne te verra.
On ne dira rien.
Attends-moi ici.
Ça va ?
N'hésite pas à demander.
On est là pour aider.
Merci.
Bashir, voilà une vidéo filmée par ma sœur.
Ne la montre pas à Salim.
C'est arrivé à l'école d'Othman.
Tu te souviens de lui ?
Bashir,
maman veut nous dire quelque chose.
J'ai une bonne nouvelle.
Papa est encore vivant.
Quelqu'un l'a vu en prison.
C'est la meilleure des nouvelles.
Mon père est toujours vivant.
Quelqu'un l'a vu en prison.
Ne vous arrêtez pas.
Parfois, je voudrais qu'il soit mort,
qu'on ait son corps et que je puisse l'enterrer.
Là où il est,
ils sont cent dans une cellule.
C'est si bondé qu'ils s'assoient à tour de rôle.
Affamés.
Battus.
Seuls quelques-uns survivent.
Voilà ce que nous fait le régime d'Assad.
C'est l'espoir qui fait si mal.
Je suis désolé, Yara.
Je dois être forte pour ma famille.
Pour ma communauté.
Mais tout ça, c'est...
une comédie.
On a un don de la cathédrale. Tu peux aller le chercher ?
Merci, Phil. Je vais y aller.
Voilà la cathédrale.
Bâtie il y a près de mille ans par les Normands.
Mon père l'adorait.
Il disait toujours que la cathédrale n'appartient pas à l'Église,
mais aux ouvriers qui l'ont bâtie.
On venait tous les ans, en juillet,
voir bénir les bannières des mineurs.
Puis au grand rassemblement.
On adorait les discours et les fanfares.
Comme sur les photos.
Oui, comme sur les photos.
On ira ?
J'ai pas fait ça depuis longtemps. Allez-y plutôt avec Laura.
- Ça aussi. - Merci, Geoff.
Laissez.
En vous dépêchant, vous pourrez voir le chœur.
Maintenant ?
Passez sous l'arcade et vous entrez.
- J'y vais. - Profitez bien.
Mes enfants ne verront jamais le temple de Palmyre.
Bâti par les Romains et détruit par l'État islamique.
Quand votre pays est en ruines et que vous voyez ça...
Ça donne envie de pleurer.
À quoi ressemblera la Syrie dans mille ans ?
Combien d'années pour tailler les pierres ?
Pour soulever les charges,
pour imaginer la lumière ?
Combien d'esprits brillants ?
Combien de sueur ?
Combien de gens travaillant ensemble ?
Quel bel endroit.
Ça me redonne envie d'espérer.
Quand ils torturent,
quand ils visent des hôpitaux,
quand ils assassinent des médecins,
quand ils utilisent du gaz de chlore,
quand le monde regarde sans rien faire,
c'est là que le régime survit, quand le monde ne fait rien.
Ils font ça pour nous briser.
Il faut de la force pour espérer,
mais ils veulent l'anéantir.
Il faut avoir la foi pour espérer.
On a essayé de bâtir quelque chose de nouveau, de beau,
et regardez-nous.
Jetés aux loups.
J'ai une amie
qui dit que l'espoir est obscène.
Elle a peut-être raison.
Mais si je cesse d'espérer,
mon cœur cessera de battre.
J'ai fait un effort !
Notre communauté vous a préparé un petit cadeau,
inspiré par les bannières des mineurs
et par le chêne.
Un arbre si important et particulier pour vous.
Yusuf et Abdul, venez.
Force - Solidarité - Résistance
TJ, vite !
Bordel.
Descends !
Viens voir ça !
Qu'est-ce qui se passe ?
Regarde.
Putain.
C'est la cata.
Les boules.
C'est le tuyau qu'on a réparé l'autre fois.
C'est un désastre.
Les joints ont tous sauté.
Putain de merde.
Je vais couper l'eau.
Appelle Jaffa. Il était censé réparer ça.
J'y vais.
Merci, Maggie.
Salut, Jaffa.
La plomberie est HS et la cuisine est inondée.
C'est la cata.
Et l'électricité ?
L'électricité ? Je sais pas.
Attends, j'essaie l'interrupteur.
Qu'est-ce que t'as foutu ?
Bordel, merde.
Tout le monde va bien ?
Pardon !
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il faut que Tony vienne.
C'est de pire en pire.
Ça sent pas bon, TJ.
Jaffa devait dire aux Syriens de vérifier les joints.
C'est ce qui a pété.
Ils l'ont pas écouté, ou pas compris.
C'est allé direct dans les branchements.
Je sais pas, TJ.
Tout est foutu.
Tout ce qu'on a fait.
Désolé, TJ.
C'est foutu.
Il faut tout recâbler.
C'est un gros boulot.
Tu peux pas utiliser cette salle, c'est dangereux.
Tony, et le bar ?
Je l'ai aussi foutu en l'air ?
C'est sur un autre circuit. Le bar, ça va.
Mais c'est pas ta faute. Ça aurait rien changé.
Ta chaudière, elle est niquée.
Ça va te coûter dans les 2.000.
Et le sol. Les solives sont trempées. Le sous-plancher aussi.
Ça va te coûter une fortune.
L'assurance couvrira, non ?
Non.
On a retiré cette salle du contrat
parce qu'on recevait pas de public.
Donc, pour faire baisser le prix,
on en avait pas besoin.
T'es pas assuré ?
J'avais pas les moyens.
On va dire quoi aux enfants ?
Deux blondes, s'il te plaît.
Super ambiance, ce soir.
C'est plein à craquer.
Comme au bon vieux temps.
Sans tes conneries caritatives.
Enfin au calme !
Tu m'en paies une ?
Merci, Dil.
Tu me mets deux brunes ?
Je t'accorde une chose, TJ.
T'avais raison.
Tu l'as dit toi-même.
Cette salle était pas adaptée.
Un vrai piège à rats, à ce que je sais.
T'aurais dû t'écouter toi-même.
Laissez tomber, les gars. On essaie de passer une bonne soirée.
On bavarde, c'est tout.
On se montre solidaires.
Tu sais quoi, TJ ?
T'aurais dû prendre un plombier anglais
au lieu de ces cow-boys étrangers.
C'est le problème, avec la main-d'œuvre bon marché étrangère.
- Nulle. - À chier.
D'après la rumeur, t'es pas assuré.
C'est vrai ?
On remet toujours ça à plus tard.
Pas facile, avec nos vies de fous.
T'es pas prêt de vendre.
Tu dis plus rien ?
Comment tu réponds à ça ?
Je vais te dire comment je réponds.
Vous allez fermer votre gueule ?
Doucement, TJ.
Parle pas en l'air. T'auras besoin de ces gens, bientôt.
Écoute, on veut t'aider.
Oublions le passé.
L'endroit est plein à craquer.
Tu nous aides et on t'aide.
C'est notre pub.
C'est des gens comme nous.
Les nôtres.
Viens, on s'en va.
Tu pars, Charlie ?
À plus tard, les gars.
Ouvre la porte, Michelle.
Qu'est-ce que t'as ? Il est tôt.
Salut, Mary.
Super soirée dans notre pub comme au bon vieux temps
Les cow-boys syriens causent une inondation
TJ Ballantyne amoureux des musulmans
Priorité aux nôtres. Reprenons notre pays !!!
Pas de pédophiles étrangers dans nos rues !!!
Pâté de Marra
Salauds.
Salut, TJ. Je peux te parler ?
Pas aujourd'hui.
Il faut que je te parle.
D'accord, entre.
Merci.
Assieds-toi.
Tu te souviens quand tu nous entraînais au foot ?
Tu nous disais qu'on pouvait te parler, que tu répéterais pas.
Ça tient toujours ?
Bien sûr, mec.
J'ai un truc sur le cœur.
J'en ai pas dormi de la nuit.
Mais tu promets que ça restera entre nous ?
T'as ma parole.
Tonton Eddy et quelques potes,
Gary et Vic, sont venus chez moi après la fermeture.
Mon père planque des bouteilles dans son atelier.
Je suis dans la cuisine, je me fais à manger.
Et j'entends chaque mot.
Tu connais Vic quand il a bu.
Il devient encore plus con qu'il est déjà.
Il est là, à gueuler et à se vanter.
Tout le monde savait que la plomberie de l'arrière-salle était limite.
J'entends Vic expliquer que la pression augmente la nuit.
Qu'il suffirait de desserrer le joint entre la cuve et le tuyau.
Avec la pression qui augmente,
ça lâcherait et...
personne saurait rien.
Salauds.
C'est pas l'alcool qui parlait ?
Je les ai entendus le dire.
Ils voulaient saboter l'arrière-salle et accuser les...
accuser les bougnoules, c'est ce qu'ils ont dit.
Les salauds.
Y avait Vic, Gary et ton oncle Eddy.
D'autres gens dans le coup ?
Charlie.
Pas Charlie.
C'est Charlie qui a forcé la fenêtre.
J'y crois pas.
Pas Charlie.
Vic a dit que Charlie voulait te donner une leçon.
Mary et lui se sont fiancés dans cette salle.
Il t'avait demandé un service.
Pour une réunion.
Et tu l'as rembarré.
D'après Vic, Charlie s'est senti humilié.
Merde.
On était ensemble à l'école.
Dans la même classe.
On était toujours fourrés l'un chez l'autre.
Son père était dans la mine avec le mien.
Ça va ?
Regarde l'état de ce village.
Toutes les merdes qui nous sont arrivées.
Ce qui t'est arrivé à toi.
À moi.
Et à nos deux pères.
Ça part en couilles depuis des années.
Bien avant l'arrivée des Syriens.
Je sais que t'es pas idiot.
Alors comment t'en es arrivé là ?
Je vois pas de quoi tu parles.
On cherche tous des boucs émissaires quand ça chie.
On regarde jamais en haut.
Toujours en bas.
On accuse les plus pauvres que nous.
C'est toujours leur faute.
C'est plus facile de leur piétiner la gueule.
Je voulais que tu saches...
que je sais.
Je sais.
Bien sûr, la situation n'est pas bonne.
C'est bien de savoir que les gens veulent aider.
Je vois Margaret et Jaffa plus tard. Ils pouvaient pas être là.
Mais pour commencer,
il faut qu'on pense à parler aux familles.
Des gens s'attendent à manger aujourd'hui.
TJ, t'as commencé ?
Les enfants sont venus me voir.
Linda a dit :
"C'est pas grave. Les bonnes choses durent jamais."
Le petit Ryan a dit : "Je le savais."
Il m'a traité de menteur
et il est parti.
Max m'a même pas regardé en face.
Écoute...
C'est affreux.
Mais on peut pas se laisser abattre.
Ça a fait un bien fou à notre communauté.
Je peux contacter mes potes du syndicat.
Essayer de trouver des fonds.
Y a bien du blé quelque part.
Il y a les églises du coin,
les entreprises, les commerces.
On y arrivera.
Ça sera long, mais on y arrivera.
Combien de fois j'ai entendu ça au fil des ans ?
J'ai passé ma vie à essayer d'y arriver.
Sans jamais m'approcher.
Je me racontais des histoires.
Que ce soit la grève,
ce putain de pub,
ou le village, le pays est à moitié pourri.
Mais tu sais ce qui va y arriver ?
C'est la haine.
Les mensonges.
La corruption.
Ça pue à plein nez.
Et la trahison.
Ce qui est arrivé était pas un accident.
Trahison ? Le mot est fort.
Tu vas devoir nous en dire plus.
Comment, pas un accident ?
Dis-nous.
Dis-nous, pourquoi ce mot ?
C'est pas le moment.
Parle pas de trahison sans nous en dire plus.
Par qui ?
Vos gueules !
Je peux pas continuer.
Je peux plus.
L'important, c'est qu'ils m'ont fait fermer.
Pour avoir voulu aider des familles qui fuyaient la guerre.
Voulu aider des familles...
qui hésitent entre nourrir leurs petits et chauffer la maison.
Qui ont honte de ne pas pouvoir nourrir leurs gosses.
Dans un des pays les plus riches du monde.
On les aidait. On faisait un truc bien.
Et ces salauds m'ont fait fermer !
Écoute, TJ.
Je sais, mon pote...
T'as à peine dormi. Essaie de te ménager.
Je dors depuis des années.
J'ai vu la tête des gamins.
J'ai vu la tête de ces salauds qui se foutaient de moi,
avec leurs petits sourires narquois,
qui se foutaient de moi et se trouvaient malins, drôles.
Ils mangent de la merde non-stop.
Quand y en a plus, y en a encore.
Ils disent rien, ils se plaignent pas.
Ils acceptent ça, c'est la norme.
C'est des putains de paillassons.
Si t'attends rien, tu reçois rien.
Rien dire, chacun pour soi.
La putain de loi de la jungle. C'est ce qu'on apprend ici.
M. Ballantyne.
Il faut croire.
Je peux pas, Yara.
Je peux pas.
J'arrête.
C'est fini.
Écoutez, les gars...
Laissez-le. Il est pas bien.
T'as raison.
Toutes nos condoléances.
Je suis désolée.
Yara, je veux pas déranger.
Toutes mes condoléances.
Merci.
On a retrouvé le corps de mon père.
On pourra l'enterrer pour qu'il repose en paix.
Désolé.
C'était une belle personne.
J'en suis sûr.
Non, venez.
Bonjour, Yara.
Mes condoléances.
On ne savait pas quoi faire.
J'ai demandé à Rima. Elle a dit qu'on pouvait passer.
Merci beaucoup.
On est désolés pour ton père
et on est désolés pour votre mari.
Et on est désolés pour votre pays.
Merci.
Merci beaucoup.
Fatima, mes condoléances.
Merci d'être venus.
Si on peut faire quelque chose, demandez...
Merci beaucoup.
Merci pour tout.
Merci, vieux.
Si je m'y attendais...
Regarde ça.
Il en vient encore.
De partout.
Choukrane, M. Ballantyne.
Choukrane, Yara.
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