All language subtitles for Arab Blues 2019 French

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- C'est ton père ?

Alors, c'est ton grand-père.

Sa tête me dit quelque chose.

(En arabe) Un barbu .

Frère musulman .

- Il est juif.

- Juif ?

Ça va pas, toi ?

(En arabe) Fais attention .

Tu vas avoir des ennuis avec les voisins.

- C'est mon patron.

- Ton patron ?

- Dites Imam, je peux porter du vernis pendant le ramadan ?

- Où est le problème ?

- Et s'il pénètre le rebord de mes ongles ?

- Ne pas manger ni boire entre le lever et le coucher du soleil,

c’est ça le ramadan .

- Amel !

Amel !

Amel ! - Oui ?

- Où est ta feignasse de fille ?

- Quoi encore ? - Regarde.

C’est le bulletin de quelqu’un qui passe le bac

Dans 3 mois, ça ? - Tu l'as vue, toi ?

- Je suis le garde du corps d'Olfa maintenant?

- Mais à quoi tu sers ?

- File-moi une augmentation et je te dirai où elle est.

- Elle l'aura, son bac.

- C'est ta faute. T'es trop gentille avec elle.

- Olfa, qu'est-ce que tu fais là ?

- Toi, qu'est-ce que tu fais là ?

Tu viens vivre ici, il paraît.

- Ça te pose un problème à toi aussi ?

C'est quoi ce truc ?

- T'es en cavale ?

- Regarde-moi ce bazar !

- T'as fait une connerie à Paris ?

C'est sûr, sinon tu serais pas revenue.

Tous les Arabes sont des voyous, en France.

Mais je te vois pas braquer une banque.

- Je viens travailler ici.

- Y a pas de travail, ici.

- J'installe mon cabinet sur le toit.

- Ton cabinet ? Dans ce trou ? - Oui.

- Vas-y, tu peux me dire. T'as tué un patient?

- C'est ça. - T'es enceinte.

T'es enceinte d'un patient. - Quelle imagination !

- Alors, tu te drogues. C'est obligé.

- C'est quoi ton problème ? T'es pas contente ?

- Tu parles ! C'est la pire nouvelle de ma journée.

Je comptais sur toi pour aller en France, après le bac.

- T'as pas besoin de moi.

- Mes parents vont pas me laisser.

- Merci beaucoup, ça, c'est à moi.

- Je peux le garder ?

- Oui, garde-le.

- Tu tiendras pas.

- Ils vont pas vous déranger, c'est sur le toit.

- Dis quelque chose, c'est ta nièce !

- T'y crois toi, à son truc ?

Tu crois que les Arabes vont payer pour venir la voir ?

Genre : "Je suis malade, j'ai besoin de parler."

- N'importe quoi. - Tu verras.

Oui, c'est ça.

- Tu peux pas faire entrer des fous.

J'ai 3 filles. Olfa est en âge de procréer.

Elle a la peau claire.

- On est pas en Europe.

Nous, on a Dieu,

on n'a pas besoin de ces conneries.

Je te donne 2 semaines. Après...

Tu me supplieras de te conduire à l'aéroport.

"Cabinet", tu parles !

Avance mon frère !

On va pas y passer la nuit !

Bouge!

Qu'est-ce que tu fais toi, bordel !

Enlève ta main !

T'auras rien, même si tu lèches la vitre.

- Mais c'est pas du Coca, ça.

- Comment ça, c'est pas du Coca ?

- Donne-moi ça.

Chut ! Plus personne ne parle.

Ça suffit !

- Je continue à pied, moi.

- Elle est magnifique. - On avait pas dit ça.

- Ton père, mon ami m'a dit

que tu avais besoin d'une voiture pratique.

- Vous appelez ça pratique ?

- Elle est presque neuve.

La reine de la route.

Regarde tout ce que tu peux mettre dedans !

Tu peux transporter toute ta maison !

Les femmes ont beaucoup d'affaires. Ma femme aussi.

- Je me fiche de votre femme.

- Je m'en fiche aussi.

- Comment je conduis ça avec la circulation ?

- Elle est pratique, presque neuve.

Elle a une radiocassette

avec les hits tunisiens.

Tu connais La Voiture de Kamel ?

La voiture de Kamel roule tout doucement

- Vous allez me rendre mon acompte. Je veux mon argent.

- Argent ? Moi, je veux le reste de mon argent.

Et voilà les clés.

Dis bonjour à ton père.

Demande-lui pourquoi il vient plus au bled.

Immigrée, va !

"Mon argent", qu'elle dit !

-La voiture de Kamel roule tout doucement

Tout doucement

(-Zohra !)

(Zohra !)

Zohra !

Zohra !

Zohra !

Zohra !

Zohra !

- Hadj !

- Zohra !

- Hadj !

Tout va bien ?

- Oui.

Je... Je...

Je retrouve pas mes lunettes.

Bonne nuit.

- Je demande pas de garanties. Sachez que j'existe.

- Vous voulez pas être secrétaire ? - Je vous parle !

- Quoi ? - Je passe quand ?

- Vous avez rendez-vous ? - J'en prends jamais.

- Asseyez-vous, alors.

Mon grand, je gère d'abord mes compatriotes

et je suis à vous. - Vous parlerez de moi ?

- Oui, mais ne rêvez pas, ça va pas se bousculer.

- Je laisse ma carte, là.

- Prenez un numéro et patientez.

- Ecoutez Madame Aïcha, tout le monde sort content de chez Baya.

On ne sort jamais fâché de Baya Center !

- C'est un peu raide, non ?

- Raide ? C'est un brushing. Ça doit être comme ça.

Comme des baguettes.

Je veux pas t'offusquer, mais quand t'es rentrée,

les cheveux en bataille, on aurait dit une bonniche.

Et avec ta tenue, on dirait un mec.

On a du mal à s'imaginer que t'arrives de Paris.

T'habites où à Paris ?

- XVIIe. Vous connaissez ?

- Évidemment, je connais Paris. T'es née là-bas ?

- Non, je suis née ici. Je suis partie à 10 ans.

- Tu sais quoi? Des que t'es rentrée,

j'ai vu que t'avais un air de blédarde.

J'ai l'œil.

T'es mariée ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Comme ça.

- OK...

T'es parfaite.

Merci.

- Baya, je peux faire une annonce, dans votre salon ?

- Quel genre d'annonce ?

- Je suis psychanalyste.

J'ouvre mon cabinet à Ezzahra.

J'aimerais en parler aux clients du salon.

Un cabinet de psychanalyse ici, à Tunis ?

- Oui.

- Tu crois que ça va marcher ?

- Oui, les gens ont besoin de parler.

- C'est sûr. Surtout les Arabes, on parle beaucoup.

Ici, les clientes, elles parlent, parlent, parlent.

Mais au moment de payer,

elles ont un brushing, beau comme le tien ou des mèches.

Ou au hammam,

elles parlent, elles parlent, elles te cassent la tête.

Mais elles ressortent, elles sont toutes propres.

De chez toi, les gens, ils sortent avec quoi ?

- Ça dépend. Chacun repart avec quelque chose qui lui appartient.

- Ça coûte combien ?

'Ça dépend.

- "Ça dépend". Il faut changer de disque. Ça dépend de quoi?

- Des situations de chacun. Je m'adapte.

- On va faire du business.

Je t'apporte les clientes

et on fait moitié-moitie'. T'as vu ces brochettes

de névrosées au salon ?

Avec moi, tu deviens millionnaire.

- Non, Baya, ça marche pas comme ça.

Allez !

Les amies, silence !

Miss France a une annonce à vous faire.

Vas-y. Dis-leur.

- Euh... Oui... Euh...

En fait...

C'est un peu comme un voyage.

Un voyage dans soi,

qui permet de trouver une porte de sortie, pour aller mieux.

- Et si je fais ce voyage avec toi,

je n'aurai plus de difficultés dans ma vie ?

- Non, les difficultés

ne disparaîtront pas.

La psychanalyse transforme la nature des difficultés.

En parler, c'est déjà leur donner

un autre statut.

- Vous avez compris ?

- Si vous avez des questions.

- On va essayer. Merci.

- Pourquoi pas ?

- Selon la tendance, le parti islamiste Ennadha

serait en tête avec 40 % des suffrages.

Cela lui assurerait 60 à 65 % des 217 sièges de l'Assemblée.

- Vos papiers.

Ah ! La France.

Mais que fait la France dans une voiture pareille ?

Allez, descends.

- Laissez-la partir.

- Et l'alcootest ?

- Quel alcootest? J'ai pas bu. Je bois jamais.

- Tu bois jamais ?

Tatouages et 404 Peugeot et tu bois jamais ?

Allez,

soyez gentille, on a du travail.

- Je peux lui faire l'alcootest ? - Non, tu peux pas.

Allez, bouge.

Allez, soufflez.

- Il est où ? Je souffle dans quoi?

- Coupure budgétaire.

- Quoi ?

- Coupure budgétaire.

Allez, soufflez.

- Mais... Je peux pas... Je...

- Soufflez.

Harissa ?

- Désolée.

- Hum...

- Je peux y aller ?

Bon, papa, je vais raccrocher.

Non, j'ai pas changé d'avis.

Tu vas m'appeler tous les jours pour me demander ça ?

Non, je ne rentrerai pas.

- Selma ! On te demande.

- Papa, je te rappelle.

- Coucou !

C'est Baya.

- Baya, vous avez le choix, le divan ou ce fauteuil.

Mais ici, c'est ma place.

- Ben dis donc, quel accueil !

Tu crois réussir en recevant tes clientes comme ça ?

- Ce sont pas des clients, mais des patients.

Et je préfère qu'on se dise "vous", pas "tu".

- A toi toute seule, je dis "vous" ?

- On parle arabe si vous voulez.

- Mon français est excellent.

- Je dis pas le contraire.

Mais si on parle français, c'est "vous".

Baya,

je vous pose des questions et je vous dirai comment je travaille.

- Non, non, non. Moi, je vais partir.

Je me suis renseignée sur les psychologues en Europe.

Ils disent des choses, ils conseillent les gens.

Vous prenez comme ça de haut...

Tu prends ton air hautain.

Crâneuse postcoloniale.

Ça a été une très mauvaise idée

de venir ici, aujourd'hui.

Mais c'est quoi tout ce bazar, là ?

Je suis venue avant eux.

Gare à toi si tu bâcles mon cas.

- Vous avez rendez-vous jeudi à 15 heures.

Soyez ponctuel, n'oubliez pas qu'elle est française.

- Oui, bien sûr.

Merci, que Dieu vous protège.

Vous savez, je suis épuisé.

- Non, s'il vous plaît, je ne veux rien savoir.

C'est elle, le docteur.

J'ai déjà assez de problèmes comme ça.

Franchement !

- Donc, vous travaillez dans une boulangerie ?

- Oui. Mais je n'aime pas trop parler de moi.

- Dites-moi ce qui vous amène, alors.

- J'ai besoin de médicaments et d'un certificat médical.

- Je suis pas docteur.

Je donne ni certificat ni médicaments.

- Vous servez à quoi, alors ?

- Pourquoi il vous faut un certificat ?

- Parce que je suis malade.

- Vous avez quoi ?

- Je ne sais pas.

- On peut essayer de comprendre ?

- Je ne veux pas comprendre. Je veux un certificat.

- Que fais-tu là ? Qui sont ces gens ?

- Je suis l'assistante de Mme Selma.

- Assistante ?

Ben voyons.

- Ça te pose un problème ?

Tu croyais que je nettoierais le vomi de ton mari toute ma vie ?

- Tu sais qu'ils sont tous dérangés ?

- Tu sais, j'ai beaucoup d'expérience avec les gens dérangés.

- Vous faites quoi, exactement?

- Je garde mon tricot pour les courants d'air.

- Rhabillez-vous. Je plaisante pas.

- Vous voulez jouer, hein ?

- Rhabillez-vous et sortez ou j'appelle la police.

- Je suis désolé. J'ai pas compris.

On m'a parlé d'une Française, d'un canapé et...

Vous comprenez...

- Y a beaucoup de choses que je veux.

Je veux ta veste, par exemple.

Je veux ton canapé.

Je veux ta maison.

Je veux ton cerveau.

- Allez-y, continuez.

- C'est quoi ce jeu ?

- Allez-y. Quoi d'autre ?

- Je voudrais savoir mentir.

- C'est tout ?

- Non, c'est pas tout.

Mais si je me mets à vous raconter, ça prendra des années.

- Selma, sois gentille.

Tu fumes chez toi, pas devant les filles.

- Je suis chez moi, Amel.

Je comprends pas ce truc.

- Mourad et moi, on a pris une décision.

On va prendre un avocat.

Ton cabinet, ça nous plaît pas du tout.

- Tu pourras pas me faire partir. Tu perds ton temps.

Dommage. Je voulais vous inviter pour fêter ces bonnes nouvelles.

- Invite-nous pour fêter ton départ.

Mon Dieu, que se passe-t-il ?

Imam ! Imam !

Mourad, les clés.

- Les clés.

- Que diriez-vous

d'un bon plat chaud

pour vous redonner des forces ?

- Vous êtes sûrs de n'avoir rien vu ?

- Je vous l'ai dit, on a vu personne.

- Montez plutôt à la maison,

vous allonger sous le climatiseur.

- Quel climatiseur ? Il est cassé, le climatiseur.

- Hadj. Si vous parlez pas, on pourra rien faire.

- Hadj, vous voulez pas un verre d'eau ?

- Non pas ça, c'est pas bon pour votre diabète !

Amène-lui de l'eau ! Ce pauvre homme est sous le choc !

- Pas la peine de crier, j'y vais.

- Il sort pas de chez lui,

il ne parle jamais, il n'a pas l'air de beaucoup s'alimenter.

Il a tenté de se suicider, j'en suis sûre...

- Vous êtes qui?

- Il présente des signes dépressifs évidents.

- Vous êtes médecin ?

Psychanalyste. J'ai ouvert mon cabinet ici,

il y a quelques semaines.

- Ah bon ? Où ça ?

- Là-haut, sur le toit.

- Vous viviez en France ?

- Oui.

- Et votre mari vous a suivie ?

- J'ai besoin d'un mari pour vivre ici ?

- Non, j'ai pas dit ça...

- C'est pour savoir si je suis célibataire.

- Non, je m'intéresse, c'est tout.

- Je vous fais marcher.

- Je repasserai pour finir de |'interroger.

- C'est drôle de se revoir ici.

Vous en aviez marre des alcootests ?

- Ecoutez, c'est le bordel, ici.

Demain, ils m'enverront surveiller les frontières

ou nettoyer les WC du ministère.

Allez, je vous laisse. Bonne soirée.

- Bonsoir.

- Beau gosse !

Bonsoir,

madame .

- Hadj ?

Salam.

C'est pour vous.

- Il fallait pas.

- Comment allez-vous ?

- Très bien.

- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis juste là.

- J'ai besoin de personne.

Gnaouia ?

Merci.

Elle soupire.

- J'ai tout dans la vie. Hamdoullah.

J'ai un mari qui gagne sa vie.

Et... j'ai une affaire qui... marche très bien.

J'ai une belle voiture à mon nom.

Mon fils va bientôt partir au Canada, faire ses études.

Et ma mère, elle a...

J'ai une mère qui...

Pourquoi je parle d'elle ?

C'est pas important.

Si je viens, c'est...

parce que je n'arrive pas à me débarrasser d'une envie de vomir.

Parfois...

ce goût amer, il reste dans ma bouche pendant des jours.

Et il disparaît.

- Baya, vous pouvez m'expliquer...

le lien entre votre mère et vos nausées ?

- Y a pas de lien.

Elle rit.

Le lien, ça pourrait, je dis n'importe quoi...

- On va s'arrêter là.

- Ça fait à peine dix minutes.

- Vous aviez 20 minutes de retard.

- Quoi ?

Je t'ai dit que j'ai dû virer la minette qui piquait dans ma caisse.

Elle me pique mon fric, je fais quoi ?

Je laisse faire ?

Je lui dis : "Attends, j'ai rendez-vous" ?

- Aucun problème. On continue la semaine prochaine.

Vous pourrez poser l'argent sur la console.

- Quoi ? Pour dix minutes ?

- Je vous ai expliqué les règles, Baya.

- C'est vrai, j'ai aucun secret pour lui.

- Je vais pas négocier.

Vous attendez dehors. Elle vous racontera,

mais je veux pas vous voir ici.

- Mon fils, écoute la dame.

Sois gentil, mon garçon.

Je ne serai pas longue.

Quel pot de colle !

Une vraie sangsue.

- Vous ne voulez toujours pas me donner votre nom ?

- On est sur écoute ?

Il y a des micros ici.

Attendez...

Vous êtes un agent du Mossad ?

- Bonsoir.

Je peux ?

Il a parlé quand je lui ai fait part de votre hypothèse.

- Je vous l'avais dit.

- Il s'est mis en colère et évidemment, il a nié.

"Comment osez-vous ? Je suis imam, je crains Dieu".

Vous savez...

J'ai beaucoup de respect pour vos diplômes. Vraiment.

Mais vous ne savez pas trop comment ça se passe, ici.

- J'ai donné mon avis, mais ça ne me regarde pas.

- Il y a plein de choses que vous ignorez.

Malgré vos airs de... d'intellectuelle parisienne.

- Ah bon ?

- Dites-moi ce que j'ignore.

- Je peux voir votre autorisation, par exemple ?

- Ma quoi?

- L'autorisation de libre pratique.

- J'en ai pas.

- Il appellerait pas ça un acte manqué, lui?

Pourtant vous exercez depuis quelques semaines.

C'est vous qui me l'avez dit, non ?

- On s'en fiche de ce papier.

Qui va venir me contrôler ?

J'espère que...

l'Etat a autre chose à faire.

- Ben voyons.

Vous croyez avoir atterri chez les sauvages, ici, hein ?

La jungle.

On a des lois.

Il faut les respecter.

- Un instant...

J'arrive.

Ça devrait aller.

- Je vous rappelle qu'il faudra suspendre votre activité.

- J'ai même vu une sorcière à Tataouine.

On m'a dit qu'elle faisait des miracles.

Mais ça a été pire. J'ai commencé à rêver de Poutine.

J'ai rêvé de Saddam Hussein,

de AI Assad,

de Mohammed VI...

Que des dictateurs arabes.

Et là, je comprends pas. Pourquoi y a Poutine ?

Pourquoi ?

On peut faire quelque chose

pour que tu l'enlèves ? Tu ouvres et tu l'enlèves.

Enlève cette merde de ma tête !

Chaque fois, c'est moi qui les embrasse.

Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu ?

Et le pire c'est que j'aime ça. J'aime ça !

J'aime ça !

Ah mais si je rêve de ce bâtard de Bush...

je me jette par la fenêtre.

Ah oui, là, c'est même pas possible. C'est...

- Madame ?

Excusez-moi !

Madame !

Elle frappe.

Bonjour.

Excusez-moi...

Mademoiselle, pardon...

Euh... Je...

- Tu es française, hein ?

- Oui.

- Vous connaissez les pauses déjeuner, en France ?

- Pardon. Je vais attendre.

Euh... L'extrait de naissance...

Ça, c'est l'attestation de nationalité.

Ça, c'est les copies certifiées conformes des diplômes.

Et voilà, avec les originaux.

- Apporte-moi la bouteille d'eau, là-bas,

sur le bureau de mon collègue.

- Merci. Oh, ils ont forcé sur la harissa, aujourd'hui !

- Ça va aller ?

- Ah oui. Tu sais, je viens de Nabeul.

Et à Nabeul, on est élevé à manger la harissa à la cuillère.

Après ça, tu files droit.

T'inquiète pas, ça va aller.

- Mon dossier, je veux dire, il va passer, vous croyez ?

- Inchallah.

- S'il vous plaît, oui ou non ?

- Inchallah, je te dis.

Ah, tiens...

Tu aimes la lingerie ?

C'est beau, hein ?

20 dinars le haut. Touche, c'est rembourré.

Et les bas...

à 10 dinars.

Pour toi, 30 les deux.

Qualité...

Regarde.

- Olfa !

- Je t'en supplie, dis pas que je suis là.

Faut que tu m'écoutes.

- Olfa !

- Qu'est-ce que t'as fait ?

- Je t'en supplie.

- Olfa, que la peste t'emporte !

Olfa !

T'as vu ma fille ?

- Non, je viens de rentrer.

- Elle va me rendre folle, cette gamine !

- Qu'est-ce qu'elle a fait?

- Même à toi, j'ai honte de le dire.

- Alors, dis-moi.

- On a passe une heure chez le proviseur.

Ils l'ont virée, cette idiote.

Sans argent, ils auraient porté plainte.

- Pourquoi ?

- Qu'est-ce qu'elle a fait?

Tu sais ce qu'elle a fait ?

En plein cours d'éducation islamique...

Devant la classe, elle a fait comme ça.

Et elle a montré

ses seins au prof.

Je l'ai élevée comme j'ai pu.

Je l'ai bien éduquée.

J'ai fait attention à ses amis.

Je lui ai transmis l'islam. Je lui parle

du Coran.

Qu'est-ce que je vais en faire ?

Imagine, sans le chèque de Mourad,

elle serait devant le juge !

- Je l'appelle, je suis sûre qu'elle me parlera.

Mais tu la menaces pas. Tu me promets ?

- Je ne veux pas qu'on lui fasse du mal. Je ne veux pas.

Quelle vie de merde.

Toi, t'as de la chance.

- Tiens.

- Pas de mari.

Pas d'enfants qui t'emmerdent.

Tu peux boire.

Tu fumes quand tu veux.

Tu sors.

Tu as des amants.

- Arrête.

Tu fantasmes, là.

- Raconte !

Tu crois que je suis naïve, que je vois pas ?

Tu sais pas ta chance.

Moi, à ta place...

- Stop ! Je t'arrête

tout de suite, là.

J'attends quelqu'un, là. Je t'appelle.

- Mais raconte-moi !

- Y a rien à raconter.

- Mais si. Mais si.

T'es trop coincée.

Tu peux me faire confiance. - Je sais.

- Ça sent si bon, la liberté.

- Où t'as trouvé ça ?

Arrête de fouiller dans mes affaires.

- Je l'ai amené à un pote pour faire une copie.

T'en as plus besoin, tu redeviens bledarde.

- Comment tu peux porter le voile

et montrer tes seins au prof d'éducation islamique ?

- Premièrement, le prof est un pervers qui arrête pas de mater.

Et deuxièmement... c'est pas un voile.

C'est un cache-misère.

Cette paysanne de Baya m'a fait ça.

Je lui ai ramené une photo de Rihanna, voilà le résultat.

Pourquoi t'es rentrée, Selma ?

Tout le monde rêve de foutre le camp et toi...

Tu nous nargues.

Même une simple couleur, ils savent pas faire.

- T'imagines pas tout ce qu'y a à faire, ici.

- Mais y a rien à faire.

- A Paris, j'avais deux confrères dans mon immeuble

et dix dans ma rue. Je servais à rien, là-bas.

- T'as laissé ta vie. T'avais pas un fiancé ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Quoi, pourquoi?

Je veux pas

d'homme dans ma vie. J'aime la solitude.

- Comment tu peux dire ça ?

C'est important les enfants. J'en veux, moi, des enfants.

- Tu fais ce que tu veux.

- Et ta mère ?

Tu lui en veux encore ?

- Je lui en ai jamais voulu.

- C'est pour elle que tu fais tout ça ?

- Je préviens ta mère avant qu'elle appelle l'armée.

- Je peux dormir avec, cette nuit?

- Ça suffit.

Rends-le-moi.

- Moi, c'est mort, je dors ici.

Olfa rit.

- Olfa !

- Maintenant je comprends l'intérêt d'allonger les patients.

On peut tout avouer dans cette position.

Mais...

ça marcherait pas avec nos banquettes dures.

C'est pour ça que nous, les Arabes, on a du mal à parler.

C'est une question de confort, en fait.

Vous lisez le Coran ?

- Ça vous surprend ?

- Non.

- Si, ça vous surprend.

- Non, je vous assure.

- Vous vous dites :

comment cette célibataire tatouée et dénuée de spiritualité

peut-elle avoir un exemplaire du Coran chez elle ?

- Vous me prenez pour un imbécile ?

C'est la nouvelle mode, les barbus.

Au moins, le vôtre a l'air sympathique.

- Il est tout sauf sympathique, à mon avis.

- Merci encore pour le plat.

- Mme Selma, je peux avoir votre numéro de téléphone ?

Si j'ai des angoisses la nuit, je pourrais vous appeler.

Je vous payerai, je sais que c'est un travail pour vous.

- On se voit déjà trois fois par semaine. C'est suffisant.

On avance bien.

Soyez serein.

- Je sais, Mme Selma. Mais c'est très peu.

J'ai pas le temps de tout vous raconter.

- On doit s'arrêter là. Je vous raccompagne.

- Vous êtes trop dure avec moi, Mme Selma.

J'ai fouillé dans les fringues de ma sœur.

Je lui ai encore vole des vêtements.

- On reprend la semaine prochaine.

- OK. Bonsoir, Mme Selma.

Elle est dure. Elle est dure avec vous aussi ?

- Très dure.

- Je vous jure, c'est trop.

- Prenez soin de vous.

- Merci.

- J'espère qu'il avalera pas de médicaments.

Sans autorisation, ce sera difficile à expliquer.

- Vous me prenez pas au sérieux.

- Non, je vous demande de travailler dans les règles.

- Ils traitent le dossier. Au ministère, on me l'a garanti.

- J'arrive pas à savoir si vous êtes naïve, idéaliste ou stupide.

- Un peu des 3... S'il vous plaît, laissez-moi travailler.

- Vous risquez la prison.

C'est un État de droit. Vous le savez ?

- État de droit? Et c'est moi qui suis... quoi déjà ?

Naïve, idéaliste et stupide ?

- Gagnez votre vie autrement, en attendant.

- Gagner ma vie !

Voilà comment je gagne ma vie.

- Donc, tu risques la prison pour un salaire de friture.

- C'est une monnaie d'échange comme une autre.

- Mmmh !

C'est gentil. Merci.

- C'est toi qui m'as dit de repasser aujourd'hui.

- Je sais.

Mais M. Belhadj est encore absent.

Arrêt maladie. Je ne sais pas quelle maladie.

- Comment je vais faire ? Tu sais que je risque la prison ?

- Ne parle pas de malheur.

- C'est la 1re fois que je n'ai pas eu envie de la gifler.

J'ai note mes rêves, comme tu me l'as dit.

Je rêve beaucoup, juste après mes insomnies de 4h du matin.

Hier, j'ai rêvé que je commettais un meurtre.

J'avais très peur parce que je savais qu'on allait m'arrêter.

Mais au réveil, j'étais apaisée,

comme si j'avais regardé un coucher de soleil.

Selma ?

- Oui ?

- Qu'y a-t-il ?

- Continuez.

- T'es bizarre.

- Bizarre ?

- Oui, tu me regardes normalement.

- On va s'arrêter là.

- T'as de la chance.

- On va s'arrêter quelques semaines.

Je dois fermer le cabinet temporairement,

pour des questions administratives

qui n'ont rien à voir avec vous.

- Si c'est un problème d'espace, tu viens chez moi.

Je te libère la salle d'épilation.

- C'est plus compliqué que ça.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

T'inquiète pas,

ça va aller.

- On va s'arrêter quelques semaines.

Je dois fermer le Cabinet temporairement,

pour des questions administratives

qui n'ont rien à voir avec vous.

Pardon, je m'en vais !

- Dépêchez-vous.

- Mme Selma, vous pouvez pas m'abandonner ?

Je suis désolé pour ce qui s'est passé.

J'étais perdu, à l'époque.

Vous n'êtes pas mon style.

- Comment vous m'avez trouvée ?

- Vous êtes malade ? Mourante ?

- Il faut que je libère la place.

- Non, non, non.

Mme Selma !

- Non ! Non ! Raouf!

Comment vous m'avez trouvée ? - Je vous ai suivie.

Je dois vous parler.

- Je vous trouverai un confrère.

- Non, je veux parler qu'avec vous.

- Si je continue,

j'aurai des ennuis.

- Non, vous n'aurez pas d'ennuis, je vous protégerai.

Je fais du kung-fu ! - Quoi ?

- Je retrouvais pas

mon premier souvenir d'enfance.

- C'est pas le moment. On va pas faire de séance.

On est en voiture.

- J'avais mis une robe à carreaux et on a joué.

Je m'en souviens comme si c'était hier.

- Non ! Raouf!

Relevez-vous.

- Devinez qui a tout gâché, Dieu maudisse ce bâtard.

Le jardinier.

- Redressez-vous.

Redressez-vous ! - Non, non, non.

Il l'a dit à mon père.

Après, c'est le trou noir.

- Redressez-vous !

- Il faut que je retrouve cette robe. Vous m'aiderez ?

Vous allez pas m'abandonner! S'il vous plaît.

Vous allez pas me laisser tomber!

On frappe.

- Oui ?

- Bonjour.

- Ah, Selma !

Excuse-moi.

- Je vais continuer mes consultations

avec certains patients. J'aimerais que tu fermes les yeux.

- Il n'y avait rien avant toi.

T'inquiète pas, chacun va retrouver sa vie, je t'assure.

- Tu comprends pas.

- Bien sûr,

je suis qu'un flic.

- Et si je poursuis, tu vas me signaler ?

- Je ferai ce que j'ai à faire.

Selma ! Selma !

Attends.

J'espère que tu comprends mon point de vue.

Je te l'ai dit, sans règles, ce pays va droit dans le mur.

- Oui, je comprends.

- Attends, s'il te plaît.

Ça... Ça te dit de sortir un soir, pour manger un truc ?

- Comment ça ?

- Ben... C'est pas urgent... C'est quand tu veux.

- Tu m'as rattrapée pour me demander de sortir avec toi ?

- Oui.

- T'es à côté de la plaque.

Je te demande de fermer les yeux sur un détail

pour éviter que des gens souffrent.

Et tu veux m'emmener manger une glace ?

- Tu peux juste dire non. Je suis un grand garçon.

- T'es un pervers, en fait.

- Carrément ?

- Putain !

- J'étais pas au courant.

- Moi, non plus.

- Tu m'expliques ?

- Il te plaît pas ? C'est ses cheveux ?

- C'est quoi votre deal ?

- On va se marier et on ira vivre

à Paris ou à Londres. Il est né à Lyon.

- Et alors ?

- C'est cool, il est français. Pas besoin de se noyer.

A Londres, plutôt.

- Tu te fous de moi?

- Paris, c'est un peu mort, non ? Tu serais pas là, sinon.

- Tu peux pas te marier avec lui.

- Pourquoi ?

- Tu le sais très bien.

- Parce qu'il est pédé ?

T'as l'œil, toi.

T'es pas psy pour rien. T'inquiète pas, on s'est arrangés.

Il vit sa vie, je vis la mienne.

Je te croyais plus ouverte d'esprit.

Genre, "je suis psy,

je vis seule, j'emmerde la famille."

Mais tu juges, comme les autres.

- Tu fais quoi, là ? Arrête de manger et va au salon.

- Tu la laisses faire ça ?

- Il va se couper les cheveux.

- Elle va pas se marier!

N'importe quoi !

- Je te préviens, tu la laisses tranquille.

- Ça aussi, c'est intéressant.

- Merci.

- Votre blessure a presque disparu.

- Vous parlez de quelle blessure, exactement?

- Je parle de celle que vous vous êtes infligée.

- Vous parlez beaucoup pour une analyste.

- Je savais pas qu'on avait convenu d'un cadre.

- Je voulais simplement une petite entaille.

Je ne sais pas ce qui m'a pris.

J'ai lu un article un jour

sur des Égyptiens qui se font des zebiba pour montrer leur dévotion.

Avant, il fallait prier 50 ans pour avoir une tache sur le front.

Ces jeunes, eux, incisent leur front avec une lame

puis frottent de l'ail dessus pour noircir la plaie.

Ils m'ont reproché à la mosquée de ne pas avoir de barbe.

Pas de zebiba.

Je leur ai dit:

"Vous n'allez pas me juger car j'ai pas de barbe."

"Ni de tache sur le front."

Ils m'ont jeté comme un malpropre en m'insultant.

Et par qui on m'a remplacé ?

Fethi.

Le boucher de mon ancien village.

Ils m'ont reparlé de Zohra.

Ils disaient que si j'étais un musulman solide,

ma femme ne m'aurait pas quitté.

Elle regardait des feuilletons turcs en boucle.

J'aurais dû faire plus attention.

Un jour, elle a pleuré.

Elle a pleuré un mois,

sans s'arrêter.

Le héros de sa série préférée venait de mourir.

Pendant mon agression par les salafistes de la mosquée,

elle est partie,

le jour de la chute de Ben Ali.

Elle est partie en Turquie.

Je n'ai plus de nouvelles.

J'ai tout perdu ce jour-là.

Je voulais juste une tache sur le front.

Comme les autres.

Je n'ai jamais voulu mourir.

- Vous avez pas mieux à faire ?

- On reprend, Mme Selma.

Vous recevez des hommes chez vous ?

- Des hommes et des femmes.

- Vous leur demandez

de s'allonger.

- Pas toujours.

- Parle-lui en arabe.

- Elle comprend pas.

- Il est dit que vous avez été formée par le Mossad.

- Ça veut dire quoi "Mossad" ? - J'en sais rien. C'est écrit.

- Salah, ça veut dire quoi ?

- C'est les gars qui ont tué Kennedy.

- Kennedy ?

- T'es content ? John Kennedy !

Allez, rendors-toi.

Mme Selma, il est écrit aussi

que vous avez étudié en Israël.

Et que votre grand-père

était un rabbin

et que vous accrochez sa photo dans votre salon.

- Non.

- Il est écrit aussi que vous utilisez le mot... "sexe"

devant des femmes et des gens âgés.

- Sexe, prison.

- "Sexe", Selma ?

- Épuisante. Elle lâche rien.

- Prends ta pause.

- On va manger

des pieds de veau et on revient.

- Tiens, ça aussi.

- Salah, tu peux aller manger.

- Il faut pas te froisser, hein ?

T'es content ? Tu t'es bien amusé ?

Quatre heures de garde à vue ?

Tu veux pas me faire passer la nuit?

- Tu penses être là à cause de moi?

Des gens t'ont dénoncée.

Je fais juste mon travail, moi.

Tu te crois importante ?

- Tu respectes rien.

- Je veux juste faire mon métier.

- Fais ton métier, mais pas ici.

C'est pas pour nous, tu comprends ?

Rentre chez toi. Personne n'a besoin de toi, ici.

D'accord ?

Tu vas te faire du mal.

- Mourad ! Mourad !

- Pendant la Révolution,

on a créé un groupe avec les voisins pour protéger le quartier.

On buvait.

Pour passer le temps et oublier la peur.

Après, je pouvais plus m'arrêter.

Je buvais pour aller travailler,

pour me reposer,

pour conduire,

pour regarder ma femme,

mes enfants.

Tu sais, Selma,

j'ai Peur.

Je suis coincé.

Je donnerais tout pour partir d'ici.

Pour assurer un avenir à mes filles.

Ici, y a plus rien.

C'est désert.

Noir, obscur.

C'est une poudrière,

une étincelle,

et c'est fini.

Oui, Amel ?

T'inquiète pas, tout va bien.

Les filles jouent. Selma est là.

Je te jure que ça va.

Un petit dérapage de rien du tout.

- Oui, d'accord.

- Alors ?

- J'ai de bonnes nouvelles.

- Merci, mon Dieu !

- Attends.

La commission se réunit lundi.

Mon collègue te dit que le dossier est complet,

mais il manque quelque chose.

- Donc, il est pas complet.

- Si, il est complet, mais il manque quelque chose.

- Il manque quoi?

- Attends.

Une lettre de recommandation...

délivrée par un haut fonctionnaire tunisien.

- Quoi ?

- Une recommandation

délivrée par...

- Oui... J'ai compris. Mais comment je vais faire ?

- C'est simple.

Tu vas voir un haut fonctionnaire et tu lui demandes une lettre

délivrée par un haut fonctionnaire tunisien.

Tu finiras par trouver.

Inchallah !

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je me suis enfuie.

- Mais c'est pas possible !

Tu me réponds, oui?

Tu me mets dans la merde. T'as fait quoi encore ?

- Il a tout dit à ses parents, qui l'ont dit aux miens.

Ce mec est un faible. Il a tout gâché.

Tu t'imagines ? Il leur a dit qu'il aimait les garçons.

Il voulait pas vivre dans le mensonge.

Il va surtout arrêter de vivre, maintenant.

On va où ?

- Tu veux que je te dépose, peut-être ?

- C'était... - Tais-toi !

Tais-toi !

- Il n'y a plus de règles dans ce pays ?

Il y a un malade dans le hammam.

On pense que c'est une femme

et en le gommant, on découvre qu'il est "équipé".

"Équipé", vous imaginez !

Par là ! Au fond à gauche.

Voilà.

Chef!

- Sors, mon frère,

c'est le hammam pour femmes.

- Sors-moi cette merde !

On étouffe ici !

- Sors.

- Pourquoi ? - Sors !

Mais je suis une femme ! - Allez, sors d'ici !

- Je suis une femme !

C'est toi qui dégages !

Je suis une femme ! Dégage !

Casse-toi !

Dégage !

- Je veux juste discuter. - Non !

Dégage !

- Je vais te faire ta fête, moi.

- Je ne sortirai pas ! M'approche pas !

- Sors alors !

- Tu vas me frapper ! - Non, je ne te toucherai pas.

Attends.

Je le connais, celui-là.

- D'où tu me connais ?

- Je t'ai vu chez Selma.

- Tu connais Madame Selma ?

- T'es un patient?

- Oui.

- Assieds- toi, qu'on parle. - Non.

- Je ne parle qu'avec Madame Selma ! - On va l'appeler.

- Tu as vu dans quel état je suis ?

- Ça va, viens, on sort d'ici. - Tu me feras pas de mal ?

- Non, promis.

Allez, sors.

Ça Va pas ?

- Sors !

Laissez-nous passer.

- C'est le boulanger.

- Attends-moi ici.

- Ne parle pas de ta maman. Ne parle pas politique.

Il est fatigué. S'il te plaît.

Papa ?

Papa ?

Je t'amène quelqu'un qui va te rendre fou de joie.

Allez, lève-toi.

- Bonjour, grand-père.

Comment ça va ?

- Feriel ?

- Non, c'est Selma, la fille de Feriel.

- Selma ?

Tu as retrouvé le chemin de notre maison ?

- Ben, oui.

- Tu nous aimes pas, c'est ça ?

- Si...

- Si papa, elle nous aime,

mais elle était trop occupée ces dernières années.

Elle est débordée.

- Qu'est-ce que tu deviens ?

- Je vis à Ezzahra,

depuis quelques mois.

- Tu es mariée ?

- Mariée, papa ?

Regarde ses bras.

- Et alors... Et pourquoi ?

- Je travaille ici.

- Médecin, il paraît.

Psychanalyste.

- Quoi ?

- J'ai arrêté médecine.

- Tu prescris des médicaments ?

- Non.

- T'es une sorcière, alors.

- Non. Pas vraiment...

Écoute... Je suis venue te demander un service.

- Un service ?

- Oui. J'ai ouvert mon cabinet.

Et j'attends toujours une autorisation.

J'ai besoin d'un coup de main au ministère de la Santé.

- Tu peux pas te débrouiller seule ? Il est fatigué.

- Non, je suis pas fatigué.

Je peux t'aider.

- C'est vrai ?

- Oui, je connais quelqu'un. - Vraiment ?

- C'est génial ! - Oui.

- Attends. Attends.

Lui. Il pourra t'aider.

Fais-lui confiance.

- C'est une blague ?

- Non.

- C'est fini, il est parti.

- Chut !

- Quoi ?

- Il est parti. C'est terminé

tout ça.

- Il est pas parti.

- Tu lui as pas dit? Il sait pas ?

- J'ai pas pu. Chut!

- Je lui en parle ce soir. Ne t'inquiète pas.

- Repose-toi. Je repasserai te voir.

- Allez, ma fille, allez.

Il est fatigué.

Je vais te préparer une camomille.

- Tu veux qu'il t'aide ? Selma ?

- Tu peux rouler moins vite ? On est pas pressées.

- Toi, non. Moi, je suis pressée.

- T'as bac +10

et tu sais pas qu'il faut une putain d'autorisation ?

- Tu me fatigues.

- J'ai pas le bac et je le sais.

Même mes sœurs le savent.

Même le vendeur en bas de la rue...

- Tais-toi !

- Vas- y, accélère. Je m'en fiche.

On va crever ici.

On a pas de réseau, pas d'eau, on a rien.

On attend que les salafistes nous trouvent.

- Une voiture s'arrêtera.

- Je monte dans aucune voiture. T'as pas compris ?

Qu'est-ce que tu fais ?

- Bonsoir.

- C'est beau.

C'est quoi, déjà ?

Je vais pas craquer.

Tout le monde voudrait que je craque,

que je reprenne l'avion, que je retourne à ma vie à Paris.

Mais je vous le dis à vous, car vous vous en foutez.

Je sais pas pourquoi je suis là.

Je sais juste que je veux être ici.

Je me sens bien, ici.

Au départ... je croyais vouloir réparer la souffrance de ma mère,

venger l'exil de mon père, mais...

Mais c'est pas ça.

C'est viscéral.

C'est comme si j'avais été appelée.

Je sais même pas ce que je raconte.

Je suis fatiguée.

Je vais pas craquer.

On a besoin de moi ici, non ?

- D'accord.

Oui.

Bye-bye.

Ah, Selma !

T'as rien pour moi, aujourd'hui ? - Non.

J'exige de parler à ton supérieur. Je partirai pas avant.

Je ferai une grève de la faim, s'il le faut.

- Ça va pas bien ? Que Dieu te protège.

Écoute ...

On m'a ramené des foulards en soie, de Turquie.

Tu vas voir, ils ont les mêmes dans Harim Al Sultan.

Ils sont magnifiques. Regarde...

- On a change le démarreur et réparé l'embrayage.

Elle est comme neuve. Une jeune mariée.

- Je vous en supplie.

J'ai de l'argent. - C'est pas la question !

C'est moi qui vais consulter !

- Mais tout va bien pour vous. Moi, j'ai besoin de passer à 5 séances.

- On va s'arrêter là.

- Je suis contente que tu reprennes, mais tu vas tenir, comme ça ?

- A jeudi, Baya.

- C'est toujours le même prix ?

- Vous pouvez le mettre dans la boîte à gants.

- Parce que c'est plus du tout le même confort,

plus la même intimité...

C'est bon, j'ai fini.

- A jeudi !

- Toujours à la même place ?

- Oui, oui.

- Doucement !

- C'est quoi ce cirque ?

Tu fais quoi?

- Le seul flic en service de ce pays !

- T'es sérieuse ?

- J'ai le choix ?

- Je pourrai rien pour toi.

- Si je dois rentrer à Paris dans un charter...

- Un charter ?

T'auras plein d'autres soucis avant ton charter.

Allez, démarre.

- Descends.

- Démarre ! - Du monde attend.

Sors de mon cabinet ! On frappe.

Je suis devant le ministère pour faire pression.

- Pression ?

- Oui.

- Parle-lui, toi.

- Parle avec moi.

- Que faites-vous, les rideaux fermés ?

- On discutait et elle allait partir.

- Vous vous êtes mariés ?

- Ça va pas ?

- Que faites-vous, les rideaux fermés ?

- Arrête ! Elle allait partir.

- La prostitution est interdite, même pour un Français.

- On réglera ça au commissariat.

- Baisse le volume !

- Reste tranquille, toi. Arrête de brailler.

- Il défend sa copine. - Il a reçu un petit bakchich en euros.

- T'es comme ça, Naïm ?

- Viens, on monte dans ton camion.

- C'est moi qui monte.

- Éloignez-vous. Éloignez-vous.

- C'est l'heure de ma séance.

Tu me chauffes ?

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Tu m'as laissé avec Jackie Chan !

- Je voudrais récupérer mon dossier. Je repars à Paris.

- Déjà ? - Oui.

- Tu n'as plus besoin de ça, alors ?

- C'est quoi ?

- L'autre jour.

Tu es partie si vite pour ta grève de la faim

que je te l'ai pas donnée.

La commission s'est réunie. - Mais...

- Et le remplaçant de M. Belhadj m'a donné ça.

T'es contente ?

Je vais plus te voir, alors ?

- Non.

- Dommage. J'aimais bien discuter avec toi.

Tu fais quoi dans la vie ? Je t'ai jamais demandé.

- Je m'appelle Ferid.

Ferid Ouestlati.

J'ai 42 ans.

J'ai passé les 5 dernières années en prison

parce que j'ai ouvert ma gueule

une fois dans mon jardin.

Je ne me rappelle pas de ce que j'ai dit.

Mais eux, ils ont tout entendu.

- "On va s'arrêter |à."

Tu la payes et elle dit : "On va s'arrêter |à."

Qu'est-ce qui t'amène ? T'as rendez-vous ?

T'es en avance. On n'est pas au hammam. Il y a des règles ici.

T'arrives et tu sors à l'heure, pour pas qu'on se croise.

Gare à toi si tu dis que tu as vu Baya ici.

Tu m'as déjà vue ici ?

Est-ce que tu m'as déjà vue ici ?

Bravo.

- Sors, je ne suis pas prête !

Sors, je te dis !

Regarde pas ! Je ne suis pas maquillée !

- Tu es belle.

Tu es magnifique.

T'es pas si grande en fait !

T'es minuscule.

Non, regarde.

J'avais oublié que j'avais épousé une boulette.

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