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MA VIE EST UNE CHANSON
Vous avez entendu quelques fragments de Rodgers et Hart.
Je suis dans le studio d'enregistrement n°1 de la MGM.
Mickey Rooney joue le rôle de Larry Hart.
Lorenz Hart, de son vrai nom.
Moi, j'incarne Richard Rodgers.
En vous parlant de Larry, je parlerai beaucoup de moi-même.
Parce que ma vie a été intimement liée à la sienne.
J'ai bien peur
que nous n'ayons pas eu à traverser de grandes épreuves.
Nous sommes deux chanceux qui avons vite rencontré le succès.
D'un point de vue dramatique,
nous n'avions même pas la chance d'être très pauvres.
Sans pour autant rouler sur l'or.
Quand j'ai rencontré Larry,
il jouissait déjà d'une certaine célébrité.
Il était poète, il avait de l'esprit. Il m'impressionnait.
C'est Herbert Fields, un ami commun,
le futur librettiste de nos revues,
qui nous fit faire connaissance.
- C'est ici? - Oui.
- Si on revenait un autre jour? - Détends-toi.
- Tu veux travailler avec lui? - Oui, mais...
Laisse-moi te présenter et pianote un peu.
Bonjour, Herb. Entrez donc.
Larry, je te présente Dick Rodgers.
Bonjour, Dick. C'est vous, le compositeur?
- Eh bien... - Faites comme chez vous.
Vous avez faim?
Noix? Pommes? Jus d'orange? Une part de gâteau?
Un sandwich? J'envoie quelqu'un.
Un cigare?
Un clair? Un foncé?
Et toi, Herb? C'est vrai, tu ne fumes pas.
Allez-y.
Jouez quelque chose.
Allez-y.
J'ai trouvé une nouvelle rime.
Qu'est-ce qui rime avec "éloge"?
- Rien. - On parie?
Dis-le plusieurs fois: "Éloge", "éloge".
Tu me fais honte!
"On mérite des éloges quand on est éloquent."
"Éloges quand", "éloquent".
- C'est excellent! - Et voilà.
Herb, as-tu lu cet article? Très intéressant.
Mademoiselle, passez-moi Trafalgar 4599.
Jack? Ici Larry Hart.
Avez-vous reçu les poèmes de Heine?
Non, pas la traduction. La dernière édition.
Vous pouvez regarder?
Ce n'est pas mal du tout!
Vous l'avez? C'est merveilleux!
J'arrive.
Et maintenant? Il va faire l'homme canon?
Compliquée, cette phrase musicale.
Ça me plaît.
Herb, je vais chercher un livre. À plus tard.
Continuez à jouer.
Ça l'a emballé.
C'est ça! Il a tout fait sauf m’écouter.
Je m'efforçais de jouer pendant qu'il cassait des noix!
Il est comme ça. Mme Hart!
Bonjour, Herb.
Présentez-moi votre camarade.
- Voici Dick Rodgers. - Enchanté, Mme Hart.
C'est vous qui jouiez ces airs?
- Ils sont de vous? - Évidemment!
C'est merveilleux.
J'aime beaucoup votre musique et votre interprétation.
Merci, Mme Hart.
J'en oublie la politesse. Servez-vous.
Je n'entendis plus parler de Larry.
Il semblait que M. Hart dédaignait ma musique autant que ma personne.
Je persévérais,
mais un air sans paroles, c'est ennuyeux.
Bonjour, Herb.
Oui. Quoi?
Tu as bien entendu. Il est fou de ta musique!
Il est fou tout court.
Je ne plaisante pas, il en est fou!
Il n'a pas donné signe de vie.
Il a écrit des paroles.
Le texte!
Rendez-vous à 17h30 précises. N'arrive pas en retard.
18h30...
J'appris la signification du mot "attendre".
Larry n'était jamais à l'heure.
- Il va arriver. - "Il en est fou"?
Je te jure. Il hurlait d'excitation au téléphone.
Salut, Herb.
Maman! Mary!
Tu as vu mon numéro de Vanity Fair?
Apparemment, non.
- Qu'y a-t-il? - Tu as vu mon Vanity Fair?
- Non. - Mary, où est-il?
- Ce n'est pas moi qui l'ai. - Trouvez-le, s'il vous plaît.
On ne retrouve jamais ses affaires ici!
- Bonjour, Dick. - Bonjour.
- Rejouez l'air. - Lequel?
Qu'est-ce qui rime avec "tapisserie"?
"Trois heures et demie"! Facile!
- Il était dans votre chambre. - Vous me sauvez la vie.
- Servez une collation. - Et le dîner?
J'ai apporté de la charcuterie. Voulez-vous servir?
Ah, voilà.
Voilà.
Manhattan.
- Tu aimes Manhattan? - Oui.
Manhattan!
Nous avons Manhattan
Le Bronx et Staten lsland aussi
C'est merveilleux de se promener
Au zoo
Remplacez-moi, Dick.
Les vacances aux chutes du Niagara
Ne font qu'exacerber nos tracas
Épargnons-nous cet embarras
J'ai un charmant petit pied-à-terre Dans le vieux Manhattan
Nous vivrons notre exil
Au cœur de la ville
Nous aurons Manhattan
Le Bronx et Staten lsland aussi
C'est merveilleux de se promener
Au zoo
Elles sont très jolies
Nos bonnes vieilles rues
Le métro a son charme aussi
Quand la brise embaumée
Court dans la ville
Il n'y a pas plus croquignolet que Mott Street
Au mois de juillet
Les charrettes se faufilent
Tranquilles
La ville ressemble à un jouet merveilleux
Parfait pour les amoureux
Nous ferons de Manhattan
Un vrai paradis
J'aimerais t'emmener voguer dans la Jamaica Bay
Et le lac de Carnasie
Nous envoûtera
La clameur de la ville n'étouffera jamais
Le rêve d'un garçon et d'une fille
Nous ferons de Manhattan
Un vrai paradis
Pas mal, mais trop original. Désolé.
Rien ne nous décourageait, pas même les refus.
Larry était plein d'enthousiasme.
Auditions et sollicitations durèrent deux ans.
En vain.
On trouvait nos chansons originales, mais personne n'en voulait.
Ça en devenait monotone.
Au bout de deux ans, c'était devenu désespérant.
À bout de courage,
j'en parlais à mon père.
Qu'y a-t-il, Richard?
Que dirais-tu si j'abandonnais la musique?
Si tu as une raison valable...
Je n'en vois aucune.
En voilà une: Je n'arrive à rien.
En trois ans, je n'ai pas avancé d'un pouce.
Où veux-tu aller?
Pourquoi se voiler la face? Tu m'as soutenu assez longtemps.
À la fac, au conservatoire et aujourd'hui encore.
Ça fait des mois qu'on se démène sans intéresser personne.
Mais Dick, tu as du talent.
Cela ne me rapporte pas le prix d'un café!
Le café viendra.
Laisse à l'eau le temps de bouillir.
Je vais me lancer dans les affaires.
Que vas-tu faire?
Vendre des articles de layette.
L’idée ne me plaît pas trop.
Un ami m'a proposé 50 dollars par semaine.
Je ne te savais pas intéressé par l'argent.
Tu as besoin d'argent?
Non, d'amour propre.
Tu m'as l'air désespéré.
Papa, ce n'est pas le fait d'être à ta charge,
mais j'envie tous ceux que je vois.
Les serveurs, les chauffeurs de taxi, les cireurs de chaussures.
Tous ceux qui gagnent leur vie.
Richard, j'ai étudié quatre ans à la fac,
deux ans en école de médecine et deux ans d'internat.
Je n’étais pas plus avancé que toi.
Et j'avais un handicap:
J'aimais ta mère.
Alors crois-moi, continue de composer.
Ne quitte pas Larry.
Rêve encore un peu et travaille encore plus dur.
Non, papa. Ma décision est prise.
Il n'y a rien de tel que de savoir ce qu'on veut faire.
Voilà la situation. Ne me prends pas pour un lâcheur.
Voyons!
Mais quel changement, de l'art à la layette!
Tu veux manger, boire, fumer?
J'oubliais. Tu ne fumes pas.
Invitons les copains.
C'est une bonne occasion. Ce sera extra.
Une soirée d'adieu à un grand maestro,
et de bienvenue au nabab des layettes.
Café!
Harry, une petite tasse?
- J'en veux bien une. - Quand tu seras grand.
Pas pour toi, tu es trop jeune.
- Bonsoir, M. Eddie. - Bonsoir, Mary.
- Mlle Grant, Mlle McNeil. - Je vous débarrasse.
Une soirée?
M. Eddie!
Où étais-tu?
À une audition. Les temps sont durs.
À qui le dis-tu!
Peut-être pas, finalement.
Une tasse de café?
Ce doit être pour toi.
Tu ne me présentes pas?
Bien sûr, tout le monde sera présenté.
Mesdames et messieurs, voici mes protégées,
Miss Margo Grant et Miss Peggy McNeil.
Herb, tu connais Eddie Anders.
Mon chanteur préféré!
Une chanson?
Tout à l'heure.
Je voudrais que tu l'entendes.
Elle chante aussi?
Qu'attend-on?
Je viens à peine d'arriver. Tout à l'heure.
Pourquoi toujours "tout à l'heure"? Il faut qu'on discute.
Vous chantez aussi?
Pas exactement. Je danse.
Bien entendu. Je serais ravi de danser avec vous.
Quoi?
Celle-ci est pour moi.
Dites-moi tout.
Il n'y a pas grand-chose à dire.
Quelle jolie chanson!
Ravi qu'elle vous plaise.
Je ne la croyais pas si bonne quand nous l'avons écrite.
- Vous êtes...? - Larry Hart. Parolier.
Vraiment?
Chanteuse de profession?
Si on veut. Je chante dans un café.
Un bar clandestin, en vérité.
- Vous êtes d'ici? - J'arrive de Boston.
- Déjà joué une revue? - Quelques-unes.
Pourquoi? Vous cherchez quelqu'un? Je suis toujours disponible!
Non. On cherche un producteur. Vous en connaissez un?
Ça existe?
Je me fais toujours arrêter par les secrétaires.
Si nous arrivons à monter notre revue,
vous en ferez partie.
Moi?
Vous y ferez sensation.
Dansons, voulez-vous?
Bien sûr.
Vous n'êtes pas bien grand,
mais cela vous va bien.
- Une chanson de notre future revue. - Je la connais.
- Ah oui? - Eddie me l'a appris.
Qu'est-ce qu'on attend?
Une minute, s'il vous plaît. Pardon, Dick.
Votre attention!
Un extrait de notre revue inédite.
Mlle Peggy McNeil va vous chanter C'est un petit hôtel.
Mlle McNeil, M. Rodgers.
J’espère que ça vous plaira.
C'est un petit hôtel
Avec un puits magique
J'y ferai des souhaits charmants
Il y a une suite nuptiale
Une jolie chambre maritale
Que j'aimerais partager avec toi
Penchés à la fenêtre
Nous verrons au loin un clocher
La rue est déserte
Nous sommes seuls au monde
La cloche sonne
Elle dit.: "Bonne nuit. Dormez bien."
Comme j'aime le petit hôtel
Qui nous sert d'abri
Béni soit le petit hôtel
Qui nous sert de nid
- Alors, Herb? - Formidable!
Tu as trouvé la perle rare, Eddie.
Vous êtes une bonne chanteuse.
C'est une bonne chanson.
En voici une autre.
Vous pourriez chanter toutes nos chansons!
Ce serait monotone, si j’étais seule en scène.
Pas pour moi.
Peggy, combien mesurez-vous?
Environ 1,65 m.
C'est bien ce que je pensais.
Et voilà.
- Que faites-vous? - Je note votre taille.
Dick fait 1,82 m. Herb est ici.
Maman, une petite fille du nom d'Ellen, et le laitier.
Je ne comprends pas.
Ça viendra avec les années.
Tu ne devineras jamais la nouvelle! Dick!
- M. Kay a téléphoné. - Qui ça?
M. Kay, du Théâtre Guild.
Qui donc?
Il veut notre revue, les Garrick Gaieties!
C'est une kermesse pour amortir les frais de leur nouveau théâtre.
- C'est le Théâtre Guild. - Une kermesse!
Parlons sérieusement.
Je vais refaire d'un vendeur de layettes un musicien.
Il tint parole.
Ce fut les Garrick Gaieties.
C'est le premier jour de mai
Un jour des plus gais
Le printemps est bien là Adieu les tracas
C'est le moment de rêver
De s'échapper
Dans la ville empoussiérée
À quoi bon s'attarder?
Pourquoi ne pas aller
Vers les vertes collines
Où la nature est divine
Nous serons joyeux tous les deux
Assoupissons-nous sous le ciel bleu
Et tant pis s'il pleut
Si tu es gentille
J'irai docile Chercher du bois
Pour que tu puisses jouer au cordon bleu
Nous serons comme des coqs en pâte
Dans nos vertes collines
Au début de l'humanité Le vieil Adam a péché
Depuis, on n'a plus droit qu'à une pomme
Et encore, pour faire de la compote
À l'ombre d'un arbre Nous avons appris de M. Omar
Sans l'aide de maman ni papa
Que Mère nature est le pacha
Si tu es gentille
J'irai docile Chercher du bois
Pour que tu puisses jouer au cordon bleu
Nous serons comme des coqs en pâte
Dans nos vertes collines
Aux mets élaborés Nous préférons la simplicité
Mes sandwiches valent un banquet
Le café est délectable Malgré les grains de sable
Mange et tu grandiras
Tout doux, mon gars
Voilà, comme ça
Dans les vertes collines Où la nature est divine
Nous serons joyeux tous les deux
Nous adorons nous enfermer Sans personne pour nous déranger
Ni de mère pour nous sermonner
Les moustiques ne s'en prendront pas à toi
Je les laisserai piquer mon petit doigt
Il n'y a pas plus vert paradis Pour échapper à la monotonie
Que nos vertes collines
À bas les citadins hautains
Vive les vaches et les lapins
À bas le bruit et les problèmes
Vive le lait et la crème
À bas la monotonie de la vie
Bénies soient nos vertes collines
- Salut, Eddie. - Les journaux du matin.
- Je te dois combien? - 24 cents.
Garde la monnaie. Achète-toi une voiture.
- Merci! - Il n'y a pas de quoi.
Maman!
La presse est sortie.
- Le café est prêt. - Un instant, maman chérie.
Ah, voilà.
"Hier soir, générale de la revue Garrick Gaieties.
Les interprètes sont jeunes et plein de talent.
Les chansons sont enlevées, les sketchs amusants."
C'est un succès!
Évidemment, mon grand.
J'y vais.
- Bonjour, Richard. - Bonjour.
Nous avons cassé la baraque!
Bien entendu.
"J'ai l'impression que cette revue aura une longue vie."
- Oh. - Quoi?
- La musique. - Oui?
"La musique est agréable et prenante.
Son compositeur, Richard Rodgers, est promis à un bel avenir.
À propos, qui est ce M. Richard Rodgers?"
C'est le jeune homme qui nous empêche de petit-déjeuner.
Un instant. Vous allez voir que Larry n'est pas si connu que ça.
- Les paroles. - Oui?
"Les paroles sont spirituelles et de bon goût.
En un mot, excellentes.
Leur auteur, que nous félicitons, est un inconnu:
M. Lorenz Hart."
- M. Hart. - M. Rodgers.
J'y vais!
Vous avez lu les critiques?
- Nous avons fait un malheur. - Bien sûr.
Bonjour, Dick.
- Vous avez lu pour Herbert Fields? - Non, raconte.
"Les sketchs sont d'un jeune inconnu, nommé Herbert Fields.
Se détachant de la distribution, le chanteur Eddie Anders, qui..."
C'est moi!
Félicitations!
J'y vais.
- Bonjour. - Vous savez la nouvelle?
- Un énorme succès! - Effectivement.
Bonjour, les gars.
- Tu as lu les critiques? - Oui.
- Ça ne va pas? - Au contraire.
James Kelly veut monter notre revue.
Il a vu la revue hier et il veut nous produire.
- Sur Broadway? - Pas à Pêtaouchnock.
Prépare-nous le petit déjeuner, maman. Vous aussi, Mary.
Rendez-vous à 15h précises.
On a déjà Funny Valentine.
- L'heure? - 9h30.
J'ai un appel à passer. Discutez entre vous.
Mademoiselle, passez-moi Trafalgar 2098.
Allô? C'est ma belle aux yeux bleus?
Non, votre belle aux yeux rouges. Qui est-ce?
Larry Hart.
Ne vous réveillez pas. Votre rêve va se réaliser.
Notre revue est vendue!
Larry, je suis si heureuse pour vous!
Vous aurez un rôle.
Je viendrai vous voir ce soir avec Herb et Dick.
Je ne vois rien d'autre à vous dire.
Merci, Larry.
Je voudrais vous passer sous la toise. Je parie que vous avez grandi.
Tout comme moi.
Chaussures Backett Soyez aussi grand qu'elle
AVANT - APRÈS
Elles vous vont bien, monsieur.
- Vous trouvez? - Tout à fait.
Levez-vous.
Faites quelques pas.
Tournez.
Elles sont confortables,
mais il me semble dévaler une pente.
C'est normal.
Et pour le pantalon?
Plus les talonnettes vous grandissent,
plus le pantalon remonte.
- Mais une simple retouche... - Une retouche.
Vous ratez votre effet!
Elles sont confortables,
mais elles sont dures derrière.
Vous ressentirez une certaine raideur, mais cela s’atténuera avec le temps.
- Elles me vont bien? - Très bien.
En ôtant vos chaussures le soir, si vos oreilles bourdonnent,
ne vous alarmez pas.
"15h précises", hein?
Tu connais Larry.
Il est 17h15, et il n'est toujours pas là!
Salut!
Vous ne remarquez rien?
Les cheveux?
La barbe?
- Alors? - Qu'est-ce donc?
Les chaussures!
J'ai grandi de 5 cm!
Tu plaisantes?
Système invisible. Tu y viendras. Des appels?
Peggy.
On va la voir à son club, ce soir.
Elle est ravie d'avoir un rôle.
- Un rôle? - Dans notre nouvelle revue.
- Comme choriste? - Non. Elle sera notre vedette.
Elle a du talent, non?
Oui, mais pas assez de métier.
- Tu connais Joyce Harmon? - Bien sûr.
M. Kelly l'a sous contrat.
Il produit notre revue exprès pour elle.
- Joyce Harmon est excellente. - Je sais, mais...
On n'a guère le choix.
Il veut une vedette en tête d'affiche pour plus de sécurité.
Ça se comprend.
Je comprends.
Les bêtes s'y réunissent Les nuits de pleine lune
Les bisons sont rares Mais pas les tocards
Là-bas, dans l'Ouest
Dans l'Ouest sauvage
Là-bas, dans l'Ouest Sur West End Avenue
Racontez-moi tout.
Vous êtes mon invité.
J'ai 25% de réduction.
À nos futurs succès.
- Peggy. - Qu'y a-t-il?
La revue ne se monte plus?
J'ai parlé avec Dick et Herbert.
Le producteur a signé Joyce Harmon.
- Ce sera elle, la vedette. - Exact.
Vous m'en voyez désolé.
Tout mon enthousiasme s'est envolé.
Ce n'est pas la fin du monde.
J'ai eu une proposition aujourd'hui pour partir en tournée.
Pas un grand rôle, mais on m'assure un bon cachet,
et ça me fera de l’expérience.
Le moment est mal choisi, mais...
- Depuis que je vous ai vue... - Je vous en prie.
Nous sommes un peu désorientés,
et nous avons beaucoup de projets.
- Moi, j'en ai plein. - Au moins, vous savez.
Buvons, avant qu'il s’évente.
Cette déception affecta énormément Larry Hart.
Moi, j'étais surtout intéressé par notre nouvelle revue...
et par notre nouvelle vedette.
La chance sourit rarement
Mais de moi, elle se moque ouvertement
Si un fer à cheval je cherchais
Un coup de sabot je récolterais
C'est sûr, ma chance va tourner
Ce mauvais sort n'est que passager
Oui, ma chance a tourné
Mais elle n'a fait qu'empirer
Où est l'arc-en-ciel des féeries
Où est le beau temps après la pluie
Où est le nid d'amour
Où l'amour règne pour toujours
Où est la chambre bleue des chansonniers
Où est le rayon de soleil des fortunés
Il paraît que demain est un autre jour
Mais permettez-moi d'en douter
Au cinéma, tout finit toujours
Par un baiser passionné
Où est donc Don Juan? Où erre-t-il?
Avec ses cheveux tout gominés
Il n'est pas difficile de comprendre
Que tout ira pour le mieux
Que tout finira bien
Sauf pour moi
Il n'est pas difficile de comprendre
Que tout ira pour le mieux
Que tout finira bien
Même pour moi
On a la chambre bleue Des chansonniers
Les jours meilleurs Sont arrivés
On a le nid d'amour Des contes de fées
Le rayon de soleil Après l'ondée
Et l'arc-en-ciel
Désormais, l'arc-en-ciel est à nous
- Qui est-ce? - C'est moi.
Entrez donc.
Je viens avant la foule.
- Comment étais-je? - Sensationnelle!
Merci pour tout. Les fleurs, votre aide, l'orchestre.
Je vous en prie.
Joyce, aimeriez-vous sortir ce soir?
Dick, les soirs de générale me fatiguent.
Je rentre me reposer.
- Remettons ça. - Avec plaisir.
Demain? C'est dimanche.
Venez prendre le thé chez moi vers 16h.
À 16h? C'est noté.
Encore des fleurs.
Dick, elles sont splendides. Merci.
Asseyez-vous.
- Je déteste les générales du samedi. - Moi aussi.
Il faut attendre les critiques jusqu'à lundi. Une vraie torture!
Qu'y a-t-il, Dick?
Je ne sais comment m'y prendre, à vrai dire.
Je vous aime depuis notre première rencontre.
Et vous?
Êtes-vous sérieux?
Épousez-moi.
Je crois que j'ai tout dit.
Dick, venez près de moi.
Je suis très émue par votre déclaration.
Vous êtes la gentillesse même.
Mais ce serait une folie.
Et alors?
Pour aimer, il ne suffit pas de le dire ou de le croire.
Croyez-moi, il est impossible que vous m'aimiez.
Pourquoi?
C'est mathématique. J'ai 33 ans, vous 23.
Cela ne compte pas!
Quand une femme a 33 ans,
un jour, une semaine, un mois comptent.
Dix ans, c'est un siècle!
Je m'incline.
Aimez-vous le thé avec ou sans sucre?
Avec de l'arsenic.
Tout le sucre du monde n'aurait adouci mon amertume.
La femme de mes rêves ne m'aimait pas.
Je fis comme tous les jeunes gens dont on a brisé le cœur.:
Je décidai d'aller au cinéma.
J'avais besoin de compagnie.
Je passai chercher un vieux camarade, Ben Feiner.
Dorothy, Ben est là?
- Non, mais entrez. - Merci.
Ben est sorti.
Vous avez drôlement grandi!
C'est assez récent.
Je voulais inviter Ben au cinéma.
- J'ignore quand il rentrera. - Peu importe.
Vous étiez en pension?
J'ai vu votre revue hier soir.
Ça m'a beaucoup plu.
- J'ai vu toutes vos revues. - Toutes les deux?
Asseyez-vous.
J'allais prendre le thé. En voulez-vous?
Merci. Je l'ai déjà pris.
- Et vos parents? - Ils vont bien.
Je vais aller voir le film seul.
Vous avez vu Le Roman de Marguerite Gautier?
Pas encore. Mais j'y compte bien.
Dites à Ben de m'appeler.
Voulez-vous qu'on y aille ensemble?
Merci, je ne puis accepter.
Pourquoi?
Je ne sors pas avec... des hommes d'un certain âge.
Pardon?
Vous savez, tous les amis de Ben sont...
Un peu mûrs!
Vous me comprenez.
Je comprends. Je comprends très bien!
Ce fut vraiment une journée noire. On m'avait rejeté deux fois.
Pour l'une, j'étais trop jeune, pour l'autre, trop vieux.
Je me voyais parcourir le monde en solitaire jusqu'à ma mort.
Le Roman de Marguerite Gautier était le film parfait, vu mon humeur.
J'avais oublié qu'un de nos numéros
passait en attraction.
Rappelez-vous le garçon Marchant dans la neige
Qui portait une bannière Avec une drôle de devise
"Excelsior"!
Cette devise vaut pour les habitants
De Richmond Hill ou de New Rochelle
De Chelsea ou de Sutton Place
Il faut aller vers les hauteurs
Pour obtenir le meilleur
Regarde la belle pomme En haut de l'arbre
Plus elle est élevée Plus elle est sucrée
Pour cueillir des fruits, il faut se hisser
Sur la pointe des pieds
Regarde le bel appartement En haut de l'immeuble
Plus il est élevé Plus il faut payer
Trouve le blé Ne sois pas niais
Sur la pointe des pieds
Pour faire arriver le courrier On s'envole dans les airs
Pour briller en société On danse comme Fred Astaire
Regarde la jolie poupée Le haut du panier
Tu te demandes Si tu as tes chances
Mon garçon, une seule solution Hisse-toi
Sur la pointe des pieds
Sur la pointe des pieds
J'étais très seul, ce jour-là.
Larry était parti voir Peggy.
J'espérais qu'il aurait plus de chance que moi.
Je suis cernée!
Une porte close, une chanson de Rodgers et Hart,
et ensuite?
Vous ne devinez pas? La scène d'amour.
Le garçon dit à la fille qu'elle est belle comme le jour.
Même s'il fait nuit.
Lorsqu'il n'a plus rien à dire,
il sort de sa poche une bague.
Essayez-la.
Vous ne la voulez pas?
Bien sûr que je la veux. Mais je ne puis l'accepter.
Ce n'est que moi, Larry Hart, votre futur mari.
C'est justement l'ennui.
Comment cela?
Je vous aime trop pour vous berner, pas assez pour vous épouser.
Trop et pas assez...
Je vous en prie.
Vous avez du succès, du talent, de l'humour
et toute la vie devant vous.
Sans vous, rien n'a d'importance.
J'aurais voulu que ce fût vous. Je m'en veux.
Ce n'est pas votre faute, c'est la mienne.
Ça fait mal, de perdre ses illusions.
Je me doutais que je ne pouvais vous plaire.
J'aurais tellement voulu dire "oui".
Je sais.
Je ne suis pas votre rayon de soleil, votre étoile, votre prince charmant,
voilà tout.
- Où allez-vous? - Peu importe.
Du moment que c'est loin.
Lexington 5400.
Allô, Dick. Larry est rentré!
- Bonjour, M. Hart. - Salut, Dick.
- Alors? - Je vais très bien.
Tu nous as manqué. Où étais-tu passé?
Parti visiter des lieux qui m'attiraient.
- Tu les as bien visités? - Dans leurs moindres détails.
- Et la revue? - Recettes record.
Fantastique. Quoi d'autre?
Pas grand-chose. J'ai deux nouveaux airs.
C'est bien.
Qu'est-ce qui ne va pas?
Tu connais la chanson. L'histoire d'amour ralentit l'action.
- Je peux faire quelque chose? - J'ai déjà tout essayé.
Fini, les chansons d'amour.
Rien que des chansons vives, brillantes!
Tu m’inquiètes.
Je n'avais pas l'intention de vous causer des soucis.
- Oublions le passé. - Oui.
J'ai tourné la page. Presque.
Que fait-on, maintenant?
- Tu veux reprendre le travail? - Je t’écoute.
Cochran, de Londres, offre de monter notre revue.
- The Girl Friend? - Oui.
- Cochran? - Tout de suite.
C'est intéressant?
On en pense quoi?
Je suis prêt.
Moi aussi. Quand partons-nous?
"Londres, berceau de l'Histoire, ville de traditions,
ville de Shakespeare, de Chaucer..."
Ville sans vendeurs de hot-dogs!
- Ça ne t’intéresse pas? - Mais si.
Ne fais pas attention à lui.
Le Parlement.
"Ce bâtiment impressionnant
fait 3,5 hectares, contient 1100 pièces
100 escaliers et 3 km de couloirs."
Tant que je n'ai pas à le balayer.
"C'est la mère des parlements..."
Et moi qui devais écrire à ma mère! Allons-y!
Aucun visiteur Aucun inquisiteur
N'entreront dans notre appartement
Je te laisserai le décorer Selon tes volontés
Tout comme ton cœur le désire
Ici, nous serons chez nous
Nous vivrons à notre guise
Je t'ai préparé un doux foyer
Où nous pourrons rêver
En paix
Nous aurons une chambre bleue
Une chambre rien que pour nous deux
Nous y coulerons des jours heureux
Car tu es mon épouse adorée
Elle n'aura rien d'une salle de bal
Ni d'un minuscule local
J'y fumerai la pipe en rêvant
Ta tête sur mes genoux
Nous n'aurons besoin pour subsister
Que de baisers enflammés
Madame et monsieur
Dans de petits fauteuils bleus
Tu brodes d'une main gracile
Et Robinson sur son île
N'est pas plus éloigné des rumeurs de la ville
Que notre chambre bleue
Tout là-haut, sous les cieux
Ils n'auront besoin pour subsister
Que de baisers enflammés
Madame et monsieur
Dans de petits fauteuils bleus
Elle brode d'une main gracile
Et Robinson sur son île
N'est pas plus éloigné
Des rumeurs de la ville
Que notre chambre bleue
Tout là-haut, sous les cieux
"La revue de Rodgers et Hart a conquis le public londonien.
R et H vont monter à New York Un Yankee à la cour du roi Arthur."
Adieu, la tranquillité.
Le voyage de retour fut sans histoires.
L'insouciance de Larry disparut.
Te voilà.
Tu sais qui serait parfaite pour notre revue?
- Qui ça? - Peggy.
C'est le rôle idéal pour elle.
- Tu es sérieux? - Appelle-la.
Il y a un téléphone à bord. Qu'attends-tu?
Ça ne vous enthousiasme pas?
Nous arrivons demain matin. Rendez-vous sur le quai.
Je compte sur vous. Je ne veux rien entendre.
À demain. Ne me faites pas faux bond.
Tu la vois?
Pas encore.
- Dick Rodgers! - Bonjour, Ben.
- Larry. - Salut, Ben.
- Tu viens d'arriver? - Oui.
Moi aussi, de Naples.
Je reviens.
- J'ignorais que tu étais en Europe. - Nous y étions en famille.
M. Feiner.
Bonjour.
Dorothy, quel changement!
M. Feiner, vos bagages sont prêts.
Apportez-les à la douane. À bientôt, Dick.
- Au revoir. - Voulez-vous aller au cinéma?
Si mes parents m'y autorisent...
Je fête bientôt mon anniversaire. Venez donc.
- Quel âge? - 18 ans.
J’hésite... Vous êtes trop vieille pour moi!
Je demanderai l'autorisation à mes parents.
À bientôt alors.
Un télégramme pour M. Hart!
- Par ici! - M. Lorenz Hart?
Signez ici.
Une minute.
- Pour vous. - Merci.
Larry, excusez-moi de ne pas être au rendez-vous.
J'ai signé un contrat de cinéma. Je suis partie pour Hollywood.
Bonne chance pour la revue. Amitiés. Peggy.
Fais un vœu!
Bon anniversaire, petite sœur.
- Vous dansez? - Je préfère grimper à un arbre.
Je n'en ai pas sur moi.
Moi si. Venez.
Est-ce un arbre de ma connaissance?
Vous verrez. Par ici, je vous prie.
- Qu'est-ce? - Mon arbre privé.
J'y passe le plus clair de mon temps.
C'est ici que je fais mes plus beaux rêves.
C'est merveilleux.
- Maintenant, racontez-moi votre vie. - À cette altitude?
Commencez à partir de votre passion pour Joyce Harmon.
Vous avez lu mon courrier.
- Elle vous a brisé le cœur? - Je pense bien!
J'ai mis du temps à m'en remettre. Une heure et demie!
Ce n'est pas ce qu'on dit.
Ah bon?
Vous seriez parti à Londres pour l'oublier.
Vous allez me donner du mal!
C'est vrai, j'aimais Joyce et je suis parti pour l'oublier.
C'est une femme remarquable. Nous devrions lui être reconnaissants.
- Je lui dois beaucoup. - Comment cela?
Grâce à elle, je suis ici.
Vu comme ça...
Je vais lui faire envoyer des fleurs!
- Et Larry? - Il va finir par arriver.
Sans paroles, nous sommes bloqués.
Je vais voir ce qu'ils disent.
Salut, Dick.
Alors, ça va?
Il y a un problème?
Allons faire un tour.
Où étais-tu passé?
Je reviens de Californie.
Et alors?
Elle était partie au Mexique.
- Tu ne l'avais pas prévenue? - Si, mais elle ne m'a pas attendu.
Je ne sais que te dire.
- Il n'y a rien à dire. - Bien plus que tu ne crois!
Qui d'autre osera te le dire?
Les répétitions sont stoppées, faute de paroles.
On t'attend, et toi, tu joues la fille de l'air!
C'est de la folie!
Tu es en train de tout gâcher.
Il faut que tu te ressaisisses! Cesse de rêver l'impossible!
Tout est prêt.
J'arrive.
Un Yankee à la cour du roi Arthur
Mes yeux te déplaisent-ils?
Ils ne voient que toi
Tes yeux, douce damoiselle, daigneront-ils
Voir enfin que je t'aime?
Vois, je pâlis d'amour
Mon cœur défaille à ta vue
Je connais une douce ritournelle
Une histoire triste mais vraie
Une histoire
Triste
Mais vraie
Tes paroles me troublent fort, Messire
Car tu m'es cher, Messire
Tu pourrais me conquérir, chevalier Si tu me courtisais
Discrètement, je sauterais de joie
Sans laisser paraître mon émoi
C'est toi désormais Mon preux chevalier
Tu es martial
Tu es gracieux
Comment te résister
Beau chevalier?
Si tes lèvres tremblent d'amour
Mes baisers sauront les apaiser
Tu es épatant, tu es amusant
Tu es gentil, tu es magnifique
Embrasse-moi tendrement
Tiens-moi la main
Tes yeux énamourés
Me font chavirer
J'en hurle de joie
Tu es ma petite merveille à moi
Je me sentirais comme une reine
Dans une chaumière pour deux
Deux pièces, une cuisine
Que demander de plus?
Un petit lopin de terre
Saura me satisfaire
Tu es épatant, tu es amusant
Tu es magnifique
- Tu es amusant - Tu es épatante
- Tu es gentil - Tu es magnifique
Tu es fantastique Tu es sensationnelle
Tu es magnifique
Une chanson dans mon cœur
Je vois ton visage aimé
Ce n'était qu'une chanson
Qui devint un hymne à ta grâce
Mais j'ai toujours su
Que je passerais ma vie
À chanter une chanson
Pour toi!
- Elle vous plaît? - Beaucoup.
Rejouez-la.
Cette chanson peut résoudre bien des problèmes.
Imaginez deux êtres qui s'aiment.
Mais le jeune homme est timide.
Il n'a qu'à chanter cette chanson.
Elle lui évitera de bien longs discours.
Je vois.
Rien qu'à l'entendre, la jeune fille pourrait dire "oui".
N'est-ce pas?
Après avoir appris à le connaître.
Mesdames et messieurs,
Mlle Lena Horne.
Nous nous sommes déjà rencontrés
Et, comme aujourd'hui,
Nous nous sommes regardés
Mais je ne sais plus
Ni où ni quand
Les habits que tu portes
Sont ceux que tu portais
Le sourire sur ton visage était le même qu'aujourd'hui
Mais je ne sais plus
Ni où ni quand
Et aujourd'hui
Ce doux passé
Semble revivre plus ensorcelant encore
J'ai l'étrange sentiment
Que nous nous sommes déjà rencontrés
Que nous avons été heureux
Que nous nous sommes aimés
Mais qui sait
Où et quand?
Quelle coïncidence! C'est un de vos airs qu'elle chante.
Si vous croyez que c'est une coïncidence, écoutez celui-ci.
J'aime bien le ragoût de mouton
Je ne tiens pas trop au foie gras
J'ai déjà fait de l'auto-stop
Par tous les temps
Je vais rarement au bal
Et, ce qui est bien triste
Je ne m'en porte pas plus mal!
Les gens chics, je vous l'avoue, me laissent indifférente
Je suis bohème, pour tout vous dire
J'ai trop faim pour dîner à 20h
J'aime le théâtre mais j'y suis à l'heure
Les gens qui me déplaisent le savent très bien
Je ne suis pas une fille "bien"!
Les titres de noblesse me laissent de glace
Quand je vais à Harlem, je ne porte ni hermine ni perles
Je ne dis pas du mal de mes meilleures amies
Je ne suis pas une fille "bien"!
J'aime que mes cheveux volent au vent
Je vis sans soucis
Sans argent aussi
Pour moi, la Californie n'a pas d'attrait
Je ne suis pas une fille "bien"!
J'aime les plages populaires
Le base-ball me passionne
Je lis les journaux de long en large
Je ne suis pas une fille "bien"!
J'aime les matches de boxe non truqués
J'aime ramer sur le lac de Central Park
À l'opéra, je ne m'endors pas
Je ne suis pas une fille "bien"!
J'aime marcher dans l'herbe
Je n'ai pas peur de me salir
Je suis fauchée Comme les blés
Je reste toute seule, au coin du feu
C'est pourquoi, je vous le dis
Je ne suis pas une fille "bien"!
- C'est le moment idéal. - Pour quoi?
Pour une demande en mariage.
Êtes-vous sûre qu'on se connaisse assez?
C'est difficile à dire... Un baiser pourrait m’éclairer.
Nous avons fait connaissance.
À votre avis, comment Larry va-t-il réagir à notre sujet?
Il va être déprimé.
Nous nous aimons et nous allons nous marier.
Une vie magnifique devant nous... Et lui, qu'a-t-il?
- Laissez-moi le lui annoncer. - Que lui direz-vous?
Je suis bien inspirée, ces jours-ci. Je trouverai les mots qu'il faut.
Je suis ravi de cette demande en mariage.
Moi aussi!
Quel est donc ce secret?
Dick et moi allons nous marier.
C'est merveilleux!
Elle se marie!
Félicitations.
Elle se marie!
C'est merveilleux.
Je connais Dick depuis si longtemps... Cela me fait tout drôle!
C'est un chic type.
Vous aussi.
Je suis un type qui écrit des paroles,
disparaît, prend du bon temps, réapparaît et récrit des paroles.
Je sais.
Et vous souffrez, Larry.
- Je ne veux pas en parler. - Moi, si.
Notre bonheur ne sera pas complet si vous êtes malheureux.
Malheureux? Je suis la gaieté même.
Ça n'empêche pas la tristesse.
J'admets. Il m'arrive d'être malheureux.
Vous êtes une femme. Expliquez-moi.
Pourquoi a-t-il fallu qu'elle ne m'aime pas,
moi qui l'aimais tant?
Vous n'en savez rien.
Il y a quelque chose en moi qu'elle ne pouvait souffrir.
- Suis-je laid à ce point? - Ne dites pas ça.
Je deviens trop sentimental.
Dick aimerait travailler avec vous à Hollywood.
Il a peur que vous refusiez.
- Voulez-vous me faire un cadeau? - Tout ce que vous voudrez.
Venez avec nous. Nous ferons notre voyage de noces en Californie.
Votre voyage de noces?
Vous avez su me décider. Hollywood, me voilà!
- On est à Hollywood? - Non, à Beverly Hills.
Sur votre gauche, le Beverly Hills Hôtel.
Le Théâtre Chinois.
Rien ne vaut une vue panoramique.
On arrive au Mont Blanc?
J'ai cru comprendre que vous séjourneriez ici longtemps
avec votre mère.
Et quelques amis.
Il vous faut une demeure confortable.
Ni trop exposée ni trop tape-à-l'œil.
Nous y sommes.
Une petite maison intime...
C'est loué avec ou sans personnel de maison.
Voyons: "Majordome, valet, cuisinière, pâtissier,
bonnes... au pluriel".
- Où est la sonnette? - La voilà.
"Jardinier, chauffeur, valet de pied, gardien."
- Je suis de l'agence immobilière. - Entrez, je vous prie.
L’écho me tiendra compagnie.
Le bureau est par là.
Le bureau.
Le studio, par là.
La salle à manger, par là.
La salle de projection, par là.
Le théâtre de poche, par là.
Et la salle de billard, là-bas.
Qui a construit ça? La Metro-Goldwyn-Mayer?
Ici, la salle de séjour.
On peut y séjourner à plusieurs.
Vous n'avez encore rien vu.
Le patio.
La piscine.
Regardez-moi cette vue!
Impressionnant, non?
Il manque l'essentiel.
Un aérodrome.
Il y aurait la place pourtant. Qu'en pensez-vous, M. Hart?
C'est un endroit fabuleux. Je prends.
Parfait.
Toute ressemblance entre un homme sensé et moi serait fortuite.
"M. Et Mme Dick Rodgers. Train de Santa Fe pour Los Angeles.
"Je vous invite dans ma nouvelle petite bicoque.
Indiquez au chauffeur fin de Summit Road.
Tenue de soirée et dame exigées. Amitiés, Larry."
"Fin de Summit Road". Nous y sommes.
La salle de bal est dans le patio.
C'est comme d'arriver en ville!
Un instant, mon brave.
- Qu'en penses-tu? - Très intime!
- Venez. - Que fêtes-tu?
Peu importe. Tout Hollywood est ici!
Toute la côte ouest, même.
Comme quoi, un New-Yorkais peut conquérir Hollywood.
Venez saluer maman.
Un verre, Dick? Et vous, Dorothy?
Un petit four?
- Regarde qui est là. - Mme Hart.
Dick et Dorothy!
Quelle joie de vous revoir.
- Vous êtes ravissante. - Merci.
Voici Judy Garland. Salut, Judy!
Larry!
Vous connaissez ma mère. M. Et Mme Rodgers.
- Bravo pour la fête. - Merci.
Pardon, je dois m'occuper de mes invités.
Tu viens, Larry?
Je suis de corvée. Je reviens.
Il ne s'arrête jamais.
Jouerez-vous notre revue?
On en parle depuis si longtemps. Cela a l'air d'une plaisanterie.
On vous attend à New York.
Je sais. Nous sommes réunis à Hollywood.
On pourrait tourner un film.
Larry m'a dit que vous aviez un scénario.
Et sûrement des chansons.
C'est-à-dire que nous sommes...
Dorothy, je m'excuse!
Vous êtes en voyage de noces, et j'essaie d'enlever votre mari!
Je savais ce qui m'attendait, en épousant un compositeur.
- Merveilleux. - Quoi donc?
On va tourner un film!
- Vrai? - Tu as bien entendu.
Dans ce cas, il faut qu'on vous auditionne.
Je vais vous prêter main forte.
Mel, jouez Je voudrais t'aimer encore.
Tu ne sais pas ma joie
Lorsque nous nous sommes séparés
Tu ne sais pas que j'ai touché du bois
Le cœur joyeusement brisé
Adieu les soucis Je dors toute la nuit
Mon appétit est revenu
Ce que vous ignorez
C'est qu'on s'ennuie!
Nos nuits sans sommeil Nos bagarres quotidiennes
Nos querelles, où sont-elles?
Je voudrais t'aimer encore
Les rendez-vous manqués Le manque de ponctualité
Les accords et les désaccords
Les assiettes qui volaient
Je voudrais t'aimer encore
Plus de tristesse
Plus de stress
J'ai retrouvé la raison
Mais je préférerais être zonzon
Nos éternelles disputes
Ton caractère infernal
Nous voudrions nous aimer encore
Les soupirs appuyés
Les promesses brisées
Les couleuvres qu'on accepte d'avaler
Je voudrais t'aimer encore
Quand l'amour s'est usé
La triste vérité apparaît
La trahison de sa bien-aimée
Je voudrais t'aimer encore
Plus de contrariétés
Plus de regrets
Je suis revenu à moi
Mais j'aimerais mieux être gaga
Je préfère en somme
Nos chamailleries de cour d'école
La tranquillité nous assomme
Nous voudrions nous aimer encore
Faisons Johnny-une-note, en mi bémol.
Venez jouer près de moi. Nous serons mieux.
Johnny ne pouvait sortir qu'une seule note
Et cette note, la voici
Pauvre Johnny-une-note
Il chantait avec passion À en faire trembler la maison
Pauvre Johnny-une-note
Il hurlait tant et si bien Qu'il en devenait tout bleu
Tenir une note, c'était sa fierté
Il n'entendait pas la trompette
Il n'entendait pas le tambour
Il chantait à tue-tête
Aux autres, il était sourd
Pauvre Johnny-une-note
Da était l'occasion rêvée De montrer l'étendue de son talent
Quand Johnny poussa son cri
Tous les critiques crièrent au génie
Tandis que dans sa tombe se retournait Verdi
Il n'entendait ni la flûte Ni le trombone à coulisse
Tout le monde se taisait Quand Johnny chantait
Les chiens, les chats Les lions du zoo
Tous étaient jaloux de son cri animal
Le tonnerre cessa de tonner
La circulation s'arrêta Et les chutes du Niagara se turent
Le sifflet de l'arbitre, du chef de gare
Du policier, de la bouilloire
Il leur coupa tous le sifflet
Chante, Johnny-une-note
Chante avec passion Et fait trembler la maison
Chante, Johnny, de tout ton cœur
Chante, Johnny-une-note
Chante, Johnny-une-note
- Réussie, ma soirée? - Très.
Bonsoir, Larry.
- Où allez-vous? - Il est 4h passées.
- Il est tôt! Restez, voyons! - Bonne nuit.
Bonne nuit.
Nous partons, Larry.
Vous ne restez pas dormir ici?
Nous sommes descendus à l'hôtel.
Nous nous verrons demain.
Un dernier pour la route?
Et vous, Dorothy?
C’était une belle fête, non?
- Très réussie. - Magnifique.
Bonne nuit.
Bonne nuit, Dick!
Bonne nuit, Larry.
On remballe, les gars.
Attendez!
- Que se passe-t-il? - Les invités sont partis.
Pas besoin d'eux... Continuez à jouer.
Du champagne pour l'orchestre! Beaucoup de champagne!
Une préférence?
Oui, jouez donc...
Non, il vaut mieux pas.
Ce que vous voulez,
pourvu que ce soit du Rodgers et Hart.
Morceau 16, je vous prie.
Lune bleue
Sous ton regard, j'étais seul
Sans un seul rêve au cœur
Et sans personne à aimer
Lune bleue
Tu savais pourquoi j'étais là
Tu as entendu ma prière
Pour quelqu'un que je saurai aimer
Et soudain apparut à mes yeux
Mon amour, mon seul amour
Murmurant des mots très doux
Je te remercie, lune bleue
Lune bleue
Sous ton regard, je ne suis plus seul
Sans un seul rêve au cœur
Sans personne à aimer
Lune bleue
Nous tournâmes plusieurs films à Hollywood
au cours des années suivantes.
Mais on nous demanda une revue pour Broadway,
et nous rentrâmes.
En quittant New York, Dorothy et moi étions deux,
deux adultes.
Nous rentrions quatre.:
Deux adultes et deux enfants.
Pardon. Nous étions cinq.:
Deux adultes
et trois enfants.
Tu n'as jamais rien écrit de mieux.
Merci.
Quand écriras-tu la chanson d'amour?
Bientôt.
- Entrez. - Chicago dans 20 minutes!
On va se reposer à l'hôtel. Tu viens?
Non, je veux voir la ville.
Le train part à 16h, et il n'attend pas!
Je serai là.
- C'est sûr? - Compte sur moi.
On ne peut pas compter sur lui!
Nous attendons ses paroles depuis des semaines!
Sans elles, pas de chanson d'amour!
- Sans chanson d'amour, pas de... - Pas de revue. Je sais.
Je suis vraiment inquiet, cette fois, Eddie.
J'irais à sa recherche, mais je dois superviser la revue.
C'est compréhensible.
Même si je le retrouvais, que se passerait-il?
Je l'ai tant sermonné!
On doit le faire revenir.
Écoute, Dick, laisse-moi essayer de le retrouver.
- Tu veux bien? - Ça va de soi.
Larry resta introuvable.
Déprimé, abattu, il errait sans espoir, sans but.
Il était perdu, et nul ne pouvait le guider.
Il lui fallait retrouver son chemin tout seul.
Il fait chaud, ce soir.
Mais la brise est agréable.
Quelle belle nuit... On voit les étoiles.
À ce qu'on dit.
Un instant.
"Le printemps renaît.
Pourquoi y suis-je insensible?
Les étoiles brillent.
Pourquoi la nuit n'a-t-elle pas d'attrait?
C'est sans doute parce que...
personne ne m'aime.
Le printemps renaît... à ce qu'on dit."
Taxi!
Oui, bien sûr!
À plus tard, ma jolie.
Si elle ne vous plaît, échangez-la!
- Où allez-vous? - Voir quelqu'un.
À l’aéroport.
Vous venez me donner un coup de main?
Tonton Larry!
Bonjour, Linda chérie.
Ravie de vous voir.
C'est des cadeaux?
Le violet est pour toi. Le bleu pour ta sœur.
Un bisou?
Encore un pour vous, Dorothy.
Et le plus gros pour Dick.
- Merci, M. Hart. - M. Rodgers.
Larry, vous semblez fatigué.
Moi? Pas du tout.
Moi, oui. Allons nous asseoir.
- Nous aussi? - Non, seulement les adultes.
Remerciez Larry et allez jouer.
Merci, tonton Larry!
Ravi de te revoir.
C'est très agréable.
Ça me plaît.
L'herbe, les arbres... Ça me plaît quand même.
Reste un peu.
Oui, Larry. Restez.
Très volontiers.
Ça me plairait beaucoup.
Dis-nous où tu as été.
Un peu partout.
Vous voulez manger un morceau?
Non, merci.
Je vais rester dans ce fauteuil à vous regarder, vous et les enfants.
L'air est si pur, ici.
Une tasse de café?
Vous vous rappelez Peggy?
Elle n'a pas très bien réussi.
Dois-je... essayer de l'aider?
Si cela peut vous aider.
J'en doute.
Rien ne me réussit.
Je ne me fais pas d'illusions.
En réalité, Peggy n'est plus qu'un symbole.
Le symbole d'une longue suite de déceptions!
- Ne dites pas ça, Larry. - C'est la vérité.
J'ai décroché le succès, oui.
Mais ma vie n'est qu'une faillite.
Pourquoi?
Je l'ignore.
Je cours après je ne sais quoi.
Et ça ne me réussit pas.
Les paroles de M. Hart ont du succès.
Mais sa vie est un échec.
Voyons! Vous êtes tendre, généreux,
infiniment doué...
Installez-vous chez nous.
Recommencez à travailler.
Dick écrit une revue pour Gene Kelly. Aidez-le.
- Je ne sais pas... - Vous y arriverez.
Il faut vous reprendre. Remettez-vous au travail!
C'est important.
Vivre ici et me remettre au travail?
J'essaierai!
Et sans plus tarder!
Merci.
Massacre sur la 10e Avenue
Félicitations! C’était magnifique!
Vous étiez merveilleuse.
Je suis fière de toi.
Vera! Vous avez été incomparable!
Merci beaucoup.
Appelez un médecin!
Larry fut très malade, des mois durant.
Nous préparions une reprise d'Un Yankee à la cour du roi Arthur.
Larry s'épuisa à la tâche.
Le soir de la première, il était au plus mal.
Dick, je peux venir avec toi?
Tu connais toutes les chansons.
Et tu sais que je les chante mal!
Après chaque numéro, je viendrai tout te raconter.
- Prenez ceci. - Qu'est-ce?
À votre réveil, la revue aura rencontré le succès.
M. Hart.
M. Rodgers.
Il faut que... j'aille au théâtre!
Taxi?
Au théâtre Martin Beck!
Appelez un médecin!
Devant une salle comble,
les étoiles du music-hall rendirent hommage à sa mémoire.
Ils rendaient hommage à celui qui s'était cru seul...
Mesdames et messieurs,
je fais partie des chanceux qui, au théâtre, au cinéma ou à la radio,
ont eu le plaisir de jouer une revue de Rodgers et Hart.
Une expérience merveilleuse.
Nous avons pour eux une profonde admiration.
Les paroles de Larry étaient fines, spirituelles,
mais empreintes de tristesse.
Elles procureront encore longtemps du plaisir à des millions d'auditeurs.
Perry Como va nous interpréter une des meilleures chansons de Larry:
Une chanson dans mon cœur.
Une chanson dans mon cœur
Je vois ton visage aimé
Ce n'était qu'une chanson
Qui devint un hymne à ta grâce
Quand la musique fait un crescendo
Je te caresse la main
Nous avons Manhattan
Le Bronx et Staten lsland aussi
C'est merveilleux de se promener
Au zoo
Où est l'arc-en-ciel des féeries
Où est le beau temps après la pluie
Tu es épatant, tu es amusant
Tu es gentil, tu es magnifique
Embrasse-moi tendrement
Tiens-moi la main
J'aime que mes cheveux volent au vent
Je vis sans soucis
Sans argent aussi
Nos éternelles disputes
Ton caractère infernal
Nous voudrions nous aimer encore
Mais j'ai toujours su
Que je passerais ma vie
À chanter une chanson
Pour toi
À chanter une chanson
Pour toi
Sous-titrage: TÉLÉTOTA
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