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Je m 'appelle Chloé.
Depuis six mois, mes parents ont décidé d 'habiter au Mel -sur -Sarthe.
Non, ne cherchez pas. Vous n 'avez jamais entendu parler du Mel -sur
Il y a 600 habitants, une grande rue, une église, point la ligne.
Parce que tout ce qui était joli a été bombardé pendant la guerre.
Le Mel, c 'est un village en Normandie comme il y en a des centaines.
Et si vous ne savez pas où est la Normandie, vous ne perdez pas grand
plus.
Mes parents, ils n 'en pouvaient plus de la pollution et de la vie infernale à
Paris. Alors, ils ont décidé de venir s 'installer dans le Perche, comme ça.
Sans me demander mon avis ni rien.
Au début, ça devait être pour les vacances scolaires.
Et puis papa a réalisé qu 'il pouvait travailler à distance et faire le trois
quarts de son travail par internet.
Maman a fait construire un four et elle s 'est mise à faire son pain. Tous les
mardis, elle se lève à 5h pour faire ses baguettes bio et les vendre sur le
marché de Rémala.
Et le jeudi, elle va à Mamers. C 'est encore plus loin.
En principe, papa retournait 3 jours par semaine à Paris.
Et puis il a décidé d 'y aller que 2 jours.
Et puis finalement qu 'un seul.
Aujourd 'hui, il est censé prendre le train et passer la journée à l 'agence.
Mais même ça, c 'est au -dessus de ses forces.
T 'as oublié quelque chose ? Papa, mais dépêche -toi. Tu vas rater ton train. Il
n 'y a plus de train.
C 'est fini, le train.
Aujourd 'hui, il y a de l 'animation parce que les éleveurs de la région ont
décidé que ça ne pouvait plus durer.
Parce que le prix de la viande n 'arrête pas de chuter et le prix du lait aussi.
Ils ont l 'impression de baisser leurs pantalons et que maintenant, ça suffit.
Ils organisent un grand barrage sur la 12 et tout le village est mobilisé.
Au cas où vous ne sortirez de chez vous que les jours fériés et que vous n
'écouterez jamais la radio, ça va très mal chez les paysans en France.
Chaque semaine, il y a des paysans qui pendent à une poutre dans leur grange
tellement ils sont à bout, tellement ils ne s 'en sortent pas.
Alors aujourd 'hui, c 'est le grand branle -bas de combat.
Le meneur là, c 'est Georges Balbuzard, le maire du village.
Ça fait 15 ans qu 'il est à chaque fois réélu. Même si cette fois, ça a été du
test parce qu 'il a laissé construire le supermarché dans la commune d 'à côté.
Balbuzard, tout le monde l 'aime. On sait qu 'il est prêt à tout donner pour
village. D 'ailleurs, sa femme, elle en pouvait tellement plus qu 'elle a fini
par le quitter.
Bientôt, il n 'y aura plus de viande en France avec les tarifs qui sont
pratiqués. Alors qu 'est -ce qu 'on mettra dans nos champs ? Qui c 'est qui
pâturer l 'herbe ? Il faut court -circuiter tout le système qu 'a tenu en
depuis plusieurs décennies pour revenir à des productions plus nationales avec
des protéines françaises, lusernes, trèfles.
Moi, je suis boucher.
Avec les éleveurs, on travaille main dans la main.
On a le même convoi pour les prix. On veut dégager un salaire. C 'est pas
compliqué. Nous, on veut vivre de notre métier. C 'est tout. Il faut réagir
aujourd 'hui. Il n 'y aura bientôt plus de paysans en France. Vous n 'allez plus
pouvoir manger. On travaille 15 heures par jour.
Et on croûte sous les lettres. Et tous les mois, le prix de la viande baisse un
peu plus.
Qu 'est -ce que vous voulez que je vous dise ? On est au bord du gouffre. Si ça
continue, on va tomber dedans.
Et les Allemands et les Roumains qui cassent les prix. Et pourquoi est -ce
le gouvernement, il laisse faire ? Et les grandes surfaces qui nous prennent
produits au rabais.
Il faut que la France, elle comprenne.
Que nous, on est en train de crever un petit peu.
You know what, Newman?
This one feels like it's been a wild goose chase. Just haven't found the
place, that's all. The place doesn't exist.
The place is just in your mind.
Nous allons à Paris.
Impossible. La circulation est bloquée.
Personne ne passe.
Nous allons à New York. Nous, Américains. Oui, bon, Américains.
'est pas... C 'est pas ça, Américains.
Sorry.
Route coupée.
Un avion.
Comprendre. D 'accord.
We love America, we love Obama.
Je te signale qu 'Obama, il n 'est plus président.
Ça m 'est égal, d 'accord ? Obama, ça reste Obama. Moi, les Américains, c 'est
pas trop bon truc. Malbu, il y a un gars qui veut passer, là.
Il dit qu 'il est Américain.
Vous attendez. Vous attendez. Il peut
en venir en arrière. En arrière.
Super doux.
Nous voilà à Paris.
Paris ? Oui.
Paris.
C 'est pas compliqué.
Vous allez tout droit.
Après vous arrivez à un embranchement. Faut pas aller à droite, faut aller à
gauche. D 'accord ? Continuez. Vous arrivez à un manoir.
Là faut pas aller à gauche, faut aller à droite.
Voilà.
Droite ou gauche ? Droite. C 'est ça.
Bonne soirée.
Le désarroi du monde agricole. Ce matin, la Nationale 12 a été coupée dans les
deux sens à hauteur de Mortagneau -Perche. Les éleveurs normands ne
pas la pression. Ils ont déversé du foin sur la chaussée, allumé des feux et ont
même amené leurs vaches avec eux. Ils protestent contre la chute des filulés
de la viande.
La circulation n 'a été rétablie qu 'en fin d 'après -midi.
Ce soir, les éleveurs se disent prêts à continuer le combat.
Nicolas Corbar et Damien Mignot ont suivi cette journée de mobilisation.
Cette terre qu 'ils ont fécondée du travail de leurs bras, qu 'ils ont
de leurs larmes, de leur sang, de leur sueur.
C 'est la France dans son essence, dans son identité. C 'est Victor Hugo. Victor
Hugo chantait ses héros de Londres, ses travailleurs de la terre.
Il n 'y a rien de plus beau que des vins de paysans. Il n 'y a rien de plus beau
que ses mains craques.
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À Bruxelles, on serait plus là, ils n 'en verraient rien du tout. Peut -être
'il faudrait changer notre façon de faire, arrêter les pitots, par exemple.
Nicolas,
t 'es avec eux ou t 'es avec nous ? Ben oui, je suis avec vous, bien sûr. Ben
alors, dis -le. Ben oui, mais il a raison, dis -le.
Tiens, vous dépensez des fortunes en phosphate, vous nourrissez vos vaches
du soja, du soja qui vient d 'Argentine, et vous vous plaignez d 'être pris à la
borge. Attends, toi, le Maurice, excuse -moi, on t 'a pas vu sur le barrage, t
'étais où ? Je m 'occupais de mes bêtes.
Bonjour,
la solidarité, Maurice.
Moi, je ne suis pas solidaire.
Vous faites tous fausse route.
C 'est pour en sortir des temps qu 'on sortira de la crise. Tu as beau faire la
leçon à tout le monde, tu voles le champ d 'un autre et tu voudrais qu 'on t
'écoute. Mon père s 'est pendu pour quoi, à ton avis ? Ça
suffit. On est un village, on doit se serrer les coudes.
Allez, salut.
Maurice !
Il n 'y a qu 'une solution.
On prend les tracteurs, on monte à Paris et on bloque tout. Voilà.
Si ça ne suffit pas, on prend les fusils. Mais ça ne va pas. Tu veux finir
'année en cabane ? Qu 'est -ce que j 'en ai à faire ? Qu 'ils me mettent en
prison ? Je n 'ai plus rien à perdre. Si on doit couler, le pays va couler avec
nous. Allez, doucement, les amis, doucement. Le vandalisme, ça n 'a jamais
marché. Vous voulez vous mettre à dos tout le pays ? Mais tu dis quoi, Baldi ?
Qu 'il faut fermer notre gueule, c 'est ça ? Mais non, jamais de la vie.
On va continuer.
Mais ce qu 'il faut, c 'est, je ne sais pas, proposer quelque chose de
différent.
Frapper les esprits.
Ah oui, frapper les esprits.
Et quand t 'as refusé qu 'on construise Intermarché, c 'était pour frapper les
épris ? Ça nous aurait bien dépanné, Intermarché. Il a raison. Avec les taxes
locales, on s 'en serait sortis. Mais c 'est vous qui avez voté contre, bande d
'abrutis, sous prétexte que ça allait tuer des petits commerces ! Eh ben n
'empêche, ça a quand même été construit, Intermarché, puis sur la commune d 'à
côté. C 'est bien fait pour votre gueule ! Vous aviez qu 'à m 'écouter !
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Vincent ! Vincent Jousselin ! Oh !
Bah alors, Vincent ! Tu reviens et tu dis pas bonjour ! Balbu, arrête, tu vas
réveiller tout le village, arrête ! Mais je suis le maire, nom de Dieu ! J 'ai
tous les droits ! Ça va, ça va, ça va.
Voilà.
Où que t 'es, mon ami ? Je suis ton ami, Balbu.
Je suis ton ami.
Elle nourrit ce pays pendant des siècles et aujourd 'hui, c 'est nous qui
crevons de faim.
Si encore il pouvait y avoir un peu de solidarité dans ce village. Mais non.
Ils sont comme des gamins. Ça se dispute. C 'est des sages -chams pour
qui datent de Matusel.
Tu t 'allures.
Et Betty ? Tu parles pas de Betty ? Betty ? Elle m 'a quitté il y a deux
ans. Elle est partie s 'installer à Alençon avec un dentiste.
Je la comprends. On n 'a pas pris de vacances pendant 10 ans. J 'avais promis
'on partait.
J 'avais réservé un hôtel en Grèce. J 'ai annulé parce que la Syrie a déposé
bilan. J 'ai évité de juster sa liquidation.
22 emplois. J 'ai sauvé 22 emplois.
Elle m 'a pas pardonné.
22 emplois, elle aurait pu comprendre.
J 'étais jamais là.
La mairie, les manifs, la ferme.
Elle a eu raison de partir.
Allez, donne un petit coup de calvin.
Tu crois pas que t 'as assez bu, toi ? Mieux vaut boire que mourir. Tu vas pas
mourir ! On est au bout, Vincent.
C 'est fini.
T 'aurais pas dû arrêter, toi. T 'as vraiment une tête de champion.
C 'est toi le champion.
J 'ai besoin de votre passeport.
Je vais vous vérifier.
Le pays.
C 'est le pays.
Quel pays?
Le pays.
Nous devons prendre la photo. Qu 'est -ce qui se passe?
Nous avons un plane à attraper. Nous allons à la maison. Nous ne allons pas
prendre ce plane.
Nous devons revenir aussi vite que possible au pays.
Quel pays?
Pensez -y.
Allons -y à New York et décidons. Je dois prendre cette photo maintenant.
Je ne vais pas rester ici plus longtemps. Ecoutez.
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Ne t 'en fais pas, Jane.
On ne va pas te laisser tomber.
Non mais je rêve.
C 'est le beau Vincent.
Ça faisait un bail.
Ça fait bien plaisir de te voir Aurélie.
Bah ouais, moi aussi Vincent.
Ça va tes derniers temps ? Vincent, tu ne fatigues pas, Aurélie te marie dans
jours. Bah ouais, tu vois mon vieux, elle ne t 'a pas attendu.
Oui, enfin, si tu avais voulu, moi je me ferais bien marier avec toi.
Tu savais combien de temps que tu ne m 'as pas donné de nouvelles ? Je t 'ai
envoyé des messages quand même.
Ah ouais, il y a trois ans.
Tu parles d 'une correspondance.
De toute façon, il n 'y a que les parisiennes qui sont intéressantes.
Non, les parisiennes, c 'est bien pour s 'amuser, mais pour le reste... Tu n
'aimes que les normandes, c 'est ça ? Non, il n 'aime pas les normandes non
plus, sinon il ne serait pas parti.
Si je comprends bien, tu n 'aimes ni les parisiennes ni les normandes. Par
contre, tu n 'aimes personne.
Vincent, tu vas quand même venir à mon mariage ? Oui, bien sûr.
Dans dix jours, je suis toujours là.
Bon, écoute, moi, je suis témoin d 'Aurélie. Tu n 'as qu 'à me donner ton
numéro.
Tu veux mon numéro ? Oui, quand même, c 'est très puissant. Je te dirai où ça se
passe et tout.
Ah oui ? Oui, OK. Je te le donne.
Tu as vu comment elle a obtenu son numéro ? Bah, technique, hein ? Trop
Charlotte.
Ça va, ma chérie ? Qu 'est -ce que tu fais ? Je regarde un documentaire sur la
souffrance animale.
Pourquoi tu regardes ces horreurs ? C 'est la vie, papa. Je veux pas aller
couper ça.
Tu trouves pas ça bizarre que t 'arrêtes pas d 'éternuer ? Ton petit rhume de
rien du tout.
Ton petit rhume de rien du tout, il a commencé quand on s 'est installés ici.
Absolument pas.
Alors ? Tiens.
T 'entends ? T 'entends ?
Je préfère équer fermer, équer son boucher.
80 km dans l 'antissement sur la scène.
Oh, les cons.
Comment tu vas faire pour diriger l 'agence si tu ne vas plus à Paris ? Je
tout faire d 'ici. Internet, Skype.
Il faut bien avec son temps.
Papa, il fait semblant d 'aller bien. Il fait semblant de rien voir.
Mais moi, je vois bien qu 'il s 'amatise à mort.
Mais il préfère te faire couper les deux bras plutôt que l 'admettre. C 'est ce
qu 'on appelle un déni en psychanalyse.
Tu vois ça ? C 'est une tomate qui a vraiment le goût de tomate. Être psy, c
'est ce que je veux faire plus tard.
Je m 'entraîne déjà sur mes parents et je dois dire que c 'est beaucoup de
boulot. Chloé, ma chérie, non mais je t 'ai dit cent fois, tu mets les
épluchures dans le compost, s 'il te plaît.
Voilà. Oh maman, il pue ton compost. Mais non, ça pue pas. C 'est végétal, ça
décompose, ça nourrit la terre.
Ça pue jamais un compost. Tiens, tiens, regarde Chloé.
Ça, c 'est une carotte qui a vraiment le goût de carotte, ça. Regarde.
Qu 'est -ce que c 'est que Boudin ? C 'est de la sang.
De la sang ? Qu 'est -ce que tu veux dire par sang ? C 'est de la sang. C
de la sang.
C 'est de la sang.
Bonjour. Bonjour.
On est les Américains.
Mon nom, c 'est Bradley.
Et lui, c 'est Monsieur Newman.
Oui, c 'est vous qui avez appelé.
Je suis à vous dans deux secondes.
What are you doing?
Il insémine la vache. He gives the baby à la vache.
But where is the bull?
There is no bull.
There is no bull.
That's a bull.
Ah, mais ça, c 'est le chanchelet.
Le chanchelet.
Oui, le chanchelet, c 'est le nom du champ.
Ah, le chanchelet.
Monsieur Newman est un photographe très connu.
Il travaille dans le pays, partout dans le monde. Et partout où il va, il met
les gens connu.
Ça peut être dans les villes, au bout de la mer, dans la forêt.
Ils sont 100, 200, parfois 500.
Et les gens sont tous nus ? Oui.
Tous nus.
Et à quoi ça sert ? C 'est pour te faire des œuvres d 'art.
Avec des centaines de gens nus.
Comme dans la nature.
Non, ce n 'est pas la nature.
De poser tout nu ? Oui.
Enlever les vêtements. Make it.
Les gens poser tout nu ? Oui.
Ah oui, c 'est ça, d 'accord.
C 'est la meilleure. Donc on vend pas notre vie, on embranne notre lait, on
croule sous les taxes, mais vous devez vous pointer avec un grand sourire pour
me demander de se mettre tout nu sur un champ.
Non mais... Putain, les Américains, non mais... Oh ! On nous a tout pris, bordel
! On est complètement à poil ! Alors vous savez quoi ? Vous allez reprendre
votre voiture, hein ?
Je vais retourner tranquillement à New York.
Monsieur Babelatin, s 'il vous plaît. N 'insistez pas.
Vous vous rendez compte, la cause ? Sans blague. On était à poil, on va pas se
déshabiller en plus.
C 'est vrai, ça.
J 'adore les Américains, moi je suis fan.
Faut pas oublier qu 'ils ont libéré le village pendant la guerre.
Bon, moi j 'étais pas née, mais ma mère elle en parlait tout le temps.
Tenez, j 'ai une surprise pour vous.
Le major général Oliver a dormi à l 'hôtel quand le contingent américain a
traversé la Normandie pour rejoindre la division de Claire.
Alors les Américains avaient déquisitionné l 'hôtel et ma mère, elle
adorait.
Je me demande si elle n 'est pas un petit béga pour le général.
Alors, On a conservé sa chambre.
Personne n 'y a dormi depuis.
Bon, je vais vous montrer les chambres du premier étage.
Je vais dormir ici.
Non !
Vous serez beaucoup mieux en bas, je vous assure.
On a refait toutes les chambres. Il y a la télévision, le mini -bas, la Wi -Fi.
Ici, eh bien... On met du fumier devant la préfecture ? Non. On verse du lait
sous l 'autoroute ? Non.
On rentre en France dans une grande surface et on prend le directeur en
Non, plus, non.
On se pend, alors ? Non, on se pend pas, c 'est tout le contraire.
On va se mettre tout nu sur un champ.
Tout le village.
Tout nu.
Attends, qu 'est -ce que tu racontes là ? Il y a un photographe américain qui
est arrivé tout à l 'heure. Il veut mettre tout le village tout nu sur un
Attends, tu dis tout nu, mais on garde le caleçon quand même. Non, t 'as rien
compris toi.
Si c 'est à poil, c 'est sans caleçon, c 'est sans rien. C 'est quoi cette
blague ? C 'est tout ce qu 'il y a de plus sérieux.
Cet artiste américain, il a un style de photo.
Et son style, c 'est qu 'il déshabille tout le monde. En ce moment, on se les
gèle le matin. C 'est un truc à attraper la mort. On pourrait attendre les beaux
jours quand même. Non, non.
On ne va pas attendre 107 ans. On va agir maintenant.
Je te le dis, je n 'ai aucune envie de me mettre à poil. Tu es déjà à poil,
Beson, comme nous tous.
Tu dois 145 000 euros à la banque. Tu gagnes à peine 1 000 euros par mois. Tu
'as plus rien à toi.
Tu bosses pour rembourser tes intérêts, comme nous tous. C 'est vrai ou c 'est
faux ? Pas faux.
Et toi, Eugène ? Dis -leur ce qui se passe dans ta ferme. Dis -leur que tu es
poil.
C 'est vrai, ils viennent de me saisir ma faneuse et mon tracteur.
Et puis la prochaine étape, c 'est les terres.
Moi, c 'est pareil. Ils vont tout me prendre. Non, mais attends.
Les femmes aussi, ils veulent les déshabiller ? Les femmes, les hommes,
jeunes, les vieux, tout le monde. Sans blague, Lucie, tu vas poser pour la
? Faut voir.
Si vous y allez tous, je pourrais me laisser tenter.
Si tu vas sur la photo, il se pourrait que je vienne, Lucie. Si on fait cette
photo, la France entière va nous voir comme on est. Parce que toutes les télés
voudront couvrir l 'événement. Et pas seulement les chaînes régionales. On
les nationales en France, en Europe.
Ça va faire le tour de la planète, cette photo.
En fait, ce que tu veux, toi, c 'est faire comme les femmes russes chez
Comment elles s 'appellent ? Les Témènes. Les Témènes ? Elles ont été en
en Russie. Mais nous, on n 'ira pas en prison, puisqu 'on sera tous ensemble.
Ce sera ça, notre force. Enfin, à poil tous ensemble, c 'est équivalent, quand
même. Non, parce que moi, tu ne me foutras pas à poil sur un champ, moi, je
dis.
C 'est dingue, ça.
Alors toi, tu fais du naturisme tous les étés au Cap d 'Aille, mais là, tu as un
problème pour montrer ton cul. Je regrette.
Ça n 'a rien à voir, le naturisme.
Tu n 'as jamais entendu parler de la communion avec la nature, toi.
Là, communons avec la nature. Il a raison. Ils vont faire quoi, les
Ils vont faire du commerce de notre corps. Voilà ce qu 'ils vont faire, les
Américains. Mais ça va pas, la tête, non. C 'est quoi, la différence ? En 44,
les Américains, ils ont mis les Allemands dehors. Mais là, je suis pas
'ils arrivent à mettre les Normands à poil. C 'est les Américains qui ont
bombardé le village, je te rappelle.
Il fallait bien arrêter les trains allemands pour les empêcher d 'aller sur
front. En attendant, notre maison a pris une bombe en plein dedans.
On a tout perdu d 'un coup.
Mes grands -parents ne se sont jamais remis. Oui, bon, ça va. Les Américains
nous ont sauvé la mise, ou non.
Ils nous ont libérés, ou non. C 'est ça.
Ce n 'est pas une raison pour qui il se croit tout permis.
Mais il ne se croit rien permis du tout, mon nom de Dieu.
Je te dis qu 'il nous propose un truc inouï. Un truc qu 'on n 'a jamais vu. Et
toi, tu nous balances les bombardements d 'il y a 70 ans.
Tu as entendu parler du devoir de mémoire ? Oui.
Seulement, moi, je vis au présent.
C 'est maintenant qu 'on est en danger. C 'est maintenant qu 'il faut se battre.
Alors, on va tout miser sur cette photo.
Et moi, je vous le dis, ça ne fera pas une minute trente aux actualités
régionales. Ça fera trente minutes.
Ça fera une heure.
Oui, mais ça sera rare de marrer.
Ah bah, je vous félicite ! Bravo les pesticides ! Et vous vous laissez faire
Vous vous rendez compte de ce que les paysans font à la nature ?
Ils tuent les insectes. À cause d 'eux, il n 'y a plus d 'abeilles dans les
ruches. Ils polluent les rivières, ils tuent les insectes. Il n 'y a plus rien
En ce moment, c 'est les semis.
Je m 'en fous de vos semis.
Les paysans, c 'est la plaie de la nature. On devrait leur interdire de
la campagne.
Je vous ramène.
C 'est Adam et Evla.
Ils vous plaisent ? J 'aime bien.
Celle -là ? Je veux mieux celle -là.
La version Cranach, alors ? Oui, la version Cranach.
Et vous la trouviez pas trop maigre ? Ah non, non, j 'aime bien la Cranach, moi.
Très bien.
De toute façon, on fait pas un concours de bosser.
Et vous pouvez pas mettre cet œuf -là à côté de cet Adam, ici ? C 'est pas la
même époque. Ça, c 'est XVIe, et ça, c 'est début XVIIe. C 'est embêtant.
Non, non, non.
On s 'adresse pas à des étudiants des Beaux -Arts, mais aux habitants du
Melchior -Sartre.
Pardon, excusez -moi.
On participe à de l 'art ?
Je le détourne.
Hop, je vais chercher Eve.
On choisit un champ ? Voilà, celui -là, il vous plaît ? Allez hop, c 'est parti.
Hop, elle vient toute petite.
Il vous plaît celui -là ? Alors on y va. Et hop, regardez, le paradis de Pérez
sur le champ chaudet.
Je vous donne l 'officier.
Vous voulez un petit café ? Non, merci, j 'ai pas le temps, il faut que j 'y
aille. Tu connais la dernière ? Newman est au Metz -sur -Sarthe, il veut faire
une photo dans le village.
Newman, le photographe ? Oui, c 'est le photographe, pas Paul Newman.
Oh, c 'est pas possible ! Il est si connu que ça, votre Newman.
C 'est une star ! Carrément ! Il est exposé dans le monde entier.
C 'est tirage, ça vaut une fortune.
Et il veut déshabiller le Metz -sur -Sarthe. Oui, j 'ai commencé à en parler
gens du village. Oui, ils disent quoi ? Ça va pas être évident.
Si vous voulez une Parisienne de 42 ans pour votre photo, il n 'y a pas de
problème. C 'est vrai, ça ne vous dérange pas de vous déshabiller.
Valérie était danseuse pour un chorégraphe flamand. Il adorait mettre
danseurs à poil sur scène.
Et ça ne vous gênait pas ? Pas du tout.
Maman, tu ne vas pas encore t 'en mettre à poil.
Chérie, on est tous fichus pareil, d 'accord ? Il n 'y a pas une raison pour
montrer. C 'est coincé, ce n 'est pas possible. Elle est coincée. Je ne suis
coincée, mais toi tu es exécutée.
Être fière de ton corps, ce n 'est pas exécuté. Je vais vous laisser.
Merci pour le fichier. N 'hésitez pas.
Oui ! Go !
Sous -titrage ST' 501
Salut, je te passe.
Ils ont choisi le chanchalet pour faire la photo de nu.
Bah oui, alors.
Maman et moi, on est d 'accord pour se déshabiller.
Si c 'est pour la bonne cause, on y va.
Mais vous comprenez pas ? Ils ont choisi le chanchalet, ils ont choisi mon sang.
Mais c 'est pas notre champ, c 'est Céline Maurice.
C 'est notre champ, Lénie !
Notre champ depuis dix générations. C 'était le champ de mon père, le champ de
mon grand -père, le champ de mon arrière -grand -père. C 'est notre champ !
Eugène, tu peux le prouver qu 'il y a trois champs ? Non.
C 'est bien que le cadastre a brûlé pendant les bombardements. Eh ben,
Tu nous fatigues à la fin, avec ce chancholet.
Oui, c 'est vrai, ça, papa. Laisse tomber cette vieille histoire.
Je travaille 16 heures par jour. 7 jours sur 7, je peux même pas payer un voyage
de noces à ma fille.
Et c 'est cette crapule de Maurice qui va louer mon champ.
Mais papa, moi, mon voyage de noces, je le ferai ici, avec vous.
Eugène, mais regarde ta fille, comme elle est belle.
Bonjour, Gisèle.
Bonjour, mesdames. Je vous ai mis votre livre de côté. C 'est gentil. Merci,
Gisèle. Bonne journée.
Vous tombez bien, M.
Babuzard. On a des choses à vous demander.
Parce qu 'on se pose pas mal de questions au sujet de cette photo.
Moi, du moment que ça aide le village, je veux bien venir.
La seule chose qui me gêne, c 'est qu 'on soit entre nous. C 'est vrai, on se
connaît tous.
Vous voulez vous déshabiller devant des étrangers, devant des gens de Mortagne
ou de Rémala ? Si on se connaissait pas, ça me gênerait moins. Ben oui. On se
voit tout nus et deux jours après, on se croise à l 'intermarché. Ça fait drôle.
Madame Leclerc.
On va pas se regarder les fesses les uns des autres. On va participer à une
oeuvre d 'art.
C 'est bizarre d 'être venu nous trouver, non ? On n 'est pas les plus
mais le sourceur ? Bien sûr qu 'on est les plus beaux. Et on a les plus beaux
derrière du monde. Et on va les montrer au monde entier. Au monde entier ? Mais
vous êtes fou, monsieur le maire. C 'est pas fou. Je sais seulement que le sort
de la région en dépend.
Notre sort à tous.
Et vous, Gisèle, vous allez venir poser avec nous, belle comme vous êtes.
Ah bah si.
Non, non, non, non. Elle est gentille, mais ton façon.
Enfin Gisèle, on ne peut pas poser sur notre Miss Calvados.
Vous savez bien, c 'est du passé tout ça.
Monsieur Roger, dites -lui à votre femme d 'aller dans le chancholet.
Mais moi cette photo, je suis contre.
Absolument contre.
On va déshabiller nos femmes maintenant.
C 'est quoi encore ? Se déshabiller, c 'est bien quand on est jeune. Après, c
'est indécent.
Mais pourtant Gisèle, vous êtes notre plus belle fleur.
Vous savez bien, c 'est vrai.
Oh,
est -ce que ça peut être tendu là -dedans ? Ouf ! Je reçois plein de
ondes. C 'est bizarre.
Elles sont pleines de forme. J 'adore la campagne.
Bah, faut croire que la campagne ne vous aime pas.
Vous avez vraiment de l 'or dans les doigts, Michel. Vous feriez fortule à
Paris. Paris, j 'y suis allée une fois quand j 'avais 20 ans, mais j 'ai pas
aimé.
Bon, on se met assis.
Je vous comprends.
C 'est pour ça que je suis parti.
Ça vous vient d 'où, ce don ? C 'est mon père, il était sourcier. Il était
sourcier ? Mais non, sourcier.
Il pouvait détecter une source à 20 mètres sous terre. C 'est magique, ces
choses -là. Vous avez laissé tomber les vaches, du coup ? Mon frère fait ça très
bien tout seul.
Et puis, au bout du mois, je gagne autant que lui, même plus.
Vous en pensez quoi, vous, de cette photo de nu ? Moi, les gens du village,
les vois tous nus sur ma table de massage. Ça ne me fait ni chaud ni
Allez, allez.
Allez, les filles, allez, allez, allez.
Bonjour, Barbeau.
Allô. Alors,
ça n 'a pas voulu venir, votre Newman?
Elle a préféré rester à l 'hôtel.
C 'est l 'angoisse, les vaches.
D 'accord.
Il est quand même spécial, votre patron.
Ses parents étaient des gens très religieux de Salt Lake City.
Newman a grandi sans jamais voir quelqu 'un de nous.
Ah. Et puis, à un jour et vingt -deux ans, Newman a vu trente types tenus dans
un vestiaire.
Et là, c 'était un choc. Et après, il s 'est mis à déshabiller tout le monde.
Moi,
j 'ai photographié la guerre. J 'ai fait l 'Irak, l 'Afghanistan.
Et puis, j 'ai été blessé.
J 'ai dû t 'arrêter d 'un coup.
Et Newman m 'a proposé de travailler avec lui.
Ça fait dix ans maintenant.
Vous en êtes où avec les modèles ? Ah, il y a encore des petites résistances.
Il y a les cas isolés, les fortes fêtes.
Vous aurez les signatures de son modèle ? 200, je ne sais pas. Mais dans 10
jours, il faut avoir fini la photo.
Enfin, vous êtes drôle. Il faut que les mentalités évoluent. Vous savez, les
gens du village, ils n 'ont pas très envie de se mettre tout nu.
Ils ne sont peut -être pas modernes, mais c 'est comme ça.
Ici, on est en Normandie.
On ne se déshabille pas comme ça.
Le normand, même 40 degrés à l 'ombre, il garde sa chemise et son pantalon.
On fait quoi à l 'heure ? Tu peux aller les voir.
Un par un, s 'il le faut, puis je vais les convaincre. Ne t 'inquiète pas, ça
marcher. Et dans dix jours, tout se chanchonner.
Au revoir.
C 'est vous qui voulez déshabiller comme village ? Oui, je suis le photographe.
Je veux acheter du boudin.
On est fermé, Rob.
Closed.
Closed ?
Ok.
Ben non, c 'est fermé.
Bon, monsieur, c 'est fermé. C 'est terminé.
Je veux
acheter
les photos.
Attendez, vous voulez acheter ces photos -là ? Les mariages, les communions et
tout ? C 'est vrai ? Oui.
Vous êtes sûr ? Oui.
D 'accord.
Oui, c 'est cher.
C 'est plus cher que les photos.
C 'est à mon père.
Oui,
c 'était chez lui ici.
Et vous aussi, vous êtes photographe. Ah non, non, non, moi je suis imprimeur.
Enfin, j 'étais imprimeur.
C 'est comme un musée de trésors ici.
Voilà, ça devrait marcher maintenant.
On va essayer.
Ah, merci.
Ah, formidable.
C 'est génial.
C 'est ce que disait mon père, il disait le numérique a tué l 'argentique.
Le numérique a tué ton père ? Non, mon père c 'est plutôt le calva.
Alors ici, là, ce studio, c 'est là où mon père faisait les photos d 'identité.
Alors il a photographié tout le village sur cette chaise.
C 'est dingue, hein ? Alors, vous allez travailler avec moi.
Non, le photographe, c 'était mon père, pas moi.
Oui, mais vous connaissez la photo.
Oui, mais de toute façon, je vais partir, moi.
Dans trois semaines, je vends ici.
Qu 'est -ce que c 'est, ça ? Il y a un petit loquet qu 'on tire.
Vous allez voir.
Regardez -moi.
Là, vous me voyez ? Hein ? Oh, that is... That's just wonderful !
Écoute, on a tous une caquette.
Il n 'y a pas de quoi en faire un fromage.
Tu la montes dix minutes et puis c 'est fini.
Je n 'ai pas envie, je te dis.
Quand j 'étais à l 'armée, j 'avais du mal à aller dans les douches.
Même avec mon ex -femme, ça me gênait quand elle me regardait.
Alors, un poil sur le chanchoulet...
Même si ça peut aider à sauver le village.
Bah et toi ? Tu vas la montrer ta quéquette ? Écoute Maurice, on est en
Alors si je dois baisser mon pantalon, ça me fait ni chaud ni froid. Moi je
pas d 'accord.
J 'irai pas.
Et j 'ai rien à cacher.
Va pas t 'imaginer que... Si t 'as rien à cacher... Parfaitement, j 'ai rien à
cacher.
Bon, tu descends maintenant.
Pourquoi tu t 'énerves ? Le chanchelet c 'est mon champ. Je te le prête, d
'accord. Je veux pas un centime.
Mais maintenant tu me fous la paix.
Il faut quand même pas prendre de la viande pas labellisée.
Parce que si tu prends de la viande qui vient pas d 'ici, tu vas te faire tirer
les oreilles, mon grand.
Tiens, prends ça, plutôt.
Éleveur de Normandie.
Ah ouais, éleveur de Normandie. Mais alors pourquoi ils vont te faire ici si
vient pas de la région ? Oh, tu es un naïf, toi, ma parole.
Et parce qu 'ils sont prêts à te fourguer n 'importe quelle marchandise
faire leur marge. C 'est pour ça qu 'on s 'en sort pas.
Toi, t 'es hyper militante, quoi.
Non, pas plus que ça.
Juste à te payer mon réflexe.
Donc ça, c 'est bien. Oui, ça c 'est bien.
Merci.
Tu sais qu 'on s 'est déjà rencontrés ? Si je t 'avais rencontré, je m 'en
souviendrais. C 'était une course cycliste à la mer. J 'avais 4 ans.
J 'avais gagné, on était tous venus s 'applaudir.
C 'est la fête.
D 'ailleurs, personne n 'a jamais compris pourquoi tu étais parti.
Vous avez le talent de courir.
T 'avais la grâce.
Non.
C 'est pas moi qui avais la grâce, c 'est mon père qui l 'avait pour moi.
Le vélo, c 'était son rêve, c 'était pas le mien.
Tu ne te souviens vraiment pas ? C 'est moi qui t 'ai remis ton bouquet du
Macar.
Mais non. Mais oui.
Du coup, tu m 'as embrassé sur le podium devant tout le monde.
Non, à cette époque, je n 'embrassais pas les garçons.
Aujourd 'hui.
Aujourd 'hui ? Oui.
Vous finissez combien les Américains pour faire la photo ici ? Je leur loue
aux Américains le champ.
Je leur prête.
J 'ai proposé 5000 euros.
Si tu veux, je te les donne. Je veux pas de ton argent.
Les Américains, ils mettront jamais le pied chez moi parce que le chanchelet, c
'est chez moi, je te rappelle.
On pourrait peut -être tourner la page, non ? Ça nous regarde plus, tout ça.
On y est pour rien, tous les deux. C 'est de l 'histoire ancienne. Ancienne ?
Mais pour toi, Maurice.
Moi, toutes les nuits, je me revois en train de décrocher le corps de mon père.
T 'as déjà décroché un pendu, toi, Maurice ? Ton père, il s 'est pas pendu
cause du chanchelet.
Je le sais très bien.
Mon père, il s 'est pondu parce qu 'il n 'en pouvait plus.
S 'il avait eu le champ, il s 'en serait sorti. Alors ce champ, je te le
laisserai jamais.
Tu fais quoi avec ton fusil, là ? Tu veux me tirer dessus ? T 'as de la
que ma fille se marie dans huit jours, Maurice.
Je vais pas faire une connerie aujourd 'hui.
Mais je t 'ai dit, ne t 'avise plus jamais de remettre les pieds ici.
Bonjour, Gisèle.
Bonjour, M. Balthazar.
Bonjour, M. Balthazar.
J 'ai des inscriptions sur ma vitrine.
Trois inscriptions, c 'est la troisième.
Qu 'est -ce qu 'elle dit, ces inscriptions ? Il y a écrit à poil
À poil Gisèle ? C 'est pour ça qu 'il m 'a fait venir.
Attends, lui, c 'est pas drôle.
Bon, t 'as une idée de qui a pu faire ça ? Un jour, je me dis,
c 'est Leclerc. Il se mange parce que je ne prends plus sa viande.
Après, je me dis, c 'est le fils Beson que j 'avais pris comme commis et que je
n 'ai pas gardé.
Ou le franc.
Le franc, j 'ai prêté 2000 euros, mais j 'ai jamais rendu. Non, le franc, c 'est
pas le genre à faire ses coups en douce. Non.
Je croyais que j 'avais que des amis, mais maintenant... Bon, c 'est ce qu 'on
va faire.
J 'aurai installé une caméra de surveillance juste en face de la
Comme ça. Si ça se reproduit, on verra qui a fait le coup.
D 'accord ? Hein ? Merci.
On peut sortir parce que ça commence à se geler les mains.
C 'est surtout au lombaire que ça me fait mal.
Justement, il faut bien l 'insérer.
Le soir, je peux l 'enlever. Oui, bien sûr.
Monsieur Balbuzard, je suis ravi de vous trouver.
Bonjour, monsieur Ferrol.
Monsieur Balbuzard, on ne vous a pas élu pour déshabiller le village.
J 'irai me plaindre aux plus grandes instances, à la préfecture, au Sénat
Calmez -vous, monsieur Ferrol. Non, je n 'ai pas envie de me calmer.
Sous prétexte de sauver le village, vous nous soumettez à une entreprise d
'humiliation collective.
C 'est une honte.
Vous savez quoi, M. Ferrol ? Vous devriez prendre un petit tranquillisant.
Vous le prenez comme ça ? M. Balbuzard ! Oui ? Je vous préviens, je vais me
battre. M. Ferrol, vous avez été au catéchisme.
Oui, je suis même catholique pratiquant. Vous vous souvenez de la Genèse ? Livre
2. L 'homme et la femme étaient nus et ils n 'avaient point honte.
Qu 'est -ce que tu as, mon chéri ? Rien.
Je vois bien.
Il y a quelque chose qui te fracasse. Non, non, non.
Tu me promets ? Tu me promets que tu ne poseras pas toute nue sur le champ ? Je
t 'ai déjà dit dix fois, je n 'ai aucune envie d 'y aller.
que toi qui as le droit de me regarder toute nue.
Look what I found in the room.
All these young lives sacrificed so that we could be free.
Some never saw their 18th birthday.
Yeah.
The geometry is.
Geometry?
That's how I want to organize this.
C 'est ça.
C
'est
ça.
Qui est -ce ? Je n 'ai aucune idée.
Les hommes nus.
Ça va être possible.
Non,
je vais vous demander de quitter mon champ.
Nous faire une photo dans cinq jours.
Une belle photo.
Photo artiste.
Toute la région dépend de cette photo.
Et toi, tu tires sur les Américains à coups de fusil, mais t 'es complètement
salé. J 'en ai rien à foutre de cette photo, j 'en ai rien à foutre des
Américains. Bon, écoute, on va te dédommager. T 'auras de l 'argent, tu
laisses faire cette photo.
Je veux pas de l 'argent, je veux mon champ. Tu veux tout bloquer, hein ? Pour
une fois qu 'on a trouvé un truc pour se faire entendre. Je veux qu 'on me rende
mon champ. Mais ton champ, plus personne ne sait à qui il est, ce champ.
Il est un cadastre, il n 'y a qu 'à regarder dans le cadastre. Mais ton
cadastre, il sait très bien qu 'il a brûlé pendant les bombardements.
Écoute -moi bien, vous mettez un pied sur mon champ, je vous tire dessus.
Très bien, c 'est comme ça Très bien. Alors compte plus sur moi pour négocier
les délais de ta dette auprès de ta banque. Tu vas crever tout seul sur ton
sang, jeune.
Mais bon, très bien.
Quoi ? Rien !
On
n 'est pas bien, ici ? Alors là, vous pouvez faire ce que vous voulez.
Là, vous mettez 500 normands tout nuls.
Comme vous voulez, personne ne viendra vous embêter.
Je veux le chanchelet.
Il commence à me courir avec le chanchelet. Mais dites -moi, qu 'est -ce
a de plus, le chanchelet ? Enfin, il est petit, il est moche.
Il casse pas trois pattes à un canard.
Regardez celui -là.
Regardez.
Regardez.
Les vaches.
Là, le chêne. C 'est pas beau, ça, le chêne, là ? Enfin.
C 'est nul, mais le chanchelet.
Non, bon, allez, on oublie le chanchelet, c 'est fini.
Parce que l 'autre dingue, là, il va tous nous tuer si jamais on met un pied
chez lui. Non.
Mais pourquoi ? Parce qu 'il y a une histoire de... Comment dit -on ? D
'indivision sur le champ. Mais c 'est quoi, ça ? Indivision ? C 'est la
ça, l 'indivision. Les gens se font la guerre pendant 100 ans et ils se
souviennent même pas pourquoi.
Alors, qu 'est -ce qu 'on va faire ? Et si on faisait la photo sur la préfecture
? Là, juste devant le bâtiment, là, 300 paysans tout nus.
Ça gravait une sacrée gueule, ça. Hein ? La préfecture.
Tu peux refaire le chanchalet.
T 'es encore là, toi ? T 'es pas encore parti ? Là -bas, t 'allais dans deux
semaines. Salut.
Et tu me fais même pas un signe.
T 'as rien fait que je t 'embrasse à l 'intermarché l 'autre jour ? Bah si.
Bah si donc, et bonjour l 'enthousiasme.
Tu me sers à boire ? Tu veux boire ? Bah oui.
Euh... Bah dis donc t 'es pas dégourdi toi.
Alors, qu 'est -ce que tu fabriques ? Voilà, j 'emballe des vieux appareils.
C 'est marrant parce qu 'il y a l 'Américain qui est venu l 'autre jour et
acheté la moitié de la boutique.
Ah, mais c 'est bien, toi.
Ouais.
Tu sais que je suis déjà venue en studio quand j 'étais petite ? Ah ouais ? Ma
mère m 'avait emmenée pour ma communion solennelle.
À cette époque, j 'étais hyper gâteau.
J 'étais venue en eau blanche, avec mon voile blanc sur la tête, mon petit
chapelet dans la main.
Ton père, il était gentil.
Il racontait des tas d 'histoires pendant la pause.
Ça se trouve, la photo est toujours ici, dans le magasin.
Tu vas pas la chercher pour moi ? Oh non, ça va prendre des heures, je te
Allez, s 'il te plaît.
Alors ? Tu trouves que je ferais bien sur le chancholet ?
Mais attends, laisse -moi améliorer quelque chose.
Paysage enneigé.
Ouais, mais il fait froid là.
Vincent ? Tu veux pas m 'embrasser ?
Ça fait
des semaines que Volker disait qu 'il allait nous rendre visite.
Finalement, il est venu avec son petit hélicoptère.
Volker, c 'est le meilleur ami de papa.
Et c 'est aussi son ancien associé.
Ils ont créé l 'agence ensemble. Et maintenant, Volker a fait fortune avec
start -up.
Papa veut pas l 'admettre, mais il a du psoriasis, de l 'eczéma, de l 'asthme.
Il a pas une allergie répertoriée qu 'il a pas développée.
Volcaire, il est venu chercher papa, mais à mon avis, c 'est loin d 'être
Enlève tes lunettes.
Pourquoi ? Enlève tes lunettes.
Si tu veux.
Si tu veux.
Non,
mais t 'as vu la tête que t 'as ? Ça ? Ah non, non, mais c 'est un petit rhume
des foins.
Dans une semaine, c 'est passé.
Tu sais quoi ? Tu rentres à Paris.
Tu vois une spécialiste.
Et puis après, tu reviens tranquillement. Non, j 'ai tout ce qu
Je vois une galicieuse, une femme formidable.
Son père était sourcier, figure -toi. Et l 'agence ? Tu penses à l 'agence ? Ils
ont besoin de toi là -bas. Il suffirait juste de trois jours pour remettre tout
le monde sur les rails. L 'agence, j 'ai tiré un trait.
Voilà.
Ici, on a nos légumes, on a nos potirons, nos tomates.
Valérie fait son pain.
On est autonome.
Enfin, Thierry, mais qu 'est -ce qui te prend ? J 'ai changé.
Tu ne peux pas comprendre ça, qu 'on change ? Qu 'on ne soit pas toujours sur
les mêmes schémas débiles ? Ce n 'est pas la peine d 'être agressif.
Je ne suis pas agressif, mais tu vois qu 'un seul schéma, le tien.
Moi, j 'ai tourné la page.
Volcker est reparti comme il était arrivé.
J 'ai essayé de le convaincre de m 'emmener à Paris, mais il n 'a pas
m 'a dit que ma place était avec papa et qu 'il allait se ressaisir un jour.
Malbu ? Y a quelqu 'un ? Oui, entre, Vincent.
Malbu, je te présente Charlotte.
Elle travaille à l 'usine de lait de Père Vancher.
Yvan, mais je te connais, toi. T 'es la fille à Blamont.
Oui, c 'est ça.
Alors, ton père, il faisait pas trop la tête que tu quittes la ferme ? Ah, non.
Enfin, si, mais là, ça va. Ils commencent juste à se reparler.
Le père, sacré tête de mule.
Dis donc, Vincent, on devait dîner tous les deux ? Bah oui, mais en fait, on
devait sortir ensemble avec Charlotte.
Et puis toi, là -dessus, tu m 'invites à dîner, alors... Alors quoi ? Bah alors,
je me suis dit que... Ouais, bah tu t 'es dit qu 'on pouvait très bien dîner
tous les trois.
Eh ouais.
Bah t 'as bien fait !
Je vous donne un petit coup de blanc.
Je les ai trouvés en rangeant la boutique de mon père.
Et il y en a encore des centaines comme ça.
Regarde,
ça fait moi quand j 'avais 4 ans.
On reconnaît un petit bout.
Ah, ça c 'est le stylo à grains qu 'on a détruit il y a 5 ans.
Tu la reconnais ? Ouais, c 'est l 'ancien maire.
Oh, regarde ça.
Gisèle, mon Miss Calvato.
C 'était canon.
Magnifique.
Tu te rends compte qu 'il avait fait toutes ces photos en douce sans dire à
personne ? Du coup, on en est où avec la photo de l 'Américain ?
Tu sais, ça coince dans tous les sens. Pourtant, les Normands, tout nus sur le
champ de soleil, moi, j 'avais envie de voir ça une fois dans ma vie. Moi aussi.
Attention, on va écouter les enfants.
Deux fois plus que la moyenne mondiale.
Dans les muscles de la viande, il y a du fer.
Lors de la fabrication des charcuteries, les industriels ajoutent des nitrites,
une sorte de sel, ici mélangé à des épices, qui a notamment pour but de
conserver les aliments.
Notre dernier rapport de l 'Organisation mondiale de la santé affirme avec
certitude que la viande rouge est cancérigène.
Ce n 'est pas la première fois que la charcuterie et la viande rouge sont
pointées du doigt, mais c 'est la première fois que l 'Organisation
la santé s 'en mêle et publie un rapport choc. La consommation de viande
favorise le diabète, l 'obésité et les maladies cardiovasculaires. Il faut bien
comprendre. L 'élevage ne représente pas seulement un risque pour notre santé. L
'élevage représente 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, plus
que le secteur mondial des transports. L 'élevage est donc une cause décisive du
réchauffement climatique de notre planète. Et c 'est cette catastrophe qu
convient d 'éviter en réduisant notre consommation de viande.
Mais ils veulent vraiment notre mort.
C 'était tranquille.
Je n 'ai rien à cacher, moi.
Enfin, madame de Quincy, vous n 'allez tout de même pas aller au chanchelet ?
Pourquoi ? Il n 'y a pas que les jeunes qui ont le droit de s 'amuser.
Moi aussi, je veux y aller dans la photo. Vous n 'y pensez pas, une dame de
votre âge. Je suis encore très ferme.
Je me lave tous les jours à l 'eau froide.
Merci. Au revoir. Au revoir, madame de Quincy.
Ah, bonjour, Roger.
Comment ça va aujourd 'hui ? Un ordinaire, je dors comme une souche.
Huit jours, je ne prends pas mon oeil.
Je vais vous donner dix mots vannes.
Vous allez dormir comme un bébé.
C 'est cette photo qui vous tracasse.
Comment vous le savez ? Parce que ça tracasse tout le village.
On va être réduit à cette paradoxe. Quand j 'y pense, j 'ai écrit au préfet.
'ai pas eu de réponse, bien entendu.
On va la faire, la photo.
Ma femme va y aller.
Remarquez, elle est tellement jolie, Gisèle.
C 'est sûr que tous les hommes du pays vont aller la voir sur le champ.
Un salaud.
On ne peut pas leur jeter la pierre non plus.
Allez, Roger, tout va bien se passer. Les gens vont venir, ils vont bien se
lancer l 'œil, c 'est certain.
Mais dans dix jours, vous aurez tout oublié.
Tu sais que ça peut aller très loin, tes tags, là.
Dégradation matérielle, injure sexiste, diffamation.
Mais je m 'en fous.
Je suis mineure. Enfin, t 'es peut -être mineure, mais ça va pas t 'empêcher d
'avoir 7 dans ton casier.
Tu te rends compte dans quel état tu l 'as mis, le Roger ? Il était persuadé qu
'il avait des ennemis dans le village qui voulaient sa peau.
Mais c 'est bien fait pour lui.
Tu sais, dans 10 ans, il n 'y aura plus de viande, il n 'y aura plus d 'éleveur,
il n 'y aura plus de boucher.
Et le monde sera meilleur.
Non, mais c 'est pas vrai.
Mais qu 'est -ce qui t 'a mis ces idées débiles dans le crâne ? Ah, ils vont en
faire une tête des parents. Ils peuvent dire ce qu 'ils veulent, je m 'en fous.
Je vais pas rester dans ce bled pourri, là.
Moi, je vais rentrer à Paris.
Bon, mets ta ceinture.
Je veux que tu prisons les exécutes de M. Roger tout de suite.
Ça, jamais ! Roger est un assassin, mais maman, il exécute des vaches innocentes
! Mais qu 'est -ce qui se passe, là ? Il se passe que Chloé a tagué la vitrine
du boucher, il a porté plainte. Non, on va s 'arranger, mais il va pas porter
plainte. Mais pourquoi t 'as vu ça ? Mais parce que les bouchers sont des
ordures, papa ! T 'as déjà vu les images d 'abattoirs sur Internet ? Comment es
-tu, ce bête ? mais des pauvres animaux sans défense qu 'on martyrisse. Mais t
'as rien fait à toi, monsieur Roger, t 'as rien fait.
Mais de toute façon, vous m 'avez piégé en venant à la campagne. J 'ai rien
demandé, moi, j 'étais bien à Paris.
Je m 'en fous, parce que ça va pas durer.
Vous savez pourquoi ? Bon, on en parlera plus tard.
Parce qu 'avec le réchauffement climatique, la Normandie va devenir un
Les températures vont monter et tout va se dessécher.
Il pleuvra plus jamais en Normandie.
Il va faire 40 degrés.
Les champs vont jaunir et la terre va se fendre.
Il n 'y aura plus d 'herbe.
Les vaches vont mourir de soif.
Non mais papa, c 'est pas parce que je me marie que c 'est la fin du monde.
Ça a bien fonctionné !
C 'est des Américains ! C 'est des Américains ! Venez ! C 'est le mariage
fille ! Venez, vous êtes bienvenus ! Allez, rentrez ! Allez,
trouvez une gosse !
la salle de la mairie.
Vous voulez un discours ? Ça tombe bien. Je vous ai préparé un discours.
Alors, cher Aurélie, vous êtes connue comme ça.
Cher Jimmy,
vous vous êtes choisi parce que vous vous aimez. Je vous en félicite.
Dans un monde, qu 'il faut bien le dire, les puissants écrasent les faibles.
Dans un monde qui nous nie, qui nous piétine.
Le mariage, c 'est un pari sur l 'avenir. On le sait tous. Mais l
-ce qu 'on a un avenir ? Vous savez, tant que la viande roumaine et allemande
continuera à envahir nos marchés, nous n 'aurons pas d 'avenir.
Regardez d 'ailleurs les chiffres de l 'exportation depuis que la Russie a
ses frontières. Sans parler du marché chinois qui lui aussi s 'est bloqué.
C 'est un mariage, ce n 'est pas un meeting politique.
Tu as raison.
Ton père a raison, Aurélie.
Aujourd 'hui, c 'est ton amour qui est à l 'honneur. L 'amour que tu portes à
Jimmy et que Jimmy te porte. Vous avez réussi à échapper au désespoir. Et
aujourd 'hui, nous, on a un espoir. On le doit à nos amis américains. On peut
les applaudir.
Alors, vous avez
apporté votre soutien à la photo.
Bon. Même s 'il y en a parmi vous qui hésitent encore, on se demande, est -ce
'on va venir poser sur la photo ? Eh bien, moi, je vous en conjure, venez
demain. C 'est vital pour vous, c 'est vital pour nous tous. Moi, je suis avec
toi, Balbu. C 'est vrai ? Aurélie, tu vas venir au chanchalet ? Comment ? Et
je dois enlever ma robe de mariée et mettre toutes les nues sur la photo, je
fais. Tout de suite.
Depuis le début, tout le monde me demande si je vais venir poser sur le
chanchalet.
C 'est d 'accord, Balbu. Je vais venir.
À la bonne heure.
Notre amie Scalvados est avec nous. La plus belle fleur de notre village.
Bon, eh bien, maintenant, je vous invite au vin d 'honneur. Balbu, tu ne nous as
pas encore mariés.
Alors, bon.
Tu sais les acheteurs que j 'ai trouvés pour la boutique ? Oui.
Ils veulent s 'installer le plus vite possible.
Alors je leur ai dit qu 'ils pouvaient commencer les travaux le mois prochain.
C 'est super.
Pourquoi tu me dis tout ça ? Pour être honnête avec toi, c 'est tout.
Tu veux être honnête avec moi parce qu 'on couche ensemble, c 'est ça ? Ah non,
pas du tout. T 'as peur que je me fasse des idées ? Non.
Tu crois que je vais te supplier de rester ?
Au cas où je tomberai amoureuse de toi.
Mais je n 'ai jamais dit ça. Mais ne t 'inquiète pas, ça ne risque pas d
'arriver. Tu fais ce que tu veux.
Moi, tu pars, tu restes, ça m 'est égal.
Allez, salut.
Qu 'est -ce qui t 'a pris ? Qu 'est -ce qui t 'a pris ? Hein,
Gisèle ? Alors, j 'ai décidé que tu m 'allais faire la photo.
Mais tu m 'avais promis, Gisèle.
Tu te souviens ? Tu m 'avais dit... Tais -toi, Roger, tais -toi. Là, celui -ci.
Je n 'ai plus d 'entendre.
Bonjour, Josie. Qu 'est -ce que vous faites avec ce boudin ? C 'est M. Newman
qui me l 'a commandé. M.
Newman mange du boudin au petit -déjeuner. Ah, Josie.
Elle a votre boudin.
Ah, merci.
Bonjour, M. Newman.
Oui, oui.
Eh, Bradley.
Bonjour, Babou. Alors, c 'est le grand jour, hein ? Le big day.
Je pense que dans deux heures, on va voir le village tout nu. Josie, un grand
sabou sur la chambre chelée. Bien sûr, ça va être bien.
Bon, allez, goûtez.
C 'est le meilleur boudin de la région.
Oh,
Roger, tu tombes bien.
M. Newman était justement en train de goûter ton boudin. Enfin !
Ça va, Roger ? T 'en fais une tête.
M. Newman, la photo, faut pas la faire.
Qu 'est -ce qui te prend, Roger ? M. Newman, la photo, faut pas la faire.
écoute, Roger, sois gentil. On parlera de ça une autre fois. Tout le monde nous
attend.
Monsieur Newman.
La photo, faut pas la faire.
Donne -moi ce couteau, Roger.
Monsieur Newman.
Donne -moi ce couteau.
Roger, s 'il vous plaît, calme -toi.
Arrête tes conneries.
Arrête tes conneries.
Roger.
Roger, arrête.
Monsieur Newman.
La photo.
Lâche le couteau. Lâche le couteau. Roger.
La photo, il ne faut pas la faire.
Ma femme, elle va aller sur le chanchalet.
Toutes nous.
Je l 'appelle Gisèle.
OK ?
Vous allez ? Non, ne partez pas.
Le
bizarre,
c 'est Vincent.
Je ne sais pas ce qui se passe, mais il n 'y a personne.
Rappelle -moi.
Alors, Vincent, qu 'est -ce qui se passe ? Ils sont où, tous les autres ? Ils
vont arriver.
Ils sont où, bordel ? Ils sont où, les modèles ? Qu 'est -ce que t 'as au bras
Voilà, c 'est Roger qui est devenu dingue. Alors, qu 'est -ce qu 'il se
Je sais pas, moi, ça fait une heure que je les appelle et... Il n 'y en a pas un
qui est libre. Ils ont toute une urgence. La laiterie, la cuve, le
vétérinaire... Enfin bref, ils disent qu 'ils passeront plus tard.
Non, c 'est maintenant qu 'on a besoin d 'eux. C 'est maintenant ! Oh, bon, non,
non, non. C 'est bon, c 'est bon. C 'est bon, c 'est bon.
On va y aller, on va la faire, là, maintenant.
Ne vous inquiétez pas.
On va partir, Balbo. Non, attendez un peu. On remet à demain.
Je vais les prévenir tous et ils viendront, je vous jure. Partez pas.
Sorry.
Vous pouvez pas partir juste en disant sorry, quand même.
Et la région, et les éleveurs, qu 'est -ce qu 'on va devenir ? Ils vont venir,
je vous jure, ils m 'ont promis.
Bonne chance, Tarbo.
Je vous dis franchement, j 'en ai assez de Normande.
Je vais les appeler.
Demain, ils seront tous là.
Je vous donne ma parole.
Ta parole.
Attendez ! Attendez encore ! Attendez ! Attendez !
Never got to taste the Buddha.
Cette fois, c 'est fini.
La photo ne se fera jamais.
Et je suis triste comme tous les autres.
Finalement, c 'était une bonne idée, cette photo.
Il se passait quelque chose dans le village.
Il y avait ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre.
Ça se disputait, ça vivait.
À présent, c 'est fini. Les gens du village ne seront plus jamais nus.
Ils sont orphelins.
Ils ont des tronches de monuments aux morts.
Il y en a un seul qui est content.
Des féroles de pharmaciens.
Finalement, Roger a fait 24 heures de garde à vue. Mais Valbuzard a été
Il n 'a pas porté plainte.
Alors les gendarmes l 'ont relâché.
La vie a repris dans la boucherie, mais ça ne va pas fort pour Roger.
Tu crois qu 'on peut aller le voir, le Balbusard ?
Et pour lui dire quoi ? Pour lui dire qu 'on est d 'accord pour la photo, qu 'il
faut qu 'il rappelle les Américains. Les Américains, ils sont partis, d 'accord
? Ils ne reviendront plus, c 'est terminé.
Non, mais si on va voir Balbu, peut -être qu 'il peut les rappeler, les
Américains. Vous allez vous prendre un coup de fusil dans le cul si vous
approchez de sa affaire. Là, je te le dis, c 'est ça qui va se passer.
Peut -être que tu ne veux pas y aller pour nous ? Ouais.
Non, n 'approche pas, Vincent, je veux voir personne.
Qu 'est -ce que tu fais en pyjama ? C 'est quoi ? Betty.
Si j 'avais démissionné, elle serait encore là.
J 'ai tout sacrifié pour une bande d 'ingrats.
Ils savent ce qu 'ils doivent. Un jour, ils te remercieront.
Les gars du supermarché, tu sais qu 'ils m 'avaient proposé de l 'argent, 20 000
euros. Et moi, j 'ai refusé comme un crétin. Mais pourquoi ? Faut pas
t 'as fait ce qu 'il fallait.
Parce qu 'il y en a qui disent aussi que j 'ai pris une commission.
Moi, j 'ai pris une commission sur le supermarché.
Allez, Balbut, tu sais quoi ?
Fous -moi la paix. Tu me fous la paix.
Tu parles en trois jours, oui ou non ? Dégage.
Dégage ! Fous -moi le camp ! Qu 'est
-ce qui se passe, Maurice ? On n 'a
pas besoin de bois avant l 'hiver.
Il y a un coup de froid.
C 'est pas un hasard si tu n 'as pas été sur la photo nue.
J 'y vais sur la photo, moi.
T 'as rien à gager ? Et ça, qu 'est -ce que c 'est
?
Ça
fait combien de temps que ça dure, cette histoire ?
génération. C 'est papa qui t 'avait dit de rien dire ? Ah oui.
Avant c 'était grand -père et puis avant le père de grand -père et...
C 'est de suite moi.
C 'est pas de l 'entre -fils.
On se refilait le secret.
Alors il avait raison Hachette.
cadastre chez le notaire. Non.
Tu vas le donner à Eugène en main propre.
Je ne vais pas le voir triompher.
Ça va, il me récupère son champ.
Mais tu n 'as rien compris.
Le chancelier, il s 'en fout.
Ce qu 'il veut, c 'est que ce soit toi qui lui donne le cadastre.
Je ne veux pas te voir chez moi, Maurice.
Tu bois un coup ? C 'est pas drôle.
C 'est un ballon vide, toi ! Bah oui, évidemment ! Tu n 'entendras pas que c
'est un ballon vide ! Évidemment que c 'est un ballon vide ! Le calva, ça se
fait à la maison !
On a enterré l 'âge de guerre.
Ça faisait combien de temps que vous n 'étiez pas parlé ? On m 'a vu la guerre
de 4 ans.
Il est
venu faire quoi
Balbu dans ta grande ? J 'en sais rien, je suis pas de la police.
Il avait envie de discuter avec tes chefs.
Mais rigolez pas, les chefs ça a des sentiments, moi je leur parle à mes
Il était en pyjama.
Il était en pyjama ? Oui, il était en pyjama.
On est dans la maison du pendu.
Je me pente. Tu vas descendre de là, oui ? Non, je descendrai pas.
Je vous préviens, ça se fait pas de se pendre chez les gens. D 'accord ? Je
pas ça.
Il a raison, Eugène. Ça va bien pas chez toi ? Oui, bah moi, si je veux me
pendre chez Eugène, je vais pas me gêner, non.
Et dire que vous avez même pas été foutus de venir faire la photo avec les
Américains, ça, c 'est trop vous demander.
Il y en avait un qui était avec sa vache, l 'autre était avec sa chèvre, le
troisième il attendait le vétérinaire, le quatrième il réparait son tracteur.
n 'y en a pas un, vous m 'entendez ? Il n 'y en a pas un seul qui a vu plus loin
que son petit intérêt.
Pas un ! Moi j 'ai tout donné, moi.
Ma femme est partie, moi j 'ai continué. Ta femme elle serait partie de toute
façon. Ouais, ça faisait dix ans qu 'elle ne te supportait plus, tout le
est au courant.
Non seulement vous n 'avez pas de jugeote, Mais vous n 'avez pas de cœur.
Non. Vous n 'avez pas d 'élan. Vous n 'avez pas de solidarité.
Vous êtes là, vous vous battez pour un bout de champ.
Alors qu 'il n 'y a plus de campagne, il n 'y a plus de Normandie, il n 'y a
plus rien.
Et c 'est pour ça qu 'on est en train de mourir. Ce n 'est pas à cause des
quotas.
Alors voilà.
Vous n 'êtes pas venus sur le chanchelet. Pourquoi ? Parce que vous
Vous vivez dans la honte. Avec vos petits secrets.
Vos petits trafics lamentables. C 'est bon maintenant.
Ça te va mal, toi, de nous donner la leçon, malbu ? C 'est vrai.
T 'aurais dû te prendre depuis longtemps.
Quand t 'as merdé avec l 'intermarché, là... Attends.
Quoi, l 'intermarché ? C 'est ta faute si l 'intermarché s 'est installé sur la
commune d 'à côté.
C 'est ce qu 'on dit.
Vous n 'allez pas commencer à me refaire chier avec l 'intermarché. C 'est vous,
bande d 'imbéciles, qui avez refusé le chantier. On le sait que t 'as touché
commission pour qu 'ils aillent en face. Moi ? Moi, j 'ai touché une commission,
moi ! T 'as pas été clair. Moi, j 'ai touché une commission.
J 'ai pris une décision.
Je vends plus la boutique de mon père.
Qu 'est -ce que tu veux que ça me fasse ? Mais attends, qui dit qu 'elle a envie
de te voir, Charlotte ? T 'es gentille Aurélie, je parle pas à toi.
Non, ce que je veux, c 'est rester avec toi.
Ah oui ? Oui.
Et moi, j 'ai rien à dire ? Vraiment, les mecs, ça échoue dans leur coin. Il
faudrait qu 'on applaudisse.
Bon bref, tiens, tu sais, là... Tu m 'as demandé la photo de Communiante.
Je l 'ai trouvée.
Eh, les filles, venez voir.
Ça, c 'est une photo des ouvrières de l 'usine que mon père avait faite. Ah
ouais ? T 'es où, toi ? Je suis derrière Jocelyne. Ah, là, c 'est Caroline.
Tu te souviens le jour où elle a couru le bac à M.
Gilbert, ou pas ? Qui était M. Gilbert ? Ah, si, le directeur du personnel et
une sacrée peau de vache.
J 'espère que t 'as une raison sérieuse pour m 'avoir réveillé.
Je voulais qu 'on garde la lumière du soleil sur le chanchelet.
C 'est pour ça que tu m 'as fait venir à 6h du matin. Regarde, regarde.
Maintenant, je comprends pourquoi Newman voulait faire la photo le matin.
Le matin, la lumière arrive à l 'est, d 'accord ? Oui, alors ? Newman, il
voulait mettre les gens avec le soleil de face.
Mais moi, je trouve ça mieux si la lumière, elle arrive à l 'ouest.
À contre -jour.
Je trouve ça plus doux sur les visages, regarde.
Pourquoi tu me dis tout ça ? Pourquoi t 'as toujours pas compris ?
Albuza, la photo, c 'est moi qui vais la faire.
Faut que t 'arrêtes de nous faire croire que t 'es heureux ici.
Merci ma chérie, je suis très bien.
Tu peux me le dire à moi.
Dis -le que tu détestes la campagne.
Dis -le que t 'en peux plus.
T 'as essayé, mais ça n 'a pas marché.
Il n 'y a pas de honte à ça.
Ça soulagerait tout le monde que t 'arrêtes de faire semblant.
Tu voudrais pas qu 'on retourne à Paris ? On irait prendre un café à une
terrasse.
En Réunitas, rue Lafayette.
C 'est bien la rue Lafayette, y a pas d 'espace vert. T 'as raison.
Pas d 'arbres, pas de plantes, que du bitume. Il se passe toujours quelque
chose, rue Lafayette.
Les embouteillages, les vapeurs d 'essence, les circulations. Des coups de
klaxon, tu brouilles partout.
Est -ce que vous êtes sûrs de retrouver les fringues ? Moi, je n 'ai pas envie
de me retrouver avec les fringues un peu chaudes. Oui, c 'est raison, les
fringues. Et puis la vache, peut -être.
Ça ne te dérange pas si on se met côte à côte sur la photo ? Pas du tout. Au
contraire. Parce qu 'on n 'a plus rien à se cacher, finalement.
Mathieu ! Comment ça va, Vincent ? Ça va, les filles ? Tu veux nous faire un
bisou ? J 'arrive.
Alors, comme ça, tu vas tous nous habiller ? Oui.
Je sais,
Roger. Je sais.
Viens, M.
Baluzard, ce que tu m 'as dit tout à l 'heure.
Finalement, je suis d 'accord.
Pourquoi ? Je suis d 'accord pour que Gisèle... Que Gisèle quoi
? Je suis d 'accord pour que Gisèle fasse la photo.
Je me suis dit, avec la crise de la viande, tout ce qui se passe, l
la Roumanie, il faut la faire, la photo. Gisèle aussi.
Gisèle toute nue sur la photo.
La bonne heure.
Roger est d 'accord.
Gisèle va être avec nous sur la photo.
Bravo ! On
y
va ? Attends,
attends, attends.
Faut que je vérifie la lumière parce que je veux pas un nuage sur la photo. Il
vérifie la lumière.
Les bottes, on a le droit de les garder ? Oui, gardes -les, t 'es bon. Pourquoi
tu gardes tes bottes, toi ? On ne sait jamais, il y a peut -être une boute de
vache. Il n 'y a pas de bus sur son soleil, d 'accord ? Mais non, il n 'a
ses respirateurs.
Le bus, c 'est bon, on peut y aller.
Bon, alors, qu 'est -ce qu 'on se dit, les amis ?
C 'est Chloé.
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