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Original subtitles

LE TH��TRE DE LA MORT

Ce b�timent, situ� dans une ruelle...

...loin des palaces habituellement fr�quent�s par les touristes...

...abrita jadis une �glise.

Depuis soixante ans...

...une compagnie th��trale d'un genre unique s'y est install�e.

Son fonds de commerce, c'est l'horreur...

...aussi bien que la cupidit�, le meurtre et les mutilations.

Tels sont les ingr�dients principaux du Th��tre de la Mort.

Le Th��tre de la Mort...

La loge de Mlle Gireaux, s'il vous pla�t ?

- En haut de l'escalier. - Merci.

Entrez !

- Alors, c'�tait vous ? - Quoi, moi ?

Qui d'autre aurait d�pens� une fortune en t�l�grammes pour la premi�re ?

- Voici pour les accompagner. - Vous �tes trop gentil.

- Asseyez-vous, Charles. - Merci.

- Tout le monde a �t� impressionn�. - Je l'esp�re bien !

J'ai fait le tour complet de Paris pour les envoyer de bureaux tous diff�rents.

- Vraiment ? - Mais oui.

- Une loge personnelle, hein ? - Oui, c'est un nouveau d�part.

Vous voyez ? Je vous avais dit que tout se passerait bien.

Si vous n'aviez pas veill� sur moi, je n'y serais pas arriv�e.

- Allons donc... - Non.

- Avez-vous vu la pi�ce ? - Non. On m'a ri au nez !

Un strapontin jeudi prochain : c'est le mieux qu'on avait � m'offrir.

Mais � en juger par les ovations, vous avez fait un carton !

- Vous le pensez vraiment ? - Absolument.

Avez-vous quelque chose de pr�vu ce soir ?

Je ne voudrais pas me disputer avec une actrice...

...surtout un soir de premi�re...

...mais d'habitude c'est l'homme qui dit cette r�plique.

Mais notre nouveau metteur en sc�ne, Darvas, donne une r�ception.

Et j'ai pens� que vous aimeriez venir.

- Je ne serais pas � ma place. - Sottises ! C'est une soir�e costum�e.

Essayez si c'est votre taille.

Eh bien, venez, Charles !

- Pouvez-vous lire mon avenir ? - Bien entendu, ch�rie !

Pas la peine : succ�s, richesse, et un mariage r�ussi !

Je vois �a d'ici.

La tireuse de cartes, c'est Colette, notre costumi�re.

Et lui c'est Joseph, le concierge. Il est tr�s sympa.

Et elle, c'est Nicki Chapelle, ma colocataire.

Voil�...

Les cartes ma�tresses sont...

La dame de coupe, qui repr�sente une belle jeune fille.

Le trois de coupe : un mariage heureux.

Le trois de denier : un mariage riche.

L'�clair frappant la tour : des probl�mes, un revers sentimental.

Un choc.

La faucheuse : la mort !

Il ne faut pas t'inqui�ter, Nicki. Cela n'arrivera pas.

- Ne me dis pas que tu y crois ? - �a ne m'emp�chera pas de dormir.

Nicki, j'aimerais te pr�senter Charles Marquis.

Charles m'a t�moign� son amiti� quand j'en avais besoin.

Oui, Dani m'a racont�. Vous avez �t� merveilleux pour elle.

Elle a certainement exag�r�. Ravi de vous rencontrer.

Je ne connais pas ses comp�tences th��trales...

...mais Darvas sait organiser une r�ception.

C'est un tr�s bon metteur en sc�ne.

Oh ! Voil� madame Ang�lique, la propri�taire du th��tre.

Venez, je vais vous pr�senter.

Excusez-moi...

Pardon de vous d�ranger, mais j'aimerais vous pr�senter mon ami.

Madame Ang�lique, voici Charles Marquis.

Enchant�e.

Alors, qu'avez-vous pens� du spectacle ?

Je n'ai pas pu obtenir de billets pour la premi�re...

- ...mais je reviendrai bient�t. - Bien ! J'esp�re qu'il vous plaira.

C'�tait un honneur de vous rencontrer, madame.

- Voulez-vous nous excuser ? - Mais naturellement.

Vous �tes heureuse de travailler de nouveau ?

Certes, ce n'est pas le ballet, mais c'est du th��tre.

Et vous, docteur, quand reprendrez-vous le travail ?

- Vous �tes tr�s t�tue. - Vous ne m'avez pas encore r�pondu.

Je suis en cours de traitement. Je n'ai pas recouvr� toute ma motricit�.

Si vous vouliez reprendre votre poste � l'h�pital, le pourriez-vous ?

Oh ! Oui, ils me trouvent formidable.

- Et l'autre conducteur ? - Il a pris six mois.

Six mois seulement ? Apr�s ce qu'il vous a fait ?

Cela occupera son temps libre.

Que faites-vous du v�tre ?

Ne riez pas, j'�cris un roman.

- Ah bon ? - Et pourquoi pas ?

Les m�decins font de bons �crivains...

...car ils en savent beaucoup sur les gens.

Philippe... Quelle merveilleuse soir�e !

Mesdames et messieurs !

Mesdames et messieurs, votre attention pour un instant !

Je veux tous vous remercier pour le travail acharn�...

...qui a fait de cette premi�re un succ�s retentissant.

Mais je pense que le plus grand m�rite revient � notre metteur en sc�ne...

...Philippe Darvas.

Madame Ang�lique...

...et membres de la troupe !

Cette soir�e rev�t une importance toute particuli�re...

...et est une grande joie pour moi.

Il y a 25 ans jour pour jour...

...mon p�re montait sa premi�re pi�ce dans notre th��tre.

Son p�re a donn� une r�ception dans cette m�me pi�ce.

Mais on ne la reconna�t plus tellement il l'a modernis�e.

Il disait que le Th��tre de la Mort �tait toute sa vie.

Et pourquoi pas ? Apr�s tout, le th��tre est rempli de paradoxes.

Afin de maintenir cette tradition...

...la tradition des Darvas...

...j'ai aussi l'intention d'y consacrer ma vie.

Philippe, c'est l'occasion pour vous ce soir...

...de nous r�v�ler vos projets pour l'avenir.

Oh ! Oui.

Si vous voulez.

Mademoiselle Chapelle...

Mademoiselle Gireaux...

Veuillez vous avancer, je vous prie.

Mettez-vous ici, Dani.

Parfait.

C'est bien ! restez ici.

Le pupitre.

Et cette chaise, l�-bas.

Dani...

Nicole...

Quelque chose ne va pas ?

Ne pr�f�rez-vous pas quelqu'un de plus exp�riment� pour la lecture ?

Si je l'avais voulu, je l'aurais dit, n'est-ce pas ?

Asseyez-vous.

Je veux que vous fassiez exactement ce que je dirai, Nicole. Compris ?

Exactement ce que je dirai...

Vous voyez les t�n�bres...

...rien que les t�n�bres.

Cette pi�ce et tous ses occupants ont disparu.

Vous n'entendez rien...

...rien d'autre que ma voix.

Partout s'�tendent les t�n�bres.

Aucun bruit...

...� l'exception de ma voix.

Aucun bruit, sauf votre voix.

Votre �charpe, s'il vous pla�t.

Merci.

Vous allez voir � pr�sent...

...une sc�ne extraite de la pi�ce intitul�e "Les Sorci�res de Salem."

C'est l'histoire de deux s�urs.

Apr�s que l'a�n�e a f�cheusement caus� la mort de l'amant de sa cadette...

...celle-ci, � moiti� folle et assoiff�e de vengeance...

...d�nonce sa s�ur et la fait juger comme sorci�re.

Le r�le de Sarah, la s�ur a�n�e, sera jou� par Dani Gireaux.

Le r�le de la cadette, Prudence, le sera par Nicole Chapelle.

Vous comprenez ?

La date : 1692, � Salem dans le Massachusetts...

...par un soir de printemps.

Le lieu : les quartiers les plus sombres de la ville...

...avant que Sarah Fletcher ne soit br�l�e comme sorci�re.

� l'arri�re-plan, le son des villageois qui s'approchent.

Des fagots ont �t� entass�s pour constituer un b�cher.

Au premier plan, Prudence Fletcher s'avance.

Sarah ?

- Sarah ? - Prudence ?

Pour l'amour de Dieu, aide-moi. D�tache-moi, ils arrivent.

Je n'aime pas Dieu. Je ne t'aiderai donc pas.

Crois-tu que je vais les laisser te br�ler ?

Non, je sais bien que non.

Fais vite, d�tache-moi. J'entends leurs pas, ils seront bient�t l�.

N'aie pas peur, ma s�ur.

Aurais-tu cru, ne f�t-ce qu'un instant...

...que je laisserais leurs sales mains enflammer ces cheveux de jais ?

Ou les laisser r�tir ta chair jeune et douce...

...et changer ta peau de velours en une poign�e de cendres ?

C'est moi, et moi seule, qui d�tiens ce droit !

Arr�tez �a !

�a suffit !

Je ne crois pas vous conna�tre, monsieur !

Non, c'est vrai.

Le�on num�ro un, mes amis : toujours captiver le public !

L'implication est la priorit� num�ro un de tout bon th��tre.

Dois-je appeler le docteur Bernard ?

Attendez demain matin.

Charles !

- Je t'attends depuis des heures. - D�sol�, j'�tais � une soir�e.

- J'ai vu ton message en rentrant. - Tu t'es bien amus� ?

Oui, on f�tait la r�ouverture du Th��tre de la Mort.

S'ils voyaient la r�alit�, �a les calmerait.

Tu sais, George, ils sont plut�t r�alistes.

Ils arrivent quelquefois � me faire sursauter.

Avec des roulements d'yeux et de la sauce tomate !

- Tu es un vieux blas�. - Comme tous les flics.

D'accord. Il est trop tard pour discuter de �a.

- Que voulais-tu ? - Jette un coup d'�il � ceci.

�teins la lumi�re.

Il y en a trois.

Pi�ce � conviction A.

Pi�ce � conviction B. La deuxi�me victime.

- C'est r�cent ? - Au cours du mois �coul�.

Et voici la troisi�me.

Toutes frapp�es dans le cou...

...et � chaque fois avec...

Qu'est-ce que c'est ? Une blessure triangulaire ?

Preuve que l'arme du crime �tait la m�me, ou du m�me type.

Elles ont probablement �t� tu�es par la m�me personne.

Un policier moyen n'aurait pu aboutir � cette conclusion.

Rallume la lumi�re.

Existe-t-il un rapport entre les victimes...

...en dehors du fait que ce sont des femmes ?

Non.

La premi�re �tait une sage-femme rentrant d'un accouchement.

La deuxi�me �tait serveuse dans un caf� des Halles.

La derni�re une �tudiante qui allait � son cours de musique.

- Pas d'agression sexuelle ? - Non.

- Ferdi ! - Oui, inspecteur ?

Voulez-vous me donner les rapports d'autopsie des trois victimes ?

Vous l'aurez dans une minute.

Comment va ta main ?

Je suis encore une physioth�rapie et un traitement �lectrique.

Y a-t-il de l'am�lioration ?

Tu vois bien que non.

Je peux conduire.

J'arrive m�me � �crire dans une certaine mesure.

Mais la seule chose que je voudrais vraiment faire...

N'en parlons plus.

Tu ne vas pas abandonner la m�decine parce que tu ne tiens plus un scalpel.

Tu es l'un des meilleurs chirurgiens l�giste depuis des ann�es.

Ne recommence pas.

C'est un g�chis ridicule, Charles ! Tu devrais pratiquer.

J'en d�ciderai le moment venu.

Vin ou cognac ?

Cognac, s'il te pla�t.

As-tu rencontr� Darvas ?

- Oui, il a du caract�re. - Tout comme son p�re.

Il a disparu, tu le savais ? Le cas n'a jamais �t� �lucid�.

George, as-tu d�j� vu quelqu'un se faire hypnotiser ?

Ils ont donn� un spectacle lors de cette soir�e.

J'ai vu des patients hypnotis�s.

Mais jamais personne d'aussi influen�able que cette fille.

- Qui a proc�d� : Darvas ? - Oui.

C'�tait extraordinaire. J'ai cru qu'elle allait tuer l'autre fille.

Le th��tre est fait pour �a.

Elle aura probablement un grand r�le dans la prochaine pi�ce.

Non, c'�tait plus que cela.

- Il a peut-�tre de l'emprise sur elle. - Peut-�tre.

- Les voici, inspecteur. - Merci, Ferdi.

Si vous voulez aller manger, je surveillerai les pensionnaires.

Merci, toutes ces all�es et venues m'ont ouvert l'app�tit.

Une photographie de la sc�ne du crime.

C'est la serveuse.

Il n'y a pas beaucoup de sang.

Non. C'est bizarre, hein ?

- Sont-elles toutes comme �a ? - Toutes frapp�es dans le cou...

...� la veine jugulaire ou � l'art�re carotide.

Pas une goutte de sang ne restait dans le corps, ou aux alentours.

Je vois...

En termes m�dicaux pr�cis, c'est ce qu'on appelle un h�matophage.

Quelqu'un qui �prouve un besoin irr�pressible de sang humain.

Dans ton langage, on dit un vampire. Exact ?

Bonjour, Dani !

Bonjour !

- Comment te sens-tu aujourd'hui ? - Merveilleusement bien.

- Je ne devrais pas ? - Tu as bien dormi ?

- C'�tait une fabuleuse soir�e. - Oui, fabuleuse.

J'ai un sacr� mal de cr�ne. J'ai d� trop m'amuser.

- Y a-t-il des comptes-rendus ? - Oui.

- Que disent-ils ? - C'est g�nial ! Regarde.

Et regarde celui-l� ! Ici, c'est nous !

On pourra payer le loyer.

Le loyer, une carpette neuve et des rideaux ! Qu'en dis-tu ?

Fantastique !

Je devais �tre un peu pompette. Je n'ai jamais support� le champagne.

Deux coupes et beurk...

- Je ne t'ai pas vu boire beaucoup. - Moi non plus.

Je fermais peut-�tre les yeux. En tout cas, je ne me rappelle rien...

...apr�s que Darvas nous a demand� de lire la sc�ne.

Je ne l'ai pas massacr�e ?

Non.

- Tu ne te rappelles pas le texte ? - Pas un mot.

Darvas �tait-il content ?

- Je pense qu'il �tait ravi. - Tu es s�rieuse ?

- Apr�s avoir jou�, tu t'es �vanouie. - Je ne m'�vanouis jamais !

Tu l'as pourtant fait.

Tu �tais si exalt�e que j'ai cru que tu allais me tuer.

- Te tuer ? Je ne savais pas. - Toi non, mais Darvas si.

Il t'avait hypnotis�.

Tu aurais pu me tuer sans t'en apercevoir.

- Tu exag�res. - Pas du tout. �coute, Nicki...

- Promets-moi une chose. - Laquelle ?

Ne vois pas Darvas trop souvent.

C'est le patron. C'est une chance de passer du temps avec lui.

Tr�s bien.

Au th��tre, c'est une chose. Mais en dehors, c'est tr�s diff�rent.

Dani, tu ne serais pas jalouse ?

Non, j'ai simplement peur.

Nicole Chapelle...

Je me demande...

...comment une fille si jeune peut avoir tant de tristesse dans le regard ?

C'�tait l'hiver. Nous n'avions rien � manger...

...et ma famille d�cida de franchir les Alpes pour aller en Suisse.

Ils charg�rent la caravane avec tout ce qu'ils avaient et partirent.

Nous �tions une douzaine de familles.

Il y eut une avalanche...

...qui bloqua le passage dans la montagne.

Nous ne pouvions plus avancer, ni reculer.

Non, �a suffit !

Ne vous troublez pas, Nicole. Vous vous d�brouillez tr�s bien.

- Vraiment ? - Mais oui.

Apr�s tout, c'est un travail de longue haleine.

Voyez-vous, jouer un r�le...

...au v�ritable sens du terme, au sens que je lui donne...

...est une fonction de l'inconscient plut�t que du conscient. Comprenez-vous ?

- Je le pense. - Vous le pensez ?

Mais qu'en savez-vous ?

Je veux que vous me regardiez...

...comme un ma�tre b�tisseur, restaurant une cath�drale.

Avant de pouvoir synth�tiser toutes ces id�es nouvelles...

...vous devez abattre les anciennes. C'est ce que je fais avec vous !

J'�limine vos particularit�s, vos inhibitions, vos pr�jug�s.

Tout ce que vous avez appris, amass�, re�u des autres...

...et ces notions mal dig�r�es de bien et de mal.

Lorsque votre conscient est endormi...

...c'est l� que nous progressons.

Quand vous vous d�placez sur sc�ne, que vous utilisez la bonne intonation...

...et que vous suivez une gestuelle pr�cise...

...vous ne savez peut-�tre pas d'o� cela vous vient exactement.

- De tout mon acquis ant�rieur. - Pr�cis�ment !

Du plus profond de vous, souvenez-vous-en.

Philippe, je ne pourrai pas continuer sans vous.

J'esp�re que la question ne se posera jamais.

Nicole...

Je vais vous montrer ce que signifie...

...jouer un r�le.

Pas seulement en surface, mais avec votre �me.

Vous devez arriver � faire rire celui-ci...

...et pleurer celui-l�.

Comme ceci.

Non ! Non, non et non !

C'est aussi effrayant qu'une petite vieille agitant un verre de cherry !

Pierre, tu vas tuer une femme ! La tuer !

Tes gestes sont maladroits et stupides au lieu d'�tre sauvages et effrayants.

Le public doit trembler de peur !

As-tu retenu ce que je t'ai dit ? L'implication !

Toi, Heidi, tu as l'air aussi effray�e qu'un b�b� devant son hochet.

Mais qu'as-tu dans la t�te ?

J'ai faim. J'ai saut� le d�jeuner.

Imagine-toi que je pourrais l'enfoncer dans ton petit estomac d�licat.

- Tu y es ? - Arr�tez, vous me faites mal !

Tu n'as plus si faim que �a � pr�sent.

Et tu as peut-�tre un peu peur.

Pauvre Heidi...

- Elle va en pleurer toute la semaine. - Bien fait pour cette gourde.

- Dire � Darvas qu'elle avait faim ! - Oh ! Allons !

- Ce n'�tait pas vital. - S'il te pla�t, j'essaie d'�couter.

Il faut penser meurtre, le sentir. Souviens-t'en, Heidi.

Pourquoi es-tu all�e chez Darvas aujourd'hui ?

Nicki, tu ne devrais pas t'impliquer.

Il aurait peut-�tre mieux valu que ce soit toi qu'il invite chez lui.

L'implication est le secret d'une bonne interpr�tation.

Vous r�p�tez ?

Charles ! Oui. Mais que faites-vous ici ?

L'institut d'�tudes m�dicales se trouve dans cette rue.

- Je vais y travailler quelques jours. - Comme c'est pratique !

Dani, arrive-t-il aux actrices d'avoir faim ?

Vous me proposez un rendez-vous ?

Pour souper ce soir, apr�s le spectacle.

Je vous pr�viens, c'est un travail qui donne soif.

Je vous laisse. Je suis dans le prochain tableau.

Je chercherai un restaurant avec une bonne cave.

Parfait !

- Quel bel objet... Puis-je le voir ? - Bien s�r.

- Une lame de Tol�de. - Impossible � trouver de nos jours.

- Dire qu'on en avait des dizaines. - Vous en reste-t-il beaucoup ?

Chaque ann�e, on en casse ou on en perd quelques-uns.

C'est bient�t l'anniversaire de mon jeune neveu.

Si je voulais lui en acheter un, serait-ce possible ?

Tentez donc votre chance au mont-de-pi�t�.

Ce n'est pas un jouet, vous savez.

Un homme connaissant son m�tier...

...pourrait affiler cette lame.

Merci.

Ce n'est pas le bon endroit. Il faut le mettre ici !

�coutez �a : c'est creux ! Il y a une trappe.

La pointe de la lance passera par l� et non par le corps de Heidi, vu ?

On reprend la sc�ne depuis le d�but.

- Pardon, monsieur. - Oui ?

Auriez-vous un moment ? Madame Ang�lique veut vous parler.

D'accord, remplacez-moi.

Bon, on recommence !

Essayez de bouger correctement, si c'est tout ce que vous faites bien.

Vous vouliez me voir ?

Oui !

Si je ne vous distrais pas d'une occupation importante.

Non, rien qui ne puisse attendre mon retour � la r�p�tition.

Je lisais vos nouveaux scripts.

Eh bien ?

C'est remarquable, votre p�re lui-m�me n'aurait pas fait mieux.

J'en suis flatt�.

Au risque de faire mentir ma r�putation de modestie...

...je dois dire que vous avez enti�rement raison.

Vous ne m'avez pas fait venir de la r�p�tition pour me dire cela ?

Non, en effet. Je crois me souvenir, Philippe...

...que vous m'aviez annonc� douze tableaux, et je n'en ai que onze.

Oui, c'est exact.

Le dernier traite de l'influence corruptrice du mal sur l'innocence.

Il me faut encore quelques jours pour terminer mes recherches.

� pr�sent, le tableau vaudou.

Qu'y a-t-il ?

Trop audacieux pour vous ?

Merci. Non, je suis s�re qu'il convient.

Trop proche de la r�alit�, peut-�tre ?

Non, je suis s�re que c'est assez romanc�.

Je vous demande pardon. Il ne pourrait �tre plus v�ridique.

Chaque d�tail de ce tableau est bas� sur des faits.

Vous m'�tonnez.

J'ai assist� en personne � ces c�r�monies fascinantes.

Ces rituels cannibales sont sans doute encore pratiqu�s.

Mais il y aura des probl�mes de mise en sc�ne.

Par exemple ?

La transformation de la vieille femme de chef en une belle jeune fille.

Ce n'est pas un probl�me.

Un effet de lumi�re, un nuage de fum�e, et voil� !

- Ne me dites pas y avoir assist� aussi ? - Pas la transformation imm�diate.

Apr�s tout, il faut bien s'accorder une certaine licence de dramaturgie.

- Je dois retourner � la r�p�tition. - Encore un instant !

Il reste une chose.

- Un petit d�tail. - Lequel ?

- Nicole Chapelle ! - Eh bien quoi ?

Vous disiez que le spectacle a besoin de plus de dynamisme.

Cela me para�t �vident apr�s hier soir.

Et vous sugg�rez qu'un changement de distribution y aiderait ?

- Oui, et mes notes le prouvent. - D'accord, je ne les discute pas.

Mais vous proposez de mettre Nicole dans quatre tableaux.

Cinq, avec le douzi�me tableau.

Nicole est une fille charmante et une jeune actrice prometteuse.

Nous l'avons constat� lors de votre r�ception.

Je le confirme.

Mais elle ne joue en professionnelle que depuis quelques mois.

Est-il sage de donner ces responsabilit�s � quelqu'un d'aussi inexp�riment� ?

Si je ne le pensais pas, madame, je ne l'aurais pas fait !

Un clochard, connu dans tous les dispensaires de Paris.

- M�me blessure triangulaire. - M�me absence de sang.

- Et premi�re victime masculine. - C'est sans importance, � mon avis.

Emportez-le.

As-tu vu les journaux ce matin ?

Quatre crimes non r�solus...

Les contribuables en ont pour leur argent.

Tu ne penses pas s�rieusement qu'il s'agit d'un vampire ?

Non.

- Nicki, es-tu rentr�e ? - Une seconde, Dani.

Pourquoi ne m'as-tu pas attendue apr�s le spectacle ?

Tu m'avais dit que tu sortais d�ner.

J'ai compl�tement oubli�.

Je te dois des excuses pour cette sc�ne � la r�p�tition.

C'�tait vache de ma part.

C'est souvent comme �a au d�but d'une nouvelle saison.

Les r�p�titions tardives, les r�ceptions...

Tout le monde est sur les nerfs. N'y pense plus.

Que fais-tu avec cette robe ?

Je ne te l'ai pas encore dit, mais je d�m�nage.

- Ce soir ? - Oui.

- Tu vas habiter chez Darvas ? - C'est ce qu'il veut.

- Et toi, c'est ce que tu veux ? - Oui. Enfin, je le crois.

�coute-moi, Nicki...

Inutile de me rabrouer ! C'est plus fort que moi.

Tu sais comment est Darvas ! Il manipule les gens...

Allo ? Pigalle 3506.

Allo, Dani ? C'est Charles.

- Bonsoir, Charles. - Je vous appelle des coulisses.

N'auriez-vous rien oubli� ? Moi, par exemple ?

Cela vient juste de me revenir. Je suis terriblement confuse.

Ce n'est rien. J'avais moi-m�me dix minutes de retard.

L'�re des supersoniques ne rend pas plus facile la travers�e de Paris.

- Vous �tes toute excus�e. - Je ne sais quoi vous dire.

- Dites : " Une autre fois, Charles ? " - Avec plaisir.

Je vous rappellerai.

Merci. Bonne nuit.

Bonne nuit.

Excus...

Mon ami si impressionn� par les lectures de pi�ces !

Monsieur Darvas ? Puis-je vous d�poser ?

Merci, mais j'habite tout pr�s. Je peux marcher.

Cela me ferait tr�s plaisir !

Comme vous voudrez.

- Quand pars-tu ? - D�s que j'aurai fait ma valise.

Pour Constantine, de la part de sa ch�re Anna

Comment trouvez-vous l'inspiration pour cr�er vos pi�ces ?

J'ai beaucoup voyag�.

Je dispose aussi des archives laiss�es par mon p�re.

Ainsi, vous vous int�ressez au th��tre ?

� certains de ses aspects. Votre num�ro final, par exemple.

- L'ex�cution ? - Oui.

- Et les sous-entendus vampiriques. - Les sous-entendus ?

J'esp�rais avoir �t� plus explicite.

C'est possible. Je ne suis pas expert.

�tes-vous int�ress� par le th�me des vampires ?

Oui.

Seriez-vous �tonn� d'apprendre que quatre crimes non r�solus...

...figurent actuellement dans les dossiers de la police ?

Tous commis dans les r�gles de la tradition du vampire.

Et tous au cours du mois �coul�.

Je ne lis pas les journaux.

Certains �l�ments n'ont pas �t� divulgu�s, �videmment.

C'est plus sage.

N'est-il pas curieux...

...que vous pr�sentiez des vampires au moment o� ces crimes ont lieu ?

Oui, n'est-ce pas ?

Ces meurtres...

- Qui �taient les victimes ? - Trois femmes et un homme.

- Tous frapp�s au cou. - �videmment.

L'arme �tait une lame de forme triangulaire...

...comme celles que vous utilisez au th��tre.

Je descends au prochain carrefour.

Monsieur Darvas ?

- Monsieur Darvas ? - Oui ?

Je connaissais vos autres d�ficiences, mais j'ignorais votre b�gaiement.

- Je quitte Nicole � l'instant. - Comme c'est int�ressant.

Elle a dit qu'elle venait habiter ici.

Oui, c'est tout � fait vrai.

Si vous n'y voyez pas d'objections, cela va de soi.

Ce n'est qu'une enfant !

Cela peut vous sembler sans importance...

...mais une �tincelle sommeille dans cette enfant.

C'est une �tincelle tr�s profond�ment enfouie qui rec�le un pur talent.

Et il est possible que je trouve cette �tincelle...

...pour faire na�tre une actrice.

Pas une danseuse d�class�e...

...mais une Sarah Bernhardt, ou m�me une Garbo.

- De l� � lui demander de vivre ici ! - En quoi �tes-vous concern�e ?

� moins qu'elle ne soit davantage pour vous qu'une simple colocataire ?

C'est soit de la pruderie, soit de la jalousie !

Et je ne vous crois pas prude.

J'ai bien remarqu� vos regards en coin, vous savez.

Mais puisque vous �tes venue ici pour vous interposer...

...autant vous dire ce qui vous rend si peu attrayante...

...en tant que femme et en tant qu'actrice. Venez par ici.

Regardez-vous ! Regardez-vous !

Ce maquillage est ridicule ! L'ombre � paupi�re est grotesque !

Nous sommes des acteurs et des actrices, pas des cygnes � l'agonie.

�videmment, avec votre pass�, il ne fallait pas s'attendre...

O� voulez-vous en venir ?

Je vois que votre accident n'a pas affect� votre ou�e...

...comme il l'a fait de votre diction et de votre esprit !

Ne prenez pas cet air surpris.

Un metteur en sc�ne se doit d'enqu�ter sur le pass� de ses artistes.

Leurs forces, leurs faiblesses...

Et je sais que vous avez pass� deux ans dans un asile d'ali�n�s.

C'est faux !

J'ai �t� hospitalis�e, et apr�s en maison de repos.

J'ai fait une d�pression. C'est tout.

Vous �tes une d�sax�e !

Tr�s excit�e par la vue de difformit�s, n'est-ce pas ?

D'o� votre venue dans notre th��tre. Vous �tes une nullit� !

Je ne veux plus jamais revoir votre visage path�tique !

Ni chez moi, ni au th��tre !

- Je ne voulais pas... - Mais moi si !

J'irai voir Mme Ang�lique d�s demain. Vous �tes renvoy�e !

- Que vais-je devenir ? - Ne vous inqui�tez pas pour �a.

Si le monde ext�rieur est trop dur, il vous restera toujours l'asile.

Et au pire, la rivi�re ! Au revoir, mademoiselle !

Ah ! Serafina...

Brave fille...

Tu es une femme parfaite, Serafina.

Que faisiez-vous ici ?

Pas maintenant, Charles !

- Dani, que se passe-t-il ? - Laissez-moi !

- Dani, restez � l'�cart de cet homme. - Laissez-moi tranquille !

Le corps de M. Darvas n'a pas �t� retrouv� pour l'instant...

...et il n'existe aucune preuve concr�te de sa mort.

Techniquement, il est consid�r� comme une personne disparue.

Cependant, son chapeau et son manteau ont �t� trouv�s couverts de sang.

Il est donc fort possible qu'il ait �t� assassin�.

Quelqu'un a-t-il des questions ?

Vous nous ferez savoir quand il y aura une certitude ?

Bien entendu.

Est-ce qu'on peut quitter Paris ? Le lundi, je vais � la p�che.

Pas de probl�me.

Je ne vous retiens pas plus longtemps. Merci.

S'il n'est pas mort, que lui est-il arriv� ?

Je suis d'accord. On ne dispara�t pas comme �a.

Son p�re a bien disparu. Nul n'a jamais su comment.

Nicole ?

Nicole...

Vous sentez-vous pr�te pour ce soir ?

Si vous pr�f�rez ne pas jouer, nous aurons recours � une doublure.

Merci.

Quand j'avais � peu pr�s votre �ge, j'ai connu un homme...

...bien plus �g� que moi. J'�tais folle de lui.

Nous �tions tr�s proches.

� la fin, il mourut.

Durant des mois, je suis rest�e inconsolable.

Ma ch�rie...

...nous savons tous vos sentiments pour M. Darvas.

Pensez-vous pouvoir continuer sans lui ?

Je ne sais pas, madame, mais j'essaierai.

Bien parl� !

Vous vous inqui�tez pour elle, n'est-ce pas ?

- Charles, tu viens ? - Dans une minute !

L'inspecteur m'a demand� de l'aider dans son enqu�te...

...officieusement, bien s�r.

En attendant, jusqu'� ce qu'ils aient attrap� ce dingo...

...je vous reconduirai chez vous chaque soir, d'accord ?

D'accord.

La moiti� de la troupe consid�re Darvas comme un g�nie...

- ...et l'autre moiti� comme un salaud. - Estimation flatteuse, selon moi.

Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu l'avais raccompagn� ?

Je n'ai pas trouv� �a important.

Charles, tu le sais bien...

Tu es probablement le dernier � l'avoir vu vivant.

L'avant-dernier... N'oublie pas l'assassin.

- Tu fais bien de me le rappeler. - Allons !

- Ne me dis pas que je suis suspect ! - Pourquoi pas ?

Tu n'as rien oubli� d'autre ? Comme �tre entr� boire un verre ?

Je l'ai d�pos� au carrefour.

As-tu vu quelqu'un pr�s de la maison ?

Eh bien ?

Non, personne.

Tu sais ce que je pense ? Je ne crois pas � la mort de Darvas.

- Qu'est-ce qui te le fait croire ? - Un pressentiment.

Et s'il est en vie, il va tenter de contacter Nicki Chapelle.

- Tu veux que je la fasse filer ? - Non.

Je vais m'en charger.

Le pr�fet sera ravi, sans parler de ta copine Dani.

Comment comptes-tu faire ?

Je visiterai les endroits o� Darvas avait ses habitudes : les Tuileries...

...ses caf�s pr�f�r�s, les lieux qu'il fr�quentait...

...le parc o� on a trouv� son manteau.

- Je ne parierais pas ma chemise. - Pourquoi ?

Je pense qu'il est mort.

Non, je savais bien que non. Mais fais vite !

Il semble que vous n'ayez pas d'inqui�tude � avoir, madame.

Je ne pensais pas qu'elle y arriverait.

C'est presque comme si Darvas �tait encore parmi nous.

Ou les laisser r�tir ta chair jeune et douce...

...et changer ta peau de velours en une poign�e de cendres ?

C'est moi, et moi seule, qui d�tiens ce droit !

Prudence ! Non !

Elle ne savait pas ce qu'elle faisait. Exactement comme lors de la r�ception !

- Cela n'a rien d'extraordinaire. - Ah non ?

Alors, qui l'a hypnotis�e cette fois ?

Elle a pu le faire elle-m�me.

Comment ?

Ce n'est pas si rare, vous savez. On fait souvent comme �a � la guerre.

Des hommes terrifi�s qui doivent monter � l'assaut...

...s'hypnotisent ou se mettent en �tat de transe par eux-m�mes.

Ils se r�citent des phrases apprises par c�ur � l'entra�nement.

Vous savez comment finit la sc�ne.

Juste avant que Nicole n'�crase la torche sur mon visage...

...elle s'est fig�e et m'a regard�e droit dans les yeux.

Tr�s efficace !

Vous ne comprenez pas.

Je sais que cela vous semblera irrationnel.

Mais � cet instant...

...quand les yeux de Nicole �taient riv�s aux miens...

...j'aurais jur� que ce n'�taient pas ceux de Nicole...

...mais ceux de Darvas.

Lorsque votre conscient est endormi...

...c'est l� que nous progressons.

Quand vous vous d�placez sur sc�ne...

...en utilisant la bonne intonation...

...et que vous suivez une gestuelle pr�cise...

...vous ne savez peut-�tre pas d'o� cela vous vient exactement.

Du plus profond de vous...

...souvenez-vous-en.

- Elle n'est pas l� ? - Non.

O� peut-elle �tre ?

Soit qu'elle est sortie manger, ce qui est peu probable.

- Soit... - Soit quoi ?

Que lui fait-il ?

Il lui injecte sans doute de l'amytal de sodium.

Cela va la calmer. Elle sera plus � l'aise pour parler.

Charles, est-ce un bon docteur ?

C'est l'un des meilleurs psychiatres de Paris. Ne vous inqui�tez pas.

Alors ?

Je confirme : autohypnose. Volontaire ou pas.

Cela peut-il d�couler de la fois o� elle fut hypnotis�e � la r�ception ?

C'est possible, mais je dirais, et ce n'est que mon avis...

...qu'elle a �t� hypnotis�e depuis, peut-�tre plus d'une fois.

- Comment pouvez-vous le dire ? - En me basant sur le peu qu'elle a dit.

Pourriez-vous briser...

...comment appeler �a, cette transe, ce sortil�ge ?

Probablement, mais le processus sera lent.

Il s'agit d'obtenir du sujet qu'elle abandonne des influences...

...change de mod�le comportemental...

...et retrouve ensuite confiance en elle...

...jusqu'� ce qu'elle redevienne autonome.

- Cela para�t tr�s exigeant. - Cela peut l'�tre.

Cela d�pend beaucoup d'elle.

Avant que cela n'arrive, avait-elle un caract�re stable ?

Ou �tait-elle �motionnelle, n�vros�e ?

Eh bien...

Elle �tait facilement morose.

Il lui fallait peu de choses pour s'emballer...

...ou pour d�primer.

J'aimerais savoir la qualit� de Darvas comme hypnotiseur.

Voyez-vous, mademoiselle, la plupart d'entre eux pr�f�rent...

...travailler avec des gens bien �quilibr�s, flegmatiques.

Les n�vros�s ou les ombrageux, ils les �vitent comme la peste.

- Pourquoi ? - Parce qu'ils sont impr�visibles.

Vous pouvez aller la voir maintenant. L'injection a d� faire son effet.

- Merci, docteur. - Je vous en prie.

Peut-elle reprendre son travail ?

Je pense que oui. Je le saurai demain matin.

J'approuve votre th�orie, Charles.

Mais je n'avais encore jamais vu un sujet si fortement affect�.

Vous m'avez dit que Darvas est mort. Je ne vous contredirai pas.

Mais je dis que quelqu'un...

...continue � la contr�ler.

Tu sais...

J'ai du mal � l'admettre, mais ton ami policer doit avoir raison.

Je crois que Darvas est mort.

Vraiment ? Je n'en suis pas si s�r.

Les meurtres ont cess� depuis sa disparition.

- Jusqu'� la nuit derni�re. - Comment ?

Une prostitu�e.

Je n'ai pas voulu perturber Nicki.

La m�me m�thode qu'avant. Ce sera dans la presse du soir.

Pourquoi es-tu s�r que c'est Darvas ?

Pour un tas de petites raisons, mais une en particulier.

Quand je lui ai parl� du c�t� vampirique...

...il s'est montr� tr�s press� de descendre de la voiture.

On aurait dit que sa maison �tait en train de flamber.

O� est Nicki ?

- Quelque part l�-bas. - Allons la voir.

Nicki, viens, il faut aller au th��tre.

Nicki, qu'y a-t-il ? Qu'avez-vous ?

L�... L�-dessous...

Qu'est-ce que c'est, ch�rie ? Que vois-tu ?

Philippe...

Il est parti en entendant le son de vos voix.

- Cette pi�ce �tait de Darvas ? - Oui.

Il connaissait assur�ment chaque aspect du syndrome de la soif du sang.

Karl, avez-vous d�j� trait� un h�matophage ?

Oui, �a m'est arriv�.

C'est rare mais �a existe.

Je ne parle pas des caricatures griffues qu'on voit se r�g�n�rer au cin�ma.

Mais j'ai connu des patients �prouvant un besoin constant de sang humain.

- Un besoin physique ? - Ou psychique, quelle diff�rence ?

L'important n'est pas que le corps ait besoin de sang...

...mais que l'esprit en soit persuad�.

Et comment d�bute cette maladie ?

�a, c'est la bouteille � l'encre.

Mais je peux vous dire une chose.

J'aimerais passer une heure avec l'homme qui a con�u cette pi�ce.

Darvas a laiss� des notes sur ses futures pi�ces.

Au moment de sa disparition, il travaillait sur l'une d'elles.

- Il ne l'a pas achev�e ? - Non.

Madame Ang�lique dit qu'il lui restait des recherches � faire.

�coutez...

Trouvez-moi ce manuscrit et nous ferons peut-�tre des progr�s.

Qu'est-ce que tu fais ?

Je fouine un peu pour retrouver un script de Darvas.

Je t'ai vu en compagnie du docteur Schiller au th��tre.

Lui as-tu parl� du reflet que Nicki a vu dans l'eau ?

- Avec ou sans lait ? - Sans, s'il te pla�t.

Oui. Il est �tonn� que si Nicki s'attendait � voir Darvas...

...elle ne se soit pas efforc�e de nous �loigner.

- Du sucre ? - Non, merci.

Elle a �t� tr�s affect�e en apprenant ce nouveau meurtre.

La police a renforc� ses effectifs pour trouver Darvas, mort ou vivant.

Ce qu'ils veulent vraiment savoir, c'est s'il est mort comme les autres.

Est-ce r�ellement important ?

Bien s�r. Car si c'est le cas, ce n'�tait pas lui l'assassin.

Et s'il �tait vivant ?

Alors, j'imagine que t�t ou tard...

...il aura un rendez-vous matinal avec la guillotine.

Dani...

Quelque chose retient Nicole ici. Mais toi, rien ne te retient.

Tu ne voudrais pas que je la laisse seule ?

Quelqu'un d'autre pourrait s'occuper d'elle.

Non, elle me fait confiance. Elle a besoin de moi.

Elle n'a pas de famille ?

Elle �tait encore b�b� quand ses parents sont morts.

Elle a v�cu dans des orphelinats et des foyers d'accueil.

Finalement, elle s'est enfuie pour vivre de ses propres ailes.

Elle a fait des petits boulots, chant� dans les caf�s.

- C'est l� que Darvas l'a remarqu�e ? - Oui.

Il est impossible de le croire mort, ni m�me qu'il le sera un jour.

Dani...

Si tu es d�cid�e � rester pr�s d'elle, laisse tomber le th��tre un moment.

Tu dois comprendre une chose tr�s clairement.

Je ne suis capable de travailler que dans un th��tre de ce genre.

Sottises ! Tu n'es plus malade !

C'est le pi�ge hyst�rique typique dans lequel Nicki est tomb�e.

Parlons d'autre chose. Veux-tu un cognac ?

Tu sais, ce genre de baby-sitting pr�sente deux avantages pratiques.

A : Le b�b� ne nous cause pas trop de difficult�s.

Et B...

Nous pouvons profiter de l'hospitalit� de Darvas...

...sans �tre d�rang�s.

Crois-tu qu'elle se remettra ?

Pour le moment...

...je...

...m'en moque.

Elle joue bien.

Et votre femme reste la meilleure cuisini�re de Paris.

Je lui dirai.

- C'est une Fran�aise ? - Pas de naissance.

J'ai une femme vraiment remarquable.

- Ce n'est pas vrai, Charles ? - Certainement.

Elle ne sert jamais en salle. Son domaine, c'est la cuisine.

Et pourtant, elle sait toujours tout ce qui se passe ici.

- �a pourrait �tre g�nant. - S�rement !

Elle m'a demand� qui �tait cette jeune Roumaine ?

Comment a-t-elle pu savoir ?

Elle a reconnu la m�lodie.

Vous venez donc de Roumanie ?

Apr�s la fin de la guerre. Quelle aventure !

- Andr�, arrive un instant ! - J'arrive !

Excusez-moi.

Eh bien, nous savons � pr�sent d'o� elle est originaire.

Elle semble �tre � l'aise, mais...

...Darvas ne se montre pas.

Je ne crois pas qu'il se montrera.

Sinon, elle l'aurait senti.

Vous m'excuserez, mais je vais me mettre au lit.

Tu es fatigu�e, ch�rie ?

Merci pour le d�ner, Charles. C'�tait un endroit d�licieux.

Merci de nous avoir divertis. Bonne nuit.

Est-ce mon imagination, o� Nicki va-t-elle mieux ?

Oui, je le pense aussi.

Le coup du restaurant n'a pas march� pour Darvas...

...mais elle semble s'�tre amus�e.

Ce sont des gens sympathiques. Andr� nous a invit�s � revenir.

Seulement si Nicki jouait de nouveau pour eux...

...et si elle laissait sa guitare sur place comme garantie !

Charles, qu'appelle-t-on le complexe de Delion ?

C'est une notion freudienne.

Elle se rapporte � quelqu'un qui cherche l'�ternelle jeunesse.

Le complexe de Peter Pan, si tu pr�f�res.

Schiller semble penser que Darvas en �tait affect�.

Oh ! Dani, pourrions-nous parler d'autre chose ?

Tu sais, je pense que Darvas p�re et Darvas fils...

- ...sont une seule et m�me personne. - Quoi ?

Oui, comme Dorian Gray.

Te rappelles-tu la fin du livre...

...quand son visage juv�nile se d�compose devant tout le monde ?

Dani, au nom du Ciel ! Assez parl� de Darvas !

Il n'a rien de surnaturel !

Mort ou vivant, c'est un homme comme les autres !

Oublie-le !

C'�tait Darvas qui passait boire un dernier verre.

Nicki ?

Nicki ?

Nicki ?

Nicki ?

Tableau 12 : "LA CARAVANE" par Philippe Darvas

" C'est l'hiver, dans les Alpes italiennes. "

" La Seconde Guerre mondiale vient de prendre fin. "

" Une roulotte de Gitans isol�e est bloqu�e par une avalanche... "

" ...dans un col peu fr�quent�, haut sur la montagne. "

- Andr� ? - Oui ?

Regarde �a.

- Et alors ? - Ces noms ne te rappellent rien ?

Constantine, Anna...

- Non. - F�vrier 1946, dans les Alpes.

� deux roulottes derri�re nous. Tu t'en souviens.

- Tu crois que c'est leur fille ? - C'est possible.

Constantine et Anna �taient dans notre groupe.

La vie �tait devenue trop difficile. Nous d�cid�mes de partir en Suisse.

Nous �tions une quarantaine.

- Nous part�mes d�but f�vrier. - En f�vrier dans les Alpes ?

D'accord, c'�tait de la folie. Mais nous �tions d�sesp�r�s.

Nous ne pouvions rien faire d'autre.

Une avalanche avait bloqu� le col. Nous ne pouvions plus passer.

Nous tu�mes l'un des chevaux pour consommer sa viande.

Mais un b�b� ne peut manger �a.

Ils �taient quatre dans la roulotte de Constantine.

Lui, sa femme, la petite Nicole et un jeune gar�on.

Un cousin, ou quelque chose comme �a.

Quand nous p�mes enfin d�gager les roulottes...

...nous d�couvr�mes qu'une chose horrible s'�tait pass�e.

La m�re, Anna...

Elle �tait d�sesp�r�e de voir que Nicole allait mourir de faim !

Elle tua le gar�on...

...et nourrit le b�b� avec son sang.

" Des voyageurs d�couvrirent la roulotte abritant le b�b�... "

" ...et les cadavres. "

C'est donc toi qui as tu� ?

J'en avais besoin.

Et Darvas ?

J'ai cru qu'il m'aimait, mais il n'aimait que le th��tre.

Il se servait de moi pour la trame de son dernier tableau.

Son ultime portrait en noir et blanc !

Je ne pouvais pas le laisser.

Qui aurait compris qu'il s'agissait de toi ?

Il voulait que j'interpr�te Anna, ma m�re.

On comprendra tout quand son corps sera d�couvert.

C'est d�j� fait. La radio l'a annonc�.

Alors, ils savent qu'il n'�tait pas l'assassin.

Et...

Tu n'arrangeras pas tes affaires en me tuant.

Je ne veux pas te tuer, Dani.

Mais maintenant que tu sais tout, je le dois.

Exactement comme j'ai d� tuer Philippe.

Vous �tes les deux seuls � avoir compris.

Pourquoi ne vas-tu pas tout avouer � la police ?

Charles et moi irons avec toi.

Trop tard.

Nicki, tu es malade.

Le docteur Schiller le certifiera.

- Tu n'auras pas � vivre avec... - Cela ne changera rien !

- Tu seras seulement hospitalis�e. - Comme tu l'as �t� ?

C'est ta seule chance !

Non, Dani !

C'est toi ma chance.

Maintenant que Darvas est mort, la police va chercher quelqu'un d'autre.

Quelqu'un qui soit mentalement d�rang�.

C'est toi qu'ils trouveront.

Et tu avoueras !

Tu leur diras que tu devais le faire, Dani.

Que tu devais les tuer.

Tous...

Il fallait que tu le fasses, Dani !

Tu devais les tuer.

Tous, Dani...

Tu devais les tuer.

Tous, Dani...

Tu devais les tuer.

Tous...

" En demandant pardon pour les actes horribles que j'ai commis... "

" ...je mets un terme � cette confession et ma vie. "

Bon, signe-la.

Vas-y, Dani, �cris ton nom !

Encore ceci, Dani, et tout sera fini.

Allez, prends-le.

L�ve-toi, Dani.

Un petit geste et tu seras libre, Dani.

Frappe !

D'accord, Dani. Je vais le faire pour toi.

Je ne les laisserai pas te retrouver vivante.

Dani ?

Avez-vous vu passer une jeune femme blonde ?

Oui, monsieur. Elle vient d'entrer.

Bien. Appelez l'inspecteur Micheaud.

Dites-lui : " Nicole est l'assassin. Venez au th��tre imm�diatement. "

Regardez l�-dedans.

Deux hommes par ici et deux autres par l� !

J'ai eu votre message. Vous l'avez vue ?

Non, elle est peut-�tre ressortie.

Elle n'ira pas loin. J'ai des hommes partout.

Nous allons contr�ler les spectateurs et fouiller le th��tre du haut en bas.

Darvas lui-m�me t'aurait f�licit� pour ton cri.

- Mais je n'ai pas cri� ! - Alors �a...

Une minute, qu'avez-vous dit ?

Je disais que je n'ai pas cri�. Je ne sais pas qui c'�tait.

Tableau 12, par Philippe Darvas.

La caravane...

S'il connaissait cette histoire, il savait qu'elle �tait malade.

C'est pourquoi il l'avait fait venir ici, pour tout mettre par �crit.

Il devait �tre conscient que t�t ou tard, elle se ferait arr�ter.

Je suppose qu'il se consid�rait en quelque sorte immunis�...

...et qu'elle ne le tuerait pas.

Il exer�ait certainement sur elle un puissant contr�le...

...et il a eu la vanit� de croire qu'il �tait absolu.

Il voulait changer la trag�die en com�die...

...et la com�die en trag�die.

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