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LA FEMME DU PR�TRE
- D'accord, je compte sur toi. - Salut.
Qu'est-ce qu'il te prend, Valeria ? Tu es compl�tement folle.
Enfin ch�rie, mais qu'est-ce qu'il te prend ?
�a suffit, Valeria. Dis-moi pourquoi tu as fait �a.
Regarde ce que tu as fait � ma bagnole.
Qu'est-ce que tu fais !?
C'est pas bient�t fini ?
Elle est folle !
Ma porti�re !
Merde.
Quel choc. Qu'est-ce que je t'ai fait ?
Tu m'as laiss� t'aimer pendant quatre ans sans me dire que tu �tais mari�.
- Mais qui t'a racont� �a ? - Ta femme me l'a dit !
Tu as une femme et des enfants ! - Je peux t'expliquer...
Menteur ! Pourriture !
Et moi qui ne vivais que pour toi, ne voyais personne d'autre.
Clo�tr�e comme une nonne.
Et quand tu �tais malade, j'ai pri� la Vierge. Tu m'as menti pendant quatre ans.
Me mentir alors que je t'ai tout donn�. Tout...
Avec une d�votion absolue. Mes plus belles ann�es.
Et les costumes, les cravates ? Celle-l�, je te l'ai donn�e.
Et l'argent que je te donnais pour la maison
et qui servait � entretenir ta malheureuse femme.
Comme si j'�tais ta comptable.
- Je te le rendrai. - Tu me rendras quoi, salaud ?
Et mes quatre ann�es, qui me les rendra ?
Voleur ! Tu m'as ruin�. Tu as ruin� ma vie.
Je te rends ton collier.
- Je t'ai fait mal ? - Non.
Non ? Alors, tiens ! Tiens !
Va te pendre avec.
Comment en quatre ans n'as-tu pas eu le courage
de me dire qu'il n'y avait pas d'avenir pour nous ?
Tu m'as tout racont� sur ton oncle qui est Mar�chal de carabinier.
Et ton papa : pas un mot. Pas un.
Quatre ans. Tu m'as vol� quatre ans.
Qu'est-ce que je vais faire, toute seule ?
On avait fait tant de projets.
Pourquoi t'ai-je rencontr� ? Salaud. Esp�ce de gros porc.
Idiote.
Stupide.
Stupide.
Quel salaud.
- C'est toi, Valeria ? - Oui, oui, oui Maman. C'est moi.
Qui veux-tu que ce soit ? Un voleur ? Pour ce qu'il y a � voler ici...
- Silence ou tu vas r�veiller Papa. - C'est quoi ce bazar ?
Pourquoi rentres-tu si tard ? O� �tais-tu ?
Je t'ai laiss� � manger dans la cuisine. N'oublies pas de fermer le gaz.
Des p�tes aux haricots. Avec mon d�sespoir...
Non, pas le gaz.
�a pue trop.
NE VOUS LAISSEZ PAS ALLER AU D�SESPOIR ! APPELEZ AU 2121 LA VOIX AMIE
Bonsoir. Ici la Voix Amie.
All� ?
Attends, ne raccroche pas.
Qui que tu sois, �coute-moi.
Si tu as fait ce num�ro, c'est que tu as besoin d'aide. Alors, parle.
Tu n'es pas la premi�re personne qui nous appelle
et qui n'ose pas se confier. Parle.
Ce n'est rien. Si tu ne veux pas parler, alors je parlerais.
Je te demande seulement de ne pas raccrocher.
Je suis � la disposition de ceux qui ont besoin de r�confort.
Tu en veux au monde entier, n'est-ce pas ?
- Non, ce n'est pas �a. - Bien, alors � qui en veux-tu ?
� personne. M�lez-vous de vos affaires.
Je voudrais tant t'aider.
- Vous me tutoyez ? - Pardon. Excusez-moi.
Je vous ai t�l�phon� comme �a... car m'en aller sans rien dire � personne...
�a m'a paru moche. - Aller o�, madame ? Ou mademoiselle... ?
Mademoiselle.
- Un chagrin d'amour, n'est-ce pas ? - J'ai d�j� pris trois comprim�s.
Encore 17 et tout sera fini.
Je m'endormirais pour ne plus me r�veiller.
Et sans souffrir. - "Sans souffrir" ?
Pardon, mais vous ne m'avez pas dit votre nom.
- �a ne vous regarde pas. - Comme vous voudrez.
Mais, y'a-t-il pire que de ne plus voir la lumi�re du soleil ?
Aucun chagrin ne justifie la perte de la vie.
- Qu'en savez-vous ? - �coutez-moi, je vous en prie.
Tous les �tres humains souffrent. Vous n'�tes pas la seule...
Tous n'ont pas le courage de se suicider.
Vous parlez de courage mais vous n'aviez pas celui de dire "All�"...
ni de me dire votre nom.
Et vous parlez de courage ? - Je m'appelle Valeria.
Un joli pr�nom. Pour en revenir au courage, Valeria,
ce n'est pas forc�ment une vertu, ni un sentiment qui force l'admiration.
Les assassins aussi ont du courage.
Il �tait d�j� mari�, n'est-ce pas ?
- Comment l'avez-vous devin� ? - Cela arrive.
Cela vous est d�j� arriv� ?
- Non, parce que je suis un homme... - Je sais, mais si vous aviez une femme...
Vous �tes mari� ? - Non, je ne suis pas mari�.
Si vous l'�tiez, seriez-vous capable de tromper une malheureuse fille ?
Dites-le moi.
Non. Je serais un homme m�prisable.
Mais, pour en revenir � vous, vous travaillez ?
J'ai abandonn� il y a quatre ans, quand j'ai connu Maurizio.
Je chantais avec le groupe "Les d�serteurs".
On se produisait tous les dimanche dans les dancings.
Puis "Les d�serteurs" sont partis faire leur service militaire
et le groupe s'est disloqu�.
J'ai alors pens� : "Maurizio va m'�pouser, et puis j'ai un peu d'argent de c�t�".
Et je me retrouve sans travail, sans argent. Sans mari non plus.
Je comprends, Valeria.
Mais malheureusement, dans la vie, il faut savoir se r�signer.
- Bon, alors adieu. - Valeria, �coute-moi.
Mes pauvres mots ne t'ont pas convaincue, mais attends.
�coute la voix d'une fille qui a connu le m�me d�sespoir que toi
et qui avait pris la m�me d�cision. Attends un peu.
O� se trouve l'enregistrement de cette fille ?
La fille qui s'�tait jet�e du haut du pont.
Un instant.
Il ne m'�crit pas, ne me t�l�phone pas.
Quand on se rencontre, il m'ignore.
- Attends un peu. - J'ai commenc� � avoir des soup�ons.
Voici mon histoire. J'ai connu un gar�on...
N'allez pas croire qu'entre moi et lui...
- La Voix Amie ? - Non, ce n'est pas �a.
Je m'appelle Luisa. Je suis une fille comme tant d'autres.
Il y a deux ans, mon fianc�, Gino, m'a dit :
"Je te quitte car je ne t'aime plus".
Le monde s'est �croul� autour de moi.
- Tu �coutes toujours ? - Oui...
Il ne me restait plus qu'� mourir. � me suicider.
Je me suis jet�e du haut du pont dans la rivi�re de mon village.
Mais, comme l'eau �tait basse, je me suis juste cass� la jambe.
Apr�s 30 jours d'h�pital, je suis rentr�e � la maison.
J'ai rencontr� un gar�on bien mieux que Gino et nous nous sommes mari�s.
Nous avons une jolie petite fille et je suis tr�s heureuse.
Je repense quelques fois � Gino quand le temps change et que ma jambe me fait mal.
Vive la vie. Vive l'amour.
Tu as entendu ? Tu es convaincue, cette fois ?
- Bien s�r. Merci beaucoup. - Tu ne le feras plus ? Promis ?
- Promis. - Bravo, Valeria !
Bravo ! Bravo ! Bravo !
� pr�sent, tu vas jeter ces affreuses pilules.
- Puis-je te demander une faveur ? - Laquelle ?
Rappelle-moi demain.
Nous avons encore beaucoup de choses � nous dire. D'accord ?
D'accord.
Merci, Valeria.
Bonne nuit, monsieur. Qui faudra-t-il demander ?
Professeur Mario Carlesi. Dormez bien, Valeria.
Bonne nuit...
Mario Carlesi...
Bonifazzi, � nous deux.
O� es-tu all� chercher cette fable
compl�tement idiote et sans aucun lien avec l'Histoire ? Explique-toi.
Elle n'est pas idiote et elle est historique.
Les Croisades ne furent pas l'entreprise id�aliste que l'on nous a racont�e.
C'est Urbain II qui a imagin� le rachat du Saint-S�pulcre
parce que les Turcs emp�chaient l'Occident de commercer avec l'Orient.
C'est la v�rit�. Je l'ai lue dans un ouvrage que m'a donn� mon p�re.
La th�se que vous soutenez est le point de vue cl�rical.
Et je vous d�fie de me donner la preuve du contraire.
Bonifazzi, �coute-moi.
Je suis un pr�tre qui enseigne dans un coll�ge de pr�tres.
Coll�ge qui, en outre, a �t� baptis� "Institution Pie X".
Quel point de vue esp�res-tu nous voir d�fendre ici ?
Discute-le si tu veux, puisque tels sont les enseignements marxistes de ton papa.
Mais dis � ton papa qu'il t'envoie dans une autre �cole
et non dans une �cole de pr�tres pour venir y diffamer les papes.
Je lui dirai.
Mais c'est Maman qui m'a envoy� ici. - Alors dis-le � ta maman.
On vous appelle d'urgence de l'h�pital Maggiore.
- Qui est-ce ? - Un cas grave, ils ont dit.
Silence !
Excusez-moi, M. le Proviseur, je ne sais pas qui �a peut �tre.
All� ?
Oui, Carlesi. Qui est-ce ? - Les urgences de l'h�pital Maggiore.
Nous avons admis une demoiselle qui vous r�clame avec insistance.
Une demoiselle ? Parlez plus fort s'il vous pla�t.
Avec le bruit de la machine � �crire...
Je peux m'arr�ter, si vous n'�tes pas trop long.
- Une certaine Valeria Billi. - Qui ?
- Valeria Billi. - Je vous passe le m�decin de service.
Empoisonnement par barbituriques.
La dose �tait fort heureusement trop faible. Je vous la passe.
- Professeur, mon petit Professeur. - Oui.
Valeria, tu n'as pas tenu ta promesse...
Tapez, je vous en prie.
On ne peut pas se fier � toi...
Pardonnez-moi, Professeur. Dites-moi que vous me pardonnez.
Vos paroles d'hier soir �taient tellement convaincantes et r�confortantes...
que j'ai aval� le tube d'un seul coup.
Je m'explique. Qu'il y ait au monde des gens comme vous,
des gens aussi altruistes et avec une voix aussi belle...
�a fait que, tout d'un coup, je me suis sentie encore plus seule.
Et alors... - On vous emm�ne en salle.
- Vous viendrez me voir ? - Malheureusement, je ne peux pas.
A pr�sent que tu vas bien, tu peux me t�l�phoner. Non non, pas ici.
Le soir, au num�ro de la Voix Amie. Le 2121.
Non, je veux vous parler personnellement.
Professeur, je vous en prie. Ils m'emm�nent en salle !
Professeur, venez ! - Ta Maman est l�.
Une certaine Valeria.
- Billi. - Valeria Billi. Vous la connaissez ?
Non.
- Quand a-t-elle �t� admise ? - Cette nuit. P�diatrie, 1er �tage.
- Ce n'est pas une enfant. - On met tout le monde en p�diatrie.
Il n'y a plus de place nulle part.
S'ils ne d�bloquent pas des cr�dits, �a sera le d�sastre.
Dites-le au gouvernement. - Qu'est-ce que j'ai � y voir ?
Si vous le dites... Premi�re � gauche.
Hier matin il a commenc� � avoir mal � la t�te et � vomir. J'ai eu tr�s peur.
Valeria. Valeria Billi.
- Mon Dieu, un pr�tre. Je vais si mal ? - Mais non.
- Tu ne reconnais pas ma voix ? - Non.
Vous �tes le Professeur Carlesi ? - Oui.
Mon Dieu !
Mais...
comment est-ce possible ?
Bah. Un ne me dit pas qu'il est mari�
...et l'autre qu'il est pr�tre. - Pardon ?
C'est pour �a que vous ne vouliez pas venir.
Pourquoi ne pas me l'avoir dit d�s le d�but ?
- Dit quoi ? - Que vous �tiez pr�tre.
- Je ne te l'ai pas dit ? - Non.
Je ne peux pas r�pondre � tous ceux qui m'appellent : "Bonjour, je suis pr�tre."
Et qu'esp�riez-vous trouver dans un Centre d'Assistance Morale ?
Une vedette de cin�ma ? Que je sois un pr�tre ne change rien.
- Si, �a change. - Non, voyons. Soyez raisonnable.
Allons. Vous devez retrouver la force de vivre.
Ne vous laissez pas aller au d�sespoir.
C'est promis ?
Je n'ai vraiment pas de chance.
Je m'�tais attach�e � une voix... et c'�tait la voix d'un pr�tre.
Quelle poisse. - Mais non, Valeria. �coutez.
L'auto-commis�ration est une sorte de mythification du soi.
Charmant.
Tiens, mon petit.
Vous devez vous convaincre que vous �tes une personne normale
avec les joies et frustrations de toutes les filles du monde.
C'est clair ? - Non.
Expliquez-moi pourquoi, au lieu de me mettre dans un lit normal,
on m'a mise dans un lit d'enfant. Tout est contre moi, vous voyez ?
On vous a mise ici parce que vous avez une cervelle de petit b�b�.
Tiens, mon petit.
Vous �tes psychologue ?
Docteur �s lettres sp�cialis� en psychologie.
Vous avez de la chance. Je n'ai pas d�pass� le stade �l�mentaire.
Vous avez certainement des qualit�s que je n'ai pas.
Vous chantez, n'est-ce pas ? - Oui, je suis dou�e.
Je chante tr�s bien, c'est vrai. - Vous voyez ?
C'est un don de Dieu.
Et une source de revenus : regardez la Callas.
Vos paroles sont r�confortantes.
- Je suis content d'avoir r�ussi. - Ce n'est pas encore gagn�, mais...
mais, au t�l�phone...
vous me disiez "tu".
Oui, mais au t�l�phone, c'�tait diff�rent.
Quand vous r�alisez que la brebis �gar�e d�passe 1m75...
C'est pour toi.
Donnez son biberon � la petite.
Ma M�re.
- Une bouch�e pour Maman. - Je n'ai pas faim.
- Comment veux-tu te remettre ? - Je n'ai pas faim.
...sur le probl�me du c�libat eccl�siastique.
- Participerons � cette �mission... - Margarita, change de cha�ne.
Je veux voir Ricky et Jack. - Non, Maman. Laisse.
Ah bravo. La ressuscit�e pr�f�re le d�bat sur les pr�tres.
Et moi qui ai de l'art�rios-clerg�-ose.
Eh bien, tu vois que, toi aussi, tu aimes Ricky et Jack.
Regarde, Margarita. Ricky, c'est tout crach� le type
qui travaille avec moi � la station d'aiguillage.
Bonsoir, ici la Voix Amie.
Tu n'es pas la premi�re personne qui nous appelle et n'ose pas parler.
Attends. Ne raccroche pas.
All� ?
All� ?
All� ?
Il est d�j� 21h30.
- C'est bizarre, j'ai 21h15. - Et pourtant...
- Quelle heure est-il ? - 21h30.
Mis�ricorde ! 21h30 !
Non. Nous ne donnons ici que le r�confort moral.
Et le fric c'est pas moral ?
Rien que le r�confort de l'�me. Allez-vous en.
Je m'en tape du r�confort de l'�me.
Le r�confort moral...
- Professeur. - Bonjour.
- Bonjour. - Vous allez bien ?
Je vous en prie.
Je vais vous aider. - Merci.
Don Mario, il faut que je vous parle.
Je vous ai fait une surprise, hein ? - Mais oui.
Il ne fallait pas venir me voir.
Pour vous je dois demeurer ce que je suis : une voix.
Mais les convalescences sont pires que les maladies.
Si vous m'abandonnez, tout aura �t� inutile.
Parlez-moi s'il vous pla�t. Parlez-moi. - Une autre fois.
Je dois partir. Au revoir. - Mais quand ?
Je ne sais pas. Puis-je �tre franc ?
Il n'est pas convenable qu'un pr�tre se balade avec une fille...
exub�rante, comme vous. - Vous me trouvez exub�rante ? Vraiment ?
C'est peut-�tre la robe qui vous g�ne ?
La mienne... Un peu trop courte ? - Je ne l'avais m�me pas regard�e.
Effectivement, elle est beaucoup trop courte.
Bravo, mon P�re. S'ils �taient tous comme vous.
Vite, le bateau va partir. Bonifazzi ! Bonifazzi !
Ce livre, c'est "Le Capital" ou les pens�es de Mao ?
"Le dernier des Mohicans".
- Un cadeau de ta maman ? - Non, de Papa.
C'est un document sur le racisme des Am�ricains � l'�gard des Indiens.
Je me disais aussi...
Vite, nous allons manquer le d�part.
Attendez-moi, Capitaine.
Enrico, o� vas-tu ?
- Professeur. - Oui ?
Professeur, �coutez. Je suis au c�ur de la temp�te.
Sauvez-moi. La nuit derni�re, cette affreuse pens�e est revenue.
Je dois soulager mon c�ur. - Bien s�r. Soulagez-le.
Un soupir d'exasp�ration ? Tr�s bien.
Et je ne suis pas ici juste pour vous voir.
J'ai des courses � faire � Venise pour le magasin de ma m�re.
Les enfants, vous voulez tomber � la mer ?
Soulagez votre c�ur. Nous en saurons plus sur les ressorts de vos actes.
Alors je vous parle de Maurizio.
- Oui. - Alors, je commence.
En tant qu'homme, il me satisfaisait pleinement.
Avec lui, j'�tais bien dans ma peau.
Une satisfaction autant sensuelle que sentimentale.
Si vous me permettez d'entrer dans les d�tails,
nos rapports sexuels �taient fr�quents et fort prolong�s.
Nous avions des "temp�raments chauds".
Il y a des femmes au temp�rament chaud, d'autres au temp�rament frigide.
J'appartiens au temp�rament chaud. Tr�s chaud. Un exemple...
En fait, j'aimerais connaitre votre rapport � la vie en soci�t�, au travail.
Et non pas vos prouesses sexuelles.
Excusez-moi. Je n'aurais pas d� vous dire ces choses g�nantes.
Je n'�tais pas du tout g�n�.
Vous avez rougi. Pourquoi les pr�tres ne disent-ils jamais la v�rit� ?
Et pourquoi dites-vous autant de stupidit�s ?
- Ne vous f�chez pas. Vous fumez ? - Non merci.
Jamais fum� ? C'est difficile � croire.
Une fois dans votre vie, m�me aux toilettes, vous avez d� essayer.
Changeons de sujet. Je n'ai jamais fum�. Point.
Et cette possibilit� de travailler dans le magasin de votre m�re ?
Elle tient une librairie et je n'aime pas ce travail.
Qu'aimeriez-vous faire ?
Chanter. Avant "Les d�serteurs", j'�tais avec "Les damn�s".
Des groupes musicaux. - Oui, j'avais compris.
J'�tais actrice et je suis devenue chanteuse.
Je vous chante quelque chose ? - Faites donc.
Mon plaisir, mon plaisir, mon plaisir.
Mon plaisir, mon plaisir, mon plaisir.
C'est toi qui me donnes mon plaisir.
Toi seul me donnes le plaisir.
Mon plaisir, mon plaisir...
"Mon plaisir, mon plaisir", oui oui, le sens est tr�s clair.
Oui, mais aujourd'hui, j'ai rompu avec le pass�.
Peut-�tre �tait-ce une sage d�cision, non ?
- Qui sait. - Les enfants ! La place Saint-Marc.
- Regardez comme elle est belle. - Oui, l'�glise de Veni...
Qu'est-ce qu'il y a l�-dedans ?
Des vieux livres que j'aimerais �changer.
Vous vous �tes fait mal ? - Ce n'est pas grave.
Pardon. C'est l'�glise San Giorgio.
Elle a �t� construite par l'architecte... en...
...au 16e et 17e si�cles, par les architectes Palladio et Longhena.
Baldassare Longhena, bien s�r. Ne pas confondre avec son fr�re.
Une mini-jupe, non. Une maxi-jupe, non.
Je ne sais plus comment m'habiller.
Comprenez, ce n'est pas la longueur de la jupe qui me g�ne.
Valeria, il est mieux que nous cessions de nous voir.
Cinq riz aux petits pois, trois morues � la vicentina. Vite, pour la polenta.
Ne vous endormez pas.
Que c'est bon. Go�tez-moi ces p�tes aux haricots, M. le Comte.
Armandino, on n'a pas pris la commande du r�v�rend.
- Bonsoir, mon P�re. - Bonsoir.
Deux soupes de poissons.
Et pour patienter, deux toutes petites tranches de Bresaola.
- De Valteline ? - Avec de l'huile d'olive et du citron.
Et pour le vin : Sileno Blanco, bien frapp�.
Merci et bon app�tit.
La solitude des pr�tres pose probl�me, non ?
Le pr�tre est seul dans la foule et sa solitude est la pire des solitudes.
Ils l'ont dit � la t�l�. - Laissez les pr�tres tranquilles.
Parlons plut�t de vos probl�mes.
Voici les tranches de Bresaola, finement coup�es.
Attention, le pain est tr�s chaud. Go�tez avec un rien de poivre.
- Non, j'ai un d�but d'ulc�re. - On en a tous.
Apr�s la soupe de poissons, une friture aux calamars.
Une demie-portion pour moi...
mais bien servie. - Et apr�s, la charlotte maison.
- Et une carafe d'eau. - Bien s�r. L'eau est toujours incluse.
- C'est vrai. - C'est sympa. Bon app�tit.
Merci.
Tu as vu comme c'est bon ?
Pardon, je vous ai tutoy�. - Aucune importance.
C'est vrai ? On peut se tutoyer ?
"Tu" ou "Vous", �a ne change rien, si on observe un respect r�ciproque...
Excuse-moi si je te mets parfois dans l'embarras.
Mais je suis si contente. Je me sens bien.
Je ne devrais pas le dire mais... je ne me sens bien qu'avec toi.
Je sais, entre nous il ne peut y avoir que de l'amiti�.
Que pourrait-il y avoir de mieux ? Existe-t-il chose plus belle,
sentiment plus noble, que l'amiti� entre un homme et une femme ?
Eh bien...
Mais dis-moi... puisqu'on parle de �a...
Toi... avant que le Seigneur... t'ait appel�...
tu n'as jamais �t� amoureux ?
- Moi ? - Toi.
Avant la vocation ? Non.
Et apr�s ? Jamais ?
Si aujourd'hui je suis ici avec toi... avec vous... non, avec toi...
c'est pour t'aider � aimer de nouveau la vie,
et non pour que tu t'amuses � me confesser.
Tu ne manges plus ? - Non.
J'ai un faible pour le Bresaola.
Voil� la soupe de poissons.
Les petites bavettes.
�a serait dommage de t�cher ce joli costume.
Ma M�re, quelle quantit� !
O� est la rascasse ? C'est la reine de la soupe.
Peut-�tre, mais nous sommes en R�publique.
Elle a raison. Mais, la rascasse, il en faut.
C'est vrai.
Quels ont �t� tes rapports avec la foi ?
J'allais � l'�glise en le cachant � mon p�re...
puis j'ai cess� d'y aller en le cachant � ma m�re.
Tu aimes bien tes parents ?
Oui, mais nous n'avons pas grand-chose � nous dire.
Je ne me plais pas avec eux.
Je me plais avec toi.
Tu es f�ch� ?
- Pardon. - Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien. Je reviens tout de suite. Excuse-moi.
Et mince, un pr�tre.
Faute ! Et pour le blasph�me, trois Pater, Ave, Gloria.
Quelle fougue ! Quelle vitalit� !
Faudra mettre double dose de bromure dans la soupe de ce soir.
Parce que c'est le printemps, m�me si pour toi, c'est l'�ternel hiver.
Va, imb�cile.
Qui est-ce ?
Carlesi ! - Don Filippo !
Tu as vu ? C'est le beau cadeau que m'a apport� la vieillesse.
Pourquoi es-tu l� ?
Tu n'as pas fait ce chemin juste pour saluer ton vieux Ma�tre ?
Non, pas seulement.
J'ai besoin de vos conseils.
Moi aussi, au temps de ma jeunesse, en c�l�brant mes premi�res messes,
je me demandais "Mais pourquoi ? Que suis-je en train de faire ?".
Le sentiment de c�l�brer un vain rite, une com�die inutile : la mort de Dieu.
C'est l� que nous devons fermer les yeux et prier d�sesp�r�ment,
jusqu'� ce que la gr�ce revienne nous illuminer.
Entrez, mademoiselle.
Pardon, mais je ne suis pas l� pour vous.
Je cherche le Professeur Carlesi. Il travaille bien ici ?
Asseyez-vous. Pourquoi cherchez-vous le Professeur Carlesi ?
Pourquoi devrais-je vous le dire ?
Il ne r�pond pas au t�l�phone. Je suis venue prendre de ses nouvelles.
O� puis-je le joindre ?
Je ne suis pas autoris� � donner des adresses.
Don Mario a demand� un mois de repos et il lui a �t� accord�.
Il devait avoir de bonnes raisons.
Je comprends. Mais, si quelqu'un avait besoin de lui...
d'un peu de r�confort. - Il peut toujours t�l�phoner ici.
Le standard de La Voix Amie fonctionne en permanence.
- Il pourra parler avec vous ? - Bien s�r. Je suis aussi l� pour �a.
Elle est belle, la Voix Amie.
Je viens de la part de Mario Carlesi. Il est tr�s ennuy�.
Il n'a pas re�u son courrier. O� le fait-on suivre ?
Coll�ge Saint-Nicolas. Torrescura.
Coll�ge Saint-Nicolas. Torrescura.
- Un probl�me ? - Pas du tout.
La faute � la gr�ve des postiers. Au revoir. Merci.
Coll�ge Saint-Nicolas, Coll�ge Saint-Nicolas...
Toujours � votre service.
Voil�, c'est fait.
Dommage que tu aies tant de poils sur la poitrine.
Vite, en place. Acte 1er, sc�ne 3.
En voil� une jolie dame. F�licitations.
Tu l'as vu ?
�a ne m'�tonnerait pas qu'un th��tre finisse par l'engager.
- Quelle �l�gance, vous... - De la voix ! De la voix !
J'ai pass� la matin�e � me pr�parer avec go�t.
Arr�te de te dandiner, on dirait que tu as envie de faire pipi.
Silence. - Tu es magnifique.
Mais que fait donc M. Tonino ?
Enl�ve ta main, tu regardes comme un Indien.
Il viendra. Il vous aime.
Oui. Il m'�pouserait demain si je le voulais.
Plus de conviction.
"Bien s�r, il m'�pouserait demain si je le voulais".
Sois plus malicieuse, plus coquette. Ce mariage est tr�s important pour toi.
Tu es ambitieuse. - Je ne sais pas faire la fille, moi.
- Un acteur doit savoir tout faire. - Qu'en penses-tu ?
Parmi ces gar�ons, combien d'entre eux deviendront pr�tres ?
Et combien deviendront de bons pr�tres ?
Tu as �t� l'un d'entre eux...
et je l'ai aussi �t�, en mon temps.
Et apr�s ceux-l�, il en viendra d'autres.
De moins en moins. L'�glise traverse une crise.
Et l'une des raisons de cette crise, c'est le c�libat des pr�tres.
L'�vangile dit :
"Aimez vos amis et ha�ssez vos ennemis". Moi je vous dis :
"Aimez vos ennemis".
C'est sur cela qu'est bas�e toute la v�rit� de la Bonne Nouvelle.
En effet, la parole du Christ est avant tout Amour.
Amour sous toutes ses formes : Amour pour l'enfant, Amour pour l'�pouse,
Amour pour...
pour J�sus.
La parole du Christ est...
est Amour.
Car sans Amour, il n'est pas de charit�.
Il n'est pas d'esp�rance, de beaut�.
De vie. Lou� soit J�sus-Christ.
Tu peux revenir en ville.
Reprends ton travail, tes habitudes. Je ne te poursuivrai plus.
Plus besoin de te cacher. - Qui s'est cach� ?
Moi ? Pourquoi me serais-je cach� ?
Tu es hypocrite envers moi et surtout envers toi-m�me.
Ce n'est pas ainsi que tu r�soudras tes probl�mes.
Je dois �tre idiote. Tous mari�s : l'un a une femme, l'autre a l'�glise...
Soyons francs.
Renon�ons � nous voir car ce qui nous arrive ne doit pas arriver.
Et c'est mieux que de s'enfuir. - Je ne me suis pas enfui.
Tu m'as plant�e dans un restaurant, sans m�me payer l'addition. 5700 lires.
5... 5700 ? Tu es s�re... ?
Je ne les ai pas. La prochaine fois ? - Il n'y aura pas de prochaine fois.
Nous sommes d'accord sur ce point.
Mais tu as dit : "la prochaine fois".
Mais que diable, tu ne vas quand m�me pas me donner des le�ons de morale.
Disons-nous adieu, Valeria.
Et cet adieu... - ...te peine beaucoup. Je sais.
Moi aussi. - Moi non.
- Si. Tu souffres. Tu cries. - Il y a vraiment de quoi rire.
Ris, mais peux-tu jurer sur Saint-Antoine
que l'id�e de ne plus jamais me revoir ne te fait pas souffrir ?
- Laisse Saint-Antoine en paix. - Jure.
- Les pr�tres ne jurent pas. - Qui jure ? Les ath�es ?
- Tu es pu�rile. - J�suite.
Tu n'es qu'un J�suite.
- Tr�s bien, je le jure. - J�suite et parjure.
- C'est la premi�re fois ? - Oui.
Et aussi la derni�re.
Que les Saints te viennent en aide, mon pauvre.
Quand tu �tais au S�minaire, tu me semblais habit� par la gr�ce.
Tu voulais aller en Afrique convertir les indig�nes du Dr. Schweitzer.
Et aujourd'hui... tu as perdu la foi ?
Non, Dieu ne m'a pas abandonn�. Ce n'est pas �a.
Bien. Alors...
elle est belle ? - Qui ?
La femme dont tu es amoureux.
Pardon, mais comment savez-vous que...
Allons. Nous tous, un jour ou l'autre, avons �t� amoureux.
Alors ? Elle est belle ?
Belle... Je ne saurais...
La question n'est pas l�. Notre rencontre a �t� purement spirituelle.
Ne raconte pas d'histoires.
Hypocrite. Menteur... Pr�tre.
C'est une fort belle fille, je dois le dire.
- Un morceau de roi. - Vous l'avez vue ?
En effet.
J'�tais dans l'�glise quand tu as pris la fuite.
Et je comprends que tu sois en crise.
Que comptes-tu faire ?
Tu veux l'�pouser ?
Tu veux te faire excommunier ? S�ur Ignacia, la piq�re !
Non. Mais je pourrais demander la dispense de l'obligation de c�libat.
La dispense ? Ils n'en donnent plus. Le Pape la refuse.
Le Pape ne veut pas du mariage pour nous.
C�libataires � vie ! Mets-toi bien �a dans la t�te.
C�libataires � vie. Lou� soit le Seigneur.
"Mieux vaut se marier que se consumer" a dit Saint-Paul.
Laisse Saint-Paul en paix, c'est le Saint des Protestants.
Tu as une m�re, n'est-ce pas ? Tu sais comment elles sont.
Elles n'aiment pas que leurs fils abandonnent la maison.
Elles pr�f�rent qu'ils fassent leurs petites cochonneries en cachette...
pourvu qu'ils rentrent le soir manger la soupe � la maison.
L'�glise est une m�re jalouse, comme toutes les mamans.
Oui, l'�glise est une m�re jalouse.
Vous me conseillez de vivre dans le p�ch�.
De prendre secr�tement une petite amie, tels les pr�tres couchant avec les nonnes.
- Il n'a pas fini, l'excommuni� ? - Ne vous m�lez pas de �a, ma S�ur.
Mais que veux-tu, � la fin ?
Fais-toi s�culariser. Fais-toi excommunier.
Mais laisse-moi tranquille. Je suis vieux et malade.
Allez au diable, toi et tes histoires de c�libat eccl�siastique.
Je suis un martyr.
Quelle com�die pour une piq�re dans la fesse.
Vous y trouverez tout sur la Polyn�sie. Je vous l'enveloppe.
- Mes meilleurs v�ux � votre m�re. - Merci. Je lui dirai.
�a vous int�resse, R�v�rend ?
Mais qui voil�...
- Belle librairie. - Tr�s belle.
- Et grande. - Tr�s grande.
- Il y a des tas de livres. - Oui, des tas. Des tas.
Je voudrais du ruban adh�sif, noir ou blanc.
- J'en ai du rouge. - Oui, parfait.
- Rien d'autre ? - Non non. Merci.
Le rouge, �a va aussi.
Quoi ? - Rien.
Tu penses que je suis un hypocrite, n'est-ce pas ?
Si vous le dites. Je vous l'enveloppe ?
Je ne sais pas dire les choses comme toi. C'est tout.
Je suis un pr�tre mais aussi un homme m�r. Pas un petit gar�on.
Ma pudeur m�am�ne � aborder les choses par la bande.
Oui, par la bande ! - Compris.
Et si je te disais que ta robe est vulgaire, que ta coiffure est moche
et que tu as engraiss� ? - 120 lires.
Tu aimes que je sois brutalement sinc�re ?
Je pr�f�re un peu d�hypocrisie.
- Tu as bu ? - Jamais.
Que veux-tu ? Je m'habille et me coiffe comme j'en ai envie.
Et si j'ai engraiss�, j'en suis absolument ravie.
Tu voulais que je me suicide pour toi aussi ?
- J'en reste coi. - Tr�s bien. Continue.
Tu trouves que ce sont les mots qui conviennent, entre nous ?
"Entre nous" ? Il n'y a rien eu entre nous.
C'est toi l'hypocrite, si tu penses qu'il n'y a rien eu entre nous.
C'est toujours toi. Tu tournes autour du pot et je n'y comprends rien.
Je n'ai pas encore compris ce que tu cherches � me dire.
Tu es venu me dire quelque chose, oui ou non ?
Assez de ce formalisme irritant et mesquin !
Que veux-tu ? Une d�claration, une s�r�nade, que je me mette � genoux ?
Que je te dise que je pense � toi jour et nuit, que je vis un enfer ?
Que, si tu grossis, moi je perds des kilos !
C'est �a que tu veux ? - Oui, oui. C'est exactement �a.
Mon amour. Je t'aime, je t'aime.
Madame, vous avez des gommes ?
Celles avec les animaux pr�historiques et qu'on enfile au bout du crayon.
C'est bien ce livre-l�. Merci. Au revoir.
Petit d�mon.
L'argent du ruban. 150 lires ? Gardez la monnaie. Au revoir.
Tr�s bien.
- Tiens. - C'est combien ?
- Rien. C'est un cadeau. - Merci.
- Non, n'insiste pas. - Mais si, essaie.
C'est aussi facile que la marche. C'est un r�flexe inconditionn�.
Allez ! Je veux que tu sois moderne !
Attends.
La robe. - Pardon.
Non, la tienne.
Regarde : frein, acc�l�rateur, embrayage. D'accord ?
Reste calme.
Je suis calme, mais pourquoi g�cher cette jolie balade ?
Je te guide. Mets le contact.
Bien. Passe la premi�re.
La premi�re.
Doucement ! Doucement ! Avec le pied !
Bien.
Tr�s bien. Passe la seconde.
Attends, je dois redresser le volant.
La seconde... c'est �a. Bravo.
Attention, redresse. � gauche !
Non, � droite !
"� gauche", "� droite"... �a me trouble.
Tu n'avais pas vu la voiture en face ?
Tiens-toi bien au milieu de la route.
Tu es for... mi... da... ble ! Formidable.
Tu vois comme c'est facile.
Oui, mais pourquoi g�cher cette promenade ?
Attention. Freine. L�che l'acc�l�rateur !
Nom de Dieu, passe !
- Vas-y, bon Dieu ! - Vas-y, il t'a dit de passer.
Allez.
- Bon Dieu de... - Pas de blasph�me.
- Vous me rentrez dedans ! - Et votre clignotant ?
Et la priorit� ?
- La priorit� ? C'est de sa faute. - C'est de ma faute.
- Vous avez un stylo ? - Non.
- Tu as mal ? - Bien s�r.
C'est du beau travail ! Les r�parations ne seront pas finies avant ce soir.
- Je suis d�sol�. - Vous �tes pr�t ?
Oui. Pour commencer, ma s�ur...
ma s�ur... Que d�sires-tu ?
Je te laisse choisir.
Une estouffade au c�leri ?
Alors, une estouffade pour ma s�ur et une pour moi.
Non. Estouffade au c�leri pour le fr�re...
et omelette aux fines herbes pour la s�ur.
Et du vin blanc, bien frapp�.
Pourquoi toute cette com�die ?
- Parce que j'en ai marre. - S'il te pla�t, ne crie pas comme �a.
Nous avons d�j� d�jeun� ensemble, non ?
Oui.
Oui, mais aujourd'hui c'est diff�rent...
parce que je t'aime.
Je t'aime, oui,
et il me semble que tout le monde s'en aper�oit et nous regarde.
C'est tr�s dr�le.
Maintenant c'est s�r, tout le monde nous regarde.
Merci. Nous rions comme deux idiots.
�coute, tr�sor. Tu dis que tu m'aimes et que tu me d�sires...
- Je n'ai pas dit "d�sires". - Bien. Tu ne l'as pas dit.
Pr�tre ou non, tu es un homme. Du moins, je l'esp�re.
Remue-toi !
Jouer au fr�re et � la s�ur, �a va un temps.
- D'autant plus que je suis fille unique. - Oui mais...
"Me remuer"... �a fait des jours que je retourne le probl�me.
Je pourrais demander la dispense
et revenir � l'�tat la�c. - � l'�tat civil.
Puis, sans encourir de sanction, t'�pouser. Mais...
s'ils me la refusaient...
que ferions-nous ?
Tu reviendrais � l'�tat dont tu as parl�. L'�tat la�c.
Sans dispense ?
Et me faire excommunier ? Tu ne te rends pas compte.
Mais que veux-tu de moi ?
M'�pouser ? Non. Vivre maritalement ? Non.
Que proposes-tu, hein ? Je peux me faire nonne.
�a plairait � l'�glise un mariage entre un pr�tre et une nonne ?
C'est Elle ou moi. Tu ne peux pas jouer sur les deux tableaux.
C'est de ma faute. Mais que puis-je faire ?
Je t'aime, mais j'aime aussi ma mission. - Tu dois y renoncer.
Tu m'aimerais toujours si j'�tais assez l�che pour renoncer � ma mission ?
Tu l'es puisque tu n'as pas le courage de renoncer...
Tu me fais mal. - Je sais.
- Je vais crier. - Essaie un peu.
Posez votre main autre part. Compris ?
Bravo ! Voil� une r�ponse �nergique. Bien envoy�.
Et lui, qu'a-t-il r�pondu ?
Ne refais jamais �a.
Pharisien.
Que fais-tu ?
- Excusez-le. - Ce n'est rien.
Vive les mari�s.
Venez prendre un verre � la sant� des jeunes mari�s.
Viens, mon fr�re. Voil� au moins une noce que l'on pourra f�ter ensemble.
Laisse �a. - �a va refroidir.
Embrassez la mari�e, R�v�rend.
Je l�ve mon verre de vin doux � la sant� des �poux.
Courage, Lenzino, le divorce est pour bient�t.
Sois � la hauteur, et si tu as besoin d'aide, appelle-moi.
Vous permettez que j'invite votre s�ur � danser ?
Les femmes aux longues jambes comme vous sont les meilleures danseuses.
Mais non.
Avec tout le respect que je vous dois, votre s�ur est une tr�s belle femme.
Elle est mari�e ?
Fianc�e ?
Bienheureux le fianc�. Levons nos verres � leur sant�.
C'est pour quand, la noce ?
- La barbe et les cheveux ! - Bien.
Et un �il sur ma guitare. Je vais au bar.
One, two, three et quatre.
- La panth�re de la Bassa ! - Jimmy Guitar !
- Le maestro Stiburini va bien ? - Oui.
- Allons boire un verre. - Bien s�r. Excusez-moi.
Deux Camparis.
Vous c�l�brerez peut-�tre la noce.
Le fr�re ne peut pas ? Si, il peut.
- Tu es tr�s en forme. - Tu n'es pas mal non plus.
Parle-moi de toi. Pourquoi as-tu laiss� la chanson ?
Ils ne veulent plus que des minettes...
sans voix, sans rien derri�re et sans rien devant.
La voix c'est inutile. Mais il faut quelque chose derri�re...
et surtout devant. - Eh ! Que fais-tu ?
- On danse ? - Allons-y.
C'est lui, le fianc� ?
Un beau gars. Et pas timide.
C'est votre devoir de conseiller votre s�ur.
Vous connaissez les filles d'aujourd'hui : pas beaucoup de cervelle...
Pour le reste, c'est une vraie b�n�diction.
Avec tout le respect que je vous dois.
- C'est interminable. - Sortons.
- ...de betteraves � sucre. Et du bl�. - Laissez-moi tranquille.
Buvez encore un coup.
Pourquoi moi ? Parlez avec lui. L�chez-moi.
Buvons et divaguons !
Je t'ai dit non. Arr�te.
Laisse-moi. - Embrasse-moi.
Sois gentil.
- Que fais-tu ? - Qui est-ce ? Ton P�re spirituel ?
Elle est entre de bonnes mains.
Je me fiche de savoir qui vous �tes. Laissez-la en paix et filez.
- Amen. - Pas de "Amen" !
Mon habit ne m'emp�chera pas de vous donner une bonne le�on.
- S'il te pla�t... - J'y vais.
- Va, "Jimmy". - Que la paix soit avec vous.
Je te t�l�phone. - Inutile.
T'es cingl�... ? C'est un vieux copain, du temps o� on m�appelait "La panth�re".
- Et moi, comment dois-je t'appeler... ? - Oui, comment ? Vas-y, dis-le.
L�, sous me yeux. Expr�s pour m'offenser.
Pour me faire souffrir. - Qu'attends-tu de moi ?
Tu te prends vraiment pour mon fr�re ? Personne n'a cru � cette histoire.
Tu sais ce qu'un des types m'a dit ?
"Pourquoi avec le pr�tre et pas avec moi ?"
Pourquoi m'as-tu gifl�e ?
Je ne...
Je suis ravie.
Ce Maurizio ne m'a jamais �t� tr�s sympathique.
Si tu as trouv� quelqu'un qui te convient, tant mieux.
L'important, c'est que ce soit un gar�on comme il faut.
Pourquoi ne l'as-tu pas dit avant ? - Nous nous sommes fianc�s hier.
Vous devriez �tre en train d'en profiter.
Le plus t�t sera le mieux. Il va te plaire. Quant � Papa...
Et pourquoi ? S'il est brave, honn�te, travailleur.
Il est religieux ? - Un peu trop, m�me.
- Que fait le vinaigre ici ? - Je l'ai mis.
Si quelqu'un se sent mal, il lui suffit d'en respirer.
- Qui pourrait se sentir mal ? - On ne sait jamais.
Dis-moi au moins comment il s'appelle.
- Don Mario. - Don Mario ?
- Un chanteur, comme Don Backy ? - Non.
Bien. On a assez d'une chanteuse dans la famille.
- Il est peut-�tre Napolitain ? - Non.
Bien.
C'est lui.
Cette femme nue... mieux vaut la cacher.
- Salut. - Bonjour.
Papa n'est pas l�. C'est mieux d'affronter Maman en premier.
- Je peux repasser. - Non, viens.
- Voici Don Mario. - Heureuse de vous...
J�sus !
Le vinaigre !
Il faut juste que tu t'habitues.
Respire.
Elle est contente. - Tr�s honor�.
Vous sachant d�vote, je vous ai apport� une m�daille de la Vierge de Lourdes.
En argent.
Assieds-toi.
- C'est vraiment un vrai pr�tre ? - Oui, Maman.
Protestant ?
- Plut�t... catholique. - J�sus !
Les pr�tres peuvent d�sormais se marier ?
Non, pas encore.
Mais alors, comment l'�pouseras-tu ?
- Papa ! - Bon Dieu, quelle chaleur.
- Je te pr�sente... - Un pr�tre ici !? Quelqu'un est mort ?
- Valeria s'est fianc�e. - Encore ?
C'est un peu t�t pour le pr�tre, non ? - Monsieur, je suis le fianc�.
- C'est une blague ? - Non.
Non ?
Cette face de pr�tre est vraiment un pr�tre ?
Le Pape a donn� la permission ?
C'est une histoire de fous. Valeria, un verre d'eau.
Non, de l'eau et du vin. Non, seulement du vin.
Toi-m�me tu disais que les pr�tres devraient pouvoir se marier.
Oui, mais pas avec ma fille. Mais es-tu vraiment ma fille ?
Grande et �lanc�e comme tu es, la r�ponse serait pour le moins douteuse.
Sans vouloir offenser ta m�re... Un pr�tre dans la famille !
Maintenant les pr�tres ont le droit de se marier ?
Non. Je souhaite �tre s�cularis�, sans �tre excommuni�.
Finie la pr�trise ? Pour �pouser ma fille ?
- Oui, je renoncerais � mes v�ux. - Laisse tomber, il ne comprendra pas.
Arrosons �a. Un pr�tre de moins et un cocu de plus. Bois !
Comment tu t'appelles ? Bois, Mario. Bois !
Non merci, je ne bois pas. Mais je prendrais volontiers un chocolat.
Bon...
Monseigneur.
Voici notre Don Carlesi. Venez. Asseyez-vous.
On m'a transmis votre requ�te
et je vous ai fait appeler afin de vous adresser mes compliments.
L'�glise est une grande famille.
Et quand au sein de la famille il y a en vue un �v�nement
aussi capital que le mariage,
on ne peut que s'en r�jouir, non ?
Et alors...
� quand la f�te ?
Je ne sais pas. C'est encore pr�matur�.
Pourquoi "pr�matur�" ?
Quand on a la chance de rencontrer... l'�me s�ur...
on jette la soutane aux orties et "bonsoir".
Vous n'approuvez pas...
Vouliez-vous que je vous offre d'�tre votre t�moin � l'autel ?
Nous sommes appel�s � c�l�brer le mariage, non � le consommer.
Et ne me dites pas que les pr�tres sont des hommes comme les autres.
Les pr�tres sont meilleurs que les autres. Ils le doivent.
Saint-Paul a dit : "Tu ne peux donner la joie aux autres
si la joie n'est pas dans ton c�ur." Et je ne suis pas heureux.
Gardez vos citations pour vos sermons.
Saint-Paul n'avait pas pr�vu...
les d�mangeaisons des mauvais pr�tres.
Je ne suis pas un mauvais pr�tre. Pas encore, du moins.
Pardon, mais laissez-moi vous rappeler
qu'aujourd'hui beaucoup de choses ont �volu�.
Au 16e si�cle on se demandait si la femme avait ou non une �me.
Aujourd'hui elle peut s'agenouiller devant l'autel,
s'approcher du pr�tre... - Mais pas aller dans son lit.
H�las, si. Non non, ce n'est pas mon cas.
Mais d'autres vivent dans le p�ch�.
L'�glise doit autoriser une union chr�tienne.
Vous parlez en �go�ste.
Certains pr�tres ont eu l'autorisation
dans le seul but d'�viter un mal pire encore : le scandale.
L'�glise invite ses fils les plus raisonnables � r�fl�chir, � renoncer.
- J'ai r�fl�chi. - Pas assez.
Vous �tes sous l'emprise d'une passion malsaine.
Je vous ordonne un mois de retraite et d'exercice spirituel. Allez !
- Lou� soit J�sus-Christ. - Et pour l'�ternit�.
Quel idiot. On s'�loigne cinq minutes...
Il n'a m�me pas laiss� la cl�.
- Comment �a a �t� ? - On est en plein Moyen-�ge.
Pourquoi ?
Ils parlent d'une �glise moderne, d�mocratique,
mais on se croirait � la Restauration.
C'est � en perdre la foi.
Une mentalit� obtuse. Obscurantiste. Je suis �c�ur�.
- Bravo, R�v�rend. - Qui est-ce ?
� c�t� de l'autel du sacrifice, vous voulez l'alc�ve du plaisir.
Le plaisir n'est pas seulement le plaisir,
comme le sacrifice n'est pas seulement le sacrifice.
Une religion se doit d'exalter le sacrifice
et de l'imposer � ceux qui la servent.
Regarde de quelle chaire sort le sermon.
Sortez de l� !
L'�glise a pour devoir de se renouveler.
- Qui est-ce ? - Il ressemble � un pr�tre, non ?
- Sans renouveau, Elle meurt. - Mais non. Le Christ vaincra.
C'est la bureaucratie vaticane qui vaincra !
Vous n'avez pas honte de parler comme �a, avec votre habit ?
Cet habit n'est qu'un morceau de tissu s'il n'y a pas � l'int�rieur
la vocation, la saintet�, l'angoisse et la volont� d'un renouvellement.
C'est l'uniforme d'un ministre de Dieu.
Vous voulez faire l'hom�lie, � pr�sent ?
On vous a rempli la t�te de stupidit�s !
Baudelaire a dit :
"Le pr�tre est magnifique car il nous fait croire � un monde merveilleux".
Vous y croyez, je me suis lib�r�.
- Alors enlevez votre soutane. - Oui, je vais l'enlever.
Lisez Paul VI et son encyclique Humanae Vitae.
Fais-toi d�froquer par elle.
Il y a quelqu'un ?
- Qui est-ce ? - Don Mario.
Mon cher Mario.
- Salut. - Mon cher Mario.
Bienvenue. Enfin tu es l�.
J'�tais hors de moi, alors je t'ai t�l�phon�.
Je devais te voir. - Tu as bien fait.
Lucia !
- Entre. - Merci.
Tu es l'un de ceux qui ont eu le courage d'affronter un probl�me
auquel je suis moi-m�me...
Mario Carlesi, un camarade de S�minaire dont je t'ai d�j� parl�.
Ma femme. Enfin... ma compagne. Donne-nous du vin.
Assieds-toi. Je suis si content de te voir.
Pas celle-l� ! - Je suis d�sol�.
Je t'ai dit 100 fois qu'il fallait la faire r�parer.
- J'ai presque mis un kilo de colle. - Une dr�le de colle...
Ainsi... ce cher Monseigneur Caldana t'a tout de suite dit non ?
Mais je ne vais pas en rester l�.
On n'est plus au temps de Pie IX et du Syllabus.
S'il faut lutter, je suis pr�t.
Nous sommes l'avant-garde de cette sainte bataille.
Les h�ros. Les martyrs. Ne soyons pas faussement modeste.
Les autres sont encore puissants.
Si tu savais tout ce qu'ils m'ont fait endurer.
Mais je ne d�sarme pas. J'ai tout �crit. Tout.
Je poss�de tous les documents.
Le commerce des reliques, les int�r�ts sur les biens immobiliers.
Les fausses donations.
On parle de milliards !
Des scandales � n'en plus finir. Toutes les preuves sont l�.
Et le travail ?
Gr�ce � Dieu, je n'ai pas � me plaindre.
Je travaille chez un libraire.
J'�cris ses enveloppes. 100 lires les 50.
Ce qui fait 3 ou 4000 lires � la fin de la semaine.
Et puis j'ai mes le�ons de latin et je travaille pour un journal de Turin.
Comme correspondant.
Certes, il y a des moments difficiles.
�a ne va pas tr�s bien, Mario. �a va m�me tr�s mal.
Je me suis d�cid� trop tard.
Et ils t'ont suffisamment conditionn� pour que tu te sentes comme un tra�tre.
Ils te ferment les portes, font le vide autour de toi.
La Constitution garantit la libert� de tous
sans distinction de race, de langue et de religion.
Mais, le d�froqu�, non. Le d�froqu�...
c'est une cat�gorie � part, un citoyen hors classe.
Regarde, tu viens encore de br�ler la nappe.
Toujours la cigarette � la bouche.
Fous le camp dans la cuisine faire la vaisselle. Va !
- Excusez-le. Boire ne lui r�ussit pas. - Tais-toi !
Tu bois trop. Tu es gras comme un porc.
Tais-toi et va-t'en.
Excuse-la.
Au fond c'est une brave fille. C'est la t�te qui est malade.
Bon, je vais devoir te laisser.
Mario, on va se revoir ? Je t'aiderai.
Pour toi ce sera plus facile.
Et si tu as du nouveau, fais-le moi savoir.
Le plus vite possible. - Tr�s bien.
Mario, ne fais pas attention � ce que je suis devenu.
Pour toi ce sera diff�rent. Tu es plus jeune
et je pense qu'elle aussi est diff�rente.
Enfin, je crois que pour toi �a peut en valoir la peine.
Salut. Et dis au revoir � Lucie de ma part.
Souviens-toi de mes conseils :
"Ne te laisse pas intimider. Ne c�de pas."
Il faut que l'on se revoie.
Maintenant que nous nous sommes retrouv�s, ne m'abandonne pas.
Nous devons rester unis.
D'autres viendront.
Reviens me voir. Ne m'abandonne pas.
Monseigneur Caldana !
Je suis Valeria Billi. - C'est vous qui me poursuivez ?
Trois jours que vous m'ignorez.
Je ne re�ois pas celui qui s�me le scandale dans le troupeau.
Vous avez une brebis qui m'appartient.
Rendez-la moi et tout est fini. - Elle appartient � son berger.
Et si l'une des brebis n'a plus envie de pa�tre ?
Si elle pr�f�re le caf� au lait avec des toasts.
Vous ne pouvez pas la forcer. Faire la brebis toute sa vie, c'est dur...
Vous divaguez.
- J'aime un homme et je veux l'�pouser. - Il est d�j� mari� � l'�glise.
Une fille respectable ne ferait pas �a. - Peut-�tre, mais je suis amoureuse !
Pas de journalistes !
- Je n'ai pas fini. - Laissez-moi passer !
Oust !
"�Rendez-moi ma brebis.�, criait l'ex-vedette de la chanson."
"�Ce mariage ne se fera pas.�, disait Monseigneur Caldana."
Et voil� � quoi a abouti votre intervention : un v�ritable scandale.
� vous mademoiselle un peu de publicit� peut encore servir, mais...
� nous, certainement pas.
Elle m'a en effet servie, ne serait-ce que pour �tre re�ue par vous.
Quand on parle aux sourds... il faut �lever la voix.
Et ce n'est pas la voix qui vous manque.
Pourquoi l'int�ress�... - Ah, il est l�...
...n'a pas lui-m�me accompli cette d�marche...
en suivant la voie hi�rarchique.
Mon p�re dit toujours que la voie hi�rarchique
est la distance la plus longue entre deux points qui se touchent presque.
J'ai pris le raccourci.
Souvent les d�cisions - comme celle que vous avez prise vous et Don Mario -
sont prises � la h�te, dans un moment d'exaltation ou de d�couragement.
Nous l'avons prise dans un moment de joie.
Et apr�s viennent les remords, les repentirs...
Ch�re Excellence, si Mario...
- qui aime profond�ment sa mission - a d�cid� d'y renoncer,
c'est qu'il a de bonnes raisons.
Je commence � en entrevoir quelques-unes...
Je vais m'en occuper personnellement.
Cela prendra un peu de temps.
Soyez patiente et ne cherchez pas � prendre un raccourci.
Non, dites-moi clairement les choses.
Est-ce que cela va se faire ?
- Pour autant que �a d�pend de moi : oui. - Merci. Vous �tes si bon.
Quel est votre nom ? - Alfonso Dellara.
Si nous avons un fils, nous l�appellerons Alfonso.
Je suis si heureuse.
Quelle belle surprise. Tu n'�tais pas aux arr�ts ?
Tu ne t'es quand m�me pas �vad�... ?
Qui a averti les photographes de l'altercation qui allait surgir
entre Monseigneur Caldana et mademoiselle Valeria Billi,
� la sortie de service du Vicariato ?
- Pourquoi me regardes-tu ? - Qui d'autre regarder ?
Je n'aime pas cette publicit� � coups de scandales
typique du monde de la chanson. C'�tait toi ?
- Tu es injuste. - Alors ce n'�tait pas toi ?
Si, mais tu es quand m�me injuste.
Parce que, moi, je me suis d�men�e.
Aujourd'hui, si tu ne fais pas de bruit, personne ne t'�coute.
Et si tu obtiens la dispense pour m'�pouser, tu ne le devras qu'�...
mon syst�me... "de scandales du monde la chanson".
Bien.
Et qui a dit qu'on te donnerait la dispense ?
Qui est-ce ? - Le cardinal � la grosse t�te carr�e.
H�, qu'est-ce que tu crois !?
Celui-l�, dans le centre-ville : deux chambres et services.
Ou celui-ci, � la p�riph�rie : trois chambres et terrasse.
Que pr�f�res-tu ? - On verra car...
il faut le meubler et �a co�te cher.
Il y aura bien un Saint pour nous aider...
Je crains que les Saints soient en froid avec nous.
En tout cas, j'ai d�j� fait une acquisition. Et au comptant.
Regarde.
- C'est pour ton p�re ? - Non, pour toi.
Tu ne vas pas rechercher un lit nuptial en soutane.
Oui mais, c'est un habit de clown.
C'est gai et �a change du noir. Et �a va te rajeunir.
Tu crois ? - Oui. Essaie-la.
Je vais r�pondre.
D�sol�e, mais c'est votre maison qui sera excommuni�e.
Et ce mariage se fera avec une dispense
et un t�l�gramme de v�ux du Pape.
- Qui est-ce ? - Un appel anonyme. Encore.
Ayez au moins le courage de donner vos nom et pr�nom.
Et je connais votre famille. Vous �tes un fils putatif. Ce que �a veut dire ?
C'est la version �l�gante de "Fils de pute".
- � qui parlais-tu ? - � un type qui cherchait sa m�re.
- Voici le s�jour. - Compliments. C'est un beau quartier.
Ce n'est pas central mais c'est bien desservi.
Nous avons aussi un parking priv�.
"Petit logis mais �a me suffit".
C'est trop luxueux pour un ancien pr�tre. Pauvre �glise.
�a sera termin� apr�s le mariage. Montre-leur la chambre � coucher.
C'est l� que nous ferons la chambre � coucher.
Voyons �a, mon Fils.
Entrez.
Il n'y a rien d'extraordinaire. C'est une chambre � coucher.
Allons prendre un verre.
C'�tait mon id�e. Mario voulait attendre la dispense.
- Ce n'est pas chose faite ? - Une question de jours.
La femme italienne est une vraie catholique.
Jeune, elle vous force au mariage. Vieux, elle vous refuse l'extr�me-onction.
Deux cardinaux discutent. L'un dit � l'autre :
"Vivrons-nous assez vieux pour voir le mariage des pr�tres ?".
L'autre r�pond : "Nous, peut-�tre pas. Mais nos fils, certainement".
Vive les fianc�s, et vive les d�froqu�s.
Je l�ve mon verre, cher Mario, � toi et � ton exquise fianc�e.
Continue � lutter pour ta libert�, et un peu aussi pour la leur.
Que le ciel vous prot�ge.
Que le ciel vous prot�ge.
Soyez heureux.
Tous mes v�ux.
Oui, Maman. J'arrive.
- Et que Dieu... - Merci, S�ur Ignacia.
- Compte sur mon amiti�. - Merci. Celui qui a des amis est riche.
- Aide-moi, on en a pour deux minutes. - Oui.
Mets la vaisselle dans la cuisine. La concierge la lavera demain.
�teins la lumi�re. - Oui.
Je suis un peu paf. Le champagne, j'ai pas l'habitude.
- Tu t'es fait mal ? - Non. Juste un verre de cass�.
Ce n'est rien. - On peut partir ?
Oui. On peut partir...
Gamin, je p�chais souvent l'anguille.
Une fois j'en ai p�ch� une si grosse que j'ai voulu la montrer � mon p�re.
"Papa, regarde la grosse anguille".
Et paf !, une baffe. J'avais pris un serpent.
Pauvre Papa. - Tu en parles comme s'il �tait mort.
Ses jambes ne le portent plus et il perd un peu la t�te.
- Comme mon Papa. - Peut-�tre.
Maman, c'est un roc. 78 ans. Lever � 5h tous les jours pour faire la polenta.
J'ai h�te de la connaitre.
Avant, tout cela n'�tait que marais putrides.
Ils ont �t� r�g�n�r�s, et depuis la vie est plus saine.
Et plus gaie. - Qu'est-ce que �a devait �tre avant...
L�, regarde : c'est la maison.
Papa.
Tiens, des cigares.
- Des bons cigares ! - �a ne se mange pas !
Maman.
Viens que je te pr�sente...
Attends. Attends !
Que se passe-t-il ?
Honte � toi !
�coute-moi. Ouvre-moi. Tu m'as fait mal � la main.
Je ne te connais plus. Tu n'es plus mon fils. Tu es le fils du D�mon.
Ne remets plus jamais les pieds ici.
Va-t'en. Et emm�ne cette mauvaise fille habill�e comme un arlequin.
Quitte cette sainte demeure. Tu nous as apport�s la mal�diction.
Tu es maudit. Tu br�leras dans les flammes de l'enfer.
Pour l'�ternit�.
Attends.
Pardonne-moi. Jamais je n'aurais imagin� que...
Ne le prends pas comme �a.
Comment devrais-je le prendre ? L'accueil a �t� si merveilleux.
Ma m�re est �g�e. Elle n'a plus toute sa t�te.
Tu disais que c'�tait une femme formidable, extraordinaire.
- Oui, pour faire la polenta... - Je m'en fiche pas mal de la polenta.
Elle a v�cu toute sa vie dans l'espoir de me voir ordonn� pr�tre.
Elle a encourag� ma vocation, l'a exalt�e.
�a a �t� pour elle la seule chose qui ait vraiment eu de l'importance.
Elle s'est retir�e le pain de la bouche pour payer mes �tudes.
Et � 40 ans...
je lui annonce que... j'abandonne tout pour me marier avec...
- ...une pas grand-chose. - Non. Avec toi, Valeria.
La Contre-R�forme, qui a eu lieu de la fin du 16� au...
Professeur Carlesi, une lettre par express, de Rome.
Ma dispense est arriv�e. Je dois partir tout de suite pour Rome.
Et, monsieur le Proviseur, si vous ne tenez pas � ce que
je revienne enseigner apr�s, en civil, �a n'a aucune importance.
Car ce coll�ge est tout ce qu'il y a d'archa�que. Bonifazzi avait raison.
Valeria, ils viennent de me convoquer � Rome.
C'est fait !
Je dois y passer quelques jours. Patience. Pourquoi ris-tu ?
Ce serait extra s'ils te donnaient le droit de c�l�brer ton propre mariage.
Mais �a semble improbable. - Peut-�tre une prochaine fois...
Au fait, une maison de disques veut m'engager.
Je suis une c�l�brit�... "La femme du pr�tre". Elle m'offre un pont d'or.
Tu leur diras que c'est au mari de faire vivre sa femme. M�me s'il est pr�tre.
Cela m'ennuie que tu partes.
C'est l'affaire de quelques jours.
D�s que j'ai des nouvelles, je t'�cris. Non, je t'appelle.
Que fais-tu !? - On s'en fiche, on sera bient�t mari�s.
Madame Billi.
- "La grenouille est morte". - Bien.
C��tait une fausse alerte ? - Non, c'est positif. F�licitations.
Merci.
Encore une qui ne veut pas �tre mari�e.
All� ?
Mario, enfin ! Tu es encore � Rome ?
Quand rentres-tu ?
Tu ne m'as pas tenue au courant. Comment vont les choses ?
Oui. � Rome ? Mais pourquoi ?
On peut vraiment se voir ?
Bien. Tu me l'expliqueras de vive voix.
Toi aussi tu me manques.
J'�tais en train de t'�crire.
J'ai quelque chose de tr�s important � te dire.
Non, je te le dirai � Rome.
Ciao. � demain.
J'arriverai demain. Ciao.
Bien s�r, Monseigneur. Je vous avertis d�s que la connexion est �tablie.
- Ma M�re... - "S�ur", je vous prie.
Pardon, ma S�ur. Je cherche don Mario Carlesi depuis une heure.
D�sol�e, Monseigneur ne re�oit que sur rendez-vous.
Monseigneur... Mais j'ai rendez-vous avec lui.
Premier corridor � droite, la derni�re porte sur votre gauche.
- Vous avez compris ? - Oui. Merci.
Pardon, ma S�ur, pouvez-vous me passer Saint-Paul ?
Saint-Paul du Br�sil.
Oui, ma S�ur.
Oui. Un pr�tre am�ricain arrivant par avion.
�... � l'a�roport de Fiumicino.
A�roport de Fiumicino, oui. � midi.
Merci. Au revoir. Lou� soit J�sus-Christ.
Assieds-toi.
- Tu parles bien espagnol. - Je parlais en latin
avec un pr�tre qui arrive du N�pal.
Bravo, "Monseigneur". La S�ur allemande me l'a dit.
Il est trop t�t pour m�appeler ainsi. Ce n'est pas encore officiel.
Mais pourquoi "Monseigneur" ?
Alors que tu es sur le point de tout abandonner... tu montes en grade ?
Oui. Je vais t'expliquer.
Excuse-moi un instant. Assieds-toi.
Je suis assise. Bien assise...
D�sol� que tu arrives � un moment... - ...o� tu es occup�.
Non. La chapelle du Saint-Office est termin�e
et dans quelques minutes aura lieu la C�r�monie de la Cons�cration. Alors...
En tout cas, en ce qui nous concerne, tout va tr�s bien.
Tu veux une cigarette ? - Non merci.
L'�v�que dit que notre d�marche va aboutir.
Tout le dossier est en r�gle.
Mais alors, quand pourrons-nous... ?
Quand aurons-nous la dispense ? - L'�v�que lui-m�me m'a dit : "Bient�t".
Et il a ajout� : "Soyez patient".
Il t'a dit "Bient�t, mais soyez patient"... ?
L'�glise traverse une p�riode tr�s d�licate.
Il y a la crise de la vocation,
la fuite des pr�tres. Et des cas encore plus retentissants :
le Nouveau Cat�chisme hollandais, les S�urs Indiennes, les �v�ques de Hambourg...
�coute, je n'y comprends rien et �a ne m'int�resse pas.
Mais, en quoi sommes-nous concern�s par la fuite des Hollandais... ?
�coute, c'est pr�cis�ment ce que j'essaie de t'expliquer.
L'�glise traverse une p�riode tr�s d�licate.
Une p�riode... comment dire... ?
Une p�riode... - D�licate.
Et alors, il m'a �t� demand� - on m'a pri�, en hauts lieux -...
on m'a demand� si, pour �viter un scandale,
je ne pourrais pas patienter... - comment dire ?... - quelques mois.
Regarde, je veux te montrer quelque chose.
Tu vois ces fen�tres, la-haut ?
J'habite l�. Deux pi�ces pour 60.000 lires par mois.
Extra. Mais �tait-ce bien utile de prendre un appartement
pour le peu de temps que tu dois passer � Rome... ?
Pour suivre mon dossier, le pousser, je me dois d'�tre � Rome.
"Il fait plus chaud pr�s du soleil !"
Oui, le plus important c'est l'appartement...
Tu es bien, � Rome, n'est-ce pas ? - Maintenant que tu es l�, oui.
�coute. � mon �tage un appartement vient de se lib�rer.
En attendant, j'ai pens� que...
tu pourrais... tu sais...
ensemble dans la m�me maison, pour quelque temps...
Mais tu as dit que bient�t tu aurais la dispense.
Je l'ai dit. Bien s�r.
"Bient�t", mais quand ?
C'est une question de quelques mois. Un an, au plus.
- Un an, hein ? - Oui, au plus.
En attendant, je prends l'appartement d'en face et nous vivons tout proches.
Un jour c'est toi qui viens me trouver.
Un autre c'est moi qui te rends visite...
en �vitant surtout de faire du scandale.
Je... veux que tu sois avec moi.
Je ne renoncerai pas � toi.
J'ai lutt� pour faire avancer les choses, tu sais.
Et que m'ont-ils tous r�pondu ?
"L'�glise n'est pas press�e". - Et nous non plus.
Et quelle est cette chose importante que tu avais � me dire ?
Rien.
Rien d'important.
Monseigneur.
Son �minence est arriv�e. Je dois y aller.
Tu peux m'attendre ici. Je reviens tout de suite.
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