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De Gaulle Mitterrand.
Mitterrand De Gaulle.
Qu'on les admire ou qu'on les déteste
il n'y a pas plus opposé que ces deux personnages majeurs de notre histoire.
Je vous ai compris !
L'un se veut l'incarnation de la France
l'autre propose de changer la vie des Français.
La gauche ne travaille pas pour elle
et de travail pour la société toute entière.
L'un serait de droite l'autre de gauche.
L'un a sauvé l'honneur de la France en 1940.
J'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter.
L'autre a fait gagner la gauche en 1981.
Aux yeux de tous les deux présidents préférés des Français
appartiennent à deux époques et à deux Frances bien différentes.
Et pourtant de 1940 à 1970
Ils ont partagé 30 ans de vie politique
30 ans d'empoignade de lutte et de combat.
Je suis candidat contre le général de Gaulle.
Mais contre lui seul.
Car lui seul compte.
À droite.
Il est le candidat du parti.
30 ans et seulement 4 rencontres.
4 rencontres où il aurait suffi d'un mot
pour que notre histoire s'écrive différemment.
Voici l'histoire des relations complexes entre deux hommes
que tout aurait dû rapprocher
et que tout va séparer.
L'histoire d'un jeune homme ambitieux
butant sans cesse contre un de Gaulle autoritaire et inamovible.
L'histoire d'un maître finissant par détester celui
qui allait dans beaucoup de domaines prolonger son action.
L'histoire des rapports sans concession entre les deux hommes
qui ont façonné la France d'aujourd'hui.
L'armée allemande envahit la France
et poussent les Français sur les routes.
Immédiatement les destins de De Gaulle et de Mitterrand
prennent des chemins diamétralement opposés.
De Gaulle général depuis peu
est nommé le 6 juin sous-secrétaire d'état à la guerre.
Il a 49 ans.
Normalement l'aboutissement d'une carrière
pour un Saint-Syrien fils de professeur d'histoire.
Mais pour de Gaulle le début d'une épopée.
Ce même 6 juin le sergent Mitterrand est au front
comme des millions de jeunes français.
À 24 ans diplômé de sciences politiques
il est mobilisé depuis septembre 1939.
Il n'aime ni la guerre ni les militaires
et écrit à une amie
l'uniforme blesse celui qui aime la vie.
Son régiment prend position devant Verdun.
En deux semaines tout bascule.
La France s'effondre.
Pétain capitule.
C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
De Gaulle le premier refuse la capitulation.
De Gaulle est un rebelle.
Il s'envole pour l'Angleterre.
Le voilà déserteur.
Depuis qu'il a 15 ans il se sent habité par la France.
Il rêve de la sauver et selon son expression d'empoigner l'histoire par les naseaux.
Je n'étais rien au départ.
A mes côtés pas l'ombre d'une force ni d'une organisation.
En France aucune notoriété.
Tout limité et solitaire que je fusse.
Il me fallait gagner les sommets et n'en redescendre jamais plus.
Le jeune vétéran qui rêve de sommet les voit s'éloigner.
Blessé d'un éclat d'obus il se voit balloté sur les routes-
d'une infirmerie ou d'un hôpital de campagne.
La France avait été si rapidement si complètement écrasée
que continuer la lutte paraissait vain.
Mitterrand exprime le point de vue de tous les Français.
Tous.
À Londres le général de Gaulle contre toute raison lance un appel enfièvré.
Moi général de Gaulle
j'invite tous les Français
qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre.
L'honneur le bon sens l'intérêt supérieur de la patrie
commandent à tous les Français libres de continuer le combat
là où ils seront et comme ils pourront.
En quelques phrases de Gaulle entre avec fracas dans la grande histoire une légende
aînée celle du héros solitaire qui change le cours de l'histoire.
Au même instant Mitterrand est fait prisonnier il doit se résigner à l'impuissance.
Comme la plupart des Français de l'époque je n'ai pas entendu l'appel du 18 juin.
Un camarade m'a appris qu'à Londres un général inconnu avait refusé la défaite.
Il ajouta « Quel beau nom pour une belle histoire. »
J'en convins et rêvais du présage.
Mitterrand échoue dans l'ouest de l'Allemagne à l'heure
où la France est coupée en deux
Au nord les Allemands au sud à Vichy
le régime du maréchal Pétain en zone dite libre.
Vu d'Allemagne Pétain et de Gaulle n'incarnaient pas deux politiques contradictoires.
Ce n'est pas par rapport au général de Gaulle que je me suis déterminé.
Il était loin il parlait beaucoup il était général.
La France me paraissait plus proche plus grande que lui.
C'est à Vichy qu'on le retrouve et non à Londres.
Quoi de plus naturel quand on a été formé en sciences politiques
et qu'on est plutôt conformiste
que de servir l'État quel qu'il soit.
Le nom de Vichy demeurera lié à l'histoire du relèvement français.
A la station thermale s'est superposée la capitale administrative.
Ou en passant dans les hôtels
le gouvernement du Maréchal travaille à refaire le pays.
Mitterrand marqué par sa captivité en Allemagne
est bientôt employé au commissariat au reclassement des prisonniers de guerre.
Il participe donc modestement
à ce régime qui avait condamné de Gaulle à mort par contumace pour désertion
et qui prône la collaboration dans tous les domaines avec l'ennemi.
Une faute impardonnable aux yeux de de Gaulle
pour qui la France ne peut être qu'une et indivisible.
Le ciment de l'unité française
C'est le sang des Français qui n'ont pas eux accepté l'armistice la masse française
est unie en réalité sur trois impératifs que voici.
Premièrement l'ennemi est l'ennemi.
Deuxièmement le salut de la patrie n'est que dans la victoire.
Troisièmement c'est dans la France combattante que toute la France doit se rassembler.
Où est la liste de ceux qui coururent rejoindre Vichy
et qui a troqué sa croix de Lorraine pour le portrait du maréchal ?
J'ai vu une fois le maréchal au théâtre.
J'étais assis juste devant sa loge.
Il est magnifique d'allure son visage est celui d'une statue de marbre.
Pétain fascine De Gaulle aussi avait succombé à son charme il lui avait dédicacé un
de ses livres.
Au maréchal Pétain car rien ne montre mieux que votre gloire quelle vertu l'action
peut tirer des lunaires de la pensée.
Le 22 octobre 1942 Mitterrand rencontre Pétain.
Comment imaginer que dans quelques mois
il réussira aussi à rencontrer De Gaulle en tête à tête ?
En secret un avion s'envole d'Angers pour Londres.
A son bord un passager François Morland.
François Morland c'est Mitterrand.
Et la soif d'action ne dédaigne pas l'aventure et dirige un réseau de résistance.
Il veut rencontrer de Gaulle pour obtenir des armes et des moyens pour son réseau.
À peine arrivé à Londres
Mitterrand est interrogé pendant plusieurs jours par les services gaullistes.
On imagine facilement les questions.
Son réseau il déclare s'appuyer sur les prisonniers de guerre.
Sa spécialité la fabrication de plans d'évasion de faux papiers et de saufs-conduits.
Son entrée en résistance dès septembre 1942 alors qu'il était en poste à Vichy.
Pour preuve il est sur la photo de la réunion secrète de Montmore.
Il est entré en clandestinité depuis six mois sous le nom de Morlan.
Oui il a bien reçu la Francisque la plus haute distinction pétenniste
mais tout comme d'autres hauts fonctionnaires.
Le dossier Mitterrand a dû être correct aux yeux des gaullistes.
On soumit à ma signature un registre
qui m'engageait dans la France libre sous le nom de capitaine Monnier.
Je renaclais devant cet enrôlement d'office.
Je n'aimais pas on m'en donna l'ordre.
Il fit sa voix.
Puisque Mitterrand veut rencontrer De Gaulle
pour lui demander des moyens pour son réseau
ordre lui est donné de rallier Alger où De Gaulle a établi ses quartiers.
La rencontre est déterminante pour le destin de Mitterrand.
Le général arrivé à Londres trois ans plus tôt s'est métamorphosé en chef d'état
incontesté de la France libre.
Il en a l'assurance le prestige et l'autorité.
Il n'existe aucune image de cette rencontre.
De Gaulle contrairement à Mitterrand ne la décrira jamais.
On comprend pourquoi.
Mitterrand n'est rien à ses yeux ou pas grand chose.
Un nom parmi d'autres dans un agenda bien rempli.
Un de ces jeunes gens qui depuis peu le rallient en nombre.
La rencontre a lieu le 2 décembre 1943 dans le bureau de De Gaulle Villa des Glicines.
Un seul témoin Henri Frénet en charge des prisonniers déportés et réfugiés.
Leur origine commune provinciale bourgeoise et catholique.
Leur formation semblable classique et littéraire.
Et bien sûr l'amour passionné pour leur pays et la lutte contre l'envahisseur nazi.
26 ans les séparent.
De Gaulle pourrait être le père et Mitterrand le fils.
Voilà que devant moi était celui que j'avais tant imaginé.
Pas de doute c'était de Gaulle.
Assis dans son fauteuil ses grandes mains pendantes comme s'il n'avait su qu'en faire
nous parlâmes des prisonniers de guerre.
À l'évidence Mitterrand n'est pas séduit.
L'objectif du général unifier les réseaux de résistance prisonniers.
Il veut en confier la direction à son neveu à la tête d'un réseau lui aussi.
Mitterrand discute.
Mon général
ne comprenant que des évadés
le mouvement que je dirige
connaît mieux les allemands que quiconque.
Et il est le seul
véritablement structuré.
Le ton de la discussion se durcit.
De Gaulle est on ne peut plus clair.
Vous devez comprendre
que ce n'est qu'après la fusion
réalisée selon nos instructions
que vous recevrez armes et argent.
Il faut que vous acceptiez.
Nos parachutages notre aide en dépendent.
Le jeune homme de 27 ans tient tête.
Il accepte la fusion mais refuse d'être placé sous la coupe du neveu.
De Gaulle met fin à l'entretien. Rien n'est conclu.
Je n'ai pas accepté les instructions qu'il me faisait transmettre
au mouvement de résistance auquel j'appartenais.
J'ai donc discuté contesté
j'ai accepté bien entendu un certain nombre de ses points de vue
récusé quelques autres.
Donc un abord sympathique et émouvant pour moi
rencontrer De Gaulle Tottenham et à cette époque.
Et en même temps certains heurts. C'était la première fois ce n'était pas le dernier.
Pour Mitterrand la rencontre était prometteuse.
Elle n'a rien donné.
A ses yeux De Gaulle n'est plus tout à fait le héros qu'il avait imaginé.
Mitterrand et De Gaulle sont passés à côté l'un de l'autre ils se sont manqués.
nomme non pas son neveu
mais Mitterrand à la tête des réseaux de résistance des prisonniers.
Preuve que le jeune Mitterrand avait dû savoir être convaincant
et que la rencontre avait dû mieux se passer qu'il ne l'a si souvent répétée.
Il n'empêche à Alger Mitterrand s'est forgé une certitude.
Il y a moins de gloire à résister ici ou à Londres
que dans une France occupée par les nazis.
..d'Alger de ce temps-là.
D'Alger je garde le souvenir d'un temps précieux
..avec les images et la façon de vivre d'une ville de l'arrière
..pour soldats en permission.
-"Rentré en France Mitterrand poursuit le combat clandestin..
-"Que seule l'action forge le destin d'un homme."
J'avouais l'orgueil qui m'habitait.
J'ambitionnais de réveiller la France non pas de l'extérieur mais de l'intérieur.
Je n'avais ni l'âge ni l'autorité.
Je n'avais pas d'autre passé que celui qui inventait mon ambition.
Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes
voici que reparaît le soleil de notre grandeur.
Huit mois après leur rencontre d'Alger
le destin et l'histoire vont de nouveau réunir De Gaulle et Mitterrand
le héros de la France libre et le résistant de l'intérieur.
L'heure est à la célébration de la victoire.
De Gaulle tel le héros antique s'offre au peuple dans un rite surgit du passé.
Il n'y a de place que pour lui.
Plus d'un million de personnes sont massées aux Champs-Elysées pour l'acclamer.
Paris est libre.
Paris plongé dans la nuit pendant quatre longues années voit la fin de son cauchemar.
…qui sont là a dans son cœur choisi Charles de Gaulle …
…comme recours de sa peine et symbole de son espérance.
Il s'agit qu'il le voit familier et fraternel …
…et qu'à cette vue resplendisse l'unité nationale.
La conviction qu'il avait d'être la France m'émouvait plus qu'elle le méritait.
Je n'ai jamais trouvé risible cette appropriation.
On ne rencontre pas tous les jours la France incarnée dans ses espérances …
…et descendant les Champs-Élysées pour aller au devant d'elle-même.
Et moi au centre de ce déchaînement …
…je me sens remplir une fonction qui dépasse de très haut ma personne …
…servir d'instrument au destin.
À l'heure du Grand Péril …
…cette terre faite pour ce peuple …
…sécrétait naturellement le héros nécessaire.
Cette fois le héros c'était lui.
Il ne reste à Mitterrand que la frustration et le rêve.
Il dira avoir été là trois ans derrière de Gaulle.
Regardons à nouveau.
Où est-il ?
On ne voit pas Mitterrand sur les images et aucun témoignage n'atteste sa présence.
Peu importe il aurait tant voulu être là ne pas rater ce moment d'histoire partager
avec De Gaulle cette communion avec le peuple de Paris.
Mitterrand affirmera avoir sauvé la vie de de Gaulle à l'hôtel de ville de Paris en
…ce mois d'août 1944.
De Gaulle est monté sur le rebord de la fenêtre.
À un moment donné il nous a crié « Ne poussez plus ne poussez plus bon Dieu ! »
Il allait basculer dans le vide.
Pierre de Chevigny et moi-même nous sommes ainsi retrouvés à le retenir par les jambes.
Je crois qu'il n'a jamais eu connaissance de cela.
Pierre de Chevigny démentira …
…mitterrant empêchant De Gaulle de tomber dans le vide …
L'image est belle trop belle pour être vraie.
Leur deuxième rencontre véritable celle-là a lieu le lendemain.
De Gaulle réunit les ministres
ou en leur absence les secrétaires généraux des ministères.
Mitterrand y représente le ministère des prisonniers de guerre.
De Gaulle salue les participants.
Arrivé devant Mitterrand il lâche un « encore vous » énigmatique.
Mitterrand comprend « décidément on ne se débarrasse pas facilement de vous ».
J'ai encore dans l'oreille son monologue de ce jour-là.
J'écoutais j'observais j'admirais.
Sympathique ou antipathique il n'est pas possible de trancher.
Il me surprenait. J'appréciais qu'il fût d'un modèle peu courant.
J'avais des réserves d'enthousiasme c'était le général de Gaulle.
Parfois je me demande pourquoi cette heure ne m'a pas lié davantage
à celui dont je recevais pareille leçon.
N'est-ce pas simplement que Mitterrand se voit mal jouer le second rôle
même dans l'ombre d'un géant ?
Une semaine plus tard le ministre des prisonniers de guerre Freinet
propose à Mitterrand d'être son principal collaborateur.
Mitterrand refuse.
Mon ambition n'est pas de devenir fonctionnaire.
On ne dispose pas de moi.
Vanité orgueil...
On appellera ça comme on voudra.
Je ne me détermine pas par rapport aux autres ni au gré de leurs décisions.
Je ne crains pas la solitude.
Mitterrand hésite.
Il devient rédacteur en chef de Votre Beauté
un journal de mode financé par Eugène Schouler
un ex-collabo repenti fondateur de L'Oréal.
Parallèlement il écrit dans Libre le journal de son mouvement de prisonniers de guerre
et déportés qu'il continue de diriger.
En bref Mitterrand se cherche un avenir et fonde une famille.
De Gaulle de son côté incarne la résistance partout et en toute occasion.
A se demander à force s'il ne fut pas le seul à résister aux Allemands.
Mitterrand ne supporte plus que De Gaulle préempte les lauriers de la victoire.
Et encore moins qu'il minimise le rôle des résistants de l'intérieur
qui comme de nombreux communistes depuis 1941 et comme lui Mitterrand
ont risqué leur vie en France pour la liberté.
Un problème va bientôt lui fournir l'occasion de s'opposer à De Gaulle.
Celui des prisonniers de guerre.
Ils sont des centaines de milliers à rentrer d'Allemagne.
La France qui n'a pas grand-chose à leur offrir
ne les accueille ni comme des héros ni comme des victimes.
rapidement ils deviennent un enjeu de politique intérieure important.
Le parti communiste ne rate pas une occasion
pour mettre en avant le dénuement des prisonniers de guerre
et essayer de récupérer leur voix.
Mitterrand lui se fait le porte-parole des prisonniers.
C'est la première fois qu'il est filmé.
Voici que la France enfin retrouve son indépendance
et peut retrouver sa grandeur est-ce que nous les captifs
de quelque chapelle et de quelque origine que nous soyons
nous allons oui ou non participer à cette grandeur ?
De Gaulle est furieux.
Ses manifestations à ses yeux divisent les Français.
Il convoque Mitterrand et est responsable des mouvements de prisonniers
qu'il croit manipulés par le Parti communiste.
Malentendu De Gaulle ne sait pas que Mitterrand est comme lui
profondément anticommuniste.
« Ces gars-là sont impossibles » écrit Mitterrand à un ami.
« Leur sectarisme est sans limite.
Leur obédience stricte ne leur permet aucune ouverture amicale et humaine. »
De cette rencontre nous n'avons que le récit de De Gaulle
écrit des années plus tard lorsque le combat avec Mitterrand aura commencé.
De Gaulle menace ou les responsables des mouvements de prisonniers
sont impuissants à faire cesser les manifestations
et ils doivent démissionner si en se tenant
ou ils s'engagent à faire cesser les troubles faute de quoi il les fera arrêter.
Il leur laisse trois minutes.
Les 3 minutes écoulées Mitterrand se serait engagé à faire cesser les troubles.
Récit exagéré sans aucun doute mais dans lequel de Gaulle met en garde Mitterrand.
Il n'y a qu'un chef
n'ayez pas le ridicule de tenter de rivaliser avec le général de Gaulle
je nomme.
...que de temps parcouru en deux ans.
Pétain est passé de Vichy au tribunal
de Gaulle à la tête du gouvernement français
et Mitterrand de la résistance au journalisme.
Le procès Pétain dure trois semaines.
Mitterrand est là pour la revue libre sur le banc des journalistes.
Dans cette petite salle se déroule un grand procès.
Mais ce grand procès réunit de très petits hommes.
Mais donc la petite salle ne détonne pas du tout.
L'accusé lui se tait.
Malgré sa surdité on a tout lu de croire qu'il entend et écoute.
Il s'obstine dans un non perpétuel.
Lui aussi a attendu ce jour pour apprendre à dire non.
Philippe Pétain pendant son procès s'enferma dans le silence.
Cette attitude me parut être celle de la sagesse.
la vieillesse est un naufrage.
Pour que rien ne nous fût épargné
la vieillesse du maréchal Pétain
allait s'identifier
avec le malheur de la France.
Condamné à mort Pétain voit sa peine
commuée en réclusion à perpétuité.
L'immense New York devait rendre au Général de Gaulle son geste d'amitié.
Ce qu'au nom du peuple français le Général de Gaulle témoignait à l'Amérique.
Les 8 millions de New Yorkais...
A l'étranger la France grâce à de Gaulle
a trouvé une place dans le camp des vainqueurs.
En politique intérieure un gouvernement d'union nationale
et de l'Etat incluant communistes et socialistes avec de Gaulle à sa tête
enchaînent les réformes.
Nationalisation de Renault d'Air France des banques des charbonnages
bientôt création de la sécurité sociale pour tous
et changement du code électoral.
Les bureaux de vote malgré tout l'appareil solennel du tapis vert
de l'isoloir et de l'urne sont devenus très féminins
puisqu'au nombre des électeurs s'ajoute pour la première fois la foule des électrices.
qui avait conduit le pays à la guerre.
Un grand débat national s'ouvre
à propos d'une nouvelle constitution.
Musique douce
...
D'un côté de Gaulle est les partisans d'un régime présidentiel
où le président ne serait plus une cotiche
et où le gouvernement ne serait plus à la merci des partis.
...
De l'autre majoritaire les tenants d'un régime parlementaire.
Manifestations et crises ministérielles se succèdent.
Le temps des divisions des luttes et des déchirements est revenu.
Pour de Gaulle l'après-guerre prend un goût amer.
Il se retire quelques jours pour réfléchir.
Le régime des partis a reparu. Je le réprouve.
Mais à moins d'établir par la force une dictature dont je ne veux pas
et qui sans doute tournerait mal
je n'ai pas les moyens d'empêcher cette expérience.
De Gaulle a démissionné.
La nouvelle a éclaté comme une bombe et la France est restée frappée de stupeur.
Quand De Gaulle s'est retiré
J'ai pensé qu'une part de la grandeur de la France s'en allait
et que ceux qui s'en réjouissaient
n'étaient habités que par l'envie mesquine
de retrouver leur petite complicité.
Je me sentais étranger à ce remue-ménage.
De Gaulle militaire a été l'incarnation de la légende.
Mais la paix retrouvée c'est une autre affaire.
...
Une ère nouvelle débute.
...
Le diplômé en sciences politiques va peu à peu accéder
aux plus hautes responsabilités de la République.
Et le général en retraite va tenter pendant 12 ans
et par tous les moyens de revenir au pouvoir.
...
Musique épique
De Gaulle est parti Mitterrand a 30 ans et prend son essor.
Monsieur Mitterrand ministre des anciens combattants prisonniers
et déportés est venu ouvrir le congrès des déportés de la Résistance
et évoquer les difficultés que rencontrent ces hommes dans un monde
qui ne correspond pas toujours à leur rêve des camps.
Problème !
Il s'est fait parachuter dans la Nièvre
et a élu sur une liste
qui n'avait de gauche que le nom.
J'ai été élu j'en conviens
avec des voix extrêmement mélangées sans adversaires de droite.
Donc des gens de droite ont voté pour moi. Voilà ma légende d'homme de droite.
L'UDSR un parti charnière capable de faire ou de défaire un gouvernement.
Il se retrouve donc au cœur de ce que dénonce sans relâche de Gaulle
amer de ne pas avoir été rappelé par les Français après son départ
comme il l'avait espéré.
Est-il bon ? Nous le demandons de faire en sorte que les partis aient organiquement
à leur disposition totale à leur gré
à tout instant tous les pouvoirs de la République.
De Gaulle perd la main la nouvelle constitution qu'il a combattue est adoptée
et elle fait la part belle aux partis politiques.
S'il veut revenir de Gaulle n'a plus de temps à perdre.
Il lui faut faire comme tout le monde y compris le jeune Mitterrand
un comble pour lui descendre dans l'arène.
Le lendemain du Pâques du balcon de l'hôtel de ville
le général de Gaulle adresse à la foule innombrable un important message politique.
Il est temps qu'on se forme et qu'on s'organise le rassemblement du peuple français.
Drôle d'idée pour quelqu'un qui ne cesse de dénigrer les partis
que d'en créer un qui prétend ne pas l'être puisqu'il porte le nom de rassemblement.
En 1947 des grèves plongent la France dans la tourmente.
Le régime est en crise.
Une chance pour de Gaulle de revenir en homme providentiel.
Il dénonce avec virulence les communistes
et se place à droite sur l'échiquier politique.
En France les élections dépassant le cadre d'une simple consultation communale
étaient devenues l'enjeu d'une lutte des quatre grands partis politiques.
Le RPF emporte les élections municipales soit.
Mais le gouvernement socialiste auquel Mitterrand participe mate les grévistes.
L'ordre est rétabli et le régime sauvé.
De Gaulle sent qu'il s'est aventuré sur un terrain qui n'est pas le sien.
Il dit tout haut ce que pensent beaucoup tout bas y compris Mitterrand.
Vous De Gaulle restez chez vous.
Ils sont passés les jours d'honneur de fierté d'espérance.
place aux profiteurs d'abandon
aux débrouillards de la décadence.
De Gaulle exècre le régime parlementaire de la 4ème République
et les hommes qui la servent.
Les partis politiques vont le lui faire payer.
Ils ne veulent pas du retour de De Gaulle.
Alors rapidement ils changent le mode d'élection
pour faire perdre le RPF.
Et ils y parviennent.
De Gaulle voulait 200 députés il n'en obtient que 126.
Il concède avoir raté son coup.
En guise de raison il lance bientôt à ses collaborateurs
« Cessez de m'emmerder avec votre RPF ».
C'en est fini de De Gaulle chef de parti politique.
Pour revenir il en est maintenant convaincu
Il lui faudra une guerre un désastre ou sa menace.
Un bon militaire n'existerait-il que dans la guerre ?
S'ouvre pour de Gaulle l'ère du désenchantement.
Nous sommes en 1951.
Mitterrand est maintenant à la tête d'un prestigieux ministère celui de l'Outre-mer
à l'époque où la France possède encore un empire.
Pour inaugurer le nouveau port d'Abidjan en Côte d'Ivoire
M. Mitterrand ministre de la France d'outre-mer
s'était spécialement déplacé.
Le port d'Abidjan va permettre en effet
de donner à la Côte d'Ivoire un nouveau développement.
Mitterrand propose une autonomie plus grande aux pays africains
une politique préconisée par de Gaulle à la fin de la guerre.
Mais aussitôt les gaullistes l'accusent d'être un bradeur d'empire.
– De Gaulle s'est comporté à l'égard de la Quatrième République
avec une extrême démagogie
aveuglée par l'ambition de récupérer un pouvoir imprudemment abandonné.
Un maître en vérité dans l'art de l'opposition inconditionnelle.
– Pour Mitterrand le passage au ministère de l'Outre-mer
a des conséquences plus importantes.
Il s'affirme à gauche.
Je ne suis pas né à gauche je n'ai pas rencontré le socialisme au bord du chemin.
Mon action au ministère de la France d'Outre-mer
fut mon expérience politique primordiale.
J'ai pu constater dans sa réalité la toute puissance
et la malfaisance du capitalisme sous sa forme coloniale.
J'en ai conçu un profond sentiment de révolte.
Trois ans plus tard c'est de l'autre extrémité de l'Empire d'Indochine
que vient la crise tant espérée par De Gaulle.
La guerre menée par la France contre les indépendantistes prend des allures de défaite
des allures de désastre.
Assiégée depuis deux mois
la base militaire française de Dien Bien Phu tombe le 7 mai 1954.
La crise politique est profonde. Le gouvernement va chuter c'est certain.
Deux jours plus tard De Gaulle croit son heure venue.
Il remonte les Champs-Élysées tel un chef d'État qu'il n'est pas.
Ses partisans sont là nombreux.
Après son départ
les Champs-Élysées devaient être le théâtre de quelques manifestations.
Un service d'ordre compact dut se heurter en plusieurs endroits à des groupes
et des pousculades sans suivre.
Ses proches avaient laissé croire à De Gaulle que la foule le porterait à l'Élysée.
Mais les forces de l'ordre s'interposent.
Ce qui s'apparente à un coup de force tourne court.
Deuxième tentative pour revenir au pouvoir.
Deuxième échec.
La traversée du désert se prolonge.
De Gaulle n'y croit plus.
Il se tourne vers le passé
et termine ses mémoires de guerre.
C'est du passé. Le passé c'est de la cendre.
Il y a quelquefois sous la cendre des braises
et parfois la flamme renaît de ces braises.
Mitterrand est convaincu que De Gaulle est à jamais hors du jeu politique.
Il ne prend plus de précautions entre sarcasme et féroce ironie.
L'éloquence a changé. De même la façon d'agir sur le plan politique a changé.
Il y a une sorte de style plus dépouillé plus direct plus précis
après les enthousiasmes un peu trop sonores ou un peu trop bruyants
après les styles rococo qui découlaient de l'écriture d'avant-guerre.
Il y a un besoin de simplicité de netteté.
Mitterrand a gravi un à un les échelons du pouvoir
sautant d'un ministère à l'autre
des anciens combattants à l'information
de l'intérieur à la vice-présidence du conseil
de l'outre-mer à l'Europe
sautant d'un gouvernement à l'autre
de gauche de centre-droite de centre-gauche de gauche à nouveau.
Peurs troublées en Algérie ou en plusieurs endroits du territoire
par une série d'attentats ont été commis dans la nuit qui précéda la Toussaint.
Immédiatement le ministre de l'Intérieur se rend sur place.
Mitterrand a-t-il deviné que cette guerre qui commence va le chasser du pouvoir
et y ramener de Gaulle ?
Nous ne frapperons donc pas d'une manière collective.
Nous éviterons tout ce qui pourrait apparaître comme une sorte d'état de guerre.
Nous ne voulons pas.
Mais nous châtirons d'une manière implacable sans autre souci que celui de la justice
et en la circonstance la justice exige la rigueur des responsables.
A Paris les gouvernements chutent les uns après les autres.
Deux ans plus tard Mitterrand est ministre de la Justice.
Sa position sur l'Algérie est celle de tous les hommes politiques de l'époque
et probablement celle de De Gaulle.
Je n'ai pas dit comme tel polémiste pourrait me le faire dire
je veux séparer l'Algérie de la France.
Non je ne le crois pas et je ne le veux pas.
Il faut que l'Algérie reste liée à la France
mais ce ne sera pas par la force que nous y parviendrons
même si la force s'avère indispensable
pour faire la démonstration à nos adversaires
qu'eux non plus ne l'emporteront pas.
De Gaulle devenu prudent reste silencieux.
Le chef est celui qui se tait a-t-il coutume de dire.
La violence semble être l'unique politique algérienne de la France.
Répressions tortures exécutions sommaires.
Bientôt 400 000 soldats sont sur le terrain.
Mitterrand instaure une justice militaire en Algérie.
Au sujet des condamnés à mort il fait partie des durs.
Il se dit partout qu'il sera bientôt président du conseil.
Alors il essaye de prouver qu'il a le sens de l'État quitte à y perdre son âme.
À Paris dès février 1958
la rumeur court de plus en plus insistante d'un retour possible de de Gaulle.
En Algérie l'armée entre en dissidence.
Un comité de salut public prend le pouvoir.
Les gaullistes les noyautent et réclament le retour de l'ermite de Colombay
la quatrième vacille.
Pour de Gaulle à 68 ans c'est sans doute la dernière occasion de revenir.
Il lui fallait la France au plus bas pour qu'il s'offre de la relever.
Le moment m'a semblé venu où il pourrait m'être possible d'être utile encore une
fois directement à la France.
Est-ce que vous garantiriez les libertés publiques fondamentales ? Est-ce que j'ai
jamais attenté aux libertés publiques fondamentales ? Je les ai rétablies.
Il y a une seconde à tenter jamais.
Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans je commence une carrière de dictateur ?
Loin du numéro d'un de Gaulle histrion
une opération militaire secrète va bientôt menacer la République.
L'opération Résurrection.
À sa tête des gaudistes.
En gros de Gaulle semble jouer les sauveurs d'une république
bientôt menacée par les factieux que ses proches pilotent en sous-main.
Quelques jours plus tard la Corse proclame son rattachement au pouvoir établi à Alger
et fait sécession.
Cette fois la république est en danger.
Le gouvernement se résout à négocier avec de Gaulle les conditions de son retour.
Le président de Flemelin estime
ne pas pouvoir conserver les responsabilités gouvernementales
et une série de consultations officielles et officieuses s'amorcent aussitôt.
Le général de Gaulle est sollicité par les présidents de la Chambre et du Sénat
de colomber les deux églises à Paris chez le général et à l'Élysée.
Les journalistes ont fort à faire.
On aurait rêvé d'un contexte moins trouble.
Est-ce pour De Gaulle ou contre De Gaulle?
Mitterrand doit trancher. Il hésite.
Il part marcher seul de longues heures sur les quais de la Seine.
Je m'interrogeais angoissé.
Fallait-il défendre un système politique incapable de rendre la France son rang?
Ou fallait-il prêter la main à une conspiration qui allait le détruire?
Tout m'invitait à consentir à la liquidation de la quatrième
de ses rois fainéants de ses maires du palais
cette grisaille pour agonie.
Tout m'éloignait aussi de cette dictature
visible à l'œil nu sous son masque bonas.
A Paris 200 000 manifestants viennent place de la République
qui exprimaient leur crainte
de voir le général de Gaulle abolir les libertés républicaines.
Les masses sont anxieuses et la situation exige des décisions rapides.
Le 28 mai Mitterrand semble avoir choisi.
Il est là pour défendre la République.
Mais va-t-il s'opposer à de Gaulle ?
De Gaulle met les formes et consulte les présidents des groupes parlementaires
pour savoir s'ils sont prêts à lui accorder les pleins pouvoirs.
Mitterrand et De Gaulle se retrouvent face à face pour la quatrième et dernière fois.
Tous deux ont laissé un récit de cette rencontre.
De Gaulle jouait les maîtres de cérémonie.
Il rassurait sa droite pour les affaires algériennes
il apaisait le centre sur l'Europe
il flattait la gauche par de vagues promesses sociales.
Dans cet acquiescement à tout
et à n'importe quoi se mêlaient l'indifférence et le mépris.
L'étrange était que je fusse le seul ou à peu près à m'en apercevoir.
Les délégués présents qui presque tous depuis douze ans m'ont ouvertement combattu-
n'élèvent aucune objection à l'exposé que je leur fais de ce que je vais entreprendre-
Sauf François Mitterrand qui exhale sa réprobation.
Réprobation le mot est excessif.
Quinze ans se sont écoulés depuis ce jour d'Alger
où un jeune homme bravache a tenu tête à de Gaulle.
Aujourd'hui plus que jamais Mitterrand est toujours prêt à lui tenir tête.
Mais entre les deux hommes rien n'est encore joué.
Mon général je ne voterai pas pour vous
tant que vous n'aurez pas désavoué publiquement les comités de salut public d'Alger
et l'insurrection militaire.
Il aurait suffi d'une phrase de De Gaulle pour que Mitterrand se rallie.
De Gaulle ne lui oppose que le silence.
Mitterrand poursuit maladroitement.
Il s'inquiète de ce que deviendrait le régime si De Gaulle venait à disparaître.
Le général s'énerve.
« Alors vous voulez ma mort c'est ça ? »
lance-t-il à Mitterrand avant de quitter la salle.
C'est fini.
La rupture est consommée.
Les deux hommes ne se reverront plus jamais.
Maintenant ils vont se combattre.
Le lendemain De Gaulle vient faire légitimer sa prise de pouvoir
par les parlementaires.
7 minutes d'un texte dur et lucide
par lesquels l'homme du 18 juin demande la confiance
et les pouvoirs utiles pour réformer l'État
et répondre selon ses paroles de l'unité de l'intégrité
de l'indépendance de la France.
Mais Terran va bientôt répondre à de Gaulle
et prendre date devant l'histoire au cas
où comme il le craint le général deviendrait dictateur.
De Gaulle ne l'écoutera pas.
Il n'est déjà plus dans l'hémicycle.
Il avait négocié de partir sans avoir à écouter ses opposants.
Lorsqu'en septembre 1944 le Général de Gaulle s'était présenté devant l'Assemblée
il avait à ses côtés deux compagnons l'honneur et la patrie.
Ces compagnons d'aujourd'hui qu'il n'a sans doute pas choisi s'appellent le coup
de force et la sédition.
En droit le Général tiendra ce soir son pouvoir de la représentation nationale.
En fait il le détient déjà du coup de force.
De Gaulle investi par 60% des députés cette fois c'est fait le géant
que tout le monde avait enterré est de retour.
Mitterrand n'a rien pu faire
mais comment lutter contre un homme
qui endosse de nouveau la figure de sauveur ?
L'ascension politique de Mitterrand est brisée.
De Gaulle investit cela veut dire
que nous en avons au moins pour dix années mais la démocratie reviendra.
Ensuite nous pourrons accéder au pouvoir
si nous réussissons dans notre entreprise de rassemblement.
Les positions de Mitterrand et de De Gaulle vont de nouveau s'inverser.
Pendant 11 ans de Gaulle va diriger la France.
Et pendant 11 ans Mitterrand sera l'anti-gaulliste enfiévré.
Celui qui va se nourrir de ce combat pour gagner ses galons de premier opposant.
Étape nécessaire pour devenir le successeur.
À peine élu de Gaulle s'envole pour Alger.
Saluer ceux qui sont à l'origine de son retour bien sûr
mais surtout tenter d'apaiser ces foules exaltées.
Quatre mots suffiront.
Quatre mots ambigus.
Qui a compris quoi ?
Les musulmans que l'Algérie obtiendrait son indépendance
ou les pieds noirs que leur colère a été entendue ?
De Gaulle a le génie de la formule.
Chacun pense qu'il va résoudre la guerre d'Algérie au profit de ses intérêts.
Restait à le faire croire aux tenants de l'Algérie française.
De Gaulle ne prononcera qu'une seule fois les mots
qu'ils attendent depuis si longtemps.
Vive l'Algérie française !
Vive la République !
De Gaulle a donné des gages à tout le monde donc à personne.
Mitterrand n'est pas dupe du tour de passe-passe entre jalousie et ironie.
Ce vieil homme aime la France et il aime l'État.
Gouverné revient pour lui à rentrer chez soi.
Du 13 mai au 3 juin 1958 le général de Gaulle a réussi un premier coup d'État.
Il a renversé l'ordre établi mais décadent qui s'appelait quand même République.
En quelques semaines de Gaulle accorde aux colonies par référendum
un début d'indépendance au sein d'une sorte de Commonwealth à la française.
...aux porteurs de pancartes.
Je veux leur dire ceci.
Qu'ils veulent l'indépendance.
Qu'ils la prennent le 28 septembre.
De Gaulle avait esquissé cette évolution en 1944.
Mitterrand y avait travaillé comme ministre de l'Outre-mer.
Mais la 4e République avait été incapable de la mettre en place.
Cette fois en gros de Gaulle bras de l'Empire.
Le général de Gaulle après avoir moqué le régime
impuissant à sauvegarder le domaine colonial de la France
paracheva la décolonisation entreprise avant lui
par ceux que son parti avait le plus ardemment dénoncé.
La quatrième et la cinquième portent une égale responsabilité.
La cinquième eut la présence d'esprit d'en tirer un cynique profit.
Un régime qu'ils combattent sans relâche depuis 1945
et qui a si bien réussi à Mitterrand.
Ils proposent par référendum une nouvelle constitution.
Le président de la République n'est pas encore élu
au suffrage universel direct mais il détient un pouvoir fort
et n'est plus à la merci des petits jeux entre politiciens.
Une cinquième République taillée sur mesure.
De tout mon cœur au nom de la France je vous demande de répondre oui !
Vive la République vive la France !
À quoi sert doit se répéter le général d'avoir sauvé le pays
si c'est pour le laisser dans l'impuissance ?
Mitterrand ne veut plus rien céder à de Gaulle.
Il dénonce un texte qui combine les vices de Louis-Philippe et de Napoléon
et évoque un régime présidentiel d'Amérique du Sud
comprendre à l'époque d'une dictature.
Je vous demande un oui massif avait dit le général de Gaulle.
À dix heures du soir les dernières urnes s'ouvraient.
Le oui l'emporte avec 80% des voix.
Un plébiscite pour de Gaulle.
Un score rarissime dans une démocratie.
Aux législatives qui suivent la gauche est laminée.
Mitterrand perd son siège dans la Nièvre.
Il veut entrer au parti socialiste autonome
où Madès France vient d'adhérer.
Mais personne ne veut de lui.
On lui reproche ses errements politiques sous la quatrième république
et son goût prononcé pour les plaisirs de la vie.
Je me sentais porteur d'une patience sans limite certain d'avoir raison.
J'étais devenu pour le nouveau régime dont on oublie à quel point il fut dur
et arbitraire en ses débuts un homme à abattre.
Un homme à abattre ? Mitterrand ne croyait pas s'y bien dire.
C'est à une heure la nuit dernière
qu'il y a eu un coup de feu dans l'aéroport de Paris.
C'est la première fois que M. Mitterrand qui rentrait chez lui
a été l'objet de la part d'inconnus qui circulaient en voiture
d'une agression à laquelle il n'a échappé d'ailleurs que par son sang-froid.
C'était midi actualité.
Le 16 octobre 1959 éclate l'affaire de l'observatoire.
Au début tout paraît simple. Mitterrand échappe à un attentat.
Du jour au lendemain il sort de l'oubli.
Il devient aux yeux de toute la gauche le symbole d'une opposition à abattre.
On suspecte les partisans de l'Algérie française
l'extrême-droite ou les ghoulistes.
Je ne dirai rien qui puisse ajouter au désordre des esprits.
Mais il est logique de penser que le climat de passion politique
créé par des groupements extrémistes explique cette affaire.
Six jours plus tard coup de tonnerre.
L'auteur de l'attentat un ancien député ghouliste
Robert Pesquet se dévoile.
Mais il affirme que l'attentat est un faux attentat
commandité par Mitterrand pour se faire de la publicité.
Le scandale est à la mesure de l'émotion qu'avait soulevé l'attentat.
Énorme.
Mitterrand traîné en justice devient la risée de l'opinion.
Ses proches diront l'avoir vu songer au suicide.
Mitterrand croira jusqu'à la fin de sa vie
avait été l'objet d'un complot de l'extrême droite ou d'égoulistes.
La vérité est plus simple.
Pesquet un mythomane affabulateur
avait monté le coup tout seul pour faire parler de lui.
Si Mitterrand avait porté plainte à la police
rien ne se serait passé.
Mais il n'a pas confiance dans la police de De Gaulle.
Il n'empêche
personne ne prédit plus un quelconque avenir politique à Mitterrand.
De Gaulle ne parlera jamais de l'affaire de l'Observatoire.
Ses proches s'en chargeront.
De Gaulle est ailleurs à se débattre avec la guerre d'Algérie.
Quitte à prendre le cas échéant les pauses
et les accents d'un dictateur qu'il ne sera jamais n'en déplaisent à Mitterrand.
Ce serait à baisser l'État devant l'outrage qui lui est fait et la menace qui le vise.
Après quoi
la France ne serait plus qu'un pauvre jouet disloqué sur l'océan des aventures.
Une fois de plus j'appelle tous les Français quels qu'ils soient
où qu'ils soient à se réunir à la France.
Vive la République !
Vive la France !
Presque un an après l'attentat au Haes qu'il avait visé sur la route de Chaumont
le général de Gaulle a une nouvelle fois servi de cible à ses adversaires déterminés.
C'est la troisième fois que de Gaulle est victime d'un attentat.
Mais il a de la chance.
Les irréductibles de l'Algérie française veulent lui faire payer le prix
de l'indépendance octroyée à l'Algérie.
De Gaulle profite de l'émotion suscitée par l'attentat
pour poser la dernière pierre à la constitution de la Vème République.
Quand sera terminé mon propre septennat
ou si la mort ou la maladie l'interrompait avant le terme
le Président de la République sera dorénavant élu au suffrage universel.
La France va se prononcer sur le mode d'élection du Président de la République.
Mitterrand n'est pas en reste.
De Gaulle demande un oui alors il rejoint le camp du non bien sûr.
Prudent et soucieux de ménager l'avenir
il précise cependant que l'élection du Président de la République au suffrage universel
est en soi acceptable.
Oui ou non le Président de la République sera-t-il élu par tous les citoyens ?
Si la réponse est positive elle transformera la vie politique de l'État.
Le pouvoir va bientôt s'installer à l'Elysée.
Les corps intermédiaires n'en auront que des miettes.
Mitterrand réélu dans la Nièvre
comprend immédiatement l'avantage qu'il peut tirer du nouveau mode d'élection.
S'il parvient à être l'opposant numéro 1 du régime alors tout est possible.
De Gaulle sans le savoir vient d'offrir à Mitterrand la possibilité inespérée de
revenir au premier plan voire de lui succéder s'il était dans l'incapacité de terminer
son mandat.
Le secret avait été bien gardé.
A l'hôpital Cochin où il était entré discrètement la veille le général De Gaulle
De Gaulle était opéré depuis deux heures lorsque le voile a été levé.
L'état de santé du Président de la République ne suscite aucune inquiétude
mais il ne pourra reprendre la totalité de son activité avant plusieurs semaines.
À 75 ans De Gaulle opéré de la prostate met un genou à terre.
Immédiatement Mitterrand ressurgit.
Plus tribun que jamais.
J'ai le droit de vous demander à vous Premier ministre
Non seulement comment et pourquoi
par le transfert continu de ses attributions
de vos attributions au Président de la République
qui lui est irresponsable devant le Parlement
vous vous autorisez à priver progressivement
le Parlement du droit fondamental de contrôle et de décision politique
hors duquel ce régime parlementaire ne serait plus que l'alibi d'un pouvoir personnel.
Compidou le Premier ministre prépare sa réponse.
La vérité M. Mitterrand est que sur les rives paisibles de l'opposition
vous attendez impatiemment l'heure de rentrer dans l'État.
Eh bien je vous le dis l'avenir n'est pas à vous.
L'avenir n'est pas au fantôme.
Pas plus que de Gaulle les coups ne font reculer Mitterrand.
Au contraire.
En mai 1964 il publie « Le coup d'État permanent »
le réquisitoire le plus violent jusqu'à la caricature « L'excès et l'insulte »
qui sera écrit contre De Gaulle.
Mitterrand se sert des seules armes à sa disposition les mots.
En 1965 la première élection du Président de la République
est venue au suffrage universel.
Bientôt elle va voir s'affronter De Gaulle et Mitterrand
sans concession et avec fracas.
Que l'adhésion franche et massive des citoyens
m'engage à rester à l'avant-garde
en fonction l'avenir de la République Nouvelle sera décidément assuré.
Sinon personne ne peut douter qu'elle s'écroulera aussitôt et que la France
devra subir mais cette fois sans recours possible une confusion de l'État plus
plus désastreuse encore que celle qu'elle connut autrefois.
Si donc De Gaulle se présente vous direz donc mauvaise nouvelle pour vous.
Bonne nouvelle mesdames et messieurs.
Cela prouve que le régime est frappé à mort.
Et moi je peux attendre.
Je crois que devant un homme plein de prestige et d'autorité
Il n'y a pas d'homme
qui puisse se dresser mais je crois à la force des idées je crois
à la force des symboles je crois à la force d'un courant populaire je crois au peuple
de notre pays et cela vaut bien sinon plus ce que peut représenter dans l'histoire
Un homme finalement seul comptable de ses actes et maître de son seul destin.
Il n'était pas prévu que Mitterrand soit candidat.
Gaston de Fer s'était retiré de la course Mitterrand avait saisi la balle au bon
et réussi à réunir toute la gauche.
Depuis 1962 j'ai su que je serais candidat.
Quand comment je ne pouvais le prévoir.
J'étais seul je ne disposais ni d'un parti ni d'une église
ni d'un journal ni d'un courant d'opinion.
Autant de raisons pour ne pas être candidat.
A moins que ce ne fût autant de raisons de l'être.
Le nouveau mode d'élection impose au candidat d'être présent partout et à tout instant
aux quatre coins du pays.
De Gaulle lui refuse de s'abaisser à faire campagne.
Il pense que le voyage qu'il a fait quelques semaines plus tôt
dans l'ouest de la France
suffira.
Il est en effet convaincu de l'emporter au premier tour et avec 70% des voix.
Les élections présidentielles au suffrage universel auront fait d'entrer une victime
l'abstentionnisme.
Aucun des six candidats n'ayant obtenu au premier tour
la majorité absolue des suffrages
exprimés un second tour de scrutin sera nécessaire.
Monsieur François Mitterrand inscrit sur les listes électorales de Château-Chinon
est à la seconde place avec 32% des voix.
Quant au général de Gaulle il est en tête avec la confiance de 45% des votants.
De Gaulle en ballotage
battu par cette élection au suffrage universel qu'il avait tant désiré.
De Gaulle est abattu défait.
Il envisage de tout arrêter.
Il l'avouera quelques années plus tard.
Le soir du premier tour de l'élection présidentielle
une vague de tristesse a failli m'entraîner au loin.
Mitterrand accède enfin au rang d'opposant numéro un
grâce à la constitution qu'il a combattue.
Le temps est maintenant venu d'affronter d'homme à homme
ce général qu'il avait pris de haut en 1943
et avec lequel il n'a jamais su s'entendre.
La France entière est témoin de leurs combats.
De Gaulle le vieux fauve blessé revient revigoré dans l'arène.
Mitterrand l'y attend de pied ferme.
Tous les registres sont là.
La séduction le mensonge la rouerie
la démagogie l'attaque personnelle
la pêche aux voix
et aussi la sincérité.
Voici qu'approche le jour
où vous allez décider du sort de la France.
Ce dialogue qui commence aujourd'hui entre nous
je l'espérais depuis longtemps.
La République nouvelle
veut que le peuple lui donne
demain plus tard et toujours
une tête qui en soit une.
Non le général de Gaulle se trompe.
La France ne lui appartient pas.
La France ne s'identifia personne d'autre que son peuple.
Le président de la République ne saurait être en effet confondu avec aucune fraction.
Je suis candidat contre le général de Gaulle.
Et contre lui seul.
Car lui seul compte.
A droite.
Alors vous me dites le personnage que vous citez il est le candidat de la gauche.
Mais pas du tout il est aussi du reste le candidat de la droite.
Je vous l'apprends pas. Il est le candidat des partis.
Je ne suis pour ce
qui me concerne ni l'homme d'un parti ni l'homme d'une coalition de partis.
Je suis l'homme d'un combat.
Maintenant comme toujours je ne suis pas d'un côté je ne suis pas de l'autre.
Je suis pour la France.
C'est très difficile à un chef d'Etat
qui veut tous les pouvoirs d'arriver à les maintenir
dans ses mains.
La démocratie c'est autre chose.
Les partis ne peuvent pas conduire la France c'est trop dur.
La démocratie c'est le contrôle précisément.
J'y rétablis la liberté de la presse.
C'est la possibilité d'obtenir le conseil de plusieurs la délibération de plusieurs.
Mais si on concentre tout sur un homme et sur un homme
qui a déjà rempli beaucoup de responsabilités
qui a le droit d'en être quelquefois accablé alors il ne peut plus rien contrôler.
Est-ce parfait ?
Est-ce complet ?
Bien sûr que non puisqu'il s'agit d'une œuvre humaine.
Cessant les comparaisons inutiles les luttes dépassées
Criant l'acte de foi d'un homme responsable qui appelle tous les républicains à servir
comme il aime la République Française.
Me voici tel que je suis je ne dis pas que je sois parfait et que je n'ai pas mon âge
je ne prétends nullement tout savoir et tout pouvoir.
Vive la République et vive la France !
Charles de Gaulle 12.868.661 soit 55%.
Le combat fut rude les combattants valeureux.
Le spectacle suivi par l'ensemble de la nation.
L'élection au suffrage universel du président de la République en sort renforcée.
De Gaulle a gagné mais il a laissé des forces dans la bataille.
« Ma chère Madeleine ni le temps ni les gens ne sont portés vers les sommets.
Encore faut-il le minimum et je ne crois pas que les concurrents pouvaient l'offrir.
Il faut donc poursuivre la route. »
Le pouvoir est à portée de main.
De Gaulle à 77 ans
le règne touche à sa fin.
Tout a toujours une fin et chacun s'étermine.
Pour le moment ce n'est pas le cas.
De toute façon après De Gaulle c'est peut-être ce soir
ou dans six mois ou dans un an.
Ça peut être dans cinq ans puisque c'est là le terme que fixe la Constitution.
au mandat qui m'est confié mais si je voulais faire rire quelques-uns ou en
faire grogner d'autres je dirais
que ça peut aussi bien durer encore dix ans quinze ans
Je veux la liberté assis sur ton derrière avec les trois croisés nos pères et nos
grands-pères eux qui n'y avaient pas pensé qui nous contiennent l'âme c'est-à-dire
que de fait ici nous occupons la Sorbonne.
C'est la première fois que nous voyons cela.
Ni de Gaulle ni Mitterrand n'ont vu venir la crise la plus grave
que la France connaisse depuis 1958.
Lundi 13 mai la grève générale est largement suivie
et à 16h à Paris s'organise le défilé qui de la République à Danfer-Rochereau
va réunir pendant 5h des centaines de milliers de manifestants.
On scande des slogans on réclame déjà un gouvernement de front populaire.
La crise s'étend. La révolte prend peu à peu des allures de révolution.
Et comme si de rien n'était
De Gaulle maintient un voyage officiel de plus d'importance en Roumanie.
Vous êtes prêts vous les Roumains pour vivre en Roumanie !
Mais Terran lui en plein mai 68 se passionne pour l'agriculture du Poitou.
Mai 68 c'était la révolte de jeunes bourgeois catholiques
contre l'hypocrisie de leurs parents.
Finalement c'était de la graine de notaire.
Je les imaginais à 45 ans avec des baisicles et j'en voyais la dérision.
De Gaulle apparaît dépassé.
Le 24 mai il sort de son silence brusquement vieilli.
Depuis bientôt 30 ans
Les événements m'ont imposé en plusieurs graves occasions le devoir d'amener notre
pays à assumer son propre destin afin d'empêcher
que certains ne s'en chargent malgré lui.
J'y suis prêt cette fois encore.
Les occupations d'usines et les manifestations redoublent d'intensité.
Mitterrand n'y croyait pas et commence à y croire.
Comme de Gaulle en 58 il profite des troubles pour tenter d'accéder au pouvoir.
Premièrement il convient dès maintenant de constater la vacance du pouvoir
et d'organiser
la suite.
Deuxièmement je propose qu'un gouvernement provisoire soit aussitôt mis en place.
Sa durée sera limitée pour le moins
à l'élection du nouveau Président de la République
Mais d'ores et déjà pour votre information je vous annonce je suis candidat.
Pour de Gaulle l'appel de Mitterrand est un appel à la sédition au coup d'État.
Pendant quelques heures sonné il disparaît en secret en Allemagne
chez le général Massu
qui le convainc de rentrer en France immédiatement.
Le lendemain De Gaulle intervient à la radio.
Son ton a changé.
Il est maintenant lourd de menaces et vise directement Mitterrand.
J'ai envisagé depuis 24 heures toutes les éventualités sans exception
j'ai pris mes résolutions.
Dans les circonstances présentes je ne me retirerai pas.
La France est menacée de dictature
naturellement on le colorerait pour commencer d'une apparence
trempeuse en utilisant l'ambition et la haine de politiciens au rencard.
Aussitôt après la locution du général de Gaulle
une foule immense converge vers la place de la compta.
Pour la première fois depuis trois semaines des drapeaux tricolores surgissent.
Un million de personnes se rassemblent aux Champs-Elysées.
De Gaulle n'est pas là cette fois
mais son souvenir est présent
sa légende restaurée et son régime sauvé.
Comme s'il était l'unique responsable de mai 68
Mitterrand est le seul à être pris à partie par la foule.
De Gaulle profite de l'adhésion retrouvée pour pousser son avantage.
Il provoque de nouvelles élections législatives.
La gauche est écrasée. Mitterrand sauve son siège
mais doit quitter la fédération de la gauche
qui le tient pour responsable de la défaite.
Il doit siéger avec les non-inscrits.
Une fois de plus il se retrouve seul et sans avenir.
et de Gaulle qui continue à s'acharner sur lui.
Tous ceux qui ont misé sur leur recul de la France
en sont pour leur honte et pour leur frais.
Portons donc en terre les diables
qui nous ont tourmentés pendant l'année qui se termine.
Laissons à leurs complices et à leurs partisans la tristesse et la déception.
De Gaulle qui va avoir 80 ans joue qui-tout-double.
Dans un baroud d'honneur il propose une profonde réforme de l'Etat
et la participation des salariés au bénéfice des entreprises.
C'est son dernier discours en public.
Nous devons soumettre le projet au peuple qui par la voie du référendum en décidera
souverainement.
Si je suis désavoué par une majorité d'entre vous ma tâche actuelle de chef de l'État
ça deviendra évidemment impossible et je cesserai aussitôt d'exercer mes fonctions.
L'occasion est trop belle pour Mitterrand de sortir de son isolement.
Une fois encore s'opposer à de Gaulle lui permet de ressusciter.
Sur le référendum nous pensons que c'est une mauvaise affaire pour la France.
Ce référendum est immoral comment voulez-vous répondre ?
par une seule réponse un oui ou un non
à plusieurs questions différentes.
Nous pensons qu'il est grand temps de rendre à notre démocratie
l'effondrement de moralité et de sérieux.
La démocratie c'est un contrat. Ce contrat est violé.
Nous invitons les Français à voter contre le référendum.
Le non l'emporte avec plus de 52% des voix.
De Gaulle a perdu.
Immédiatement il démissionne.
En homme d'honneur mais à l'honneur blessé il se retire chez lui à Colombay.
Après des années d'affrontements
il n'aura pas laissé à Mitterrand le plaisir de le battre.
Il a refusé de voir les prétendants à sa succession s'empoigner.
De Gaulle voyage en Irlande le temps des élections.
De Gaulle définitivement parti l'heure de Mitterrand devrait sonner.
Mais c'était sans compter avec les divisions et les rancœurs.
Au congrès fondateur du nouveau parti socialiste
Gaston de Fer est choisi pour affronter Pompidou
l'ancien premier ministre de De Gaulle.
Mitterrand paye son erreur de mai 68.
Il s'est dressé sans relâche contre De Gaulle
et si près du but il ne peut plus espérer lui succéder.
C'est Pompidou qui prendra place à l'Elysée.
L'amertume et le dépit affleurent dans les propos de Mitterrand.
Nous avons tous appris en effet
qu'il n'y aurait pas de candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle.
pas de gauche unie pas de rassemblement des forces populaires.
En 1965 un seul candidat contre le général de Gaulle
faudra-t-il en 1969 trois ou quatre contre M. Pompidou.
Ceux qui ont pris la responsabilité quelques hommes politiques seulement
la triste responsabilité de cette situation
il sera difficile de le leur pardonner.
La France est veuve.
Avec la mort de De Gaulle
Mitterrand perd plus qu'un adversaire
un partenaire de combat.
Parce qu'il aura été son opponent
le plus tenace il lui revenait de rendre à de Gaulle un hommage personnel
d'homme à homme.
Le général de Gaulle est entré dans ma vie
en même temps qu'il est entré dans l'histoire
alors que j'abordais l'âge d'homme.
Le général de Gaulle ne méritait pas de tiédeur
surtout quand on le combattait.
Je me suis souvent inspiré cependant de ses hautes leçons.
En demeurant fidèle au besoin contre lui à l'idée
que je me faisais des intérêts de la France
et de l'avenir de notre société.
On ne peut pas aimer la France plus qu'il ne l'a aimée.
Sur ce plan qui est le meilleur
j'éprouve avec tristesse la mort de Charles de Gaulle.
Si nous réussissons à rassembler 100 hommes décidés
et d'accord sur les grandes options on ira très loin.
On rénovera la gauche.
Un jour on dirigera la France.
Si vous en décidez portez par vos suffrages
être demain le président de tous rendez-vous.
A bientôt pour longtemps peut-être.
Transformer la défaite en victoire
réunir cent hommes
puis mille et cent mille et plus encore.
Atteindre les sommets et n'en plus redescendre.
N'était-ce pas le but que s'était fixé de Gaulle dans la terrible année 1940
où pour tout autre que lui tout semblait perdu ?
Cinq quatre trois deux un.
François Mitterrand est élu Président de la République.
Mitterrand accède enfin à la Présidence de la République.
Sa victoire est aussi celle de la patience de l'abnégation et de la détermination.
Il faut laisser du temps au temps avait coutume de dire Mitterrand.
11 ans se sont écoulés depuis la mort de de Gaulle
et 38 depuis leur première rencontre à Alger en 1943.
La victoire de 81 est aussi une victoire posthume de de Gaulle
car de Gaulle a laissé à la France des institutions qui ont permis l'alternance.
Si la droite veut me démolir
il va falloir d'abord qu'elle démolisse sa propre constitution.
Et je lui souhaite bien du plaisir.
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