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‪-Ça va ou quoi ?

‪*La situation générale d'évolution.

‪*Dépression de 1 900 HP

‪*sur la Bretagne ‪se décalera vers le nord-est.

‪*Elle est prévue à 1 700 HP sur ‪l'est de la Manche ce soir à minuit

‪*puis à l'est de l'Angleterre ‪demain à midi.

‪-C'est bon.

‪-On y va ou quoi ?

‪-Allez.

‪-T'as la wax ?

‪Musique douce

‪-Fais gaffe au verglas, Chris.

‪-Où tu vois du verglas, toi ? ‪-Juste devant toi, en fait.

‪-T'inquiète.

‪-Tu me payes ton épaule ? ‪-Tu fais chier.

‪-OK.

‪-Salut. ‪-Salut.

‪Ça va ? ‪-Oui, elle dort.

‪-Salut, ma chérie.

‪Je vais la mettre au lit. ‪-D'accord.

‪-Bon, salut. ‪-Salut.

‪Ça va, les champions ?

‪-Ça va, chef.

‪-Vous avez passé une bonne nuit ?

‪-J'ai récupéré aux urgences ‪madame Polard, 57 ans,

‪une patiente épileptique. ‪Je l'ai retrouvée dans le coma.

‪Elle avait un Glasgow à cinq et surtout, ‪elle était très hypoxique

‪avec 85 % de saturation ‪sous 15 litres d'O2.

‪-Pourquoi est-ce qu'elle est hypoxique ? ‪Les externes ?

‪-Parce qu'elle a inhalé. ‪-Voilà.

‪-On va voir sa radio pulmonaire.

‪Donc, voici l'ARP de madame Polard.

‪On voit un foyer basal droit.

‪-On t'amène un jeune de 17 ans. ‪Il a eu un AVP avec deux de ses copains.

‪Il était passager avant non ceinturé, ‪il a un Glasgow 3.

‪-On a trouvé ‪une carte de cantine dans sa poche.

‪-Mathias,

‪tu lui poses un désilent en fémoral,

‪une artère. ‪Tu l'emmènes rapidement en scan.

‪-Écoute, ‪on voit un hématome, énorme,

‪profond, frontal gauche, qui est en train

‪de comprimer le système ventriculaire,

‪qui déplace la ligne de l'autre côté.

‪Et on voit aussi un drainage ‪intraventriculaire.

‪*-Et hop, ça !

‪*Et ça et ça et ça et enfin ça !

‪-Oui ?

‪Oui.

‪Elle dort.

‪Oui.

‪Maman, téléphone.

‪Maman ?

‪Elle tousse.

‪-Allô ?

‪Quoi ?

‪Je comprends pas. Quel hôpital ?

‪Qu'est-ce qu'il a ?

‪-Bonjour, je veux voir mon fils. ‪-Bonjour.

‪-Il a été hospitalisé ce matin.

‪-Je vais regarder.

‪Vous pouvez m'épeler son nom ? ‪-Simon Limbres. L.I.M.B.R.E.S.

‪Merci. ‪-Vous êtes venue seule ?

‪-Oui.

‪J'attends Vincent. Je lui ai laissé ‪des messages mais il répond pas.

‪-Peut-être il dort.

‪-C'est le père de Simon ? ‪-Oui.

‪On est mariés mais on vit plus ensemble.

‪-D'accord.

‪Je vais vous expliquer la situation, ‪d'abord à vous

‪et on se reverra avec votre mari.

‪Votre fils a eu un grave accident ‪de la route ce matin.

‪Il était passager à l'avant, ‪sans ceinture.

‪Il a subi un traumatisme crânien.

‪Le scanner fait état ‪de lésions hémorragiques

‪importantes et diffuses.

‪-Où ça ?

‪-Ici et là, au niveau du crâne.

‪Il est dans un coma profond. ‪-Je veux le voir.

‪-Vous pourrez le voir plus tard.

‪J'aurais voulu que nous parlions ‪un petit peu de lui.

‪J'aurais voulu connaître le lieu ‪et la date de naissance de Simon.

‪-5 Juin 1997, à la Réunion.

‪-Vous avez vécu à la Réunion ? ‪-Oui, pendant 12 ans.

‪-Est-ce que Simon a des antécédents, ‪il a déjà subi des opérations ?

‪-Il s'est cassé des trucs, ‪comme tous les garçons.

‪Il s'est fêlé le coccyx en faisant ‪du skateboard l'année dernière

‪et puis, ‪il s'est cassé le poignet deux fois.

‪Le bipper sonne.

‪-Madame. ‪-Ah oui.

‪Il a eu les oreillons à cinq ans.

‪Et on lui a enlevé les dents de sagesse. ‪Les quatre.

‪Mais ça s'est bien passé.

‪-Madame,

‪l'évolution de son état ‪ne va pas dans le bon sens.

‪Vous voulez qu'on reprenne ‪la conversation avec votre mari ?

‪-Comment il va ?

‪-On sait pas. Il est dans le coma.

‪Et vous, les garçons ?

‪-Ils ont des fractures ‪mais il y a pas eu de perforation.

‪Ils ont mis leurs ceintures.

‪-Excusez-moi.

‪-Je suis désolé, j'ai rien entendu.

‪-Alors, le deuxième EEG est en cours. ‪Je te confirme.

‪Il a plus aucun réflexe ‪au niveau du tronc.

‪Il est en mydriase bilatérale. ‪Le test d'apnée est positif.

‪L'hémodynamique est stable. ‪Sur le plan respiratoire, c'est compliqué.

‪-D'accord.

‪-Le père, on a des nouvelles ? ‪-Non.

‪La mère doit essayer de le joindre.

‪-Je regarde ça ‪et je lance l'évaluation des organes.

‪-Wesh, bibi.

‪-Simon ?

‪Mon garçon, on est là.

‪Tu m'entends ?

‪-Bonjour.

‪Je dois lui donner des soins.

‪Vous souhaitez rester ? ‪-On peut ?

‪-Moi, ça me dérange pas. ‪C'est comme vous voulez.

‪Bonjour, Simon, ‪je vais prendre votre température.

‪Je regarde vos pupilles.

‪-Mademoiselle, s'il vous plaît. ‪Merci.

‪Votre fils a eu un grave accident ‪de la route ce matin.

‪Il était passager à l'avant ‪d'une camionnette, sans ceinture

‪et il a subi un grave traumatisme crânien.

‪Ce traumatisme a provoqué ‪une hémorragie cérébrale

‪importante.

‪Quand les médecins du SAMU l'ont pris ‪en charge, il était dans le coma.

‪-Pourquoi on n'opère pas mon fils ? ‪-Quand il est arrivé ici,

‪qu'on a constaté l'hémorragie,

‪on a demandé conseil ‪à deux neurochirurgiens.

‪Tous les deux nous ont confirmé ‪qu'il était trop tard,

‪on pouvait plus opérer.

‪Le saignement au niveau du cerveau ‪était trop important.

‪Simon était dans un état désespéré ‪quand il a été pris en charge par le SAMU.

‪-Mais il y a des gens

‪qui sortent du coma. Ça arrive, non ?

‪-Oui mais dans le cas de Simon, ‪c'est tout à fait impossible.

‪Simon n'est plus dans le coma.

‪Il est en état

‪de mort cérébrale. ‪-Mais je comprends rien.

‪-Quand vous le voyez, ‪tout vous semble normal.

‪Il est chaud, il respire,

‪mais c'est uniquement grâce aux machines ‪que vous avez vues dans sa chambre.

‪-J'ai entendu son cœur.

‪-Oui, c'est vrai, ‪son cœur continue de battre.

‪Mais si on arrête ces machines, ‪son cœur s'arrêtera aussi.

‪-Je vais vous montrer ‪les images du scanner.

‪C'est le cerveau de Simon.

‪Ici, on voit l'hémorragie.

‪Elle a tout envahi. ‪-Vous la voulez la vérité ?

‪C'est que tout ça, c'est de ma faute.

‪Je lui ai foutu le surf dans la tête.

‪-Non. ‪-Si.

‪-Dis pas ça.

‪Dis pas ça.

‪-Je suis profondément désolé

‪mais je peux pas vous dire autre chose. ‪Votre fils est mort.

‪C'est la réalité et il faut l'entendre.

‪-Putain c'est moi ‪qui lui ai foutu dans le crâne.

‪-Oui ?

‪Ça fait longtemps qu'il a mal ? ‪Commencez, j'arrive.

‪-J'ai conscience

‪que c'est très difficile.

‪On n'a pas vraiment eu le temps de parler.

‪Voilà, je suis là aussi

‪pour vous accompagner par rapport à ça. ‪-Pourquoi on le garde comme ça

‪si c'est fini. On attend quoi ? ‪-C'est vrai, c'est vrai.

‪Dans cette situation, ‪il n'y a pas de raison

‪de maintenir les soins ‪ni de garder les machines.

‪C'est délicat mais il faut que j'aborde ‪quelque chose avec vous.

‪On se trouve dans un cas très particulier.

‪La mort cérébrale est un cas rare.

‪Vous avez pu voir que son cœur

‪et ses organes continuent de fonctionner.

‪Cette situation nous permet ‪d'envisager un don d'organes.

‪Je veux juste que vous sachiez que ‪si cette démarche est mise en place,

‪c'est uniquement dans le but

‪d'aider des malades ‪qui attendent un organe.

‪Si vous en avez envie, ‪il y a un chemin qu'on peut faire ensemble

‪pour trouver la réponse juste, ‪celle de Simon.

‪-Comment il pouvait

‪penser à ça à son âge ?

‪-Je sais pas,

‪au cours d'une discussion ‪qu'il aurait pu avoir avec vous,

‪avec ses amis, ‪sa façon d'être dans la vie,

‪son rapport au corps. ‪-T'as des gosses, toi ?

‪Non, t'en as pas.

‪T'as rien à foutre ici. Tu comprends ça ?

‪Tu comprends que t'as rien à faire ici ?

‪-Je suis désolé, ‪je me suis peut-être mal exprimé.

‪Ça peut vous paraître brutal

‪mais je cherche surtout pas ‪à vous convaincre.

‪Croyez-moi, cette décision, ‪elle vous appartient

‪totalement.

‪-Viens, on sort.

‪Viens, on sort.

‪-Pardon mais je dois vous dire ‪quelque chose d'important.

‪Bien sûr, prenez le temps

‪mais il faut savoir que ce temps ‪est limité malheureusement.

‪Au bout d'un moment, ‪il sera plus possible d'envisager un don.

‪-Viens, on s'en va.

‪-Tenez. C'est ses affaires.

‪-C'est qui Juliette ? ‪-C'est sa copine.

‪-Elle est bizarre ‪mais quand même ça va.

‪-Ça te dérange ‪si je marche un petit peu avec toi ?

‪-Non.

‪-T'es en première L, c'est ça ? ‪-Ouais.

‪-Option arts plastiques, non ? ‪-Tu sais quoi d'autre sur moi ?

‪-Je sais que t'as plein d'amis ‪et que tu sors le soir, un peu.

‪-Et toi, tu fais quoi ?

‪-Moi, je fais du vélo, c'est tout.

‪-Je dois y aller.

‪Sonnerie du funiculaire ‪Salut.

‪-Excusez-moi. ‪Vous vouliez me parler

‪mais je vais peut-être revenir plus tard. ‪-Non, c'est bon, j'ai terminé.

‪Vous avez fait une connerie ‪tout à l'heure.

‪Simon Limbres est un gamin qui est décédé.

‪On a un mal fou ‪à faire comprendre ça aux parents

‪et vous, vous lui parlez ‪comme s'il était vivant devant eux.

‪C'est extrêmement perturbant pour eux.

‪-Fallait peut-être me prévenir avant. ‪Je suis pas idiote.

‪-Pourquoi vous n'étiez pas ‪avec votre binôme ?

‪-Apparemment, vous manquez d'effectif, ‪surtout le dimanche.

‪-Vous me faites sortir pour les voir. ‪Normalement, on travaille plus comme ça.

‪-Ah bon ? ‪On travaille comment ?

‪-On travaille en équipe, monsieur.

‪-Vous êtes fatiguée ? ‪-Non.

‪-Si, vous êtes fatiguée.

‪Allez manger. Douze heures de réa, ‪c'est une course de fond.

‪Il faut vous ménager, ‪vous tiendrez pas le coup. Allez.

‪-T'as des gamins ? ‪-Il faudrait que je trouve le père.

‪-Ça m'a l'air bien parti. ‪-Quoi, le suçon ?

‪Oh putain, la honte. C'est hyper has been.

‪-Mais non, c'est pas has been. ‪C'est ‪old school‪.

‪C'est le bon père.

‪Salut.

‪Je t'amène le deuxième EEG de Simon.

‪Idem. Tracé plat. ‪Il y a aussi l'écho du cœur.

‪-OK. Merci, Gisèle.

‪-Vous vous êtes présentés ‪tous les deux ?

‪-On s'est croisés ce matin.

‪Ils ont dit quoi, les parents ? ‪-Rien de précis.

‪Pour le moment, c'est trop dur pour eux.

‪-Tu matais quoi sur ton ordi ?

‪-Je me changeais les idées.

‪-Vas-y, fais voir.

‪-C'est un chardonneret.

‪C'est un oiseau rare qui vient du Maghreb.

‪Tu entends comme c'est beau ?

‪Regarde comme il est beau.

‪Il y a plein de légendes. ‪On dit qu'il a des sentiments humains,

‪qu'il peut ressentir si tu l'aimes ou pas.

‪-Tu vas en acheter un ? ‪-J'aimerais bien.

‪Il y a un vendeur près d'Oran ‪qui en a encore

‪mais ça coûte super cher. ‪-C'est combien ?

‪-S'il chante comme ce pava ?

‪Ça peut aller dans les mille, ‪mille deux cents euros.

‪C'est une drogue pour moi,

‪c'est comme un rêve.

‪-Tu es prêt à aller jusqu'à Oran ‪pour t'acheter un oiseau ?

‪-Ouais.

‪Oui, pourquoi pas ?

‪-Gros minet, on va te laisser

‪avec ton Titi.

‪-On peut vous parler ?

‪-Je vous en prie, installez-vous.

‪-On voudrait savoir,

‪on n'est pas obligés de savoir ‪quels organes vous allez prélever ?

‪-Non, vous n'êtes pas obligés. ‪C'est vraiment votre choix.

‪-On n'a pas le droit ‪de savoir qui les recevra ?

‪-Vous pourrez pas savoir, ‪c'est anonyme.

‪-C'est sûrement mieux comme ça.

‪-C'est une intervention chirurgicale ‪qui s'effectue comme une opération,

‪avec la même minutie.

‪Au bloc opératoire... ‪-Je veux pas qu'on l'abîme.

‪-Si jamais vous acceptez,

‪mon rôle, c'est d'être aux côtés ‪de Simon pendant l'opération.

‪Je vous garantis que son corps sera ‪restauré avec le plus grand soin.

‪Alors, il y aura une cicatrice,

‪mais ça changera rien ‪à l'aspect de son corps.

‪-Je veux pas qu'on prenne ses yeux.

‪-Je vous promets ‪qu'on touchera pas à ses yeux.

‪-Alors, on est d'accord.

‪-Merci beaucoup.

‪Si vous avez une demande, ‪quelque chose d'important pour vous

‪que vous voulez que je fasse ‪en hommage à Simon,

‪demandez-moi, je le ferai.

‪Ils ont dit oui.

‪-Ah, c'est bien. C'est très bien.

‪-Maman, il faut qu'on y aille.

‪Maman ?

‪Tu veux que je mette la radio ? ‪-Non, rien.

‪Regarde devant.

‪-Tiens ça.

‪C'est là.

‪-Ça va ? ‪-Oui et toi ?

‪-Oui. ‪-Contente de te voir.

‪-T'as bonne mine. ‪-Elle est belle.

‪Ça va, mon goret ? ‪-Ouais.

‪Visite le palais, maman. ‪-C'est joli ici.

‪-On est au top. ‪-Le père d'un pote me l'a prêté.

‪-Tu viens te faire masser ici ?

‪-Je te jure je vais te frapper.

‪-Cochon, Maxime. ‪-On dirait un décor

‪de films pornos. ‪-T'as repris le violon ?

‪-Non, j'ai rien repris. ‪C'est une fixette à ton frère.

‪-C'est une bonne idée. ‪-T'as pensé à mes DVD ?

‪-J'ai une valise pleine, ‪tu pourras pas tout regarder.

‪-C'est gentil.

‪-Tu lui as pas dit ‪que j'avais arrêté ?

‪-Non, je lui ai pas dit, ‪c'est à toi de lui dire.

‪-Ouais.

‪-Il faut que tu lui dises rapidement ‪genre demain ou ce soir.

‪-Je vais pas lui dire en ce moment.

‪-Tu sais qu'elle se fait des mondes. ‪-J'ai encore besoin de 300 euros par mois

‪pendant six mois.

‪Je prépare un projet de ouf

‪mais je vais pas la stresser en disant ‪que j'ai arrêté les études.

‪Ça sert à rien. ‪-Maman ?

‪-Ça, c'est ton délire.

‪Maman ?

‪-Maman ? ‪-Maman ?

‪-Hé ? Oh ? ‪-Maman ?

‪-Oh, réveille-toi. ‪-Maman, ça va ?

‪-On fait quoi là ? ‪-Maman ?

‪Maman ?

‪Elle rit.

‪-Oh pardon, Maxime. ‪-Max ?

‪-Il est fâché.

‪-Il te manquait le filet de bave ‪et les yeux en arrière.

‪T'as faim ? ‪-Pourquoi on se ferait pas

‪un pique-nique dans mon lit ? ‪-Ça va l'énerver.

‪-Non, comme quand ‪vous étiez petits. Maxime ?

‪-On peut manger là-bas, non ? ‪-Non, on pourrait regarder la télé.

‪-On débarrasse la table et on la met là, ‪c'est bon, à l'ancienne.

‪-Maxime ? ‪-Max ?

‪Hé ? C'est bon, on s'en fout.

‪-Non, elle m'a fait peur.

‪-Oh, t'assures.

‪T'assures.

‪Calme-toi.

‪-Il y a vraiment un truc entre toi

‪et E.T. ‪-C'est les yeux.

‪-Ça, c'est drôle.

‪-Ils ont fait ses doigts ‪avec des merguez.

‪Merguez.

‪-Taisez-vous. Chut. ‪-Le budget. Budget merguez.

‪C'est trop beau. ‪-Ouais.

‪-Elle va grimper

‪sur le dos de son copain. ‪-Ouais.

‪-Trop classe.

‪-À quelle heure ‪est ton train demain ?

‪-Sept heures.

‪-Ce soir, tu dors où ? ‪-Chez un pote.

‪-Sam, viens m'aider. ‪-Il est gueulard, celui-là.

‪-Sam ? ‪-Hum ?

‪-Tu m'as rien dit.

‪-Sur quoi ?

‪-Bah, je sais pas, sur ta vie.

‪-Il faut que tu dormes.

‪-Bisous, E.T. !

‪-Je reconnais que tu pouvais pas ‪trouver plus près.

‪-Ça me rassure de savoir ‪que t'es là.

‪-Allez, sauve-toi vite. ‪-Tu dors, hein ?

‪-Bien sûr que je vais dormir. ‪-Tu t'échappes pas.

‪-J'imagine que c'était pas facile ‪de quitter votre maison.

‪-Je suis obéissante.

‪-C'est pas ce qui vous caractérise. ‪Je commence à vous connaître.

‪Bien.

‪Ils sont pas très bons, ‪ces derniers résultats.

‪Depuis notre dernier rendez-vous, ‪le cœur a continué de se dilater.

‪On va droit vers les complications.

‪Et le défibrillateur risque ‪de ne plus suffire.

‪-Vous savez ‪ce que je vais vous dire ?

‪-Oui.

‪Je sais pas si j'ai envie de vivre ‪avec le cœur d'un mort.

‪Peut-être que c'est mon heure, c'est tout.

‪Mon cœur va s'arrêter.

‪C'est la nature.

‪-Oui.

‪En même temps, la nature,

‪quand une espèce est menacée d'extinction,

‪elle provoque des mutations.

‪Chez le poisson clown, par exemple,

‪si la femelle meurt,

‪le mâle change de sexe ‪pour assurer la reproduction.

‪Et devinez avec qui ?

‪Ses propres fils.

‪-C'est une belle famille.

‪-J'arrive encore à vous amuser.

‪Claire, c'est votre décision. ‪Elle vous appartient

‪mais un cœur, ‪ça ne se trouve pas comme ça.

‪Il faut s'inscrire. ‪L'attente est imprévisible.

‪Vous réalisez ‪que c'est votre dernière chance ?

‪Maintenant, ‪il faut que vous viviez au ralenti.

‪Au moindre malaise,

‪vous nous appelez.

‪Votre téléphone portable ‪doit être ouvert en permanence.

‪On est d'accord ? ‪-Oui, on est d'accord.

‪-Ouais, allô ? Ouais.

‪Non, on sort de l'hosto, là.

‪Ouais, tien, je te la passe.

‪Tiens, c'est Sam.

‪-Allô, mon chéri ? Ça va ?

‪Oui.

‪Oui, j'ai vu mon médecin.

‪Les nouvelles sont plutôt bonnes.

‪Je réagis bien aux bêtabloquants.

‪Alors, c'est super. Ouais.

‪J'ai pensé à quelque chose pour la maison.

‪On aurait pu faire le jardin ‪et tu aurais pu t'en occuper.

‪-Rends-moi le téléphone. ‪-Ton frère est à la bourre.

‪Il doit récupérer son téléphone ‪mais on s'en reparle. Tu penses à ça ?

‪Tu y penses ? D'accord. Bisous.

‪-Ouais.

‪Deux secondes, je te rappelle.

‪Comment tu fais pour lui mentir comme ça ?

‪Tu fais comment ? S'il t'arrive ‪un truc demain, c'est moi qui lui dis ?

‪-Il a ses partiels dans deux semaines. ‪C'est important.

‪D'ici là, je te demande de te la fermer. ‪Tu peux faire ça ?

‪-Bonsoir. ‪-Bonsoir.

‪Voilà.

‪-Ce sera au deuxième étage à gauche.

‪Et n'oubliez pas ‪d'éteindre votre portable.

‪Oui, bien sûr.

‪-Il faut y aller, ça va commencer.

‪-Oui.

‪Écoutez.

‪Auriez-vous l'amabilité

‪de bien vouloir ‪me porter dans les marches ?

‪Je n'y arriverai pas toute seule.

‪Tenez.

‪Merci.

‪Bonsoir.

‪-Tu étais dans la salle ?

‪-C'était très très beau.

‪-Oui. Isabelle. Une amie. ‪-Enchantée.

‪-Claire. Une amie aussi. ‪-Enchantée.

‪-J'ai les jambes coupées. ‪Je vais aller m'asseoir.

‪Tu me donnes une taffe ?

‪Merci.

‪-C'est bizarre.

‪Ça t'a pris comme ça, ‪t'avais envie de me voir ?

‪-Oui, je sais.

‪Je vais te laisser avec tes amis.

‪-T'es venue comment ? ‪-En taxi.

‪-Je vais te ramener. ‪-Non, je peux me débrouiller.

‪C'est bon. ‪-Allez, viens.

‪-C'est arrivé quand ?

‪-Je l'ai appris il y a trois ans.

‪C'est une maladie du cœur, dégénérescente.

‪Je t'ai rien dit parce que... ‪-T'es orgueilleuse.

‪-Je voulais pas ‪que tu t'isoles avec moi,

‪que tu rates des choses à cause de moi.

‪Tes tournées, tout ça.

‪Les salles ‪dans lesquelles tu joues maintenant.

‪T'es tellement belle.

‪Je peux plus rien faire toute seule, ‪je suis comme une petite vieille.

‪Je peux pas...

‪Je peux pas marcher trop.

‪Je peux pas monter les escaliers. ‪Je peux pas...

‪Je peux même pas tenir un parapluie.

‪J'ai pensé que ça passerait,

‪que tu serais entourée.

‪-Je sais pas ‪qui il y a autour de moi.

‪Il est toujours vivant, ton mari ?

‪-S'il était mort, ‪on me l'aurait dit.

‪-Et l'orchestre ?

‪-Je peux plus voyager. ‪Ils pouvaient pas me garder.

‪Mais c'est pas grave, j'ai rien oublié.

‪-Je peux ? ‪-Oui, les verres sont au-dessus.

‪-Comment ça va, Sam ? Je te sers ? ‪-Juste pour trinquer.

‪-Je sais pas trop. ‪Quand on se voit, il parle que de moi.

‪Alors forcément, ça prend toute la place.

‪J'ai l'impression qu'il est pédé,

‪qu'il ose pas me le dire. ‪À moi, t'imagines ?

‪J'ai dû rater un truc avec lui.

‪-S'il est pédé, ‪c'est que t'as pas tout raté.

‪Bon, tchin.

‪T'es fatiguée ?

‪-Oui, un peu.

‪-Oui.

‪-Tu veux rester ?

‪-C'est quoi ça ?

‪-C'est un défibrillateur.

‪Attention, j'ai pas le droit ‪aux émotions fortes.

‪T'es là ?

‪-Je suis là.

‪-Bonsoir. ‪-Bonsoir.

‪-Bonsoir, madame.

‪-Bonsoir.

‪-Salut, tout le monde.

‪-Salut. ‪-Salut, Hamé.

‪-Je savais pas ‪qu'il y avait match.

‪Ouais, Thomas, je l'ai dans les mains.

‪On consulte le registre des refus.

‪-Simon Limbres.

‪-Bonsoir. ‪Marc de l'Agence.

‪J'ai un foie pour vous.

‪Vous avez de quoi noter ?

‪-C'est bon. Pas de Simon Limbres.

‪-Thomas, il n'y est pas. ‪Je lance la procédure.

‪Allez, salut.

‪-Homme, 52 ans, ‪hémorragie cérébrale.

‪Vous n'en voulez pas ?

‪-Dossier cristal.

‪89775.

‪Un cœur.

‪Un foie et deux reins.

‪Bonsoir, Hamé Gaye de l'Agence.

‪Je peux vous proposer un rein ‪pour un enfant de votre service.

‪Vous notez ? ‪C'est un jeune homme de 17 ans.

‪Accident de la voie publique,

‪traumatisme crânien, mort encéphalique.

‪Vous me rappelez vite, s'il vous plaît ?

‪Merci.

‪-Lucie Moret.

‪Virgilio ?

‪Virgilio ?

‪Vous me donnez le numéro Cristal ?

‪89775.

‪Merci. Ils vous ont dit quoi à l'Agence ?

‪Je suis tout près, j'arrive.

‪L'écho est bonne.

‪Bonne fonction ventriculaire.

‪Tu me montres les antécédents ? ‪-Tout de suite.

‪-Aucun antécédent.

‪On fonce. ‪-Pour nous, en réa,

‪c'est bon. ‪-OK.

‪-C'est parti.

‪C'est Lucie Moret, ‪de la Pitié Salpêtrière,

‪pour le dossier Cristal

‪89775.

‪On accepte le cœur.

‪Merci. Au revoir.

‪Cette petite Alice a l'air bien timide.

‪N'en profite pas trop.

‪-J'ai jamais pris ‪un avion aussi petit.

‪-Le professeur Harfang de Pompidou, ‪c'est ton père ?

‪-Ça t'intéresse vraiment ? ‪-Pour l'aorte, c'est le meilleur.

‪-C'est mon oncle.

‪Mais on se croise une fois par an ‪et je l'intéresse pas beaucoup.

‪-Le talent, c'est génétique ?

‪T'es pas obligée de répondre.

‪-La dernière fois, ‪j'ai fais un aller-retour super rapide.

‪Le cœur a pas tenu.

‪-Vous pouvez augmenter le son ‪de la radio ?

‪*-Allez, ça adoucira un peu la fessée.

‪-Ils ont raison, c'est une fessée.

‪-Ça va, c'est un match amical.

‪-Il y a pas d'amical, ‪c'est du football.

‪On joue pour se battre ‪contre l'idée de perdre.

‪C'est de Cantona.

‪*-Sissoko. Le centre. ‪Il s'approche de la surface.

‪-Bonsoir. Thomas Rémige. ‪-Bonsoir.

‪-Je suis le coordinateur.

‪-Les autres sont là ? ‪-Oui.

‪Lyon vient tout juste d'arriver. ‪On est dans les temps.

‪-Ça va ? ‪-Oui, ça va.

‪-Très bonne nouvelle. ‪Les données du cœur sont parfaites.

‪Vous pouviez pas espérer mieux.

‪-Et il vient de loin, ce cœur ? ‪-On n'a pas le droit de savoir.

‪-C'est un homme ou une femme ? ‪-Bon.

‪On va vous préparer. Je vais pas ‪pouvoir vous opérer en manteau.

‪-On va juste attendre Sam. ‪Il devrait pas tarder.

‪-Ça va pas être possible. Il faut que ‪vous preniez une douche antiseptique.

‪-Je vais juste attendre Sam. Hein ?

‪-Claire,

‪vous allez pas nous faire un caprice ?

‪-Dire au revoir à mon fils, ‪vous trouvez que c'est un caprice ?

‪-Il est où, votre frère

‪exactement ?

‪-Vous pouvez venir avec moi, ‪s'il vous plait ?

‪-Maman, ça va ?

‪Ils ont annulé mon vol. ‪Du coup, je viens en voiture.

‪-Quelle voiture ?

‪Bonne route, mon grand.

‪Claire pleure.

‪-C'est toi qui fais l'incision.

‪-OK.

‪Bistouri.

‪-Bistouri.

‪-Bien avec le plat de la lame.

‪C'est bien.

‪Reste bien centrée.

‪Parfait.

‪Bistouri électrique.

‪Scie sternale.

‪Thomas, s'il vous plaît ? ‪-Oui.

‪-Vous pouvez appeler Lucie Moret.

‪-Docteur Moret, c'est Thomas,

‪Je vous passe le docteur Bravat.

‪-Le cœur est bon.

‪Il est vraiment superbe.

‪OK.

‪On prend.

‪-Deux secondes. ‪-On va bientôt clamper.

‪-Attendez. ‪-Pas le temps.

‪-Attendez, je vous dis.

‪Simon, ton père et ta mère sont avec toi.

‪Ta petite sœur Lou t'embrasse très fort.

‪Ta grand-mère Mamé aussi.

‪Juliette t'aime. ‪Elle a choisi ça pour toi.

‪-Je clampe.

‪Clampage.

‪-Clampage aortique, 0h45.

‪Vous pouvez tout éteindre. Merci.

‪-Bonsoir.

‪-Pince à disséquer.

‪On commence par quelle anastomose ? ‪-L'oreillette gauche.

‪-Tends le fil.

‪-Ciseaux.

‪-Déclampage.

‪Allez, mon gars. Du nerf. Secoue-toi.

‪Il fibrille.

‪-On choque ? ‪-Feu.

‪-On rechoque ? ‪-Feu.

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