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Original subtitles

LE GU�PARD

Deuxi�me myst�re douloureux, flagellation de J�sus Christ au pilori.

Pourquoi tout ce vacarme ?

Parle.

Excellence...

On a trouv� un soldat mort dans le jardin.

Comment ?

Il y a de graves d�sordres en ville. Et dans tout le pays.

Cette lettre vient de la part du duc de Malvica. C'est urgent.

"Cher Fabrizio, lis donc le journal."

"Les Pi�montais ont d�barqu�. Nous sommes perdus."

"Avec toute ma famille, je me r�fugie sur les navires anglais."

"J'esp�re que tu feras de m�me."

"Que Dieu sauve notre Roi. Je t'embrasse."

Quel l�che !

"Un acte de piraterie a �t� commis le 11 mai."

"Des gens arm�s ont d�barqu� � Marsala."

"On sait maintenant qu'il s'agit d'une bande de 800 hommes command�e par Garibaldi."

"Ces brigands ont �vit� soigneusement les troupes royales et se dirigeaient sur Castelvetrano."

"Mena�ant les citoyens pacifiques, pillant et d�vastant."

Paolo ira loger au palais, � Palerme.

Ne laissons pas la maison inhabit�e.

Mais c'est dangereux... C'est dangereux...

Non, Fabrizio... non...

C'est la guerre.

Appelle Mimi.

C'est la r�volution.

Mimi !

Il arrive, papa.

Excellence, dans le jardin...

Je sais, je sais !

Mimi... demande � ce qu'on attelle les chevaux au carrosse.

D�p�che-toi !

Je descends � Palerme.

P�re Pirrone, vous m'accompagnerez, n'est-ce pas ?

Que le Seigneur nous prot�ge.

Mais Fabrizio...

Les routes sont pleines de soldats, de malandrins...

Du calme.

Vous resterez 2 heures au couvent avec vos amis.

On revient � 11 heures.

Je t'en prie...

Dans une demi-heure � table...

Tous sans exception.

Que faire ?

Ces charognes puent le vin, m�me apr�s leur mort.

Tu as averti la caserne ?

Excellence, on leur a dit de venir le prendre.

Sale �poque, Excellence, sale �poque !

Regardez ces feux sur la montagne.

Ce sont des camps de rebelles.

Je les vois, P�re.

Votre Excellence est inqui�te, pour Don Tancredi?

Il devrait se m�fier de certaines amiti�s,

de certaines fr�quentations dangereuses.

La faute n'est pas � Tancredi mais aux temps qui courent.

Un jeune homme n'est m�me plus libre de jouer aux cartes,

sans �tre compromis par des amiti�s dangereuses.

�a suffit !

Vraiment... avec un peu de prudence...

Enfin !

Halte ! Arr�tez !

Bonsoir, Excellence.

Pardonnez-nous.

Vous pouvez continuer.

C'est son Excellence le prince Salina !

Quel beau pays ce serait, Excellence, si...

S'il n'y avait pas tant de J�suites.

Je passerai vous prendre dans deux heures.

Et bonnes pri�res !

Mon prince...

Bonjour, mon oncle.

Tancredi...

Qu'as-tu fait cette nuit ?

Cette nuit ? Absolument rien, mon oncle.

J'ai �t� avec des amis. Une sainte nuit.

Ce n'est pas comme quelqu'un de ma connaissance, qui s'est amus�,

� Palerme.

Et ce quelqu'un, c'est ?

Toi-m�me, mon oncle.

Je t'ai vu de mes yeux, � la barri�re, parler avec le sergent.

C'est du propre, � ton �ge !

Et avec un R�v�rend, P�re !

Les vieillesses libertines !

Au fond c'est vrai.

Mais pourquoi t'es-tu affubl� ainsi ?

Un bal matinal ?

Je pars dans une heure.

Je viens te saluer.

Pourquoi ?

O� vas-tu ? Pas � un duel.

Oui, � un grand duel, mon oncle, un duel avec le Roi.

Avec Franceschiello.

Je m'en vais dans la montagne.

De grandes choses se pr�parent, je ne resterai pas ici, o� ils m'attraperaient.

Il est insens� de se mettre avec ces gens-l�. Ce sont des mafieux, des escrocs.

Un Falconeri doit rester avec nous, pour le Roi.

Pour le Roi, certes,

Mais quel Roi ? Tu l'as toi-m�me si souvent dit.

Le Roi Ferdinand, s'il vivait... Mais pas Franceschiello, non, mon oncle.

Tu crois que le Pi�montais, le Roi "galant homme", sera diff�rent ?

Tout au plus, il ne parlera pas napolitain, mais pi�montais.

Tu voudrais la r�publique de Peppino Mazzini ?

Si nous n'en sommes pas nous aussi, ce sera la r�publique.

Si nous voulons que tout se maintienne, il faut que tout change.

Suis-je clair ?

A bient�t, mon oncle. Je reviendrai avec les trois couleurs.

Le drapeau tricolore !

Mais qu'y trouvez-vous, qu'est-il en comparaison

de notre drapeau blanc fleurdelis� ?

Qu'attendez-vous de ces couleurs ?

Attends, et tu verras.

Visionnaires !

Adieu.

A bient�t.

Au revoir !

Tancredi ! Attends.

Que fais-tu ?

Tu subventionnes la r�volution ?

Merci, mon oncle.

A bient�t, et embrasse ma tante pour moi !

Concetta, Non.

Je reviendrai bient�t, tu sais.

A bient�t, Concetta.

Vous venez vous confesser, Excellence ?

Me confesser ? Ce n'est pas samedi

Croyez-moi, confessez-vous

Ce n'est pas n�cessaire, voyez-vous,

vous savez d�j� tout.

Se confesser n'est pas raconter des faits, mais se repentir.

Je sais, je sais !

Que me voulez-vous ? Je suis un homme vigoureux

Avec une �pouse qui, au lit, fait le signe de la croix � chaque baiser !

Et apr�s, ne dit que "J�sus et Marie".

J'ai eu sept enfants.

Sept !

Et me croirez-vous ? Je n'ai jamais vu son nombril.

Est-ce juste ?

Je vous le demande. C'est elle, la p�cheresse.

Excellence...

J'ai �t� trop brusque.

Gardez-moi votre bienveillance.

Mais croyez-moi, confessez-vous.

Je n'en ai pas la moindre intention.

Aujourd'hui du moins.

J'ai fait d'importantes d�couvertes politiques.

Vous savez ce qui se passe dans le pays ?

Il ne se passe rien.

Rien qu'une insensible substitution de classes.

La classe moyenne ne veut pas nous d�truire...

mais prendre notre place, avec de bonnes mani�res.

En nous mettant, s'il le faut, des ducats dans la poche.

Ainsi, rien ne change.

Mon p�re, notre pays est celui des arrangements.

En somme, vous, les seigneurs, vous vous entendez avec les lib�raux.

M�me avec les francs-ma�ons.

A nos d�pens, aux d�pens de l'�glise,

Nos biens, qui sont le patrimoine des pauvres

seront saisis et partag�s entre les meneurs les plus impudents.

Et apr�s ?

Qui rassasiera les malheureux que l'�glise aide encore aujourd'hui ?

Qui apaisera la foule des d�sesp�r�s ? Je vais vous le dire.

On leur jettera une portion, puis une autre

puis tout l'ensemble de vos terres.

J�sus gu�rissait les aveugles de corps. Mais les aveugles d'esprit

o� finiront-ils ?

Nous ne sommes pas aveugles d'esprit, mon P�re...

mais des �tres humains, dans un monde en transformation

alors, qu'y faire ?

Une promesse d'immortalit� a �t� faite � l'�glise.

Mais pas � nous, classe sociale.

Pour nous, le rem�de pour vivre encore cent ans est l'�ternit�.

Au-del� de ce que nous pouvons esp�rer, nous n'avons pas d'obligations.

L'�glise en a, oui,

parce qu'elle est destin�e � ne pas mourir.

Dans son d�sespoir il y a d�j� de la consolation.

Croyez-vous que si un jour l'�glise...

pouvait se sauver en nous sacrifiant, elle h�siterait ?

Elle n'h�siterait pas.

Et elle aurait raison.

Vous aurez deux p�ch�s � me confesser, samedi.

Un p�ch� de la chair cette nuit, un p�ch� de l'esprit aujourd'hui.

Regardez, mon P�re, comme c'est beau.

Il en faudra, des Victor Emmanuel, pour changer cette potion

qui nous est administr�e chaque jour.

Laissez-le ! Assassins ! Mon enfant !

En avant !

En joue ! Feu !

Allez, tra�tres ! Charognes !

Le voici !

Pendons-le !

En avant !

La voie est libre...

Longez le mur. Suivez-moi !

Aidez-moi !

C'�tait un sbire, un assassin !

Nous l'avons ex�cut�. C'�tait un l�che !

Allons ! Suivez-moi !

La cavalerie. Ne tirez pas !

Ne tirez pas encore !

Feu !

En avant !

Premier peloton...

...en avant !

Deuxi�me peloton...

A terre !

En joue...

...feu !

Vite, de l'eau !

Attention aux barricades !

Courage, les gars.

H� l� ! Brave femme,

viens ici !

Que veux-tu ?

Que se passe-t-il ? O� sont-ils ?

Ils avancent, ils sont au port.

En avant, les gars !

Qu'en pensez-vous, mon P�re ?

Ces temps glorieux nous donneront-ils des routes meilleures ?

Le gouvernement...

On ne passe pas ! Halte !

Au large !

Halte ! On ne passe pas. C'est bloqu�.

- Nous avons un laissez-passer. - La route pour Bisacquino est barr�e.

Arr�tez ! Arr�tez les voitures !

Je regrette, d�fense de passer. Arr�tez, on ne passe pas

Voici notre laissez-passer.

Le n�tre n'a pas l'air valide.

Je n'ai pas dit �a.

Mais les laissez-passer civils sont consid�r�s comme suspendus.

Croyez-vous que �a nous amuse ?

Il vous faudra retourner sur vos pas.

Place ! Les voitures doivent continuer !

Halte ! O� penses-tu aller ?

Les voitures ne passent pas ici

Je suis le capitaine Prince Falconeri. J'ai combattu avec vous � Palerme !

Mais j'ai re�u des ordres !

�a aussi c'est un ordre ! Ouvrez le passage !

Laissez-nous passer !

En avant ! En avant !

Mais toi, qui vis avec les nobles,

qu'en pensent-ils, les seigneurs, de ce grand incendie ?

Qu'en dit le Prince Salina,

irritable et orgueilleux comme il est !

Voyez-vous, les "seigneurs" comme vous dites...

ne sont pas faciles � comprendre.

Ils vivent dans un univers particulier, non cr�� par Dieu,

mais par eux-m�mes,

durant des si�cles d'exp�riences tr�s sp�ciales,

de douleurs et de joies, des joies � eux.

Eux, ils souffrent et jouissent pour des choses...

qui ne nous touchent pas, mais qui leur sont essentielles.

Je ne dis pas que les nobles sont m�chants,

ils sont diff�rents.

Ils n�gligent des choses qui pour nous sont tr�s importantes...

et ils ont des craintes que nous ignorons.

Pour le Prince Salina...

ce serait une trag�die...

que de renoncer � la vill�giature � Donnafugata, o� nous allons

Mais si on lui demande ce qu'il pense de la r�volution...

il dit qu'elle n'a pas eu lieu...

- Et que tout va continuer comme avant. - Il ne manquerait plus que �a !

Oui, il ne manquerait plus que �a !

Lisons notre br�viaire, c'est mieux.

Voyons...

Psaume 44.

D�p�chez-vous !

�tends-la comme il faut !

Toi prends les bouteilles et toi les verres.

Allez, vite...

Nos ma�tres arrivent.

Avec tous ces coups de canon, esp�rons que tout finira bien.

Bien, comme votre Excellence voudra.

Je suis heureux de voir votre Excellence.

Nous nous reposerons un peu.

Ici vous pouvez manger tranquillement.

Dans une demi-heure nous repartons pour Donnafugata.

Les soldats sont pass�s ici aussi ? Beaucoup de d�g�ts ?

Que c'est bon ! Tu veux te rafra�chir aussi ?

Prends.

Rafra�chis-toi les tempes.

Comme c'est frais...

Quel plaisir !

�a va mieux ?

Rejoignons-les, ou nous n'aurons plus rien � manger.

Tu me le rends ?

Allons, viens.

Tu as faim ?

On disait tous, "Cette ann�e, le prince ne quittera pas Palerme"

"Comment bouger par des temps pareils ?"

"Qui sait ce qui est arriv� au prince et � sa famille"

"Que le Seigneur les prot�ge". Mais voil�

qu'ils sont tous sains et saufs

Dieu soit lou�.

Que voulez-vous qu'il nous arriv�t ?

Tout a �t� tr�s simple.

"En effet, peu apr�s l'entr�e de Garibaldi � Palerme..."

"Tancredi amena � la maison un g�n�ral sympathique,"

"qui voulait admirer les fresques de la villa..."

"et qui ensuite nous fit obtenir le laissez-passer pour Donnafugata"

Ma famille et moi nous sommes heureux de vous recevoir, mon g�n�ral.

Merci... Excellence.

Le g�n�ral t'a appel� "Excellence". Il a enfreint les ordres de Garibaldi.

Mon g�n�ral, vous vouliez voir les fresques de la villa.

Bien volontiers, Excellence.

Voici, au centre...

Jupiter Tonnant et Junon...

Mars, V�nus et Mercure...

L�-bas, Th�tis pr�c�d�e de tritons et de dryades,

Apollon entour� de nuages,

tous exaltant la gloire de la famille Salina.

Tu veux une drag�e � la menthe ?

Merci, justement celles que j'aime.

Je les ai apport�es pour toi.

Qu'il est p�le...

Sa blessure n'est pas grave ?

Une promotion au champ d'honneur vaut bien une blessure.

Les voitures !

Les berlines arrivent ! Les berlines !

Je suis heureux de souhaiter la bienvenue � leurs Excellences.

Don Onofrio, comment allez-vous ?

Bien, Excellence. Je vous rends le palais,

exactement comme vous l'avez laiss�.

Je suis fier de serrer la main au glorieux bless� de Palerme.

Bless� ? On m'a fait capitaine pour un moucheron dans l'�il.

Vous avez fait beaucoup pour notre cause.

Crispi m'a parl� de vous.

Ch�re Teresina, quel plaisir de te revoir !

Vous aussi, bien entendu. Quoi de nouveau, Don Ciccio ?

Je ne sais, Excellence... Vous permettez ?

Mais oui.

Rappelle-toi les invitations � d�ner pour ce soir.

Les femmes aussi doivent venir.

Pourquoi ?

C'est mieux.

Invite Don Calogero, avec sa femme.

Le notaire avec la sienne.

Don Ciccio, qui lui heureusement n'en a pas.

Et tous les autres, apr�s le d�ner.

Qu'est-ce que c'est ?

C'est Mimi, Excellence.

Le P�re Pirrone demande � voir Votre Excellence.

Tout de suite.

Bien, fais-le entrer.

Ne faites pas l'idiot.

Vous connaissez la nudit� des �mes. Celle des corps est plus innocente.

Donnez-moi le peignoir, plut�t.

Courage, mon P�re.

Plus fort, mon P�re.

Et croyez-moi, prenez un bain vous aussi quelquefois.

Asseyez-vous.

Que vouliez-vous me dire de si press� ?

Voil�, Excellence...

on m'a confi� une mission assez d�licate.

Une personne qui vous est ch�re a voulu m'ouvrir son �me...

et m'a charg� de vous dire...

certainement � cause de l'estime dont vous m'honorez...

Soyez plus bref.

Voyons, de qui s'agit-il ? De la princesse ?

Non, Excellence, non...

La princesse est en train de se reposer.

Il s'agit de mademoiselle Concetta.

Elle est amoureuse.

Mademoiselle Concetta ? Mais quoi...

Sottises !

Je ne voulais pas vous troubler...

Excellence... Je ne pensais pas...

A quarante-cinq ans, on peut se croire encore jeune...

mais quand on s'aper�oit qu'on a des enfants en �ge d'aimer...

alors la vieillesse arrive tout d'un coup.

Vous ne m'avez pas demand� qui est l'autre...

Le jeune homme...

Pas n�cessaire.

Pourquoi diable n'est-elle pas venue me le dire ?

D'apr�s vous, que devrais-je r�pondre ?

Le d�sir de fonder une famille chr�tienne...

est tr�s appr�ci� par l'�glise...

et Notre Seigneur aux noces de Cana

Venons au fait.

Je parle de ce mariage, et non du mariage de Cana...

ou du mariage en g�n�ral

Don Tancredi a fait des propositions ? Savez-vous quand ?

Voil�, Excellence... des propositions proprement dites, non.

Mais mademoiselle Concetta n'a aucun doute � son sujet...

ses attentions, ses regards...

La princesse sent qu'elle est aim�e...

et que ces propositions sont imminentes.

Ne vous inqui�tez pas.

Le danger n'est pas proche. Des fantaisies de jeune fille romantique.

"Le danger" ? Pourquoi ?

Imaginez-vous Concetta ambassadrice ?

A Vienne ? A Saint-P�tersbourg ?

Moi je l'aime bien. Elle me pla�t...

une jeune fille tranquille, ob�issante...

Mais Tancredi a un grand avenir devant lui,

et Concetta, si passivement vertueuse...

si timide, si r�serv�e, comment pourrait-elle l'aider...

� gravir les marches glissantes de la nouvelle soci�t� ?

Et Tancredi a besoin d'argent,

Concetta aura sa dot,

mais la fortune des Salina sera divis�e en sept parties.

Sept parties !

Lui, il a besoin de bien autre chose.

Une des filles Sutera.

Je sais, je sais...

Si laides, mais si riches, mon P�re.

Oui, mais...

L'amour ?

Ah ! L'amour !

Du feu, des flammes pour un an, de la cendre pour trente.

Je le connais, l'amour.

Excellence, comment vous habillez-vous pour le d�ner ?

Mon P�re, dites � Concetta que je ne suis pas f�ch�,

qu'on en reparlera lorsqu'il ne s'agira plus de fantaisies romantiques.

Un complet d'apr�s-midi, naturellement.

Papa, Don Calogero est dans l'escalier. Il est en habit !

En habit !

Cette nouvelle te frappe plus que le d�barquement � Marsala.

C'est le signe de la r�volution en marche.

C'est vrai, il est en habit ! Mais quel habit !

Et les chaussures !

Ma femme est malade, tr�s enrhum�e.

- Je le regrette. - Merci,

Vos Excellences m'excuseront si ma fille Angelica vient � sa place ?

Bien s�r. Venez.

Il y a un mois qu'elle ne parle pas d'autre chose

que du plaisir qu'elle aurait � vous conna�tre

maintenant qu'elle est grande.

Je me la rappelle petite fille.

Nous serons heureux de la revoir.

Ma fille n'�tait pas encore pr�te.

Mais elle arrive. Notre maison est � deux pas...

Oui, Don Calogero, nous l'attendrons.

Ma femme est malade...

Charmante.

Si vous permettez...

Ma petite Angelica...

Il y a longtemps que je ne t'ai vue ! Tu as chang�,

plut�t en mieux.

Nous sommes tr�s flatt�s, mademoiselle...

d'accueillir une si belle fleur dans notre maison.

J'esp�re...

vous y revoir tr�s souvent.

Merci, Prince. Votre bont� pour moi...

est celle que vous avez toujours montr�e pour mon cher papa.

Comment allez-vous ?

Fillettes, nous nous tutoyions.

Monsieur le comte, permettez-moi de vous pr�senter ma fille Angelica.

Le d�ner est servi.

En plusieurs couches, comme le veut la tradition.

Quelle bonne odeur !

Le voyage a �t� fatigant ?

On ne vous a pas servi, je regrette, �a vient.

Une belle fille, hein ?

Oui, Concetta, oui.

La villa que je me fais construire, princesse...

est modeste,

mais tr�s confortable.

Nous avons tous tr�s faim, heureusement qu'il n'y a pas de potage

Oui, nous vivons une �poque mouvement�e

Pourtant, ces journ�es sont inoubliables,

Un seul mot d'ordre, armes et gens arm�s.

Le G�n�ral avait compris que lorsque les Siciliens bougent,

ils bougent s�rieusement.

Vous, pourquoi �tes-vous devenu garibaldien ?

"Si vous ne d�daignez pas en Garibaldi le fr�re d'armes..."

"il combattra � vos c�t�s".

Ce sont des paroles de Garibaldi, mais l'affaire a �t� plus dure.

Je n'ai jamais tant march�.

Ah ! La marche de nuit sur Gibilrossa !

Vous avez connu Bixio ?

Oui, un ent�t� !

Tous des ent�t�s et des extravagants

J'ai assist�, par hasard, � la sc�ne entre Bixio et La Massa...

et, pour un instant, � la prise de Porta Termini.

Je me suis bien amus�, mademoiselle.

Je n'ai jamais autant ri que ce 28 mai.

Le g�n�ral nous voulait en vedette au monast�re de l'Origliene.

Mais on avait beau frapper, crier, jurer,

personne n'ouvrait,

C'�tait un couvent de religieuses clo�tr�es !

A propos, mon P�re,

demain nous irons au monast�re de Santo Spirito

prier sur le tombeau de la Bienheureuse Corbera.

Oui, ces braves petites s�urs,

sont inform�es de l'arriv�e de Leurs Excellences...

et font d�j� les pr�paratifs pour votre visite.

Nous n'y manquons jamais...

Le jour qui suit notre arriv�e.

Alors ? Qu'est-il arriv� ?

Je vais vous le dire,

Tassoni, Aldrighetti, moi et quelques autres...

nous essayons d'enfoncer la porte, rien � faire

Nous prenons une poutre d'une maison bombard�e...

et enfin, avec un boucan d'enfer, la porte d�gringole

Nous entrons, un d�sert

Puis, des cris d�sesp�r�s...

provenant d'un couloir...

Les s�urs s'�taient r�fugi�es dans la chapelle, toutes contre l'autel,

qui sait ce qu'elles craignaient de la part

de ces jeunes exalt�s ?

Elles �taient dr�les � voir, vieilles, laides...

avec leurs robes noires, les yeux �carquill�s, toutes pr�tes...

au martyre...

Elles glapissaient comme des chiennes.

Tassoni leur crie,

"Rien � faire, mes s�urs, on reviendra quand vous nous procurerez..."

"des novices",

Et nous de rire � nous rouler par terre,

nous les avons laiss�es, la bouche s�che,

pour faire le coup de feu des terrasses.

Dix minutes apr�s, j'ai �t� bless�.

Quels types vous deviez �tre ! J'aurais voulu �tre avec vous.

Si vous aviez �t� l�...

on n'aurait pas attendu les novices.

Tancredi, ces vilaines choses, on les dit � son confesseur...

pas aux demoiselles � table...

Au moins quand je suis l�, moi.

Il a raison,

et moi je l'aiderai.

Mais il faut admettre qu'il est un peu ignoble.

Oh, la belle Gigogin...

"A quinze ans, je flirtais d�j�"

Avance donc d'un pas

D�lice de mon c�ur

"A seize ans, je me suis mari�e"

Avance donc d'un pas

D�lice de mon c�ur

"A dix-sept ans, je suis parti"

Avance donc d'un pas

D�lice de mon c�ur

Vive l'Italie ! Vive l'Italie !

Vive l'Italie Unifi�e !

Vive le Pl�biscite !

Ne soyez pas si triste, mon P�re,

Nous ne sommes pas � un enterrement.

C'est le vent, ce sale vent.

Remerciez-en le Seigneur,

sans ce vent l'air serait putride.

Il faut voter dans l'ordre.

Le premier arriv� vote le premier.

Ici, il n'est pas question...

Le "Cavour" de Donnafugata !

Excellence. C'est un grand honneur pour moi.

Don Onofrio !

Rotolo Onofrio.

A vot�.

Non, le P�re Pirrone n'est pas r�sident.

On arr�te un instant !

Puis-je demander � Vos Seigneuries...

d'accepter un petit verre ?

Les rafra�chissements !

Je vous en prie, Excellence.

Pars !

Excellence.

Je prendrai du blanc. Il est plus l�ger.

Blanc, le drapeau des Bourbons.

Je ne peux pas boire, je ne me sens pas bien.

J'ai un d�rangement intestinal.

Un jour comme celui-ci, vos troubles intestinaux sont secondaires !

Merci, je ne bois jamais.

Don Calogero...

J'accepte avec grand plaisir.

Merci, Prince.

Je voudrais trouver les mots...

mais les grandes joies, Prince, sont muettes.

C'est avec une grande �motion...

que je vais vous dire...

J'ai le tr�s grand honneur...

de vous communiquer les r�sultats du Pl�biscite...

dans notre commune de Donnafugata.

"Le 22 octobre 1860, � Donnafugata"

"� 6 heures de l'apr�s-midi"

"la commission �lectorale communale s'est r�unie"

"pour examiner les votes prononc�s par pl�biscite"

"par la population de cette commune."

"Le peuple sicilien"

"veut l'Italie une et indivisible"

"avec Victor-Emmanuel"

"roi constitutionnel, et ses descendants l�gitimes."

Et en plus il insiste !

C'est un idiot !

"Tous les votes recueillis et..."

"Tous les votes recueillis..."

"Tous les votes recueillis..."

"et le scrutin d�pouill�"

"on a obtenu"

"les r�sultats suivants"

"�lecteurs inscrits , 515"

"Votants , 512"

"Oui, 512"

"Non, z�ro !"

Et vous, Don Ciccio...

qu'avez-vous vot� ?

Que craignez-vous ? Ici, il n'y a que nous...

le vent et les chiens.

Excusez, Excellence, mais la question est inutile

A Donnafugata tous ont vot�s "oui".

On dit que vous avez m�me conseill� � voter ainsi.

En effet.

Vous avez vot� oui ?

Non, Excellence. J'avais vot� non !

Cent fois non !

Oui, je sais, Excellence, ce que vous m'aviez dit...

La n�cessit�, l'unit�, l'opportunit�...

et peut-�tre est-ce vrai.

Moi, la politique, je n'y entends rien et je n'en fais pas.

Mais Don Ciccio Tumeo est un honn�te homme.

Un artiste manqu�, si l'on veut. Pauvre et mis�rable.

Avec les pantalons trou�s...

mais je n'ai pas oubli� les bienfaits re�us.

Et vous le savez, Excellence...

Ce fut la reine Isabelle, l'espagnole,

alors duchesse de Calabre, qui me fit �tudier.

me permit de devenir ce que je suis.

Organiste de l'�glise.

Honor� de la bienveillance de Votre Excellence.

Aux ann�es de mis�re, quand on envoyait la supplique � la Cour.

Les 5 onces de secours arrivaient, s�res comme la mort.

Ces saints Rois et ces belles Reines...

que diront-ils du haut du ciel ?

Que le fils de Leonardo Tumeo les a trahis ?

Excellence, NON !

Heureusement, au paradis, on conna�t la v�rit� !

J'admire votre fid�lit�.

Mais il faut comprendre...

que le peuple �tait surexcit� par Garibaldi.

Le pl�biscite �tait le seul rem�de contre l'anarchie.

Pour nous, c'est le moindre mal.

Les Savoies, au fond...

sont aussi une monarchie.

Les int�r�ts des personnes auxquelles vous �tes d�vou�...

sont frustr�s par ces �v�nements, certes...

mais encore en vie, valides.

Quelque chose devait changer...

pour que tout reste comme auparavant.

La r�volution est termin�e.

Esp�rons que l'Italie n�e aujourd'hui pourra prosp�rer.

Mais moi j'avais dit non.

Et ces cochons de la municipalit� avalent mon opinion...

et la crachent comme ils veulent.

Je dis noir et ils me font dire blanc

J'�tais un "fid�le sujet"...

et maintenant "un sale bourbon".

Maintenant tous Savoyards.

Les Savoyards, moi, je les mange avec le caf�.

Dites-moi, vous qui voyez tant de monde ici...

Que pense-t-on de Don Calogero � Donnafugata ?

Je croyais avoir manifest� clairement mon opinion.

Je voudrais beaucoup savoir la v�rit� sur lui et sa famille.

La v�rit�, Excellence...

est que Don Calogero est tr�s riche,

tr�s influent,

avare,

avec une intelligence diabolique,

Excellence, il fallait le voir, jusqu'en mai...

aller dans la campagne, pareil � une chauve-souris...

en voiture, � dos de mulet, � pied...

qu'il pleuve ou qu'il fasse beau !

Et o� il passait se formaient des cercles secrets...

Il ouvrait la route � ceux qui allaient venir

Une vraie peste !

Et ce n'est que le d�but de la carri�re de Don Calogero

Dans quelques mois, il sera d�put�

au Parlement de Turin.

Plus tard, � la liquidation des biens eccl�siastiques...

pour quatre sous, il s'accaparera...

le fief de Marca, le fief de Fondacello, le fief...

Et sera le plus grand propri�taire de la province.

Voil� ce qu'est Don Calogero.

L'homme nouveau tel qu'il doit �tre.

C'est dommage tout de m�me qu'il soit ainsi.

Et la famille ?

Les autres ?

Sa femme, personne ne l'a vue depuis des ann�es...

Sauf moi.

Elle ne sort que pour la messe de cinq heures, quand il n'y a personne.

Moi, une fois, je suis tomb� du lit pour la voir,

Parole d'honneur...

elle est belle comme le soleil

Don Calogero n'a pas tort, ce vilain cafard...

de la tenir loin des hommes.

Mais m�me les maisons les mieux gard�es...

laissent transpirer quelque chose, les servantes parlent

Et il semble que Donna Bastiana soit une sorte...

d'animal...

Elle ne sait ni lire, ni �crire...

et ne sait m�me pas aimer sa fille !

Bonne...

Pour le lit, c'est tout.

Et ce doit �tre vrai. Vous savez qui �tait son p�re ?

Un de vos m�tayers de Runci

Un certain Peppe Giunta...

si sale et si sauvage...

qu'on l'appelait "Peppe Merda".

Pardonnez le mot, Excellence

Deux ans apr�s la fuite de Don Calogero avec Bastiana...

on le trouva mort sur le sentier de Rampinzeri...

avec douze plombs de chasse dans le dos.

C'est un scandale !

Et moi qui esp�rais qu'il �pouserait Concetta !

C'est un tra�tre. Comme tous les lib�raux de son esp�ce

Il a trahi le Roi, puis nous-m�mes...

avec son faux air...

avec ses phrases mielleuses et ses actions venimeuses

Voil� ce qui arrive,

avec les gens qui n'ont pas notre sang...

Bois

Je l'ai toujours dit, mais personne ne m'�coute

Je ne le supporte pas, ce gandin

Toi seul as perdu la t�te pour lui

Et il a l'impudence de te charger, toi, le prince Salina

p�re de la petite qu'il a tromp�e, de faire ses propositions...

au p�re de cette catin, de cette...

Tu ne dois pas le faire, tu ne dois pas !

Assez !

Tu ne sais pas ce que tu dis.

Angelica n'est pas une catin.

Elle le deviendra peut-�tre. Pour le moment, c'est une demoiselle.

Plus belle que les autres, qui veut faire un bon mariage.

Peut-�tre un peu amoureuse de notre Tancredi, comme tous.

Et elle a de l'argent, beaucoup.

Oui, de l'argent � nous, mais fort bien administr� par Don Calogero.

Tancredi en a besoin.

C'est un grand seigneur. Ambitieux, d�pensier...

Il a besoin d'argent.

Il n'a jamais rien promis � Concetta, donc pas de trahison.

C'est un jeune homme selon ces temps...

tant en politique que dans sa vie priv�e.

C'est le meilleur gar�on que je connaisse.

Et tu le sais bien.

Et je ne veux plus t'entendre pleurnicher !

Dans ma chambre ! Dans mon lit !

Assez d'histoires comme �a !

C'est moi qui d�cide ! Et j'ai d�cid�, depuis longtemps d�j�.

Assez !

Dormons maintenant.

Demain, je vais � la chasse...

et je me l�ve de bonne heure

Bonne nuit, Stella ch�rie.

Vous me parlez de tout...

d'une m�re sauvage, d'un grand-p�re crott�...

mais pas de ce qui m'int�resse, de mademoiselle Angelica.

Il n'y a rien � dire, elle parle d'elle-m�me.

Elle a la beaut� de la m�re, sans la puanteur du grand-p�re.

Intelligente. Une vraie dame.

Revenue du coll�ge...

elle m'a jou� ma mazurka, chez elle

Elle jouait mal, mais...

elle �tait d�licieuse � voir...

avec ses tresses noires, ses yeux, sa peau...

ce sein...

Ses draps de lit doivent avoir le parfum du paradis...

Calmez-vous, Don Ciccio.

Vous allez dor�navant parler d'elle avec le respect qui lui est d�.

Aujourd'hui m�me...

je demanderai sa main pour mon neveu Tancredi.

Vous �tes le premier � savoir, et vous allez payer cet avantage

Je vous enfermerai dans la salle des fusils avec les chiens...

ainsi rien ne transpirera avant que je n'en parle � Don Calogero

Allons...

Excellence, c'est une salet� !

Un neveu � vous ne doit pas �pouser la fille d'un de vos ennemis...

qui vous ont toujours tir� dans les jambes !

La s�duire aurait �t� un acte de conqu�rant,

mais l�, c'est sans conditions !

C'est la fin des Falconeri... et des Salina !

Ce mariage n'est la fin de rien !

Mais le d�but de tout !

Et selon les meilleures traditions !

Ce sont des choses que vous ne pouvez comprendre !

Allons !

D'accord, n'est-ce pas ?

Ne compliquons pas les choses. C'est un simple baiser,

Et c'est moi qui vous ai fait appeler.

C'est vrai, mais...

Je voulais vous communiquer une lettre...

de mon neveu...

arriv�e hier soir...

non, cette nuit pour �tre exact.

Il y d�clare sa passion pour mademoiselle...

Votre fille.

Et il me charge officiellement...

de vous demander sa main.

Maintenant, c'est � vous de vous prononcer.

Excusez-moi, Prince...

Cette belle surprise m'a coup� la parole

Moi qui lis dans le c�ur et l'esprit d'Angelica,

je crois pouvoir dire que l'attachement de Don Tancredi,

- qui nous honore tant -

est sinc�rement partag�.

Que Dieu prot�ge ces noces.

Votre joie est la mienne.

Le temps se g�te.

Inutile de vous dire combien les Falconeri sont illustres.

Venus en Sicile avec Charles d'Anjou...

ils ont prosp�r� sous les Aragons, les Espagnols et les Bourbons...

S'il m'est permis de les nommer devant vous.

Pairs du royaume, Grands d'Espagne, Chevaliers de Santiago.

Mais s'il est superflu que je vous parle

des m�rites de la famille Falconeri

il est �galement inutile de vous dire, h�las...

que la situation �conomique de mon neveu Tancredi

n'est pas � la hauteur de son nom.

Mon beau-fr�re Ferdinando ne fut pas un p�re pr�voyant

Ses munificences de grand seigneur...

ont compromis le patrimoine de mon neveu.

Mais, Don Calogero !

Le r�sultat de tous ces d�sastres,

c'est Tancredi.

Nous le savons bien, nous autres

Il est impossible d'�tre aussi...

distingu�, sensible...

et s�duisant que Tancredi...

sans qu'aient �t� dilapid�s une douzaine de patrimoines.

C'est ainsi en Sicile.

Je sais tout cela, et d'autres choses encore

Mais l'amour, Excellence, l'amour est tout.

Je le sais bien, moi.

�coutez-moi...

En homme du monde, je veux jouer cartes sur table.

Les jeunes gens doivent savoir sur quoi compter.

Par contrat de mariage...

je donnerai � ma fille...

Le fief de Settesoli

1010 hectares

Tout en bl�,

des terres

fra�ches et a�r�es.

Et 500 hectares de vignes et d'oliviers

� Gibildolce.

Le jour du mariage, je remettrai � l'�poux...

vingt sacs de dix mille onces...

Ma famille est tout pour moi.

"Personne n'a vu la femme de Don Calogero depuis des ann�es."

"Except� moi."

"Elle ne sort que pour la premi�re messe, � 5 heures"

"Quand il n'y a personne."

"Une fois je me suis tir� du lit pour la voir."

"Parole d'honneur, Excellence..."

"elle est belle comme le soleil."

"Don Calogero n'a pas tort, le vilain cafard..."

"de la garder loin des autres hommes."

Il est vrai que je demeure les mains vides,

Mais une fille est une fille.

Je sais d�j� que ce que je vais vous dire

fera peu d'impression sur vous qui descendez

de l'empereur Titus et de la reine B�r�nice.

Mais les Sedara aussi...

par un titre qu'accorda Sa Majest� Ferdinand IV...

sont nobles.

Bravo, bravo, Don Calogero ! Au revoir.

J'ai tous les papiers en r�gle. Il reste les formalit�s,

Et un jour, on saura que votre neveu...

a �pous� la fille du baron Sedara del Biscotto

Compliments !

J'ai tous les papiers, il ne manque...

Je regrette, mais je ne pouvais pas agir autrement.

Je comprends cela, Excellence.

Tout a bien march�, au moins ?

On ne peut mieux.

Au revoir, Don Ciccio.

Et excusez-moi.

"C'�tait une froide journ�e de janvier."

"L'atmosph�re rendue rigide par un vent glac�."

"paraissait plus lourde dans son calme mortel."

"Depuis des heures, il neigeait � gros flocons"

"mais sur la route d�serte, un pauvre petit cheval"

"avec sur le dos une couverture grossi�re"

"tra�nait p�niblement une charrette � deux roues."

"Hue ! Maudite b�te !"

"Criait le vilain qui, par habitude, parlait � son cheval"

Excellence, Monsieur Tancredi est arriv� !

Il fait d�charger ses bagages

Oncle !

Ne me touche pas, je suis une �ponge !

Comme je suis content de te revoir !

Excusez mon �motion,

J'ai amen� avec moi le comte Cavriaghi de Milan,

qui �tait venu � la villa avec le g�n�ral.

Et l�, c'est mon ordonnance, le lancier Moroni.

Et on disait que chez vous il ne pleuvait jamais !

Deux jours que nous barbotons.

Excusez-moi, je suis tremp�.

Je me suis permis d'amener le comte Cavriaghi.

Tu l'as connu � Palerme avec le g�n�ral,

notre g�n�ral.

En Sicile, quelquefois, nous avons de vrais d�luges

Et m�me des pneumonies, faites attention ou vous prendrez mal.

Du feu dans la chambre de Tancredi et la chambre d'amis.

Pr�pare la petite pi�ce pour le soldat.

Je ne comprends pas, expliquez-moi,

Vous �tiez rouges comme des langoustes.

Les Garibaldiens ne portent plus la chemise rouge ?

Plus question de Garibaldi et de Garibaldiens.

On l'�tait, on ne l'est plus.

Cavriaghi et moi...

Nous sommes officiers de l'arm�e de S.M. le roi d'Italie.

Quand l'arm�e de Garibaldi fut dissoute, on nous proposa

ou de rentrer chez nous, ou d'entrer dans les arm�es royales.

Lui, moi, et tant d'autres, avons choisi l'arm�e, la vraie.

Avec les autres, ce n'�tait plus possible.

Quelle racaille !

Mis�ricorde !

Bonne pour tirailler et c'est tout.

Maintenant, nous sommes officiers pour de bon...

On ne vole plus les poulets.

De Palerme jusqu'ici,

on disait, "Service de Sa Majest�"

et on nous changeait les chevaux.

Vous nous direz tout plus tard,

Maintenant, prenez votre bain.

Avec ta permission...

Non ! Je dois vous montrer la bague.

La bague pour Angelica.

Qu'elle est belle !

C'est beau... Tr�s beau.

N'est-ce pas ?

Elle te pla�t ?

Beaucoup.

�a t'a co�t� cher ?

J'ai su choisir convenablement.

Les 220 onces que tu m'as donn� m'ont suffi aussi...

Pour de petits cadeaux d'adieu. Je vois �a.

Voici notre lieutenant ! Qu'est-ce que c'est ?

Un petit hommage pour mademoiselle Concetta.

Les "Chants" d'Aleardi ?

Esp�rons que cela lui plaira

Mademoiselle Concetta...

C'est Aleardi, mon po�te pr�f�r�.

Je me suis permis de vous l'apporter.

J'ai fait graver vos initiales.

"Toujours sourde"

Sourde ? Mais j'entends tr�s bien.

Sourde � mes soupirs.

Je peux entrer ? Excusez, mais j'ai appris...

Tiens, ma belle...

Un cadeau de ton Tancredi.

Et remercie aussi mon oncle.

Viens.

O� vas-tu ?

C'est plein de rats.

On y va ?

O� es-tu ?

Tancredi, o� es-tu ?

Quelle peur ! Vous savez qu'il y a des rats ?

Le contraire m'�tonnerait. Et Tancredi ?

Je ne le trouve plus.

Venez.

Je t'ai fait peur ?

La voici encore... Fuyons !

Viens.

�a suffit. Mais o� allez-vous ? Je suis fatigu�.

Qu'il est grand ce palais ! Combien de pi�ces ?

Personne ne le sait. Pas m�me mon oncle.

Pour lui, un palais dont on conna�t toutes les pi�ces

n'est pas digne d'�tre habit�.

La pauvre, elle est rest�e seule.

Et les autres ?

Concetta est dans le jardin,

Paolo est descendu � la diligence

recevoir un h�te,

quelqu'un qui arrive de Turin.

Allons-nous-en. Viens.

Non, je ne veux rien voir.

J'ai d�cid�. Je pars.

Pourquoi devrais-je rester ?

Concetta ne m'aime pas.

Tu lui as parl� au moins ?

A quoi bon ? Pour elle, je ne suis...

qu'un ver de terre...

C'est donc parmi les vers de terre

que je trouverai ma compagne.

Mais parle-lui. Tu d�cideras apr�s.

Mais, peut-�tre est-ce mieux ainsi.

Je vais t'expliquer :

Concetta est sicilienne, elle n'a jamais quitt� l'�le.

Elle n'aimera pas Milan o� pour avoir un plat de macaroni...

il faut s'y prendre un mois � l'avance.

De vos macaroni, je lui en aurais procur� des caisses...

Plus grandes que celle-ci !

Nous deux, on s'en va. Adieu...

Pauvre petit comte, Concetta ne veut rien entendre.

Concetta est une sotte.

Que pr�tend-elle ?

Cavriaghi est un beau gar�on, il a des terres en Briance...

Un excellent parti.

C'est toi que Concetta aime.

C'est pour cela que tu l'as amen� ici ?

C'est �a, je crois que oui.

Mais pas du tout...

Alors, �coute-moi bien. Concetta a raison.

�tre amoureuse de toi, et puis l'�pouser, lui,

c'est comme boire de l'eau apr�s avoir go�t�...

Go�t� quoi ?

Go�t�... disons...

Du marsala.

Quelles chambres �tranges. Qui donc a pu y habiter ?

Personne n'y a jamais habit�, mon amour.

Ici, mes anc�tres venaient commettre

leurs petites infractions aux r�gles.

et se procurer des souvenirs diff�rents du commun des mortels.

Des infractions aux r�gles ?

Mais oui, ils s'ennuyaient ! Mon amour !

Le chevalier Chevalley de Monterzuolo ?

Oui, c'est moi.

Je suis le fils du Prince Salina.

Mon p�re m'a envoy� vous prier de venir loger au palais.

C'est bien gentil.

Couvrez-vous, le soleil est tr�s fort ici.

Merci, couvrez-vous donc aussi.

En v�rit�, j'avais l'intention...

de repartir apr�s avoir parl� au prince.

Pour lui parler vous devrez toujours venir chez nous.

Par ici.

- Je m'en occupe. - Laissez.

- Je vous prie. - Mais non.

Vous devez accepter.

- Merci. - Je vous en prie.

- C'est lourd, Prince ? - Du tout.

- C'est le palais, l�-haut ? - Oui, Chevalier.

Ils ne sont pas l�-haut, je vous assure.

Peut-�tre dans le jardin...

Tu crois que je ne t'aime plus ?

Tu as peur ?

Je te d�sire, mais je ne te prendrai pas maintenant

seulement quand tu seras ma femme.

Pauvre de moi ! Excusez-moi...

Caterina, viens !

Regardez, voil� le visiteur.

Mais que te veut-il vraiment ?

Je n'en sais rien.

Il parcourt la Sicile depuis un mois,

l'estomac d�moli par la cuisine � l'huile

et dans l'attente que les brigands y fassent un trou.

Je vais lui proposer une partie de whist.

Chevalley...

Que diriez-vous d'une partie de cartes ?

Excellence, je vous demande une entrevue, pour pouvoir partir demain.

Partir ? Vous n'�tes pas bien ici ?

Si, certainement.

Vous �tes dans ma maison...

en otage, tant que cela me plaira.

Venez.

Attention au r�v�rend P�re, il gagne toujours.

Asseyez-vous, je suis votre partenaire.

Je marque les points.

Vous �tes vraiment de Milan ?

Et comment avez-vous �chou� ici ?

J'abuse de l'hospitalit� du Prince, et je m'en trouve tr�s bien.

Si vous voulez visiter Donnafugata...

je pourrai vous montrer la maison du baron Mutolo.

Francesco Paolo ! Ne commence pas !

Elle est vide actuellement, car la famille n'y vit plus...

depuis que le fils du baron...

fut s�questr� par les brigands.

Qui sait combien ils ont d� payer pour le lib�rer.

Ils se trouvaient d�j� en difficult�...

sans argent comptant, comme tout le monde ici...

Mais on leur rendit le gar�on, quoiqu'en plusieurs versements.

Plusieurs versements ? Comment cela, Prince ?

Oui , morceau par morceau.

D'abord l'index de la main droite

Une semaine plus tard le pied gauche

Et enfin...

dans un beau panier de figues...

La t�te...

Paolo, assez avec ces histoires.

Moi, je ne l'ai pas vu, j'�tais trop petit,

mon p�re me l'a racont�.

Une police inepte, celle des Bourbons.

Chez nous aussi on voyait des faits semblables.

Mon p�re �tait surintendant,

Un emploi dangereux � ce moment-l�...

Pour lui, autant que pour sa famille.

Quand nos carabiniers arriveront tout cela finira.

En tout cas, contrairement � une certaine propagande...

le respect envers l'�glise sera r�tabli comme autrefois...

Un peu plus, esp�rons-le...

Car il y a quelques ann�es, le cur� de Santa Ninfa...

fut assassin� pendant la messe.

Quelle horreur ! Un coup de fusil en pleine �glise !

Non, vous n'y �tes pas du tout.

Nous sommes trop bons catholiques pour nous livrer � de tels sacril�ges.

On avait mis du poison dans le vin de messe.

C'est plus discret, voire m�me plus liturgique.

On n'en a jamais connu l'auteur.

Le cur� �tait un excellent homme et n'avait pas d'ennemi.

Tr�s int�ressant. Vraiment amusant.

Je crois que vous pourriez �crire des romans, Prince.

Oui, croyez-moi, ce sont des histoires.

Moi qui suis milanais...

la Sicile est un grand pays !

Apr�s l'heureuse annexion, je veux dire...

apr�s "l'heureuse union" de la Sicile au Royaume de Sardaigne...

le gouvernement de Turin

a l'intention de proc�der � la nomination d'illustres Siciliens

comme membres du S�nat.

Votre nom a �t� choisi parmi les premiers.

Un nom illustre par son anciennet�,

par le prestige personnel de celui qui le porte...

par ses m�rites...

scientifiques...

par son attitude digne et lib�rale dans les r�cents �v�nements.

Avant de clore la liste...

mes chefs ont cru de leur devoir de vous en informer

et de vous demander si vous agr�ez la proposition.

Le gouvernement esp�re que vous consentirez.

C'est l� l'objet de ma mission, qui m'a valu...

L'honneur et le plaisir de vous conna�tre ainsi que votre famille,

et ce magnifique palais.

Expliquez-moi... Chevalley...

�tre S�nateur... qu'est-ce que cela signifie ?

Qu'est-ce que c'est ?

Un titre honorifique, une d�coration, ou quoi ?

Mais, Prince ! Le S�nat est la Chambre haute de notre Royaume.

On y examine, on y d�bat...

on y approuve ou on y repousse

les lois que le Gouvernement propose pour le progr�s du pays.

Quand vous serez S�nateur

votre voix sera celle de votre beau pays

qui s'ouvre maintenant au monde moderne

et qui a tant de plaies � gu�rir

et tant de justes d�sirs � exaucer.

�coutez-moi...

Je suis reconnaissant au Gouvernement d'avoir song� � moi

S'il s'agissait d'un simple titre

� inscrire sur ma carte de visite, j'accepterais volontiers.

Mais... je ne peux pas accepter

Je suis un repr�sentant de la vieille classe...

compromis avec l'ancien r�gime

et li� � celui-ci par des liens de d�cence, sinon d'affection.

Ma malheureuse g�n�ration

est � cheval entre deux mondes

et mal � l'aise dans l'un et dans l'autre

En outre, je n'ai aucune illusion

Que ferait le S�nat d'un l�gislateur sans exp�rience ?

D'un homme incapable de se duper lui-m�me

condition essentielle pour guider les autres ?

Non, en politique je ne bougerai pas le petit doigt. On me mordrait.

Prince, je ne peux pas y croire.

S�rieusement, vous refusez de faire votre possible

pour soulager le peuple de la mis�re mat�rielle...

et morale dans laquelle il se d�bat ?

Nous sommes vieux, tr�s vieux

Depuis 25 si�cles,

nous portons le poids de civilisations h�t�roclites

toutes venues du dehors, pas une qui ait germ� ici.

Depuis 2500 ans, nous ne sommes qu'une colonie

Je ne le dis pas pour nous justifier.

Mais nous sommes fatigu�s, vid�s, �teints

Tout cela est fini maintenant.

La Sicile n'est plus une terre de conqu�te.

Elle est libre dans un �tat libre.

L'intention est bonne

mais elle arrive trop tard.

Le sommeil, mon cher Chevalley, un long sommeil.

Voil� ce que les Siciliens d�sirent.

Et ils ha�ront toujours qui voudra les r�veiller

m�me si on leur apporte des dons merveilleux.

Et, soit dit entre nous, je doute fort

que le nouveau royaume ait dans son bagage des dons pour nous.

Chez nous, toute manifestation

est une aspiration � l'oubli.

Notre sensualit�

est un d�sir d'oubli.

Nos coups de couteau, un d�sir de mort.

Notre paresse,

la douceur de nos sorbets,

d�sir de voluptueuse immobilit�, c'est-�-dire

encore un d�sir de mort.

Prince, vous �tes s�r de ne pas exag�rer ?

A Turin, j'ai connu des Siciliens

qui n'avaient pas du tout l'air de dormir.

Je me suis mal expliqu�

Je ne devrais pas parler de Siciliens, mais de Sicile.

Ce milieu, la violence du paysage,

la cruaut� du climat, la tension continue de toute chose.

Mais on peut vaincre le climat.

On peut modifier le paysage.

On oublie les mauvais gouvernements.

Je suis s�r que les Siciliens voudront s'am�liorer.

Je ne nie pas que, hors de l'�le, les Siciliens ne puissent se r�veiller.

Mais ils doivent partir jeunes. A 20 ans, c'est d�j� trop tard,

La cro�te s'est form�e.

Mais vous avez plut�t besoin d'un homme qui sache allier

son int�r�t particulier � l'id�al public.

Me permettez-vous un conseil pour vos chefs ?

J'ai un nom � vous proposer pour le S�nat.

Celui de...

Calogero Sedara.

Il a bien plus de m�rite que moi.

Sa famille, m'a-t-on dit, est ancienne

ou le sera bient�t.

Plus que ce que vous appelez prestige, il a le pouvoir.

Il a des int�r�ts pratiques

exceptionnels.

Son activit� a �t� tr�s utile pendant la crise de mai.

Quant aux illusions...

il n'en a pas plus que moi.

Mais il est assez fourbe pour s'en cr�er.

C'est l'homme qu'il vous faut.

Oui, j'ai entendu parler de Sedara.

Mais si les personnes honn�tes comme vous se retirent...

Les gens sans scrupules, les Sedara, trouveront...

la voie libre.

Et tout sera comme auparavant, pour des si�cles encore

�coutez votre conscience... Prince...

et non vos orgueilleuses v�rit�s.

Je vous en prie, cherchez � collaborer.

Vous �tes un gentilhomme, Chevalley...

Et c'est pour moi un privil�ge que de vous avoir connu.

Vous avez raison sur tout.

Sauf quand vous dites :

"Les Siciliens voudront s'am�liorer"

Ils ne le voudront pas, parce qu'ils se croient parfaits

La vanit� chez eux est plus forte que la mis�re.

Mais asseyez-vous.

Un peu avant que Garibaldi n'entr�t � Palerme,

des officiers anglais des vaisseaux en rade...

me demand�rent de pouvoir monter � ma terrasse

pour admirer les montagnes autour de la ville

Ils furent enthousiastes du panorama,

mais ils m'avou�rent

leur stupeur pour la salet� des routes d'acc�s.

Je ne leur expliquai pas, comme � vous,

qu'une chose �tait la cons�quence de l'autre.

Ils me demand�rent,

"Mais ces Garibaldiens, que viennent-ils faire en Sicile ?"

Je r�pondis, "Nous enseigner la civilit�"

"Mais ils n'y r�ussiront pas, car nous sommes des dieux"

Ils se mirent � rire. Mais je doute qu'ils aient compris.

Il est tard.

C'est l'heure du d�ner.

Et nous devons nous changer.

Vous pourrez partir demain � l'aube, si vous le d�sirez.

Prince, vous ne le croyez pas, mais cet �tat de choses ne durera pas.

Notre administration moderne, efficiente

changera tout cela.

�a ne devrait pas pouvoir durer, mais �a durera toujours.

Le toujours humain, un ou deux si�cles.

Apr�s, tout sera peut-�tre diff�rent, mais pire.

Au revoir. Je vous remercie de tout, Prince.

Nous f�mes les gu�pards, les lions.

Les chacals et les hy�nes nous remplaceront.

Et tous, gu�pards, lions, chacals, moutons...

nous nous croirons toujours le sel de la terre.

Je n'ai pas bien compris. Qu'avez-vous dit ?

Rien.

Excusez-moi, je n'ai pas entendu.

- Bonsoir. - Bonsoir, Margherita.

Bonsoir, ma ch�re.

Quelle joie !

Vous �tes arriv�s t�t, mais soyez tranquilles,

on n'a pas encore vu vos invit�s.

Fabrizio, comment �a va ?

Tancredi est d�j� ici, et nous attendons Pallavicino...

le vainqueur d'Aspromonte.

Je te remercie, ma tante. Je t'ai demand� un sacrifice...

mais les inviter �tait indispensable.

Cette soir�e sera pour Angelica le vrai d�but en soci�t�.

Et l'habit de Don Calogero ?

Ce n'est pas celui de Donnafugata. Je l'ai laiss� chez le meilleur tailleur.

C'est Don Calogero qui manque de chic.

- Bonsoir, Baronne. - Bonsoir, Lieutenant.

Mes hommages, Baronne.

Bonsoir.

Comment �a va ?

Comment vas-tu ? Tr�s bien !

Je te trouve tr�s bien, ch�rie. Merci.

On peut aller danser ?

Bien s�r. Arrange-toi un peu.

Tu es tr�s belle, une vraie fleur !

Allez-y !

Gracieuses, hein ?

D�licieuses, vraiment d�licieuses.

Je n'aime pas venir � ces bals...

mais il le faut pour les enfants.

Mon colonel, tr�s honor� de vous voir.

L'honneur est pour moi.

Margherita, j'ai l'honneur de te pr�senter le colonel Pallavicino.

Je suis fi�re, heureuse...

de recevoir dans ma maison le vainqueur d'Aspromonte.

Princesse, c'est moi qui suis fier d'une telle occasion.

J'esp�re que vous et vos officiers passerez une soir�e agr�able.

Colonel, je vous en prie.

La princesse de Lampedusa.

La comtesse Sutera.

Tr�s honor�.

- Tr�s heureuse de vous conna�tre. - Merci.

La princesse Corbera di Salina.

Bonsoir.

Tr�s heureux, Princesse

Je vais voir si Angelica est arriv�e.

C'est juste, va.

Excuse-moi.

Colonel, dites-nous, c'est vrai ce qu'on raconte ?

Je pleurais, comtesse, je pleurais comme un enfant.

Quelle �motion !

Mais lui, comment �tait-il ?

Lui... il �tait beau et calme comme un archange.

Magnifique !

Vous �tes un vrai h�ros. N'est-ce pas un homme extraordinaire ?

Le colonel est en train de les rassurer

mais apr�s les coups de fusil de ses bersaglieri ce n'est plus n�cessaire.

Vraiment opportuns ces coups de fusil !

Tu es en retard.

Tu es tr�s belle. Allons, viens saluer la princesse.

Princesse...

Permettez-moi de vous pr�senter ma fianc�e Angelica Sedara.

Laisse-toi regarder... Oui, en v�rit�

...tu es plus belle qu'on ne dit.

Tr�s belle.

- Qu'est-ce que c'est ? - C'est la croix de Chevalier d'Italie.

Oui, mais ici elle ne suffit pas.

Je n'ai jamais dout� de ton bon go�t.

Mon beau-p�re, le Chevalier Don Calogero Sedara.

C'est tr�s beau ici, Princesse.

Calmez-vous, mes enfants.

Tu me pr�sentes � ta fianc�e ?

Je te pr�sente mon ami Gioacchino Lanza...

et celui-ci c'est Fulco.

Tancredi ne protestera pas

si vous m'inscrivez dans votre carnet pour la prochaine valse.

�a va, mes amis, ne soyez pas press�s, on a le temps.

Tu es un �go�ste.

D�sol�, mais ce n'est pas moi qui d�cide.

C'est la dame qui choisit ses cavaliers.

C'est une valse, elle est � moi.

Mon oncle, tu le salueras apr�s.

Que veux-tu faire ?

Vous �tes tr�s belle, comme toujours.

C'est la v�rit�.

Tu t'ennuies ?

Je me disais

que trop de mariages entre cousins ne favorisent pas la race.

On dirait des guenons pr�tes � grimper sur les lustres

et � s'y balancer, suspendues par la queue

et montrant leurs derri�res.

Eleonora Giardinelli...

un cygne blanc dans un �tang de grenouilles !

Compliments pour les fian�ailles de ton neveu. Une beaut�, la fianc�e

L'exemple sera bient�t imit�.

Tu disais ?

Je disais que... Il fait trop chaud ici.

Oui, il fait chaud.

Je n'aurais pas d� venir.

Je suis un peu fatigu�.

Mais j'y suis et il faut que j'y reste.

Ce serait impoli de s'en aller.

Tu as raison, Fabrizio

- Bonsoir. - Bonsoir, ma ch�re.

Tu sais que j'ai quatre danses de r�serv�es ?

Princesse, je serais tr�s heureux si vous m'accordiez...

Non, ne me refusez pas. Je vous en prie...

Colonel, il y a des ann�es que je ne danse pas.

Et avec tant de jolies femmes ici !

Et � mon �ge !

C'est beau, prince, vraiment beau.

On n'en fait plus des maisons comme �a

avec le prix actuel de l'or.

Oui, Don Calogero, c'est beau

vraiment beau...

Mais rien ne vaut nos deux jeunes gens.

Angelica voulait te saluer.

Pourquoi es-tu tout seul ici ?

Tu courtises la mort ?

Tu es vraiment splendide.

Il est �trange que Don Diego conserve ce tableau m�lancolique

Si Don Diego entre ici une fois l'an, c'est un miracle.

Tu as raison.

Je me demande si ma mort sera comme celle-ci.

Le linge ne sera pas si impeccable.

Les draps des agonisants sont toujours si sales.

Et il faut esp�rer que Concetta et les autres s'habilleront mieux.

Mais dans l'ensemble ce sera ainsi.

Mon oncle, que dis-tu ?

A quoi songes-tu ?

Je pense souvent � la mort.

Cette id�e ne m'�pouvante pas.

Vous les jeunes, vous ne pouvez pas comprendre.

Pour vous la mort n'existe pas...

elle est � l'usage d'autrui.

Il faut r�parer notre tombeau aux Capucins.

Tancredi, veux-tu me donner ton mouchoir ?

Prince, nous vous savions ici et nous sommes venus nous reposer

et aussi vous demander quelque chose.

J'esp�re que vous ne me le refuserez pas.

Je vous demande de danser avec moi la prochaine mazurka.

Ne soyez pas m�chant. On sait que vous �tes un merveilleux danseur.

Je n'ai jamais eu une proposition aussi s�duisante

Pour cette raison, je dois refuser.

Je vous en prie, Prince.

Merci, mon enfant, tu me rajeunis.

J'accepte. Mais pas la mazurka

je me sentirais trop jeune. Accorde-moi la premi�re valse.

Tu vois comme l'oncle est gentil ?

Il ne fait pas de caprice comme toi.

Lui ne voulait pas que je vous demande cela.

Il est jaloux.

Avec un oncle beau et s�duisant, �tre jaloux est normal.

Pour une fois, je ferai une exception.

Allons ?

Une valse !

Comme si je m'�tais mise d'accord avec l'orchestre.

C'est une valse...

D�j� repenti ?

Non, je te prie de m'excuser.

Ils sont tous si gentils avec moi.

et moi je suis si heureuse,

Tancredi est un amour, et vous aussi.

Heureusement qu'il ne peut vous entendre.

Je sais que je vous dois tout,

Tancredi compris,

Si vous n'aviez pas voulu, il n'aurait pas...

Il t'aurait �pous�e quand m�me.

Tu dois tout � toi seule.

Non, ce n'est pas vrai.

Si, c'est vrai.

Aucun Tancredi ne r�sisterait � ta beaut�.

On disait que vous �tiez un bon danseur...

Je regrette de t'avoir d��ue.

Vous �tes plus qu'un bon danseur, un danseur d�licieux,

vraiment d�licieux.

Oui, c'est mon p�re.

La prochaine.

Une mazurka, alors.

Tout le monde nous regarde.

La cavali�re de votre p�re est splendide !

Elle est tr�s belle.

Si les applaudissements n'ont pas �clat�

c'est parce qu'un lion de ton esp�ce les intimide.

Mais tu m�ritais une ovation.

Venez souper � notre table.

Non, Angelica, mes souvenirs de jeunesse sont encore tr�s vifs

et je sais combien un vieil oncle est fastidieux.

Les amoureux veulent �tre seuls.

Et puis j'ai peu d'app�tit

Va avec lui. Ne songez pas � moi.

Merci, mon oncle.

Tu es encore un grand danseur !

Tu as �t� extraordinaire !

Comment �a va, Fabrizio ? Tu vas bien ?

Que fais-tu, Fabrizio ? Tu ne prends rien ?

Tu es ind�cis.

Le choix est trop grand. Donna Margherita fait bien les choses

mais il faut d'autres estomacs que le mien.

Quels merveilleux cand�labres !

Le grand-p�re de Don Diego

les apporta de Madrid, au terme de son ambassade.

Qui sait combien d'hectares ils peuvent valoir.

La plus forte �motion de ma vie !

Quel formidable raseur !

Prince, nous faites-vous l'honneur de vous asseoir � notre table ?

Et maintenant la gauche veut nous crucifier

parce que j'ai ordonn� � mes hommes de faire feu sur le G�n�ral.

Mais dites-moi, Prince,

que pouvais-je faire avec les ordres �crits que je portais ?

Et puis je dois avouer que quand � Aspromonte

je me suis trouv� parmi des centaines de d�braill�s

avec des visages de fanatiques

d'autres avec des gueules de rebelles professionnels.

J'�tais heureux que mes ordres

fussent d'accord avec mon id�e.

Et puis, je vous le dis en confidence

ma br�ve fusillade a profit� � lui, � Garibaldi.

Je l'ai lib�r� de cette bande qui s'�tait cramponn�e � lui.

pour qui sait quelles fins, peut-�tre...

Inspir�e par les Tuileries

et le Palais Farn�se...

C'est vrai.

Des individus diff�rents de ceux d�barqu�s � Marsala.

Des gens qui croyaient vraiment refaire l'Italie.

par une s�rie de coups comme celui de 1848.

Lui... je veux dire le G�n�ral...

il sait cela.

Car au moment de mon fameux agenouillement.

...il m'a serr� la main.

Et savez-vous ce qu'il m'a dit ?

"Merci colonel".

"Merci de quoi ? lui dis-je. D'avoir fait de vous un boiteux ?"

Non, de lui avoir fait comprendre les fanfaronnades, les l�chet�s,

et pis encore, de ses partisans �quivoques !

Mais, excusez-moi, colonel...

avec toutes ces r�v�rences, ces coups de chapeau...

vous ne pensez pas avoir exag�r� ?

Sinc�rement, non.

Il fallait le voir, ce pauvre grand homme

�tendu sous un ch�taignier

souffrant dans son corps

et encore plus dans son esprit.

En d�barquant en Sicile, il a dit :

"Nous allons vers l'inconnu."

Il �tait difficile de r�sister � l'�motion.

Et puis, pourquoi r�sister ?

Moi, je ne baise la main qu'aux dames.

Alors, aussi, j'ai bais� la main � la sauvagerie du royaume

comme � une dame

� laquelle nous rendons hommage, nous les soldats.

Excusez-moi. Don Diego, pardon.

Trois bals en une semaine, c'est trop.

Je n'en vois pas la fin !

Quel amusement y trouvent-ils ?

Une �pingle � cheveux ?

Quel ennui !

Avec toutes ces invitations, il nous faut rester en ville

et moi je ne vois pas l'heure de retourner � la villa

� notre vie tranquille.

Quoi ? Moi, je voudrais que ce bal ne finisse jamais

C'est si beau ! Qui sait comment sera celui des Trabia ?

J'ai command� une robe vert clair.

Et toi ?

Je suis heureuse.

Tancredi est si gentil.

Vous �tes tous si gentils avec moi.

Je voudrais te voir plus gaie.

Que veux-tu ? Tous ces gens ne m'amusent pas.

Et la danse non plus.

D'ailleurs, je ne danse pas bien.

�a d�pend du danseur...

Cherche-toi un cavalier.

Cela ne m'int�resse pas.

Combien de jeunes gens seraient heureux de te faire la cour ?

Tu les d�courages.

Comme ce pauvre Cavriaghi.

Tu t'en souviens ?

Comment l'as-tu trait� ?

Finalement ! Je te croyais perdue.

On s'est mis un peu en ordre.

Toi plut�t... tu as disparu.

Je suis all� �couter le colonel Pallavicino.

Ce n'est pas un g�nie, mais il dit des choses sens�es.

Le nouveau Royaume a besoin d'ordre, de l�galit�, de lois.

Il doit �touffer...

L'anarchie. Plus d'aventures, plus de d�sordres

m�me s'il faut employer des moyens douloureux

comme pour ces quatre exalt�s qui ont quitt� l'arm�e pour Garibaldi.

Tu crois qu'on les fusillera ?

Ce matin m�me, � l'aube.

Et c'est juste, ce sont des d�serteurs.

Autrefois, tu ne parlais pas ainsi.

Tu te trompes.

J'ai toujours parl� ainsi.

Ce sont des choses que tu ne peux pas comprendre.

Attends...

Laisse-moi !

Je comprends tr�s bien au contraire.

J'ai dit qu'autrefois tu ne parlais pas ainsi. �a me suffit.

Laisse-moi !

Elle est charmante...

Surtout quand elle se f�che.

Bravo !

Pauvre Concetta ! La v�rit�, c'est qu'elle est encore �prise de toi

Et toi ? Tu es encore amoureuse de moi ?

Vous avez vu le prince Salina ?

Tu as vu le prince Salina ?

Rajustez vos habits.

Un caf� ! S'il vous pla�t, un caf� chaud.

Du sucre ?

Bonne nuit.

Margherita, quelle f�te magnifique !

Au revoir, Margherita.

- Bonne nuit, ma ch�re. - Bonne nuit.

Reposez-vous bien.

Princesse...

Merci pour cette inoubliable soir�e.

Vous partez d�j� ?

Nous rentrons � la caserne...

suivant la tradition des militaires.

Le devoir nous l'impose.

D'ailleurs, les t�ches de cette nuit

ne sont pas achev�es.

Mettez de l'ordre et �teignez les bougies.

Merci infiniment. Merci pour la belle, la splendide soir�e.

Je regrette que vous me quittiez si t�t.

Toi aussi, tu veux d�j� t'en aller ?

Je t'ai trouv� ! Tante te cherche partout.

On t'attend pour partir.

Veux-tu me rendre un service ?

J'ai d�j� salu� tout le monde.

Appelle la voiture pour ta tante. Moi, je rentre � pied.

A cette heure-ci ?

J'ai besoin d'air.

Mon oncle...

Tu ne vas pas bien ?

J'ai un peu mal � la t�te.

Tout a bien march� ce soir, tu ne trouves pas ?

Merveilleusement, et merci. J'aurai bient�t une bonne nouvelle.

Il para�t qu'aux prochaines �lections

tu seras candidat.

Tu le savais ?

Excusez-moi, un instant.

- Adieu, Tancredi. - Tu es toujours la plus belle.

Au revoir... Content de t'avoir revue.

Salue Nico de ma part, n'oublie pas !

Etoile, �toile fid�le...

quand me donneras-tu un rendez-vous moins �ph�m�re

loin de tout

dans ta r�gion d'�ternelle certitude ?

Une belle arm�e !

Elle fait les choses s�rieusement.

C'est ce qu'il fallait...

pour la Sicile.

Maintenant, nous pouvons �tre tranquilles.

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