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Suède 2018
Bonjour, Sergueï.
M. Bergqvist, Mlle Aberg.
Åberg.
Natalia.
Bonjour.
Bonjour, Katia.
Bonjour, Mlle Åberg.
Tout se passe bien à l'école et à la chorale ?
Super bien, merci.
Et toi, Alina ? Comment ça se passe le plongeon ?
Bien.
Vous parlez bien suédois.
Vos filles sont charmantes.
Elles ont l'air vraiment...
heureuses et stables, maintenant.
N'est-ce pas ?
Vous voulez du thé ?
Volontiers.
Pas pour moi, merci.
Pas de souci avec l'électroménager ?
Non, tout marche bien.
Tant mieux.
C'est très propre, vous avez du mérite à faire le ménage,
ici, toute seule.
Merci beaucoup, Natalia.
Je vous en prie.
Vous aurez bientôt de nouveaux colocataires.
Un couple.
Et pour les courses ? Vous avez ce qu'il vous faut ?
C'est équilibré.
C'est bien.
Et le dîner de ce soir ?
C'est très appétissant.
Ce sera tout ?
Oui.
On va vous laisser dîner.
Merci pour le thé.
Bonne chance pour demain.
Vous savez déjà si...
Restons optimistes.
Je pourrai m'appeler Astrid ?
Demain, quand on deviendra suédois.
On devra avoir des noms suédois, non ?
Alors moi, je m'appellerai Sven.
Et moi, Ingrid.
Et toi, maman, tu pourrais t'appeler...
Hilde.
Hilde ?
C'est pas mal.
OFFICE DES MIGRATIONS
Prenez place, je vous prie.
Oui ?
On est prêts.
Bien.
Arbitrage en vue de l'attribution d'un permis de séjour.
Numéro de dossier : 50134096.
Date de la décision : 7 mai 2018.
Demandeurs : Sergueï Galitzine, Natalia Galitzine,
Alina Galitzine, Katia Galitzine.
Nationalité : russe.
Statut actuel :
demandeurs d'asile
bénéficiant d'une allocation, d'un hébergement provisoire
et d'une exemption d'obligation de permis de travail.
Statut demandé :
réfugiés avec attribution du statut de résidents permanents.
Cette demande s'appuie sur les faits énumérés ci-après.
Sergueï Galitzine déclare être persécuté
et menacé de mort dans son pays d'origine.
Il évoque des agressions physiques
par des agents d'État russes avec intention de tuer.
Il fait aussi état d'intimidations physiques
dans et autour de son domicile, par des inconnus.
Par ailleurs,
Sergueï Galitzine indique qu'en 2017,
alors qu'il travaillait comme proviseur d'un lycée,
il a autorisé et encouragé la diffusion et la discussion de textes interdits
parmi ses élèves.
Ces textes incluaient des romans, des articles scientifiques
et des essais soutenant le pluralisme, la démocratie
et la liberté d'expression.
Informées de ces faits, les autorités locales
ont menacé physiquement et verbalement M. Galitzine et son épouse.
Natalia Galitzine
a incité son mari à mettre fin à ces activités.
Risquant la prison et la perte de son emploi,
Sergueï Galitzine a persisté malgré tout et publié un article
s'opposant à la censure et à l'interdiction d'ouvrages
sur un site d'actualités en ligne.
L'article a par la suite été supprimé.
Deux jours après la publication, M. Galitzine a été attaqué au couteau
par deux policiers et deux hommes en civil,
qui, d'après M. Galitzine, agissaient pour les autorités fédérales
avec pour intention de le tuer.
Le seul témoin de cet incident est la fille de M. Galitzine.
Déjà traumatisée, elle n'a pas fait de déposition
et son prénom ne figure pas dans le dossier.
Les blessures de M. Galitzine ont entraîné une hospitalisation,
mais craignant d'être retrouvée et faisant l'objet de nouvelles menaces,
cette fois à l'égard de Natalia Galitzine, la famille s'est cachée.
Une semaine plus tard, un passeur l'a aidée à passer en Suède.
La décision de l'Office des migrations est conforme à la loi sur l'immigration.
L'Office des migrations estime
que les informations fournies sont insuffisamment fiables
et ne permettent pas d'établir la responsabilité de l'État russe
ni d'évaluer plus avant la nécessité d'assurer votre protection.
L'Office déplore par ailleurs l'absence de preuves formelles
des menaces physiques ou verbales.
Aucun dossier médical ni témoignage de tiers
ne corrobore ces déclarations.
Rien ne permet d'affirmer
que la famille serait en danger
en cas de retour dans le pays d'origine.
En conséquence, l'Office des migrations
rejette votre requête de titre de séjour permanent
ainsi que la demande du statut de réfugié.
Vous avez dix jours pour fournir des preuves additionnelles
ou des témoignages de tiers et faire appel.
Passé ce délai, la décision prendra effet
et vous serez expulsés de Suède.
Asseyez-vous, je vous prie.
Asseyez-vous, je vous prie.
Regardez-moi.
Vous voyez ça ?
Regardez-moi.
S'il vous plaît.
Regardez-moi.
S'il vous plaît, regardez.
Regardez ça !
Pourquoi partez-vous ?
Veuillez vous asseoir.
Les portes s'ouvriront quand l'ordre sera revenu.
Regardez-moi.
Regardez-moi !
Veuillez vous asseoir.
Les portes s'ouvriront quand l'ordre sera revenu.
Veuillez vous asseoir.
Les portes s'ouvriront quand l'ordre sera revenu.
On doit faire appel. On aura besoin de ton témoignage.
Tu devras raconter ce que tu as vu.
Tu es d'accord ?
Oui.
M. et Mme Galitzine ?
Oui.
On peut la voir ?
Oui, bien sûr.
Elle doit rester isolée,
tant qu'on n'en sait pas plus.
Qu'est-ce qu'elle a ?
On attend les résultats des analyses.
On devrait en savoir plus demain.
Alina.
Alina, viens, on mange.
Alina, s'il te plaît.
Mange, s'il te plaît.
Alina...
Alina,
parle-moi.
Pourquoi je peux pas venir avec vous, demain ?
Tu dois aller à l'école.
Je veux être avec Katia.
Ce que tu peux faire pour elle, c'est noter ses devoirs.
Elle en aura besoin, au réveil.
- Et si elle se réveille pas ? - Elle se réveillera.
Comment tu le sais ?
Il y a des élèves malades qui sont jamais revenus.
Alina, ça suffit.
Ça veut rien dire.
Katia va se rétablir.
Tu peux me croire.
J'ai pas faim. Je vais faire mes devoirs.
D'accord.
J'ai appelé l'Office des migrations.
On doit y aller demain pour faire appel.
Demain ?
Merci à tous. Cinq minutes de pause.
Votre fille a été transférée. Suivez-moi.
Entrez.
Je vous en prie, asseyez-vous.
Les analyses toxicologiques de Katia sont négatives.
Vous êtes donc hors de cause.
Comment ça ?
Il arrive que les parents empoisonnent leurs enfants.
Pourquoi on ferait ça à notre enfant ?
Pour rester en Suède, M. Galitzine.
Vous n'avez pas honte ?
C'est horrible,
mais plus fréquent que vous ne l'imaginez.
Quoi qu'il en soit, les services sociaux
nous confient la prise en charge de Katia.
Je peux la voir ?
C'est bon, ou il leur faut du temps ?
Ils sont prêts.
Qui est-ce ?
C'est Adriana, une de nos infirmières en cheffe.
Elle se chargera des soins de Katia.
Je peux la voir ?
Bien sûr.
D'abord, j'ai des questions à vous poser, si vous permettez.
Elle est consciente ?
Malheureusement, non.
Quoi ?
Vous venez de traverser une période stressante.
Vos filles ont-elles été exposées à ce stress ?
On fait notre possible pour les épargner.
Elles savent ce qui est en jeu ?
Concernant votre demande d'asile ?
Évidemment.
Votre demande d'asile vient d'être refusée, c'est ça ?
Oui.
En apprenant cette décision,
avez-vous ressenti de la peur, de la déception ?
À votre avis ?
C'est à vous de répondre.
Oui.
Avez-vous exprimé ces sentiments devant les enfants ?
Où voulez-vous en venir ?
Votre fille souffre du syndrome de résignation.
Ses fonctions cérébrales supérieures sont paralysées.
Elle s'est dissociée de la réalité.
C'est un mécanisme de défense pour se protéger émotionnellement.
Parce qu'elle ne se sent pas en sécurité.
Comment la sécuriser alors que nous devons quitter ce pays,
que la mort plane sur notre famille ?
C'est impossible.
Vous n'êtes pas en mesure de lui apporter la stabilité
et la sécurité dont elle aurait besoin en ce moment.
Le traitement nécessite donc
de séparer l'enfant de sa famille.
Votre temps de visite sera encadré.
C'est pour le bien de Katia.
Veuillez patienter ici.
Avant de voir votre fille, vous devez suivre une thérapie.
C'est le seul moyen de l'aider.
Vous pouvez commencer demain.
Tant qu'on n'a pas les papiers, on fait ce qu'ils disent.
Comment ils nous les donneront, sans témoin ?
On en aura un.
Non.
C'est la seule solution.
On aura des papiers et tout s'arrangera.
Maman m'a dit que vous aviez parlé.
On commencera demain.
Ça te va ?
Quand est-ce que je pourrai la voir ?
Bonne nuit.
On étire les lèvres jusqu'à faire apparaître les dents.
Bien.
On tient.
On tient.
On tient.
On tient.
On se redresse un peu.
Bien.
Et on sourit.
On tient.
On tient.
Et on relâche.
Voilà ce qui nous est arrivé.
M'obligez pas à faire ça, s'il vous plaît.
Je ne t'oblige pas, je te demande juste d'essayer.
Ça suffit pour aujourd'hui.
Qui connaît la règle d'or ?
P.A.P.A.
C'est bien, Sergueï.
P.A.P.A., les quatre choses interdites devant les enfants.
On n'évoque jamais le...
Passé.
On ne dit jamais...
Asile.
On ne parle pas des...
Problèmes.
Et surtout, on n'affiche jamais son...
Angoisse.
Et on sourit.
Continuez.
Et en chœur.
On n'évoque jamais le...
Passé.
On ne dit jamais...
Asile.
On ne parle pas des...
Problèmes.
Et surtout, on n'affiche jamais son...
Angoisse.
Bien.
Souriez.
On tient.
C'est bien... Continuez.
On tient...
Et on relâche.
Détendez-vous.
Même si la Suède élit des parlementaires
depuis 1917,
le processus pour devenir une démocratie représentative
a été long.
Figurez-vous que jusqu'en 1975,
le roi de Suède avait le pouvoir de nommer ou révoquer le gouvernement...
C'était un vendredi après-midi.
Papa était venu me chercher à un anniversaire.
On est passés chercher maman et Katia
et on est partis chez ma grand-mère pour le week-end.
Il faisait froid, ce jour-là.
- On avait allumé... - Recommence.
C'était un vendredi après-midi.
Papa était venu me chercher à un anniversaire.
On est passés chercher...
Recommence du début.
C'était un vendredi après-midi.
Papa était venu me chercher à un anniversaire.
On est passés chercher maman et Katia
et on est partis chez ma grand-mère pour le week-end.
Il faisait froid, ce jour-là.
On avait mis le chauffage, les vitres étaient embuées.
Arrête.
Je ne te crois pas.
Je ne crois pas un mot de ton histoire.
C'était chez qui, la fête ?
- Quoi ? - Qui fêtait son anniversaire ?
J'en sais rien.
Réfléchis !
Alors ?
C'était l'anniversaire d'Ania.
Très bien. On s'est arrêtés où ?
- Quand ? - Après l'agression.
Laisse-moi recommencer du début.
Réponds à ma question.
On s'est arrêtés où ?
Dans une ruelle.
- À quelle heure ? - Dans l'après-midi.
- À quelle heure ? - 18 h.
- Où était le sang ? - Quel sang ?
Mon sang, il était où ?
Sur ma main. Sur ma main.
Ils étaient combien ? Ils avaient quoi comme voiture ?
J'en sais rien, j'y étais pas !
Arrête de la torturer.
- Tu vois pas ce que tu lui fais ? - Quoi ?
Tu comprends pas quand tu dois t'arrêter ?
Pour une fois dans ta vie, laisse tomber !
Le coude reste bien dans l'axe.
Bien.
On n'oublie pas de sourire.
Et de l'autre côté.
On sourit toujours.
On tient.
C'est bien.
Natalia, Sergueï ?
On maintient la tête.
On commence du côté droit.
Toujours avec le sourire.
Continuez.
Bien. On passe aux jambes.
On commence du côté droit.
On attrape la cheville et on plie la jambe.
Continuez.
Excusez-moi.
Ne vous excusez pas, vous vous débrouillez bien.
On évacue ce ressenti qui empoisonne votre enfant aussi.
Allez ! On évacue ce poison.
Ça va vous faire du bien.
J'ai tout foutu en l'air.
Ils me laisseront jamais la voir, maintenant.
Montrez-leur ce qu'ils veulent voir.
Et ne croyez pas tout ce qu'ils disent.
Merci, Adriana, je prends le relais.
Bonjour, Mme Galitzine.
Je peux vous appeler Natalia ?
Bien.
Je suis là pour vous écouter.
Si vous refusez de me parler,
j'ai le pouvoir de vous interdire de la voir.
Je suis sa mère.
C'est vrai.
Et ce type de réaction hystérique est la dernière chose dont Katia a besoin.
Si vous voulez l'aider,
vous devez apprendre à garder votre calme en sa présence.
Et à nous faire confiance.
D'accord ?
J'avais un jardin, aussi.
J'aimais m'occuper des fleurs.
Ça me détendait.
Quand ils sont arrivés,
ils ont piétiné mes fleurs.
Sans même les remarquer.
J'adorais ma maison.
Mon travail.
J'étais enseignante.
J'étais avec mes élèves
quand ils sont entrés chez nous.
Je leur faisais réviser leurs conjugaisons.
Je les ai aidés à fuir par la fenêtre.
Je n'ai pas pu sortir à temps.
Je lui avais dit d'arrêter.
De pas se mêler de ça.
Pour les enfants.
On avait...
On avait une vie.
Viens.
Viens, elle t'entend.
Je t'ai apporté un cadeau.
Tu pourras l'ouvrir quand tu te réveilleras.
Katia, j'ai entendu la chorale,
ils ont pris une nouvelle, elle chante comme une casserole.
Alors dépêche-toi de guérir, d'accord ?
Tu dois sauver le concert.
Je t'ai apporté tes devoirs. On peut les faire ensemble.
Non !
Entrez.
Par là.
Voici mon fils, Iouri.
Bonjour, Iouri.
Iouri était aussi dans cette clinique.
Il s'est réveillé comme ça.
On ignore quand il a fait l'AVC.
La marque rouge sur le bras de Katia, c'est une thrombose.
Elle a une pneumonie.
Ils lui ont injecté des antibiotiques.
Ne vous inquiétez pas, elle va s'en remettre.
Mais vous devez garder votre calme.
Faites ce qu'ils demandent. Sinon, ils vous interdiront de la voir.
Vous ne pouvez pas lutter, pour l'instant.
- Vous disiez... - Qu'ils n'ont pas le droit de faire ça.
Ça ne les empêchera pas de le faire.
Le traitement marche ?
J'ai peur que non.
Elle s'enfonce dans le coma.
Combien de temps Iouri a dormi ?
Près de deux ans.
Il veut aller dans sa chambre.
Iouri avait six ans
quand on est arrivés du Monténégro.
C'était un enfant si joyeux.
Sa santé s'est détériorée quand notre appel a été rejeté.
Ils ont dit que cette clinique l'aiderait.
Je les ai crus.
Ils n'ont pas précisé que plus le coma dure,
plus ils ont de séquelles.
Qu'est-ce qui l'a réveillé ?
On nous a accordé l'asile.
Comment ?
Vous l'avez obtenu comment ?
Le père de Iouri travaillait au noir. Jour et nuit.
Il conduisait le van de son chef.
Il s'est endormi au volant.
J'ai redemandé l'asile.
En tant que veuve.
Et je l'ai obtenu.
Ils se sont énervés.
Ils ont essayé de le faire sortir de force.
Ils étaient trois.
Papa a résisté, il s'est débattu.
Ils ont...
Ne regarde pas le cahier.
Recommence au moment où tu parles du froid.
J'en peux plus, je suis fatiguée.
Tu vas raconter ça à des gens qui veulent nous expulser.
Tout sera bon pour ne pas nous croire.
Si tu n'as pas l'air sûre de ce que tu dis,
on sera expulsés.
Vas-y.
Il faisait froid, ce jour-là.
On avait mis le chauffage dans la voiture,
et les fenêtres...
Recommence.
- Recommence. - Papa, s'il te plaît.
Recommence, s'il te plaît.
J'y arrive pas !
Ça suffit !
On fait ça pour Katia.
Si elle ne se réveille pas vite, on va la perdre pour toujours.
Tu comprends ?
Ils nous mentent.
Plus ils dorment, plus les séquelles sont graves.
Je l'ai vu.
Si on veut que Katia se réveille, tu dois le faire.
Allez, continue.
Il faisait froid, ce jour-là.
On avait mis le chauffage dans la voiture
et les vitres étaient embuées.
Rends-le-moi !
Arrête, lâche-moi !
- Rends-le-moi ! - Non !
Arrête !
Non !
Qu'est-ce qui te prend ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je suis tombée en sport.
Tu es tombée ?
J'ai des devoirs.
Bienvenue, Alina.
Tu voulais nous parler ?
De l'agression ?
Oui.
Dis-nous ce dont tu te souviens.
C'était un vendredi après-midi.
Papa était venu me chercher à un anniversaire.
On est passés chercher maman et Katia
et on est partis chez ma grand-mère pour le week-end.
Il faisait froid, ce jour-là.
On avait mis le chauffage dans la voiture
et les vitres étaient embuées.
Je dessinais avec mon doigt sur la vitre
quand papa a freiné brusquement.
Je me suis cogné la tête contre la vitre
et j'ai saigné.
J'ai vu une voiture de police au bord de la route.
Il y avait deux policiers près d'elle.
Ils étaient armés.
Ils nous ont fait signe de nous arrêter.
Une autre voiture s'est arrêtée derrière nous.
Deux hommes sont sortis, ils sont venus vers nous.
J'ai demandé à papa ce qui se passait,
il m'a dit de me cacher à l'arrière.
À travers la vitre, j'ai aperçu des silhouettes.
Ils ont appelé papa par son nom
et ils lui ont demandé de sortir de la voiture.
Il a demandé : "Pourquoi, qu'est-ce que j'ai fait ?"
Ils ont insisté.
Il a demandé à voir leurs papiers
et à ce moment-là...
ils se sont énervés.
Ils ont essayé de le faire sortir de force.
Ils étaient trois.
Papa a résisté, il s'est débattu.
Alors ils lui ont enlevé ses chaussures,
ils l'ont frappé et...
ils lui ont cogné la tête contre le volant.
Ils l'ont frappé jusqu'à ce qu'il arrête de se débattre.
Je me suis cachée du mieux que j'ai pu.
Après ça, j'ai entendu que quelqu'un ouvrait
la portière avant, côté passager.
Il ne m'a pas vue et il est reparti.
J'ai entendu qu'ils sortaient papa de la voiture.
Quand j'ai relevé la tête, j'ai vu du sang sur son siège.
Je les entendais frapper papa, dehors.
Je voulais frotter la vitre pour voir, mais j'avais peur.
Après j'ai entendu papa crier,
et les autres qui partaient en courant.
Je suis sortie de la voiture
et j'ai vu la voiture de police qui partait,
puis la deuxième.
J'ai crié.
J'avais peur, j'ai appelé papa.
Je suis entrée dans la ruelle
et j'ai vu un homme allongé au sol, derrière une poubelle.
J'ai accouru, c'était papa.
Sa chemise et la neige autour de lui étaient couvertes de sang.
Il se tenait le ventre dans les mains.
Je me souviens que du sang coulait entre ses doigts.
Il me regardait, mais il n'arrivait pas à parler.
J'ai cru qu'il allait mourir.
Je me suis allongée contre lui et j'ai pleuré.
Quelqu'un a dû m'entendre,
parce que peu après, j'ai entendu la sirène d'une ambulance.
Merci, Alina.
Je sais que ce n'est pas facile pour toi,
mais j'aimerais te poser quelques questions.
Pourquoi voulais-tu nous parler aujourd'hui ?
Pour vous raconter tout ce que j'ai vu.
Pourquoi tu n'as pas parlé plus tôt ?
Tu sais que tes parents ont demandé l'asile ici, non ?
Oui.
Tu sais ce que ces informations impliquent pour cette demande ?
Oui.
Alors, pourquoi ne pas avoir parlé plus tôt ?
Mes parents ne voulaient pas.
Ils s'inquiétaient pour moi.
Pourquoi ?
Ils ne voulaient pas que je revive tout ça.
Ça a dû être effrayant.
Oui.
Tu as bien fait de tout dire.
C'était ton idée de venir ici nous parler ?
Oui. Je voulais vous raconter tout ça.
Alina, j'ai ici une déposition de ton institutrice.
Je peux te la lire ?
"Dès son premier jour parmi nous,
"j'ai remarqué la maturité d'Alina.
"C'était une élève polie et studieuse.
"Elle a fait des efforts pour s'intégrer dans la classe.
"Elle était protectrice de sa sœur cadette, Katia."
Katia est tombée malade dernièrement, c'est ça ?
Oui.
C'est ce qui t'a décidée à nous parler ? Tu voulais aider Katia ?
Je veux que ma sœur guérisse.
Et en quoi penses-tu
que cet entretien peut aider ta sœur ?
Si vous m'écoutez,
vous nous donnerez le statut de réfugiés
et elle sentira qu'elle peut se réveiller.
Qui t'a dit ça ?
Que Katia irait mieux si tu nous parlais ?
Mes parents.
Tu sais quoi, Alina ?
Tes parents avaient raison.
Dire la vérité,
c'est le meilleur moyen d'aider Katia.
Tu comprends ça, n'est-ce pas, Alina ?
Pourquoi Katia est-elle tombée malade ?
Parce qu'elle était inquiète.
Pourquoi ?
Elle avait peur de ce qui arriverait
si on retournait en Russie.
De ce qui pourrait arriver à papa.
Tu étais inquiète aussi ?
Oui.
Mais tu n'es pas tombée malade.
Alors que c'est toi qui as assisté à l'agression.
Tu sais ce qu'un retour signifierait pour vous.
Elle est plus jeune que moi, elle est plus sensible.
Alina, j'ai reçu un rapport
de l'infirmière scolaire.
Elle explique que
tu as agressé une de tes camarades,
parce qu'elle avait essayé de te voler un carnet.
C'est vrai ?
Que contenait ce carnet, Alina ?
Rien.
Si tu veux vraiment aider Katia,
il faut me dire la vérité.
Alina, je me demande
si ce n'était pas Katia, dans la voiture.
Alina, je te pose la question une dernière fois.
Qui était dans la voiture avec ton père ?
Alina, pour la toute dernière fois,
qui était dans la voiture avec ton père ?
Katia.
Nous avons un faux témoignage. Venez.
Merci, Alina.
Tu peux y aller.
Merci beaucoup.
Où tu vas ?
Au cours de natation.
Tu veux que je t'accompagne ?
Alina...
Pardonne-moi, s'il te plaît.
Mme Nyman,
voici Natalia et Sergueï.
Bonjour.
Ça fera l'affaire.
C'est très vivable.
Parfait.
Tenez...
Si quelqu'un vous voit,
dites qu'elles étaient sur la porte.
À mon âge, on oublie tout.
Il y a aussi mes clés de voiture.
Si vous réussissez à la faire rouler, prenez-la.
Je vis dans l'appartement 7, au rez-de-chaussée, si vous me cherchez.
Merci infiniment.
On se reparle plus tard, d'accord ?
En raison des récentes évolutions,
je révoque votre droit de visite.
J'estime que c'est le mieux pour vos filles.
Vous serez informés de leur état de santé tous les 15 jours.
Vous ne serez plus autorisés à les voir.
L'Office des migrations a été informé de la maladie d'Alina.
Tant que vos filles sont hospitalisées,
vous êtes autorisés à rester en Suède.
Nous exigeons de récupérer nos filles.
Vous savez que je devrai en informer les autorités
dès que vous quitterez ce bureau ?
Oui.
Veuillez signer ici.
J'ai acheté des glaces.
On y est.
C'est Sergueï.
Bonjour, Sergueï.
Natalia dit que vous avez un fauteuil roulant.
- Je peux l'emprunter ? - Bien sûr. J'arrive.
Merci.
Vous êtes bien installés ?
Ça va.
Merci.
Je vous le ramènerai.
Rien ne presse.
On se débrouille sans.
Embrassez Iouri de ma part.
Ça marche.
Si on allait faire un tour, après le dîner ?
2, 3, 4 et on mouline !
2, 3, 4 et on s'étire !
- Vous êtes venus ! - Oui.
Elles sont si belles.
Merci.
Mesdames, on va laisser cette jolie petite famille se baigner.
Pour profiter avec leurs filles.
Bienvenue, Katia.
Depuis 1998, plusieurs milliers de cas de syndromes de résignation
ont été recensés en Suède.
Depuis 2014, le syndrome est reconnu par l'Office suédois pour la santé.
La grande majorité des cas signalés concernaient des enfants réfugiés
originaires des pays de l'ex-Union soviétique et de l'ex-Yougoslavie.
Au vu des récents conflits dans le monde et des vagues de déplacements massifs,
les experts craignent une augmentation exponentielle du syndrome.
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