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RIVIÈRE TAJAPURU, ÎLE DE MARAJÓ ÉTAT DU PARÁ, AMAZONIE
Tielle, tu viens m'aider ?
J'arrive.
Maman ?
Cláudia a arrêté de nous écrire ?
Pourquoi tu parles de ça ?
Cláudia s'en sort mieux que nous.
Elle a trouvé un mec bien.
Tu l'aurais vu, là devant, dans son bateau.
Il la noyait sous les cadeaux.
T'imagines ?
Si ça t'arrivait à toi ?
Maman ?
Elle est à Rio ?
Encore plus loin.
Tu trouves que je lui ressemble ?
Tu te souviens d'elle, au moins ?
À toi de choisir : or ou argent ?
Argent.
Or.
Il faut que tu choisisses.
- Or. - L'or ?
- Tu te transformes en dinosaure ! - Et le diamant ?
- Diamant ? - Il a choisi diamant.
Alors, vieille branche ! Tu viens d'où comme ça ?
- Du Maranhão. - Encore ?
- Et toi ? - Du Brésil.
- De Chine. - Du Pará.
Vous avez vu ? Regardez cet açaï.
Il a l'air bien mûr.
Vas-y, Tielle.
Laisse-moi y aller.
J'y vais, maman.
Il t'arrive quoi ?
Rien.
Fais très attention, Carol.
- Fais comme je t'ai appris. - D'accord.
- Y a plein de fruits. - Je l'ai.
Bravo, descends.
- Bien joué ! - Doucement.
Aidez-moi.
- Papa, tu as besoin de paille ? - Attends, j'attache celle-ci.
C'est nous !
Bienvenue.
Papa, regarde ce que j'ai cueilli pour nous.
- C'est même pas elle... - Tais-toi.
Ça a l'air délicieux. Laisse-moi goûter.
C'est Carol qui les a cueillis.
Mets-les là, Tielle.
On en a cueilli plein, aujourd'hui.
Tiens, maman.
Merci. Tu peux laisser ça là.
T'es pas bien, toi.
Arrête, Carol. Laisses-en pour les clients.
Quels clients ?
Ceux de Tielle.
Il est grand temps qu'elle contribue.
Pas question que ma fille monte sur une barge.
On y va.
Je vais tomber.
Allez, tends les jambes.
Tu gagnes parce que t'es plus grande que moi.
- Enquiquineuse. - Pue du bec.
Me lâche pas la main.
C'est pas juste. Tu l'as fait exprès pour gagner.
- Voilà, t'as gagné une claque. - Non.
Quoi ?
Passe-moi mon fusil.
Danílio ?
Non.
Vas-y toi-même et viens m'aider.
On jouera plus tard.
Pas besoin de la sortir en entier.
Il suffit de la dévisser, vas-y.
C'est bon ?
- Oui. - Très bien.
Ça suffit, tu l'as assez desserrée. On n'y touche plus.
Ensuite, voilà ce que tu fais.
Tiens-le par ici.
Tu tires dessus, voilà.
Maintenant, regarde bien.
Tu vois ce ressort ?
Il faut le rentrer ici. Essaie pour voir.
Fais voir.
T'as réussi ?
Montre-moi.
Mince, alors !
T'as réussi, ma grande.
Bravo ! T'es sacrément fortiche, dis donc.
Regarde ce que j'ai trouvé.
C'est pour moi ?
Vraiment ? Merci, papa.
Tu peux y aller. Laisse ton papa terminer.
Debout, Danílio.
On part à la chasse.
C'est tout ce qu'on a.
À plus tard.
- Faites attention. - Du calme, Marcéu. Va voir Carol.
- Merci, M. Cotia. - Au revoir.
ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE ET COLLÈGE
Écrivez.
"Environnement".
Allez.
On écrit !
Pour les élèves de CM1 et au-delà.
On a reçu de nouveaux livres.
L'école de Melgaço nous a envoyé des manuels scientifiques.
Veuillez ouvrir vos manuels à la page 2.
- Écris là-dessus. - Vous êtes prêts ?
"Le corps humain".
"Le système digestif".
Marcielle. Retourne à ta place, ma belle.
On s'y met ?
- Hé, Cynthia ? - Quoi ?
Jamilson s'est trompé, il a ouvert la page qui est agrafée.
Vous deux, je vous préviens...
Non, ouvre pas.
- "Le corps humain". - Beurk !
Concentre-toi, s'il te plaît.
- Cynthia. - Oui ?
- S'il te plaît. - Ils m'embêtent et je me fais gronder ?
Aucun de nous
"Ne naît..."
Ne naît super-héros
Super.
- Nos rêves... - Les rêves.
C'est à nous de les créer
En dépassant nos limites
- On franchit les murailles... - Tu l'as, Tielle.
- On réalise l'impossible... - "Grâce à la foi".
- Grâce à la foi... - Bien, on n'oublie pas les jambes.
Le champion
Vous êtes en retard.
Le vainqueur
"Les ailes".
- Dieu nous donne des ailes... - Sur place, on bat des ailes.
Parfait, Tielle.
Je sais pas quoi faire.
Eh ouais, mon mari est un beau-gosse. Baisse les yeux, il est à moi.
Intéressant.
- Il va l'embrasser ? - Il va m'embrasser, moi.
Dans tes rêves.
Cynthia, viens voir.
Ton ami de la barge t'a envoyé un message radio.
Ah oui ?
Son bateau passera la semaine prochaine. Je te tiens au courant, OK ?
Vous parliez de quoi avec Jaci ?
Ce que tu peux être curieuse... Pire que ma voisine, une vraie commère.
Je te raconte après.
- D'accord. - Espèce de fouineuse.
Ils vont s'embrasser.
- Me pince pas. - Taisez-vous.
- Il s'approche. - Il va l'embrasser.
Attends.
Ça y est.
- Il va le faire. - Regarde !
- Attendez. - Regarde, tu vas voir.
Mais non !
- La télé s'est éteinte. - Sérieux ?
- Erivaldo, le générateur a sauté ! - Encore.
Ça fait deux fois que ça arrive.
Y a plus de diesel, faut attendre demain.
- Ce sera trop tard. - J'en étais sûre.
- Demain, y aura pas le baiser. - Ils passeront un autre épisode.
Le diesel est trop cher pour le gâcher à regarder la télé.
- C'est l'heure de rentrer. - Je peux avoir un beignet salé ?
- Tu plaisantes ? - Une sucette, alors.
Je vous donne rien du tout. Au revoir.
- Juré, je te rembourse. - On a pas le droit à un œuf, Jaci ?
Y a pas de Jaci qui tienne. Allez, décampez.
Regarde ce que je t'ai fabriqué.
Un cahier.
Il te plaît ?
Comment t'as fait ?
Je vais te montrer.
D'abord, tu dois le lisser.
Il faut appuyer fort.
À ton tour.
"Seigneur, c'est à Toi que s'adresse ma prière.
"Mon Dieu, en Toi je me confie.
"Que je n'aie point honte de l'échec.
"Que mes ennemis ne se rient de moi..."
Aide-moi, Tielle.
Ton père est fatigué, viens.
Il a besoin de dormir.
Marcéu, cette plaisanterie a assez duré.
Maman, regarde.
La corde a lâché, je crois.
Dors avec moi, Tielle.
Viens ici.
J'arrive, Marcílio. Va là-bas, Tielle.
Ça fait des semaines que tu ne dors plus avec moi.
Tielle, viens dans mon lit.
Je la réparerai demain.
- Ma bénédiction ? - Marcéu.
Toi et ton gros bidon.
Sois bénie.
Bonne nuit, tout le monde.
Que Dieu vous bénisse, les enfants.
ACTE DE NAISSANCE CLÁUDIA SOARES ROSA
Je m'appelle Cláudia Soares Rosa. Je suis née le 5 avril et j'ai 19 ans.
Tu vois ? T'es prête.
Je m'appelle Cláudia Soares Rosa. Je suis née le 5 avril et j'ai 19 ans.
Au suivant, s'il vous plaît.
Bonjour. Asseyez-vous, mesdemoiselles.
- C'est pour toutes les deux ? - Non, pour elle.
Montre-moi ton vernis.
Il est fluo.
J'adore ton bracelet.
Ma mère me l'a donné.
Tu as le papier ?
Tu as déjà 19 ans, Cláudia ?
Oui, madame.
Tu veux un duplicata ?
D'accord. Vous êtes sœurs ?
On est amies, c'est tout.
D'accord.
Tu peux attendre dehors, s'il te plaît ? Ça ne sera pas long.
OK, je vais me lever un petit peu.
CARTE D'IDENTITÉ
CARTE DE SÉCURITÉ SOCIALE
Tu peux me répéter ton nom complet ?
Cláudia Soares Rosa.
Et ta date de naissance ?
Le 5 avril.
De quelle année ?
Comment tu t'appelles ?
Cláudia Soares Rosa.
Ton vrai nom, c'est quoi ?
Ce n'est pas Cláudia.
N'aie pas peur.
Tu peux me dire ton nom.
Marcielle.
Marcielle, quel joli nom.
Marcielle, fille de Danielle et Marcílio.
Ils ont assemblé leurs noms.
C'est un beau prénom, Marcielle.
Et Cláudia, c'est qui ?
Ma sœur.
Je rêve d'avoir 10 ans de moins et toi, tu veux être plus âgée.
C'est toujours comme ça.
Mais ton père
et ta mère savent que tu es ici ?
Non ?
Bon.
Voilà ce qu'on va faire.
Quand on repassera pour la prochaine campagne,
tu viendras nous voir avec ton papa ou ta maman
et on fera la demande pour ta carte d'identité.
La tienne.
- T'as triché. - Même pas vrai.
Tielle, attends, c'est quoi ce truc sur ton visage ?
J'hallucine que tu m'aies fait ça !
Papa, ça pue, ce truc !
J'y crois pas.
Dégueu !
Va-t'en !
T'abuses.
Viens, sœurette.
- C'est bon. T'en as mis assez, papa. - Ça te rendra plus forte.
- Tiens, prends l'orange. - Merci.
- N'oublie pas la farine de tapioca. - Oui.
Tu m'en laisses ?
Je peux avoir du tapioca ?
Allez, Tielle.
Viens te coucher.
Que Dieu te garde, ma fille.
On dirait la mère et la fille, non ?
Celle-là, c'est la maman. Et là, c'est le papa et leur bébé.
Non. C'est toi, moi et Marcéu.
Je suis celle avec les cheveux longs.
T'as raison.
Regarde celle-là.
C'est du diamant. On va devenir riches.
Elle est trop belle. Tu l'as trouvée où ?
Dans le ruisseau. Rends-la-moi.
Je la range.
Elle sera en sécurité ici.
Comme ça, personne pourra la prendre.
Tu viens chasser, Tielle ?
- Moi ? Chasser ? - Ça te dit ?
- Alors ? - On y va.
Prends tes bottes.
On jouera quand je rentre.
On a quoi au menu ?
Du riz avec des haricots noirs et les restes de la viande d'hier.
Danílio ?
Tu aides ta mère.
- C'est parti ? - On y va.
Tu vas me porter chance.
On va vous rapporter un paca.
T'as entendu ?
Là-bas.
Doucement.
Baisse-toi.
Tu le vois ?
Prends appui ici.
Voilà, mets-toi à genoux.
À genoux.
Il se cache dans ce buisson.
Pose ta main ici.
Recule-la un peu.
Je vais t'aider à armer le fusil.
Et toi, tu observes et tu vises avec la pointe de l'arme.
Doucement.
Respire.
Quand il se montre, tu tires.
D'accord ?
Doucement, le quitte pas des yeux. Tire, Tielle.
Tu sais que c'est péché de gâcher de la nourriture ?
Je la mets de côté. Tu mangeras plus tard.
Alléluia, Seigneur. Gloire à Dieu !
Gloire à Dieu, alléluia.
La félicité n'existe pas si on s'éloigne de la voie du Seigneur.
Ce principe divin que l'on appelle "la famille".
- Gloire à Dieu ! - Alléluia !
Certains suivront le chemin d'Abraham vers le Sud.
D'autres iront vers le Nord.
Mais où que nous allions,
bénies seront les familles qui répandront la parole de Dieu.
En cas de problèmes à la maison, vous devez croire
et avoir la foi, car la foi
vous aidera à les affronter,
à donner la force à votre famille
de résister.
Gloire à Dieu ! Que la parole du Seigneur soit louée.
Gloire à Dieu.
Tu dois croire C'est l'heure de la victoire
Cette force qui existe en toi
Tu es capable de toucher le ciel
Si tu crois
Tu dois croire
Aucun de nous
Ne naît super-héros
Nos rêves, c'est à nous de les créer
En dépassant nos limites
On franchit les murailles
On réalise l'impossible Grâce à la foi
Le champion
Le vainqueur
Dieu nous donne des ailes
Pour prendre notre envol
Le champion
Le vainqueur
La foi te rend invincible
Et te montre combien tu vaux
Sois prudente avec ça.
Ne dépasse pas les doses, je t'en prie.
Oui, je sais.
Fais bien attention.
- Tu as besoin d'un sac ? - Non, j'en ai un.
Tu me fais crédit ?
- Pour quoi ? - La corde.
Tu sais bien que non, ma belle.
Si tu montais sur les barges, tu aurais de quoi l'acheter.
Tu as quel âge, Tielle ?
Treize ans.
Le bateau de ton ami va repasser la semaine prochaine.
Viens, on y va.
Je peux en avoir ?
Pourquoi, t'es enceinte ?
Dryeli est tombée enceinte sur une barge ?
Non, c'est arrivé chez elle.
T'as pas vu le regard de pervers de son père ?
Ils ont tous peur qu'on monte sur ces bateaux,
alors qu'ils font bien pire à la maison.
J'ajoute le sel et toi, tu mélanges.
Tu retournes celles du dessous comme ça.
Attention, te fais pas mal.
Maman ?
Je veux dormir dans le hamac.
Tielle...
Il y a certaines choses que tu ne pourras pas changer.
On se dépêche de finir ça avant que ton père nous voie.
Un coup de main ?
Attention, ça glisse.
Monte, passe-moi l'açaï.
- Tout va bien se passer. - Je dois dire quoi ?
"Venez jeter un œil aux belles crevettes de Marcielle !"
S'ils te demandent une faveur, tu les fais payer.
On est partis.
Passe-moi ton rouge à lèvres.
Salut, tu vas bien ?
Tu vends quoi de beau ?
Des crevettes. Ça vous dit ?
Laisse-moi voir.
Elles sont belles.
T'as rien d'autre à vendre ?
Non, ma mère m'a dit qu'on aura aussi de l'açaï.
Rien d'autre ?
Tu sais que t'es super jolie ?
Merci.
Tu as un copain ?
Non ?
Si tu m'accompagnes à l'intérieur, j'achète tout le panier.
Ça t'intéresse pas ?
Me regarde pas comme ça. Dis quelque chose.
Détends-toi, viens t'asseoir.
- Comment tu t'appelles ? - Marcielle.
Moi, c'est Faguinho.
J'ai pas de copine non plus.
Tu vis dans le Sud ?
Ouais. En même temps, tout est au sud d'ici.
Là où tu habites, les gens portent des manteaux l'hiver ?
Oui. Je te montre.
Regarde.
- C'est où, ça ? - À Gravatá.
Mon chez-moi.
Pas mal, non ?
Je pourrais t'emmener là-bas. Ça te dirait ?
Il est beau, ton manteau.
T'aimes les manteaux, toi.
Dommage, avec cette chaleur, tu dois pas en porter souvent ici.
T'es bien sérieuse.
Beaucoup trop sérieuse. T'as quel âge ?
- Treize ans. - T'es trop sérieuse pour ton âge.
Ça va pas, princesse ?
T'as pas aimé notre petit jeu ?
Moi, ça m'a beaucoup plu.
Tu me plais.
Tu veux être ma copine ?
Le bateau repassera dans deux semaines.
Dis à quelqu'un qui a une radio de te prévenir.
Il s'appelle le Transbenevides.
Qu'est-ce qui va pas, meuf ?
Rien.
C'était si terrible que ça ?
Regarde.
T'as reçu ça en échange ?
Si on veut.
Vas-y, chante.
- Si tu chantes pas, je me lève. - Ça va pas, non ?
Parce que je viens du Nord...
Tu chantes ou je me lève ?
- Te lève pas ! - C'est ta chanson.
- Assieds-toi, tu vas nous faire tomber. - Alors, chante avec moi.
Le bateau, c'est pas vrai...
Je viens du Pará Le plus bel endroit sur Terre
Je viens du Pará, je viens d'ici
La terre du tacacá et de l'açaï
Je viens du Pará, je suis comme ça...
Je sais comment te remonter le moral. Je t'emmène quelque part, tu vas adorer.
C'est la folie, ces lumières, Cynthia !
On va commander à boire.
Tiens.
Allez, bois.
C'est bon, non ?
Arrête, t'es lourde. Bois une vraie gorgée.
Abuse pas, c'est super bon.
C'est hyper fort.
Tielle, y a un beau-gosse qui te mate, t'as vu ?
Dis pas n'importe quoi.
- T'es bête. Viens, on va danser. - Arrête.
On y va !
Accepte mon amour !
Danse, Tielle !
Lâche-toi, Tielle !
Dégueu !
Lâche-moi !
- Je t'ai déjà dit non. - Tu sens bon la sueur...
- Laisse-moi. - Ferme ta gueule, sale pute !
Doucement, calme-toi.
Je m'en vais, je te laisse.
Tu veux ma photo, ou quoi ?
Tire le bateau par ici.
Parle moins fort, s'il te plaît.
Calme-toi.
Je vais tomber.
- Salut ! - Salut.
- Fais gaffe, on va tomber. - Parle moins fort.
Tu vas nous faire basculer, espèce de folle !
- Fais gaffe. - Salut, meuf.
- Ciao, miss Cracra. - Parle pour toi.
Fais attention, la marée est forte à cette heure-ci.
T'as fait quoi à tes cheveux ?
On dirait une pute.
À quoi tu joues ?
Tu es saoule ?
Tu as bu ?
Rentre, dépêche-toi !
Marie-salope.
Maintenant, tu rentres.
Dégage de mon chemin !
- Marcílio ! - Traînée, sale garce !
- Tu me fais mal. - Je fais rien du tout !
Tu as osé me faire ça ?
Hein ? Regarde-moi quand je te parle !
Regarde-moi, petite pute !
- Arrête, papa. Tu me fais mal. - T'as osé me faire ça ?
Regarde-moi, bordel ! T'as osé me faire ça ?
Tu vas voir ce que tu vas voir. Dehors !
- Tu sors. - Marcílio.
- Papa, arrête. - Une marie-salope, voilà ce que t'es !
- Maman ! - Ferme-la !
- Maman ! - Tu la fermes !
- Entre là-dedans. - Danílio !
- Maman ! - Tais-toi.
- Danílio ! - Ça suffit.
- Tais-toi, sale dévergondée. - Maman.
T'es qu'une traînée.
Viens.
Maman.
Pardon.
Tu veux avoir l'air énervée sur ta photo d'identité ?
Souris un peu.
Fais-nous un sourire, ma chérie.
Un, deux, trois...
Viens, je vais prendre tes empreintes.
Tends ton doigt.
Laisse-moi faire, pas la peine d'appuyer.
Tourne bien. De droite à gauche.
Et voilà.
Essuie-toi.
Tu vas pouvoir écrire ton nom
de ta plus belle écriture.
Il t'est arrivé quoi ?
Rien, je suis tombée.
On peut partir une fois qu'elle a signé ?
Vous devez d'abord récupérer le talon.
Vous devrez le présenter ici pour récupérer sa carte d'identité.
Vous êtes nombreux, chez vous ?
- Il y a... - Mon père.
Mon père.
Moi.
Ma mère.
Mes deux frères.
Et ma petite sœur.
Et le petit dernier qui arrive bientôt.
- Une famille nombreuse. - Grâce à Dieu.
Jaci, t'es où ?
Je suis là.
Comment ça va ?
- Salut, ça va ? - Ça va, et vous ?
Tielle.
Tu me donnes la corde pour mon hamac ?
Tu as de quoi payer ? La maison ne fait pas crédit.
- Il te manque des sous. - La corde est à 10 et le carnet à 5.
- Jaci ? - Oui ?
Il te reste du carburant ?
C'est tout bon.
Tielle, tu prends le jerrican ?
Salut, Jaci. Dieu te garde.
Toi aussi et bon courage.
Si Dieu le veut.
Je prends la corde.
- Dépêche. - On y va, Tielle ?
On va se prendre l'orage.
Allez, Tielle !
Tu as de si beaux cheveux, ma fille.
J'en veux pas.
Cette barge n'est pas un endroit pour toi.
Tielle, mais qu'est-ce que tu fabriques avec ça ?
T'as dégoté ça où ?
Tu plaisantes, j'espère ?
Ça va pas tenir, c'est de la camelote.
Je dors avec toi, Marcílio.
Tielle dort avec moi, point.
On croit rêver.
Papa t'appelle.
- Tielle, tu vas tout saloper. - Laisse-la tranquille.
T'es triste de n'avoir rien rapporté ? Sois pas triste, c'est pas grave.
Il t'arrive quoi, chérie ?
Viens, on va te nettoyer.
Bonne nuit, ma fille.
Que Dieu te garde.
Tielle, t'es la femme de papa toi aussi ?
Arrête de faire l'imbécile, sors !
Vous deux, sortez !
Quel enfer.
Sors, toi aussi.
Dehors.
Je te la rends, j'aimerais être remboursée.
Si tu l'as déjà utilisée, c'est un peu compliqué.
Mon père dit que c'est de la camelote.
Comment ça, de la camelote ? Il est malade, ton père.
Il est en colère contre moi.
À cause d'une corde ?
Je suis montée sur la barge.
Il m'emmène à la chasse, Jaci.
Seulement moi et lui.
Tielle, tu n'es pas la seule à qui ça arrive.
Mais ça va passer.
Bientôt tu feras ta vie, peut-être loin d'ici.
Comme ma sœur ?
Exactement.
Comme Cláudia.
Et comment je chope cette foutue corde ?
Tire plus fort.
Viens par là. Voilà.
- Faguinho est là ? - Il est dans sa cabine.
T'es vraiment venue ?
Vas-y, entre.
T'avais la dalle, hein ?
On va où, alors ?
Le bateau ? Il va à Manaus.
Non, nous.
Nous ?
C'était quoi déjà, le nom de ta ville dans le Sud ?
J'habite à Gravatá.
Pourquoi ?
Tu veux que je t'y emmène, princesse ?
- C'est ce que tu m'avais dit, non ? - C'est vrai.
Bien.
Faguinho, la police est dehors.
Tu dois sortir d'ici.
T'as dit que tu m'emmènerais. Je viens.
- Je peux pas ! - Tu m'as promis.
- T'es tarée ? Tu veux aller en prison ? - T'as promis qu'on irait.
- Dégage ! - Faguinho !
T'as cru que j'allais t'emmener ?
Tire-toi, salope.
- Laisse ça là. - Non !
Tu vas pas me foutre dans la merde.
- C'est mes affaires. - Barre-toi, sale pute.
Jeune fille ?
Allez, viens avec moi.
Viens par ici.
- T'as fait quoi cette fois, salope ? - Du calme.
Calme-toi.
Bonjour, Danielle.
Elle a participé à la campagne de l'école.
Vous devez être Marcílio.
Je me présente, Aretha, commissaire de police.
- Où t'étais fourrée ? - Je vous pose la question.
Qu'est-ce qu'une mineure faisait sur une barge ?
Je t'ai dit de pas la laisser y aller !
Maman savait pas.
Ça suffit.
Apportez vos papiers. Je vous attends sur le bateau.
Elle voulait vendre de l'açaï.
C'est ce que tu faisais, pas vrai ? Dis-lui.
Vous savez très bien ce qui arrive aux jeunes filles à bord de ces barges.
Vous le savez, madame.
Vous savez les risques qu'elles prennent.
Vous allez me dire que non ?
Danielle.
Me prenez pas ma fille.
- Personne ne va vous la prendre. - Vous le ferez, c'est sûr.
- Nous voulons prendre soin d'elle. - J'en suis sûre.
Calmez-vous, Danielle.
Maman !
- Respire. - Fabio, direction l'hôpital !
- Du calme. - Ramène-moi à la maison.
- Je veux rentrer à la maison, Marcílio. - Je suis avec toi.
T'inquiète pas, maman, ça va aller.
Tu portes du rouge à lèvres ?
Et ça te plaît ?
Ça nous rend plus belles, hein ?
Moi aussi, j'aime ça.
Cette partie que tu colories, elle s'appelle comment ?
La poitrine.
Tu sais que c'est une partie intime ?
Tu sais ce que ça signifie ?
Qu'elle n'est qu'à nous et à personne d'autre.
Quelqu'un t'a déjà touché la poitrine ?
Quelle couleur tu veux ?
Ah, le short.
Et ici...
c'est aussi une partie intime.
Quel nom tu donnes à cette zone ?
Paca.
Et quelqu'un t'a déjà touchée ici ?
Le paca ?
Quelqu'un t'a déjà touché le paca ?
À bord de la barge ?
Et chez toi ?
Chez toi, c'est arrivé ?
Viens voir, Tielle.
Regardez votre fille.
Répétez ce que vous venez de me dire.
Tu lui as dit quoi, maman ?
Danielle,
on le sait quand les abus commencent à la maison.
Vous n'allez pas contredire la déposition de votre fille.
Je sais pas de quoi vous parlez.
Marcílio faisait la même chose avec Cláudia, c'est ça ?
Avec Marcielle, ça peut être diffèrent.
Laissez-moi vous aider.
J'ai fait confiance à la police.
Je me suis confiée à ma professeure
et elle m'a amenée au poste.
Pour quoi ?
Il s'est passé quoi ?
À mon père, il n'est rien arrivé.
Il est rentré à la maison.
Et c'est moi qu'on a foutu dehors, Aretha.
On peut éviter de faire vivre la même chose à Tielle.
- Vous dites que vous allez nous aider ? - Vous confirmez ce qu'elle dit ?
Marcílio m'a offert un toit.
Il m'a recueillie.
Moi et ma petite Cláudia.
Oui, Marcílio.
Ton père est un homme bien, Tielle.
Un saint.
- On rentre ? - Marcílio.
Vous ne devriez pas être à l'hôpital avec votre femme et votre petite fille ?
Vous lui avez fait quoi ?
Marcielle est sous notre protection.
On lui a trouvé une famille d'accueil.
Tielle va rentrer avec moi. On y va ?
C'est votre fille, pas votre propriété.
Vous n'avez pas d'enfants ?
Vous pensez avoir tous les droits, pas vrai ?
Vous croyez que je ne sais pas ce que vous lui faites ?
Je suis un homme de Dieu.
Et elle, une simple enfant.
- On rentre, Tielle. - Vous allez rentrer tout seul.
C'est ma fille.
María ?
Il y a quelqu'un ?
- Bonjour, Aretha. - Salut, Tielle.
Je vous ai apporté ça.
Tielle ! Tu m'avais trop manqué.
- Comment ça va ? - Bien.
Range ça à la cuisine.
Je voulais vous remercier pour votre générosité.
Ne vous en faites pas. Dès qu'on pourra, on vous ravitaillera.
- Je suis au service du Seigneur. - Je vous remercie.
María, je vous laisse mon numéro.
Tiens.
C'est pour toi.
Elle est enfin prête.
Ta carte d'identité.
Eti, on y va ?
Bruna a faim, elle essaie de manger ses jouets.
T'as des nouvelles de ton père, Cynthia ?
Il est loin d'ici, comme ta sœur.
Il t'écrit des lettres ?
Je t'ai dit que non.
T'as été courageuse.
Un peu folle, mais courageuse.
Non, tu vas me fais perdre.
Je dessine un soleil.
T'as tout gâché, Tielle.
Où est ma fille ?
- Il se passe quoi ? - Elle est où ?
- C'est chez moi, ici. - Va la chercher.
Tu peux pas entrer.
- C'est ma fille. - Elle reste avec nous.
C'est le juge qui a décidé.
- Il sait que tu montes sur les barges ? - Laisse ma famille tranquille.
- Tu l'accueilles juste pour l'argent. - De quoi tu parles ?
Ma fille n'est pas une traînée !
T'as un sacré culot !
Viens, Tielle.
Elle reste ici.
Allez, ma chérie, ta maman t'attend.
Elle reste.
Tu veux que je te traîne de force ?
C'est ça que tu veux ?
On y va.
Il a pas le droit de faire ça, maman.
N'y va pas !
Mange, tu deviendras fort.
Allez, Carol. Encore un peu, ma chérie.
C'est bon ? Tu veux du tapioca ?
Et moi ?
Tu veux plus de tapioca ? T'en as déjà plein.
C'est pas ça.
C'est quoi, alors ?
Finis ton assiette. Laisse ta sœur tranquille.
Elle doit reprendre des forces.
Je suis déjà fort.
Tu es fort ?
- Oui. - Mange encore, Carol.
Je te ressers, Carol. Pour que tu sois très forte.
Ne tousse pas dans son assiette.
On mangera encore du paca ?
Demain, j'irai chasser le paca.
Tu veux du paca, Carol ?
Je vais en chasser pour nous.
Qu'est-ce qui te prend ? Arrête !
Bouge.
Où est-ce qu'elle est censée dormir ?
Sur le sol.
Elle est où, Carol ?
NOUS REMERCIONS LES MANAS DE MARAJÓ
D'AVOIR EU LE COURAGE DE NOUS CONFIER LEURS HISTOIRES.
Adaptation : Hélène Igersheim
Sous-titrage : Label 42 Studio
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