Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
LE GU�PARD
Sainte Marie, M�re de Dieu,
priez pour nous pauvres p�cheurs,
maintenant et � l'heure de notre mort.
Deuxi�me myst�re douloureux,
la flagellation de J�sus Christ au pilori.
Notre P�re qui �tes aux cieux, que votre nom soit sanctifi�,
que votre r�gne vienne, que votre volont� soit faite.
Que signifie ce vacarme ?
Qu'y a-t-il ? Parle.
Excellence,
toutes mes excuses.
On a trouv� un soldat mort dans le jardin.
Quoi ?
Il y a de graves d�sordres en ville et un peu partout.
On a re�u cette lettre de la part du duc de Malvica.
C'est tr�s urgent.
"Cher Fabrizio, lis donc ces terribles nouvelles.
"Les Pi�montais ont d�barqu�.
"Nous sommes perdus.
"Ce soir, nous irons nous r�fugier sur les navires anglais.
"Nul doute que tu feras de m�me.
"Que Dieu sauve notre Roi. Je t'embrasse."
Quel poltron !
"Un acte de piraterie a �t� commis le 11 mai,
"avec le d�barquement d'hommes arm�s � Marsala.
"Il a �t� �tabli qu'il s'agit d'une bande de 800 hommes
"command�e par Garibaldi.
"Ces brigands ont pris soin d'�viter les troupes royales
"en se dirigeant sur Castelvetrano,
"mena�ant les citoyens, semant pillages et d�vastation."
Garibaldi !
Paolo, tu iras loger au palais de Palerme.
Une maison vide est une maison perdue.
Je t'en prie, Fabrizio, c'est si dangereux !
C'est la guerre !
Francesco Paolo, appelle Mimi.
Tout de suite.
C'est la r�volution.
J'�touffe !
Domenico !
Mimi arrive, papa.
Excellence, dans le jardin...
Je sais, je sais !
Dis � don Antonio d'atteler le coup�.
Vite !
Je vais � Palerme apr�s d�ner.
P�re Pirrone !
- Vous m'accompagnez. - Moi ?
Que le Seigneur nous prot�ge.
Mais Fabrizio...
les routes sont pleines de soldats, de brigands...
Calme-toi.
Vous passerez 2 heures avec vos amis � l'�glise.
Retour � 23 heures.
Bien, Excellence.
� table dans une demi-heure.
Tout le monde.
Qu'allons-nous faire ?
Ces charognes continuent de puer, m�me apr�s leur mort.
Salvatore, tu as averti la caserne ?
Excellence, on leur a dit de venir le r�cup�rer.
Triste �poque, Excellence.
Triste �poque !
Regardez tous ces feux, sur la montagne.
Ce sont les camps des rebelles.
Je les vois, je les vois.
Votre Excellence est inqui�te pour don Tancredi ?
Don Tancredi devrait se garder de certaines amiti�s,
de certaines fr�quentations dangereuses.
La faute n'est pas � Tancredi, mais � l'�poque.
Un jeune homme bien n�
ne peut m�me plus jouer aux cartes sans se compromettre.
Je comprends, Excellence...
Alors taisez-vous !
Toutefois, un peu de prudence...
Enfin !
Halte ! Arr�tez !
Sergent !
Barrage d'Airoldi.
Bonsoir, Excellence.
Toutes mes excuses.
Avancez !
Laissez passer Son Excellence le prince de Salina !
Bonsoir, Excellence.
Quel beau pays ce serait, Excellence, si...
S'il n'y avait pas tant de j�suites.
Rendez-vous dans 2 h.
Mon P�re...
Priez bien !
O� on pourrait aller ?
� la taverne du port.
Je connais.
Bonsoir, beau seigneur.
Melina, il est pas pour toi.
Fiche-moi la paix.
Mon prince ch�ri !
Bonjour, mon oncle.
Tancredi.
Qu'as-tu fabriqu� cette nuit ?
Cette nuit ?
Rien du tout, mon oncle.
J'�tais avec des amis. Une nuit sainte.
Pas comme d'aucuns, qui sont all�s s'amuser
� Palerme.
De qui parles-tu ?
De toi, mon oncle.
Je t'ai vu, de mes yeux, au barrage d'Airoldi parler avec le sergent.
C'est du joli, � ton �ge !
Avec un R�v�rend P�re, en plus !
Des fossiles libertins !
Apr�s tout, c'est vrai.
Pourquoi ce costume ? Qu'y a-t-il ?
Un bal masqu� matinal ?
Je pars bient�t. Dans une heure.
Je viens te dire au revoir.
Pourquoi ?
O� vas-tu ?
Pas � un duel ?
Si, un grand duel, mon oncle. Un duel avec le Roi.
Avec Fran�ois II.
Je pars dans la montagne.
De grandes choses se pr�parent, je ne veux pas rester.
Ils m'attraperaient !
Tu es fou de te m�ler � ces gens-l�. Des mafieux !
Des crapules !
Un Falconeri doit rester avec nous, pour le Roi.
Pour le Roi, certes.
Mais lequel ?
Tu l'as dit si souvent toi-m�me.
Ferdinand, s'il vivait encore.
Mais Fran�ois II ? Non !
Tu crois que le Pi�montais vaudra mieux ?
Il parlera turinois au lieu de napolitain, voil� tout !
Pr�f�rerais-tu la r�publique de Mazzini ?
Crois-moi,
si nous ne participons pas, ce sera la r�publique, et vite !
Si nous voulons que tout reste tel que c'est,
il faut que tout change.
Comprends-tu ?
� bient�t, mon oncle. Je reviendrai avec le tricolore.
Le tricolore !
Vous ne parlez que de �a ! Qu'est-il, compar� �...
notre drapeau blanc � la fleur de lys ?
Qu'attendez-vous de ces rayures ?
Tu verras, j'ai raison.
Na�fs !
Adieu, mon oncle.
� bient�t !
Attends.
Mon oncle ?
Que fais-tu ?
Tu subventionnes la r�volution ?
Merci, mon oncle.
� bient�t.
Et embrasse ma tante pour moi.
Concetta, non...
Je reviendrai vite, tu sais.
Bonjour, Excellence.
Bonjour, mon P�re.
Votre Excellence vient se confesser ?
Me confesser ?
On n'est pas samedi.
Suivez mon conseil, confessez-vous.
Voyez-vous, c'est inutile.
Vous savez d�j� tout.
La confession ne vaut pas par le r�cit, mais par le repentir...
Je sais, je sais !
Que me voulez-vous ? Je suis un homme vigoureux.
Comment me contenter d'une �pouse qui se signe avant chaque �treinte !
Et apr�s, ne dit que "J�sus Marie".
J'ai eu d'elle 7 enfants.
Et me croirez-vous ? Je n'ai jamais vu son nombril.
Est-ce juste ?
Franchement ? C'est elle, la p�cheresse !
Excellence...
j'ai �t� trop brusque.
Gardez-moi votre bienveillance.
Mais suivez mon conseil, confessez-vous.
Je n'en ai pas la moindre intention.
Du moins aujourd'hui.
J'ai fait d'importantes d�couvertes politiques.
Savez-vous ce qui se passe dans le pays ?
Il ne se passe rien.
Seulement une inversion de classes.
La classe moyenne ne veut pas nous d�truire, mais...
prendre notre place, avec les meilleures mani�res.
Voire en nous mettant quelques milliers de ducats en poche.
Ainsi tout peut rester tel quel.
Mon P�re, notre pays est celui des arrangements.
Donc vous, les seigneurs, vous entendez avec les lib�raux.
M�me avec les francs-ma�ons.
� nos d�pens, aux d�pens de l'�glise.
Nos biens, qui sont le patrimoine des pauvres,
seront saisis et partag�s entre les meneurs les plus impudents.
Et apr�s ?
Qui nourrira les malheureux que l'�glise aide aujourd'hui ?
Comment apaiser ces foules d�sesp�r�es ? Je vous le dis...
on leur jettera en p�ture une partie, puis une autre,
puis la totalit� de vos terres !
J�sus gu�rissait les aveugles de corps.
Mais les aveugles d'esprit,
o� finiront-ils ?
Nous ne sommes pas des aveugles d'esprit, mon P�re,
mais des �tres humains dans un monde en transformation.
Que devrions-nous faire ?
L'immortalit� a �t� promise � l'�glise.
Mais � notre classe, non.
Pour nous, un palliatif qui promet de durer cent ans vaut l'�ternit�.
Au-del� de ce que nos mains caressent, nous n'avons pas d'obligations.
L'�glise, si.
Parce qu'elle est destin�e � ne pas mourir.
Dans son d�sespoir, le r�confort est implicite.
Croyez-vous que si un jour l'�glise...
pouvait se sauver en nous sacrifiant,
elle h�siterait ?
Elle n'h�siterait pas.
Et elle aurait raison.
Vous aurez deux p�ch�s � me confesser, samedi.
Un p�ch� de la chair hier,
un de l'esprit aujourd'hui.
Souvenez-vous-en.
Regardez, mon P�re, comme c'est beau.
Il en faudra, des Victor-Emmanuel, pour changer cette potion
qui nous est servie chaque jour.
Laissez-le ! Assassins !
Mon enfant !
Montez ! D�p�chez-vous !
En avant !
En joue !
Feu !
Le voil� !
Pendons-le, ce l�che !
En avant !
La voie est libre ! Venez !
Longez le mur. Suivez-moi !
Vive les garibaldiens !
Aide-moi.
C'�tait un sbire, un assassin.
Nous l'avons ex�cut�, le l�che !
En avant, suivez-moi !
La cavalerie !
Ne tirez pas !
Ne tirez pas encore, attendez !
Feu !
Premier peloton,
en avant !
Deuxi�me peloton !
� terre !
En joue...
feu !
Brave femme !
Oui, toi ! Viens !
Que veux-tu ?
Que se passe-t-il ? O� sont-ils ?
Ils avancent, ils sont au port.
Allons-y, les gars !
Qu'en dites-vous ?
Ces temps glorieux nous donneront-ils de meilleures routes ?
Le gouvernement...
D�gagez !
On ne passe pas !
Halte !
D�gagez !
Halte !
- Pourquoi ? - On ne passe pas.
- Nous avons un laissez-passer. - La route est barr�e.
Arr�tez !
Arr�tez les voitures !
Je regrette, c'est interdit.
Arr�tez-les, ils ne passeront pas.
Le laissez-passer, s'il vous pla�t.
Ne serait-il pas valable ?
Je n'ai pas dit �a.
Mais tous les laissez-passer civils sont consid�r�s comme suspendus.
Vous croyez qu'on s'amuse, ici ?
Demi-tour, je vous dis !
Et moi, je vous dis de d�gager le passage !
Halte ! O� crois-tu aller ?
Personne ne passera ici !
Je suis le capitaine Falconeri.
J'ai combattu � Palerme avec vous.
Mais j'ai des ordres.
�a aussi, c'est un ordre ! Ouvrez le passage !
Dans ce cas... ouvrez !
Mais toi qui vis parmi les nobles,
qu'en pensent-ils, les seigneurs, de ce grand feu ?
Qu'en dit le prince de Salina,
col�reux et orgueilleux comme il est ?
Voyez-vous, les seigneurs, comme vous dites,
ne sont pas faciles � comprendre.
Ils vivent dans un univers particulier,
qui n'a pas �t� cr�� par Dieu...
mais par eux-m�mes
durant des si�cles d'exp�riences tr�s personnelles.
De soucis et de joies... bien � eux.
Ils se tracassent et se r�jouissent de choses qui pour nous...
sont sans importance, mais qui pour eux sont vitales.
Je ne dis pas que les nobles sont mauvais.
Ils sont...
diff�rents.
Ils n�gligent des choses qui pour nous sont tr�s importantes...
et ils ont des craintes que nous ignorons.
Le prince de Salina, par exemple,
pour lui, ce serait un drame
de renoncer � sa vill�giature � Donnafugata, o� nous allons.
Mais si on lui demande ce qu'il pense de la r�volution,
il dit qu'il n'y en a pas eu
et que tout continuera comme avant.
�a m'�tonne pas !
�a ne vous �tonne pas...
Lisons notre br�viaire, c'est mieux.
Donc...
Psaume 44.
D�p�chez-vous !
�talez-la bien.
Toi, prends les bouteilles et toi, les verres.
Faisons vite.
Vite, nos ma�tres arrivent.
Esp�rons que �a conviendra � Votre Excellence.
Quel plaisir de vous revoir, Excellence.
Reposons-nous un peu.
Ici vous pouvez manger tranquillement.
Dans une heure, nous repartons pour Donnafugata.
Ici aussi, les soldats sont pass�s ?
Des d�g�ts ?
Ils ont pris des brebis...
C'est autre chose, ma ch�re.
Que c'est bon ! Tu ne veux pas te rafra�chir ?
Tiens.
Mouille-toi le front.
C'est frais.
Quel plaisir !
�a va mieux ?
Rejoignons-les vite ou on n'aura plus rien � manger.
Tu me le rends ?
Allez, viens.
Tu as faim ?
On disait tous :
"Cette ann�e, le prince ne quittera pas Palerme.
"Comment se d�placer par des temps pareils ?
"Qui sait ce qui est arriv� au prince et � sa famille ?
"Que le Seigneur les prot�ge."
Mais voil�... ils sont tous sains et saufs.
Dieu soit lou�.
Que vouliez-vous qu'il nous arrive ?
Tout a �t� tr�s simple.
En effet, peu apr�s l'entr�e de Garibaldi � Palerme,
Tancredi amena � la maison Un sympathique g�n�ral
qui voulait admirer les fresques de la villa
et qui s'av�ra tr�s utile pour obtenir le laissez-passer pour Donnafugata.
Ma famille et moi sommes heureux de vous recevoir, mon g�n�ral.
Merci, Excellence.
Le g�n�ral t'a appel� Excellence. Sa premi�re d�sob�issance � Garibaldi.
Mon g�n�ral, vous vouliez voir les fresques de la villa ?
Tr�s volontiers, Excellence.
Profitons-en tant qu'il fait jour.
Au centre...
Jupiter fulgurant et Junon.
Mars, V�nus et Mercure.
L�-bas, Th�tis, pr�c�d�e de tritons et de dryades.
Apollon, entour� de nuages.
Tous exaltant la gloire des Salina.
Tu veux une drag�e � la menthe ?
Merci, justement celles que j'aime.
Je les ai apport�es pour toi.
Qu'il est p�le...
Sa blessure n'est pas grave ?
Comment ?
Une promotion au champ d'honneur vaut bien une blessure.
Les voitures !
Les voitures arrivent !
Heureux de souhaiter la bienvenue � Leurs Excellences.
Don Onofrio, comment allons-nous ?
Bien, Excellence. Je vous rends le palais
comme vous l'avez laiss�.
Parfait, don Onofrio.
Enfin !
Je suis fier de serrer la main au glorieux bless� de Palerme.
Bless� ? On m'a fait capitaine pour un moucheron dans l'�il !
Vous avez bien servi la cause, don Calogero.
Crispi m'a parl� de vous.
Don Ciccio !
Bienvenue, Excellence.
Ch�re Teresina, quel plaisir de te retrouver.
Vous aussi, bien s�r. Quoi de neuf, don Ciccio ?
De neuf?
Je ne saurais pas, Excellence...
Vous permettez ?
Allez-y.
N'oublie pas de les inviter � d�ner ce soir.
Les �pouses aussi.
Pourquoi ?
C'est mieux.
Dis � don Calogero d'amener sa femme.
Le notaire, la sienne.
Don Ciccio, Dieu merci, n'en a pas.
Tous les autres, apr�s le d�ner.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est Mimi, Excellence.
- Le P�re Pirrone. - Quoi ?
Il demande � voir Votre Excellence.
Tout de suite.
Bon, fais-le entrer.
Excellence...
Pardon, je ne savais pas.
Ne faites pas l'idiot.
Vous connaissez la nudit� des �mes. Celle des corps est plus innocente.
Donnez-moi le peignoir, plut�t.
- Le peignoir ! - Tout de suite.
Courage, mon P�re.
Plus fort, mon P�re.
Et vous aussi, prenez un bain de temps en temps.
Asseyez-vous.
Dites-moi, qu'y avait-il de si urgent ?
Voil�, Excellence...
On m'a charg� d'une mission fort d�licate.
Une personne qui vous est ch�re m'a ouvert son �me
et m'a charg� de vous dire,
certainement � cause de l'estime dont vous m'honorez...
Soyez plus bref !
Bien s�r, Excellence.
Voyons, de qui s'agit-il ? De la princesse ?
La princesse est en train de se reposer.
Il s'agit de mademoiselle Concetta.
Elle est amoureuse.
Mademoiselle Concetta ?
Mais comment...
Sottises !
Pardon de vous troubler.
Je ne pensais pas...
� quarante-cinq ans, on peut se croire encore jeune.
Mais quand on s'aper�oit qu'on a des enfants en �ge d'aimer,
alors la vieillesse arrive tout d'un coup.
Vous ne m'avez m�me pas demand� qui est... l'autre.
Le jeune homme dont...
C'est inutile.
La sotte...
Pourquoi ne pas m'en parler � moi ?
D'apr�s vous, que devrais-je r�pondre ?
Le d�sir de fonder une famille chr�tienne
est tr�s appr�ci� par l'�glise.
Notre Seigneur, aux noces de Cana...
Venons-en au fait.
Je parle de ce mariage-ci,
pas de celui de Cana.
Ni du mariage en g�n�ral.
Don Tancredi a fait des propositions ? Savez-vous quand ?
Des propositions proprement dites, non.
Mais mademoiselle Concetta n'a aucun doute.
Ses attentions, ses regards,
ses allusions � demi-mots.
La princesse est s�re d'�tre aim�e
et que ces propositions sont imminentes.
Ne vous inqui�tez pas.
Le danger n'est pas proche.
Des r�veries d'ing�nue romantique.
Le danger ? Pourquoi ?
Imaginez-vous Concetta ambassadrice ?
� Vienne ou � Saint-P�tersbourg ?
Je l'aime bien. Elle me pla�t.
Une jeune fille calme, ob�issante.
Mais Tancredi a un grand avenir devant lui.
Comment Concetta, si passivement vertueuse,
si timide, si r�serv�e,
pourrait-elle l'aider
� gravir les marches glissantes de la nouvelle soci�t� ?
Et Tancredi a besoin d'argent.
Concetta aura sa dot, bien s�r,
mais la fortune des Salina sera divis�e en sept parts.
Sept !
Il a besoin de bien autre chose.
Une des filles Sutera !
Oui, je sais...
Si laides, les pauvrettes, mais si riches !
- Oui, mais... - Quoi ?
L'amour ?
Bien s�r, l'amour...
Un an de flammes,
trente ans de cendres.
Moi aussi, je connais.
Qu'y a-t-il ?
Excellence, quel habit voulez-vous pour le d�ner ?
Mon P�re, dites � Concetta que je ne suis pas f�ch�,
qu'on en reparlera lorsqu'il ne s'agira plus de r�veries romantiques.
Un complet d'apr�s-midi, naturellement.
Bien, Excellence.
Papa, don Calogero est dans l'escalier.
Il est en frac !
Cette nouvelle te frappe plus que le d�barquement � Marsala.
Don Calogero en cravate blanche,
c'est le signe de la r�volution en marche.
Il est en frac, certes, mais quel frac !
Et les souliers !
Ma femme se sent mal, un refroidissement.
J'en suis navr�.
Vos Excellences m'excuseront
si ma fille Angelica vient � sa place.
Mais certainement, venez.
Depuis un mois,
elle ne parle que du plaisir qu'elle aurait � vous conna�tre
maintenant qu'elle est grande.
Je me la rappelle petite fille, tr�s gracieuse.
Nous serons ravis de la revoir.
Ma fille n'�tait pas tout � fait pr�te,
mais elle arrive.
Notre maison est � deux pas.
Oui, nous l'attendrons.
Ma femme est malade...
L'�glise est en pi�tre �tat.
Charmante.
Permettez, Princesse.
Il y a longtemps que je ne t'ai vue ! Tu as chang�.
Pas en mal.
C'est un privil�ge pour nous
d'accueillir une si belle fleur dans notre maison.
J'esp�re...
que nous vous y reverrons souvent.
Merci, Prince.
Votre bont� pour moi
�gale celle que vous avez toujours accord�e � mon cher papa.
Comment allez-vous ?
Je t'en prie.
Petites, nous nous tutoyions.
Bonsoir, mon P�re.
Monsieur le comte, permettez-moi de vous pr�senter ma fille Angelica.
D�ner servi.
� plusieurs �tages, comme le veut la tradition.
Quel ar�me !
Le voyage a �t� fatigant ?
Pas trop.
On ne vous a pas servi, je regrette, �a vient.
Belle fille, hein ?
Oui, Concetta, oui.
La maison que je me fais construire, Princesse,
est modeste, mais...
tr�s confortable.
Avec notre app�tit, heureusement que ce n'est pas du potage !
Quand m�me, des journ�es inoubliables !
Un seul mot d'ordre : des armes et des soldats.
Le G�n�ral avait compris que lorsque les Siciliens s'y mettent,
c'est du s�rieux.
Vous, pourquoi �tes-vous devenu garibaldien ?
"Si vous ne d�daignez pas Garibaldi en fr�re d'armes,
"il n'aura d'autre souhait que de combattre � vos c�t�s.'
Ce sont ses propres paroles.
Je n'imaginais pas que ce serait si fatigant.
Je n'ai jamais tant march� !
La marche de nuit sur Gibilrossa !
Bixio, vous l'avez connu ?
Un ent�t� !
Des ent�t�s et des excessifs, tous !
La sc�ne entre Bixio et La Masa,
� laquelle j'ai assist�, par hasard,
ainsi qu'� l'assaut de Porta Termini,
mais bri�vement...
Je me suis bien amus�, croyez-moi.
Je n'ai jamais tant ri que le 28 mai.
Le G�n�ral voulait un poste de guet au monast�re de l'Origlione.
On frappe, on frappe, on jure...
personne n'ouvrait.
C'�tait un couvent de religieuses clo�tr�es !
� propos, R�v�rend,
demain nous irons au monast�re du Saint-Esprit
prier sur la tombe de la Bienheureuse Corbera.
Bien !
Ces braves bonnes s�urs
ont �t� pr�venues de l'arriv�e de Leurs Excellences.
Elles sont d�j� en pleins pr�paratifs pour votre visite.
Nous n'y manquons jamais, le lendemain de notre arriv�e.
Alors ?
Que s'est-il pass� ?
Je vais vous le dire.
Tassoni, Aldrighetti, moi et quelques autres,
nous essayons d'enfoncer la porte, rien � faire.
Nous prenons une poutre dans une maison bombard�e,
et enfin, avec un boucan d'enfer,
la porte s'�croule.
Nous entrons, un d�sert.
Puis, des cris d�sesp�r�s
venant du fond du couloir.
Les s�urs s'�taient r�fugi�es dans la chapelle, tout contre l'autel.
Qui sait ce qu'elles craignaient de ces jeunes gens
surexcit�s.
Elles �taient dr�les � voir.
Vieilles, laides,
dans leurs habits noirs,
les yeux �carquill�s, toutes pr�tes...
au martyre.
Elles jappaient comme des chiens.
Tassoni leur crie :
"Pas le temps, mes s�urs, on reviendra quand vous nous procurerez...
"des novices.'
Et nous de rire � nous rouler par terre.
On les a laiss�es sur leur faim pour aller tirer sur les royalistes.
Dix minutes apr�s, j'�tais bless�.
Quels joyeux drilles !
J'aurais aim� �tre avec vous.
Si vous aviez �t� l�,
nous n'aurions pas eu � attendre les novices.
Ces horreurs, on les dit � son confesseur.
Pas aux demoiselles, � table.
Du moins, pas en ma pr�sence.
C'est lui qui a raison.
Et je l'aiderai.
Mais je reconnais que c'est un peu ignoble.
Oh, la belle Gigogin
A quinze ans, je flirtais d�j�
Avance donc d'Un pas
D�lice de mon c�ur
A seize ans, je me suis mari�e
Avance donc d'Un pas
D�lice de mon c�ur
� dix-sept ans, je suis partie
Avance donc d'Un pas
D�lice de mon c�ur
Vive l'Italie !
Vive l'Italie unifi�e !
Vive le Pl�biscite !
Ne soyez pas si triste, mon P�re.
Nous ne suivons pas un enterrement.
C'est le vent. Salet� de vent...
Remerciez-en plut�t le Seigneur.
Sans ce vent, l'air serait putride.
Il faut voter dans l'ordre.
Premier arriv�, premier � voter.
Ici, il n'est pas question...
Le Cavour de Donnafugata !
Excellence, c'est un grand honneur pour moi, car...
Don Onofrio.
Rotolo Onofrio.
A vot�.
Non !
Le P�re Pirrone n'est pas r�sident.
Le vote est suspendu quelques minutes.
Vos Seigneuries me feront-elles l'honneur
d'accepter un petit verre ?
Les rafra�chissements !
Je vous en prie, Excellence.
Je prendrai le blanc. Il est plus l�ger.
Hommage tardif au drapeau des Bourbons.
Je ne peux pas boire, je ne me sens pas bien.
J'ai un d�rangement intestinal.
Un jour comme celui-ci, vos troubles intestinaux sont secondaires !
Merci, je ne bois jamais.
Pour ma part, j'accepte avec plaisir.
J'aimerais dire quelques mots...
mais les grandes joies, Prince, sont muettes.
C'est avec une profonde �motion
que je m'appr�te...
J'ai le tr�s grand honneur
de vous communiquer les r�sultats du Pl�biscite
dans notre commune de Donnafugata.
Le 22 octobre 1860,
� Donnafugata
� 18 heures
la commission �lectorale communale s'est r�unie
pour examiner les votes exprim�s lors du pl�biscite
par la population de cette commune.
Le peuple sicilien
veut l'Italie une et indivisible
avec Victor-Emmanuel
roi constitutionnel, et ses descendants l�gitimes.
Il insiste, en plus !
L'abruti !
Une fois tous les votes recueillis et le...
Une fois tous les votes recueillis...
Une fois tous les votes recueillis
et le scrutin d�ment d�pouill�,
on a obtenu
les r�sultats suivants :
�lecteurs inscrits : 515.
Votants : 512.
Oui : 512.
Non :
z�ro.
Et vous, don Ciccio...
comment avez-vous vot� ?
Que craignez-vous ?
Ici, il n'y a que nous,
le vent et les chiens.
Pardon, Excellence, mais la question est inutile.
Vous savez qu'� Donnafugata tout le monde a vot� oui.
On dit m�me que c'�tait votre conseil aux ind�cis.
En effet.
Vous avez vot� oui ?
Non, Excellence.
Moi, j'avais vot� non !
Non, cent fois non !
Oui, Excellence, je sais ce que vous m'aviez dit.
La n�cessit�, l'unit�, l'opportunit�...
et peut-�tre aviez-vous raison.
La politique, je n'y connais rien, je laisse �a aux autres.
Mais Ciccio Tumeo est un honn�te homme.
Un artiste manqu�, pauvre, mis�rable...
avec un pantalon trou�...
mais les bienfaits re�us, je ne les ai pas oubli�s !
Et vous le savez, Excellence,
c'est la reine Isabelle, l'Espagnole,
duchesse de Calabre � l'�poque, qui m'a fait �tudier.
Et m'a permis de devenir ce que je suis.
Organiste de l'�glise.
Honor� de la bienveillance de Votre Excellence.
En cas de mis�re,
quand ma m�re envoyait une supplique � la Cour,
les 5 onces d'or de secours arrivaient,
s�res comme la mort.
Si ces saints Rois et ces belles Reines
nous regardent de l�-haut, que diraient-ils ?
Que le fils de Leonardo Tumeo les a trahis ?
Non !
Heureusement, au paradis, on conna�t la v�rit� !
Calmez-vous.
J'admire votre loyaut�.
Mais vous devez comprendre
que le peuple �tait surexcit� par ce Garibaldi.
Le pl�biscite �tait le seul rem�de contre l'anarchie.
Pour nous, c'est un moindre mal.
Les Savoie, au fond...
sont une monarchie.
Les int�r�ts de ceux � qui vous �tes d�vou�
sortent de ces �v�nements... spoli�s, certes,
mais encore vivants, encore vigoureux.
Quelque chose devait changer...
pour que tout reste comme avant.
L'�re de la r�volution est finie.
Esp�rons que l'Italie n�e aujourd'hui pourra prosp�rer.
Mais moi, j'avais dit non.
Ces cochons de la mairie bouffent mon opinion,
la m�chent et la chient comme �a leur pla�t.
J'ai dit noir et ils m'ont fait dire blanc.
J'�tais un fid�le sujet,
me voil� un sale Bourbon.
Tous Savoyards, maintenant !
Les Savoyards, je les mange avec le caf�, moi !
Dites-moi...
vous qui voyez tant de monde ici,
que pense-t-on de don Calogero � Donnafugata ?
Franchement, je croyais avoir clairement exprim� mon opinion.
�a m'int�resse de savoir la v�rit� sur lui et sa famille.
La v�rit�, Excellence,
c'est que don Calogero est tr�s riche.
Tr�s influent, aussi.
Avare.
Diablement intelligent, par ailleurs.
Il fallait le voir, en avril et mai,
il volait de tous c�t�s, comme une chauve-souris !
En voiture, � dos de mulet, � pied...
par tous les temps.
O� il passait, des cercles secrets se formaient,
ouvrant la voie aux futurs arrivants.
Un fl�au de Dieu !
Et ce n'est que le d�but de la carri�re de don Calogero.
Dans quelques mois, il sera d�put�
au Parlement de Turin.
Dans quelques ann�es,
quand on vendra les biens de l'�glise,
pour quatre sous,
il s'empochera le fief de Marca,
le fief de Fondacello, le fief...
Il deviendra le plus grand propri�taire de la province.
Voil� ce qu'est don Calogero.
L'homme nouveau, tel qu'il doit �tre.
Si c'est pas malheureux !
Et le reste de la famille ?
Les autres, comment sont-ils ?
Sa femme, personne ne l'a vue depuis des ann�es.
� part moi.
Elle ne sort que pour la messe,
celle de cinq heures, o� il n'y a personne.
Une fois, je me suis lev� expr�s pour la voir.
Parole d'honneur,
elle est belle... comme un soleil.
Don Calogero n'a pas tort, laid comme il est,
de la garder loin des autres.
Mais...
m�me dans les maisons les mieux gard�es,
il finit par y avoir des fuites, les domestiques parlent...
Il para�t que donna Bastiana est une sorte...
d'animal.
Elle ne sait pas lire ni �crire, ni lire l'heure, � peine parler.
Elle est m�me incapable d'aimer sa fille !
Bonne...
pour le lit et c'est tout.
D'ailleurs, c'est pas �tonnant.
Vous savez qui �tait son p�re ?
Un de vos m�tayers de Runci.
Peppe Giunta, il s'appelait.
Il �tait si d�go�tant et si sauvage
qu'on l'appelait Peppe Merda.
Pardonnez l'expression, Excellence.
Deux ans apr�s que don Calogero a enlev� Bastiana,
il a �t� retrouv� mort sur le sentier de Rampinzeri,
avec douze chevrotines dans le dos.
Un scandale !
Et moi qui esp�rais qu'il �pouse Concetta !
C'est un tra�tre.
Comme tous les lib�raux de son esp�ce.
Il a trahi le Roi, maintenant nous !
Lui... avec son visage faux,
ses paroles pleines de miel
et ses actes impr�gn�s de venin !
Voil� ce qui arrive
avec les gens qui ne sont pas de notre sang.
Allez...
bois.
Bois �a.
Je l'ai toujours dit,
mais personne ne m'�coute !
Je ne le supporte pas, ce freluquet.
Toi seul as perdu la t�te pour lui.
Et il a le toupet de te charger,
toi, le prince de Salina,
p�re de la petite qu'il a tromp�e,
de faire sa demande � ce rustre,
p�re de cette d�vergond�e !
Fabrizio, tu ne dois pas le faire !
Tu ne dois pas !
Assez !
Tu ne sais pas ce que tu dis !
Angelica n'est pas d�vergond�e.
Un jour, peut-�tre. Pour l'heure, c'est une jeune fille...
plus belle que les autres, qui veut faire un bon mariage.
Et peut-�tre un peu amoureuse de Tancredi, comme tout le monde.
Et elle a de l'argent, beaucoup.
De l'argent � nous, en partie, mais fort bien g�r� par don Calogero.
Tancredi en a besoin.
C'est un seigneur.
Ambitieux, d�pensier. Il a besoin de beaucoup.
Il n'a rien promis � Concetta, donc pas de trahison.
C'est un jeune homme de son �poque, voil� tout,
tant en politique que dans sa vie priv�e.
C'est le plus charmant gar�on que je connaisse.
Et �a, Stella, tu le sais.
Et je ne veux plus entendre crier chez moi !
Dans ma chambre, dans mon lit !
Tu ne me dicteras pas ma conduite !
C'est moi qui d�cide !
Et j'ai d�cid�, depuis longtemps d�j�.
Assez !
Dormons, maintenant.
Demain, je vais � la chasse.
Je dois me lever t�t.
Bonne nuit, Stella ch�rie.
Vous me parlez de tout,
d'une m�re sauvage,
d'un grand-p�re f�cal,
mais pas de ce qui m'int�resse :
mademoiselle Angelica.
Il n'y a rien � en dire, elle parle d'elle-m�me.
La beaut� de la m�re, sans l'odeur de bouc du grand-p�re.
Intelligente, en plus.
Une vraie dame.
� son retour du coll�ge,
elle m'a fait venir et elle m'a jou� ma mazurka.
Elle jouait mal, mais...
elle �tait d�licieuse � voir
avec ses tresses noires, ses yeux, sa peau...
Cette poitrine !
Rien � voir avec le bouc.
Ses draps doivent sentir le parfum du paradis.
Calmez-vous, don Ciccio.
Dor�navant vous parlerez d'elle avec le respect qui lui est d�.
Aujourd'hui m�me,
je vais demander sa main pour mon neveu Tancredi.
Vous �tes le premier � savoir.
Vous allez payer ce privil�ge.
Au retour, je vous enfermerai dans l'armurerie
jusqu'apr�s la visite de don Calogero.
Rien ne doit filtrer.
Allons-y.
Excellence, c'est une saloperie !
Un neveu � vous ne doit pas �pouser la fille d'ennemis
toujours pr�ts � pr�cipiter votre perte.
La s�duire aurait �t� un acte de conqu�te
mais l�, c'est une capitulation !
C'est la fin des Falconeri.
Et des Salina !
Ce mariage n'est la fin de rien
mais le d�but de tout, au contraire.
Il s'inscrit dans la meilleure tradition.
Ce sont des choses que vous ne pouvez comprendre.
Rentrons.
Nous sommes d'accord ?
N'inversons pas la donne.
Pas d'histoires pour un simple baiser !
C'est moi qui vous ai mand�.
Bien s�r, mais...
Je voulais vous parler d'une lettre
de mon neveu
arriv�e hier soir.
Non, cette nuit pour �tre exact.
Il y d�clare sa passion pour mademoiselle...
votre fille.
Et il me charge de vous demander...
officiellement la main de mademoiselle Angelica.
Maintenant, c'est � vous de vous d�clarer.
Excusez-moi... Prince.
Cette belle surprise m'avait coup� la parole.
Je connais les sentiments et les pens�es d'Angelica
et je crois pouvoir dire que l'affection de don Tancredi,
qui nous honore tant,
est sinc�rement partag�e.
Que Dieu prot�ge ces noces.
Votre joie est la mienne...
Le temps se g�te.
Inutile de vous dire combien les Falconeri sont illustres.
Venus en Sicile avec Charles d'Anjou,
ils ont prosp�r� sous les Aragonais, les Espagnols et les Bourbons,
s'il m'est permis de les nommer devant vous.
Pairs du royaume,
Grands d'Espagne, Chevaliers de Saint-Jacques...
S'il est superflu que je vous parle
de l'anciennet� des Falconeri,
il est �galement inutile de vous dire,
car vous le savez,
que la situation �conomique de mon neveu Tancredi
n'�gale pas la grandeur de son nom.
Mon beau-fr�re Ferdinando n'�tait pas un p�re pr�voyant.
Ses munificences de grand seigneur
ont �branl� le patrimoine de mon neveu.
Mais don Calogero...
le r�sultat de ces ennuis, de ces cr�ve-c�urs...
c'est Tancredi.
Nous le savons bien, nous autres.
Il est sans doute impossible d'�tre aussi...
distingu�, sensible,
s�duisant que Tancredi...
sans qu'aient �t� dilapid�es une douzaine de fortunes.
Du moins en Sicile.
Je sais toutes ces choses, et bien d'autres.
Mais l'amour, Excellence,
l'amour est tout.
J'en sais quelque chose.
�coutez-moi.
En homme du monde, je veux jouer cartes sur table.
Les enfants doivent savoir sur quoi ils peuvent compter.
Dans le contrat de mariage,
je donnerai � ma fille
le fief de Settesoli.
1010 hectares.
Tout en bl�.
Des terres de premi�re qualit�,
fra�ches et a�r�es.
Et 500 hectares de vignes et d'oliviers
� Gibildolce.
Le jour des noces, je remettrai � l'�poux
vingt sacs de dix mille onces d'or.
Ma famille est tout pour moi.
Sa femme, personne ne l'a vue depuis des ann�es.
� part moi.
Elle ne sort que pour la messe, celle de 5 heures,
o� il n'y a personne.
Une fois, je me suis lev� expr�s pour la voir.
Parole d'honneur,
elle est belle... comme Un soleil.
Don Calogero n'a pas tort, laid comme il est,
de la garder loin des autres.
Certes, je me retrouve les mains vides.
Mais une fille
est une fille.
Je sais d�j� que ce que je vais vous dire
fera peu d'impression sur vous
qui descendez de l'empereur Titus et de la reine B�r�nice,
mais les Sedara aussi,
par un titre accord� par Sa Majest� Ferdinand IV,
sont nobles.
Bravo, don Calogero ! Au revoir.
J'ai tous les papiers, je n'ai qu'� faire les d�marches.
Et un jour, on saura que votre neveu...
a �pous� une baronne.
La baronne Sedara del Biscotto.
Compliments !
J'ai tous les papiers, il ne manque que...
Je regrette, mais je ne pouvais pas agir autrement.
Je comprends, Excellence.
Tout s'est bien pass� ?
Parfaitement bien.
Cela s'est pass� au mieux.
Au revoir, don Ciccio.
� bient�t.
Et excusez-moi.
"C'�tait une froide journ�e de janvier.
"L'atmosph�re rendue rigide par un vent glac�
"paraissait plus lourde dans son calme mortel.
"Depuis des heures, il neigeait � gros flocons
"mais sur la route d�serte, un pauvre petit cheval,
"la croupe recouverte d'un plaid r�che...
"... tra�nait p�niblement une charrette � deux roues.
"Hue ! Maudite b�te !
"criait le rustre, qui avait coutume de parler � son cheval.'
Excellence, monsieur Tancredi est arriv� !
Il attend dans la cour qu'on d�charge ses bagages.
Sainte M�re ! Par ce temps !
Tr�s cher !
Mon oncle !
Ne me touche pas, je suis une �ponge.
Comme je suis content de te revoir !
Excusez-moi, l'�motion m'�gare.
Je me suis permis d'amener le comte Cavriaghi.
Il �tait venu � la villa avec le G�n�ral.
Et l�, c'est mon ordonnance, le lancier Moroni.
On m'avait dit qu'ici il ne pleuvait jamais.
Deux jours que nous barbotons.
Pardon ma tante, je suis tremp�.
Le beau feu !
Je me suis permis d'amener le comte Cavriaghi.
Tu l'as connu � Palerme, avec le G�n�ral.
Notre G�n�ral.
Jamais de pluie en Sicile, mais de vrais d�luges !
Et m�fiez-vous des pneumonies, sinon gare au 40� de fi�vre !
Du feu dans la chambre de Tancredi et la chambre d'amis.
Pr�pare la petite chambre pour le soldat.
Cours !
Je ne comprends pas.
L'autre fois, vous �tiez rouges comme des langoustes.
Que veux-tu dire ?
Les Garibaldiens ne portent plus la chemise rouge ?
Quoi, les Garibaldiens ?
On l'�tait, on ne l'est plus.
Cavriaghi et moi
sommes officiers de l'arm�e de Sa Majest� le Roi d'Italie.
L'arm�e de Garibaldi dissoute, on a eu le choix :
rentrer chez nous ou int�grer l'arm�e royale.
Lui, moi, et tant d'autres, avons choisi l'arm�e, la vraie.
Avec les autres, on ne pouvait pas rester. N'est-ce pas ?
Quelle racaille !
Des soudards ! Bons pour tirailler et c'est tout.
Maintenant, nous sommes officiers pour de bon.
Les gens n'ont plus peur qu'on vole leurs poulets.
De Palerme jusqu'ici,
au relais, il suffisait de dire :
"Ordres de Sa Majest�",
on changeait nos chevaux !
Vous nous raconterez plus tard.
Allez vous changer, prendre un bain.
Avec ta permission.
Non !
Je vous montre d'abord la bague.
La bague pour Angelica.
Magnifique !
Elle est belle.
Tr�s belle.
Belle, n'est-ce pas ?
Tr�s.
Elle te pla�t ?
Beaucoup.
Tu l'as pay�e cher ?
J'ai bien g�r� ton argent.
Les 200 onces que tu m'as donn�es m'ont permis d'acheter aussi...
Quelques petits cadeaux d'adieu, je vois.
Revoici notre lieutenant ! Qu'est-ce que c'est ?
Un petit pr�sent pour mademoiselle Concetta.
Les Chants d'Aleardi ?
Esp�rons que cela lui plaise.
Oui, esp�rons.
Mademoiselle Concetta...
les Chants d'Aleardi, mon po�te pr�f�r�.
Je me permets de vous l'offrir,
j'y ai fait graver vos initiales.
"Toujours sourde.'
Pourquoi ? J�entends tr�s bien.
Sourde � mes soupirs.
Je peux entrer ?
Pardon, mais j'ai appris...
Tiens, ma belle.
Un cadeau pour toi, de ton Tancredi.
Remercie aussi mon oncle.
Viens.
Angelica, enfin !
C'est plein de souris !
Tu viens ?
Enfin, o� es-tu ?
Tancredi, o� es-tu ?
J'ai eu peur !
Vous savez qu'il y a des souris ?
Le contraire m'�tonnerait.
O� est Tancredi ?
Je ne sais pas, je ne le trouve plus.
Venez.
Je t'ai fait peur ?
La revoil�. Fuyons !
Viens.
�a suffit. O� allons-nous ? Je suis ext�nu�, moi !
Qu'il est grand ce palais ! Combien de pi�ces ?
Personne ne le sait. Pas m�me mon oncle.
Pour lui, un palais dont on conna�t toutes les pi�ces
n'est pas digne d'�tre habit�.
La pauvre, elle est seule.
Et les autres ?
Concetta est dans le jardin.
Francesco Paolo a d� aller � la diligence accueillir un h�te.
Qui ?
Je ne sais pas, un Turinois.
Allons-nous-en. Viens.
Non, je ne veux plus rien visiter.
D'ailleurs, je pars.
Qu'est-ce que je fais ici ?
Concetta ne m'aime pas.
Tu lui as parl� au moins ?
� quoi bon ?
Pour elle,
je suis un asticot.
Il me faut donc trouver une asticotte
qui m'acceptera.
Mais parle-lui, tu d�cideras ensuite.
Ou peut-�tre est-ce mieux ainsi.
Je t'explique.
Concetta est sicilienne jusqu'� la moelle.
Jamais quitt� l'�le !
Que ferait-elle � Milan, o� pour avoir des macaronis
il faut s'y prendre un mois � l'avance ?
De vos macaronis, je lui en aurais procur� des caisses !
Plus grandes que �a !
Nous deux, on s'en va. Adieu.
Pauvre petit comte, Concetta ne veut rien savoir.
Concetta est une sotte.
Que veut-elle ?
Cavriaghi est beau, il a un nom, des terres en Brianza,
�a s'appelle un excellent parti.
Concetta t'aime encore.
- C'est pour �a que tu l'as amen�. - Non !
Mais si, je crois bien.
Mais non !
Alors, �coute-moi bien. Concetta a raison.
Apr�s avoir �t� amoureuse de toi,
l'�pouser serait comme boire de l'eau
apr�s avoir go�t�...
Go�t� quoi ?
Go�t�, disons...
du marsala.
Quelles chambres �tranges.
Comment quelqu'un a pu habiter ici ?
Personne ne les a jamais habit�es, mon amour.
Mes anc�tres s'y r�fugiaient pour commettre leurs petites infractions
et se procurer des souvenirs diff�rents du commun des mortels.
Des infractions ?
Ils s'ennuyaient, mon amour !
Chevalier Chevalley de Monterzuolo ?
Oui, c'est moi.
Je suis le fils du prince de Salina.
C'est un plaisir.
Mon p�re m'envoie. Il vous prie de venir loger au palais.
C'est tr�s aimable � lui.
Couvrez-vous, le soleil est tr�s fort ici.
Merci, vous aussi.
En v�rit�, j'avais l'intention
de repartir aussit�t apr�s avoir parl� au Prince.
Pour �a, il faudra bien venir chez nous.
Bien s�r.
Par ici.
- Je m'en occupe. - Laissez.
- Je vous prie. - Mais non.
- Merci. - Je vous en prie.
- Pas trop lourd ? - Du tout.
- C'est le palais, l�-haut ? - Oui, Chevalier.
Pas l�-haut, je vous assure.
Peut-�tre dans le jardin.
Tu veux aller dans le jardin, toi aussi ?
Tu crois que je ne t'aime plus ?
Tu as peur ?
Je te d�sire mais je ne te prendrai pas maintenant.
Seulement quand tu seras ma femme.
Pauvre de moi ! Excusez-moi.
Regardez, voil� le visiteur.
Que te veut-il exactement ?
Je ne sais pas.
Il est en Sicile depuis un mois, il doit �tre malheureux.
La cuisine � l'huile a d� lui ravager le ventre
et il a peur que des brigands n'y plantent un couteau.
Je vais lui proposer une partie de whist.
Une partie de cartes ?
Excellence, si vous m'accordiez un entretien, je pourrais partir demain.
Demain ? Vous n'�tes pas bien ici ?
Si, certainement.
Mon cher Chevalley, vous �tes chez moi.
Je vous garderai en otage tant qu'il me plaira.
Venez.
Attention au P�re Pirrone, il gagne toujours.
Asseyez-vous. Je serai votre partenaire.
Je marque les points.
Vous �tes vraiment de Milan ?
Comment se fait-il que vous soyez ici ?
J'abuse de l'hospitalit� du Prince et je m'en trouve tr�s bien.
Si vous voulez visiter Donnafugata,
je pourrai vous montrer la maison du baron Mutolo.
Francesco Paolo ! Ne commence pas !
Elle est vide, la famille vit � Girgenti
depuis qu'il y a 10 ans, le fils du baron
a �t� enlev� par des brigands.
Les pauvres ! Combien ils ont d� payer sa lib�ration...
Rien ! Ils �taient d�j� en difficult�,
sans argent comptant, comme tout le monde ici.
Le fils leur fut quand m�me rendu, mais en plusieurs versements.
Plusieurs versements ?
Comment cela ?
Oui, morceau par morceau.
D'abord, l'index de la main droite.
Une semaine plus tard, le pied gauche.
Enfin, dans un panier, sous une couche de figues...
c'�tait en ao�t...
la t�te !
Francesco Paolo, arr�te avec ces histoires !
Je ne l'ai pas vu, j'�tais enfant,
mon p�re me l'a racont�.
- Inepte, la police des Bourbons. - Indubitablement.
Chez moi aussi, on a eu des affaires f�cheuses.
Mon p�re �tait surintendant. Un emploi...
plut�t dangereux, jusque r�cemment,
pour lui et pour sa famille.
Quand nos carabiniers arriveront, tout cela finira.
Contrairement � une certaine propagande,
le respect envers l'�glise sera r�tabli comme autrefois.
Un peu plus, esp�rons-le.
Car le cur� de Santa Ninfa, il y a cinq ans de cela,
a �t� tu� pendant la messe.
Quelle horreur ! Un coup de fusil en pleine �glise !
Vous n'y �tes pas.
Nous sommes trop bons catholiques pour commettre de tels sacril�ges.
Le vin de messe avait �t� empoisonn�.
C'est plus discret, presque plus... liturgique.
On n'a jamais su qui l'avait fait.
Le cur� �tait un excellent homme et n'avait pas d'ennemis.
Tr�s int�ressant.
Vraiment amusant.
Vous devriez �crire des romans, vous racontez si bien.
Oui, des histoires !
Croyez-moi, je suis milanais.
La Sicile est un grand pays !
Apr�s l'heureuse annexion...
je veux dire...
apr�s l'union b�nie de la Sicile au Royaume de Sardaigne,
le gouvernement de Turin a l'intention
de nommer quelques Siciliens illustres s�nateurs du royaume.
Votre nom a �t� choisi parmi les premiers.
Un nom illustre par son anciennet�,
par le prestige personnel de celui qui le porte,
par les grands m�rites
scientifiques
et par l'attitude digne et lib�rale lors des r�cents �v�nements.
Avant d'envoyer la liste � Turin,
mes sup�rieurs ont tenu � vous en informer
et � vous demander si la proposition vous agr�e.
Le gouvernement esp�re que vous consentirez.
C'est l� l'objet de ma mission,
qui m'a valu l'honneur et le plaisir de vous conna�tre
ainsi que votre famille
et ce magnifique palais.
Expliquez-moi, Chevalley...
�tre s�nateur,
qu'est-ce que cela signifie ?
C'est quoi, au juste ?
Un titre honorifique, comme une d�coration...
Le S�nat est la Chambre haute de notre Royaume.
On y examine,
on y d�bat,
on y approuve ou on y rejette les lois
que le gouvernement propose pour le progr�s du pays.
Quand vous serez s�nateur,
vous pourrez faire entendre la voix de votre beau pays
qui s'ouvre d�sormais au monde moderne
et qui a tant de plaies � gu�rir,
tant de justes d�sirs � exaucer...
�coutez, Chevalley.
Je sais gr� au gouvernement d'avoir pens� � moi.
S'il s'agissait d'un simple titre � inscrire sur ma carte de visite,
j'accepterais volontiers.
Mais l�, non. Je ne peux pas accepter.
Patience...
Je suis un membre de la vieille classe
fatalement compromis avec l'ancien r�gime
et li� � celui-ci par la d�cence, sinon l'affection.
J'appartiens � une g�n�ration malheureuse,
� cheval entre deux mondes
et mal � l'aise dans les deux.
En outre, je n'ai absolument aucune illusion.
Que ferait le S�nat de moi,
l�gislateur inexp�riment�,
incapable de se duper lui-m�me,
condition essentielle pour guider les autres ?
Non, en politique je ne bougerai pas le petit doigt. On me le mordrait.
Je ne peux pas y croire.
Vous refusez de faire votre possible
pour soulager l'�tat de... pauvret� mat�rielle
et de mis�re morale dans lequel votre peuple se d�bat ?
Nous sommes vieux, Chevalley. Tr�s vieux.
Depuis 25 si�cles,
nous portons le poids de diverses grandes civilisations,
toutes venues de l'ext�rieur, pas une qui ait germ� ici !
Depuis 2500 ans, nous ne sommes qu'une colonie.
Je ne me plains pas, c'est notre faute.
Mais nous sommes fatigu�s, vid�s, �puis�s.
Tout �a est fini, � pr�sent.
La Sicile n'est plus une terre conquise,
mais une r�gion libre d'un �tat libre.
L'intention est bonne...
mais elle arrive trop tard.
Le sommeil, mon cher Chevalley, un long sommeil,
voil� ce que les Siciliens d�sirent.
Et ils ha�ront toujours qui voudra les r�veiller.
M�me pour leur apporter des pr�sents merveilleux.
Et entre nous, je doute fort
que le nouveau royaume ait dans ses bagages de quoi nous g�ter.
Chez nous, toute manifestation,
m�me violente, est une aspiration � l'oubli.
Notre sensualit�
est un d�sir d'oubli.
Nos coups de fusil ou de couteau, d�sir de mort.
Notre paresse,
la saveur sucr�e de nos sorbets,
d�sir de voluptueuse immobilit�, c'est-�-dire...
encore de mort.
�tes-vous s�r de ne pas exag�rer ?
J'ai rencontr� � Turin des Siciliens
qui n'avaient pas l'air endormis.
Je me suis mal expliqu�, pardon.
J'ai dit Siciliens, j'aurais d� dire Sicile.
Cette atmosph�re,
la violence du paysage,
la cruaut� du climat, la tension constante...
Mais le climat se dompte.
Le paysage peut se modifier.
Le souvenir des mauvais gouvernements s'efface.
Les Siciliens voudront s'am�liorer.
Je ne nie pas que quelques Siciliens exil�s puissent se r�veiller.
Mais ils doivent partir jeunes. A 20 ans, c'est d�j� trop tard.
La cro�te s'est form�e.
Ce qu'il vous faut, c'est un homme qui sache allier
son int�r�t personnel � de vagues id�aux publics.
Me permettez-vous un conseil pour vos sup�rieurs ?
Avec plaisir.
J'ai un nom � vous sugg�rer pour le S�nat.
Merci, je ne fume pas.
Celui de...
Calogero Sedara.
Il a bien plus de m�rites que moi.
Sa famille, m'a-t-on dit, est ancienne...
ou le sera bient�t.
Plus que ce que vous appelez prestige, il a du pouvoir.
� d�faut d'�tre scientifique, il est pratique
� un point remarquable.
Son action a �t� tr�s utile pendant la crise de mai.
Quant aux illusions...
il n'en a pas plus que moi.
Mais il est assez rus� pour s'en cr�er.
C'est l'homme qu'il vous faut.
Oui... j'ai entendu parler de Sedara.
Mais si les honn�tes hommes comme vous se retirent,
la voie sera libre pour les gens sans scrupules et sans projet,
les Sedara, justement.
Et tout redeviendra comme avant, pour des si�cles.
�coutez votre conscience, Prince,
et non les fi�res v�rit�s que vous avez �nonc�es.
Je vous en prie, essayez...
de collaborer.
Vous �tes un gentilhomme, Chevalley,
et c'est un privil�ge de vous avoir connu.
Vous avez raison sur tout.
Sauf quand vous dites
que les Siciliens voudront s'am�liorer.
Ils ne le voudront jamais, car ils se croient parfaits.
Leur vanit� est plus forte que leur mis�re.
Asseyez-vous, que je vous raconte une chose.
Un peu avant l'entr�e de Garibaldi � Palerme,
des officiers anglais des navires ancr�s dans la rade
me demand�rent de monter sur ma terrasse,
d'o� l'on peut voir les montagnes qui entourent la ville.
Ils s'extasi�rent sur le panorama,
mais ils m'avou�rent
�tre choqu�s du d�labrement et de la salet� des rues aux alentours.
Je n'essayai pas de leur expliquer, comme � vous,
qu'une chose d�coulait de l'autre.
L'un d'eux me demanda :
"Ces Garibaldiens, que viennent-ils faire en Sicile ?'
Je dis : "Nous enseigner les bonnes mani�res.
"Mais ils n'y r�ussiront pas, car nous sommes des dieux.'
Ils ont ri.
Mais je doute qu'ils aient compris.
Il est tard.
Le d�ner approche.
Allons nous changer.
Si vous voulez, vous pourrez partir demain � l'aube.
Prince, croyez-le ou non,
cet �tat de choses ne durera pas.
Notre administration moderne, efficace,
changera tout cela.
�a ne devrait pas pouvoir durer,
mais �a durera toujours.
Le "toujours" humain : un ou deux si�cles.
Apr�s peut-�tre, tout sera diff�rent, mais pire.
Au revoir.
Au revoir. Merci pour tout, Prince.
Nous f�mes les gu�pards, les lions.
� notre place viendront les chacals, les hy�nes.
Et nous tous, gu�pards, lions, chacals, brebis...
nous nous croirons toujours le sel de la terre.
Je n'ai pas bien compris.
Qu'avez-vous dit ?
Rien.
Excusez-moi, je n'ai pas entendu.
Vous arrivez t�t, mais rassurez-vous,
vos invit�s ne se sont pas encore montr�s.
Ma ch�re Stella, que vos filles sont belles !
Tancredi est d�j� l�
et nous attendons Pallavicino, qui s'est illustr� � Aspromonte.
Merci, ma tante.
C'�tait un sacrifice, mais il fallait les faire inviter.
Ce bal sera le vrai d�but en soci�t� d'Angelica.
Et le frac de don Calogero ?
Pas celui de Donnafugata !
Je l'ai tra�n� chez le meilleur tailleur.
C'est don Calogero qui manque de chic.
Comment vas-tu ?
Bien ?
Je te trouve resplendissante, ma ch�re.
Puis-je aller danser ?
Bien s�r. Arrange-toi un peu.
Tu es belle comme une fleur !
Allez-y !
Gracieuses, non ?
D�licieuses, vraiment d�licieuses.
Je n'aime pas ces bals, mais il faut venir, pour les enfants.
Mon Colonel, tr�s honor� de vous voir.
L'honneur est pour moi.
Margherita, j'ai l'honneur de te pr�senter le colonel Pallavicino.
Je suis fi�re, heureuse,
de recevoir le vainqueur d'Aspromonte chez moi.
C'est fort aimable, Princesse. Tout le bonheur est pour moi.
J'esp�re que vous et vos officiers passerez une soir�e agr�able.
La princesse de Lampedusa.
La comtesse Sutera.
Tr�s honor�.
Tr�s heureuse de vous conna�tre.
La princesse Corbera di Salina.
Tr�s heureux, Princesse.
Je vais voir si Angelica est arriv�e.
Mais bien s�r, va.
- Colonel, racontez-nous. - Est-ce vrai ?
Je pleurais, Comtesse, je pleurais comme un enfant.
Bouleversant !
Mais lui, comment �tait-il ?
Lui... il �tait beau et calme comme un archange.
Magnifique !
Vous �tes un vrai h�ros.
N'est-il pas extraordinaire ?
Le colonel veut les rassurer,
mais apr�s les coups de fusil de ses bersagliers, c'est superflu.
Vraiment opportuns, ces coups de fusil !
Tu es en retard, je t'attendais.
Tu es tr�s belle. Viens donc saluer la princesse.
Princesse...
permettez-moi de vous pr�senter ma fianc�e, Angelica Sedara.
Laisse-moi te regarder.
C'est bien la v�rit�...
tu es encore plus belle qu'on ne le dit.
Tr�s belle.
Qu'est ceci ?
C'est la croix de Chevalier d'Italie.
Pr�cis�ment. Ici, �a ne suffit pas.
Je n'ai jamais dout� de ton bon go�t.
Mon beau-p�re, le chevalier don Calogero Sedara.
- C'est beau ici, Princesse ! - Vous aimez ?
Du calme, les enfants.
Tancredi, tu me pr�sentes � ta fianc�e ?
Je te pr�sente mon ami Gioacchino Lanza.
Et voici Fulco.
Au risque que Tancredi proteste,
me r�serveriez-vous la prochaine valse ?
Ne soyez pas si press�s, mes amis, on a le temps.
Tu es un �go�ste !
Je regrette, mais ce n'est pas ma faute.
C'est la dame qui choisit ses cavaliers.
C'est ma valse, dansons.
- Je n'ai pas salu� ton oncle. - Tu le feras apr�s, viens.
Vous �tes tr�s belle, comme toujours.
Cher Fabrizio, tu sembles en forme.
Tu t'ennuies ?
Sais-tu � quoi je pensais ?
Trop de mariages entre cousins n'embellissent pas la race.
Regarde-les.
On dirait des guenons pr�tes � grimper aux lustres
et � s'y balancer, suspendues par la queue
en exhibant leur derri�re.
Eleonora Giardinelli...
Un cygne blanc parmi les grenouilles.
Au fait, f�licitations pour les fian�ailles de ton neveu.
Une beaut�.
L'exemple sera bient�t imit�.
Comment ? Que dis-tu ?
Je disais que...
Il fait trop chaud ici.
Oui, il fait chaud.
J'ai eu tort de venir.
Je suis un peu fatigu�.
Maintenant que je suis l�, je dois rester.
Ce serait impoli de partir maintenant.
Tu as raison, Fabrizio.
� plus tard.
Bonsoir, comment allez-vous ?
Sais-tu que j'ai promis quatre danses ?
Princesse, je serais tr�s heureux si vous m'accordiez...
Ne me refusez pas...
Il y a des ann�es que je ne danse plus.
Avec tant de jolies femmes ici !
� mon �ge !
C'est beau, Prince, vraiment beau.
On n'en fait plus des maisons comme �a.
Avec le prix actuel de l'or !
Oui, don Calogero, c'est tr�s beau.
Vraiment.
Mais rien n'�gale nos deux enfants.
Bonsoir, Prince.
Angelica voulait te saluer.
Pourquoi es-tu seul ici ?
Que regardes-tu ?
Tu courtises la mort ?
Tu es vraiment splendide.
�trange que don Diego garde ce tableau m�lancolique sous les yeux.
S'il entre dans sa biblioth�que une fois par an, c'est un miracle.
Oui, tu as raison.
Je me demande si ma mort sera comme celle-ci.
Le linge sera moins impeccable.
Les draps des agonisants sont toujours si sales.
Et il faut esp�rer que mes filles seront plus d�cemment v�tues.
Mais je pense que...
dans l'ensemble, ce sera pareil.
Mon oncle, que dis-tu ?
� quoi penses-tu ?
Je pense souvent � la mort.
L'id�e ne m'effraie pas.
Les jeunes ne peuvent pas comprendre.
Pour vous, la mort n'existe pas.
�a ne touche que les autres.
Il faut r�parer notre tombe aux Capucins.
Tu me donnes ton mouchoir ?
Prince, nous sommes venus vous rejoindre ici pour nous reposer,
mais aussi vous faire une requ�te.
J'esp�re que vous ne refuserez pas.
Dis-moi.
Je vous prie de danser la prochaine mazurka avec moi.
Ne soyez pas m�chant.
On sait que vous �tes un merveilleux danseur.
Je n'ai jamais eu de proposition aussi s�duisante.
Pour cette raison, je dois refuser.
Je vous en prie, Prince.
Merci, mon enfant, tu me rajeunis.
J'accepte. Mais pas la mazurka.
Je me sentirais trop jeune.
Accorde-moi la premi�re valse.
Tu vois comme l'oncle est gentil ?
Il ne fait pas de caprice, comme toi.
Il ne voulait pas que je vous le demande.
Il est jaloux.
Avec un oncle beau et s�duisant, il est normal d'�tre jaloux.
Mais pour cette fois, je ferai une exception.
Vous venez ?
Une valse !
Comme si je m'�tais entendue avec l'orchestre.
- N'est-ce pas ? - Comment ?
C'est une valse.
Auriez-vous chang� d'avis ?
Non, bien s�r. Pardonne-moi.
Tout le monde est si gentil avec moi.
Et je suis si heureuse.
Tancredi est un amour, et vous aussi.
Heureusement qu'il ne t'entend pas.
Je dis la v�rit�. Je vous dois tout.
M�me Tancredi.
Si vous n'aviez pas voulu...
Il t'aurait �pous�e quand m�me.
Tu dois tout � toi-m�me.
Ce n'est pas vrai.
Si, c'est vrai.
Aucun Tancredi n'aurait r�sist� � ta beaut�.
On m'avait dit que vous �tiez bon danseur.
Pardon de t'avoir encore d��ue.
Vous �tes plus qu'un bon danseur,
vous �tes un danseur d�licieux.
Vraiment d�licieux.
Oui, c'est mon p�re.
La prochaine.
Une mazurka, alors.
Tout le monde nous regarde.
La cavali�re de votre p�re est splendide !
Elle est tr�s belle.
Si les applaudissements n'ont pas cr�pit�,
c'est parce qu'un lion de ton esp�ce les intimide.
Mais tu m�ritais une ovation.
Venez souper � notre table.
Non, mes souvenirs de jeunesse sont encore tr�s vifs
et je sais comme il serait p�nible de d�ner avec un vieil oncle.
Ce n'est pas vrai.
Si, les amoureux veulent �tre seuls.
Et puis j'ai peu d'app�tit.
Va avec lui, ne vous souciez pas de moi.
Merci, mon oncle.
Tu es encore un grand danseur.
Tu as �t� extraordinaire.
Bonsoir, Fabrizio. Comment vas-tu ?
Alors, Fabrizio ? Tu ne prends rien ?
Tu h�sites, on dirait.
Il y a trop de choix. Donna Margherita fait bien les choses.
Mais il faut d'autres estomacs que le mien.
Une merveille, ces cand�labres !
Ils viennent de Madrid, offerts au grand-p�re de don Diego
quand il quitta son ambassade.
Combien d'arpents peuvent-ils valoir ?
La plus grande �motion de ma vie !
Quel casse-pieds !
Nous ferez-vous l'honneur de vous joindre � nous ?
Et maintenant, la gauche veut me crucifier
parce que j'ai ordonn� � mes hommes de faire feu sur le G�n�ral.
Mais dites-moi, Prince, que pouvais-je faire d'autre ?
J'avais des ordres �crits.
Et puis je dois avouer...
quand l�-bas, � Aspromonte,
je me suis trouv� devant des centaines de d�braill�s,
certains avec une t�te de fanatique,
d'autres � l'allure d'agitateur professionnel...
je me suis r�joui que ces ordres soient en accord avec mes id�es.
Et puis, cela dit en confidence,
ma petite fusillade a surtout profit� � Garibaldi lui-m�me.
Je l'ai d�livr� de cette bande qui se cramponnait � lui,
qui se servait de lui � des fins myst�rieuses,
guid�e peut-�tre des Tuileries et du Palais Farn�se.
C'est vrai.
Rien � voir avec ceux qui avaient d�barqu� avec lui � Marsala.
Des gens qui croyaient que l'Italie se ferait
avec des coups comme celui de 48.
Lui, je veux dire le G�n�ral,
il sait cela.
Car au moment de mon d�sormais fameux agenouillement,
il m'a serr� la main.
Savez-vous ce qu'il m'a murmur� ?
"Merci, colonel."
Merci de quoi, je vous le demande. De l'avoir estropi� ?
Non, de lui avoir fait comprendre les fanfaronnades,
les l�chet�s, voire pire, de ses partisans douteux.
Pardon, colonel.
Ne pensez-vous pas,
avec tous ces baisemains, ces courbettes,
avoir un peu exag�r� ?
Assur�ment, non.
Il fallait le voir, ce pauvre grand homme,
�tendu sous un ch�taignier,
souffrant dans son corps
et encore plus dans son esprit.
Triste vision.
Il l'a dit lui-m�me, � son retour en Sicile.
"Nous allons vers l'inconnu.'
Il �tait difficile de r�sister � l'�motion.
D'ailleurs, pourquoi r�sister ?
Moi, je ne baise la main qu'aux dames.
Ce jour-l�, j'ai bais� la main � la sauvegarde du Royaume,
qui elle aussi est une dame,
� qui nous les soldats devons rendre hommage.
Je vous prie de m'excuser.
Trois bals en une semaine, c'est trop.
J'ai h�te que �a finisse !
Qu'ont-ils tous � �tre si joyeux ?
Aurais-tu une �pingle ?
Quel ennui !
Avec toutes ces invitations, nous devons rester en ville.
Moi, j'ai h�te de retourner � San Lorenzo,
de reprendre notre vie tranquille.
Que dis-tu !
Moi, je voudrais que ce bal ne finisse jamais.
C'est si beau !
Je me demande comment sera celui des Trabia.
J'ai command� une robe verte.
Vert clair.
Et toi ?
Je suis si heureuse.
Tancredi est si gentil.
Vous �tes tous si gentils avec moi.
Je voudrais te voir plus gaie.
Que veux-tu que j'y fasse ?
Les bains de foule ne m'amusent pas.
Je n'aime pas danser non plus.
Je n'ai jamais su bien danser.
�a d�pend du cavalier.
Cherches-en un qui te plaise.
�a ne m'int�resse pas.
On dit �a...
Ils seraient nombreux � vouloir te faire la cour.
Tu les d�courages tous.
Comme ce pauvre Cavriaghi.
Tu t'en souviens ?
Comme tu l'as trait�...
Te voil� enfin !
Je ne te voyais plus.
Nous nous arrangions un peu.
Et toi ? J'ai tourn� la t�te, tu as disparu.
Je suis all� �couter le colonel Pallavicino.
Ce n'est pas un g�nie, mais il dit des choses sens�es.
Le nouveau Royaume a besoin d'ordre, de l�galit�, de lois.
Avant tout, �touffer toute tentative d'anarchie.
Fini, les aventures, les d�sordres.
M�me s'il faut employer des moyens douloureux.
Comme l'ex�cution de ces exalt�s qui ont d�sert� pour Garibaldi.
Tu crois qu'on les fusillera ?
Tu ne savais pas ? Ce matin m�me, � l'aube.
Et c'est juste. Ce sont des d�serteurs.
Autrefois, tu n'aurais pas parl� ainsi.
Ma ch�re, tu te trompes.
J'ai toujours parl� ainsi.
De toute fa�on, tu ne peux pas comprendre.
Concetta, attends. �coute !
Laisse-moi partir.
Je comprends parfaitement.
J'ai dit qu'autrefois tu n'aurais pas parl� ainsi.
J'en ai assez !
Laisse-moi !
Elle est attachante.
Surtout quand elle se f�che.
Pauvre Concetta !
En v�rit�, elle est encore amoureuse de toi.
Et toi ?
Tu es encore amoureuse de moi ?
Avez-vous vu le prince de Salina ?
As-tu vu le prince de Salina ?
Don Calogero !
Il est temps de rentrer.
Arrangez-vous.
Un caf� ! S'il vous pla�t, un caf� chaud.
Du sucre ?
Merci pour cette soir�e inoubliable.
Trop aimable. Vous partez d�j� ?
Oui, directement � la caserne,
comme le veut la tradition militaire.
Le devoir nous l'impose.
Du reste, les t�ches de cette nuit
ne sont pas termin�es.
Mettez un peu d'ordre et �teignez les bougies.
Merci pour cette magnifique soir�e.
Je regrette que vous me quittiez si t�t.
Toi aussi, tu veux d�j� t'en aller ?
Te voil� !
Tante te cherche partout.
Angelica, Concetta et Carolina sont pr�tes � partir.
Fais-moi plaisir, mon gar�on.
J'ai d�j� salu� tout le monde.
Occupe-toi de la voiture pour ta tante.
Je rentre � pied.
� cette heure-ci ?
J'ai besoin d'air.
Mon oncle...
tu ne te sens pas bien ?
Un mal de t�te. L'air me soulagera.
Tout s'est bien pass� ce soir, non ?
Merveilleusement, merci. J'aurai bient�t une bonne nouvelle.
J'ai parl� � Pinzoni. Aux prochaines �lections...
Tu seras candidat.
Tu savais d�j� ?
Excuse-moi un instant.
- Adieu, Tancredi. - Toujours la plus belle.
Ravi de t'avoir revue. Salue Annibo pour moi.
Etoile, fid�le �toile...
Quand me donneras-tu un rendez-vous moins �ph�m�re,
loin de tout,
dans ta contr�e de certitude �ternelle ?
Une belle arm�e !
Elle fait les choses s�rieusement.
C'est ce qu'il fallait...
pour la Sicile.
Maintenant, nous pouvons �tre tranquilles.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.