All language subtitles for Saint Joan (1957 History) The peasant girl who defied kings, armies, and the church.

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Original subtitles

SAINTE JEANNE

A l'aide... A l'aide...

Ce sont les Anglais!

Les Anglais arrivent.

Du calme, Charles. Pourquoi tout ce bruit?

Tu dors. Personne ne peut t'entendre.

Jeanne!

Tu es un fantôme?

Pas exactement.

Je ne suis qu'un rêve que tu es en train de faire.

Tu as l'air vieux, Charles. - Je le suis.

Es-tu vraiment morte? - Aussi morte qu'on peut l'être.

Ça a fait mal...

...d'être brûlée?

Au début, oui.

Et puis tout s'est brouillé

jusqu'à ce que je sois délivrée de mon corps.

Mais ne va pas toucher au feu tout de même!

Ta mère et tes frères ont obtenu la révision de ton procès.

Tes juges ont été taxés de corruption, supercherie et tyrannie.

La sentence a été déclarée nulle. Sans valeur ni effet.

Oui, mais j'ai tout de même été brûlée.

Est-ce qu'ils peuvent me débrûler?

Une très belle croix sera érigée à la place du bûcher,

à ta mémoire éternelle.

Je survivrai à cette croix.

Les hommes se souviendront de moi, alors que Rouen sera oubliée.

Ta considération personnelle est toujours aussi forte.

Tu as toujours été d'une impertinence infernale.

Tu me traites de sorcière, toi?

Diable, non! L'Eglise t'a réhabilitée.

Sais-tu que des nuits entières je me demande:

"Comment a-t-elle pu faire ceci ou cela?"

Tu es toujours arrivée à tes fins.

Avec moi, avec l'archevêque,

même avec Baudricourt qui t'a envoyée vers moi.

A moi, le dauphin.

Ça, c'était un miracle.

Ce n'était qu'une histoire d'œufs. - Une histoire d'œufs?

Pas d'œufs? - Comment ça? "Pas d'œufs?"

J'en ponds pas, moi! - Ecoute-moi bien!

Qui suis-je? - Qui êtes-vous?

Suis-je Robert, sire de Baudricourt, ou un vacher?

lci, vous êtes plus que le roi lui-même.

Et tu oses me dire que tu ne peux pas pondre?

II n'y a pas de "messire" qui tienne.

Mes poules sont les meilleures pondeuses de la Champagne.

Et tu me dis qu'il n'y a pas d'œufs! Qui les a volés?

Hier déjà il manquait du lait. - Je ne le sais que trop bien.

Plus de lait ou d'œufs. Demain, plus rien.

Nous serons ensorcelés tant qu'elle sera là!

Où ça?

Mordieu! - Elle ne veut pas s'en aller.

Tu as 50 hommes d'armes. Ils ont peur d'elle?

Elle est si têtue! - Ecoute un peu...

Je vais te flanquer dans ce puits! - Messire, je vous en prie.

Arrête-moi en étant têtu, ça a l'air facile pour cette morveuse.

Ce n'est pas ça qui vous débarrassera d'elle!

Elle semble ne craindre rien. Peut-être lui ferez-vous peur, vous?

Peut-être.

Viens, toi!

Moi, messire? - Oui.

C'est bien vous le capitaine? - Oui, sacrée petite insolente!

Bonjour, sire capitaine.

Vous allez me donner un cheval, une escorte et m'envoyer au dauphin.

Mon Seigneur l'ordonne.

Qui est ton Seigneur? Je ne reçois d'ordres que du roi.

Justement. Mon Seigneur est le roi des Cieux.

C'est une folle! II fallait le dire, abruti!

Messire, ne la tarabustez pas! Ecoutez-la!

Je vais te renvoyer à ton père avec ordre de te rosser.

Vous croyez que vous allez le faire. Mais tout va se passer autrement.

Vous refusiez de me voir et me voilà. - Ecoute...

Le cheval coûte seize francs

mais j'économiserai sur le prix de l'armure.

Pas besoin d'une belle armure sur mesure comme la vôtre.

Ni de beaucoup de soldats.

Le dauphin m'en donnera pour délivrer Orléans.

Délivrer Orléans? - Oui. Dieu me l'a ordonné.

Que je sois damné!

Oh non, capitaine! Dieu est miséricorde.

Saintes Catherine et Marguerite qui me parlent chaque jour

intercéderont pour vous.

Vous irez au ciel et on se rappellera toujours votre nom.

Quel âge as-tu? - Dix-sept ans, m'a-t-on dit.

Et tu prétends que sainte Catherine te parle?

Et sainte Marguerite aussi. - Comment sont-elles?

Je ne dirai rien sur le sujet.

Je ne peux pas. - Tu les vois pour de bon?

Elles te parlent comme je te parle? - Oh, non!

Mais il ne faut pas me questionner sur mes voix.

Comment, tes voix?

Elles me disent ce que je dois faire.

Elles viennent de Dieu. - De ton imagination!

Bien sûr. C'est comme ça que Dieu nous parle.

Et Dieu te dit de faire délivrer Orléans?

Et de faire sacrer le dauphin à Reims.

Et de bouter les Anglais hors de France.

Et avec ça?

C'est tout, pour le moment. Merci, messire.

Tu crois qu'on libère une ville comme on chasse une vache d'un pré?

Oui, si Dieu combat à vos côtés.

Tu as déjà vu les Godons se battre?

Les as-tu vu piller, brûler, changer la compagne en désert?

N'aie pas peur comme ça, Robert!

Je n'ai pas peur! Et qui t'a permis de m'appeler Robert?

Tu ne comprends rien, Robert.

Nos soldats perdent toujours car ils ne pensent qu'à sauver leur peau.

Et la meilleure façon, c'est de déguerpir.

Nos chevaliers, eux, ne pensent qu'aux rançons.

Avec eux, plus question de tuer ou d'être tué,

mais de payer ou de se faire payer.

Je leur apprendrai à se battre

pour que la volonté de Dieu soit accomplie en France.

Et pour voir le jour où il n'y aura plus qu'un seul roi,

non un roi anglais, mais un français, par la grâce de Dieu!

Tu dis des sornettes,

mais si les troupes les avalent, le dauphin les avalera aussi.

Si tu peux le pousser à se battre... - Pour sûr, j'y arriverai!

Ne me coupe pas la parole avant que j'aie eu le temps de penser!

Toi, toi et toi.

Tu iras à Chinon avec ces trois hommes.

Votre tête est auréolée comme celle d'un saint!

Je peux avoir un habit de soldat? - Oui. Je m'en lave les mains.

Et une lettre pour le dauphin?

Ecris-la, Pouly. J'y mettrai mon sceau.

C'est ton nom, Pouly? - Poulengy, mais on dit Pouly.

Tu es de ma taille. Trouve-moi un habit.

Messire! - Quoi encore?

Les poules pondent à tour de bras!

Elle était vraiment envoyée de Dieu!

Qui va là?

On n'entre pas sans sauf-conduit.

J'apporte une missive de Vaucouleurs pour le dauphin.

Le mot de passe?

Je n'en connais qu'un: Notre Dame et son fils.

Voilà qu'ils nous envoient des bonnes sœurs à cheval!

Où est ton couvent? Chez la mère Philippa?

Elle a de nouvelles filles. - Descends de cheval, ma jolie.

Je crois que j'en pince pour tes jambes!

Viens avec moi dans le foin!

Alors, petite... - Que se passe-t-il?

Qui sont ces gens?

Elle dit avoir une missive de Vaucouleurs pour le dauphin.

Elle?

Que faites-vous dans cet accoutrement?

II vient de vous le dire.

Vous chevauchez depuis Vaucouleurs? II y a 5000 Godons sur la route.

Ils ne m'ont pas arrêtée. Et personne ne m'arrêtera.

Je t'ai dit que tu me plaisais. Tu ne vas pas dormir à cheval!

Descends de là, ou je te tanne les fesses!

Porte ceci à Son Altesse le dauphin.

Madame se réserve pour les officiers? Descends.

Je te cause, petite putain! - Ne la touche pas!

Laisse-le. Il est près de sa fin. - Moi, près de ma fin?

Descends, petite...

Allez, allez!

Votre Altesse?

Tu ne vois pas que je suis occupé? - Une missive, de Vaucouleurs.

Elle est à moi!

Ce qui circule entre Votre Altesse et Vaucouleurs est mon affaire.

Butor! - Tenez votre langue, entendez-vous?

Oh, j'entends! Pas besoin de beugler comme ça.

Pourquoi n'allez-vous pas plutôt beugler au nez des Anglais?

Attention! C'est un cas de lèse-majesté.

Allons, allons, calmons-nous, messire Chamberlain.

Conservons un semblant d'ordre!

A défaut de votre royaume, essayez de vous gouverner vous-même.

Merci! Vous avez toujours un sermon tout prêt.

Vous me traitez tous à la légère parce que je vous dois de l'argent.

Et parce que je ne sais pas me battre!

Mais le sang royal coule dans mes veines.

Ce point a été mis en doute.

Etes-vous bien le petit-fils de Charles le Sage?

Assez parlé de mon grand-père!

II a épuisé la provision de sagesse de la famille

pour cinq générations en me laissant à mon triste sort,

persécuté et insulté par vous tous!

Ces accès de mauvaise humeur sont indécents.

Un autre sermon! Merci.

Lisez-la pour moi. Il m'a fait monter le sang à la tête.

Permettez? Je sais lire, moi, vous savez.

Baudricourt est devenu fou. Il nous envoie une illuminée.

C'est une sainte! Un ange du ciel!

Je l'ai vue foudroyer Frank, car il avait juré.

"ll est près de sa fin" a-t-elle dit, et il est tombé mort.

Que je sois damné, si je jure encore!

Un pieux début, capitaine! - Vous voyez que c'est une sainte!

Et elle vient à moi, le roi

et pas à vous, archevêque, tout sacré que vous soyez.

Elle reconnaît le sang royal, elle.

Ce soûlard était ivre mort. Pure coincidence!

Je ne sais pas ce que c'est.

Mais je sais qu'il est mort et qu'elle l'avait prédit.

Nous sommes tous mortels, capitaine.

Vous ne pouvez pas voir cette folle. - Je suis le roi. Je la verrai.

Elle ne vous verra pas. - Je n'en démordrai pas!

Le méchant! Que dirait votre grand-père?

Voilà qui démontre votre ignorance!

Mon grand-père avait une sainte qui flottait dans l'air

et lui disait ce qu'il voulait savoir.

Mon pauvre père, lui, avait deux saintes.

C'est dans la famille.

Et moi, j'aurai ma sainte aussi.

Eprouvons-la d'une manière fort simple.

Je prends la place du dauphin. On verra si elle me démasque.

J'accepte.

Et si elle ne peut reconnaître le sang royal, alors, je l'ignorerai.

L'Eglise seule fait les saints!

J'ai vu cette fille et Frank. Miracle ou pas, elle a prédit sa fin.

Si elle donne de l'allant à nos hommes, miracle ou pas,

ce sera la fin des Anglais. Essayons?

L'Eglise doit examiner cette fille d'abord.

Allez la chercher.

Assez de musique! Ecoutez-moi!

Préparez-vous.

Montez sur le trône, Barbe-Bleue. Faites-vous passer pour moi!

Me faire passer pour ça!

Le désignera-t-elle? - Sûrement.

Comment saura-t-elle?

Elle saura, comme tout Chinon,

que le dauphin est l'être le plus minable de la cour

et l'homme à la barbe bleue est Gilles de Rais.

Je n'y avais pas pensé.

Vous voyez moins de miracles que moi dans votre profession.

Ce ne serait pas un miracle! - Pourquoi pas?

Un miracle est un événement qui crée la foi. C'est son but.

Il peut sembler tout simple à celui qui l'accomplit.

Aucune importance. S'il crée la foi...

...c'est un miracle. - Même si c'est une supercherie?

La supercherie déçoit. Mais pas un événement qui crée la foi.

Il ne peut être que miracle.

Votre Altesse, Jeanne, de Domrémy.

Qu'elle approche du trône!

Oh! Ses cheveux.

Je les porte en soldat.

Pourriez-vous vous battre avec ces grandes cornes?

Vous êtes en présence du dauphin.

Il ne faut pas me la faire, Barbe-Bleue.

Où est le dauphin?

Gentil dauphin,

je suis envoyée vers vous pour chasser les Anglais

et pour vous faire couronner roi à Reims

comme un vrai roi de France.

Vous voyez, elle a reconnu le sang royal!

Qui ose dire que je ne suis pas le fils de mon père?

Pour la question du couronnement, il faut t'adresser à l'archevêque.

Monseigneur...

Je ne suis qu'une pauvre paysanne

et vous êtes plein de la gloire de Dieu Lui-même.

Il rougit, le vieux renard! - Nouveau miracle.

Enfant, vous êtes amoureuse de la religion.

Je ne sais pas. Je n'y ai jamais songé.

Il y a-t-il du mal à cela? - Non, enfant, mais quelque péril.

Il y a toujours du péril. Sauf au ciel.

Oh, monseigneur! Vous venez de me donner tant de courage.

Ce doit être une chose merveilleuse d'être archevêque.

Faites sortir tous ces pantins que je puisse parler seule au dauphin.

Messieurs! II faut obéir à la Pucelle!

Vous permettez que je passe? - Pardon, madame. Pour sûr.

C'est la reine? - Non, mais elle se prend pour elle.

Je vous prie de ne pas vous moquer de ma femme.

Qui c'est ce vieux grognon-là? - Le duc de la Trémouille.

Qu'est-ce qu'il fait ici? - Il prétend commander l'armée.

Et dès que j'ai un ami que je pourrais aimer, il le tue.

Et tu le laisses faire? - Bien forcé!

II me tyrannise!

lls me tyrannisent, tous!

Et tu as peur?

Bien sûr. J'ai peur.

Inutile de me faire la leçon.

Tout ça c'est bon pour ces fiers-à-bras avec leurs épées

que je ne peux même pas soulever.

Ils aiment ça, se battre.

Ils s'ennuient quand ils ne se battent pas.

Moi je suis tranquille et sensé. Je ne veux pas tuer.

Je veux qu'on me laisse dans mon coin.

Et m'amuser comme il me plaît.

Je n'ai jamais demandé à être roi, moi!

Ainsi, si tu es venue me dire:

"Fils de saint Louis,

ceins l'épée de tes pères et mène-nous à la victoire"...

...autant garder ton souffle pour refroidir ta soupe.

Je ne suis pas bâti pour ça.

On est tous pareils, au début. Je te donnerai du courage.

Mais, je n'y tiens pas! Je veux dormir dans un bon lit, moi,

sans la crainte d'être tué ou blessé.

Donne donc aux autres du courage, qu'ils se battent de tout leur soûl.

Et laisse-moi. - Non, Charles.

Tu dois faire ce dont Dieu t'a chargé.

Monte sur ton trône. J'ai tant désiré t'y voir.

A quoi bon, puisque ce sont les autres qui commandent?

Mais quand même...

Voilà ton roi, ma fille. - Tu n'es pas encore roi, Charles.

Tu es le dauphin.

Je connais le peuple, celui qui fait ton pain,

et pour qui nul n'est roi tant qu'il n'a pas reçu l'huile sainte.

Tant qu'il n'a pas été couronné à Reims.

Il faudra aussi t'habiller mieux. A quoi pense la reine?

Pas d'argent! Tout notre argent, c'est pour elle.

D'ailleurs, j'aime la voir bien habillée.

Moi, quoi que je mette, je serai toujours aussi laid.

Il y a du bon, en toi, Charles.

Mais ce n'est pas encore de l'étoffe de roi.

Attends. Je ne suis pas si bête. J'y vois clair.

Et je sais que...

Je sais qu'un bon traité, ça vaut dix batailles.

Ils perdent à tous les traités mais gagnent les batailles.

C'est au traité que j'attends les Anglais!

Parce qu'ils savent se battre, mais penser n'est pas leur fort.

Si les Anglais gagnent, ils le feront, ton traité!

Et alors Dieu protège la pauvre France.

Nous devons nous battre, Charles, que tu le veuilles ou pas!

II faut prendre notre courage à deux mains...

...et prier de toutes nos forces. - Assez parlé de Dieu et des prières.

J'ai horreur de ça.

C'est déjà assez embêtant quand on y est obligés.

Pauvre petit!

Tu n'as jamais prié.

Il faut que je t'apprenne.

Je suis une grande personne! Je ne veux plus apprendre rien!

Tu ne te battrais pas pour ton fils? - Non! C'est un sale gosse.

Il me hait.

Ce vaurien égoiste hait tout le monde!

J'en ai assez des enfants!

Je ne veux plus être père, ou fils. Surtout celui de saint Louis!

Je ne veux pas être tous ces hommes dont le peuple rêve!

Je veux seulement être ce que je suis.

Tu ne peux pas t'occuper de tes affaires?

S'occuper de ses affaires!

Et ne s'occuper que de son corps... Le meilleur moyen de tomber malade.

C'est des affaires de Dieu dont nous devons nous occuper ici-bas.

J'ai un message de Dieu pour toi, Charles.

Je ne veux pas de message!

Mais peux-tu me faire part quelques secrets?

Sais-tu changer le plomb en or?

Non. Mais je peux te changer en roi.

Et ce sera un miracle qui ne se fera pas tout seul.

Si on va à Reims pour me couronner, Anne voudra de nouvelles robes.

On n'a pas les moyens.

Je suis bien comme je suis. - Comme tu es?

Qu'est-ce que tu es?

Moins que le plus pauvre des bergers de mon père.

Ta France n'est même pas à toi tant que tu n'es pas sacré.

Quand bien même, la France ne sera jamais à moi!

Le sacre lève-t-il les hypothèques? - Je suis une fille de la terre.

Je lui dois ma force et je te dis que cette terre est tienne,

pour y régner selon ton droit

et y préserver la paix de Dieu.

Dieu m'envoie te dire d'aller à la cathédrale,

de lui faire don de ton royaume pour l'éternité

et de devenir le plus grand roi du monde

en étant son bras droit, son bailli, son soldat et son serviteur.

Alors les Anglais te supplieront de les laisser retourner chez eux.

Ne seras-tu qu'un pauvre Judas?

Me trahiras-tu, moi et celui qui m'envoie?

Si j'osais seulement...

Si j'osais seulement... - Moi j'oserai.

J'oserai, au nom de Dieu. Es-tu avec ou contre moi?

Je prends le risque! Je me connais, j'irai pas au bout.

Mais je prends le risque! Tu vas voir!

Reste avec moi. Donne-moi confiance.

Ecoutez-moi tous!

Demande le silence, animal!

Je veux le silence!

Voulez-vous vous taire!

J'ai mis Jeanne la Pucelle à la tête de mon armée.

Comment? C'est moi qui commande l'armée.

Voici ta réponse, vieux grognon.

Qui veut me suivre à Orléans?

Pour Dieu et la Pucelle, à Orléans.

A qui le tour?

Vent d'ouest, souffleras-tu un jour?

Nous ne traverserons pas la Loire sans vent d'ouest!

Je l'attends tous les matins.

Toujours rien. - L'inaction amollit les hommes.

Traversons à la nage et attaquons! - Forçons le pont!

Combien d'hommes? - Dix le tiendront contre cent.

Et nos renforts? Que fait le dauphin?

J'ai un message de lui.

Il nous en envoie. - Combien?

Une femme. - C'est une farce?

Une sainte, paraît-il.

Ça existe? - Je n'en ai jamais vu.

Quand viendra-t-elle? - Une semaine...

Les fesses des filles sont délicates.

Mais mes soldats l'attendent déjà. Ils le savent depuis hier.

Je suis pour l'attaque du pont.

Pas si délicates.

C'est vous le Bâtard? - Et vous la Pucelle?

Je ne vous attendais pas si tôt.

Nous ne nous sommes pas amusés et ne traînions pas de femmes.

Pas de femmes?

Je ne vois pas de préparatifs d'attaque.

J'attends des renforts. Un peu de vin frais avec moi?

Je ne boirai avec vous que dans Orléans.

La Loire seule vous sépare des Anglais.

Elle est large.

Il y a un pont. Au nom de Dieu, traversons-le.

Ce n'est pas faisable.

Qui dit ça? - Je le dis!

Et ces vieilles têtes avisées aussi. - Trop vieilles, alors!

Je vous apporte meilleure aide que chef n'en reçut jamais.

La vôtre? - Non.

Celle du Roi des Cieux.

Montrez-moi le pont. Je serai la première à le traverser.

Je vous défie de m'y suivre.

Le courage personnel est réservé aux officiers subalternes.

Je vais vous montrer le pont.

Voici le pont. - Alors, qu'attendez-vous?

Quelle impatience! - L'heure n'est pas à la patience.

L'ennemi est entre nous et Orléans. Et nous restons les bras croisés!

Je vous libérerai de la peur.

Sans peur, je serais un chevalier de livre d'images,

mais un mauvais chef d'armées. Je vais faire de vous un soldat.

Vous voyez ce fort? - Il est à nous ou aux Godons?

Taisez-vous et écoutez!

Avec dix hommes, je tiendrai ce fort contre une armée.

Les Anglais sont cent fois plus nombreux.

Ils ne résisteront pas à Dieu. Dieu ne leur a pas donné cette terre.

Ils nous l'ont volée et II nous l'avait donnée.

Je prendrai ce fort. - Seule?

Avec nos hommes. Je les conduirai. - Pas un ne vous suivra.

Je ne regarderai pas derrière moi.

Vous êtes un vrai soldat!

Vous êtes amoureuse de la guerre. - Non, paraît-il, de la religion.

La religion, c'est pour les femmes. Etes-vous femme ou soldat?

Je suis un soldat. Je ne veux pas qu'on me traite en femme!

Je ne m'habille pas en femme.

Je n'aime rien de ce qu'elles aiment, elles rêvent d'amants, d'argent...

Je rêve de mener une charge de canons.

Vous avez encore beaucoup à apprendre de nous, Pucelle.

Le pont est inattaquable à quatre hommes de front.

Il faut traverser la Loire et le prendre à revers.

Qu'attendez-vous? - Dieu.

C'est Dieu qui vous attend.

Alors qu'il fasse tourner le vent pour pousser mes bateaux.

L'avez-vous prié? - Mon chapelain fait cela pour moi.

Conduisez-moi à l'église.

J'en parlerai à sainte Catherine. Dieu fera tourner le vent.

L'église la plus proche est dans Orléans.

Peut-être que les Godons prient, aussi.

Regardez!

Le vent a changé!

Dieu a parlé.

L'armée royale est à vous! Je suis votre soldat, Jeanne.

Dunois, mon camarade...

Pose mon pied sur l'échelle et dis-moi "Monte, Jeanne!"

Le peuple t'attend, Jeanne.

Au roi toute la gloire.

Il gâte le spectacle.

Votre Majesté a enfin reçu l'onction!

Pour régner sur la lune, je ne voudrais pas repasser par-là!

Qu'on m'aide à me dépêtrer de tout ça!

Aidez sa Majesté.

Le poids de ces robes!

J'ai cru que...

J'ai cru m'écrouler quand vous m'avez mis la couronne.

Vous devez être mort de fatigue avec ces robes!

Et cette fameuse huile sainte est rance!

Elle a près de mille ans.

Un ange l'apporta à Clovis.

Elle était sans doute plus fraîche à l'époque!

Sire, j'ai fait de vous un roi.

Il faut que je retourne à la ferme de mon père.

Le faut-il vraiment?

Hé bien, ce sera excellent pour vous!

Une vie très saine. - Un peu monotone.

Vous allez trouver vos jupons bien encombrants, maintenant.

Enfin, je vais pouvoir jurer! Mais vous me manquerez.

Tu me manqueras aussi,

mais aucun de ceux-là ne sera triste.

Tu sais, nous ne voulons pas te retenir.

Une femme se doit à ses parents ou à son mari.

Reviens nous voir de temps à autres.

Et, si je peux quelque chose pour toi.

Une bonne chose de faite.

Elle a eu son utilité, au début.

Un cœur vaillant et une bonne échelle,

et rien ne nous résistera!

Cher Dunois...

J'aimerais être encore sur le pont d'Orléans.

Nous vivions sur ce pont! - C'est vrai.

Certains de nous y mouraient aussi.

C'est étrange, Jean.

Je suis si lâche...

Je mourais de peur avant chaque bataille.

Mais tout est si morne maintenant que ma tâche est accomplie.

Tellement morne.

Il faut savoir se modérer à la guerre

comme en nourriture et en boisson, petite sainte.

Cher Jean!

Tu es mon ami, toi.

Qu'il y en ait au moins un dans cette cour!

Pourquoi?

Pourquoi courtisans et chevaliers me haissent-ils tous?

Que leur ai-je fait?

Je n'ai rien demandé pour moi,

seulement que mon village soit exempté de l'impôt.

Je leur ai apporté la victoire.

Je les ai remis dans le droit chemin malgré leurs idioties.

J'ai couronné Charles pour en faire un vrai roi!

Et tous les honneurs sont pour eux.

Pourquoi me haissent-ils?

Parce que tu les as mis à nu.

Quel évêque aime être supplanté à ses propres autels,

même par un saint?

Je vais te confier quelque chose, Jean.

C'est dans les cloches que j'entends mes voix.

Pas aujourd'hui avec tous ces carillons,

c'était pur tintamarre.

Mais ici où leur écho s'attarde,

ou dans les champs quand elles viennent de loin

dans le calme de la campagne.

Mes voix sont en elles.

Tu me gênes, quand tu parles de tes voix.

Je pourrais croire que tu es folle!

Mais tu me donnes toujours des raisons sensées pour tes actes.

Pour les autres, sainte Catherine te guide.

Il faut bien que je te donne des raisons, à toi qui ne crois à rien.

Mais mes voix viennent d'abord et je trouve mes raisons après.

Crois ce que tu voudras.

Tu es en colère? - Oui!

Non. Non, pas contre toi.

Si tu étais un enfant de mon village...

Pourquoi? - Je te cajolerais.

Tu es donc un peu femme? - Non. Je ne suis qu'un soldat.

Mais ils aiment bien cajoler les enfants.

Vas-tu continuer et prendre Paris?

Qui le sait?

On peut me l'interdire.

Peut-être avec raison.

Qu'en disent tes voix?

Rien.

Elles ne me parlent pas toujours.

Tu fais des carrés trop grands.

La jambe droite royale est faible.

Trop grands!

C'est toi...

Je te croyais sur le chemin du retour.

Je vous croyais sur celui de Paris.

Paris ne vaut pas une bataille. Nous aurions tout à y perdre.

Mieux vaut conclure un bon traité.

Pourquoi pas? Je suis couronné et oint.

Ah, cette huile! Donne-moi la craie.

Un moment arrive où le soldat

doit faire place à l'homme d'Etat.

Un autre morceau de craie.

La guerre ne se fait pas qu'à coups de canons et d'hommes,

mais aussi avec des astuces et des bouts de papier.

C'est plus économique, d'ailleurs.

Paris serait trop cher pour nous!

Tes batailles ont vidé nos poches.

Vous ne serez roi de France qu'à Paris.

Parlez-lui, vous. Elle n'a qu'une idée en tête.

La guerre. La guerre. La guerre.

Soyons fiers de ce que nous avons accompli.

Vous êtes d'accord, archevêque? II faut négocier maintenant.

Nous avons trop de chance pour que cela dure!

Dieu s'est battu pour nous et vous appelez cela de la chance?

Le roi s'est adressé à moi, Pucelle!

Vous vous oubliez un peu trop souvent.

Alors dites-lui, vous, qu'il ne doit pas lâcher la charrue.

Je suis moins agile que vous avec le nom de Dieu,

car j'interprète Sa volonté au nom de l'Eglise.

Avant, vous n'auriez pas osé parler ainsi.

Méfiez-vous du péché d'orgueil.

Elle en sait toujours plus que les autres!

Oui, j'en sais plus que les autres! Et je suis sûre d'avoir raison.

Comment le savez-vous? - Mes voix me le disent.

Tes voix!

Pourquoi ne me parlent-elles pas à moi qui suis le roi?

Elles vous parlent,

mais vous ne les entendez pas.

Vous ne les avez jamais écoutées, le soir, au champ.

Quand l'Angélus sonne, vous vous signez, c'est tout.

Si vous priiez avec votre cœur...

...si vous prêtiez l'oreille quand les cloches se sont tues,

vous entendriez aussi des voix.

Mais quel besoin de voix pour vous dire ce qu'un forgeron vous dirait,

qu'il faut battre le fer pendant qu'il est chaud.

Nous devons foncer sur Compiègne pour la délivrer.

Comme pour Orléans!

Et alors Paris ouvrira ses portes.

Dunois, parle-leur! Dis-leur que j'ai raison.

Vaillance et impétuosité sont de bons serviteurs

mais de mauvais maîtres.

Tu serais encore aux portes d'Orléans si je ne t'avais pas fait attaquer.

La papesse Jeanne veut être aussi César et Alexandre.

L'orgueil vous perdra, Jeanne!

Qu'importe l'orgueil! N'ai-je pas raison?

C'est du bon sens! - Et je n'ai pas d'argent.

Ce sacre, auquel tu m'as poussé, a tout mangé.

L'Eglise est riche. J'ai confiance en elle.

J'irais n'importe où avec votre bénédiction.

Je n'ai pas de bénédiction pour une désobéissante!

J'ai toujours obéi à mes voix qui me viennent de Dieu.

La voix de Dieu sur Terre est celle de l'Eglise

et vous n'écoutez que l'écho de votre obstination.

Ce n'est pas vrai!

Vous accusez l'archevêque de mensonge?

C'est vous qui dites que mes voix ont menti!

Où et quand?

Même si elles sont l'écho de mon bon sens, elles ont raison.

C'est toujours pareil! Elle a raison et tout le monde a tort.

Un dernier avertissement, Jeanne.

Si vous placez votre propre jugement

au-dessus de celui de vos directeurs spirituels,

l'Eglise vous abandonnera à votre destin!

Rentre chez toi, Jeanne.

Tu as été très utile au début. Je ne suis pas un ingrat:

j'ai exempté ton village de l'impôt et je ne pouvais me le permettre.

Sois gentille, ne nous ennuie plus.

Jean, dis quelque chose!

Dieu a bien été à tes côtés.

Je n'ai pas oublié comment le vent a changé... et nos cœurs, aussi.

Mais je te le dis en soldat, Dieu n'est à la disposition de personne,

pas même des pucelles!

Les miracles ne durent qu'un temps

et le meilleur au jeu de la guerre gagnera, si la chance est avec lui.

Tu appelles ça de la chance aussi!

Je sais ce que chaque mouvement que je décide me coûtera.

Toi, tu ne comptes jamais. "En avant et à la grâce de Dieu."

Jusqu'ici, tu as eu le nombre pour toi et tu as vaincu.

Mais le jour où tu attaqueras avec dix hommes au lieu de cent,

tu verras que Dieu est du côté des gros bataillons.

Le roi ne parle que d'argent, tu ne parles que de prudence.

Le menu peuple ne touche pas de solde, il ignore la stratégie.

Mais à Orléans, il m'a suivie dans le fossé demi-nu,

sur une échelle, par dessus les fortifications.

Et toi aussi, tu m'as suivie, ce jour-là.

Les temps ont changé, Jeanne!

Dieu m'en soit témoin,

je me serais jeté tout armé dans la Loire pour te repêcher.

Mais si tu te fais prendre bêtement devant Paris

je t'abandonnerai à ton sort.

S'ils vous prennent,

ils vous traîneront dans les rues et vous brûleront comme sorcière.

Vous êtes seule, Jeanne, absolument seule.

C'est la vérité, Jeanne.

Penses-y!

Où en seriez-vous tous si j'y avais pensé?

II n'y a rien à attendre de vous.

Je croyais que la France avait des amis à la cour du roi de France

et je n'y trouve que des loups

se disputant les lambeaux de son corps.

Je croyais que vous dresseriez tous

comme de grosses tours autour de moi pour me défendre.

J'en sais plus long aujourd'hui

et nul ne perd à en savoir plus long.

Je n'ai pas peur d'être seule.

La France aussi est seule.

Et Dieu est seul.

Qu'est-ce que ma solitude à côté de celles de mon pays et de Dieu?

Je comprends maintenant.

La solitude de Dieu fait Sa force.

Serait-il Dieu s'll vous écoutait?

Ma solitude sera ma force aussi.

Mieux vaut être seule avec Lui.

Je sais que Son amitié ne me fera pas défaut.

Ni Son conseil, ni Son amour.

Forte de Sa force, j'oserai jusqu'à la mort!

Je vais aller retrouver le menu peuple

et je lirai l'amour dans ses yeux pour compenser votre haine.

Vous voudriez me voir brûler.

Si je dois être brûlée un jour, c'est ainsi que j'entrerai dans Son cœur,

pour toujours.

Dieu soit avec moi.

Tu vois que nos conseils étaient bons!

Tu serais vivante aujourd'hui.

Ça aurait été vivre? - Mieux que sur le bûcher!

Cette souffrance se compte en minutes.

Mais la souffrance de vivre...

...se compte en années.

Tu as peut-être raison.

Je ne vous dérange pas?

Qui êtes-vous? - Le comte de Warwick.

Mon nom ne vous dit rien mais j'ai versé 16000 livres

pour vous acheter aux Bourguignons. - Il y a tant d'argent au monde?

Oui, madame, en Angleterre.

Je ne vous ai pas vu à mon procès.

Affaire d'Eglise, madame! Mais je vous ai vue par le judas.

Ceci est ma seule chance de vous parler.

Vous savez ce que c'est: le ciel, l'enfer,

Oxford et Cambridge, ça se mélange peu.

Je viens vous présenter mes excuses.

Votre mort était politique. Aucune animosité personnelle.

Ne vous inquiétez pas. C'était la volonté de Dieu.

Dieu? Oui, bien sûr. Appelons ça une nécessité historique.

Mais vous avez une certaine classe.

Je ne comprends pas vos mots.

On ne parle pas anglais, au ciel? Acceptez mes excuses.

Et vous aussi, monsieur.

Même si je vous ai fait roi, en faisant d'elle une sainte.

On m'appelle le Faiseur de Roi. - C'est Dieu qui m'a fait roi!

J'ai du sang royal.

Ne rejetons pas le blâme sur Dieu seul.

Etrange, les fautes qu'un homme intelligent peut faire.

Je pensais, en vous brûlant, par fins politiques,

mettre fin à votre légende.

Et nous voilà encore en train de parler de vous.

La clémence, tout compte fait, eût mieux payé.

La laisser mourir, vieille et seule.

La clémence?

Laissez-moi regarder, monsieur!

Je vous en prie. - Juste un coup d'œil!

Soulevez-moi, monsieur. - Te soulever, petit morveux?

Grimpe là-dessus, si ça tient.

Tu manges trop. - Je dois grandir.

Pas en largeur!

Voilà l'lnquisiteur!

Jeanne,

vous nous avez fait hier des réponses inconsidérées.

J'espère que vous répondrez en honnête fille de l'Eglise.

Vous êtes pâle. Vous n'êtes pas bien?

Merci, vous êtes bon. Je vais assez bien.

Mais l'évêque m'a envoyé une carpe qui m'a rendue malade.

Vous insinuez que le poisson de l'évêque était gâté?

II l'a fait par bonté. Mais je ne supporte pas la carpe.

Les Anglais ont cru qu'on voulait m'empoisonner.

Traitez-vous l'évêque d'empoisonneur?

Les Anglais veulent me brûler comme sorcière.

Pourquoi me laissez-vous entre leurs mains?

Enchaînée à ce morceau de bois. Vous avez peur que je m'envole?

Sans chaînes, vous avez sauté d'une tour de 20 mètres de haut.

Si vous n'êtes pas sorcière, comment êtes-vous en vie?

II faut croire que la tour était moins haute.

Elle grandit à chaque interrogatoire. - Cela est vrai, maître Courcelles.

Etes-vous l'avocat de cette femme? - Il est bon qu'elle en ait un.

Pourquoi avoir quitté cette tour?

L'oiseau s'envole si la cage est ouverte.

Tentative d'évasion! - Bien sûr.

Etre dans les mains de l'Eglise

et s'en arracher volontairement, c'est de l'hérésie!

Vous dites une grande sottise.

Soyez moins effrontée, Jeanne. Cela vous nuit.

Je suis une fille d'Eglise et j'entends lui obéir.

Je lui obéirai toujours. Sauf pour l'impossible.

Vous imputez à l'Eglise l'erreur de commander l'impossible?

Maître! Elle ignore la théologie.

Je ne la condamnerai pas pour une maladresse de langage.

Si l'Eglise me disait d'agir contre les commandements de Dieu,

je ne pourrais pas m'y prêter.

Peu importe ce que ce serait. Voilà ce que j'appelle "impossible".

L'Eglise opposée à Dieu? Cela ne vous suffit pas?

Elle ignore la portée de ses paroles.

Jeanne, rétractez-vous.

Si vous êtes trop fière ou trop bouleversée pour parler

faites seulement un signe de la tête.

Il faut la soumettre à la torture. - Pas encore!

J'ai dit au bourreau de se tenir prêt.

Des ordres? - J'avais prévu ceci...

Laissez-lui encore un peu de temps!

Maître Courcelles, faites entrer le bourreau.

Le temps ne compte pas, maître Ladvenu.

J'essaie de sauver son âme pour l'éternité.

La notion de temps n'a pas cours.

Montre-lui tes instruments, mais ne la touche pas.

Ne vous désespérez pas.

Les simples ne comprennent pas nos mots.

Ils ont besoin de toucher le danger.

Montre tes jambes, canard. - On va te les allonger.

Taisez-vous! Allez chercher les crochets et les fers.

Si vous voulez bien, madame.

La torture, un des beaux arts! J'ai horreur de ça.

Laissez-moi regarder! - Affreux gosse!

Va trouver monseigneur Cauchon. - Rien qu'un coup d'œil!

Etendez-vous.

N'ayez pas peur.

On pourra l'allonger de 5 cm. - On la met toute nue?

On n'est pas des sauvages! Jusqu'à la taille pour les fers.

Suffit. Ce n'est pas pour les enfants.

Mais ils ne lui ont encore rien fait!

Va dire à l'évêque de Beauvais... - Je n'ai même pas vu les crochets!

Je vais te faire voir un bon bout de corde, moi!

Je vous écoute.

Dis à l'évêque que je l'attends

avec une impatience que j'espère bien déguisée...

Dois-je l'appeler, Votre Eminence, Votre Sainteté?

Tout ce que tu voudras, sauf Pierre le Pieux.

Quelles nouvelles, Milord?

Aucune, maître Stogumber. - Vous prenez ça bien calmement.

Ils effrayent la fille pour essayer de la faire abjurer.

Ils nous bernent, Milord!

Les Anglais, bernés par des étrangers!

Vous avez de curieuses expressions. Vous vous voyez comme un Anglais?

Je me considère comme un gentilhomme.

Vous et moi sommes nés en Angleterre et l'évêque n'est qu'un Français.

Un Français? D'où sortez-vous ce mot?

Est-ce que les Bourguignons, les Picards, les Gascons

commencent à s'appeler Français?

Et les nôtres à s'appeler Anglais?

Qu'adviendrait-il de moi et de vous si cette pensée devient à la mode?

Cela pourrait nous nuire? - Bien sûr.

Si cette idée de servir son pays prend corps,

adieu l'autorité des seigneurs, et adieu celle de l'Eglise.

C'en est fait de vous et de moi. - Je suis fidèle à l'Eglise.

Mais je ne resterai sans agir

pendant que ces sales Français nous trahissent!

Nous avons payé pour cette sorcière! Pas en francs, en livres sterling!

Si cela traîne, je jette ma soutane au diable et je l'étrangle moi-même!

Mon cher évêque! Comme c'est aimable d'être venu.

Vous connaissez mon chapelain? - J'avais reconnu sa voix.

Faites-moi l'honneur de vous asseoir.

Pour parler franc, la lenteur de la justice d'Eglise me navre.

Il y a 9 mois que la Pucelle a été capturée

et 4 depuis que je l'ai achetée pour vous.

Ce procès ne finira-t-il jamais? - Il n'a pas commencé.

Vous voyez, Milord! - Pas commencé?

Nous avons interrogé la Pucelle quinze fois.

Mais que depuis hier en présence du représentant de l'lnquisition.

La fille est une sorcière! - L'évêque nous parle.

Outre nos opinions, nous devons tenir compte des préventions

d'un tribunal français. - Catholique...

Je crains que le fait que des Français aient battu des Anglais

ne leur semble pas un cas de sorcellerie.

Un Anglais n'est jamais battu selon les règles!

A Orléans, cette femme a eu la gorge transpercée par une flèche.

Pourtant, quand nos hommes

eurent repoussé ses attaques en vrais Anglais,

elle s'est avancée seule, une bannière à la main

et nos hommes n'ont pu ni tirer, ni frapper.

C'était dû à Dunois ou au diable?

L'accuser de sorcellerie ne mène à rien!

Elle a donné cent preuves de sa sorcellerie!

L'histoire des œufs!

Je vous dis que c'est une hérétique. - Quelle est la différence?

Vous, un prêtre, me demander cela?

Votre "sorcellerie" a des explications naturelles.

Les Anglais sont étrangement bornés.

Et les Français coupent les cheveux en quatre!

Vos brouillards n'engendrent guère de théologiens.

Nous n'avons pas de brouillards! J'en ai vu plus en France!

Ne puis-je parler?

Abstenez-vous ou gardez votre calme.

Je l'absous, au nom de l'ignorance. - Vous me traitez d'ignorant?

Milord, je demande votre protection. - Vous l'avez.

Continuez, monseigneur.

J'avais défendu de la toucher. Si je découvre un bleu...

Je ne l'ai pas touchée.

Rien qu'une petite démonstration pour qu'elle comprenne.

Ils vous ont fait mal?

Non. Il a dit la vérité.

Voulez-vous vous rétracter devant Sa Révérence?

Ma décision est prise.

L'Eglise est au-dessus des nécessités politiques.

Je sers le roi, et non l'Eglise. J'agirai.

Même au péril de votre âme? - L'Angleterre est un pays froid.

On n'y craint pas les flammes de l'enfer.

Messieurs. - Soyez sans crainte.

Vous avez une invincible alliée

plus déterminée encore que vous à ce qu'elle soit brûlée.

Qui est-ce? - La Pucelle elle-même.

A moins d'être bâillonnée, elle se condamnera à chaque parole proférée.

Si cela ne doit servir à rien, faites votre possible.

Je serais désolé d'avoir à agir sans la bénédiction de l'Eglise.

Nous allons commencer son procès.

Bonjour, maître Ladvenu. Déjà en prières?

Je prie pour la Pucelle. Ne priez-vous pas aussi?

Ce serait manquer de cohérence.

Gardez le cloître. - L'évêque protestera.

J'ai tout lieu de croire qu'il sera raisonnable.

Et dans le tribunal?

Non. Laissons-leur leur petit royaume.

Vous avez combien d'hommes? - Huit cents.

Cela devrait suffire. - Elle doit mourir aujourd'hui?

A l'audience, maître Stogumber,

faites ce que vous pourrez, je me charge du reste.

L'audience est ouverte.

J'ai à faire une protestation. - Le contraire m'eût étonné.

Je ne suis pas sans caution. Maître Courcelles m'appuie.

De quoi s'agit-il?

Parlez, puisque je ne jouis pas de la confiance de Sa Seigneurie.

Nous avons à grand-peine établi 64 chefs d'accusation.

Ce nombre a été réduit, sans nous consulter.

J'admire le zèle que vous avez déployé,

mais en toute chose, il faut savoir garder la mesure.

C'est pourquoi j'ai réduit ces 64 chefs d'accusation

à douze. - A douze?

C'est assez pour obtenir ce que vous voulez.

Mais des points très importants ont été réduits à néant.

Par exemple, l'accusée a déclaré

que les saintes Marguerite et Catherine lui parlaient en français.

Et elles auraient dû parler latin?

Non, elles auraient dû parler anglais.

Naturellement!

II me paraîtrait peu courtois envers vous et le roi d'Angleterre

de dire que l'anglais est la langue du diable.

Notre travail ne servirait donc à rien?

Autre exemple de l'influence diabolique de Jeanne sur la Cour.

Insinuez-vous que j'y suis soumis? - Je n'insinue rien.

Mais il semble que l'on veuille taire le fait

que la Pucelle a volé le cheval de l'évêque de Senlis.

L'acte d'accusation n'en porte pas trace.

Assez de sottises! Ce n'est pas un tribunal de police.

Des sottises?

Vous traitez le cheval de l'évêque de "sottises"?

La fille allègue qu'elle a payé,

s'il n'a pas eu l'argent, ce n'est pas sa faute.

Vous croyez en sa parole?

Sur ce point, elle pourrait être acquittée.

Pour un cheval ordinaire. Mais celui de l'évêque...

Comment pourrait-on l'acquitter?

II n'y a pas une paysanne en France

contre qui vous ne pourriez relever de telles peccadilles.

Elles voleraient le cheval du pape, si elles en avaient l'occasion.

Nous avons à juger un cas d'hérésie.

Détection et élimination de l'hérésie est mon affaire personnelle.

Je suis ici l'lnquisiteur et non un juge ordinaire.

Tenons-nous en à l'hérésie, et laissons le reste.

Il y a un point à préciser. - Puis-je dire quelque chose?

Avons-nous affaire à un cas d'hérésie

ou à la simplicité d'une jeune fille?

Bien des saints en ont dit autant que Jeanne.

Si vous saviez ce que je sais sur l'hérésie

vous ne penseriez pas qu'il puisse s'agir d'une chose légère.

L'hérésie commence avec des êtres

qui paraissent meilleurs que leurs voisins.

Une jeune fille pieuse et honnête,

ou un jeune homme qui a distribué ses biens aux pauvres,

peuvent être à l'origine d'une hérésie

qui détruirait l'Eglise et l'Etat si elle n'était pas étouffée dans l'œuf.

La femme qui s'habille avec des vêtements d'homme

est suivie, aussi sûrement, que la nuit suit le jour,

par des insensés qui refuseront tout vêtement.

On va amener devant vous

une jeune fille, pieuse et chaste.

Les choses colportées sur elle par nos amis anglais

n'ont aucun caractère d'évidence.

Gardez-vous pourtant de votre compassion naturelle.

Si vous haissez la cruauté...

S'il y a ici un homme qui ne la haisse pas

qu'il quitte ce saint tribunal, pour son propre salut!

Si vous haissez la cruauté,

rappelez-vous que rien n'est plus cruel,

dans ses conséquences, que la tolérance de l'hérésie.

Et qu'aucune cour de justice n'est aussi cruelle que le peuple.

Avant la Sainte Inquisition, une pauvre créature

soupçonnée d'hérésie était lapidée, écartelée, noyée, brûlée,

sans procès.

La colère est mauvaise conseillère.

Chassez la colère.

La pitié est parfois pire.

Chassez la pitié.

Mais ne chassez pas la miséricorde.

Souvenez-vous seulement que la justice passe d'abord.

Avez-vous quelque chose à dire?

Vous avez parlé pour moi. Et mieux que je n'aurais fait.

Asseyez-vous.

Jeanne, vous avez eu tout le temps de réfléchir.

Etes-vous prête à jurer sur l'Evangile de nous dire la vérité?

J'ai répété encore et encore que je dirai tout ce qui est du procès.

Mais Dieu ne permet pas que la vérité entière soit dite.

Comment le savez-vous?

Vous ne comprenez rien.

Vous défiez ce tribunal de saints hommes et de savants?

Savants, peut-être!

Mais rappelez-vous le dicton:

"Qui dit trop la vérité est sûr de finir pendu."

Jeanne, essayez de nous faire confiance.

Si nous avions voulu vous condamner, un seul interrogatoire aurait suffi.

J'ai juré autant que je pouvais et ne jurerai pas davantage.

Elle devrait être soumise à la torture!

Vous entendez? Vous avez vu les instruments.

Pesez vos paroles avant de répondre.

Si vous m'arrachez membre après membre

jusqu'à en séparer mon âme de mon corps,

vous ne m'en ferez pas dire plus.

Le chevalet te fera changer d'avis!

Je ne peux pas supporter d'avoir mal.

Je dirai n'importe quoi pour arrêter la douleur.

Mais je me rétracterai après.

Nul aveu sous la torture n'est valable s'il n'est confirmé.

La torture est de coutume!

Pas si l'accusé se confesse volontairement.

Tout ceci est contre la règle!

Vous voulez la torturer par plaisir? - Ce n'est pas un plaisir.

C'est la loi. Ça se fait toujours. - Non, maître.

Sauf en cas d'interrogatoire mené par ceux qui ignorent leur métier.

La femme est hérétique! - Cela ne se fera pas aujourd'hui.

Je ne veux pas de confessions arrachées par la force.

C'est une grande responsabilité de s'écarter de la pratique habituelle.

Vous êtes un rude nigaud!

Votre règle, c'est ce qui a déjà été fait?

Débauchée! Oser me traiter de nigaud?

Patience!

Je crains que vous ne soyez sous peu, trop bien vengé.

Nigaud, vraiment! - Nous perdons notre temps.

Il y a deux crimes qu'elle ne peut nier.

D'avoir commercé avec des esprits infernaux

et porté l'habit d'homme, ce qui est indécent et contre nature.

Sainte Catherine est un esprit infernal?

Et l'archange Michel?

A quoi voyez-vous que cet esprit est un archange?

Vous apparaît-il tout nu?

Croyez-vous que Dieu n'a pas de quoi le vêtir?

Bien répondu, Jeanne!

L'Eglise vous enseigne que ces visions sont l'œuvre du diable.

Acceptez-vous les enseignements de l'Eglise?

lls m'apportent des messages de Dieu.

Comment le refuser, Lui? - Que dites-vous?

Vous luttez en vain. Elle ne veut pas être sauvée.

Pour la dernière fois, laissez ces habits indécents

pour ceux qui conviennent à votre sexe.

Non. Je refuse! - Péché de désobéissance!

Mes voix me disent de m'habiller en soldat.

Un ange de Dieu vous donnerait un conseil aussi éhonté?

Mais oui. C'est le simple bon sens!

Je vivais en soldat parmi des soldats.

Je suis gardée par des soldats.

Si je m'habille en femme, on me considérera en femme,

et qu'adviendra-t-il de moi? - Ecoutez-moi bien.

Si l'Eglise vous dit que vos révélations et vos visions

sont l'œuvre du diable qui vous tente pour votre damnation,

accepterez-vous de croire qu'elle est plus sage que vous?

Répondez.

Nous essayons de vous aider, Jeanne.

Ce que vous appelez mes crimes, Dieu me les a commandés.

Je ne peux pas vous dire autre chose.

Un homme d'Eglise peut me dire l'inverse, je n'écouterai que Dieu.

Voulez-vous signer vous-même votre arrêt de mort?

Ne croyez-vous pas que vous êtes une fille de l'Eglise de Dieu?

Oui. Ai-je jamais dit le contraire? - Bien.

Vous êtes donc soumise à Sa Sainteté le pape,

aux cardinaux et aux évêques que ce tribunal représente.

Mes voix ne me disent pas de désobéir à l'Eglise.

Mais Dieu doit être servi d'abord. - C'est vous ou l'Eglise le juge?

Qu'ai-je pour juger, sinon mon propre jugement?

Oserez-vous prétendre, après cela, que vous êtes en état de grâce?

Si je n'y suis pas, que Dieu veuille m'y mettre.

Si j'y suis, que Dieu veuille m'y garder.

Voilà une bonne réponse.

Et quand vous avez volé le cheval? - Que le diable emporte ce cheval!

Bourreau!

Vous avez dit qu'on ne me torturerait pas!

Vous ne le serez pas.

Vous en avez dit assez pour être condamnée.

Bourreau, que la femme entende tes réponses à mes questions.

Es-tu prêt pour brûler une hérétique aujourd'hui?

Oui, votre Eminence.

Le bûcher est dressé? - Oui. Sur la place du marché.

Il est trop haut pour que je puisse lui rendre la mort plus douce.

Ce sera une mort cruelle.

Mais, vous n'allez pas me brûler tout de suite?

Vous comprenez enfin!

Huit cents soldats anglais vous mèneront sur la place

dès que la sentence d'excommunication aura été lue.

Mon Dieu!

Ne désespérez pas, Jeanne.

Vous pouvez encore vous sauver.

Oui. Mes voix m'ont promis que je ne serais pas brûlée.

Elles m'ont dit de rester hardie.

Etes-vous folle? Vos voix vous ont trompée.

Ont-elles tenu leurs promesses depuis votre capture?

Le diable vous a trahie! L'Eglise vous tend ses bras.

C'est vrai.

C'est vrai.

Mes voix m'ont trompée.

J'ai osé et encore osé,

mais seul un fou se jetterait dans le feu

Dieu,

qui m'a donné mon bon sens, ne peut vouloir cela!

Dieu soit loué,

Lui qui l'a sauvée à la onzième heure!

Vous allez permettre à cette femme de nous échapper?

La loi doit être suivie. Et vous connaissez la loi.

Je sais qu'il n'y a pas de foi dans un Français!

Je sais comment le comte de Warwick réagira!

Silence! Pensez à votre Saint-Office,

à ce que vous êtes et où vous êtes.

Asseyez-vous. - Je ne veux pas m'asseoir!

Cet homme m'a déjà appelé traître. - Vous êtes un traître!

Vous êtes tous des traîtres!

Vous, vous n'avez fait que supplier

cette damnée sorcière pour qu'elle se sauve!

Si vous refusez de vous asseoir, restez debout!

Je ne veux pas rester debout!

Voici la formule d'abjuration. - Lisez-la-lui.

"Moi, Jeanne, dite la Pucelle,

confesse avoir gravement péché dans les articles suivants.

J'ai prétendu avoir des voix de Dieu, des anges et des saints.

Je confesse les péchés de rébellion, d'idolâtrie

de désobéissance, d'orgueil et d'hérésie.

Je renonce à tous ces péchés,

n'y reviendrai jamais et resterai en communion avec la Sainte Eglise.

Je le jure par Dieu et les saintes Evangiles

en foi de quoi j'ai signé mon nom."

Vous comprenez, Jeanne?

C'est assez clair.

Et c'est vrai?

Si ce n'était pas vrai, le feu ne serait pas prêt pour moi.

Mon enfant, prenez la plume. - Je ne sais pas écrire.

Vous avez déjà signé des lettres. - On guidait ma main.

Faites votre marque.

Dieu soit loué. La brebis a rejoint le troupeau.

Milord! lls nous ont trompés! La sorcière s'est rétractée!

II fallait s'y attendre.

Vous prenez la chose bien calmement.

Qu'allons-nous faire?

Les anges peuvent être avec l'Eglise. J'ai mes soldats.

N'accusez pas l'Eglise. Ce sont ces prêtres français!

Et si le pape la déclare innocente?

Lui aussi est un étranger! En Angleterre...

On ne l'y croit pas infaillible? - Si, en matière de foi et de mœurs.

Mais... - Mais c'est une affaire politique.

Ne vous en faites pas.

Elle sera brûlée avant que le pape en soit informé.

Voici la sentence du tribunal et de la Sainte Inquisition.

Parce que tu as péché contre Dieu et la Sainte Eglise...

...et pour que tu puisses te repentir,

nous, pour le salut de ton âme et pour pénitence,

afin d'effacer tous ces péchés,

et te conduire sans tache devant le trône de Grâce,

te condamnons à manger le pain de douleur

et à boire de l'eau d'angoisse

jusqu'au bout de ta vie terrestre dans un emprisonnement à vie.

Un emprisonnement à vie?

Je ne vais donc pas être mise en liberté?

Après tant de méchancetés, Jeanne? Vous n'y comptiez pas?

Allumez votre bûcher!

Je le crains moins qu'une vie de rat dans un trou!

Mes voix avaient raison!

Elles m'ont dit que vous étiez des insensés

et que je ne devais me fier à votre charité!

Vous mentiez en me promettant la vie!

Croyez-vous que vivre, c'est ne pas être morte?

Je n'ai pas peur de vivre de pain et d'eau.

Le pain me suffit. Quand ai-je demandé plus?

Le pain n'est pas douleur pour moi, ni l'eau angoisse.

Mais être privée de la lumière du jour,

de la vue des prairies et des fleurs,

ne plus chevaucher avec mes soldats et gravir les collines,

ne respirer que l'obscurité infecte et humide

et être privée de tout ce qui me fait aimer Dieu,

alors que votre bêtise le rendrait haissable à mes yeux!

Je pourrais me passer de mon cheval.

Je pourrais me traîner avec un jupon.

Je pourrais laisser les étendards et les soldats me dépasser

et m'oublier au bord du chemin comme les autres femmes.

Si je pouvais encore entendre le vent dans les arbres,

les alouettes dans le soleil,

les petits agneaux crier de froid

et les cloches m'apporter mes voix dans le vent.

Sans toutes ces choses,

je ne puis vivre!

Et si vous voulez me les arracher, ou à toute autre créature,

c'est que votre inspiration vient du diable

et que la mienne vient de Dieu!

C'est une relapse!

Relapse!

Incorrigible! Je demande son excommunication!

Si Dieu vous inspirait, ne vous délivrerait-ll pas?

Ses voies ne sont pas vos voies.

Il veut que je traverse le feu pour arriver jusqu'à Lui

car je suis Son enfant.

Et je n'ai rien à faire parmi vous.

Ce sont là mes dernières paroles.

Nous te décrétons hérétique et relapse.

Rejetée de l'unité de l'Eglise. - Séparée de son corps.

Infectée de la lèpre d'hérésie. - Un membre de Satan.

Nous déclarons que tu dois être excommuniée.

Menez-la au bûcher!

Vous n'auriez pas dû entrer ici! - J'ai des ordres.

Ces Anglais sont impossibles! II faut les arrêter.

Oui, mais pas trop vite.

S'ils veulent se mettre dans leur tort, laissons-les.

Un défaut de procédure peut être utile plus tard.

On ne sait jamais.

Et plus tôt cela sera fini, mieux vaudra pour elle.

C'est terrible de voir une innocente créature

écrasée entre l'Eglise et la Loi. - Innocente?

Elle n'a pas compris un mot de ce que nous avons dit.

Ce sont les simples qui souffrent.

Mes chers frères.

J'ai pris mon texte dans les Corinthiens.

Chapitre Xll, verset 27.

La sorcière demande une croix. Elle n'en trouvera pas en enfer.

Qu'on la brûle, d'accord...

...mais pas besoin d'être des salauds.

"Or vous êtes le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.

Et ceux que Dieu a établis dans l'Eglise...

...les diversités de langues.

Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes?"

Mon Dieu! Eloigne de moi cette vision!

Qu'y a-t-il? - Priez pour moi!

Oui, oui, bien sûr. Du calme.

Je ne voulais pas faire de mal.

Je ne me doutais pas que ce serait ainsi.

Ah, vous avez vu.

Je ne savais pas ce que je faisais.

Je suis un fou impétueux,

et je serai damné éternellement!

Je l'ai tuée...

C'est absurde! Ce n'était pas vous.

Je les ai laissé faire!

Remettez-vous!

Si ces choses vous gênent, faites comme moi. N'y assistez pas!

Elle a demandé une croix!

Un soldat a attaché deux bouts de bois ensemble.

Dieu merci, c'était un Anglais.

L'idiot! lls le brûleront s'ils lui mettent la main dessus.

Il y en a qui se sont moqués d'elle.

Ils se seraient moqués du Christ!

C'étaient des Français, j'en suis sûr!

Maître Stogumber, tenez-vous!

C'est fini.

Il n'y a plus à se tourmenter. - Cela ne fait que commencer.

Vous vous donnez en spectacle, maître Stogumber!

Que veux-tu, l'ami? - On ne m'appelle ainsi, Milord.

Je suis le maître bourreau de Rouen. - Excusez-moi, maître bourreau.

Vos ordres ont été exécutés, Milord.

Je vous dédommagerai de ne pas avoir de reliques à vendre.

J'ai votre parole?

II n'en reste rien, ni un os, ni un ongle, ni un cheveu?

Son cœur n'a pas voulu brûler.

Je jetterai tout ce qui reste dans le fleuve.

Vous n'entendrez plus parler d'elle. - Je me le demande.

C'était simple de combattre les Godons tout en les aimant.

Un blasphème, c'est une sorte de prière.

Mais vous, vous ne jurez, ni ne priez.

Je n'arrive pas à aimer les gens comme vous.

Vos prêtres étaient aussi coupables que moi.

Accusez monseigneur Cauchon, l'archevêque de Beauvais.

Cauchon?

J'ai veillé à ce que justice lui soit rendue.

Menteur!

Merci.

Mais c'est Pierre Cauchon!

Vous êtes mort ou vivant? - Mort...

Déshonoré! lls m'ont poursuivi jusque dans ma tombe.

Ils ont excommunié ma dépouille! lls l'ont jetée à la fosse commune!

Dieu me soit témoin, j'ai été juste.

Je ne pouvais rien faire que ce que j'ai fait.

C'est toujours vous, honnêtes hommes, qui faites les plus grandes erreurs.

Regardez-moi.

Je ne suis ni Charles le Bon, ni Charles le Sage,

ni Charles le Hardi.

Je suis peut-être Charles le Lâche pour n'avoir pas tiré Jeanne du feu.

Mais entre nous, quel roi de France a fait mieux?

Es-tu vraiment roi de France? Les Anglais sont partis?

J'ai tenu parole. Les Anglais sont partis.

Dieu soit loué!

Raconte-moi les batailles, Jean.

As-tu été le capitaine de Dieu jusqu'à ta mort?

Je ne suis pas mort.

Mon corps est dans mon lit, à Châteaudun.

Mais ton esprit a appelé le mien. - Tu t'es battu à ma façon?

Risquant vie pour mort, le cœur haut et humble, et sans haine?

Pour gagner, toutes les façons étaient bonnes.

Mais chaque fois que nous avons gagné, c'était avec sa façon.

J'en ai témoigné au nouveau procès.

J'aurais dû empêcher qu'on te brûle. J'étais occupé à me battre.

Et c'était l'affaire de l'Eglise.

Et pourquoi être brûlés tous les deux!

Serviteur, m'sieurs, dames!

Vous êtes un saint? - Oui. J'arrive droit de l'enfer.

Un saint? Droit de l'enfer?

Oui. J'ai un jour de congé par an. Pour ma bonne action.

As-tu fait une seule bonne action? - C'est venu naturellement!

Et on me l'a comptée.

Quelle... était-elle?

Un truc tout bête. J'ai...

Il a donné deux bouts de bois à une fille qui allait être brûlée.

Qui vous a dit ça?

Tu la reconnaîtrais si tu la voyais? - Non. Il y a tellement de filles.

Mais ça devait être quelqu'un, pour m'avoir eu un jour de congé!

Et jusqu'à l'aube, je suis un saint! - Et ensuite?

Je retourne chez moi. En bas.

Il semble que l'élite soit en enfer. - A votre siècle, Milord...

Comment, "mon siècle"?

Je suis hors du temps. C'est pire que de pas marcher au pas.

Les guerres, nous, on en a que la gadoue.

A vous dégoûter de la guerre!

De votre temps, ça allait! Français et Anglais...

Bon! Mais après! Des Suédois, des Polonais, des Russes...

Et les Allemands! Une vilaine bande, quand ils tenaient Paris.

On n'avait rien à leur apprendre de l'enfer.

Les Allemands, dans mon royaume? - République, m'sieur!

lls sont partis. Les Américains les ont chassés.

Quelle langue parlent ces Américains?

Ben, ils appellent ça de l'anglais.

En bas, on est tous dans le même bain,

si on peut dire, dans un bled sans eau.

Quel capharnaüm!

Toi qui as réponse à tout, qu'est-ce qu'il faudrait faire?

Tu veux mon aide? - Mais rien de violent cette fois.

Pourrais-tu me faire recouronner? Rien que pour leur montrer!

Une république!

Je suis une sainte, et les saints font des miracles.

Demande-le-moi avec tout ton cœur.

Dois-je revenir vivante au milieu de vous?

Rome a fait de vous une sainte.

Cela ne nous concerne pas. A Rome de répondre.

Restez où vous êtes, Jeanne.

Les saints morts sont moins dangereux pour l'Eglise

que les vivants.

Pardonne-nous, Jeanne. Nous ne sommes pas encore dignes de toi.

Je vais retourner dans mon lit.

Tu compliques toujours tout!

J'ai assez rêvé de toi.

Et toi, mon seul fidèle?

Le petit matin, m'dame. Excusez-moi.

J'ai un rendez-vous urgent en bas.

O Dieu, qui avez créé cette Terre si belle

quand sera-t-elle prête à recevoir vos saints?

Ça sera long, Seigneur?

Quand?

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