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-Ça va ou quoi ?
*La situation générale d'évolution.
*Dépression de 1 900 HP
*sur la Bretagne se décalera vers le nord-est.
*Elle est prévue à 1 700 HP sur l'est de la Manche ce soir à minuit
*puis à l'est de l'Angleterre demain à midi.
-C'est bon.
-On y va ou quoi ?
-Allez.
-T'as la wax ?
Musique douce
-Fais gaffe au verglas, Chris.
-Où tu vois du verglas, toi ? -Juste devant toi, en fait.
-T'inquiète.
-Tu me payes ton épaule ? -Tu fais chier.
-OK.
-Salut. -Salut.
Ça va ? -Oui, elle dort.
-Salut, ma chérie.
Je vais la mettre au lit. -D'accord.
-Bon, salut. -Salut.
Ça va, les champions ?
-Ça va, chef.
-Vous avez passé une bonne nuit ?
-J'ai récupéré aux urgences madame Polard, 57 ans,
une patiente épileptique. Je l'ai retrouvée dans le coma.
Elle avait un Glasgow à cinq et surtout, elle était très hypoxique
avec 85 % de saturation sous 15 litres d'O2.
-Pourquoi est-ce qu'elle est hypoxique ? Les externes ?
-Parce qu'elle a inhalé. -Voilà.
-On va voir sa radio pulmonaire.
Donc, voici l'ARP de madame Polard.
On voit un foyer basal droit.
-On t'amène un jeune de 17 ans. Il a eu un AVP avec deux de ses copains.
Il était passager avant non ceinturé, il a un Glasgow 3.
-On a trouvé une carte de cantine dans sa poche.
-Mathias,
tu lui poses un désilent en fémoral,
une artère. Tu l'emmènes rapidement en scan.
-Écoute, on voit un hématome, énorme,
profond, frontal gauche, qui est en train
de comprimer le système ventriculaire,
qui déplace la ligne de l'autre côté.
Et on voit aussi un drainage intraventriculaire.
*-Et hop, ça !
*Et ça et ça et ça et enfin ça !
-Oui ?
Oui.
Elle dort.
Oui.
Maman, téléphone.
Maman ?
Elle tousse.
-Allô ?
Quoi ?
Je comprends pas. Quel hôpital ?
Qu'est-ce qu'il a ?
-Bonjour, je veux voir mon fils. -Bonjour.
-Il a été hospitalisé ce matin.
-Je vais regarder.
Vous pouvez m'épeler son nom ? -Simon Limbres. L.I.M.B.R.E.S.
Merci. -Vous êtes venue seule ?
-Oui.
J'attends Vincent. Je lui ai laissé des messages mais il répond pas.
-Peut-être il dort.
-C'est le père de Simon ? -Oui.
On est mariés mais on vit plus ensemble.
-D'accord.
Je vais vous expliquer la situation, d'abord à vous
et on se reverra avec votre mari.
Votre fils a eu un grave accident de la route ce matin.
Il était passager à l'avant, sans ceinture.
Il a subi un traumatisme crânien.
Le scanner fait état de lésions hémorragiques
importantes et diffuses.
-Où ça ?
-Ici et là, au niveau du crâne.
Il est dans un coma profond. -Je veux le voir.
-Vous pourrez le voir plus tard.
J'aurais voulu que nous parlions un petit peu de lui.
J'aurais voulu connaître le lieu et la date de naissance de Simon.
-5 Juin 1997, à la Réunion.
-Vous avez vécu à la Réunion ? -Oui, pendant 12 ans.
-Est-ce que Simon a des antécédents, il a déjà subi des opérations ?
-Il s'est cassé des trucs, comme tous les garçons.
Il s'est fêlé le coccyx en faisant du skateboard l'année dernière
et puis, il s'est cassé le poignet deux fois.
Le bipper sonne.
-Madame. -Ah oui.
Il a eu les oreillons à cinq ans.
Et on lui a enlevé les dents de sagesse. Les quatre.
Mais ça s'est bien passé.
-Madame,
l'évolution de son état ne va pas dans le bon sens.
Vous voulez qu'on reprenne la conversation avec votre mari ?
-Comment il va ?
-On sait pas. Il est dans le coma.
Et vous, les garçons ?
-Ils ont des fractures mais il y a pas eu de perforation.
Ils ont mis leurs ceintures.
-Excusez-moi.
-Je suis désolé, j'ai rien entendu.
-Alors, le deuxième EEG est en cours. Je te confirme.
Il a plus aucun réflexe au niveau du tronc.
Il est en mydriase bilatérale. Le test d'apnée est positif.
L'hémodynamique est stable. Sur le plan respiratoire, c'est compliqué.
-D'accord.
-Le père, on a des nouvelles ? -Non.
La mère doit essayer de le joindre.
-Je regarde ça et je lance l'évaluation des organes.
-Wesh, bibi.
-Simon ?
Mon garçon, on est là.
Tu m'entends ?
-Bonjour.
Je dois lui donner des soins.
Vous souhaitez rester ? -On peut ?
-Moi, ça me dérange pas. C'est comme vous voulez.
Bonjour, Simon, je vais prendre votre température.
Je regarde vos pupilles.
-Mademoiselle, s'il vous plaît. Merci.
Votre fils a eu un grave accident de la route ce matin.
Il était passager à l'avant d'une camionnette, sans ceinture
et il a subi un grave traumatisme crânien.
Ce traumatisme a provoqué une hémorragie cérébrale
importante.
Quand les médecins du SAMU l'ont pris en charge, il était dans le coma.
-Pourquoi on n'opère pas mon fils ? -Quand il est arrivé ici,
qu'on a constaté l'hémorragie,
on a demandé conseil à deux neurochirurgiens.
Tous les deux nous ont confirmé qu'il était trop tard,
on pouvait plus opérer.
Le saignement au niveau du cerveau était trop important.
Simon était dans un état désespéré quand il a été pris en charge par le SAMU.
-Mais il y a des gens
qui sortent du coma. Ça arrive, non ?
-Oui mais dans le cas de Simon, c'est tout à fait impossible.
Simon n'est plus dans le coma.
Il est en état
de mort cérébrale. -Mais je comprends rien.
-Quand vous le voyez, tout vous semble normal.
Il est chaud, il respire,
mais c'est uniquement grâce aux machines que vous avez vues dans sa chambre.
-J'ai entendu son cœur.
-Oui, c'est vrai, son cœur continue de battre.
Mais si on arrête ces machines, son cœur s'arrêtera aussi.
-Je vais vous montrer les images du scanner.
C'est le cerveau de Simon.
Ici, on voit l'hémorragie.
Elle a tout envahi. -Vous la voulez la vérité ?
C'est que tout ça, c'est de ma faute.
Je lui ai foutu le surf dans la tête.
-Non. -Si.
-Dis pas ça.
Dis pas ça.
-Je suis profondément désolé
mais je peux pas vous dire autre chose. Votre fils est mort.
C'est la réalité et il faut l'entendre.
-Putain c'est moi qui lui ai foutu dans le crâne.
-Oui ?
Ça fait longtemps qu'il a mal ? Commencez, j'arrive.
-J'ai conscience
que c'est très difficile.
On n'a pas vraiment eu le temps de parler.
Voilà, je suis là aussi
pour vous accompagner par rapport à ça. -Pourquoi on le garde comme ça
si c'est fini. On attend quoi ? -C'est vrai, c'est vrai.
Dans cette situation, il n'y a pas de raison
de maintenir les soins ni de garder les machines.
C'est délicat mais il faut que j'aborde quelque chose avec vous.
On se trouve dans un cas très particulier.
La mort cérébrale est un cas rare.
Vous avez pu voir que son cœur
et ses organes continuent de fonctionner.
Cette situation nous permet d'envisager un don d'organes.
Je veux juste que vous sachiez que si cette démarche est mise en place,
c'est uniquement dans le but
d'aider des malades qui attendent un organe.
Si vous en avez envie, il y a un chemin qu'on peut faire ensemble
pour trouver la réponse juste, celle de Simon.
-Comment il pouvait
penser à ça à son âge ?
-Je sais pas,
au cours d'une discussion qu'il aurait pu avoir avec vous,
avec ses amis, sa façon d'être dans la vie,
son rapport au corps. -T'as des gosses, toi ?
Non, t'en as pas.
T'as rien à foutre ici. Tu comprends ça ?
Tu comprends que t'as rien à faire ici ?
-Je suis désolé, je me suis peut-être mal exprimé.
Ça peut vous paraître brutal
mais je cherche surtout pas à vous convaincre.
Croyez-moi, cette décision, elle vous appartient
totalement.
-Viens, on sort.
Viens, on sort.
-Pardon mais je dois vous dire quelque chose d'important.
Bien sûr, prenez le temps
mais il faut savoir que ce temps est limité malheureusement.
Au bout d'un moment, il sera plus possible d'envisager un don.
-Viens, on s'en va.
-Tenez. C'est ses affaires.
-C'est qui Juliette ? -C'est sa copine.
-Elle est bizarre mais quand même ça va.
-Ça te dérange si je marche un petit peu avec toi ?
-Non.
-T'es en première L, c'est ça ? -Ouais.
-Option arts plastiques, non ? -Tu sais quoi d'autre sur moi ?
-Je sais que t'as plein d'amis et que tu sors le soir, un peu.
-Et toi, tu fais quoi ?
-Moi, je fais du vélo, c'est tout.
-Je dois y aller.
Sonnerie du funiculaire Salut.
-Excusez-moi. Vous vouliez me parler
mais je vais peut-être revenir plus tard. -Non, c'est bon, j'ai terminé.
Vous avez fait une connerie tout à l'heure.
Simon Limbres est un gamin qui est décédé.
On a un mal fou à faire comprendre ça aux parents
et vous, vous lui parlez comme s'il était vivant devant eux.
C'est extrêmement perturbant pour eux.
-Fallait peut-être me prévenir avant. Je suis pas idiote.
-Pourquoi vous n'étiez pas avec votre binôme ?
-Apparemment, vous manquez d'effectif, surtout le dimanche.
-Vous me faites sortir pour les voir. Normalement, on travaille plus comme ça.
-Ah bon ? On travaille comment ?
-On travaille en équipe, monsieur.
-Vous êtes fatiguée ? -Non.
-Si, vous êtes fatiguée.
Allez manger. Douze heures de réa, c'est une course de fond.
Il faut vous ménager, vous tiendrez pas le coup. Allez.
-T'as des gamins ? -Il faudrait que je trouve le père.
-Ça m'a l'air bien parti. -Quoi, le suçon ?
Oh putain, la honte. C'est hyper has been.
-Mais non, c'est pas has been. C'est old school.
C'est le bon père.
Salut.
Je t'amène le deuxième EEG de Simon.
Idem. Tracé plat. Il y a aussi l'écho du cœur.
-OK. Merci, Gisèle.
-Vous vous êtes présentés tous les deux ?
-On s'est croisés ce matin.
Ils ont dit quoi, les parents ? -Rien de précis.
Pour le moment, c'est trop dur pour eux.
-Tu matais quoi sur ton ordi ?
-Je me changeais les idées.
-Vas-y, fais voir.
-C'est un chardonneret.
C'est un oiseau rare qui vient du Maghreb.
Tu entends comme c'est beau ?
Regarde comme il est beau.
Il y a plein de légendes. On dit qu'il a des sentiments humains,
qu'il peut ressentir si tu l'aimes ou pas.
-Tu vas en acheter un ? -J'aimerais bien.
Il y a un vendeur près d'Oran qui en a encore
mais ça coûte super cher. -C'est combien ?
-S'il chante comme ce pava ?
Ça peut aller dans les mille, mille deux cents euros.
C'est une drogue pour moi,
c'est comme un rêve.
-Tu es prêt à aller jusqu'à Oran pour t'acheter un oiseau ?
-Ouais.
Oui, pourquoi pas ?
-Gros minet, on va te laisser
avec ton Titi.
-On peut vous parler ?
-Je vous en prie, installez-vous.
-On voudrait savoir,
on n'est pas obligés de savoir quels organes vous allez prélever ?
-Non, vous n'êtes pas obligés. C'est vraiment votre choix.
-On n'a pas le droit de savoir qui les recevra ?
-Vous pourrez pas savoir, c'est anonyme.
-C'est sûrement mieux comme ça.
-C'est une intervention chirurgicale qui s'effectue comme une opération,
avec la même minutie.
Au bloc opératoire... -Je veux pas qu'on l'abîme.
-Si jamais vous acceptez,
mon rôle, c'est d'être aux côtés de Simon pendant l'opération.
Je vous garantis que son corps sera restauré avec le plus grand soin.
Alors, il y aura une cicatrice,
mais ça changera rien à l'aspect de son corps.
-Je veux pas qu'on prenne ses yeux.
-Je vous promets qu'on touchera pas à ses yeux.
-Alors, on est d'accord.
-Merci beaucoup.
Si vous avez une demande, quelque chose d'important pour vous
que vous voulez que je fasse en hommage à Simon,
demandez-moi, je le ferai.
Ils ont dit oui.
-Ah, c'est bien. C'est très bien.
-Maman, il faut qu'on y aille.
Maman ?
Tu veux que je mette la radio ? -Non, rien.
Regarde devant.
-Tiens ça.
C'est là.
-Ça va ? -Oui et toi ?
-Oui. -Contente de te voir.
-T'as bonne mine. -Elle est belle.
Ça va, mon goret ? -Ouais.
Visite le palais, maman. -C'est joli ici.
-On est au top. -Le père d'un pote me l'a prêté.
-Tu viens te faire masser ici ?
-Je te jure je vais te frapper.
-Cochon, Maxime. -On dirait un décor
de films pornos. -T'as repris le violon ?
-Non, j'ai rien repris. C'est une fixette à ton frère.
-C'est une bonne idée. -T'as pensé à mes DVD ?
-J'ai une valise pleine, tu pourras pas tout regarder.
-C'est gentil.
-Tu lui as pas dit que j'avais arrêté ?
-Non, je lui ai pas dit, c'est à toi de lui dire.
-Ouais.
-Il faut que tu lui dises rapidement genre demain ou ce soir.
-Je vais pas lui dire en ce moment.
-Tu sais qu'elle se fait des mondes. -J'ai encore besoin de 300 euros par mois
pendant six mois.
Je prépare un projet de ouf
mais je vais pas la stresser en disant que j'ai arrêté les études.
Ça sert à rien. -Maman ?
-Ça, c'est ton délire.
Maman ?
-Maman ? -Maman ?
-Hé ? Oh ? -Maman ?
-Oh, réveille-toi. -Maman, ça va ?
-On fait quoi là ? -Maman ?
Maman ?
Elle rit.
-Oh pardon, Maxime. -Max ?
-Il est fâché.
-Il te manquait le filet de bave et les yeux en arrière.
T'as faim ? -Pourquoi on se ferait pas
un pique-nique dans mon lit ? -Ça va l'énerver.
-Non, comme quand vous étiez petits. Maxime ?
-On peut manger là-bas, non ? -Non, on pourrait regarder la télé.
-On débarrasse la table et on la met là, c'est bon, à l'ancienne.
-Maxime ? -Max ?
Hé ? C'est bon, on s'en fout.
-Non, elle m'a fait peur.
-Oh, t'assures.
T'assures.
Calme-toi.
-Il y a vraiment un truc entre toi
et E.T. -C'est les yeux.
-Ça, c'est drôle.
-Ils ont fait ses doigts avec des merguez.
Merguez.
-Taisez-vous. Chut. -Le budget. Budget merguez.
C'est trop beau. -Ouais.
-Elle va grimper
sur le dos de son copain. -Ouais.
-Trop classe.
-À quelle heure est ton train demain ?
-Sept heures.
-Ce soir, tu dors où ? -Chez un pote.
-Sam, viens m'aider. -Il est gueulard, celui-là.
-Sam ? -Hum ?
-Tu m'as rien dit.
-Sur quoi ?
-Bah, je sais pas, sur ta vie.
-Il faut que tu dormes.
-Bisous, E.T. !
-Je reconnais que tu pouvais pas trouver plus près.
-Ça me rassure de savoir que t'es là.
-Allez, sauve-toi vite. -Tu dors, hein ?
-Bien sûr que je vais dormir. -Tu t'échappes pas.
-J'imagine que c'était pas facile de quitter votre maison.
-Je suis obéissante.
-C'est pas ce qui vous caractérise. Je commence à vous connaître.
Bien.
Ils sont pas très bons, ces derniers résultats.
Depuis notre dernier rendez-vous, le cœur a continué de se dilater.
On va droit vers les complications.
Et le défibrillateur risque de ne plus suffire.
-Vous savez ce que je vais vous dire ?
-Oui.
Je sais pas si j'ai envie de vivre avec le cœur d'un mort.
Peut-être que c'est mon heure, c'est tout.
Mon cœur va s'arrêter.
C'est la nature.
-Oui.
En même temps, la nature,
quand une espèce est menacée d'extinction,
elle provoque des mutations.
Chez le poisson clown, par exemple,
si la femelle meurt,
le mâle change de sexe pour assurer la reproduction.
Et devinez avec qui ?
Ses propres fils.
-C'est une belle famille.
-J'arrive encore à vous amuser.
Claire, c'est votre décision. Elle vous appartient
mais un cœur, ça ne se trouve pas comme ça.
Il faut s'inscrire. L'attente est imprévisible.
Vous réalisez que c'est votre dernière chance ?
Maintenant, il faut que vous viviez au ralenti.
Au moindre malaise,
vous nous appelez.
Votre téléphone portable doit être ouvert en permanence.
On est d'accord ? -Oui, on est d'accord.
-Ouais, allô ? Ouais.
Non, on sort de l'hosto, là.
Ouais, tien, je te la passe.
Tiens, c'est Sam.
-Allô, mon chéri ? Ça va ?
Oui.
Oui, j'ai vu mon médecin.
Les nouvelles sont plutôt bonnes.
Je réagis bien aux bêtabloquants.
Alors, c'est super. Ouais.
J'ai pensé à quelque chose pour la maison.
On aurait pu faire le jardin et tu aurais pu t'en occuper.
-Rends-moi le téléphone. -Ton frère est à la bourre.
Il doit récupérer son téléphone mais on s'en reparle. Tu penses à ça ?
Tu y penses ? D'accord. Bisous.
-Ouais.
Deux secondes, je te rappelle.
Comment tu fais pour lui mentir comme ça ?
Tu fais comment ? S'il t'arrive un truc demain, c'est moi qui lui dis ?
-Il a ses partiels dans deux semaines. C'est important.
D'ici là, je te demande de te la fermer. Tu peux faire ça ?
-Bonsoir. -Bonsoir.
Voilà.
-Ce sera au deuxième étage à gauche.
Et n'oubliez pas d'éteindre votre portable.
Oui, bien sûr.
-Il faut y aller, ça va commencer.
-Oui.
Écoutez.
Auriez-vous l'amabilité
de bien vouloir me porter dans les marches ?
Je n'y arriverai pas toute seule.
Tenez.
Merci.
Bonsoir.
-Tu étais dans la salle ?
-C'était très très beau.
-Oui. Isabelle. Une amie. -Enchantée.
-Claire. Une amie aussi. -Enchantée.
-J'ai les jambes coupées. Je vais aller m'asseoir.
Tu me donnes une taffe ?
Merci.
-C'est bizarre.
Ça t'a pris comme ça, t'avais envie de me voir ?
-Oui, je sais.
Je vais te laisser avec tes amis.
-T'es venue comment ? -En taxi.
-Je vais te ramener. -Non, je peux me débrouiller.
C'est bon. -Allez, viens.
-C'est arrivé quand ?
-Je l'ai appris il y a trois ans.
C'est une maladie du cœur, dégénérescente.
Je t'ai rien dit parce que... -T'es orgueilleuse.
-Je voulais pas que tu t'isoles avec moi,
que tu rates des choses à cause de moi.
Tes tournées, tout ça.
Les salles dans lesquelles tu joues maintenant.
T'es tellement belle.
Je peux plus rien faire toute seule, je suis comme une petite vieille.
Je peux pas...
Je peux pas marcher trop.
Je peux pas monter les escaliers. Je peux pas...
Je peux même pas tenir un parapluie.
J'ai pensé que ça passerait,
que tu serais entourée.
-Je sais pas qui il y a autour de moi.
Il est toujours vivant, ton mari ?
-S'il était mort, on me l'aurait dit.
-Et l'orchestre ?
-Je peux plus voyager. Ils pouvaient pas me garder.
Mais c'est pas grave, j'ai rien oublié.
-Je peux ? -Oui, les verres sont au-dessus.
-Comment ça va, Sam ? Je te sers ? -Juste pour trinquer.
-Je sais pas trop. Quand on se voit, il parle que de moi.
Alors forcément, ça prend toute la place.
J'ai l'impression qu'il est pédé,
qu'il ose pas me le dire. À moi, t'imagines ?
J'ai dû rater un truc avec lui.
-S'il est pédé, c'est que t'as pas tout raté.
Bon, tchin.
T'es fatiguée ?
-Oui, un peu.
-Oui.
-Tu veux rester ?
-C'est quoi ça ?
-C'est un défibrillateur.
Attention, j'ai pas le droit aux émotions fortes.
T'es là ?
-Je suis là.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Bonsoir, madame.
-Bonsoir.
-Salut, tout le monde.
-Salut. -Salut, Hamé.
-Je savais pas qu'il y avait match.
Ouais, Thomas, je l'ai dans les mains.
On consulte le registre des refus.
-Simon Limbres.
-Bonsoir. Marc de l'Agence.
J'ai un foie pour vous.
Vous avez de quoi noter ?
-C'est bon. Pas de Simon Limbres.
-Thomas, il n'y est pas. Je lance la procédure.
Allez, salut.
-Homme, 52 ans, hémorragie cérébrale.
Vous n'en voulez pas ?
-Dossier cristal.
89775.
Un cœur.
Un foie et deux reins.
Bonsoir, Hamé Gaye de l'Agence.
Je peux vous proposer un rein pour un enfant de votre service.
Vous notez ? C'est un jeune homme de 17 ans.
Accident de la voie publique,
traumatisme crânien, mort encéphalique.
Vous me rappelez vite, s'il vous plaît ?
Merci.
-Lucie Moret.
Virgilio ?
Virgilio ?
Vous me donnez le numéro Cristal ?
89775.
Merci. Ils vous ont dit quoi à l'Agence ?
Je suis tout près, j'arrive.
L'écho est bonne.
Bonne fonction ventriculaire.
Tu me montres les antécédents ? -Tout de suite.
-Aucun antécédent.
On fonce. -Pour nous, en réa,
c'est bon. -OK.
-C'est parti.
C'est Lucie Moret, de la Pitié Salpêtrière,
pour le dossier Cristal
89775.
On accepte le cœur.
Merci. Au revoir.
Cette petite Alice a l'air bien timide.
N'en profite pas trop.
-J'ai jamais pris un avion aussi petit.
-Le professeur Harfang de Pompidou, c'est ton père ?
-Ça t'intéresse vraiment ? -Pour l'aorte, c'est le meilleur.
-C'est mon oncle.
Mais on se croise une fois par an et je l'intéresse pas beaucoup.
-Le talent, c'est génétique ?
T'es pas obligée de répondre.
-La dernière fois, j'ai fais un aller-retour super rapide.
Le cœur a pas tenu.
-Vous pouvez augmenter le son de la radio ?
*-Allez, ça adoucira un peu la fessée.
-Ils ont raison, c'est une fessée.
-Ça va, c'est un match amical.
-Il y a pas d'amical, c'est du football.
On joue pour se battre contre l'idée de perdre.
C'est de Cantona.
*-Sissoko. Le centre. Il s'approche de la surface.
-Bonsoir. Thomas Rémige. -Bonsoir.
-Je suis le coordinateur.
-Les autres sont là ? -Oui.
Lyon vient tout juste d'arriver. On est dans les temps.
-Ça va ? -Oui, ça va.
-Très bonne nouvelle. Les données du cœur sont parfaites.
Vous pouviez pas espérer mieux.
-Et il vient de loin, ce cœur ? -On n'a pas le droit de savoir.
-C'est un homme ou une femme ? -Bon.
On va vous préparer. Je vais pas pouvoir vous opérer en manteau.
-On va juste attendre Sam. Il devrait pas tarder.
-Ça va pas être possible. Il faut que vous preniez une douche antiseptique.
-Je vais juste attendre Sam. Hein ?
-Claire,
vous allez pas nous faire un caprice ?
-Dire au revoir à mon fils, vous trouvez que c'est un caprice ?
-Il est où, votre frère
exactement ?
-Vous pouvez venir avec moi, s'il vous plait ?
-Maman, ça va ?
Ils ont annulé mon vol. Du coup, je viens en voiture.
-Quelle voiture ?
Bonne route, mon grand.
Claire pleure.
-C'est toi qui fais l'incision.
-OK.
Bistouri.
-Bistouri.
-Bien avec le plat de la lame.
C'est bien.
Reste bien centrée.
Parfait.
Bistouri électrique.
Scie sternale.
Thomas, s'il vous plaît ? -Oui.
-Vous pouvez appeler Lucie Moret.
-Docteur Moret, c'est Thomas,
Je vous passe le docteur Bravat.
-Le cœur est bon.
Il est vraiment superbe.
OK.
On prend.
-Deux secondes. -On va bientôt clamper.
-Attendez. -Pas le temps.
-Attendez, je vous dis.
Simon, ton père et ta mère sont avec toi.
Ta petite sœur Lou t'embrasse très fort.
Ta grand-mère Mamé aussi.
Juliette t'aime. Elle a choisi ça pour toi.
-Je clampe.
Clampage.
-Clampage aortique, 0h45.
Vous pouvez tout éteindre. Merci.
-Bonsoir.
-Pince à disséquer.
On commence par quelle anastomose ? -L'oreillette gauche.
-Tends le fil.
-Ciseaux.
-Déclampage.
Allez, mon gars. Du nerf. Secoue-toi.
Il fibrille.
-On choque ? -Feu.
-On rechoque ? -Feu.
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