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Ville haute, ville basse
Oui, voici ma ville.
Vous la connaissez.
On l'a décrite dans des livres, dans des films.
Les gens parlent toujours de New York.
C'est la ville la plus passionnante, dit-on,
la plus prestigieuse, la plus inquiétante, et surtout, la plus impétueuse.
On parle beaucoup du tempo de cette ville,
de son animation, de son rythme, de son pouls effréné.
C'est peut-être vrai pour ceux qui la visitent.
Mais moi, je suis née ici. J'y habite.
Et le seul rythme que je connais est celui de ma vie.
Le seul pouls que j'entends est celui de mon coeur.
Pour moi comme pour des millions d'autres, New York est notre foyer.
Les jours passent tranquillement, comme presque partout ailleurs.
Il est rare qu'un moment se détache, qu'on puisse s'en souvenir et dire.'
"C'est la que tout a changé.
"Après ça, plus rien n'a été pareil."
J'ai déjà vécu ce genre de moment. Trois jours.
Je me souviens d'une soirée d'été a Gramercy Park.
- Bonsoir, M. Bourne. - Bonsoir.
- Mme Bourne. - Bonsoir.
On doit être jeudi soir.
Bran, tous les jeudis, c'est la course contre la montre. Pourquoi ?
Par ponctualité. Je dîne chez ta mère à l'heure.
C'est un principe.
- Jessie chérie. - Bonjour.
- Pile à l'heure. - Comme toujours.
- Bonsoir, Horace. - Bonsoir, Brandon.
Les premières de la saison.
- Mes préférées. - Bonjour, Hannah.
- Merci, Brandon. - Bonsoir, Mme Bourne.
Horace, vous êtes très élégant.
Vous aussi.
- Quelle robe ravissante. - Un choix de Brandon.
Il les choisit toujours plus gaies.
Nora Kernan, Horace et moi ne venons pas ici le jeudi
pour parler chiffons.
Et si nous discutions du dîner ?
Brandon, avant que j'oublie, Frank Belney vient de téléphoner.
Il veut vous voir au club à 22 h.
- Oh, non. - Je suis désolé, Jess.
Frank rencontre ses actionnaires demain. Il doit être nerveux.
Répondez-moi pour me faire plaisir.
Oui. On mange du corned-beef et du chou.
- Le dîner est servi. - Pile à l'heure.
Echec.
Je ne sais pas si c'est possible, mais j'ai l'impression que vous trichez.
Quand vous l'aurez prouvé, je serai ravi d'en parler avec vous.
Jessie est ravissante, ce soir.
C'est à vous qu'elle le doit, ma chère.
Et à vous.
Lorsqu'une femme devient plus belle après son mariage,
cela signifie que son mari la rend très heureuse ou très malheureuse.
- Oscar Wilde ? - Non, Belasco.
Horace, vous dansez très bien.
Vous maîtrisez vraiment les pas.
Ca fait 40 ans que je m'exerce.
Nora, tu te souviens de m'avoir appris à danser
dans les coulisses du New Amsterdam ?
Tu venais d'être inscrit au barreau
et moi, je jouais dans What Every Woman Knows.
- Ta première saison à Broadway ? - Oui, c'est ça.
- La ville était à ses pieds. - Grâce à toi.
Horace était mon commanditaire.
La société ne se faisait pas dans les cafés, alors.
C'était la Société avec un grand S,
et elle n'ouvrait pas ses portes aux jeunes actrices.
Mais Horace les a ouvertes.
Ca n'a pas été très difficile.
Horace, comment avez-vous pu la laisser filer ?
Elle s'est enfuie dans les bras de Matt Kernan.
Pourquoi as-tu choisi papa ?
Parce que nous étions du même quartier.
Nous avons été bien ensemble, dès le début.
Il m'a fallu 20 ans pour me sentir à l'aise avec Horace.
Mais alors, nous étions devenus trop bons amis
pour imaginer autre chose entre nous.
Eh bien, Jess, je suis aussi beau,
aussi noble et aussi élégant que Horace.
- N'es-tu pas à l'aise avec moi ? - Pour l'instant, non.
Dans ce cas, je te quitte pour Frank Belney.
Veux-tu rester ?
Je te prends en revenant.
Reste donc, ma chérie.
L'idée d'être seule avec Horace me terrifie.
Il a fait sa tête d'avocat de la famille toute la soirée.
Et j'ai un discours qui va avec, ma chère.
Ecoutez: "Nora, en tant qu'avocat, je désapprouve vos extravagances."
Tu vois ?
Je suis fatiguée. Tu vas devoir affronter Horace seule.
Je vais l'ignorer.
Encore une fois, la meilleure soirée de la semaine.
Horace.
- Bonsoir, ma belle. - Bonsoir.
- Bonsoir, Horace. - Bonsoir.
Vous faites un très beau couple.
Bien sûr. J'ai épousé la deuxième plus jolie fille de New York.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Tout va bien entre eux, à présent. N'est-ce pas, Horace ?
Je pense que oui, Nora.
Ca s'est résolu tout seul.
- C'était bien, n'est-ce pas ? - J'adore nos jeudis soirs.
Tu es adorable de flirter avec ma mère, tu lui poses toutes les bonnes questions.
Mais j'aurais voulu que tu rentres avec moi.
Moi aussi.
Je ne vais sans doute pas rentrer trop tard, ma chérie.
Je vais simplement rappeler à Frank que c'est un homme honnête.
- Est-ce que je t'attends ? - Oui.
On boira un dernier verre ensemble.
Peut-être même en se tenant la main.
- Votre voiture est prête, M. Belney. - Merci.
- Je te dépose ? - Il est encore tôt.
Je vais boire un verre au Del Rio. Tu m'accompagnes ?
Non, mais je t'y amène.
Je préférerais que tu rentres chez toi en t'inquiétant de mon sort.
Allô ?
Allô ?
Allô ?
- John. - Oui, Mlle Lorrison ?
Dites-moi, M. Bourne vient-il toujours ici ?
Moins souvent qu'avant, mais on le voit beaucoup.
Prévenez-moi s'il arrive, voulez-vous ?
Te voilà, Alec.
- Je croyais que tu téléphonais. - Oui, mon chéri. Il n'y avait personne.
Je demandais à John s'il avait vu mon poudrier.
- Tu te souviens, je l'ai perdu hier soir. - Non.
La récompense devrait marcher. Il est carré avec un liseré doré, c'est ça ?
Tout à fait. Soyez un amour, John. Faites tout votre possible.
Oui, Mlle Lorrison.
Très bien, mon chéri. Je suis toute à toi.
- Bonsoir, M. Bourne. - Bonsoir.
Bonsoir, M. Bourne.
- John. - Une table ?
Non, je vais m'installer au bar.
M. Bourne, Mlle Lorrison s'est enquise de vous.
Isabel Lorrison ?
J'ignorais qu'elle était en ville.
Elle est dans la salle aux chandelles avec M. Dawning.
Un fantôme du passé.
Venez boire un verre. Je n'ai pas envie d'être seul.
Désolé. Je voudrais bien, mais je ne peux pas. Le service.
Bon.
- Comment allez-vous, M. Bourne ? - Bill.
- Un scotch, s'il vous plaît. - Oui, monsieur.
Bonsoir, Bill.
Ces idiots de touristes se soûlent dans la salle aux chandelles.
J'ai préféré venir boire un soda
et écouter quelques blagues.
Je vous sers déjà le soda.
Cette robe est merveilleuse. Un original de Paris ?
Une copie new-yorkaise. Elle retourne chez Marianne demain matin.
- Vous êtes mannequin ? - Oui.
C'est une nouvelle façon d'aborder ?
Juste une façon de parler.
Bien. Alors je ne m'inquiète pas.
Dansez donc avec moi.
- Ai-je une raison de le faire ? - En avez-vous une de ne pas le faire ?
Non.
Vous êtes une chic fille.
Je vous remercierai de vous en souvenir.
- Comment vous appelez-vous ? - Rosa Senta.
- Italienne ? - Oui.
Vous êtes Brandon Bourne, non ? Le septième, ou le neuvième ?
Le troisième seulement. Comment le savez-vous ?
Votre femme vient souvent au magasin.
Tout le monde l'aime.
Moi aussi.
Sachant que je suis marié,
vous ne voudrez sans doute pas boire votre soda en ma compagnie ?
Mais si. Les types comme vous m'intriguent.
Vraiment ?
- Cette table est réservée ? - Toujours pour vous, M. Bourne.
Un soda et un scotch avec des glaçons.
Bien, monsieur.
Pourquoi les types comme moi vous intriguent-ils ?
- Votre femme ne danse pas ? - Merveilleusement.
Oui. Elle est plus jolie que moi,
elle s'habille mieux et elle est sûrement plus intelligente.
Elle fait sûrement tout mieux que moi.
Alors que faites-vous assis ici avec moi ?
Qu'est-ce que vous avez, vous, les hommes ?
Que se passe-t-il dans vos têtes ?
C'est ma vision du mariage que vous voulez ?
- Je suis un repenti. - Oh.
Non, vraiment.
Mais avant ça,
voilà à peu près ce que je pensais.
Ce n'est pas parce qu'un homme a une rose parfaite dans son jardin
qu'il ne peut pas apprécier les fleurs des champs.
- Vous voyez ce que je veux dire ? - Tout à fait.
Mais pendant que vous renifliez les fleurs des champs,
la rose n'a pas perdu de son éclat ?
Elle a failli disparaître. D'où le repentir.
Bonjour, Brandon.
Je suis ravie de te voir.
Rosa, voici Isabel Lorrison, une vieille amie.
- Rosa Senta. - Comment allez-vous ?
Je vais retourner à mes amis.
- Bonne idée. - Isabel...
Et merci d'avoir amusé M. Bourne.
Vous pouvez faire rire vous aussi. Au revoir.
Vous avez répondu à toutes mes questions.
Cette année passée à voyager n'a pas amélioré tes manières.
C'est ça qui t'intéressait chez moi ?
Ce qui m'intéresse, c'est ce que tu veux.
Rien qui ne doive t'inquiéter.
Dis ce que tu as à dire.
- Je n'ai pas beaucoup de temps. - Pas ici.
Pourquoi ? Ton M. Dawning est jaloux ?
Bien sûr. J'ai peut-être un an de plus, mais je n'ai pas perdu la main.
Allons nous promener en souvenir du bon vieux temps,
ou simplement pour prouver que tu n'as pas peur du noir.
Tu vois, Bran, il ne fait pas si sombre.
Au contraire, Isabel, on est en plein soleil,
et tout est clair.
Très drôle.
Ici, au Del Rio, pour 50 dollars on passe une soirée bon marché.
Et là, ça représente beaucoup de lessives.
Je ne m'habitue pas à New York.
Je ne vois pas pourquoi, la ville s'est habituée à toi.
Mon chéri, c'est toi qui m'as quittée,
alors pourquoi cette méchanceté ?
- Je n'aime pas les répétitions. - Et pourquoi en serait-ce une ?
On s'est très bien connus, pendant très longtemps.
J'étais partie et me voilà de retour.
Est-ce si bizarre
de vouloir savoir comment tu vas et ce que tu fais ?
- Et c'est tout ? - Et c'est tout.
Très bien.
Je travaille beaucoup, je vais bien,
et je suis très heureux en mariage.
- Elle t'a pardonné ? - Absolument.
Et tu n'as pas décroché depuis mon départ.
Si tu veux dire que j'ai été fidèle à ma femme, oui, c'est le cas.
Et ce n'est pas très difficile.
J'ai toujours aimé ma femme. Tu devrais le savoir.
Bien sûr, tu étais déjà marié quand tu m'as rencontrée.
Mais ce n'était peut-être pas de l'amour.
Quoi que ça ait pu être, c'est terminé.
Peut-être pas de l'amour.
Mais une chimie, peut-être, ou la bonne combinaison, ou un miracle.
Mais la plupart des gens passent leur vie sans le trouver.
On le sait tous les deux, n'est-ce pas, Bran ?
Tu ferais mieux de retourner à ton M. Dawning.
Alec Dawning a d'autres choses à offrir.
Des billets neufs et craquants, hein ?
Qu'est devenue cette amazone avec qui il sortait ?
Cette Felice... Felice quelque chose ? Elle était folle de lui.
C'est moi qu'il veut épouser.
Ca égaliserait les choses, n'est-ce pas ? On serait tous les deux mariés.
Les choses seraient bien plus justes à partir de là.
- A partir de là ? - Si on se rencontre.
Ca n'arrivera pas.
On fréquente le même milieu, les mêmes endroits.
- Difficile de s'éviter, non ? - Pas du tout.
Quel mal y aurait-il
à boire un verre ou à déjeuner de temps en temps ?
Un grand mal.
Entendu, Bran. Je suis désolée.
Je me disais que ça serait agréable.
Et souviens-toi, Isabel,
pas de coups de fil en pleine nuit,
pas de télégrammes mystérieux, rien.
Je ne veux aucun ennui.
Je ferai tout ce que tu veux, Bran.
Tout ce que tu veux.
Oh. Oh, Alec.
Je viens de croiser Brandon Bourne, un vieil ami.
Bonsoir, Bourne. J'ai beaucoup entendu parler de vous.
Un taxi ! Vite, trouvez-moi un taxi !
Rosa.
Comment vous sentez-vous ?
Stupéfait.
C'est simple. Vous êtes chez nous et voici ma grand-mère.
Enchanté.
- Ca va ? Vous voulez un médecin ? - Non, merci. Ca va.
Très bien. Alors rentrez chez vous.
Bientôt, grand-mère, dès qu'il aura bu son café.
De quoi ça a l'air ? Que dirait Marco ?
Mark lui dirait de rentrer chez lui après avoir bu son café.
Je suis désolé.
- Qui est Mark ? - Mon petit ami.
Il revient d'Europe demain. Enfin, aujourd'hui.
Rosa, pourquoi avoir fait ça ? Pourquoi m'avoir amené ici ?
Que pensiez-vous ? Que je vous trouvais séduisant ?
Vous alliez faire les manchettes, demain.
Je me suis dit que ce serait dur pour votre femme.
C'est très gentil de votre part.
Tu devrais avoir honte ! Il est 4 heures du matin.
4 heures ! J'ai une réunion à 10 heures.
Je dois avoir tous mes esprits.
Vous ne vous inquiétez pas de la réaction de Mme Bourne.
- Elle sera très compréhensive. - Bien sûr.
Ce que vous choisirez de lui dire l'aidera à comprendre.
Merci, Rosa. Au nom de ma femme et moi-même. Et merci, madame.
Si j'étais elle, je vous arracherais le coeur.
Bonjour.
Merci de me parler, ma chérie.
- Puis-je te raconter ce qui s'est passé ? - Si tu veux.
Après le travail, il était encore tôt,
aussi suis-je allé boire un verre au Del Rio.
Comme un idiot, je suis resté trop tard, et pour me punir, sans doute,
j'ai eu une altercation avec un ivrogne qui m'a mis K. -O.
Pourquoi vous êtes-vous battus ?
Pourquoi se bat-on ? Pour rien.
Enfin, j'étais étendu sur le pavé,
policiers et photographes se précipitaient,
quand tout à coup, j'ai été sauvé.
Une gentille petite Italienne rencontrée au bar
m'a emmené en taxi chez sa grand-mère.
Là, elles m'ont veillé avec des compresses froides et du café jusqu'à ce que j'émerge.
Voilà, Jess. Je sais que ça a l'air incroyable, mais c'est vrai.
- Tu me crois ? - Oui, Bran.
C'était quand même très gentil de la part de cette fille.
Une presque inconnue.
C'est le meilleur de l'histoire. Rosa est mannequin chez Marianne.
Elle t'a vue là-bas et t'admire.
Elle ne voulait pas que cet incident puisse te fâcher.
D'ailleurs, elle n'approuvait pas du tout que je sorte seul.
A ta place, a-t-elle dit, elle m'arracherait le coeur.
Sans coeur, tu ne me servirais à rien.
Tu ne pourrais pas m'aimer.
- Je t'aime vraiment, Jess. - Je l'espère.
Ma chérie, dînons à la maison, ce soir, en tête-à-tête.
Nous sommes invités à une fête chez les Lee.
On ira y faire un tour plus tard, quand tu en auras assez de moi.
Si on attend ce moment, ça n'arrivera jamais.
Dors un peu.
Toi aussi, ma chérie.
UN PLAY-BOY BLESSÉ DANS UNE BAGARRE DE BOÎTE DE NUIT
Un instant.
Entrez, Joséphine.
Mme Lee est ici.
Merveilleux.
Conduisez-la à la bibliothèque. J'arrive dans une minute.
Bien, Mme Bourne.
- Helen. - Jessie.
Ravie de te voir. Tout à fait ravie.
Comment vont les enfants et Owen ?
Et que fais-tu dehors si tôt ?
Les enfants sont terribles, Owen est un ange
et je viens te rappeler notre soirée.
- Un café ? - Oui, merci.
La soirée est en quel honneur ?
Ai-je oublié un anniversaire, une fête ?
Non, c'est professionnel. Ca va être affreux.
Un ex-flic a écrit un livre qu'Owen veut pour le journal.
La fête, c'est pour l'impressionner afin qu'il nous vende les droits.
Il s'appelle Mark Dwyer. Il arrive d'Europe aujourd'hui.
Nous passerons rapidement après dîner.
Oh, il faut faire mieux que ça.
Bran travaille beaucoup. Il est fatigué.
- Comment vont les choses avec Bran ? - Bien, très bien.
- Pourquoi cette question ? - Pour rien.
- Tu dois avoir une idée en tête. - Non, vraiment.
- Vraiment ? - Enfin, Jess, j'ai juste dit que...
Et puis à quoi bon ?
Je vais arrêter de faire la maligne.
Tiens, tu as vu ça ?
Oh, ça. Ce n'est rien. Bran m'a tout raconté.
C'est pour ça que tu es passée ? La cavalerie à la rescousse ?
Merci quand même, ma chérie, c'est gentil de ta part.
- Alors, ce n'est pas ça qui te tracasse ? - Rien ne me tracasse. Rien.
Bien, Jess. Est-ce que tu préfères que je parte ?
Ou bien je reste pour une conversation de filles ?
Pour parler de mode, des derniers potins et du coût de la vie.
- Helen, tu es en colère. - Oui.
Les mensonges qu'on dit sur les femmes m'énervent.
Qu'elles ne sont pas capables d'affection entre elles, d'une franche amitié.
Le plus terrible, c'est que les femmes avalent ces mensonges.
Je m'inquiète pour toi, et j'ai peur de poser la question.
J'ai peur que tu ne me trouves indiscrète.
Et pourtant, si je ne demande rien, quelle amie serai-je ?
Demande ce que tu veux. Je sais quelle amie tu es.
Est-ce que tout va bien entre toi et Bran ?
Nous nous entendons à merveille.
- Depuis le départ d'Isabel Lorrison. - Oui, c'est ça.
On n'en a jamais parlé, Jess, et...
Il y a certains problèmes dont on voudrait que nul ne soit au courant. C'est...
C'est comme quand ton jupon tient avec une épingle,
tu as honte, mais bon, le jupon est reprisé, à présent.
Vraiment ?
Quand Owen et moi te voyons avec Bran, et que tout semble bien aller,
nous sommes toujours soulagés.
Ce qui signifie que nous sommes toujours inquiets.
Quand on a eu très peur, il faut du temps pour s'en remettre.
J'ai eu très peur avec Bran et Isabel Lorrison.
Comment l'as-tu supporté ? Pourquoi être restée ?
Oh, j'avais fait mes bagages.
En six semaines, j'aurais été libérée de ce mariage que je croyais éternel.
Et puis j'ai réfléchi:
Dans six semaines, aurais-je cessé d'aimer Bran ?
Le juge qui me rendait ma liberté
croyait-il qu'en 6 semaines,
6 ans, pour toujours, je cesserais d'aimer Bran ?
Aurais-tu pu le promettre ? Qui aurait pu le faire ?
Aussi suis-je restée. Et j'en suis heureuse.
Mais tu en as parlé à Bran ?
Tu lui as dit que tu savais ?
Si j'ai crié, hurlé, sangloté ?
Non, je ne fais pas ce genre de choses. Tu oublies que maman était actrice.
Elle s'est calmée,
mais quand j'étais petite, la vie n'était qu'une suite de crises.
Trop de colères, trop de rire, trop de larmes, trop de tout. Je...
J'ai vu la façon dont ça affectait mon père.
Loin de nous, c'était un homme fort et heureux,
mais chez nous, c'était une ombre qui s'excusait tout le temps
et faisait son possible pour éviter les scènes. Je...
Je ne veux pas faire subir ça à quelqu'un que j'aime.
Certains hommes pensent qu'il n'y a pas d'amour sans conflit.
Oh, Bran sait que je suis amoureuse de lui.
- Je n'en fais pas mystère. - Je sais.
Bran a connu beaucoup de femmes avant moi, mais il m'a épousée
sachant que j'étais quelqu'un de tranquille.
Je sais qu'il a rencontré Isabel Lorrison après notre mariage,
mais il a rompu parce qu'il m'a préférée à elle.
C'est pour ça qu'elle est partie.
Que se passerait-il si elle revenait ?
Je l'ignore.
Aurais-tu peur ?
Oui.
En mariage, ne devrait-on pas avoir confiance après un temps ?
Ca va venir. Il faut comprendre Bran.
Quelque chose en lui déteste l'idée d'être attaché, responsable,
mais il va changer. Tu verras, il va changer.
Alors tout va bien. Il n'y a pas de raison de s'inquiéter.
Il y avait un autre article dans le journal.
Peu importe. Je sais ce que c'est.
"Isabel Lorrison est de retour. Voilà une bonne nouvelle,
"ou en est-ce une mauvaise pour un certain BB."
Oui, j'ai peur.
Qu'est-ce que tu vas faire ?
Oh, changer de vêtements, regarder les menus avec le cuisinier,
aller faire un tour chez Marianne,
tout ce que je ferais si je n'avais pas peur.
- Une cigarette ? - Non, merci.
Dites-moi, y a-t-il un mannequin appelé Rosa ?
Oui, madame. C'est celle qui porte la robe beige.
Merci.
- Vous êtes Mme Bourne. - Et vous, Rosa.
Si vous voulez m'engueuler pour hier soir, allez-y.
- Je veux juste vous dire merci. - Merci ?
Votre mari m'a raconté votre gentillesse.
Oh, désolée, je...
On m'a beaucoup taquinée
au sujet de la photo du journal.
Rosa ?
Ca va, Mlle Marsh. Je la libère dans un instant.
- Je crois que je veux cette robe. - Parfait, Mme Bourne.
Asseyez-vous, Rosa, et montrez à Mme Bourne comme elle tombe bien.
Vous ne la voulez pas. Ce n'est pas votre style.
Ce sera pour dîner avec les clients de M. Bourne.
Rosa, à quelle heure finissez-vous ?
Dès que j'aurai enlevé ma robe.
- Voulez-vous venir prendre le thé ? - Impossible. Mais merci.
Je dois aller à l'aéroport.
Mon petit ami revient d'Europe aujourd'hui, je suis en retard.
J'ai ma voiture dehors. Je vous conduis à La Guardia.
Ce serait formidable.
Vous savez, mon ami ne verra peut-être pas la photo,
mais on ne sait jamais.
Si vous venez avec moi, je lui raconterai.
Et il saura que ce n'était rien. Allez vite vous changer.
Tout de suite.
Attention à cette robe. Elle m'appartient, maintenant.
J'ai pris des cours du soir à la fac,
puis j'ai décidé qu'après mon esprit, je devais travailler sur mon corps.
Ce métier m'a beaucoup appris.
Avant ça, j'étais plutôt décolletée. Le genre à tout montrer.
Et tout ça pour votre petit ami ?
C'est vraiment quelqu'un.
J'ai le béguin pour lui depuis mes huit ans.
C'était le policier du quartier.
Pour lui, je n'étais qu'une gamine du coin.
A notre dernière rencontre, j'avais 15 ans.
Il m'a dit: "Essuie ce rouge à lèvres ou je te frotte les oreilles."
Il fait partie des services secrets. Il est très intelligent.
L'Etat l'a envoyé en Italie quand Mussolini était au pouvoir
pour enquêter un peu.
Il est italien et c'est...
Rosa, dans une minute, je vous dirai que le monde est petit.
- Comment ça ? - Votre ami est Mark Dwyer.
Il y a une explication, mais je n'y crois pas moi-même.
De plus, nous n'avons plus le temps. Nous y voici.
Je vous attends ici, Rosa.
Pardon, à quelle heure arrive le vol de Paris ?
Je ne sais pas. Désolé.
Savez-vous quand arrive l'avion de Paris ?
Oh, désolée. Enfin, pardon.
Quand arrive l'avion de Paris ?
Cet avion est arrivé il y a une demi-heure,
après 5 ans, tu pourrais être à l'heure.
Oh, Mark.
Ecoutez, les gars, j'ai de la compagnie.
Si vous m'appelez demain, je serai bien plus cohérent.
Et merci, je n'ai pas été aussi flatté depuis mon premier uniforme de policier.
Mais vous ne nous avez encore rien dit.
Mark, attends une minute.
Certainement. Tiens.
Ca, c'est pour cinq ans de lettres. Ca, c'est car je suis heureux de te voir.
Et ça, c'est pour être devenue si jolie.
Viens, sautons dans un taxi.
Mais je veux te présenter quelqu'un.
J'ai toute la ville de New York à rencontrer.
Viens.
Mark, voici Mme Bourne. Mme Bourne, Mark Dwyer.
- Enchantée. - Bonjour, Mme Bourne.
Mme Bourne m'a conduite ici, Mark.
- Elle nous raccompagne. - Parfait.
- Ma voiture est dehors. - Bien.
D'abord, un bon bain chaud, puis j'ai environ 50 visites à faire.
Pour donner des nouvelles du pays.
Toute ta famille t'attend sur la 1re avenue.
J'espère qu'ils auront amené tous les bébés.
Regardez-moi ça. Tout a changé et pourtant tout reste pareil.
Comme toi, Rosa. Tu es devenue ravissante en grandissant
- et tu es la même gamine crasseuse. - Oh, Mark.
Elle avait le museau le plus sale du quartier.
Voilà, comme ça je peux vous regarder.
Je n'ai rien vu de tel depuis très longtemps.
Il me semble avoir déjà vu votre photo dans le journal, non ?
Dans la rubrique mondaine.
Et moi... je me suis retrouvée en première page.
C'est mon mari.
Il a eu des ennuis hier soir et Rosa l'a aidé.
Oh, alors vous êtes venue tout expliquer ?
Je trouvais bien ça un peu bizarre.
Tu n'appellerais pas une amie Mme Bourne.
Nous sommes amies, même si c'est récent.
Rosa, mon nom est Jessie. La photo prête à confusion.
Idiote, il suffisait de me l'expliquer.
Inutile d'amener un témoin.
Elle ne m'a pas emmenée. C'est moi qui voulais la conduire.
Vous êtes très gentille.
Elle est merveilleuse.
Je n'ai pas vu de mains de femmes
sans ampoules ni callosités depuis longtemps. La vôtre est bien douce.
Mark, tu vas rester ici, à présent. Tu n'y retournes pas ?
Je ne sais pas. Je ne saurais dire. Ca dépend.
Qui étaient ces hommes à l'aéroport ?
Je me fais courtiser par divers journaux et magazines.
Pour les droits de votre livre ?
Oui.
Un de mes meilleurs amis vous courtise aussi, Owen Lee.
- C'est comme ça que vous saviez. - C'est ça.
Owen Lee ?
Ah oui, le rédacteur et l'éditeur du Dispatch.
- Un bon journal. - Tout comme l'homme.
Lui et Helen vous plairont.
Apparemment, ils donnent une fête en mon honneur, ce soir.
- Vous y serez ? - Oui.
- Est-ce une fête chic ? - Tout ce qu'il y a de plus chic.
Je peux emmener la gamine au museau sale ?
Owen et Helen seront ravis.
Mark, allons-y. Ce sera amusant.
Bien, après les oncles, les tantes et les cousins.
Votre mari sera là ? Comme dit le journal:
- "M. Bourne, le roi des mondanités." - Bien sûr.
Etiez-vous à la boîte de nuit, hier ?
Non. Il avait travaillé très tard et était passé boire un verre.
Vous posez beaucoup de questions !
Ne vous fâchez pas. J'ignore beaucoup de choses.
Regardez, regardez. C'est le pont !
Je vous verrai à la fête, ce soir.
Merci, Jessie.
Elle est formidable, votre Rosa.
Joli abri antiaérien, si vous me permettez.
Je ne m'excuserai pas pour le luxe.
J'adore le quartier, voir le fleuve
et entendre les sirènes des bateaux la nuit.
Pourquoi croyez-vous devoir vous justifier ?
Pas du tout. Enfin, peut-être que si.
Vous arrivez d'un pays où règnent la misère et la pauvreté,
et moi, eh bien voilà.
Qui parle du contraste ? Pas moi.
Vous avez votre vie, j'ai la mienne.
Nous vivons du mieux que nous pouvons.
Au revoir. A ce soir, j'espère.
Merci, Joséphine. C'est exactement ce que je voulais.
Merci, Mme Bourne.
Pour demain. M. Lorfield veut que vous les regardiez.
Bien.
Je peux rentrer, maintenant, s'il vous plaît ?
Ca devrait être possible, M. Bourne.
Au fait, vous avez commandé les fleurs pour Mme Bourne ?
Pâquerettes d'Afrique et roses jaunes, en quantité.
- Merci. - Allez-vous...
Bonjour, Brandon.
Eh bien, rien n'a changé.
Enfin si. Il y a du nouveau.
Mlle Peterson, voici Mlle Lorrison, une ancienne cliente.
Vous avez mon dossier, j'espère.
J'ai besoin de conseils sur des investissements.
Ne partez pas, Joan. Finissez ce que vous avez à faire.
Désolé, Mlle Lorrison, j'ai fini ma journée.
J'allais partir.
- Vous rentrez chez vous ? - Oui. Ma femme m'attend pour dîner.
Bien. Vous pouvez me déposer. Nous parlerons en chemin.
- Pourquoi pas ? - Très bien.
Mes conseils tiendront en quelques mots.
Bonsoir, Joan. Je serai là très tôt, demain matin.
Bonsoir, M. Bourne.
Vous êtes si professionnel, M. Bourne. C'est la raison de mon retour.
Je te sers un verre.
Je n'en ai pas besoin pour dire ce que j'ai à dire.
Mais je ne suis pas sûre de pouvoir t'écouter sans boire.
C'est plus luxueux que dans mon souvenir.
Mon niveau de vie a augmenté.
Louons Alec Dawning pour tous ses bienfaits.
Ca va être un long discours, Bran ?
Non, court.
Mais complet.
Ecoute-moi bien, Isabel.
C'est terminé.
Tu ne vas pas revenir dans ma vie.
Tu ne vas plus me tomber dessus, car la prochaine fois,
s'il y en a une,
je jure que je te fais jeter dehors.
Bon, je ne pourrai pas dire que je n'ai pas été prévenue.
- Il est assez fort ? - Ca va.
Je vais devoir partir dans une minute.
Tu as vraiment changé de vie, n'est-ce pas, Bran ?
De longues soirées tranquilles à la maison, ta bonne femme à tes côtés,
avec tes pantoufles et ton fauteuil préféré.
C'est très raisonnable.
- Tu penses avec ta tête. - Tu devrais faire pareil.
Tu es comme un ancien alcoolique, Bran.
Tu ne supportes pas de voir quelqu'un boire.
Sérieusement. Tu peux avoir ce que tu veux avec ce Dawning.
Joue le jeu avec lui.
Je pourrais sans doute.
Pendant une journée, une semaine ou peut-être un mois.
Mais ça ne pourrait pas durer.
C'est pareil pour toi, Bran.
- Vraiment ? - Vraiment.
Pas toi. Impossible.
Tu te fais des illusions, mon cher. Des illusions.
- Tu crois vraiment ? - Oui.
Tu es bien ici, non ?
Personne ne t'a menacé avec un revolver.
Tu ne prends quand même pas ma présence pour une victoire ?
Mais si.
Tu sais que je suis ici pour en finir.
Tu pouvais faire ce sermon n'importe où,
au bureau, dans le taxi,
et même hier soir au Del Rio.
Ca m'aurait arrêtée à tout moment,
si j'y avais cru.
Tu enlèves tes boucles d'oreilles, tes chaussures, c'est toujours pareil.
Ca marche encore.
Ce n'est pas un peu gros, ma chérie ?
Ca l'a toujours été.
C'est ce qui te plaît.
Cette visite d'affaires au bureau,
ce n'était pas de ton calibre.
Tu ne t'abaisses pas un peu ?
Je n'en ai pas besoin. Nous sommes au même niveau, exactement.
Je n'ai pas besoin d'être trop maligne.
Tu gâches un très beau souvenir, Isabel.
Je ne te croyais pas si minable.
Je l'ai toujours été.
C'est ce qui te plaît.
C'est pour ça que tu es encore ici.
Maintenant que tout a été dit, c'est pour ça que tu n'es pas parti.
Ce n'est pas grave, Bran. Quelle différence,
aujourd'hui ou un autre jour ?
Je ne suis pas pressée. Tu reviendras.
Voilà qui est mieux, n'est-ce pas, Bran ?
Voilà ce que tu ne trouves pas chez toi.
C'est ça qui te manque, hein ?
C'est fatigant, la politesse, les mots doux et les bonnes manières.
Ce que tu veux, c'est être un peu pourri, comme moi.
Allô ?
C'est M. Dawning, en bas.
Je suis ici ou non ?
Dites à M. Dawning que je ne suis pas là.
Dites-lui de m'appeler plus tard.
Est-ce que M. Bourne est ici ?
Non, Joséphine. Il a dû travailler tard.
Il pense sans doute que je suis allée à la fête sans lui.
Je vais aller m'habiller. Il doit s'attendre à me retrouver là-bas.
Oui, Mme Bourne.
Je débarrasse ?
Non merci, Joséphine. Nous souperons en rentrant.
M. Bourne est-il déjà là ?
- Non, Mme Bourne. Pas encore. - Merci.
- Bonsoir ! Je vous cherchais. - Vous êtes ravissante.
Ma grand-mère, mon arrière-grand-mère,
et ça, le coin des affaires.
- Mark vous plaît ? - Enormément.
Il vous trouve formidable. Il a dit: "Quelle lady."
Il est quelque part avec les Lee.
Ils sont formidables.
Je dois les voir. Je ne les ai pas salués.
Bien, je retourne à la fête, alors. A plus tard.
Jess ! Je pensais que tu n'arriverais jamais. Où est Bran ?
Il me retrouve ici.
C'est une fête merveilleuse.
Ce serait mieux avec l'hôte. Cet Owen...
- Où est-il ? - Dans le bureau avec ton Dwyer.
Mon Dwyer ?
Il a demandé où tu étais dès son arrivée.
Il ne connaît personne d'autre.
Ecoute, rends-moi service.
Monte, sépare-les et chasse Owen. J'ai besoin de lui.
Je vais essayer.
Vous demandez une chose réservée aux meilleurs correspondants.
Je ne demande rien.
Vous voulez quelque chose d'Europe ? Je l'envoie si vous l'imprimez tel quel.
J'imprime ce que je veux comme je veux !
Nul ne va me donner des ordres.
Ecoutez, je ne connais pas votre position sur des millions de sujets.
Un homme ne voit qu'avec ses propres yeux, Owen.
J'écrirai ce que je vois.
Pouvez-vous même écrire votre nom ?
Voyons, il a signé des milliers de contraventions en tant que policier.
Ne te mêle pas de ça.
- Dwyer... - Je croyais que c'était une fête.
Helen aussi. Elle a l'air abandonnée, Owen.
Bon. Bon.
Adoucis-le pour moi, d'accord, Jess ?
Je n'en ai pas fini avec lui.
Vous allez travailler pour lui ?
S'il arrête de parler pour que je dise oui.
Êtes-vous toujours si jolie ?
Non, ce soir, j'ai fait de mon mieux.
- Pour moi, sans doute ? - Mais bien sûr.
- Un verre ? - Non merci.
J'ai vu Rosa en arrivant,
elle est ravissante et charme tout le monde.
- Elle est merveilleuse. - Vous êtes très important pour elle.
Gamine, elle avait le béguin pour moi.
Vous savez, comme on a le béguin pour un prof, un acteur ou un policier.
Si j'étais resté, elle m'aurait oublié,
mais je suis parti à l'aventure...
C'est peu dire, pour ce que vous avez vécu.
N'en rajoutez pas. Je suis policier.
Ces dernières années, j'étais un policier un peu plus glorieux,
mais j'ai obéi aux ordres. C'est mon boulot.
Bien, pas de piédestal, alors.
Quand même un peu. J'étais très bon dans mon métier. Très brave.
- Là-dessus, j'ai besoin d'un verre. - Parfait.
Je vais rencontrer votre homme ?
Oui, bien sûr, dès qu'il sera là.
Vous êtes venue seule ?
Il est en retard. Il travaille beaucoup.
Que fait-il dans la vie ?
Il est conseiller financier. Lorfield et Bourne.
Pourquoi son retard vous soucie-t-il autant ?
Je ne suis pas si inquiète.
Je suis désolé, Jess.
J'avais juste l'impression que quelque chose vous tracassait.
Nous nous connaissons à peine, Mark Dwyer.
Ne vous souciez pas de mes problèmes.
Très bien. M'accompagnerez-vous à la fête
jusqu'à l'arrivée de votre mari ?
Je vous rejoins dans un instant. Je dois téléphoner.
Bien.
Allô, Joan ? Joan, ici Mme Bourne.
Excusez-moi de vous déranger chez vous,
mais quand M. Bourne a- t-il quitté le bureau ?
A 18 h ? Savez-vous s'il rentrait directement chez lui ?
Mlle Lorrison ?
Oui, je vois.
Merci, Joan. Je suis...
Je suis désolée de vous avoir dérangée.
Excusez-moi.
Jessie, qu'y a-t-il ?
Je vais partir. Je suis fatiguée. Très fatiguée.
- Et votre mari ? - Il ne va pas venir.
- Je vous reconduis. - Mon chauffeur est ici.
Laissez-moi vous accompagner, juste pour la route.
- Mais Rosa... - Je m'assurerai qu'elle rentre bien.
- Je ne veux pas qu'elle souffre. - Mais non.
Allez chercher vos affaires. Je vais prévenir Rosa.
- Rosa... - Son mari n'est pas arrivé ?
Non. Il est pris par quelque chose...
Oh. Il était très pris par une ancienne petite amie au Del Rio, hier soir.
Une dame nommée Isabel Lorrison.
- C'est dur pour Jessie. - Oui.
Mark, ne la laisse pas rentrer seule. Accompagne-la.
- Je voulais ton accord. - Mais bien sûr.
- Je te vois demain ? - Quand finis-tu ?
- Vers 15 h. - J'irai te prendre.
Je veux qu'on parle longuement.
Mark, ça va, je vous assure. C'est votre première soirée ici.
Vous devez vouloir aller à certains endroits, voir des gens.
Je suis là où je veux être.
Ayez pitié de moi. Je suis allé à cinq fêtes
et personne n'a pensé à me nourrir.
Je vais vous préparer quelque chose.
Ecoutez-la. Elle va me préparer quelque chose.
Manifestement, la dame ignore
qu'elle parle à l'un des plus grands cuisiniers de notre époque.
Voyons, Jessie,
il ne fallait pas vous donner tant de mal.
Non, c'était de mauvais goût, hein ?
Allez, trouvons la cuisine et mettons-nous au travail.
D'accord, Mark.
Allez, allez, battez ces oeufs.
Si le personnel n'était si rare,
vous seriez virée.
Bien, à présent, les oignons sont dorés.
On ajoute les champignons et on les laisse faire connaissance quelques minutes.
Je parie que vous pensiez
que j'allais réclamer des spaghettis, hein ?
Pourquoi croit-on que les Italiens adorent ça ?
- Vous n'aimez pas ça ? - Hein ?
Tous les Italiens adorent les spaghettis.
Comment un Italien peut-il s'appeler Mark Dwyer ?
Quand un homme nommé Marco Andacci
trouve un bébé d'un jour dans un cageot à pommes
sur lequel est écrit: "Pommes Dwyer",
il nomme le bébé "Mark" pour lui et "Dwyer" pour les pommes.
- Oh, Mark, il vous a adopté ? - Oui.
C'était le meilleur homme qui soit.
Il est mort récemment.
Alors vous n'êtes peut-être pas d'origine italienne.
J'ai parlé l'italien avant l'anglais.
Mon premier voyage en Italie a été épatant. J'étais chez moi.
La première fois qu'on m'a dit: "Come sta..."
Ce n'est pas bien ?
Où l'avez-vous appris ?
- A l'école. J'ai un accent affreux ? - Non.
J'ai toujours été douée en langues.
Il faut rajouter les oeufs.
Arrêtez de me distraire, vous et vos talents.
Et c'est ainsi qu'on fait des oeufs, des oignons et des champignons.
Vous n'avez jamais rien goûté de tel.
Ma mère m'a appris à faire ça quand j'avais sept ans.
Alors pourquoi me regardiez-vous ?
J'espérais que vous oublieriez quelque chose.
Voilà qui est mieux. Bien mieux. Non, n'arrêtez pas.
J'ai travaillé dur pour cet éclat de rire.
Je sais. Vous avez été très gentil.
Pourquoi ?
Je ne suis pas sûr. Quand je le saurai, je vous préviendrai.
Mark, écoutez...
Mais oui, mais oui. Dès que j'aurai servi ces oeufs.
J'écoute, mais ne me dites pas qu'on ne se connaît pas,
pas encore, car vous savez que ce n'est pas vrai.
Vous avez raison. Je me sens bien avec vous.
Oui. Eh bien, c'est comme ça que ça arrive.
Ca ne veut rien dire.
Vous ne savez rien.
Vous êtes désorientée, Jess.
Allez, mangez vos oeufs. Vous vous sentirez mieux.
C'est bon ?
Délicieux.
Je suis dans une position bizarre, Jess.
Je ne peux demander si vous ressentez quelque chose pour moi. Vous êtes mariée
et je ne suis pas un voleur de femmes.
Mais pourquoi êtes-vous venue à l'aéroport ?
Je vous demande pardon.
Brandon, voici Mark Dwyer, l'invité d'honneur des Lee.
Tu aurais pu le rencontrer à la fête ce soir.
J'ai entendu parler de vous, mais pas de vos talents en cuisine.
Je suis doué avec les poêles.
Vous ne m'en voudrez pas de ne pas faire la vaisselle ?
Je vous raccompagne, Mark.
Bonsoir, Dwyer. Revenez nous voir.
Merci.
- Je vous appelle demain matin. - Merci pour tout, Mark.
Pourquoi ne me le jettes-tu pas dessus, Jess ?
Pourquoi ne pas crier, hurler, demander où j'étais ?
Pourquoi tout garder pour toi ?
Pourquoi ne pas en finir ?
Je n'ai pas envoyé de fleurs à Mlle Lorrison
pour son départ. Pourrai-je me rattraper
en envoyant du champagne comme cadeau
pour son retour ?
Elle est venue au bureau
en prétendant avoir besoin de mes services.
Une ruse, pour que je la raccompagne.
- Et quoi, elle t'a drogué ? - Jessie, écoute.
Pourquoi ? Les détails m'amuseront ?
- Tu vas écouter ! - Quoi ?
Une sale histoire ridiculisant notre mariage ?
Elle n'a rien à voir avec mon amour pour toi.
- Elle ne pourrait... - Ton amour !
Jess, tu ne comprends pas ce que c'est pour moi ?
Je suis comme un ivrogne qui a peur de l'alcool.
Il le déteste, il s'en cache, il...
Il essaie.
Qu'est-ce que tu veux ? Ma permission ?
Bran...
Bran !
- Je suis désolé, Jess. - Moi aussi.
Je ne peux pas le prendre à la légère,
car je te veux autant que tu la désires.
Tu te trompes, Jess. C'est toi que je veux.
Si c'était faux, pourquoi ne reprendrais-je pas ma liberté ?
Tu es ce qui m'est arrivé de mieux. Tu crois que je ne le sais pas ?
Cette autre chose, c'est...
- C'est comme une maladie. - Mais ça ne cesse pas.
Tu n'as jamais voulu de promesses, je n'en ai jamais fait.
Mais je vais t'en faire une.
Jess, je ne la reverrai plus jamais. Jamais.
Ne fais pas cette promesse si tu ne peux pas la tenir.
Elle sera tenue.
Elle ne prend que ça ? Un café noir et un toast ?
Absolument, M. Bourne.
Entrez, Joséphine.
- Votre nouvelle femme de chambre. - Bran.
Il est bien tôt pour être aussi ravissante.
Tout aussi tôt pour être aussi charmant.
- Tu as pu dormir, ma chérie ? - Un peu.
Pas moi. J'ai beaucoup réfléchi.
Jess, partons donc en Virginie pendant quelques semaines.
Tous les deux. Partons.
Est-ce une façon d'éviter la situation, Bran ?
Il faudra bien qu'on revienne.
Je sais, mais ce n'est pas pour ça.
Je veux avoir l'impression de repartir à zéro, Jess.
Seuls, tous les deux. Comme ça devrait être.
Comme cela va être, ma chérie.
Bien sûr, ça me plairait beaucoup.
Je passe au bureau, j'achète nos billets,
je te prends à 18 h 30 et on dîne dans le train à 20 h.
- Tu adores manger dans le train, Jess. - Tu me connais.
Tu fais mes bagages ?
Et n'oublie pas mes mouchoirs, comme tu fais toujours.
- C'est entendu. - Absolument.
Continuons comme ça.
- Continuons toujours comme ça. - Oui, mon chéri.
- Au revoir, Joséphine. - Au revoir, M. Bourne.
Entrez.
- Mme Bourne. - Bonjour, Joséphine.
- Quelle matinée splendide, n'est-ce pas ? - Oui, magnifique.
Résidence de Mme Bourne.
M. Dwyer ?
Un instant. Je vais voir si Mme Bourne est réveillée.
Merci.
Bonjour, Mark.
Je ne sais pas si vous voulez me parler.
Je vous dois au moins ça.
Mais quand ?
Non, désolée. Demain, je ne peux pas.
Je pars quelques jours avec Brandon.
Mark ?
Ne vous inquiétez pas. Je ne me suis pas évanoui.
Je pensais juste au temps, et je n'en ai pas beaucoup.
Ecoutez, je dois voir de vieux amis, cet après-midi.
J'ai des nouvelles de leur famille en Italie.
Accompagnez-moi. Nous pourrons parler dans la voiture, d'accord ?
Parfait.
Je passe vous chercher vers 15 h ?
Non, attendez. Ca ne va pas.
J'ai un rendez-vous à cette heure-là.
Disons plutôt 16 heures, d'accord ?
Et...
Ecoutez, Jess, que les choses soient claires.
Vous ne me devez rien.
Hé, Mark !
- Salut. - En fait, je termine à 17 h.
Tu es ma tante malade que j'emmène chez le médecin.
Tu es à moi jusqu'au dîner et après ?
Juste un verre.
Je peux tenir longtemps avec un verre, tu serais étonné.
Dis-moi.
Quand un type quitte une fille,
pourquoi est-ce lui qui tire une tête de six pieds de long ?
Depuis quand es-tu à moi, pour que je puisse te quitter ?
Depuis mes 12 ans.
Ecoute, Rosa, je suis vieux et amoché.
- Tu as 21 ans. J'ai... - Attends. Je vais le dire pour toi.
Gamine, j'avais le béguin. Après ton départ, je me suis monté la tête.
Mais quoi qu'il en soit, ce n'était qu'une amourette d'ado. C'est ça ?
Tu n'es pas d'accord ?
Je n'ai pas le choix, si ?
Je ne sais pas grand-chose, à part ceci:
On ne peut pas inventer des sentiments qui n'existent pas.
Je pourrais devenir plus intelligente ou jolie,
apprendre à jouer du clairon sur la tête, ce serait inutile.
Si tu ne m'aimes pas, c'est comme ça.
Et voilà tout.
Rosa, franchement, est-ce que...
Pensais-tu vraiment être amoureuse de moi ?
Je n'étais pas certaine.
J'espérais avoir l'occasion de le découvrir.
Mais ça n'arrivera pas, n'est-ce pas ?
C'est Jessie, c'est ça ?
Oui, c'est...
C'est Jessie.
Mais même sans cela, j'aurais dû régler ça avec toi.
Bien. Tout est réglé.
Arrête de faire cette tête d'enterrement.
Il doit y avoir plein de types aussi beaux à New York,
plus riches, plus agréables et mieux habillés.
Il devrait me suffire d'une heure
pour en rencontrer des dizaines.
Et à ce moment-là...
Regardez-moi ce museau sale qui fanfaronne.
- Rosa. - Je fanfaronne, hein ?
- Mark Dwyer, Jock Ardley. - Comment allez-vous ?
- Je peux ? - Eh bien...
Si ça ne t'ennuie pas d'attendre un peu.
On a quelques affaires à régler.
S'il s'agit de les régler, je suis d'accord.
Je serai au bar.
Bien, les affaires reprennent. Et pour toi ?
Oh, c'est fini avant d'avoir commencé.
Je ne suis pas un briseur de ménages, tu sais.
Oh, regarde.
Merci de m'accorder un peu de temps. Cette Lorrison ne t'en voudra pas ?
Felice, tu veux boire un verre ou me faire une scène ?
Ca m'est égal, mais je voudrais savoir.
- Qui est-ce ? - Alec Dawning,
le type qui a frappé Brandon au Del Rio, l'autre soir.
Pour une raison en particulier ?
Il s'agissait de cette Lorrison.
Il sort aussi avec elle.
Et avec lui, c'est une amazone ?
Non. Je ne la connais pas.
- Elle est imposante. - Il faut que je file.
Jessie.
Alors, que vas-tu lui dire ? "Adieu, c'était très agréable.
"Si vous avez des dragons à tuer, prévenez-moi."
A peu près ça.
Mark, tu dis que tu n'es pas un briseur de ménages.
Si Brandon continue à batifoler avec des filles comme Isabel,
il n'y aura bientôt plus de ménage à briser.
J'essaie d'espérer pour Jessie qu'il va arrêter de batifoler.
- Tu me trouves trop collet monté ? - Oui,
mais j'aime ce qui se trouve dans ce collet.
En sortant, envoie-moi la deuxième équipe.
A l'échauffement.
Alors, Rosa, qu'est-ce que tu prends ?
Joséphine. Joséphine.
Oui, Mme Bourne.
Si M. Bourne appelle, les bagages sont prêts
et je fais un tour avec M. Dwyer.
- Je serai de retour avant 18 h. - Oui, madame.
Je vous souhaite un bon séjour en Virginie.
Merci.
Je le prends. C'est sans doute M. Dwyer.
Allô ?
Pardon ?
Oui, je suis Mme Bourne.
Oui, Mlle Lorrison.
Je sais qui vous êtes.
Mais je ne vois pas pourquoi vous m'appelez.
Vous vous rendez compte que c'est ridicule.
Il est inutile de me donner votre téléphone ou votre adresse.
Très bien, si vous insistez.
Ne perdez pas votre temps à m'attendre. Je n'ai nulle intention de vous voir.
Fred, ici Mme Bourne.
Pouvez-vous m'appeler un taxi ? Je descends.
Merci.
Fred, si M. Dwyer arrive avant mon retour, demandez-lui d'attendre.
- Je reviens vite. - Bien.
Hé, Jess.
Mark, je vous ai laissé un message.
- Ca dit quoi: Poisson d'avril ? - Non, je reviens vite.
Je dois rendre visite à une amie. Elle est malade.
Où habite-t-elle ?
- 60, Washington Square. - Je vous y conduis.
- Occupez-vous du taxi. - Bien.
Je l'ai empruntée à un ami.
Alors tout s'est arrangé et vous vous en allez ?
Quoi ? Oh, oui. Tout va bien.
Vous faites toujours cette tête quand tout va bien ?
Je veux vous parler, Mark.
Rosa m'a fait tout un discours. C'est à mon tour de vous en faire un.
Vous n'alliez pas très bien, hier,
ce qui a pu me faire penser que votre mariage allait mal.
Mais vous aimez votre mari, la crise est finie
et toute autre déclaration d'amour de ma part,
que vous préférez croire non sincère,
serait très malvenue, c'est ça ?
A peu près.
Je vous aime bien, Mark. Nous serons amis, j'espère.
Je veux votre bonheur.
Aussi espérais-je que vous n'étiez pas sérieux.
Ne vous inquiétez pas, Jess.
Je n'ai pas 19 ans. Il paraît qu'on n'a pas toujours ce qu'on veut
et que le bonheur n'est pas inhérent à l'homme.
Je voudrais juste m'assurer d'une chose,
c'est que vous allez vraiment bien.
Je pense que oui.
Bran et moi...
Nous avions un problème entre nous depuis longtemps.
Hier, il a pris la décision d'y mettre un terme.
Le laissera-t-elle faire ?
Oui, je suis au courant.
Ca dépend beaucoup d'Isabel Lorrison, n'est-ce pas ?
J'espère que non.
C'est à quel numéro de Washington Square ?
Au 60. Je vous fais faire un gros détour ?
Non, je vais dans le Village. C'est sur le chemin.
60, Washington Square.
Je pensais bien que vous changeriez d'avis.
Vraiment ?
A votre place, moi aussi je serais curieuse.
Je vous sers un verre ?
- J'ai la marque préférée de votre mari. - Non, merci.
Vous êtes en retard et je vais à un cocktail,
alors je serai brève.
Je suis de retour et je ne repars pas.
Cela ne concerne plus mon mari ni moi-même.
Vous avez répété ça devant la porte ?
Non, c'est sorti tout seul car c'est vrai.
Je n'ai plus l'intention d'épouser Bran.
Oh, vous avez d'autres revenus ?
Bien meilleurs.
Il serait plus simple que vous le laissiez aller.
Dans le cas contraire, voici à quoi vous pouvez vous attendre.
Cette fois, ça va être différent.
Cette fois, il ne volera pas un moment avec moi
quand il pourra s'échapper.
Vous ne le verrez que lorsque je ne voudrai pas de lui.
Est-ce clair ?
Vous n'êtes pas difficile à suivre.
Pardonnez mon manque de subtilité,
mais souvenez-vous que je n'ai pas eu vos avantages.
Quand votre mère brillait sur les planches,
la mienne faisait du burlesque sur la 14e rue.
Quand elle vous a envoyée
au cours pour jeunes filles de Mlle Cavanaugh,
je servais des frites.
Vous avez appris à servir le thé correctement,
à croiser les jambes aux chevilles.
Et que les escarpins font la femme,
mais qu'avec des noeuds, ça fait de vous autre chose.
Vous avez appris à faire un bon mariage.
Mais comme vos comparses, vous pensez que le mariage
est une fin en soi.
Mlle Cavanaugh a oublié de vous enseigner une chose,
une chose que j'ai apprise:
Comment garder un homme et alimenter son désir.
Mon mari ne veut pas de vous. C'est terminé.
C'est ce qu'il m'a dit hier soir.
Si je l'appelle, il viendra en courant.
Vous savez comment il vous considère ?
- A peu près. - Comme une maladie.
Et vous, vous êtes quoi ? La santé ?
L'amour sacré et profane, hein ?
Pourquoi Bran ne me quitte-t-il pas ?
Je le laisserais partir. Il le sait.
Mais il me supplie de rester. Pourquoi ?
Il me l'a dit maintes et maintes fois.
Pour la même raison qu'il vous a épousée.
Parce qu'il m'aime.
Parce qu'il voulait avoir des rênes,
un contrôle, une camisole.
C'est ce que vous êtes pour lui,
parce qu'il a trop peur d'être lui-même.
Vous aussi, vous avez peur, non ?
De quoi ? De vous ?
Pourquoi m'avoir appelée, sinon ?
Parce que vous doutez de vous.
Vous savez que vous avez perdu Bran, et c'est une dernière tentative.
Vous avez peur et vous allez mal, mais ce n'est que justice.
Vous m'avez rendue très malheureuse par le passé.
Mais à votre place, je penserais à une chose que Mlle Cavanaugh
n'a pas oublié de m'enseigner.
Savoir perdre avec grâce.
Croyiez-vous vraiment à ce voyage en Virginie ?
Vous ne pensiez pas qu'il m'en parlerait ?
Vous l'attendez à 18 h 30 avec les billets, mais il n'arrivera pas.
- Je pense que si. - Il ne viendra pas !
Comment va votre amie ?
Un peu plus vaillante que prévu.
Vous allez voir de vieux amis, disiez-vous ?
Non, ma famille. Les Sistina.
Mama était la soeur de mon père, j'ai grandi avec les garçons.
Ce sont mes cousins.
Je les ai vus hier, mais il y avait tant de monde
que je n'ai pas pu leur donner des nouvelles
de notre famille au pays.
J'espère qu'elles sont bonnes.
Oh, moitié moitié.
Alors je vais rester dans la voiture.
Ils ne voudront pas voir une étrangère.
Pas du tout, vous êtes mon amie.
De plus, depuis que je vous connais, on reste dans votre quartier.
Vous n'avez jamais vu le mien. Impossible,
Park Avenue est à des millions de kilomètres de Gracie Square.
Je suis curieux de voir comment vous allez vous en sortir.
Vous êtes si snob que vous êtes sûr que ça ira mal.
Je ne veux pas parier. Je suis curieux de voir.
- Qu'est-ce que vous regardez ? - Vous.
Vous êtes le meilleur homme que je connaisse, et le plus grand.
Hé ! Hé ! Une minute !
Tu n'es pas Mark Dwyer, le fils du vieil Andacci ?
- Si. - Ca alors.
Je suis Chuck Snyder, de l'école PS 765.
La classe de Mlle Richard.
- Ca alors... Comment vas-tu ? - Bien, bien.
Une amie, Mme Bourne.
- Enchantée. - De même.
Et moi ? Un oeil de lynx.
Je ne t'ai pas vu depuis 15 ans et je te reconnais sur le coup.
- Oui. - Alors, qu'est-ce que tu deviens ?
Ah, que devient-on ?
- J'ai vieilli. - Tu étais policier, paraît-il.
Tu as démissionné ?
- Dans un sens, oui. - Tu t'es fait virer.
Tu as changé d'occupation ?
Je pense me diriger vers le journalisme.
Tu ne travailles pas ? C'est dur.
- Mais ça va marcher. - Mais oui.
Ne baisse pas les bras.
C'est ce que je lui dis. Il ne faut pas baisser les bras.
Oui, c'est la clé du succès.
J'ai un petit restaurant sur la 7 e rue, le Catimini.
Tu te rappelleras ? Le Catimini.
Quand tu seras dans le quartier, viens en catimini.
Il y a toujours un sandwich et du café pour les amis.
Merci, Chuck. Merci beaucoup.
Je t'en prie. On ne peut pas tous réussir.
J'y vais. Ma bourgeoise m'attend.
Enchanté.
N'oublie pas. Le Catimini.
C'est noté, Chuck.
J'ai toujours l'air aussi grand ?
Vive le héros conquérant !
Oh, ça suffit.
- Je vous raccompagne ? - Oui.
J'habitais à quatre coins de rue d'ici.
Je jouais dans ces rues.
Un, deux, trois, soleil.
Comment connaissez-vous ça ?
Vous voyez cet immeuble avec la grille ?
C'est là que je suis née.
Vous et votre quartier !
C'est pour ça que je suis aussi à l'aise avec vous. On était voisins.
C'est drôle, Jess. J'en sais à la fois tant et si peu sur vous.
J'ai beaucoup de questions.
Mais ça ne sert à rien de vous les poser,
ni de rien dire, d'ailleurs, si ce n'est: "Ravi de vous avoir rencontrée."
On dirait des adieux.
Je retourne en Europe dans quelques jours.
Je continue à travailler pour le gouvernement.
Qu'allez-vous faire ? Enfin, si je peux demander.
Essayer de savoir ce que les gens pensent de nous.
C'est un drôle de boulot, mais c'est intéressant.
Mark, saviez-vous que vous partiriez si tôt lorsque vous avez dit...
Quand je vous ai déclaré mon amour ?
Oui, je le savais. Mais ça n'aurait rien changé.
Quand deux personnes se trouvent, la distance ne peut plus les désunir.
Mais nous n'avons pas eu cette chance.
Nous nous sommes croisés en route pour une autre destination.
J'espère que vous arriverez sans encombres.
J'aurais voulu vous rencontrer à un autre moment.
Mark, montez boire un verre avec nous.
- Vous avez un train à prendre. - Il est tôt.
Je voudrais que vous rencontriez Bran dans de meilleures conditions.
Entendu.
- Mme Bourne. - Oui ?
M. Bourne a appelé il y a quelques instants.
Il veut que vous le rappeliez au Chelsea 3-3098.
Merci, Charlie.
Servez-vous à boire, Mark. Tout est là.
Bourne - 18 h 20. Appelez - Ch-3-3098
Jess ?
Jess, qu'y a-t-il ?
Il est chez elle.
C'est son numéro.
Isabel Lorrison ?
Il veut que je l'appelle là-bas.
Il...
Il m'avait promis de ne jamais la revoir.
Cette promesse, je ne la lui ai pas arrachée. C'est lui qui voulait.
Mais elle a dit:
"Si je l'appelle, il viendra en courant."
Et c'est ce qu'il a fait.
Elle avait raison.
C'est...
C'est Brandon le menteur.
Un menteur !
Jess.
Il doit attendre que je l'appelle.
Qu'allez-vous lui dire ?
Que je leur souhaite beaucoup de bonheur.
Jessie ! Jess, écoute-moi.
Une chose terrible est arrivée.
Isabel est morte. Elle a été assassinée.
Assassinée ?
Ce n'est pas moi, Jess. Elle était morte à mon arrivée.
Je devais te l'annoncer avant que la police ne t'appelle.
Isabel a été assassinée.
Il dit qu'elle était morte à son arrivée.
Qui est avec toi, Jess ?
Bourne, ici Mark Dwyer. J'arrive.
Ecoutez, n'appelez pas la police avant que j'arrive. Ne...
Il a déjà appelé.
Donnez-moi l'adresse. 60...
60, Washington Square. Appartement 2B ?
Oui, c'est noté.
Quoi ?
Non, je ne l'emmène pas avec moi.
Elle était vivante lorsque je l'ai vue, Mark.
Brandon veut que vous restiez ici.
Je vous accompagne.
Morte à l'arrivée.
Qui s'occupe de l'affaire ?
Le lieutenant Jacobi.
Bien. Dites-lui que Mark Dwyer souhaite le voir.
Lieutenant ? Puis-je vous voir une minute ?
Comment ça va, Jake ?
J'ai appris ton retour. Ravi de te voir, Mark.
Les Fédéraux ne sont pas impliqués ?
Non, ce sont des amis. M. Bourne. Lieutenant Jacobi.
- Enchantée. - Enchanté.
On a trouvé quelque chose ?
Non, pas encore. Je viens d'arriver.
- Vous voulez vous asseoir ? - Oui. Merci.
Jessie, pourquoi es-tu venue ?
- Pour aider, si possible. - Je voulais t'épargner ça.
Si tu y es mêlé, ça me regarde.
Mme Bourne, ne préférez-vous pas attendre dehors ?
Je vais interroger longuement M. Bourne.
Ses réponses ne me surprendront sans doute pas.
Asseyez-vous donc.
Bill, Jim, voici Mark Dwyer. Vous devez savoir qui c'est.
Et comment.
Bien, M. Bourne, commençons par le début.
L'heure de votre arrivée, la raison et les faits.
Mlle Lorrison m'a appelé plusieurs fois au bureau, cet après-midi.
Je n'ai pas répondu à ses appels,
jusqu'au dernier, quelques minutes avant 17 h.
Quelle était votre relation avec elle ?
Je la connais depuis des années. Elle était partie.
A son retour, j'ai tenté de lui signifier
que je ne voulais plus la voir.
Pourquoi avoir enfin répondu ?
Elle a dit qu'elle appellerait jusqu'à ce que je lui parle.
A- t-elle dit d'où elle appelait ?
- Du Del Rio. - Depuis quand est-ce ouvert à 17 h ?
Alec Dawning l'a loué pour un cocktail privé.
C'est l'un des amis d'Isabel, n'est-ce pas ?
Vous lui avez parlé. Qu'a-t-elle dit ?
Elle a insisté pour que je la rencontre ici.
Elle quittait le Del Rio à l'instant même.
Je suis arrivé à 17 h 45 précises.
Je devais passer prendre ma femme à 18 h 30,
je ne voulais pas être en retard.
J'ai sonné plusieurs fois.
Comme elle ne répondait pas,
j'ai pensé qu'elle n'était pas arrivée. Aussi suis-je entré.
- Comment ? - Il a une clé.
J'avais oublié de la lui rendre.
Elle n'était pas dans le salon. J'ai appelé.
N'entendant pas de réponse, je suis allé dans la chambre.
Je ne l'ai d'abord pas vue.
Elle était par terre, entre le lit et le mur.
Elle avait des marques sur la gorge.
Jake, je peux...
Oui, le médecin légiste est en chemin.
Elle a dit qu'elle t'avait vue.
- J'aurais dû savoir qu'elle mentait. - Non, c'était vrai.
Tu dois comprendre pourquoi je suis venu.
Je voulais savoir.
Pourquoi n'es-tu pas venu me le demander ?
Selon elle, il suffisait de t'appeler pour que tu viennes.
Elle te connaissait, Bran.
Vous avez ce qui vous faut ?
Oui, monsieur.
On a trouvé quelque chose sous les ongles ?
Un peu de peau.
On ne peut rien conclure avant les résultats du labo.
Mark, est-ce que tout ira bien ?
Il est un peu trop tôt pour le dire, Jess, mais...
N'en faites pas une maladie. Si Brandon dit la vérité,
et d'ailleurs, je le crois, tout se passera bien.
Jake, je peux te parler un instant ?
Bien sûr.
J'ai trouvé quelque chose.
Non, j'ai regardé. Pas de vernis rouge, rien de cassé.
Mais tu as attendu d'avoir regardé pour m'en parler.
- Amis, hein ? - Elle est avec moi depuis 16 h 15.
Jake, si la fille a quitté le Del Rio à 17 h, elle est arrivée ici vers 17 h 25, c'est ça ?
Oui.
Et si Bourne dit la vérité, il est arrivé à 17 h 45.
Elle est morte durant ces 20 minutes.
Il n'est que 18 h 55. C'est tout frais.
Sois gentil. Laisse-moi fouiner autour du Del Rio.
Je connais ces gens, je trouverai une piste plus facilement.
Certainement, Mark.
Mme Bourne, je vous appelle un taxi.
Vous devriez rentrer chez vous.
M. Bourne, vous allez nous accompagner au poste.
Vous m'accusez de ce meurtre ?
Non, je ne vous boucle même pas, pas encore,
- sauf si vous refusez de venir. - Bien sûr que non.
J'ai dit la vérité et je veux le prouver.
Vous allez pouvoir le faire.
Je l'emmène au poste de police 12.
Je vous rejoins dès que je trouve quelque chose.
Prenez soin de vous.
Tu as raison, Bran.
Il n'y a pas grand-chose à dire.
Désolé, mais le bar n'ouvre que dans quelques minutes.
C'est la fin d'une fête privée.
Merci, mais je ne suis pas là pour boire un verre.
- Vous êtes en mission ? - Pour ainsi dire.
- Je peux vous aider ? - Je l'espère.
Depuis combien de temps Alec Dawning est-il là ?
Depuis 16 h 30. C'est lui qui reçoit.
- Etait-il accompagné ? - De Mlle Lorrison. Isabel Lorrison.
- Elle est encore ici ? - Non. Elle est partie tôt, vers 17 h.
Elle était à peine là qu'une fille est entrée...
- Une autre fille ? Son nom ? - Bucket, Felicia Bucket.
Bâtie comme l'Empire State.
Je crois l'avoir déjà vue. Une grande fille.
Oui. Assez grande pour être plus maligne.
Elle était soûle et énervée.
Elle est arrivée à la table de Dawning en insultant
Mlle Lorrison, qui s'est fâchée et est partie.
Et Mlle Empire State s'est installée avec Dawning ?
Non. Elle lui a lancé un verre de champagne à la figure et est partie.
Combien de temps après Lorrison ?
Cinq minutes, je ne sais pas.
Où est allée la grande fille ?
Je ne sais pas. Désolé, mais avec la fête...
John.
Ah, Mlle Blackett.
Dites à M. Dawning de me rejoindre à notre table. Je suis prête à dîner.
Dites-lui que je suis très bien où je suis.
M. Dawning vous fait dire qu'il souhaite rester où il est.
Merci, John. Merci beaucoup.
Je vais à ma table.
Mlle Blackett Je l'ai retenue une heure après votre départ, puis j'ai dû la donner.
Elle est réservée, les gens vont arriver.
Je suis partie 20 minutes,
j'étais allée me repoudrer.
Je vous croyais partie. Je vous en trouve une autre.
Vous pouvez garder vos tables, John.
Vous et M. Dawning. Gardez-les toutes.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Une vraie grande fille.
Et vraiment pas facile.
Comment s'appelle votre barman ?
- Bill. - Dites-m'en plus à son sujet.
Certainement.
Il est ici depuis environ quatre ans.
- Bonsoir. - Un scotch.
Oui, madame.
Ne prêtez pas attention à mes actions au bar.
Un scotch sans glace.
- Oui, monsieur. - Rien d'autre.
C'est du français.
C'est...
Non, non, vous avez...
Votre main est très étonnante. Est-ce que...
Vous dessinez à temps perdu ?
Oui.
Vous... Vous n'êtes pas épaté ?
- Rien ne m'épate, monsieur. - Attendez, laissez-moi le temps.
Une serviette. Vous avez une serviette ?
- Oui, monsieur. - Et un crayon.
Un crayon. Bon...
Mettez votre main comme ça.
Je vais révéler les secrets sombres et cachés de votre vie.
J'aime bien ma belle-mère,
voilà mon secret.
Enlevez-la.
Vous vous appelez Bill.
Quatre ans que vous travaillez ici, une femme blonde, jolie.
- Vous avez un fils. - C'est quoi, le truc ?
Un truc ? Il n'y a pas de truc.
Vous savez...
C'est une méthode scientifique. Les doigts révèlent tout.
Leur forme révèle le passé, le présent et l'avenir.
Ma femme va peut-être devenir platine dans huit jours ?
Exact.
Je ne l'ai pas épaté, hein ?
Et vous, hein ?
Moi ?
Je peux vous faire oublier le passé, améliorer le présent,
et m'occuper de votre avenir.
Je vois que l'avenir vous inquiète, mon chou.
Pas moi.
Dorénavant, c'est moi qui décide de ce qui m'arrive.
Vous serez plus le jouet du destin, hein ?
Je vois que quelque chose vous tracasse, non ?
Vous êtes fâchée.
C'est une perte de temps.
Vous êtes philosophe, en plus ?
Une volonté de fer, la tête froide, et une nature passionnée, comme moi.
Et le petit cochon s'est mis à pleurer et est rentré chez lui,
tout comme moi.
Non...
Non, vous... Vous faites une erreur.
Ca lui damerait le pion de vous voir tenir la main à un type,
si vous appelez ça tenir la main.
- A qui ? - Celui que vous regardez sans cesse.
Celui qui vous fâche.
Quand ma copine est énervée, elle réagit toujours
en me jetant un type aux pieds.
Non, enfin, c'est elle qui se jette à ses pieds.
Ne repartez pas seule devant lui.
Repartez avec moi.
Et rendez-moi service. Ma copine fait une soirée
pour un autre et je voudrais y aller avec quelqu'un.
- Vous. - Pourquoi moi ?
Vous valez le coup d'oeil, mon chou.
Vous m'en avez mis plein les yeux
depuis que vous êtes sortie des toilettes.
Vous m'avez vue en sortir ?
Oui. Et y entrer aussi.
Combien de temps y suis-je restée ?
Vingt minutes.
Très bien.
Allons à votre soirée.
Ca nous fera peut-être du bien à tous les deux.
Je le garantis.
Attendez, je prends mon chapeau.
- Un taxi, monsieur ? - Non, monsieur.
Pas tout à fait à ma taille.
Comment le savoir sans l'essayer ?
Vous êtes sûr de pouvoir conduire ça ?
Il vaut mieux. Je suis incapable de marcher.
On va rendre ma copine vraiment jalouse, d'accord ?
Je vous jette à sa tête, d'accord ?
J'espère qu'elle plongera.
Conduisez.
Rappelez-vous que vous ne pouvez pas marcher.
Dites, elle habite où votre amie ?
A Washington Square.
Et ?
60, Washington Square.
Ce n'est pas le chemin.
Mais si, c'est un détour.
C'est le chemin le plus court pour là où nous allons.
Pas de détours avec moi.
Arrêtez, j'ai changé d'avis.
La fille s'appelle Lorrison.
Très jolie fille.
Oui, elle était très jolie.
Elle est morte.
Je savais que ça lui arriverait. Elle l'a bien cherché.
C'est vous qu'elle a trouvée, mon chou ?
Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Vous pouvez prouver le contraire,
laissez-moi voir vos petites mains inoffensives.
Vous êtes fou, mais d'accord.
Alors, M. Bourne,
vous admettez que cette fille menaçait votre réputation, votre tranquillité.
Et qu'elle avait, plusieurs fois...
J'ai besoin d'un peu d'aide.
Vas-y, Jack.
Non, de beaucoup d'aide.
Mike.
- On revient. - D'accord.
On passera aux questions embarrassantes
quand on aura vu pourquoi notre ami a besoin d'aide.
Il n'y a pas de questions embarrassantes,
puisque je ne l'ai pas tuée.
Je crains de ne pouvoir vous croire sur parole.
Approchez une chaise.
- J'ai une chose charmante à montrer. - Ah oui ?
Comme un gant. Son nom est Felice Blackett
Elle s'est disputée avec Isabel Lorrison au Del Rio.
Quand Lorrison est partie, elle l'a suivie, soûle.
Et puis ça a dégénéré, hein, mon chou ?
Elle est retournée au Del Rio, pour l'alibi, sans doute.
Et quand je lui ai proposé d'aller voir Mlle Lorrison, elle est devenue verte.
- C'est tout. - C'est tout ?
Eh bien, tu n'as pas perdu la main.
- Une simple occasion, tu sais. - Oui.
Ma chance vous a porté chance, mon ami.
- Et lui, alors ? - Oh.
Merci. C'est tout, mais ne quittez pas la ville sans m'avertir.
Dois-je m'attendre à être dans le journal, demain ?
On va vous épargner ça.
Il faut savoir accepter les conséquences de ses actes, Bran.
Je vais revenir faire ma déposition.
- Bien. - Au revoir, Mark.
C'est terminé, ma chérie.
Oui. C'était une certaine Felice Blackett
Elle et Isabel se disputaient les faveurs de Dawning.
Tout le monde a perdu.
Incroyable, c'est fini.
Il risque de devoir témoigner. Ca peut faire un peu de bruit.
Mais les ennuis sont terminés ?
Grâce à Dwyer. Je nous sers à boire, on en a besoin.
Pas pour moi.
Je dois retourner faire ma déposition au poste, Jess.
Je prends l'avion du matin pour Paris.
Inutile de vous dire combien je vous suis reconnaissant.
Ne vous fatiguez pas.
Je ne suis pas votre ami.
Jess.
Merci d'avoir cru que j'étais innocent.
Tu n'es pas innocent de sa mort.
Tu ne l'as pas tuée, c'est tout.
- Jess, nous devons parler. - Pas ce soir, je suis fatiguée.
Et je ne veux rien dire dont je ne sois certaine.
Bonsoir, Bran. A demain.
Au lit à cette heure-ci, alors que je vous croyais en ville ?
Asseyez-vous et racontez-moi tout, Brandon.
Quelque chose ne va pas entre vous et Jessie ?
Vous êtes-vous mal conduit, mon cher ?
Très mal. C'est un gâchis épouvantable, et c'est ma faute.
Mais je l'aime, mère, je ne veux pas la perdre.
- Elle songe à vous quitter ? - Je le crains.
Je vois.
Que voulez-vous que je fasse, Brandon ?
Que j'intercède auprès de Jessie ?
Que je la somme de rester avec vous ?
Je veux une autre chance, mais je sais que je ne peux pas l'exiger.
Vous savez autant que moi qu'on est faits l'un pour l'autre.
Si vous lui parliez...
Votre bonheur et votre tranquillité comptent tant pour elle.
Le ferez-vous ?
C'est impossible, je le crains.
Voyez-vous, je ne serai heureuse et tranquille que si elle vous quitte.
Pourquoi êtes-vous si étonné, Bran ?
Vous ne pensiez pas que j'y voyais clair ?
Je sais tout de vous.
Je l'ai su du jour où Jessie vous a amené ici.
Vous êtes vain, égocentrique et impitoyable.
Mais Jessie vous aimait.
Et tant qu'elle vous aimait...
Vous êtes incroyable, Nora.
- Je croyais que vous m'appréciez. - Mais absolument, mon cher.
Je vous trouve tout à fait charmant.
Mais à 55 ans, je peux me le permettre.
Ma fille, par contre, est encore une jeune femme.
Vous êtes un luxe qu'elle ne peut se permettre.
D'ailleurs, je ne vous ai jamais autant apprécié qu'en ce moment,
sachant que Jessie en a fini avec vous
et que je n'ai plus besoin de vous accueillir dans cette maison.
Et si elle n'en a pas fini avec moi ?
Je peux être très persuasif.
Dans ce cas, le dîner sera servi comme d'habitude,
- le jeudi soir. - Je serai là.
- Bonsoir, mère. - Oh, Bran.
Vous comprendrez que je ne commande pas le dîner tout de suite.
Allô ?
Oh, bonjour, Mark.
Je suis contente que vous appeliez.
Vous risquez de changer d'avis.
Ecoutez, je me suis tu jusqu'à m'en étouffer. Je me suis dit
que c'était votre problème et pas le mien.
Mais je ne peux pas continuer à être le bon vieil ami de la famille.
Mark, qu'est-ce que vous racontez ?
Je parle de vous et de votre super mari.
Jess, si vous avez une once de fierté ou d'honnêteté, quittez-le maintenant,
pas pour moi, mais pour vous.
Je n'essaie pas de prêcher pour ma paroisse. Vraiment pas. Mais...
Je sais bien.
Vous faites votre devoir d'ami.
Mais, il faut que je décide toute seule de ce que je vais faire.
Vous le savez, n'est-ce pas, Mark ?
Oui. Bien sûr, je sais.
Mais si vous pensez que je regrette ma franchise, vous vous trompez.
Adieu, ma belle.
Je reviendrai un jour ou l'autre.
Vous allez rater votre avion.
Oui, oui, j'arrive.
Bonjour, Bran.
Me laisseras-tu te parler, Jess ?
Oui, bien sûr.
Je n'ai pas préparé d'histoire.
J'ai marché toute la nuit en pensant à tout ce que je nous ai fait,
et il n'y a pas de mots pour l'expliquer ou le réparer.
C'est arrivé, je suppose que c'était vrai.
Je peux mal me jeter à tes pieds et dire: "Je t'aime
"et je n'imagine pas la vie sans toi", bien que tu saches que c'est vrai.
Tu pourrais facilement répondre que j'ai toujours dit ça
et que mon amour ne t'a fait aucun bien.
Je n'ai plus de munitions, n'est-ce pas, Jess ?
Mais je dois quand même me battre, parce que je t'aime vraiment
et que je n'imagine pas la vie sans toi.
Je ne vais pas te forcer.
Je veux juste que tu regardes notre mariage objectivement,
que tu pèses les bons et les mauvais côtés,
le passif et l'actif, avant de tout jeter,
avant de jeter nos deux vies aux orties.
Tout a commencé avec plus de passion, d'espoir et d'amour
qu'on n'en a jamais eu.
Nous avons commencé un bon mariage, Jess.
Et c'est allé de mieux en mieux avec le temps.
On a changé un peu tous les deux.
Tu te rappelles au début, comme il était difficile
pour toi d'être à un match de hockey, et pour moi de rester éveillé au ballet ?
Je t'ai appris à faire de la voile. Et je me souviens d'un hiver
où tu... Où tu m'as fait lire de la poésie.
On a appris à apprécier nos amis mutuels et à savoir tacitement
quand l'autre s'ennuyait et voulait rentrer à la maison.
On s'est dit cent fois que la vie n'avait pas de goût avant notre rencontre.
Nous avons prévu comment nous serons pendant notre vieillesse.
Je t'ai fait promettre de ne pas mourir avant moi.
T'en souviens-tu ?
Je me souviens de tout, Bran.
C'est un côté de la balance. Ca a été comme ça des années,
la majeure partie du temps qu'on a passé ensemble. Jusqu'à ce que je gâche tout.
Du jour où je l'ai rencontrée, je t'ai fait souffrir.
Voilà l'autre côté de la balance.
Je ne peux le nier. Je ne peux pas arracher la page.
Mais Jess, c'est terminé, fini.
Elle était le seul obstacle entre nous. Maintenant elle est morte et je suis libre.
Elle était le seul obstacle entre nous.
Maintenant qu'elle est partie, il n'y a rien entre nous.
Rien.
Jess, tu n'es pas sérieuse.
Je donnerais tout pour ne pas l'être.
J'ai attendu si longtemps que tu reviennes à moi.
Je n'aurais jamais cru que le jour venu, ça me serait égal.
C'est si simple que ça ? Entre hier et aujourd'hui,
c'est parti.
Je voudrais pouvoir le faire revenir, je...
Je ne sais pas comment naît l'amour ni pourquoi il meurt.
Je croyais le mien immortel.
Et que s'il mourrait, le monde s'écroulerait.
Que la circulation, les bateaux sur le fleuve s'arrêteraient.
Mais je me trompais, Bran. Rien ne s'arrête.
Tout continue.
Le reste du monde se moque
du fait que je ne t'aime plus,
et moi la première.
Merci pour tous les bons moments.
Allô ?
Bonjour, mère.
Oui, Jessie sera là pour dîner jeudi comme d'habitude.
Mais elle sera seule.
French
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