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Original subtitles

Le 18 octobre 1950,

un député aux Communes,

posa une question au ministre des Affaires étrangères.

Cette affaire d'espionnage est donnée pour vraie.

L'auteur, ex-attaché militaire allemand,

révèle en détail une affaire sensationnelle

qui se serait déroulée

à l'ambassade de Grande-Bretagne, en Turquie, en 1944.

Des documents ultra-confidentiels,

tels que les plans du débarquement en Normandie,

auraient été volés et transmis aux Allemands.

A-t-on fait une enquête sur ces allégations ?

Des fuites aussi incroyables

ne pourront plus se reproduire.

Mais il faut, hélas, reconnaître

que, dans l'ensemble, cette aventure est véridique.

Ceci est une histoire vraie.

Toutes les scènes extérieures ont été tournées

aux endroits où l'affaire s'est déroulée.

L'AFFAIRE CICÉRON

Pour être précis, l'affaire débuta le 4 mars 1944.

Ce jour-là, des combats se livraient à travers le monde.

Mais nous sommes en Turquie, pays neutre.

Le soir de ce 4 mars 1944, un ministre turc

recevait tout le corps diplomatique

à Ankara, capitale de la Turquie neutre.

J'ai une soudaine migraine, Excellence.

J'en ai une depuis longtemps.

La station debout ?

La musique de Wagner, sûrement.

Votre pays doit vous apprécier, M. von Papen.

Vous êtes le seul Allemand capable de me surprendre.

Je n'ai jamais vu une aussi jolie femme

manger de si bon appétit.

Passez-moi un peu de salade, je vous prie.

J'apprécie fort la cuisine turque.

Mais de là à dîner au buffet d'une réception diplomatique...

Le nombre de dîners que je fais

égale celui des réceptions diplomatiques

où l'on me convie.

J'ai ma bière, merci.

Pourquoi avez-vous quitté Varsovie, comtesse ?

On est amené à y "recevoir" des bombes.

Pourquoi choisir la Turquie ?

Vous avez vécu en Angleterre.

Vous y avez des amis.

Les bombes sont aussi importunes à Londres

qu'à Varsovie.

Et votre patrie, la France ?

En veuve ruinée d'un Polonais pro-allemand ?

Cela exigeait du courage. Je n'en ai aucun.

Nous vous aurions protégée.

Vous protégez déjà

mes biens et domaines de Pologne.

Qui en est le protecteur ?

Goering, je crois.

Enfin !

Nous invitions souvent des Allemands, avant la guerre,

à chasser le cochon sauvage.

Je n'ai jamais invité Goering.

Goering tuant un cochon sauvage ?

Je trouvais cela trop fratricide.

Ce fut un plaisir.

M. von Papen, j'ai besoin d'argent.

Les temps sont difficiles...

Cessez d'être diplomate ! Vous pouvez m'aider.

Très volontiers. Si je le peux.

Je veux mes biens.

Hélas, la guerre...

- Alors, après la guerre. - Je vous le promets.

En attendant, je peux rendre des services à l'Allemagne.

Si je fais mes preuves, ce sera plus facile.

Qu'entendez-vous par là ?

Prêtez-moi de quoi vivre à Ankara.

Une avance.

Vous y gagneriez largement.

Vous savez tout ce que peut apprendre

une maîtresse de maison.

Comtesse Staviska !

Suggéreriez-vous d'espionner pour l'Allemagne ?

Je peux gagner ma vie !

C'est sordide et ça ne paie pas.

Sordide, oui. Mais ça paie.

En termes d'argent, peut-être.

Seul l'argent compte !

Hélas, c'est impossible.

Mais que vais-je devenir ?

Et vos amis ?

Je n'ai pas les amis que je veux

et ceux qui veulent en être n'en ont pas les moyens.

Excusez-moi...

L'ambassadeur d'Angleterre vient d'arriver !

Déjà ?

Nous parlerons mieux la prochaine fois.

Ce sera mon tour d'arriver à la 2e partie de la soirée.

Étant neutre, je peux arriver tôt et partir tard.

Et reprendre cette conversation

avec l'ambassadeur d'Angleterre.

M. Moyzisch !

Ne me regardez pas comme si vous aviez de la fortune personnelle.

La comtesse Staviska...

De quoi s'agit-il ?

Je crois que la comtesse a besoin d'argent !

Ce n'est pas moi qui ai fait les avances, je vous assure.

Mais elle a des amis partout...

N'insistez pas. Bonne nuit.

- N'élevez pas la voix. - Pourquoi ?

- Que voulez-vous ? - Allons dans votre bureau.

Ne faites pas l'âne, Moyzisch. C'est une occasion unique !

Devenez l'homme qu'envieront tous les diplomates allemands...

ou continuez à être un valet diplomatique.

Que craignez-vous que je vole ?

Pas un mot de ceci à quiconque

sauf à votre chef.

Ma vie dépend de votre discrétion.

Je refuse cette responsabilité.

Vous n'avez pas le choix. Votre vie en dépend aussi.

Je vous écoute.

Des documents britanniques "ultra-confidentiels"

sont entre mes mains.

Ils sont très précieux pour votre pays.

Je les vends...

20 000 livres sterling.

20 000 livres ?

Qui êtes-vous ?

Un espion, évidemment.

C'est votre métier ?

Pas exactement.

Mais j'ai longuement préparé ce jour.

Jamais un espion

n'a reçu 20 000 livres pour un renseignement.

Jamais un espion n'a détendu ce que je détiens.

Et un espion est nul en affaires.

C'est en général un patriote

ou un homme qu'on fait chanter.

Il est mal placé pour discuter

et raisonner froidement.

Vous nous croyez assez naïfs

pour payer 20 000 livres à un amateur...

des soi-disant documents confidentiels ?

Ni "soi-disant" ni "confidentiels"...

Ultra-confidentiels !

Je n'en doute pas.

Une affaire sérieuse m'attend.

On va vous reconduire.

Il me faut donc de la cervelle pour deux.

Mettez M. von Papen au courant.

Il prendra l'avis de Berlin.

Je vous laisse trois jours.

Le 7 à 15 h, je téléphonerai

pour demander s'il y a une lettre pour "Pierre".

Si vous dites non, vous ne me verrez plus.

Si vous dites oui, vous acceptez mon offre.

- Mais j'ai besoin de... - Si vous acceptez...

je reviendrai à 22 heures.

Je vous donnerai 2 rouleaux de négatifs des documents.

Vous me donnerez 20 000 livres.

En petites coupures.

Si cela vous intéresse...

il y aura une suite.

Chaque rouleau suivant vous coûtera 15 000 livres.

Est-ce clair ?

Pas du tout. Que contiennent ces documents ?

Je manque d'échantillons.

Les Anglais parlent de l'entrée en guerre des Turcs.

Pure supposition.

J'ai les minutes des conférences.

Il y a de quoi intéresser et affoler M. von Papen.

Quoi d'autre ?

Le programme des prochains bombardements

dans les Balkans.

Objectifs et forces engagées.

Continuez.

Les minutes secrètes de la conférence de Téhéran.

Ne soyez pas goinfre !

Vous en avez pour vos 20 000 livres !

D'où tenez-vous cela ?

Ça ne vous regarde pas, pas plus que mon identité.

Et ne me faites pas suivre.

Un Allemand ne sait jamais suivre discrètement.

Le destin vous a tendu la main.

Serrez-la bien.

- Bonsoir, Diello. - Soirée agréable, Excellence ?

Une soirée diplomatique !

Ça peut être utile ou inutile.

Les visages en sont parfois agréables mais...

les buts, jamais !

À propos de visages agréables,

n'avez-vous pas servi chez la comtesse Staviska ?

J'ai été le valet du comte

quand il était attaché d'ambassade, à Londres.

Elle était là, ce soir.

Je ne l'avais pas vue depuis des années.

Mme la comtesse va bien ?

Toujours adorable. Mais appauvrie.

Les Nazis lui ont pris tous ses biens.

Je suis désolé. Elle était très riche.

Elle savait user de sa fortune.

C'était une parfaite maîtresse de maison.

Un symbole vivant de son monde

qu'elle croyait éternel.

Un monde libéral, de beauté et de luxe.

C'était le bon temps...

Un monde révolu, je le crains.

Espérons que non.

L'étude sur le manganèse est à votre chevet.

Un moment, Excellence. Vos comprimés.

Seriez-vous capable, un jour, d'oublier quelque chose ?

Vous en seriez inconsolable !

En effet, Excellence.

La réponse de Berlin vient d'arriver.

"D'accord. Prenez toutes précautions.

"Établissez identité de l'agent.

"Attendons votre rapport d'urgence."

Signé : Kaltenbrunner.

Qu'entend-il par "précautions" ?

Vous ne devez verser l'argent

qu'après avoir développé les films

et estimé leur authenticité et leur intérêt.

- C'est une responsabilité ! - En effet.

L'argent vient d'arriver de Berlin.

20 000 livres !

Je n'ai rien prélevé, Moyzisch ! Recomptez-les chez vous.

Je ne voulais pas vous offenser.

Vous vous en tirerez seul ?

Et pour le développement ?

Je fais beaucoup de photo et je sais très bien développer.

Mettons le minimum de gens dans le secret.

Surtout si ce bonhomme nous fait marcher.

En ce qui me concerne...

tout cela me semble scabreux.

C'est peut-être un habile escroc,

peut-être même un agent anglais chargé de nous induire en erreur.

Qu'en pensez-vous ?

Un agent de renseignements d'échelon supérieur.

Diplomate de carrière, peut-être.

Un Anglais...

Un pur aristocrate sorti d'Oxford.

Vous voyez le genre : arrogant,

cynique et décadent.

Fantastique...

On lui a assigné un nom de code.

Cicéron.

On l'appellera Cicéron.

Un nom choisi personnellement par Ribbentrop.

A-t-il une signification ?

Aucune... mais ce qui me surprend,

c'est que Ribbentrop ait entendu parler de Cicéron.

C'est tout. Bonne chance.

Ne vous endormez pas. Beaucoup dépend de vous.

J'ai oublié l'argent.

Vous avez l'argent, je vois.

Vous avez le film ?

Versez-moi à boire pendant que je compte.

Vous avez certainement du scotch.

Un des agréments, en pays neutre,

c'est que les Allemands ont du bon scotch

et vos ennemis, de la bière de Munich.

20 000. Félicitations, Moyzisch.

Le film.

Attendez. Je dois d'abord développer le film.

Ce sera rapide. Tels sont mes ordres.

Soit ! Pour une fois...

Vous développez vous-même ?

Buvez donc ceci.

Vous tremblez comme un papillon. Ça raffermira vos ailes.

Je ferme à clé et n'ouvrirai qu'à vous.

"La Turquie...

"nous aidera de son mieux

"ne reculant que devant une belligérance déclarée."

Ouvrez, c'est Moyzisch.

Jolies photos, n'est-ce pas ?

Cela me semble authentique.

Évitez les grands airs !

Je suis autorisé à traiter avec vous pour l'avenir.

Vous avez donné mon prix ? 15 000 livres le rouleau.

Comment...

Si j'étais allemand et ambitieux,

quel code aurais-je choisi ?

30-01-33, jour où Hitler a pris le pouvoir.

Ça doit ouvrir un coffre sur deux, en Allemagne.

Le deuxième s'ouvrant à sa date de naissance !

Aucune imagination !

Calmez-vous ! II n'y avait rien d'intéressant dans ce coffre.

Mon gouvernement ira jusqu'à 10 000 livres.

Ne marchandons pas.

15 000. Je risque ma vie pour ces photos.

Mon prix est raisonnable. Vous le paierez.

Soit.

Mais il nous faut votre identité et vos sources.

Pourquoi ?

C'est très irrégulier

d'employer un agent qu'on ne connaît pas...

Je ne suis pas votre employé. C'est clair ?

Qu'importe. Nous devons savoir...

Vous n'avez rien besoin de savoir sur moi.

Je travaille à l'ambassade britannique.

Ça, vous l'apprendriez vous-même.

Et mon nom...

Votre nom de code sera Cicéron.

Cicéron...

Un bel esprit, éloquent...

et insatisfait.

Ce nom me plaît.

Quand aurai-je un deuxième film ?

Dans huit jours, à la même heure.

Ayez l'argent. Et changez le code du coffre !

Je vous suggère le 18-06-15 par exemple.

Jour de la bataille de Waterloo.

M. Diello ?

Je dérange Madame ?

Vous êtes toujours le bienvenu.

Entrez.

Asseyez-vous et racontez-moi les cancans.

J'ai la chance d'être invitée à dîner.

Par un chargé de mission.

Un chargé de mission en vue ?

Ni en vue, ni regardant.

C'est pour ça qu'il m'invite.

C'est plutôt parce qu'avec Madame...

il s'imagine déjà ambassadeur.

Je ne connais pas de diplomate qui vous vaille.

Parce que Madame connaît peu de valets.

Je vous en prie ! Je vous l'ai déjà dit !

Vous n'êtes plus mon valet.

Asseyez-vous et bavardons.

Les épouses du corps diplomatique tout entier,

Axe, Alliés et neutre,

ont été très jalouses cette semaine.

Pourquoi ?

Parce que la comtesse Staviska s'est montrée une fois de plus

la femme la plus radieuse et la plus prisée d'Ankara

à la dernière réception.

Encore une fausse rumeur !

Madame me calomnie : je peux citer mes sources.

- Dites-moi. - L'ambassadeur d'Angleterre.

Il a parlé de votre éclat et des jours passés

où vous symbolisiez tout ce dont un homme peut rêver.

Un symbole du bon vieux temps...

voilà ce que je suis !

La dernière !

Au mieux, j'en tirerai 1000 lires turques !

Portez-la pour moi au prêteur.

Marchander me rend malade.

Ne préférez-vous pas y aller ?

Vous pourriez racheter vos bijoux.

Je ne comprends pas... Les racheter ?

C'est pour vous.

5 000 livres sterling.

De ma part.

De votre part ?

Vous plaisantez ?

C'est trop beau pour être vrai.

Rien n'est aussi vrai que l'argent.

J'ignore quand je pourrai vous rembourser.

Il n'en est pas question.

Je ne peux pas ! L'épargne de toute une vie...

Je ne suis pas un épargnant.

Pour tout vous dire...

j'ai réussi une belle affaire.

J'en attends bien plus encore.

Quel rapport avec moi ?

Je vous offre ceci en échange de certains services.

Tout ceci doit rester très secret.

Bien entendu, l'ambassadeur ne sait rien.

Seuls mes associés et vous êtes au courant.

Il y aura de gros bénéfices.

Impossible de les garder à l'ambassade.

Les mettre à la banque attirerait l'attention.

J'aimerais vous les confier.

Eh bien ! Continuez.

Vous pourriez partir d'ici, louer une belle maison,

recevoir du monde...

Qu'y gagneriez-vous ?

Un endroit où traiter mes affaires discrètement.

Je resterai à l'ambassade

mais j'aurai deux pièces chez vous.

Je vois.

Je pense avoir 200 000 livres d'ici trois mois.

C'est le but que je me fixe.

Puis, l'Amérique du Sud.

Nouvelle vie, nouveau nom.

Cela suppose papiers et passeports.

Vous pourriez m'aider à les obtenir.

Comment ?

Je vous en reparlerai.

Et quoi encore ?

C'est tout.

C'est peu, pour 5 000 livres.

Me parlerez-vous de vos affaires ?

Plus tard, peut-être.

Quelle confiance en moi !

Mon indiscrétion vous ruinerait !

Et vous aussi.

Vous êtes bien sûr de vous...

C'est de vous que je suis sûr.

J'ai servi trois ans le comte Stavisky.

Nul n'est un héros pour son valet,

et la femme de son maître n'a pas de mystère pour lui.

- Vous me connaissez si bien ? - Suffisamment.

La source de votre argent ne vous préoccupe

que quand elle se tarit.

C'est exact.

Mais vous oubliez une chose : mon orgueil.

Au contraire, je compte dessus.

Il vous interdirait d'avouer que votre fortune...

vient d'un valet.

Vous vous tairez, par conséquent.

Versez-moi à boire.

Un seul verre me suffit.

Savez-vous pourquoi je vous avais congédié ?

Vous disiez ne plus désirer de domestique homme.

C'était faux.

Oui.

Je trouvais inquiétant un valet trop intelligent.

Vous étiez trop diplomate et subtil.

Quelque chose en vous me faisait presque peur.

Votre habileté d'homme d'affaires, sans doute.

Non. Ce n'est pas ça qui vous gênait.

Je vous plaisais.

Situation gênante, avec un valet...

qui s'en rend compte.

- Vous ai-je blessée ? - Vous serez bientôt riche.

"L'objet de tout rêve" !

C'est ce que vous êtes pour moi.

Et vous voulez m'emmener en Amérique du Sud.

Vers une nouvelle vie.

Loin des guerres, des intrigues, de la peur...

De la pauvreté !

C'est possible, désormais...

parce que nous sommes enfin...

égaux.

Où allez-vous ?

Madame est attendue et nous sommes à court de cancans.

J'annulerai le dîner.

Parlons affaires.

Vous m'en avez proposée une.

Je l'ai acceptée.

Le reste n'est pas impossible.

C'est seulement improbable et impertinent.

Je vous ai parlé d'égal à égale.

Vous m'avez parlé en domestique.

Vous voulez acheter

ce que vous pensez ne pas mériter.

Parlons affaires, maintenant.

Bien, madame.

Je m'appelle Anna.

24 h après l'arrivée à la Gestapo des documents Cicéron,

Moyzisch était convoqué à Berlin

chez le général Kaltenbrunner.

Incroyable !

Vous avez les négatifs ?

Donnez-les au colonel von Richter.

Trop beau pour être vrai !

25 documents "Top Secrets" d'un agent inconnu,

ça sent le piège tendu par les Anglais !

M. von Papen estime

que ces documents sont authentiques.

Peu m'importe ce que pense von Papen !

II faut des preuves !

Qui est ce Cicéron ? Quels sont ses mobiles ?

Agit-il seul ? Vous ne m'en avez rien dit !

Cicéron n'est guère coopératif.

Apprenez-lui à coopérer. C'est votre métier !

Et les documents sur la conférence de Téhéran ?

Ils semblent authentiques. Mais à ce niveau,

on peut rien vérifier.

On ne peut pas agir sans preuves !

Un document peut être vérifié. Celui-ci.

Le plan de bombardement des Balkans.

Les Anglais bombarderaient les pétroles roumains le 5 avril.

Si cela a lieu,

ça confirmera l'authenticité des autres documents.

Très juste.

Comptez-vous avertir les Roumains ?

Bien sûr que non. Pour quoi faire ?

Quand revoyez-vous Cicéron ?

Jeudi prochain.

Bien. Vous retournerez à Ankara.

Renseignez-vous sur lui !

On ne le paiera plus si on n'a pas ses sources !

Je ferai de mon mieux.

Faites mieux encore.

C'est votre responsabilité, Moyzisch, je vous préviens.

Des gangsters paranoïaques !

Ils refusent d'avertir les Roumains !

Que de morts !

Que de précieuse essence perdue !

Parce que pour la Gestapo, plus rien n'est vrai !

Ce raid les convaincra.

Même dans ce cas,

ils ne l'admettront pas.

Si Ribbentrop savait ce qu'a fait Kaltenbrunner !

Si Goebbels savait pour Ribbentrop !

Si Himmler savait pour Goebbels !

Nous sommes gouvernés

par une bande de délinquants juvéniles !

Moi, je saurai utiliser Cicéron.

Les Affaires étrangères turques ont répondu ?

Son Excellence n'est pas visible ce soir.

Il va à une réception.

- Une réception ? - Chez la comtesse Staviska.

Chez la comtesse Staviska ?

J'y serai moi-même.

Que se passe-t-il ?

Vous avez décliné l'invitation

En effet. Je ne savais pas...

La comtesse a trouvé un bienfaiteur.

Je me demande qui.

Pas moi. Je n'aurais pas les moyens.

Ces choses n'arrivent qu'ici. Et à la seule comtesse !

Elle était sans un sou. Un mois après...

elle reçoit le ministère des Affaires étrangères !

Téléphonez à la comtesse.

Dites-lui que j'ai pu me libérer...

et que j'accepte son invitation.

Réveillez Morisson et dites-lui de venir.

Monsieur désire se changer ?

Allumez cette lampe.

L'ampoule est grillée.

Je vais la changer.

Navré de vous réveiller.

Envoyez ceci à Londres, de toute urgence

en ultra-confidentiel.

"Le ministre turc me laisse entendre

"que, sans aucun doute..."

Fermez la porte, Diello.

"... que, sans aucun doute, von Papen possède...

"des renseignements ultra-confidentiels."

"Cela suppose des fuites, ici."

À Londres, dès réception de ce message,

le ministère des Affaires étrangères décida d'agir.

Voici ce que nous avons reçu ce matin d'Ankara.

"Le ministre turc me laisse entendre

"que, sans aucun doute, von Papen possède

"des renseignements ultra-confidentiels.

"Cela suppose des fuites ou alors que les nazis

"ont peut-être déchiffré notre code diplomatique."

Colin Travers, agent spécial du contre-espionnage anglais,

quittait Londres le lendemain pour Istanbul.

Le colonel von Richter, de la Gestapo,

s'envolait de Berlin le même jour.

Travers et von Richter arrivèrent ensemble à Istanbul.

Ils débarquèrent ensemble à Ankara.

Von Richter avait un passeport suisse

au nom de Rudolph Hodler,

acheteur de tabacs bernois.

Un agent de la Gestapo, nommé Siebert, l'attendait

pour le conduire sans délai chez von Papen.

Travers était attendu par MacFadden,

attaché à l'ambassade.

Ils se rendirent aussitôt chez l'ambassadeur britannique.

Il faut admettre au départ

que les fuites proviennent de l'ambassade.

Tout notre personnel

a le visa du contre-espionnage de Londres.

Tout espion qui se respecte en a autant.

Où gardez-vous vos dossiers ?

Chez moi et chez le premier secrétaire.

- La Chambre du Chiffre ? - Gardée nuit et jour.

Je croirais assez

à quelque bavardage inconsidéré

au cours d'une réception.

Je ne bavarde pas inconsidérément.

Certes !

Mais d'autres que vous voient les documents.

MacFadden me parlait

d'une certaine comtesse Staviska.

Vous disiez ?

Une certaine comtesse Staviska.

Elle s'est mise soudain à donner

de joyeuses réceptions.

Des membres de l'ambassade ont dû y aller.

La comtesse a beaucoup d'amis

dont je suis heureux d'être.

Ces amis comptent sans doute von Papen et ses adjoints.

La comtesse fait de son mieux

pour rester neutre en pays neutre.

Elle est soudain devenue riche.

D'où vient cette fortune ?

Ça ne regarde qu'elle.

Et je ne vois pas le rapport avec nous.

Je suis une vraie commère !

Et j'aime mon métier

qui est une sorte de super-commérage...

C'est évidemment Cicéron qui entretient la comtesse.

Sinon, pourquoi donnerait-il rendez-vous chez elle ?

Quel lien étrange, soudain et parfait !

Trop étrange, trop soudain et trop parfait !

Le Cicéron inconnu et la comtesse trop connue...

pour ses opinions anti-allemandes !

Récemment encore, elle m'offrait

de travailler pour nous.

À l'instigation des Anglais, sans doute.

Comment vous convaincre

que Cicéron est bien ce qu'il prétend...

un espion qui vend cher de bons renseignements ?

Je suis ici pour savoir ce qu'il en est.

J'aimerais lui parler.

Moyzisch... Quand le revoyez-vous ?

À la villa, jeudi soir.

Faites-y inviter M. Hodler, l'homme d'affaires suisse.

Moi !

II vaut mieux que Moyzisch

soit notre unique contact avec Cicéron.

Vous comprenez mal ma mission, Excellence.

J'ai à vous décharger de toute responsabilité

dans l'affaire.

Je ne peux en être déchargé que par M. von Ribbentrop.

Nous espérions

ne pas avoir à court-circuiter Ribbentrop

en en référant directement au Führer.

Que m'ordonne encore la Gestapo ?

Les documents de Cicéron seront envoyés directement à Berlin.

Ceux qui peuvent vous concerner

vous seront retransmis.

Moyzisch ! Veillez à ce que le séjour du colonel à Ankara

soit agréable.

Je l'ai appelé.

Oui, bien sûr.

M. Hodler !

Un monsieur voudrait vous voir.

Rendez-vous d'affaires, je crois ?

Je crois.

Je vous accompagne.

Je dois à M. Moyzisch le plaisir de vous voir chez moi.

L'honneur est pour moi.

Vous ne vous êtes pas ennuyé ?

Je n'aurais pu rêver mieux !

M. Moyzisch est un vieil ami à vous ?

Nous avons été associés en affaires.

Vous êtes diplomate, vous aussi ?

Je suis un intermédiaire.

Encore un ? C'est la vocation nationale des Suisses.

C'est normal :

la Suisse occupe une situation intermédiaire.

Je veillerai à ce qu'on ne vous dérange pas.

Asseyez-vous.

Vous êtes le nouvel intermédiaire ?

C'est exact.

Envoyé par le général Kaltenbrunner, sans doute

pour retirer mes renseignements à von Papen ?

Des havanes... les meilleurs.

J'approuve ce changement.

Moyzisch est consciencieux mais pas très malin.

Et trop connu. Je risquerai moins avec vous.

Votre sécurité nous tient fort à cœur.

J'en suis heureux. À moi aussi.

Dans ce cas, pour la comtesse...

Sait-elle qui je suis ?

Non, évidemment.

Connaît-elle vos activités ?

Quelles sont vos relations ?

Je ne vous ai pas invité pour discuter de ma vie privée.

Parlons affaires. Vous avez l'argent ?

Vous serez payé après développement.

En six semaines, j'ai vendu à Moyzisch

50 documents authentiques.

Cela prouve ma bonne foi.

Désormais, vous paierez à la livraison.

L'argent.

N'êtes-vous pas intéressés par les plans alliés

en Méditerranée ?

Vous voulez dire... un deuxième front ?

J'ignore son numéro.

Mais M. Churchill parle beaucoup

du "ventre mou de l'Europe".

Je peux demander à von Papen

de poser la question au haut commandement allemand.

Très bien...

Vous aviez ça sur vous !

Qui êtes-vous ?

Si je vous disais que je suis...

le valet de l'ambassadeur, me croiriez-vous ?

- Certainement pas. - Vous voyez !

Dites-moi au moins pourquoi

vous nous vendez ces documents.

Pour l'argent, pardi !

II doit y avoir une autre raison.

La décadence anglaise vous écœure ?

Vous avez foi en nous ?

Si quelque chose m'écœure, c'est la pauvreté.

Si j'ai foi en quelque chose, c'est en l'argent.

Alors pourquoi nous aidez-vous à gagner la guerre

en exigeant d'être payé

en une monnaie anglaise sans avenir ?

Vous pensez que je crois à la victoire allemande ?

Vous attachez peu de valeur à ces documents !

Je ne vous vends pas l'aptitude

à bien utiliser ces documents.

En indiquant à un condamné

où se trouve la corde qui le pendra,

on ne lui retire pas la certitude qu'il sera pendu.

Vos amis doivent vous attendre.

Dans huit jours, à la même heure, j'aurai d'autres photos.

Vous êtes satisfait de l'entretien, j'espère ?

Assez satisfait, en effet.

J'aurai le plaisir de vous revoir ?

Le plaisir sera pour moi.

Quel charmant claquement de talons !

Une vieille coutume suisse ?

Vous pouvez disposer. Éteignez la lumière.

La soirée fut profitable ?

Suffisamment pour porter le total à 75 000 livres.

Dans six ou sept semaines, on y sera.

Arrêtez-vous ! Pourquoi jouer avec le feu ?

Que dites-vous ?

Je ne suis pas une idiote.

Votre Hodler n'est pas suisse.

- Je sens un Prussien de loin ! - Et alors ?

Je m'inquiète pour vous.

Tant de gens s'inquiètent pour moi !

Je ne crains rien !

Moi si. Ma sécurité dépend de la vôtre.

Pardonnez-moi. Je me prends pour un homme...

et je ne suis qu'un valet qui rapporte.

Vous partez déjà ?

Je dois éviter une trop longue absence.

Pourquoi un homme aussi riche que vous

doit-il repasser les pantalons de l'ambassadeur ?

Ma fortune vient de là :

je vole la monnaie dans ses poches.

Avant de partir, servez-moi à boire...

voulez-vous ?

Où irez-vous, en Amérique du Sud ?

À Rio.

- Je n'y suis jamais allée. - Une ville unique au monde.

Quand avez-vous décidé d'y aller ?

D'y retourner...

Je l'ai décidé il y a bien des années.

J'étais mousse sur un vieux cargo.

Je me revois, debout sur le pont,

regardant une villa qui surplombait le port.

Un homme observait mon cargo de son balcon.

Il était en smoking blanc.

Il était tout près...

et pourtant si inaccessible.

Je me suis juré qu'un jour, je serais cet homme.

Rio de Janeiro risque de vous déplaire.

Avez-vous une nationalité ?

Comme tout le monde.

Vous n'êtes pas anglais d'origine.

Albanais. Naturalisé anglais.

Je n'avais jamais rencontré d'Albanais.

Ils se ressemblent tous. Très jeune, j'ai pris la mer.

En Angleterre, j'ai voulu devenir un gentleman.

Si je ne suis pas un maître-gentleman,

je suis un valet-gentleman.

L'ambassadeur doit se demander où je suis.

Que direz-vous ?

Que j'ai été retenu par une femme de chambre.

- Cela pourrait lui déplaire. - Pourquoi ?

Seule une femme de ma condition me retiendrait.

Et seul un homme comme moi la laisserait faire.

Au contraire...

je crois que Rio de Janeiro me plaira beaucoup.

Servez-moi à boire.

Dans les 5 semaines qui suivirent, Cicéron vendit

35 documents.

Sa fortune atteignit ainsi 155 000 livres.

Les Nazis connaissaient les notes les plus secrètes de l'ambassadeur,

les conférences et les accords les plus secrets.

Pourtant, malgré la précision

des documents fournis par Cicéron,

les Allemands ne s'en servaient pas,

craignant un piège des Anglais.

L'enquête faite par les Anglais ne leur avait rien révélé.

Travers était de plus en plus sûr qu'il avait vu juste

et qu'il n'y avait pas d'espion.

En trois ans de service chez son mari,

vous avez dû tout apprendre sur eux.

Certainement.

J'apprécie votre discrétion sur un ancien maître.

C'est rassurant pour moi-même.

Mais nous sommes en guerre.

Je comprends, monsieur.

Avez-vous jamais entendu la comtesse

dire du bien des Nazis, en privé ou en public ?

Je ne l'ai jamais entendue parler

de pays ou de partis politiques.

Il n'y avait pour elle que les "gens sympathiques" et les autres.

La diriez-vous pro-allemande ?

Elle était pro-n'importe quoi

pour passer une bonne soirée.

Il vous semble donc possible

qu'elle travaille pour les Allemands ?

Moyennant finances.

Or elle est soudain devenue riche.

Je ne sais rien de l'activité d'un espion mais...

la comtesse avait le don

d'obtenir les confidences des personnalités.

Le comte en tirait parti

pour obtenir certains renseignements.

Merci, Diello. Ce sera tout.

Je dîne à l'ambassade américaine. Prenez la soirée.

Perspicace !

Parce qu'il est de votre avis ?

Vous croyez que tout vient d'un abus de bavardage

lors d'un dîner chez Anna Staviska ?

C'est en effet le rapport que je pense envoyer à Londres.

J'aimerais vous croire mais le fait est...

que von Papen prévoit chacun de mes mouvements.

Vous pourrez sous peu prévoir ceux de von Papen.

Comment ?

C'est confidentiel mais Londres a réussi

à percer le chiffre diplomatique allemand.

Celui qu'utilise von Papen ? Voilà une bonne nouvelle !

Ils en changent, bien sûr, de temps à autre. Comme nous.

Mais on écoutera aux portes, en attendant !

Écouter aux portes...

Je rêvais de le faire !

Nerveux, mon colonel ?

Je crains que les Anglais ne surveillent cette villa.

Pas encore, mais bientôt.

Ils soupçonnent la comtesse.

Vous plaisantez ?

Vous la soupçonniez aussi !

Amusant, hein ?

Pas du tout. On n'aurait pas dû se rencontrer ici !

Nous n'y reviendrons plus.

Vous connaissez la mosquée d'Aslan dans la vieille ville ?

Moyzisch trouvera.

Rendez-vous à la porte, dans 8 jours, même heure.

Ôtez vos souliers. Les Musulmans y tiennent.

Ridicule !

Pas plus que d'ôter son chapeau dans une église.

Qu'ai-je acheté ?

Un échange de notes anglo-turques.

Les Turcs ont décidé de rester neutres, pour l'instant.

Ça ne vaut pas 20 000 livres !

Vous ne voulez payer que l'annonce de désastres

contre lesquels vous ne pouvez rien ?

II y a un désastre contre lequel nous pouvons agir.

Il nous faut des renseignements détaillés rapidement.

Passionnant !

Un mot de code revient dans nombre de vos documents.

Overlord. Que signifie-t-il ?

Pas la moindre idée.

Nous sommes sûrs qu'il a trait à leur "2e front".

Ils comptent débarquer en Europe.

Nous devons savoir où et quand.

Le lieu et la date du débarquement allié ?

Je comprends votre curiosité.

Je paierai le double : 40 000 livres.

Merci. Mais croyez-vous qu'on en avisera

l'ambassade à Ankara ?

Ne lisez-vous pas ce que vous vendez ?

Pas tout et très vite. Ça m'intéresse peu.

Je photographie ce qui est marqué

"Très confidentiel" et "Ultra-confidentiel".

La semaine dernière,

vous avez photographié une dépêche de Londres

annonçant l'envoi à Ankara des plans Overlord

sous dizaine.

Vous disiez 40 000 livres ?

Pour le lieu et la date.

Rendez-vous à la mosquée dans huit jours.

Vous voulez bien passer par le jardin ?

Bien sûr.

Vous et la comtesse n'avez sûrement plus rien à vous dire.

C'était dans leur chiffre qu'on a percé ?

- Qui l'a vu ? - Vous et moi.

Mais j'aimerais le montrer à MacFadden.

"Au ministère des Affaires étrangères, à Berlin.

"Je suis certain que les documents Cicéron

"sont authentiques.

"Cicéron est logé à l'ambassade britannique

"et a accès à tout.

"Kaltenbrunner le nie

"et ne me laisse pas les consulter.

"Vous conseille d'en référer personnellement au Führer."

Signé : von Papen.

Le nom de code de l'espion.

Par où commençons-nous ?

J'aimerais faire fouiller toute l'ambassade.

Cicéron ne doit rien laisser traîner, mais on ne sait jamais.

Si on fouille ouvertement, il sera sur ses gardes.

Tant pis. Faute de le trouver, le mieux est encore

de lui faire peur pour qu'il cesse ses activités.

Nous gagnerons du temps.

Je m'en remets entièrement à vous.

On m'attend au Caire demain soir.

Prenez toutes les mesures que vous jugerez utiles.

Il faut changer la combinaison et installer une alarme.

Vous avez suffisamment d'hommes ?

II y a quatre agents à Ankara. Je les mettrai sur l'affaire.

Comme vous voulez.

Qui cela peut-il être ?

Une douzaine de personnes ont accès à ces documents.

Chiffreurs, attachés, secrétaires, etc.

Plus MacFadden, vous et moi.

Cicéron peut être l'un de nous.

Oui, n'importe lequel.

Je n'ai pas changé la combinaison

mais l'alarme est branchée.

Comment fonctionne-t-elle ? Je ne voudrais pas la déclencher.

Il suffit de tourner cette manette de 5 mm

pour qu'elle se déclenche. Pour l'arrêter...

Désolé de vous interrompre.

Vous prenez vos uniformes ?

- Je n'en aurai pas besoin. - Très bien.

M. MacFadden fouillera peut-être chez moi

en mon absence.

Ce sera inutile.

Cette pierre froide et humide

convient aux pieds musulmans, mais pas aux miens.

22 minutes de retard.

Il n'est jamais en retard !

II n'est pas venu à la villa de toute la semaine ?

Siebert veillait jour et nuit. Cicéron n'est jamais venu.

Et la comtesse ?

Elle n'a reçu personne. Elle sortait seule.

Cigarette.

Les Anglais l'ont peut-être démasqué ?

Ou ils le connaissent depuis le début !

II avait facilement ce qu'il voulait vendre.

Quand on lui demande une chose précise,

il disparaît.

Feu.

Qu'allez-vous faire ?

Rien.

Tout espion devient un jour inutile.

Je crains que ce jour soit arrivé pour votre ami Cicéron.

Félicitations... señora Antonini.

C'est l'un des agréables devoirs d'une épouse.

- Combien ? - 5 000 livres.

Plus 1 000 pour les actes de naissance et de mariage.

Plus 1 000 pour qu'il oublie tout.

Dépense utile. Et les billets ?

Deux cabines séparées en 1re classe

dans le train de demain pour Istanbul.

Le bateau ?

Un cargo allant sans escale d'Istanbul à Rio.

- Quand ? - Après-demain soir.

Dans le train, vous ne me verrez pas.

On se retrouve sur le cargo.

Et à la banque ?

La somme a fait sensation.

Le directeur était très intrigué.

Je l'ai rassuré en le laissant m'inviter à déjeuner.

Il s'occupera personnellement du transfert des fonds.

Nous aurons les papiers demain matin.

- Combien cela a-t-il coûté ? - 1 000 de plus...

et tous mes pouvoirs de persuasion

dans les limites de la respectabilité.

C'est un peu cher payé !

Voyons...

Cinq, sept... 9 000 livres de frais.

Restent 130 000 livres, soit 600 000 dollars

ou 11,5 millions en monnaie brésilienne.

Plus les 40 000 livres que vous touchez demain.

Je renonce à l'affaire. Le marché n'est plus sûr.

Je vous présente un noble rentier argentin,

qui se retire au Brésil.

Je suis heureuse. Nous en avons assez.

"Nous" ? "Nous en avons assez" ?

Chez moi, señora Antonini, l'argent d'un homme est à lui.

Si sa femme est gentille, il lui en donne

de temps à autre.

Votre titre vous manquera ?

Pas une minute.

Pas une seule minute.

Voici le courrier officiel.

Gardez donc le courrier personnel de Son Excellence.

Son Excellence revient bien demain ?

Non, dimanche. J'ai noté ses messages téléphoniques.

Dommage que si peu de dames parfument leur papier à lettres.

Très dommage. On ferait mieux d'enfermer ça aussi.

Comme vous voulez.

Vous êtes sorti hier soir, entre 21 h et 22 h ?

- Ça vous ennuie d'en parler ? - Pas du tout.

J'ai marché un peu,

j'ai bu un verre au Yuksel et je suis rentré.

Autre chose. Au sujet de la comtesse...

Avait-elle des amis en Suisse ? Y allait-elle souvent ?

La comtesse allait en Suisse à chaque printemps.

Ça explique qu'elle y soit allée en avion ce matin.

J'espère qu'elle y mènera la vie qu'elle aime.

Ça lui sera facile.

Elle est partie avec 130 000 livres.

L'ambassadeur d'Angleterre...

a un message pour la comtesse.

Madame est partie pour la Suisse ce matin.

Je ne sais pas. Madame n'a pas parlé de retour.

Je ne peux rien dire à Votre Excellence

sinon que la comtesse a retiré tous ses fonds.

Je vous en prie.

Oui...

je peux joindre le colonel von Richter.

Dites-lui que j'ai ce qu'il veut.

Mais je ne peux pas le lui remettre à Ankara.

Je suis trop surveillé.

Je dois raccrocher.

Je lui fixerai un rendez-vous à Istanbul.

Je pars ce soir.

Je téléphonerai à votre consulat d'Istanbul.

Il n'a parlé à personne.

Il a donné deux coups de téléphone.

Vous perdez votre temps, à filer Diello.

Il n'a pas bronché quand vous avez parlé de la comtesse.

Il y a quelque chose en lui... Quelque chose qui...

D'abord, pourquoi va-t-il au café pour téléphoner ?

- Que voulez-vous ? - Je peux faire bureau ?

Non. Son Excellence ne rentre que demain.

Pour faire fenêtres, il faut avant le soir.

Pas maintenant. Revenez plus tard.

Vous l'avez vu ?

Qui ça ?

Coupez l'alarme ! Diello !

II avait l'air de poursuivre quelqu'un.

- Suivez-le. - Dois-je le retenir ?

Retrouvez-le, puis revenez ici !

Que Londres m'envoie d'urgence tous renseignements sur Diello.

Donnez-moi l'attaché-case.

Rien ne manque, semble-t-il. Combien de lettres ?

Quatre. J'en ai enfermé cinq.

Cette lettre...

Il ne manque que la lettre parfumée.

C'est étrange !

Des photos...

Faites surveiller l'ambassade allemande.

Il ne doit pas livrer ce film.

Un enlèvement pourrait déplaire à nos amis turcs.

Un enlèvement ? II faut le tuer !

Pensez à l'opération Overlord !

Envoyez un homme à l'aéroport.

Vous viendrez avec moi à la gare.

Siebert et Steuben, prenez le train d'Istanbul.

J'irai en avion avec Moyzisch.

Armés, mon colonel ?

Protégez-le des Anglais à tout prix

tant que nous n'avons pas le film.

Et ensuite ?

Ensuite, il devra se protéger lui-même...

contre les Anglais et contre nous.

Je n'ai pas repéré le compartiment.

Nous chercherons partout.

Comptez sur moi !

Ce compartiment est occupé.

Puis-je voir votre réservation ?

Nous aimerions avoir un compartiment dans ce wagon.

Tout est occupé.

Nous pourrions vous dédommager...

Tout est occupé, messieurs.

Veuillez passer dans le wagon suivant.

Rangez ça et bourrez votre pipe.

D'ici Istanbul, on ne peut que les empêcher de descendre.

Ils ont déjà le film ?

Non.

S'ils l'avaient, ils ne veilleraient pas sur lui.

Ils le lâcheront dès qu'ils auront le film.

À Istanbul, sans doute.

Quand vous aurez ceci, mon cher ambassadeur,

je serai loin.

Loin des intrigues, des doutes et des humiliations.

Je pars vers une vie que j'espère calme

et digne de moi.

Vous m'avez si souvent parlé de Diello,

votre valet modèle, qui fut aussi celui de mon défunt mari.

Je ne peux mieux vous marquer mon amitié

et ma fidélité aux Alliés

qu'en vous avisant

que votre fidèle Diello est un espion allemand.

Je sais que vous et votre gouvernement...

On arrive bientôt, monsieur.

Bonjour, messieurs.

Vous avez bien dormi ?

J'ai dormi admirablement bien

entouré d'anges gardiens !

Vous êtes mes gardiens ou mes assassins ?

Nous vous protégeons contre les Anglais.

Ça me met au niveau de la Norvège, du Danemark

et de tout ce que vous protégez contre les Anglais.

D'ailleurs si on me touche, je détruis très vite ce film.

Nous vous conduirons sain et sauf

au consulat d'Allemagne.

Ne faites pas d'esprit ! Vous allez dire à Moyzisch

de se trouver au restaurant Hakim

à six heures.

Venez plutôt au consulat d'Allemagne.

Vous me tentez !

Tant de gens y entrent et n'en sortent plus !

Je me demande quelles délices les y retiennent...

Il nous faut des garanties !

Vous avez le droit de parler, vous ?

Voilà vos garanties.

Ne l'ouvrez pas.

Que Moyzisch développe ce bout de film

et il verra une partie de ce que veut von Richter.

Je remettrai le reste à Moyzisch, contre 100 000 livres.

100 000 ?

J'oubliais : le prix a monté.

- Prêt, Moyzisch ? - Oui.

Soyez très amical. Donnez-lui l'argent.

Dès que vous aurez le film, revenez vite ici.

- Vous connaissez votre consigne. - Mais la police turque ?

Vous ne le tuerez pas en pleine foule ?

Ni devant un agent ?

Et il n'alertera pas la police

avec 100 000 livres sur lui !

Bonne chance !

Allah a créé cette ville pour aider les espions.

Personne n'y retrouve jamais personne.

Du nouveau ?

Von Richter et Moyzisch sont entrés. Nos 2 gars aussi.

Personne n'est encore sorti.

Enchanté de vous voir, mon cher collègue !

II est trop tôt pour un civilisé

mais si vous voulez dîner...

Je n'ai pas faim.

Vous vous sentez faible ?

Prenez de cette liqueur de banane.

Ça stimule. Celui qui en boit devient un héros.

Il faut m'habituer à verser assis.

Une vie d'habitudes à briser !

Parlons affaires.

Vous avez tout ? 100 000 livres ?

Si j'étais un gentleman, je vous ferais confiance.

Mais je ne serai un gentleman qu'après avoir tout compté.

- Vous parlez anglais ? - Un peu.

Je cherche un ami.

Il est peut-être dans un salon particulier.

- C'est occupé. - Il doit y être.

Il ne veut pas être dérangé.

Mais il m'attend.

Je suis désolé.

Asseyez-vous là.

Il est un temps pour la ruse et un temps pour l'éclat.

N'éclatez pas. Ces deux supermen abrutis

nous tueraient avant que nous bougions.

Et le film ?

Ce film ne nous intéresse plus.

Un plan se modifie.

Nous voulons Cicéron vivant

pour qu'il nous dise ce que les nazis savent au juste.

C'est d'ailleurs

pour cette même raison que les nazis veulent sa mort.

DIELLO, VOUS ÊTES EN SÉCURITÉ

- Vous déraillez complètement ! - Il sautera sur l'occasion.

Notre ami ignore notre arrivée. Donnez-lui ça.

Comment vous remercier

de votre gentillesse et de votre cuisine ?

C'est une joie de vous revoir.

Ça me rappelle le bon vieux temps...

Pas de réponse.

De qui est ce mot ?

Vous voulez en acheter la photo ?

Du calme ! C'est votre grand jour !

Hitler vous moulera dans le bronze !

Comptez plus vite !

Rien ne sert de courir... Vous m'aimez donc tant ?

Vous voilà tout ému qu'il me reste peu à vivre ?

Ces deux hommes sont chargés de vous protéger !

Je n'ai jamais parlé de "deux hommes" !

Mauvaise conscience et trop grande bouche !

Voici le film.

Nos rôles sont inversés, maintenant.

C'est vous que les Anglais voudront tuer.

Quel effet ça fait, d'être dans ma peau ?

Gardez un air digne !

Je dois aux Anglais de savoir l'importance d'une façade.

Votre sollicitude me touche.

J'accepte votre protection avec joie.

C'est un comble : moi, protégé par le glaive britannique !

Je préférerais vous égorger.

Mort, je ne pourrais répondre à vos questions.

Les nazis vont s'y perdre, à me voir protégé par vous.

Ils me tiennent à moitié pour un homme à vous.

Un taxi nous conduira au consulat britannique.

Non merci. Marchons un peu et disons-nous adieu.

Nous vous protégerons de la Gestapo

mais nous comptons vous prendre vivant.

Je ne veux pas être pris vivant.

On vous fera arrêter par les Turcs !

Ici, la loi interdit le port d'arme, MacFadden !

Procédons par ordre :

protégez-moi, histoire d'inquiéter les nazis !

Vous ne semblez pas d'accord.

Vous êtes le traître le plus cynique

que j'aie jamais rencontré.

Dommage !

J'espérais avoir l'air d'un gentleman.

Cicéron et les Anglais ?

Range ça ! Trop de monde !

Ils parlent de nos souliers !

Pourquoi ça ?

Je vous le jure. Les Anglais le protégeaient.

Absurde !

Ils l'ont fait sortir. Ils lui avaient fait passer un mot.

C'est illogique et absurde !

Dépêche urgente envoyée par l'ambassadeur.

Qu'attendez-vous ?

J'ai gâché la 1re épreuve !

Je tremble trop ! La deuxième va être prête !

Voilà ! Ça concorde parfaitement !

"Jour J pour Overlord

"fixé en principe à début juin

"en Normandie, dans la région de Cherbourg."

Mon colonel ! Vous avez entendu ?

J'ai entendu ! Maintenant, écoutez ceci !

Dépêche urgente de von Papen.

"Viens de recevoir lettre de la comtesse Staviska.

"Cicéron est un agent anglais.

"Elle a quitté le pays.

"Elle m'avait déjà offert ses services.

"Je dois donc la croire."

Impossible !

Je l'ai toujours dit ! J'ai tout de suite reconnu

les procédés enfantins des Anglais !

Impossible !

Les premiers documents étaient vrais. Les faits l'ont montré.

Bien sûr :

l'appât pour qu'on avale le gros mensonge !

J'ai risqué ma vie pour ça !

Je le savais !

Je le savais depuis le début !

Monsieur est servi.

Deux messieurs vous demandent, monsieur.

Le banquier et un autre monsieur.

M. Da Costa, à cette heure-ci ?

Soit. Faites entrer.

M. Da Costa, c'est un plaisir inattendu.

Désolé de vous déranger, M. Antonini.

Mon ami, M. Santos.

- Enchanté. - Moi de même.

Voulez-vous dîner avec moi ?

- Merci, nous avons déjà dîné. - Un peu de vin ?

M. Antonini est déjà célèbre comme connaisseur en vins.

Vous êtes banquier aussi, M. Santos ?

Non. Je suis de la police brésilienne.

Vous enquêtez sur les Argentins qui s'installent ici ?

Entre autres choses, oui.

Mes papiers ne sont pas en règle ?

Vos papiers sont parfaitement en règle.

Ce qui accroche un peu,

c'est votre compte à la banque.

Un découvert ?

Hier, j'avais un crédit de sept millions environ...

Il s'agit du règlement pour l'achat de votre villa.

Si je me souviens bien,

j'ai payé la totalité en liquide : 25 000 livres.

C'est exact.

Alors, quel est le problème ?

L'argent nous a été retourné.

- Pourquoi ? - Les billets sont faux.

J'apprécie peu votre humour.

L'argent que vous avez changé contre des devises brésiliennes,

c'étaient des faux billets.

Croyez-moi, je m'interdis tout jugement hâtif !

Un gentleman comme vous...

On vous aura escroqué...

Voici des mois que cet argent circule.

Les Anglais viennent de constater une contrefaçon.

Voici des échantillons de toutes les séries.

Ce sont des contrefaçons merveilleuses.

Je vous supplie de nous aider !

C'est imprimé en Allemagne.

Les Anglais en ont la certitude formelle.

On en a trouvé

ici au Brésil, en Turquie et en Suisse.

En Suisse ?

Plus de 100 000 livres viennent d'être saisies en Suisse

chez une dame, réfugiée politique.

Vous auriez intérêt à nous dire d'où vous tenez ces billets.

La Suisse...

Je vous assure, il n'y a pas de quoi rire.

Je suis obligé de vous arrêter.

- Anna ! - Pardon ?

Ma pauvre Anna !

FIN

Le studio remercie

le gouvernement et les habitants de Turquie

pour leur soutien généreux

au tournage des scènes extérieures de ce film.

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