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Original subtitles

LA MAIN GAUCHE DU SEIGNEUR

Une province lointaine de Chine — 1947

Encore du thé, mon père ?

Non, merci, Mme Sigman.

Vous avez pris de sérieux risques, en traversant seul les montagnes.

Il me tardait d'arriver à la Mission, docteur.

Qu'y a-t-il ?

C'est Li Kwan, Mlle Anne.

Vous êtes épuisé, mon père, mais un malade est en train de mourir.

Il s'accrochait à la vie, en vous attendant.

Anne craint pour l'âme immortelle du malade.

- C'est normal. - Non, Anne.

Li Kwan a 80 ans.

Bel exemple de survie du corps, mais ne parlons pas d'âme.

Je t'en prie.

Quand vous en aurez fini avec lui, je l'autopsierai.

Je n'ai plus ni calice, ni huiles saintes,

ni vêtements sacerdotaux.

Il a vraiment besoin de vous.

Où est cet homme ?

Li Kwan, le père O'Shea est arrivé.

Bénissez-moi, mon père.

Voilà longtemps que je ne me suis pas confessé.

Ménagez-vous, vieil homme.

Son seul espoir était de rester vivant jusqu'à votre arrivée.

Sa foi était inébranlable.

J'aurais voulu qu'il reçoive l'extrême-onction.

Pourrions-nous prier ?

Oui, bien sûr.

Puisque le protégé d'Ann est mort, rentrons.

Bonjour, mon père. Vous dites messe ?

Excuse-moi, je dormais encore. Comment t'appelles-tu ?

John Wrong, père O'Shea.

Ménage de maison, sacristain et enfant de chœur aussi.

Nettoie et repasse vêtements.

Je fais aussi liste. Je vous lis liste ?

Oui, lis-la.

42 mariages.

Combien ?

42 mariages. Beaucoup temps sans prêtre.

Je vois.

36 baptêmes. Il devrait y avoir plus.

36 est un bon nombre. Et quoi encore ?

Beaucoup de gens attendent pour confesse.

Le travail s'accumule vite, dirait-on.

Quand la dernière caravane est-elle passée ?

Longtemps pas de caravane.

Bon, je vais me préparer, John.

Entrez, j'arrive tout de suite.

Asseyez-vous. Je suis content de vous voir.

- Un cigare ? - Non, merci.

Mes derniers cigares. La caravane doit m'en rapporter.

La dernière est passée il y a longtemps, je crois ?

Vous savez que j'ai recommandé de fermer la Mission.

Qu'a décidé l'évêque ?

M'aurait-il envoyé ici, s'il envisageait la fermeture ?

L'évêque a tort. Cette Mission doit fermer ses portes.

Je n'ai qu'un seul malade dans mon hôpital. Jadis, il était plein.

La Mission n'est pas faite de votre hôpital seulement.

Un de nos prêtres a été tué par une avalanche.

Son successeur, le père Coleman, s'est tué à la tâche.

Le Chinois doutent d'un Dieu qui laisse mourir ses prêtres.

Et ils doutent même de mon hôpital, donc ils ne viennent pas.

Humainement, cette Mission ne sert à rien.

L'évêque s'attache aux raisons spirituelles plus qu'aux humaines.

Voilà où nos professions divergent.

Moi aussi, les choses matérielles m'intéressent.

Il ne s'agit pas seulement de mon hôpital.

Il y a un seigneur de la guerre nommé Yang. L'évêque vous l'a dit ?

Oui. Il m'a dit que Yang ne touche jamais aux Missions.

Ses troupes ont pillé des villages. Il s'y ajoute le péril politique.

On vous a dit à Sinkiang le nombre de Missions qui ont dû fermer ?

Le chiffre exact m'échappe.

À quoi pensait l'évêque en vous renseignant si mal ?

Au peu d'importance de cela.

Je vous en prie ! L'infirmière, ma femme et moi risquons notre vie !

Le guerre civile fait rage.

Répétez-nous ce que l'évêque vous a dit.

L'évêque n'est pas exactement un pote à moi.

Vous vous trouvez spirituel ?

2 prêtres sont morts. Ni ma femme ni nous ne tenons à les rejoindre.

Et parlez-moi poliment. Je ne suis pas une de vos ouailles.

Ni moi un coolie malade.

N'abusez pas de votre col romain.

Je peux le retirer…

J'ai sans doute été trop brutal.

Ma femme voudrait que vous dîniez avec nous.

Elle pense que vous êtes écœuré de la cuisine chinoise.

Merci. Elle a raison.

On reprendra ceci devant un verre de reconstituant.

Ce sera avec joie, docteur.

- Bonjour. - Bonjour, mon père.

J'allais au village. Vous vouliez voir l'hôpital ?

L'hôpital attendra. Je préfère aller voir le village avec vous.

Les villageois ne vous ont jamais vu. Ce sera un grand jour.

Cela m'étonnerait.

J'avais perdu l'habitude de sortir avec une jolie femme.

Vous faites souvent sursauter les gens ?

Comment cela ?

On imagine mal un prêtre sortant avec des femmes.

Je ne suis pas né prêtre. J'étais un Brummel, à l'université.

Vraiment ?

De quelle région êtes-vous ?

De Columbus, dans l'Ohio.

Vous devez vous ennuyer ici.

Quelquefois. Mais je suis très liée avec Beryl.

La femme du docteur. Je lui dois beaucoup. Elle est étonnante.

Deux femmes étonnantes dans si petit pays ?

Je ne suis en rien étonnante, mon père.

Votre seule présence ici l'est.

C'est une longue histoire. Je vous l'infligerai, un jour.

- Vous voyez, vous êtes célèbre. - Oui.

Bonjour, Shen-Fu.

- Voici Tien So Lin. - Bonjour.

Comme nous vous attendions, Shen-Fu !

Je suis heureux d'être parmi vous.

C'est le plus vieil homme du village, Shen-Fu.

Père de nombreux fils, il voudrait que vous le bénissiez.

J'ai besoin de bénédiction aussi.

C'était parfait.

Comme vous les comprenez bien ! Vous avez conquis le village.

Je les ai peut-être trop conquis.

Les Chinois adorent ce genre de geste. Il y aura foule à l'église.

Sigman sera heureux.

L'hôpital et la Mission ne seront pas fermés.

Vous n'en êtes pas heureux, vous ?

Où mène cette route ?

- Au village numéro 5. - Nulle part ailleurs ?

Sigman m'a dit que les caravanes passent souvent par ici.

On n'en a pas vu depuis des mois.

Sans elles, on est coupé de tout ?

Sans caravane, on ne peut pas partir d'ici.

Je vois.

Vous êtes bloqué sur place.

On le dirait bien, en effet.

Je dérange, mon père ? Je viens faire le lit.

Pas la peine, John. Je ferai mon lit moi-même.

Mon père a six villages à visiter.

- Il le faut ? - Oui, c'est important.

Mon père a béni un village. Christ est mort pour tous.

Tu as raison. Le Christ est mort pour nous tous. Pas de privilèges !

Vous dites messe demain ?

Je ne pourrai pas célébrer la messe demain, John.

Demain, dimanche.

Ce sera première messe depuis mort de père Coleman.

Je ne peux rien faire sans mes ornements et mon calice.

Tout village sera à l'église.

Qu'ils traînent encore un peu leurs péchés.

Père O'Shea a tort. Péchés peuvent pas attendre.

Eux fatigués. Portent péchés depuis mort de père Coleman.

Péchés lourds. Père O'Shea les enlèvera. Ça reposera les gens.

Que me conseilles-tu, John ?

Que père O'Shea fasse sermon fort.

Je fournirai à la paroisse un sermon extra-fort, demain.

Recueil de sermons

Avalez vite ou John Wrong vous excommuniera.

Du parfum !

Juste une goutte.

Pour l'église ? Et vous êtes en beauté.

Nous sommes au printemps.

Le père O'Shea a évidemment beaucoup de charme.

Enfin, Béryl !

C'est un sacrilège ? Il en a quand même beaucoup.

Ses yeux sont si séduisants par leur tristesse.

Béryl, arrêtez, je vous en prie.

C'est élogieux ! C'est un bon prêtre, puisqu'il est venu ici.

Le magnétisme d'un homme n'a aucun rapport avec son habit.

Le père O'Shea est un prêtre.

Vous n'êtes pas catholique, mais vous comprenez.

Je ne peux pas voir en lui un homme. Je ne dois pas.

Oui, je comprends.

Je me sens mal à l'aise de m'être habillée, maintenant.

Mais c'est le printemps.

Je suis plus coquette aussi et je ne songe pas à plaquer Dave.

Je vous exhorte à vous abstenir des convoitises charnelles.

C'est la volonté de Dieu, qu'en pratiquant le bien,

vous réduisiez au silence les ignorants.

Vivez en hommes libres

sans faire de la liberté un voile couvrant la méchanceté.

Honorez tous les hommes.

Aimez vos frères.

Craignez Dieu, honorez le roi.

Je viens de lire une lettre d'un de vos amis, saint Pierre.

Qu'est-ce que tu veux ?

Thé ? Pantoufles ?

Non, merci.

Père Coleman prenait toujours thé après messe.

Je n'en veux pas.

Je voulais voir si vous alliez bien.

Oui, bien sûr. Asseyez-vous.

Du thé ?

Wrong me l'a préparé comme l'aurait fait une épouse aimante.

Épouse pas bien pour prêtre.

Merci de me le rappeler.

L'homme que vous avez frappé, c'était bien un étranger ?

Je ne le connaissais pas.

Il a craché. J'en ai oublié que je suis prêtre.

Vous êtes déçue.

Vous n'imaginiez pas un père O'Shea violent.

Être toujours comme on vous imagine est difficile.

Oui, je viens de le constater.

Je songe à fermer la Mission.

C'est impossible ! Ces gens ont besoin d'un prêtre.

Pas plus que d'autres gens.

Vous ne le pensez pas. Vous avez déjà fait tant de choses ici !

Je n'ai rien fait du tout.

Sigman estime qu'il est dangereux de rester, et il a raison.

Vous avez bien vu, aujourd'hui.

La Chine devient un cauchemar. Aidons-nous vraiment les Chinois ?

Vous vérifiez leur température et moi, l'état de leur âme.

- Vous avez tort. - Ah oui ?

Je prêche aux villageois l'amour et la fraternité.

Puis, je sors pour aller assommer un inconnu.

Ma place n'est pas ici. La vôtre non plus.

Vous devriez être en Amérique, à élever des enfants à vous.

J'ai été mariée.

C'est pour cela que je suis en Chine.

Il était pilote. Son avion a disparu dans cette région.

J'ai pensé qu'il pouvait être dans l'hôpital d'une Mission

et j'étais infirmière.

C'était un rêve absurde.

Vous êtes restée quand même.

Que faire d'autre ?

Il y a tant à faire, ici. Il faut que quelqu'un le fasse.

Même si nous échouons, un peu de nous restera en Chine.

Ce que nous faisons, peu en importe la raison.

Ces gens en ont besoin.

Ils ont besoin des médicaments et de la foi que nous apportons.

Même si vous fermiez la Mission, je resterais, mon père.

Seule, s'il le faut.

Vous êtes tellement attachée à ces gens ?

Vous resteriez, malgré le danger ?

Excusez-moi d'avoir fait un discours.

Nos professions ne sont pas si différentes.

J'ai ma sainte Trinité : diagnostic, pronostic, soins.

Mais mon métier s'arrête là où commence le vôtre.

Comment cela ?

Il y a un bistrot, la Maison Jaune, au village numéro un.

Il est tenu par deux femmes de mauvaise vie. Vous le saviez ?

C'est crasseux. J'ai fait venir les femmes, je les ai soignées

puis j'ai sermonné les anciens du village.

Si ces femmes sont néfastes, pourquoi s'arrêter en chemin ?

Faites fermer le bistrot par les anciens.

Ce n'est pas mon rayon. La morale, c'est votre domaine.

À votre avis, je devrais prendre des mesures ?

Pas forcément. La vieille méthode consistait à lapider ces femmes.

Le Christ s'y était pris autrement.

En effet. Mais vous semblez apprécier l'action directe.

Il paraît que vous avez assommé un villageois.

Il n'était pas d'ici.

Je ne suis pas contre.

Un peu de mouvement active la circulation.

Mais ça m'a poussé à me demander ce que vous feriez à ces femmes.

Je ne le les lapiderai sûrement pas.

Quand vous aurez pris votre décision, prévenez-moi.

Je crois que j'ai gagné.

Pas encore.

Échec et mat.

Je vous ai peut-être sous-estimé, mon père.

L'enfant sera vite guéri. Fais ce que t'a dit le docteur.

Quelqu'un malade, mon père. Il faut venir.

J'ai du travail, aujourd'hui.

C'est Chun Tien, mon père.

Va retrouver les autres.

L'enfant était mort-né, Shen-Fu.

Laissez-nous.

Racontez-moi une histoire.

Quelle histoire ?

Parlez-moi de l'étable,

de Marie et de saint Joseph.

Une femme nommée Marie

était couchée sur la paille, attendant que naisse l'enfant.

Elle est morte, mon père ?

Oui. Où est le mari ?

À la Maison Jaune. Chun Tien a vu l'enfant mort.

Il boira à la Maison Jaune pour oublier son chagrin.

Il devrait être ici. Conduis-moi, Dan.

Ce n'est pas un endroit pour le Shen-Fu.

Un mauvais lieu, mon père.

Merci, Dan, tu peux rentrer au village.

Pao Chu est morte.

Je l'aimais, Shen-Fu.

Je la crois auprès de quelqu'un qui l'aime tout autant.

Je suis sûr que là où elle est maintenant, Pao Chu est heureuse.

Vous le croyez, mon père ?

Oui, je le crois.

Nous ne pouvons plus rien, ni vous ni moi.

Ces sages-femmes ! Si j'étais venu, l'enfant aurait vécu.

Elles ne comprennent rien ! C'est le village le plus arriéré.

Il faudrait tuer celui qui a dit que l'ignorance, c'est le bonheur.

Vous êtes allé à la Maison Jaune ? Ça a marché ?

On ne gagne pas à tout coup.

Vous n'allez pas dire que l'Église renonce ?

La médecine ne renonce jamais. Elle lutte toujours.

Quand la médecine n'abandonnera plus de cas désespérés,

vous pourrez critiquer l'Église de laisser subsister un mal.

O'Shea devrait boire un peu. Il est surtendu.

Sa santé te préoccupe, maintenant ?

Il fait son boulot de son mieux. En Chine, on n'en demande pas plus.

Tu affirmais pourtant qu'il était étrange.

- Je me suis trompé. - Peut-être que non.

Certes, par bien des côtés,

il ne semble pas fait pour être prêtre.

Encore ce "magnétisme" ?

Aucune femme ne comprend le célibat.

Un prêtre est un homme.

Vanité féminine ! L'état de prêtre est aussi une discipline.

Pour O'Shea, rien ne compte autant que son état de prêtre.

Ce qui m'inquiète, c'est sa santé et son état d'hypertension.

Allume-moi une cigarette, s'il te plaît.

Tu devrais t'inquiéter d'autre chose aussi.

De quoi ?

Il faut faire partir Anne.

Pourquoi ?

Elle est ici depuis trop longtemps.

Je la trouve très bien.

Tu trouves ? Comme c'est beau d'être à ce point aveugle.

Un feu intérieur la dévore.

Comment cela ?

À cause de père O'Shea.

Tu ne sais plus ce que tu dis.

Tu crois vraiment ?

C'est impossible. Tu devrais lui en parler.

J'ai essayé. Ce n'est pas sa faute.

La femme est un être biologiquement simple.

Son corps ne tient pas grand compte de son cerveau.

Par tant de côtés,

O'Shea n'est pas fait pour être prêtre.

Le cerveau d'Anne sait que O'Shea est prêtre.

Mais ce qu'elle éprouve pour lui… Je n'aime pas ça.

Nous ne pouvons pas laisser la "fièvre de Chine" abattre Anne.

Elle voudra partir ?

Je ne sais pas si elle acceptera de rentrer en Amérique.

Est-ce que la "fièvre de Chine" nous guette aussi ?

J'espérais que la Mission serait fermée. Il n'en est pas question.

Tu me respecteras, si j'abandonne ?

Nous n'avons encore jamais abandonné.

- Embaucheriez-vous une soprano ? - Il faut passer une audition.

- Très bien. - Voyons voir.

Une jeune fille alla à Hong Kong, puis elle alla à Singapour

Puis elle alla à Shanghai pour acheter du pain

- Le batelier sourit à Hong Kong - Le soldat sourit à Singapour

Le fermier sourit à Shanghai, mais lequel épousera-t-elle ?

Tous les trois ?

Sûrement pas !

- Deux ? - Jamais !

Qui, alors ?

Un seulement Celui-là, je l'aime vraiment

Le batelier resta à Hong Kong

Le soldat resta à Singapour

J'ai oublié la suite.

Et c'est l'heure de coucher les enfants.

Ils peuvent y aller seuls.

- Qu'y a-t-il ? - Kentucky !

Vous connaissez celle-ci ?

J'aime mieux ne plus chanter, mon père. Il se fait tard.

Les montagnes sont comme les sentinelles de la nuit.

Elles écoutent le concert.

Que peuvent-elles en penser ?

C'est sans doute du chinois pour elle.

Ça m'a fait du bien.

C'était agréable, n'est-ce pas ?

Si vous dites une grande messe, je pourrai être soliste.

Ce serait bien.

Vous êtes étonné de ne pas m'avoir vue à confesse.

Je n'y ai pas réfléchi.

Je ne peux pas et je ne veux pas vous dire pourquoi.

On en parlera à un autre moment, en dehors du confessionnal.

Tu devrais aller te coucher.

J'ai beaucoup de travail, mon père.

D'où vient cette bouteille ?

Docteur avait donné alcool à père Coleman.

Demain, j'asperge église.

Beaucoup gens, beaucoup vermines.

C'est gaspiller du bon whisky.

Tu finiras ça demain. Bonne nuit.

Bonne nuit. Je continuerai demain.

- Bonsoir. Puis-je entrer ? - Avec plaisir.

On manque de compagnie, à la Mission.

Oui, parfois.

On s'y sent si seul, si abandonné. Moi, en tout cas.

Il est difficile de s'adapter à la Chine, ne trouvez-vous pas ?

Quelquefois, si. Même un prêtre à son église.

Bien sûr. Je ne parlais pas de ça. Je pensais que…

À vrai dire, je pensais à Anne.

On est coupé de tout, ici, et…

Je crois qu'elle a un faible pour vous.

C'est impossible.

Que ça vous plaise ou non, vous avez un problème à résoudre.

Me trouveriez-vous trop hardie si je risquais un conseil ?

Non, pas du tout.

Quand Dave a une difficulté,

m'en parler ne lui suffit pas toujours.

Dans ces cas-là, il lui faut un homme comme lui,

un médecin. Un homme de son métier.

Quelqu'un qui est passé par là et qui peut le comprendre.

Vous avez besoin de ça, vous aussi.

Vous croyez ?

Il y a une Mission protestante sur l'autre versant.

Je ne le savais pas.

Le révérend Marvin est en Chine depuis longtemps.

Je comprends ce que vous voulez dire.

M. Marvin pourrait en effet m'aider à résoudre certains problèmes.

Est-ce que Yang a pu couper la route des montagnes ?

Il ne l'a jamais fait.

Le père Coleman avait fait le voyage. Vous pourrez le faire.

Ça devrait être facile.

On dirait que j'attire les tuiles.

Nous les attirons tous.

Comme la lune est claire.

J'ai coopéré avec les vôtres à Ningpo, pendant la guerre.

Il y avait des prêtres français et belges

et un Irlandais inoubliable.

Depuis quand êtes-vous en Chine ?

Depuis 12 ans. Cette Mission est petite.

Mais nous n'avons pas trop échoué. Nos gens sont fidèles.

Les nôtres aussi. Même si on manque de riz.

Excusez-moi. Je me suis un peu posé en concurrent, je crains.

"Un peu" ?

Je n'ai pas le droit de vous concurrencer.

Je ne vous suis pas.

Je ne m'appelle pas O'Shea et je ne suis pas prêtre.

Alors, qui êtes-vous ?

Je suis un ex-pilote. Je m'appelle James Carmody.

Il y a trois ans, mon avion s'est écrasé dans les montagnes.

J'ai été recueilli, soigné, puis embauché par Mieh Yang.

Officiellement, j'étais son second. En fait, j'étais son prisonnier.

Ce sont les nôtres qui ont tiré.

Qui l'a abattu ?

Qui peut savoir ?

Il était arrivé seul. Quelqu'un a tiré.

J'avais formellement interdit de tirer.

J'entends qu'on exécute mes ordres.

Portez-le sur une civière.

Le Q.G. de Yang était dans une vieille lamaserie.

Il fit même venir une fille de Tchoung King pour me distraire.

Que Jang Teng l'examine.

Tu me chatouilles.

Je m'ennuie quand tu n'es pas là.

Tu aurais dû rester à Tchoung King.

Pourquoi ?

On ne s'y ennuie pas

et l'océan y est à 20 jours de moins qu'ici.

Tu es écœuré de la Chine ?

Pas seulement de la Chine.

De l'armée de pacotille de Yang aussi.

En 3 ans, il y a de quoi être écœuré.

Pauvre Carmody. Tant d'autres t'envieraient.

Tout ça ? Ça s'achète n'importe où.

Et moi ? On peut m'acheter aussi ?

Oui. En cartes postales.

Alors pourquoi restes-tu ?

Comment partirais-je ?

C'est la plus vaste prison du monde.

On y est bien logé,

mais c'est un enclos de déserts et de montagnes.

On n'en sort pas sans un passeport signé de Yang.

Il aime qu'on soit à l'heure.

Moi aussi, Carmody.

Salut, Jimmy. La santé est bonne ?

Comme toujours.

Qu'as-tu découvert ?

Le rapport disait vrai. Il y avait bien une expédition scientifique.

Lao Tsu l'a liquidée.

Et le butin ?

Il était de quelques jumelles et quelques pistolets.

Plus des canadiennes et des conserves.

J'ai fait l'inventaire.

Tu as bien fait.

Jour de paie !

On le joue sec ?

Oui.

Trois 5 à battre.

Je suis désolé.

Le mois dernier, j'ai eu ma solde doublée.

On joue le pantalon d'or de Mary ?

Pour ça, propose-lui de jouer elle-même.

Un jour peut-être… Rien d'autre ?

Pao Ching a abattu un prêtre américain dans un des villages.

Un missionnaire ? C'est ennuyeux. Le Shen-Fu est encore en vie ?

Abattre un prêtre est maladroit. S'il y avait une enquête…

Qui la ferait ?

Mais tu as raison.

Je mets Pao Ching à l'amende de 600 yens.

Pour avoir tué un prêtre ?

C'est trop ? Mais il était américain.

J'ai fait mes études en Amérique. Je trouve 600 yens un bon prix.

Bien sûr, si le Shen-Fu survivait, ce serait gênant.

Pourquoi ?

On ne peut pas laisser de survivants, tu le sais.

Et puis tu as été un peu brutal avec Pao Ching.

Frapper un Chinois n'est pas habile.

Il a désobéi.

- À qui ? - À moi.

C'est moi qui donne les ordres importants.

Mais pourquoi discuter ?

Nous aiderons le bon père à être en avance au paradis.

Et tu feras tes excuses à Pao Ching demain matin.

Cherche-toi un autre boy, Yang.

Tu plaisantes ?

Oui. C'est de l'humour chinois. Je démissionne.

Je n'accepte pas de démissions. Ce prêtre compte tant pour toi ?

Je ne vais plus à l'église depuis mon enfance.

Pourquoi, alors ?

Il y a 3 ans, tu m'as sorti de mon épave

et recousu les morceaux.

Tu m'as fait conseiller militaire, percepteur et boy numéro 1.

Je t'ai payé ma dette.

J'ai envie de changer de crémerie. Je pars.

Le prêtre du Christ est mort.

On s'est disputés pour rien.

Il venait pour faire le bien.

Un rustre crasseux, qui ne pense qu'à bouffer, l'a abattu.

Tout ça me dégoûte.

Seul son corps est mort.

C'est son âme qu'un homme doit sauver.

Je risquerai l'âme pour faire évader le corps.

Tout homme trouve sa voie.

Une voie de 72 jours jusqu'à l'océan ?

Les caravanes font le voyage.

Aucune caravane ne m'emmènerait sans l'autorisation de Yang.

Dommage que le prêtre du Christ ne soit pas arrivé à sa Mission,

qui n'est qu'à 8 jours de marche d'ici.

Les montagnards n'oseront plus s'attaquer à un prêtre.

Provisoirement, oui, il serait en sécurité.

Les caravanes allant vers l'océan s'arrêtent à la Mission.

J'avais donc le choix :

rester avec Yang ou tenter d'arriver à la Mission.

Je décidai de partir.

C'est assez peu croyable, Carmody.

Un scandale dans une Mission de Chine rejaillit sur les autres.

Votre Mission sera menacée si Yang sait que vous y êtes ?

J'en pars pour ça.

Vous ne pourrez guère éviter les conséquences de vos actes.

Vous devez prévenir les chefs de l'Église que vous avez outragée.

Je vous donnerai le nom de votre évêque. Écrivez-lui.

J'ai un courrier pour Sinkiang, qui portera votre lettre.

Je ne veux pas écrire. Je veux accompagner votre courrier.

Si votre seul but est de sauver votre peau, bien sûr…

Il ne s'agit pas de ma peau. Il y a une infirmière…

Je ne peux pas rentrer à la Mission.

J'ai retiré ce col et je ne le remettrai plus.

Le père O'Shea est mort. Je suis James Carmody.

Mission méthodiste américaine

Excusez-moi de vous déranger, ce monsieur apporte des nouvelles.

L'armée de Mieh Yang traverse les montagnes, Shen-Fu.

Tu l'as vue ?

Je ne l'ai pas vue moi-même.

C'est un muletier qui l'a aperçue sur le flanc ouest.

Où se dirigeait Yang ?

Vers les 7 villages à l'est des montagnes.

Vous pouvez y aller.

Vous feriez bien de remettre votre col.

Vous n'y retournez pas ?

Vous laissez la Mission sans défense ?

Si je n'y suis pas, Yang ne touchera pas à la Mission.

Vous désertez donc à nouveau.

Ma spécialité, dirait-on.

Cet habit dont vous avez abusé, vous le déshonorez, maintenant.

Je suis à court de foi, d'espoir et d'esprit de charité.

Attendez.

Il pourra vous servir encore… pour vous protéger le cou.

Pourquoi pas ? Mon cou est bien engagé dans la lunette.

Cinq jours ! Où est O'Shea ?

Il doit foncer, ventre à terre, vers le Sud.

Il n'est pas homme à déserter.

Étrange moment pour faire ses visites.

Pourquoi Yang dit-il à ces pauvres gens que le Shen-Fu les soignera ?

Yang connaît donc O'Shea ?

Quelque chose sonne faux, chez notre ami l'abbé.

Il ne déserterait pas.

Combien pariez-vous ?

Et vous, combien ?

Combien Yang en a-t-il traités ainsi ?

Six. Où étiez-vous ? Je commençais à croire…

Le docteur vous croyait perdu.

Je l'étais… provisoirement.

Je voudrais vous parler. Dans mon bureau.

Asseyez-vous. Excusez-moi de négliger les salamalecs.

Nous vous attendions. Je n'aurais pas cru que Yang nous attaquerait.

Je pensais qu'il le ferait.

Il fallait le dire.

Pour quoi faire ? Vous n'y pouviez rien.

Nous nous serions préparés.

À quoi ?

On m'affirme que Yang n'a que 100 hommes.

On en a le double.

Armés de quoi ?

On a quelques fusils. 50 des villageois ont été soldats.

Yang sera noyé sous le nombre des villageois défendant leur foyer.

Avec 20 hommes seulement, Yang prendrait tous les villages.

Vous n'avez pas de soldats, rien que des fermiers.

Je refuse de laisser transformer la Mission en fortin.

Vous manquez de réalisme. Yang est un fauve.

Pensez à ce que votre faiblesse représente pour nous, les femmes.

Vous comptez sur la pitié d'un individu impitoyable.

Je ne compte pas dessus.

Sur quoi compter alors ? Sur des cantiques ?

Je vous demande de compter sur moi.

Je verrai Yang. Seul.

Et si vous échouez, sur quoi pourrons-nous compter ?

Sur ses prières !

Désolé, je n'ai rien de mieux à offrir.

On ne peut ni combattre ni fuir.

Me voici, Seigneur. Je ne prierai pas.

Ce que j'ai à dire, j'aimerais le dire debout.

Ces gens me croient prêtre.

Je n'avais à offrir que la foi en un Dieu

dont je niais l'existence.

Peu importe si j'ai eu raison ou tort. Il est trop tard.

Plonger dans l'abîme est facile. S'en sortir est plus pénible.

Il ne me reste qu'à payer mes dettes de mon mieux.

Voilà où nous en sommes. Je tenais à Vous le dire.

Réveille-toi, John.

Il est l'heure de partir.

Où est notre grand stratège ?

Vous ne vouliez pas vous battre. Voyez cette foule !

Je la vois.

Je vous ai écouté. Et ce Napoléon de quatre sous est à notre porte.

Que conseille notre grand cerveau ?

Regardez, docteur.

Yang ne leur fera aucun mal. C'est moi qu'il veut.

Je vais aller à lui.

Vous êtes fou ?

Si vous parlez sérieusement, je vous accompagne.

Vous serez plus utile ici. Vous êtes armé ?

Prenez ceci. Je vous dirai un jour où je l'ai eu.

C'est une histoire intéressante.

Pitié, excellence ! La récolte a été mauvaise.

La maladie nous a frappés.

Tu te tais à cause du Shen-Fu ?

Le Shen-Fu sait que ce village est misérable.

Vos biens ne valent rien.

Vos hommes sont empotés. Vos femmes sont laides et fripées.

Le Shen-Fu sait que ton village ne m'intéresse pas, imbécile.

Il faudrait le brûler en entier, pour purifier l'air.

N'est-ce pas, mon père ?

Laissez-nous seuls. Apportez un siège au Shen-Fu.

Un méchant uniforme. Tu déchois dans la vie.

Ne te fie pas à l'apparence.

Tes soldats ne te reconnaîtront jamais,

tu portes une jupe.

Tu as toujours respecté les Missions. C'était la sagesse.

Tu étais ici, Jimmy.

Tu es un déserteur.

Je n'aime pas les déserteurs.

Tu engraissais quand je faisais le travail.

Mon départ te réussit.

Tu as les muscles durs.

Je suis dur.

Je peux te faire fouetter, en te suspendant par les pouces.

Bien sûr. Mais réfléchis :

si je résiste, on dira que Yang n'a pas pu me briser.

Si je suis faible, on s'étonnera que j'aie commandé ton armée.

Tu perdrais la face et tes hommes pourraient te croire faible.

Il serait fâcheux que tes soldats se disent cela.

Te fusiller serait mieux, à bien y réfléchir.

Cela se passerait avec dignité, simplicité et tristesse,

ici, sur la place du village.

Chacun verrait que te fusiller était regrettable mais nécessaire.

Ce serait une belle mort. Mais je te dénie le droit de me tuer.

Parler de "droit" serait naïf. Tu n'es pas un imbécile.

Je ne veux pas te tuer. Je veux que tu me reviennes.

Avec mes jupes ?

Elles te vont mal.

Tu devrais t'en débarrasser au plus vite.

Pas encore. Tu m'as dit ce que tu veux. Ce n'est pas très poli.

Demande ce que je veux, moi.

Il te faudrait une armée avant de commencer à marchander.

Cela te serait utile.

Et que voudrais-tu ?

Je veux la paix pour la Mission et pour ces villageois.

Je veux que tu partes sans leur faire de mal.

Tu demandes beaucoup. Et qu'offres-tu, en échange ?

Rien du tout.

C'est un marché déraisonnable. Je prends donc ce que je veux.

Que vois-tu à voler ? Rien ne vaut le transport.

Une Mission brûlée, beaucoup de mauvaise volonté.

C'est absurde.

Je pourrais t'emmener pour te faire travailler.

Comme prisonnier ?

Tu ne serais pas drôle en prisonnier. Tu es malin.

Suffisamment pour avoir trompé la Mission et moi-même.

Mais tu ne m'ennuies jamais. C'est un talent rare.

Je t'offres donc ta Mission et tes villages,

si tu reviens me servir loyalement pendant trois ans.

C'est une offre excellente. Je ne marchanderai plus.

Tout ou rien, Yang. Sors tes dés.

Qu'on m'amène les dés !

Précisons les enjeux, Jimmy.

Je pars sans toucher à toi, à la Mission, à tes rustres,

à ton antre de superstition, si je perds.

Si je gagne, tu viens avec moi

pour me servir sans fuir ni trahir pendant cinq ans.

Trois ans.

Cinq ans, Jimmy. Il y a maintenant l'incertitude du jeu.

D'accord, cinq ans.

Tu ne peux pas gagner, dans cette tenue.

Oublie mon habit. Joue.

Trois 6.

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit

Carré de 3. Tu perds ! Tu as eu tort d'invoquer la Trinité.

Il y a une autre Mission, la protestante.

Elle est plus petite,

tu n'as que trois ans à jouer pour elle.

À moins que ton Dieu n'ait qu'une maison ?

Dans le livre auquel tu ne crois pas, Yang, il est dit :

"Ils se partagèrent mon vêtement et jouèrent aux dés dessus."

Je sais. Deux soldats jouant aux dés à Jérusalem. Je lis, parfois.

Paire de 3.

Joue.

Paire de 2. Tu perds.

Reviens. Je double ta paie.

Tu finirais par me fusiller. J'aime commander aussi.

Ne sois pas idiot. J'ai arrêté une caravane où il y a deux prêtres.

Ils savent qui tu es. Tu seras démasqué.

Ne t'en inquiète pas.

C'est moi qui ai écrit pour qu'ils viennent.

Bah ! Ça m'aurait fait de la peine de te fusiller.

Il ne me reste qu'à me montrer généreux et à créer une légende.

Le Saint-Esprit m'a touché et j'épargnerai ces villages.

Tu seras le prêtre le plus vénéré de Chine.

Il y aura des feux de joie.

Ce sera un miracle, je le proclamerai.

Tu perds beaucoup en abandonnant Mary Yin.

Alors Mieh Yang se tourne et dit : "Qui me touche ?"

Et père O'Shea répond : "Saint-Esprit te touche, Mieh Yang."

Alors Mieh Yang se tourne et dit : "Je ne vois pas Saint-Esprit."

Et père O'Shea dit : "Saint-Esprit est partout."

Et Mieh Yang a peur que Saint-Esprit le touche encore.

Il se met à genoux et dit à père O'Shea :

"Je ne brûlerai pas village numéro 1, Shen-Fu."

Le Dr Sigman vous cherche, mon père.

Je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait.

Il n'y a pas à me remercier. J'ai eu un coup de veine, c'est tout.

- De la veine ? - On peut dire ça.

C'est plus que de la chance. Même le docteur le pense.

Vous lui en imposez enfin. Il reconnaît que vous aviez raison.

Je quitte la Mission demain, avec la caravane.

Après la journée d'aujourd'hui ?

Ma tâche est terminée.

Je n'ai jamais été prêtre.

Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.

Deux prêtres arriveront demain avec la caravane.

Ils savent qui je suis.

Je voulais vous le dire avant leur venue.

Ce que vous avez fait me prouve que vous êtes le père O'Shea.

On baisait votre soutane comme celle d'un saint.

Un saint !

Je me suis débarrassé de Yang en jouant aux dés avec lui !

- Aux dés ? - Oui.

Il n'était pas question de foi. Pas trace de miracles !

J'ai eu de la veine au dés, un point c'est tout.

Si vous n'êtes pas prêtre, qui êtes-vous ?

Un pilote, comme votre mari. Le seul survivant d'un avion tombé.

J'ai commis une grosse erreur, ensuite.

J'ai fui le piège de Yang pour tomber dans un piège plus solide.

Le piège de cette Mission, de Dieu.

On s'en évade moins encore.

Maintenant, tout est terminé.

Demain, le Dr Sigman, les paysans, tout le monde saura

que je suis un imposteur et que je n'ai rien fait de vrai.

Je ferai ce que décidera l'Église.

Moi aussi, j'ai à expier.

Vous ?

J'ai aimé un prêtre.

Pendant qu'un homme qui n'était pas prêtre

se prenait à vous aimer.

Je me fais un peu vieux pour ce genre de transport.

Je ne suis plus si jeune non plus.

Je suis le père Cornélius. Le père Keller.

Vous voulez faire un peu de toilette, au presbytère ?

Shen-Fu ! L'enfant est très malade.

Allez à l'hôpital. Mlle Scott s'occupera de lui.

Très bien, vous recourez encore à l'hôpital,

en limitant vos miracles.

J'ai lu votre lettre étonnante. Vous écrivez bien.

J'étais disposé à vous croire sincère.

Vous comprenez ce que l'Église pense de votre sacrilège.

Oui, je comprends.

Je suis à votre disposition à l'hôpital.

Parlez-moi de Mieh Yang.

Les villages donnent plusieurs versions des événements.

Que vous ayez permis à ces gens d'y voir un miracle

me fait douter de votre sincérité.

Quel marché avez-vous passé avec Mieh Yang ?

Quel était le prix de ce soi-disant miracle ?

J'ai joué aux dés avec Yang.

J'ai joué cinq ans de ma vie contre cette paroisse.

Cinq ans de votre vie ! Et si vous aviez perdu ?

J'avais comme le pressentiment que je ne perdrais pas.

- Prenez place, Carmody. - Merci.

Me demandez-vous d'absoudre un péché

dont il est sorti du bien ?

Je ne demande rien.

Je n'ai pas en moi ce qu'il faut pour être prêtre.

Mais il y a peut-être un peu de ce qu'il faut, en tout homme.

Pas beaucoup, mais un peu.

C'est un point de vue.

Votre lettre dit que vous acceptez la décision de l'Église.

Voilà ce qu'a décidé l'évêque :

vous resterez en soutane et vous comporterez dignement en prêtre

jusqu'à votre entretien avec l'évêque.

Mon rapport l'aidera à faire son opinion.

Personne ne saura que je ne suis pas prêtre ?

Le savoir leur ferait-il du bien ?

Aucun mal spirituel n'est arrivé à la paroisse.

Il vaut donc mieux sauvegarder la foi des gens.

Vous partirez avec la caravane.

La paroisse continuera à vous croire prêtre.

Nous resterons ici.

Il y a autre chose.

Mlle Scott ?

Elle sait que vous n'êtes pas prêtre ?

Depuis hier soir.

Il n'y a rien eu entre vous ?

Non, rien.

Il vaut mieux ne plus en parler avec Mlle Scott.

Vous allez partir ?

Oui, demain matin.

Demain ?

Église a toujours raison.

Tu me manqueras beaucoup, John.

Ne vous laissez pas faire. Vous cédez trop facilement.

Ne lui complique pas la situation.

Il veut dire qu'il vous aime bien.

Pas de sentimentalité ! Il sait qu'on l'aime bien. Où est Anne ?

Avec le père Cornélius.

Je croyais être amoureuse d'un prêtre.

Je ne pouvais pas me confesser au seul prêtre d'ici, que j'aimais.

- Vous ne saviez pas… - Qu'il n'était pas prêtre ?

Pour moi, comme pour les villageois, il était prêtre.

Un bon prêtre, venu parce qu'on avait besoin de lui.

Pas tout à fait. Il avait d'autres raisons.

Quel qu'il fût, quelles que fussent ses raisons pour venir,

il a mérité l'amour des gens.

J'avais foi en lui, eux aussi. Il n'a pas déçu leur confiance.

L'évêque le comprendra ? Vous le lui expliquerez bien ?

Pour un homme peu recommandable en soi,

il semble avoir éveillé pas mal de dévotion, dans la paroisse.

Venez voir avec moi.

Je ne connais même pas son nom.

Carmody, mon enfant. James Carmody.

Sous-titrage TVS — TITRA FILM

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