Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Musique inquiétante
...
Musique africaine au loin
...
Propos en langue étrangère.
...
Brouhaha
...
-J'ai cru que c'était la fin du monde.
Les chèvres bêlent
...
-Allez. Tire-toi de là, feignasse.
Voilà Vanderbrouck qui arrive.
-J'ai pas l'impression d'avoir fait ma nuit, dis donc.
-Non, mais où tu veux en venir au juste ?
-Je me dis qu'un homme marié a certains droits.
-Occupe-toi plutôt de Vanderbrouck.
-Ah ! Monsieur Vanderbrouck.
Toujours le premier, hein ?
-Je vois que le couvreur a pas réparé le toit.
Vous devriez aller le chercher.
-C'est pas le travail de la police, Monsieur Vanderbrouck.
Ces latrines appartiennent
à la compagnie africaine forestière.
C'est votre propriété personnelle.
-Mais toute la ville en profite.
-Toute la ville sauf moi.
C'est pas seulement l'odeur, le matin quand je me réveille,
c'est la première chose que je vois.
Vous pourriez pas les enlever ?
- Je peux pas. - Pourquoi ?
-Bien, parce qu'elles sont ici.
-Evidemment, c'est une raison.
-Ah, non, pas ici.
-Bien, là-bas, t'as pas voulu non plus.
-Bien ni ici ni là-bas. Mamadou ?
-Ben où alors ?
-Nulle part.
Non, parce que tu crois que toi et moi, on va...
mais après ce qui s'est passé tout à l'heure...
-Il s'est passé quelque chose ?
-Tu m'avais dit : "Vanderbrouck, c'est un empoisonneur public."
-Oui.
-Ces latrines, c'est un danger pour la population.
La police doit intervenir.
Comme la police à Bourkassa, c'est moi et personne,
dans 8 jours,
on sera débarrassé de ces chiottes pourries.
- C'est ce que je viens de lui dire. - Oh, tu parles !
Tu t'es écrasé devant ton Vanderbrouck.
Il t'a pissé au nez, ton Vanderbrouck.
Ecoute, des minables comme toi, des carpettes,
des pauvres loques comme toi, moi,
je veux bien servir la soupe, mais pour le reste...
-Huguette, je suis pas sûr d'être d'accord avec toi.
Tu as pas tort. Mais je dis pas que t'as raison.
De toute façon, même si je suis ce que tu dis,
c'est pas des choses à me reprocher.
Je suis pas tout seul à être comme ça.
-Maman !
-Tiens, ton petit frère s'est réveillé.
-Oui, j'arrive, mon Nono.
-C'est drôle, un frère qui appelle sa soeur maman.
-Bah, qu'est-ce qu'il y a, mon Nono ?
-Il y a une bête sous le lit.
-Bien, c'est pas une raison pour m'appeler maman.
-Surtout que ce n'est pas un mot très flatteur pour toi.
Parce que ça n'a rien de flatteur d'être la mère de Nono.
Et puis ensuite, ça risquerait de donner aux gens
des idées fausses sur ton âge.
J'ai fini le canard sans m'en apercevoir, moi.
Gémissements
...
Lucien se racle la gorge.
-Oh.
Bien, tu sais, il a eu une grosse peur.
Pauvre petit.
-Je vois ça.
-Tu sais ce que c'était, la bête ? Un papillon.
-Oui, mais un papillon de nuit venimeux.
-Bon sang, c'est ma chemise en cellular qu'il a sur le dos ?
Et en loque, par-dessus le marché.
-En loque, c'est vite dit.
-Il a une égratignure sous l'oeil.
C'est sûrement le papillon venimeux qui lui a fait ça.
-Fais attention à pas m'ombrager, Lucien.
-T'ombrager ?
-Je parle français. Ombrager, c'est très clair.
-Qu'est-ce que tu crois qu'il a voulu dire, là ?
-Bien, c'est rapport à ton métier.
T'arrêtes les gens et tu les mets à l'ombre.
-Si c'était pas toi, je mettrais bien ma main au feu
que c'est une demoiselle qui l'a déchiré, ma chemise.
-Là, Lucien, t'es en train de m'ombrager.
Huguette chante au loin.
Il a l'air fameux ce gâteau de riz.
...
Il serait meilleur avec du rhum.
...
Rhum, rhum, vite.
Une bouteille de rhum. Toujours rhum dans gâteau de riz.
-Qu'est-ce que t'attends
pour aller travailler ?
-Je cherche mon chapeau.
-Il est sur ta tête, pauvre connard.
-Ah !
-Maman ?
Viens goûter le gâteau de riz avec le rhum.
-Ouais, c'est délicieux, mais m'appelle pas maman.
On t'en gardera.
-J'espère bien.
-C'est vrai que tu étais avec une fille hier soir ?
-Il est salé, le café.
-Répond au lieu de dire des âneries.
-N'empêche qu'il est salé, le café.
Chant africain au loin
...
-Quelle surprise !
Mais je suis content de vous voir.
-Pas nous, ça fait mauvais effet
de fréquenter une fripouille comme toi.
-Sinon ce soir, il y a une réception au bordel
pour le nouveau colonel.
Est-ce que par hasard, t'aurais pas des prisonniers
à nous prêter pour servir à table ?
-Vous savez que j'arrête jamais personne.
A moins d'y être forcé.
J'ai assez de mes ennuis personnels sans de m'occuper des autres.
-Ca sert à quoi une prison vide ?
-Il est encore plus con qu'on le pense.
Il rit. - C'est vrai.
-Bonjour, Monsieur Cordier.
J'ai préparé le café. - Eh bien et ça ?
C'est pas un prisonnier, ça ? - Mais c'est le mien, ça.
- Tu nous en parlais pas. - Mais parce que c'est le mien.
-On va te le prendre jusqu'à demain soir, mon père.
-Enfin, il est très très vieux.
Il est sourd comme un pot. - Il sait faire le café ?
-Il a empoisonné sa femme.
-On demande juste s'il sait faire le café.
-Pas très bien.
-Hé, Le Péron. Il est pas mauvais.
-Il est même fameux. Tu nous l'amènes demain à 3h.
Comment tu t'appelles ? - Fête Nat.
-Alors tu es né un 14 juillet. Ha ! Ha ! Veinard.
Propos en langue étrangère.
Tu as quand même la belle vie à Bourkassa.
Meilleure que celle que t'aurais en France.
-Je dis pas que vous avez tort. J'ai pas à me plaindre.
Je suis logé à l'oeil. J'ai la TSF. La salle de bain, l'électricité.
Non, par moment, pas toujours.
Quelquefois, je me dis que moi, mon paradis,
je l'ai trouvé sur Terre.
-Pourtant, Cordier, t'es qu'un zéro.
Merde, il est tombé.
-Il a fait boum. ...
-C'est pas très gentil ce que vous faites là.
-Mais on l'a pas fait exprès.
-Dis, le principal, c'est que t'aies rien de cassé.
- Mais c'était pour jouer. - Oui, c'était pour jouer.
-Dans ce cas, c'est différent.
-Oh, il a glissé.
Hé, Le Péron.
Fête Nat, c'est pas le nom d'un Saint, ça ?
-Bien, non, c'est le 14 juillet.
-Alors, ça n'explique rien.
-T'es encore plus con que lui.
- Non, mais c'est vrai. - Quoi ?
Fête nationale.
-Ah ! Fête nationale !
Des enfants jouent au loin.
...
-T'as la main qui tremble, Fête Nat.
On tremble tous les deux.
Tu sais, Fête Nat, cette nuit, je dormais pas.
J'étais allongé, les yeux grands ouverts,
en train de me retourner jusqu'à en devenir marteau.
Voilà tout à coup que j'en ai marre.
Et je me dis :
"Tu vas finir par tourner en bourrique
à force de te tourmenter."
Ce qui fait que j'ai réfléchi. J'ai réfléchi tant que j'ai pu.
Jusqu'à en avoir mal aux méninges.
-ET FINALEMENT, J'AI PRIS UNE DECISION.
C'EST QUE JE SAVAIS FOUTRE PAS CE QUE JE POUVAIS BIEN FAIRE.
- Tu l'oublies, mon anniversaire ! - Non, laisse-moi.
Aïe, aïe, aïe, aïe !
Aïe ! Aïe !
Non ! Aïe ! Mais tu me fais mal. Aïe !
Laisse-moi, laisse-moi. Laisse-moi.
Mais écoute !
-Ca te revient pas, le 17 !
Va-t'en !
- En plus, tu m'aimes pas, hein ? - Non, je t'aime pas !
- Vous entendez ? - Non, j'entends rien du tout.
-C'est cette brute de Marcaillou qui tape encore sur sa femme.
Un jour, il va la tuer.
-Ca doit être parce que j'ai de l'eau dans les oreilles,
j'entends rien.
-Oh, mais arrête !
-Ah oui, comme ça, j'entends.
-C'est pas compliqué à se rappeler !
- Tu me fais mal ! - La pauvre.
Elle passe un mauvais quart d'heure.
Vous n'allez pas intervenir ?
-Si, si, j'y vais. Oh la la.
Qu'est-ce que je vous dois ? - 50 centimes.
- Où est-ce que j'ai... - Vous paierez plus tard.
-Non, jamais de dette, Nico. Voilà.
-Merci.
Tiens, on dirait que c'est fini. - Oui, c'est vrai.
On dirait que c'est fini.
Vrombissement de moteur
...
Bêlements de chèvres
Oh ! Ma petite Rose.
Ma Rosette, mais où est-ce qu'il est,
le salopard ?
Il a filé ? - Bien, oui. Par là.
Dis donc, j'arrive trop tard. J'ai couru quand on m'a dit.
-Regarde, le salaud, il m'a cassé ma Minaudière.
-Quelle ordure !
Ma petite Rosette, ma Rosalie.
Voilà.
-Remonte tes mains, là, entre mes cuisses.
-Dans la rue, c'est peut-être beaucoup, non ?
-Comme ça, ils sauront qu'il y en a un qui m'aime.
-C'est fini, ma Rosette.
-Il m'a fait mal.
-C'est fini, regarde-moi.
Coups de feu
...
-Baisse-toi.
-Raté. C'est de ta faute.
-Mais qu'est-ce que vous chassez là ?
-On chasse pas, connard.
On fait des cartons sur les macchabées qui passent.
-Ca les dérange pas, les macchabées.
Et nous, ça nous amuse.
Quand la dysenterie s'arrêtera, on trouvera sûrement autre chose.
-En voilà un pour toi, Le Péron.
...
...
...
-Je lui ai fait éclater la tête.
-L'embêtant, c'est que sans vous en douter,
vous enfreignez la loi, mes amis.
Vous manquez de respect à des morts.
-Mais c'est des nègres.
On les a foutus à l'eau comme des chiens à crever.
-Ah non. On les a confiés à la rivière.
Après une cérémonie qui est une sorte d'enterrement.
Quoique le mot soit impropre.
Et vous, vous commettez une violation de sépulture.
-Et ça va chercher dans les combien,
la violation de machin ?
-Je serais bien curieux de savoir
combien peut coûter un macchabée qu'on payait un franc par jour.
-Disons 100 fr., mais je ferme les yeux pour 50.
-50, qu'est-ce que tu en penses, toi ?
-D'accord.
Mais à une condition.
C'est que tu nous fasses un petit carton.
-Non, dans ma situation, je peux pas, moi.
- Tu as droit qu'à une cartouche. - Non.
-Tiens, celui qu'a eu Le Péron. Il est bloqué par la souche.
...
Raté.
Tu aurais pas fait exprès, toi ? - Non, tout de même.
Il a eu le geste.
Tu es toujours à vendre, mon salaud.
-Mais je suis bien forcé, Le Péron. Primo, je suis mal payé.
Secundo, ma femme me prend tout mon argent.
Et puis, tertio, vous en prendre à vous,
c'est comme qui dirait, un devoir civique.
Non, Le Péron, non. - Non, Le Péron.
Ils rient.
50 francs. Tiens.
Klaxon strident
...
Musique joyeuse
...
-Où c'est que tu as appris à jouer au billard, toi ?
Si tu te serres de ta queue comme ça dans un lit...
Oh ! Lucien ! Quelle nouvelle !
J'espère que tu nous apportes un peu de distraction.
Paulo, je te présente Lucien Cordier,
chef de la police de Bourkassa-Oubangui.
Lui qui joue au billard comme un con, c'est Paulo.
Il te connaît pas vu qu'il vient d'arriver ici.
Qu'est-ce que tu bois ? - Un Mandarin.
-Gaston ! 3 Mandarins. Et à Bourkassa, ça boume ?
-Si on peut appeler ça boumer.
Il faut dire que Bourkassa, c'est loin d'être une métropole.
-C'est grand comment ?
-A l'entrée, il y a un écriteau avec 1275 achats.
-Achat ?
-Oui, ça veut dire 1275 âmes.
-Et les âmes en questions,
il y a autant de gens qui vont avec ?
-Bien oui, forcément.
-Je crois pas que t'as raison de dire
que 1275 âmes,
c'est pareil que 1275 habitants.
Pas vrai, Paulo ?
-Exact. T'as cent fois raison, Marcel.
-Dis-lui pourquoi j'ai raison, au vieux Lucien poil au chien.
-Bien, explique toi-même, tu es plus convaincant.
-Bien, tes 1275, c'est en comptant les nègres.
Et les nègres, ils n'ont pas d'âme.
Pas vrai, Paulo ? - Exact.
-Vous avez pas tort,
mais je dis pas que vous avez raison.
Pourquoi vous dites qu'ils ont pas d'âme ?
-Eh bien, dis-lui. Eclaircis donc sa lanterne.
-Bien, voilà, ils ont pas d'âme parce que...
c'est pas des... c'est pas vraiment des gens.
-Si c'est pas des gens, qu'est-ce que c'est ?
-Eh bien, c'est des nègres. Rien que des nègres.
La preuve, c'est quand on parle d'eux,
on dit pas "des gens", on dit "des nègres".
-Non, mais attendez.
Qu'est-ce que vous dites de ça ?
Un petit enfant blanc qui vient de perdre sa maman
qui est blanche aussi.
Ca peut arriver, ça.
- Ca arrive. - Bon, bien, il y a personne.
Personne d'autre qu'une négresse pour lui donner la tétée.
Elle lui sauve la vie.
-Si on veut. Et alors ?
-Alors, il me semble que ça prouve.
-Ca prouve rien du tout.
Il aurait pu tout aussi bien téter une vache.
Ca prouverait pas que les vaches, c'est des gens.
-J'ai eu des rapports avec des femmes noires
et pas avec des vaches.
-Primo, t'aurais pu.
Et deuxio, ça prouverait toujours pas que les vaches,
c'est des gens, ça t'en bouche un coin ?
Poil au chien ?
-C'est vrai que tu raisonnes rudement bien, Marcel.
-Je pense pas
que tu sois venu jusqu'ici pour m'entendre raisonner.
-Non, non.
J'ai des soucis, mais plus souvent qu'à mon tour.
Ca me tracasse tellement que j'en ai la cervelle à l'envers.
J'en perds le boire et le manger.
Alors, j'ai réfléchi, j'ai réfléchi et puis à force de réfléchir,
finalement, j'ai pris une décision.
Et j'ai décidé que je savais pas quoi faire.
-Allez, joue.
-Dégage, boudin,
on a des choses sérieuses à se dire.
Elle parle en langue étrangère.
-Quoi ? Chaussures.
T'as entendu, Paulo ?
Les deux maquereaux de merde le mettent tout le temps en boîte.
-Ils le font toujours devant les gens.
C'est mauvais pour la réputation.
-Tu les laisses pas faire.
-Je leur réponds du tac au tac.
Je dis pas que je vais jusqu'à leur clouer le bec,
mais je les charrie drôlement.
-Il les charrie.
T'as jamais entendu une chose pareille, Paulo.
-Pas une seule fois de toute ma putain de vie.
-Bon.
Je vois que tu as drôlement raison de venir me demander conseil.
Je vais te dire ce qu'il faut faire.
Plutôt, non, tiens, je vais te montrer.
Tourne-moi le dos. Tourne-toi.
Je vais, comme qui dirait, illustrer ma leçon.
Ils rient.
Eh bien, reviens. Allez, reviens.
Assieds-toi. Que je te pose une question.
-J'aime mieux rester debout pour l'instant.
-D'accord.
Admettons qu'un gars te flanque un coup de pied au cul.
Qu'est-ce que tu fous ?
-Je lui rends son coup de pied. Comme ça, on est quitte.
-Tourne-toi encore un coup. T'as pas saisi la leçon.
-T'as qu'à me l'expliquer.
-Tu me donnes des ordres, maintenant ?
- Non. - Non, allez, tourne-toi.
...
T'as compris, mon vieux Lucien poil au chien ?
Hein ?
Tu vois la subtilité de pas rendre au double
le mal qu'on t'a fait ?
-Mais les maquereaux,
ils m'ont jamais donné de coups de pied.
-C'est le principe.
Le principe, pas vrai ? - Exact.
Quand un type te fait du mal,
il faut lui en faire deux fois plus.
-C'est un statu quo. Chose qui règle rien du tout.
La prochaine fois que tes maquereaux
font mine de vouloir te mettre en boîte,
tu leur flanques un grand coup de pied dans les roupettes.
-Mais ça doit faire horriblement mal.
-Si tes bottes sont pas trouées, ça peut pas.
-Pas de doigts de pied qui dépassent.
-S'ils me mettent en boîte,
c'est pas un coup de pied qu'ils recevraient.
Je les liquide. - 2 temps, 3 mouvements.
C'est comme il vous dit.
Je raterai pas une occasion pareille.
-On la raterait pas.
Brouhaha du village
...
-Foutez le camp. Je veux plus vous voir.
...
-Vous direz bien à mon ami Marcel
que je pars tranquille maintenant.
Attendez, Mademoiselle.
On va vous donner un petit coup de main.
-Merci.
-Maintenant qu'il m'a dit ce qu'il fallait que je fasse.
Et puis, grâce à lui, je suis couvert.
- Couvert, comment "couvert" ? - Bien, oui.
-Cordier !
Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Mais dites-lui simplement ça, il comprendra.
- Cordier, attendez. - Salut, Paulo.
Content d'avoir fait votre connaissance.
-Non, mais...
Le train siffle.
...
- 50 fr. - Merci.
- Au revoir. - Au revoir.
-Vous voulez que je vous montre comment ça se pèle ?
- Ca vaudrait mieux, oui. - J'ai un couteau.
Alors, comme ça, on se promène toute seule
en Afrique pour son plaisir ?
-Pour mon plaisir, je sais pas encore.
Je suis la nouvelle institutrice de Bourkassa-Oubangui.
-Ca, c'est un joli métier, Mademoiselle.
C'est comme qui dirait, un apostolat.
Il y a tellement d'Africains qui sont morts pour la France
sans savoir un mot de français.
Grâce à vous, ils pourront lire
le nom de leur papa sur les monuments aux morts.
Vous êtes fâchée par ce que j'ai dit là ?
-On se connaît pas assez pour qu'on se fâche.
-Si on peut pas rigoler un peu. Il n'y a plus qu'à se flinguer.
C'est bon, ça ? - C'est délicieux.
-L'heure exacte, s'il vous plaît ?
L'heure exacte ? - Il est 6h.
-6h.
Nous entrons dans la forêt vierge. Il est 6h.
Nous entrons dans la forêt vierge.
Il est 6 h.
Nous entrons dans la forêt vierge.
-Vous portez toujours un revolver ?
-Forcément. Je suis le flic de Bourkassa.
Je vous fais peur ? - Non.
-D'ailleurs, il a jamais servi.
Attention. Elles sont lourdes, vos valises.
-C'est les livres. J'en ai peut-être emporté trop.
-Ici, on a tellement le temps de lire
qu'on finit par ne plus lire du tout.
Tiens, on y est. Voilà votre école. Et puis là, votre maison, en face.
-Et si je vous prêtais celui-là ?
-Bien, je le prends.
Pour avoir le plaisir de vous revoir.
-C'est écrit par un aviateur.
-Dans ce cas. Allez, je vous les monte.
-Oh oh !
Oh oh !
-Oh oh !
-Oh oh !
Oh oh !
-Combien de fois on t'a dit
que t'avais rien à foutre au Panier fleuri ?
-C'est mon boulot de rien foutre. Je suis payé pour ça.
-Eh bien, va-t'en rien foutre ailleurs qu'ici.
Grosse feignasse.
-Quand même. Vous y allez un peu fort là.
-Qu'est-ce qui te prend ?
-Les mains en l'air.
-D'accord.
Si ça peut te faire plaisir.
-Ce qui me ferait plaisir,
c'est que vous chantiez une chanson.
- Non, mais tu rigoles. - Catarinetta bella, par exemple.
Vous l'aimez ?
-Oui.
On l'aime bien, celle-là, ça tombe bien.
T'avais pas besoin de sortir ton arme.
-Allez-y.
-Range ton revolver, on risque de chanter faux.
-Je compte jusqu'à 3.
Un.
2.
-TU N'AS QUE 16 ANS
ET FAUT VOIR COMME
TU AFFOLES DEJA TOUS LES HOMMES
-Je suis déçu.
Je m'attendais à mieux.
Vous me gâchez un peu mon plaisir.
-Ca va finir cette plaisanterie ?
-Attends. On peut faire mieux.
-EST-CE TON OEIL SI DOUX QUI LES MINE ?
OU BIEN LES RONDEURS
DE TA POITRINE QUI LES REND FOUS ?
CATARINETTA BELLA TCHI-TCHI
ECOUTE L'AMOUR T'APPELLE TCHI-TCHI
POURQUOI DIRE NON MAINTENANT ?
AH AH
IL FAUT PROFITER QUAND IL EST TEMPS
AH AH
PLUS TARD QUAND TU SERAS
Coups de feu
...
Il halète.
...
Musique dramatique
...
On cogne à la porte avec insistance.
...
-Il faut te lever, Lucien.
- Qu'est-ce qui se passe ? - Allez, va voir ce que c'est.
Mais dépêche-toi, bon Dieu.
Ils vont réveiller ce pauvre Nono.
-Et si c'était des voleurs ?
-T'es le chef de la police !
-C'est vrai.
-Cordier ?
-Tu fais exprès.
Allez, mets ton pantalon.
-A propos, mon chou, t'aurais pas trouvé, hier matin,
des billets de banque qui seraient tombés, par hasard,
de la poche de ma veste ?
-Avec cette guerre-là qui se prépare,
tu vas pas me reprocher de faire des provisions.
-Te fâche pas, ma petite chose.
-Mais je me fâche pas. Allez, dépêche-toi.
...
-Oui !
-Tu l'as fait ou tu l'as pas fait ?
-Moi ? Je suis censé avoir fait quoi ?
-Tu vas me répondre. Réponds !
-A te voir, on dirait que j'ai tué quelqu'un.
-T'as tué personne ?
-Tuer quelqu'un ? Moi ? Mais quelle idée ?
-J'ai eu peur, hein.
Le premier tue la soif.
Le deuxième tue les vers. Et le troisième tue la mort.
Il m'a tourné les sens, cet andouille de Paulo.
A me répéter comme ça
que je serais dans une sale situation.
Des fois que tu les aurais butés les deux macs.
Pauvre Lucien. Tu ferais pas de mal à une mouche.
-Et pourtant, tu l'as cru.
-Je me suis dit con comme il est,
il a peut-être pris au sérieux ce que je lui disais.
-Comme si tu pouvais me donner un mauvais conseil.
-Tu aurais pu croire qu'il était bon
et que c'était pas une plaisanterie.
-Je sais faire la différence.
-Bon.
J'ai fait un voyage terrible pour te sauver.
Je couche ici ?
-Ca m'embête de te refuser ça, Marcel,
mais on n'a pas la place.
-Il est loin l'hôtel ?
-Il y avait bien La mère Soupe,
mais elle est fermée pour cause d'épidémie.
-Bon alors, où ?
-Au bordel.
Ah non, tu dormirais pas.
-Si c'est que dormir,
tu peux avoir confiance.
-Ca m'étonnerait.
Surtout que les filles du Panier fleuri,
c'est du premier choix.
Des Françaises. Et toutes jeunettes.
-Toutes jeunettes ?
-Il y en a même une qui est un faux-poids.
Elle a pas 14 ans.
-Nom de Dieu. Et la police ?
-Personne s'est plaint.
Et puis dans un pays
où les petites noires baisent à 12 ans...
-Pas de raison que les blanches soient défavorisées.
- Exact. - Il est loin ton bordel ?
-Non, le seul ennui, Marcel, c'est les deux macs.
-Te fais pas de mousse. Je m'en charge.
-Remarque, ils sont sûrement en train
de se saouler quelque part.
- T'es sûr ? - Oui.
Ils reviendront pas avant demain midi.
Seulement, même saouls, les filles en ont peur.
C'est pas sûr qu'elles t'ouvrent la porte.
-Sauf que là, si tu permets, sans te vexer,
c'est Marcel Chavasson qui va sonner, avec un plan.
Je leur dirai : "Vos deux maquereaux de merde,
"je me suis occupé d'eux.
"Ils sont pas prêts de faire du mal à une mouche
"dans l'état où ils sont."
-Au poil, t'es très fort, Marcel. J'aurais pas trouvé mieux.
Musique douce
-Je suis seul
Dans ma chambre
Vide
Dans ma bouche
Un goût acide
-Hé, Fête Nat.
Dans mon coeur
Un mal affreux
Et du noir
Autour de
Mes yeux
La porte vient juste De se refermer
D'un geste Il a tout effacé
Nos baisers notre amour Nos serments
-Tu vas me goûter ça.
Un tricolore. Café, calva, cognac et rhum.
Tu m'en diras des nouvelles.
Voilà.
T'as dû leur laisser un sacré souvenir
aux demoiselles du Panier fleuri.
-J'ai fait ce que j'ai pu. Poil aux oreilles.
-Pour sûr, c'est pas tous les jours qu'elles ont un homme,
un vrai, dans leur lit.
-Tout ça, sans que ça me coûte un centime.
-Et elles ont pas eu peur de leurs macs ?
-Pas après ce que je leur ai dit.
-Redis-moi un peu ce que tu leur as dit, Marcel.
-Vos macs, j'en ai fait mon affaire.
Et vous les reverrez pas de sitôt après la leçon
que je leur ai donnée.
C'est ça que je leur ai dit. Virgule près, quoi.
-Après la leçon qu'il leur a donnée,
je crois pas qu'on les revoit de sitôt.
Pas vrai, Marcel ? - Tu l'as dit.
-Qu'est-ce qu'il leur a fait ?
-Il te le dira pas. Il est trop modeste.
-Ca fait quand même une vingtaine de fois
qu'il le raconte.
-Moi, je me lasse pas de l'entendre.
-Comme ça, tu comprendras, mon vieux Lucien poil au chien,
qu'avec les crapules,
il y a pas autre chose à faire que ce que j'ai fait.
-Bien oui, mais tu es tellement plus courageux que moi, Marcel.
Si ça avait pas été toi, jamais je t'aurais laissé
aller seul au bordel.
-Si ça avait pas été moi, comment j'aurais pu y aller, connard ?
-C'est pas faux.
-A propos de maquereau.
Ton beau-frère le serait pas un peu ?
- Maquereau ? - Oui.
- Nono ? - Oui.
-Même pour ça, il est bien trop con.
Dans tout le pays, il y a même pas une femme
qui s'intéresse à lui.
Sauf Huguette, bien sûr. Mais c'est sa soeur, alors...
-Il y a guère de ressemblance entre ta femme et Nono.
A moins qu'on le dise. Et plutôt deux fois qu'une.
On devinerait pas qu'ils sont frères et soeurs.
-Au commencement, ça m'a même surpris, moi.
-Soit pas surpris d'avoir une autre surprise
un de ces jours.
Mon pauvre Lucien.
Des môminettes pour tout le monde,
c'est Lucien qui paye.
-Hé oh.
-Comme disait Foch, quand on est des lions,
on n'a pas le droit d'être des moules.
Moi, j'ai eu des types pires que vos deux macs.
Où qu'ils sont ? Je vous le demande, moi.
Où qu'ils sont ?
Dites-le ? - En prison ?
-Mon Lucien...
Quand t'auras compris qu'un cercueil,
ça coûte moins cher à l'Etat qu'un prisonnier dans une cellule,
tu auras fait un grand pas en avant.
-Vous avez vu Bartali ? 17 minutes sur Vervaeck à Briançon.
-Vervaeck !
-Normal. Il a voué son vélo à la vierge.
-Bartali ?
-Si t'as besoin de conseils quand ils reviendront, les macs.
Hésite pas à m'appeler.
-L'embêtant, c'est s'ils revenaient plus.
-Pourquoi ils reviendraient plus ?
- Ils seraient morts. - Pourquoi ils seraient morts ?
-Quelqu'un les aurait tués.
Il y aurait des gens qui te soupçonneraient.
- Ca va pas ? - Tu t'en es vanté.
-J'ai jamais dit que je les avais tués.
Je leur ai donné une leçon.
-Un oeil au beurre noir, c'est une leçon.
Une balle dans la tête, c'est aussi une leçon.
C'est le même mot, mais pas le même sens.
-Je les ai jamais vu tes maquereaux de malheur.
-Mais bien sûr. Tu pouvais pas être là.
-Me dis pas que tu les as vraiment tués.
-Mais regarde-moi.
Tu peux imaginer une chose pareille ?
Tandis que toi, après tous les trucs
que tu as racontés à tout le monde,
si par hasard les corps des macs refaisaient surface,
alors là, je voudrais pas être à ta place.
Vu les circonstances.
C'est ça, Marcel. T'as compris.
Tu peux rien y faire à part prier.
Prier que si quelqu'un les a vraiment tués,
on ne trouve jamais leurs cadavres.
Tu te rends compte, Marcel.
T'as pas besoin de faire les choses
pour que tout le monde croie que tu les as faites.
Hein, poil au chien.
Musique rythmée
...
Alors, il y en a combien ce matin ?
-5.
- Dysenterie ? - Forcément.
- Rien que des noirs ? - Ah, non, il y a aussi un blanc.
-Ah oui ? Il y a un blanc, c'est la vie.
Vous allez le foutre à la rivière aussi, le blanc ?
-Non, mais t'es fou. Le blanc, au cimetière.
-Tu as mal ? Dis, je te fais pas mal ?
Regarde-moi.
Je te fais pas mal, hein ? Je te fais pas mal ?
Elle a quelque chose à l'oeil, j'arrive pas à voir.
-Fais voir. Regarde-moi.
-Beaucoup de travail ?
-Du sale boulot.
Des fois, je me dis que je vais tout laisser tomber,
mais je peux pas.
Je pourrai jamais.
Voilà, c'est fini.
Regarde, ça va aller mieux maintenant.
-Tu vois, c'est guéri.
Allez, viens. Viens m'embrasser, viens.
-Et moi ?
Brouhaha
...
-Qu'est-ce que vous attendez, mon vieux ?
Faites votre boulot.
-Arrêtez, Marcaillou. Il fait trop chaud.
-Arrêtez, voyons.
-Macaque, il refuse de me vendre une arachide.
-C'est pas le prix.
-Et qu'est-ce que ça change ?
-Ca suffit, vous l'avez assommé, voyons.
-T'as l'intention de m'arrêter parce que j'ai cogné un nègre ?
-Bien non, c'est pas exactement ça, non.
Mais c'est pas le contraire non plus.
L'important, c'est la planche.
- La planche ? - Oui.
Elle bouchait le trou là-bas.
Et supposons que quelqu'un tombe dans le trou
et se casse la jambe.
Tu serais responsable. - Et alors ?
-Alors vu que personne n'est tombé dedans,
on est quitte pour cette fois-là.
-Tu n'arrêtes jamais personne, comment veux-tu qu'on te respecte ?
Il faut montrer aux gens que tu es un homme courageux.
Honnête et travailleur. Tiens-moi le bras.
-Ca, je peux pas.
-Et pourquoi donc ?
-D'abord parce que je suis ni courageux ni honnête,
ni travailleur.
Puis ensuite, parce que je crois pas que mes chefs,
ils voudraient que je le sois.
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
-S'ils voulaient un homme courageux,
honnête et travailleur,
c'est pas moi qu'ils auraient nommé.
Voilà mon raisonnement.
-Oh, suspicieux.
Et puis c'était quand même pas
une raison pour laisser filer Marcaillou.
-Mais ce qui me gêne avec lui, c'est qu'il soit le mari de Rose.
Vous savez que j'ai de l'amitié pour elle.
Rien de plus, hein.
Si j'arrête son mari, les gens diront
que c'est pour des raisons personnelles.
-Laisse-les dire et fais ton devoir.
Débarrasse le pays de cette ordure qui nous empoisonne.
-Qui va me débarrasser
des chiottes qui empoisonnent ma maison ?
-Chaque chose en son temps.
Chacune à son tour et l'une après l'autre.
Pour le bien général, d'abord l'ignoble Marcaillou.
Et puis ensuite, ensuite seulement, ton cas particulier.
-Si c'est vous qui le dites.
-Je prierai Dieu qu'il te donne le courage qui te manque.
-Tous des ordures.
Ils m'auront pas comme ça. Le bon chien. Allez hop.
Va chercher là-bas. Allez, cours.
Qu'est-ce qui te fait traîner tes bottes par ici ?
Espèce de feignasse.
Touche pas à mon fusil ! - Tu n'as plus besoin de ton fusil.
-Mais j'ai mon permis de chasse.
-T'as plus besoin de ton permis de chasse.
Si je viens traîner mes grolles par ici,
c'est mon chemin pour aller voir ta femme.
On va se mettre au lit tous les deux.
Elle va me donner à moi ce qu'elle t'a jamais donné.
Bouge pas !
Les Africains, ce qui leur fait peur,
c'est une mort ennuyeuse.
Sur un lit d'hôpital.
Avec des toubibs et des bonnes soeurs et même le curé.
Toi, Marcaillou, t'auras pas une mort ennuyeuse.
Coups de feu
Gémissements
Je sais que c'est pas très poli de frapper un mourant.
Mais primo, j'en avais envie. Et secundo, je risque rien.
Tu sais... ça me fait plus de mal qu'à toi.
-Je reste seul
Dans ma chambre vide
Dans la bouche
Un goût acide
Ah !
Un coq chante.
Bordel, t'as pas de chance. Son chien qui vient de rentrer.
-On a bien une minute.
-Tu sais que j'ai envie de toi.
-Je sais pas trop si tu en as si envie.
Si tu voulais vraiment, une minute.
-Tu sais que ce sera pas une minute.
-Je voudrais te prendre sur mes genoux.
- Arrête, dis pas ça. - Mais si.
Parce que je voudrais remonter ta robe.
Peut-être même que tu pourrais l'ôter
pour que je vois
toutes les jolies choses qu'elle cache.
Tu la ferais glisser le long de tes épaules.
-Et puis merde, on y va. Allez.
-Pourquoi tu l'enlèves, ta robe ?
Je voulais juste te prendre sur mes genoux
pour te dire ce que j'ai à te dire.
-Tu le diras après. Viens.
-J'ai comme une idée
qu'il vaudrait mieux que je te le dise avant.
-J'ai envie de toi.
-Mais c'est rapport à Marcaillou. Il est arrivé quelque chose.
-On s'en fout de lui. Dommage qu'il soit pas crevé.
-Justement.
J'ai l'impression qu'il a les boyaux remontés dans le dos.
-C'est pas vrai ?
-Il a trébuché sur son fusil.
-Il est vraiment mort ?
-Ce serait le premier type capable de recevoir
des coups de pieds dans les couilles sans moufter.
Elle rit.
-Merde alors, c'est pas vrai. Ah, bien dis donc.
Je regrette de pas avoir été là pour le voir crever.
J'aurais aimé prendre un tisonnier chauffé à blanc
et lui enfoncer dans le trou.
-Tu devrais lui montrer un peu de respect
vu qu'il est mort.
C'est pas très correct de l'insulter.
Pas très correct
et même pas poli.
-C'est pas ma faute, il m'a appris l'impolitesse.
J'étais bien élevée avant de le rencontrer,
ce cochon de malheur.
-Pourquoi tu as encore ta combinaison ?
-J'aime bien quand c'est toi qui me l'ôtes.
Oh, oui. Caresse-moi.
Oh, je jouis.
-Ca doit être la bonne nouvelle.
Elle sent bon, la soupe, hein.
-C'est juste une soupe aux haricots.
C'est du haricot de chez nous.
Son frère qui est gendarme
nous envoie un sac de temps en temps.
-Et puis le bol, dis donc, c'est presque une soupière.
- C'était son bol. - Ah mais non.
Je veux bien manger sa soupe, mais pas dans son bol.
C'est drôle, Rose,
que tu comprennes pas ces choses-là.
-Tu veux bien coucher dans son lit,
mais tu veux pas manger dans son bol.
-Des lits, y en a qu'un, je suis bien forcé.
Des bols, tu aurais pu m'en donner un autre.
C'était plus convenable.
Ma soupe.
-Même mort, il nous emmerde.
-Il est bizarre ce chien.
J'avais pas remarqué qu'il avait une raie au milieu.
-Ah, bien oui, c'est Marcaillou.
Il l'avait partagé en deux
pour qu'on en caresse la moitié chacun.
-Pauvre Marcaillou, ça m'étonne pas de lui.
-Dis donc, me laisses pas seule ce soir.
Je crois que je vais avoir peur.
C'est le premier soir où je suis vraiment toute seule.
Musique douce
...
Il y a 3 sortes de Français.
Il y a les vrais Français, les Français de merde
et la merde de Français.
Eh bien toi, t'es même pas de la merde de Français.
T'es de la merde de mange-mil d'Ariégeois.
...
C'est moi, le jour de notre mariage.
Je voulais pas pourrir avec lui.
...
-Je descendrai à l'entrée du village.
Bien, attendez, mon père. - Ah oui.
Viens donc m'aider.
C'est les termites. Ils m'ont déjà bouffé deux croix.
Heureusement que le Christ, lui, il est en fonte.
Tintements de cloche
-Bon. Eh bien ce coup-ci, ça doit tenir.
Merci.
...
-Hé ! Il y a Rose qui est là. Tâche d'être gentil avec elle.
Je crois qu'elle est inquiète au sujet de son mari.
-Qu'est-ce qu'il a ?
- Peut-être plus que souffrant. - Allons, donc.
-Qu'est-ce qui se passe, ma petite Rose ?
-J'ai peur qu'il soit arrivé quelque chose à Marcaillou.
Il est parti ce matin à la chasse avec le chien.
-Avec le chien.
-Oui, le chien.
-Et son chien, il est rentré tout seul.
- Tu entends, son chien. - Oui, j'ai entendu, son chien.
-Son chien, Médor.
-Oui, Médor, oui. Celui qui a une raie au milieu.
-Tout seul.
-Bien, probable qu'il a été battu, non ?
Ca prouve rien du tout ça, ma petite Rose.
-Et quand bien même il lui serait arrivé malheur.
-Non, parlez pas de malheur.
-Mais qui parle de malheur ?
-Enfin, quel malheur il a pu lui arriver à Médor ?
Vu qu'il est rentré.
Rose rit.
C'est quand même pas sorcier.
...
Musique dramatique
Propos en langue étrangère
...
♪ -Nous ne sommes pas des sauvages.
♪ Nous ne tirons pas sur une chaise qui vient des galeries Barbès.
...
-Si je vous paye,
c'est pour qu'il y ait pas de resquille.
-Pourquoi il y en aurait ? Ils ont des billets, vos ouvriers.
C'est comme ça que vous payez une partie de leur salaire.
-Il faut vraiment être "stouack" pour supporter cette odeur.
-Qu'est-ce que ça veut dire "stouack" ?
-Tu vas quand même pas me faire croire
que tu sais pas ce que ça veut dire ?
-Votre femme qui regarde mes films par la fenêtre.
Ca la gêne pas de les voir à l'envers ?
-Du moment que c'est gratis,
elle supporte même l'odeur de vos chiottes.
- Bonsoir. - Bonsoir.
-Vous allez voir un beau film. Alerte en Méditerranée.
-Vous savez, c'est surtout pour qu'ils voient la mer.
C'est combien ? - Laissez ça, c'est pour moi.
- Merci. - Allons-y.
-Allez.
-Vous mettrez ça sur mon compte, Vanderbrouck.
En avant la petite classe.
-Mais dis donc, c'est pas Cordier là ?
-Oui.
Et l'autre,
c'est la petite qui s'occupe de l'école.
On voit qu'il a besoin de s'instruire.
Propos en langue étrangère
...
-Tu as vu son habit ?
Il serait bien Lucien avec ça.
Cette robe
avec tes yeux.
-T'es gentille avec moi, toi.
♪ Musique militaire
♪...
Moi, j'aime bien les marins.
Tu crois qu'on va la voir, la Riviera ?
- Qu'est-ce que c'est ? - Oh, taisez-vous, les filles.
- Oh. - L'action se torse.
-Qu'est-ce que c'est ?
- La Côte d'Azur. - Ah !
...
♪ -Je suis toujours
♪ pas d'accord.
...
Alors,
le cargo ?
♪ Musique classique
♪...
Brouhaha de la foule
... ♪ ...
Musique douce
-J'ai cru que c'était la fin du monde.
-Ce serait encore plus terrible que ça.
...
-Si vous alliez dormir ?
- Je veux pas rater cette chance. - Quelle chance ?
-Quelque chose qui risque de jamais arriver.
...
Tout à l'heure, pendant le film, j'ai fait un drôle de rêve.
C'est un rêve que je fais souvent d'ailleurs.
J'ai rêvé que mon père me tapait dessus.
Je lui fais voir mon prix de lecture.
Un beau livre avec une couverture en carton
bien dure.
Il me le jette à la figure
et j'ai le nez en sang.
Parce que dans mon rêve, je suis tout gosse.
C'est pas un rêve d'ailleurs.
Je suis tout gosse.
Un ignoble petit monstre
qui a tué sa mère en venant au monde.
...
-Vous lui en voulez toujours à votre père ?
-Plus maintenant, non.
Et comme ces gens qui cherchent toujours
une solution à leur problème, qui mettent tous leurs ennuis
sur le dos des juifs ou bien des francs-maçons.
Sans comprendre que si on veut savoir
pourquoi ça tourne pas rond, s'il y a vraiment une raison,
et bien ce qu'on trouvera, c'est pas une seule raison.
Mais 1000 raisons.
...
-J'ai froid.
-Il fait doux pourtant.
-C'est pas à cause du temps.
Aboiements au loin
...
...
Frottement répétitif au loin
...
-C'est tout de même une drôle d'heure
pour réparer les chiottes.
-Mais je les répare pas. Au contraire.
- Tu veux que je t'aide ? - Non, j'ai presque fini.
C'est pour Vanderbrouck.
Demain matin, avec un peu de chance,
tu vas avoir un beau spectacle.
-Tu le détestes, Vanderbrouck ?
-Non.
Je déteste personne. - Moi, si.
Il y a deux ans qu'il est là et il est déjà plus riche
que tout le monde.
Il faut que je fasse attention de pas salir les mules d'Huguette.
- Elle serait en colère. - Oui.
Chut.
Réveille-toi. - Non. Non. Non. Non.
-Réveille-toi, Vanderbrouck arrive.
-Ah, mais il aura jamais fini de m'emmerder celui-là.
-Allez, viens, on va rigoler. Allez, viens.
-Pas encore levé, Cordier ?
-Viens vite, dépêche-toi. Vite, vite.
-Mais c'est que j'ai travaillé tard cette nuit.
-Une fois n'est pas coutume.
Il gémit.
...
-Regardez dehors.
Vite.
-Il m'a même pas "saluté".
-Bordel de merde ! Sacré nom de Dieu.
Nom de Dieu de Nom de Dieu de merde !
Oh, c'est pas vrai.
Merci, Cordier.
Foutez en l'air ces chiottes. Je veux plus les voir !
Plus jamais !
Et que ça disparaisse tout de suite.
Comme si
ça n'avait jamais existé.
-Ce sera fait. Vas-y, Huguette.
-J'ose pas.
-Excusez-moi, Monsieur Vanderbrouck.
-Je trouve pas ça drôle.
Merde. Mon chapeau.
Embrasse-moi, Huguette. C'est notre fête.
Il imite une scie.
Celui qui dirait que j'ai scié des chiottes à seule fin
de faire tomber un homme dans la merde,
un homme qui aurait pu mourir étouffé.
Arrête, Nono, de faire l'andouille.
Il doit savoir qu'il briserait ma carrière.
En m'accusant d'une chose grave qui est contraire à ma nature.
Je suis pas homme à prendre des risques.
-Ca, c'est vrai. Tu es bien trop froussard pour ça.
Comme nullité, tu tiens le pompon.
...
-Tu vas t'arrêter, abruti !
-Tu en veux à Nono parce que c'est un homme, lui.
Un vrai.
Hein, Nono, t'es mon petit homme à moi.
Heureusement que je t'ai. - Dis jamais ça, Huguette.
Ne dis jamais ça.
-Et pourquoi elle le dirait pas puisque c'est vrai ?
-Mais Lucien, mais qu'est-ce que t'as ?
Ah, Rose.
Rose, si t'avais vu les yeux qu'il avait.
Mais des yeux d'assassin.
-J'ai des yeux d'assassin, moi, Rose ?
-C'est rien, les yeux. Ca fait pas mal.
C'est les mains qui comptent.
Bien, allez, embrassez-vous, c'est fini.
Bien, embrasse-le, toi.
-Allez, viens.
-Viens, Nono.
Tu sais, Rose.
Il y a une chose à quoi j'ai pensé, mais je te le dis tout de suite,
je crois pas que ce soit une bonne idée.
Ce serait que t'aies un pistolet.
-Pour tirer avec ?
-Mais non, Nono, pas pour tirer avec.
Ce serait pour tenir son homme à distance.
Des fois qu'il s'approcherait avec des mauvaises intentions.
-C'est une bonne idée.
-Non, pas si bonne que ça.
Puisque je ne vois pas Rose qui est si douce, si soumise,
qui a peur de son ombre, avec un pistolet
dans ses mains tremblantes.
-Je risquerais de le tuer sans faire exprès.
-Voilà.
-Non, allez, viens. On va le chercher, ce pistolet.
- Tu crois ? - Mais oui, allez, viens.
- Non, mais il est bien celui-là. - Ouais.
C'est vrai qu'il appartenait à la femme d'un pasteur
qui a tué son mari ?
-Mais oui.
Non, mais vous n'avez pas quelque chose de plus grand ?
- Qui fasse très très peur ? - Un casse-tête.
-Non. Non.
Quelque chose qui fasse très très peur.
-Vraiment très très peur.
-Masque à gaz ?
- Oh. - Tends-le bien. Tends-le bien.
Bien !
-Bon, ça suffit puisque je m'en servirai pas.
-Mais on sait jamais, vas-y.
-Toi, t'as une idée derrière la tête.
-Pas du tout. Je te jure. Tu sais, Rose.
Je fais les choses comme ça, sans savoir pourquoi.
C'est plus tard que je vois où ça mène.
Mais des plans, j'en ai jamais.
-T'es bizarre, toi.
Et t'as pas peur que je te tire dessus
si tu me laisses tomber sans savoir pourquoi ?
-Apprend d'abord à tirer. J'aurai peur ensuite.
Allez.
Allez !
Ah.
Salut, Fête Nat. On t'a réveillé ?
Ils parlent en langue étrangère.
...
Tu vois ce que je vois ?
A tout à l'heure. - Tu veux le suivre ?
-Pas lui, l'échelle.
Brouhaha
...
-Foutez le camp !
-Avec lui, on n'est jamais déçu.
-Ca va pas, non ?
Il est malade ! C'est pas vrai !
Il est malade, ce type !
-Laisse-moi passer.
-Il faut l'arrêter.
-Après ce qu'il va prendre, ça m'étonnerait qu'il récidive.
-Je te mets en charpie.
-Mais laisse-toi faire. Je vais faire semblant.
Ca vaut mieux pour toi que si je te mettais en taule.
-Oui, mais alors tu y vas doucement.
- Oui. - Pas sur la tête.
-Mais bien sûr.
Il gémit.
Le salaud.
Ca va t'apprendre
à regarder par les fenêtres.
-Tapez pas trop fort,
il a son échelle.
-Pas sur la tête, hein ?
Le bouquin de l'aviateur,
je crois pas que je vais le terminer.
Il m'emmerde.
Ca doit être parce qu'il est écrit en bon français.
-Ca vous plaît d'avoir l'air d'un illettré ?
Parce que vous êtes loin d'en être un.
Alors, pourquoi, Lucien ? - C'est l'habitude.
La grammaire, c'est comme le reste. Ca rouille si on s'en sert pas.
Et comme il y a pas beaucoup de demandes pour ça en Afrique.
Et le bien et le mal, c'est pareil. Où est le bien, où est le mal ?
On n'en sait plus rien.
Ca sert pas beaucoup par ici.
Alors, ça rouille aussi. Ca doit être le climat.
-Vous croyez que ça m'arrivera à moi aussi ?
-A vous, non. Vous, c'est pas la même chose.
Vous pourrez jamais être comme les autres.
C'est pas que vous soyez plus jolie que Rose.
C'est ma petite amie, Rose.
Pas plus jolie, non, mais vous, la différence,
c'est que ça vient du dedans.
Quelque chose qui vous prend le coeur comme dans un étau.
Et qui vous lâche pas.
Quand je vous regarde, j'ai la gorge serrée.
Je suis pas à mon aise.
Pourtant, je peux pas m'empêcher de venir près de vous.
Vous comprenez ça, vous ?
-Même si on s'embrassait, ça serait pas plus simple.
- Allez, au revoir. - Merci, t'es gentille.
-Et puis fais attention avec le pistolet.
- Bien, t'en fais pas. - Arrête, Nono.
-Et si je faisais semblant, moi aussi ?
-C'était ça ou la taule.
-Mais laisse Nono tranquille, toi. Tu vois bien que Rose t'attend.
-Chaque fois que j'embrasse des salopes,
j'ai envie de dégueuler.
Oh ! Je te promets de me surveiller.
Pour ça, il faut pas que je parle trop.
-Allez.
-Ecoute.
-Qu'est-ce qu'il y a, mon chou ?
-Rien, rien du tout.
-Oui, c'est bien ce qui me semble.
-Je suis un peu fatigué, j'ai pas assez dormi.
-Elle est mignonne, la petite maîtresse d'école.
-Tu la connais, toi ?
-Non, mais je l'ai vu l'autre soir
sur l'écran de cinéma en ombre chinoise.
Elle était mignonne en ombre chinoise.
Mais toi, t'étais beau en ombre chinoise.
Vous étiez bien tous les deux.
-Dis pas de bêtises, Rose, c'est pas ce genre de femme.
-Tu veux dire qu'elle est trop bien pour toi ?
T'es ce que je pourrais avoir de mieux ?
-Ecoute...
-Lucien, c'est pas rien de t'avoir.
Un homme qui tue votre mari par amour pour vous.
-Non, Rose.
J'ai débarrassé la Terre d'un salopard.
Il était ton mari, je t'ai débarrassé de lui.
-Des salopards, il y en a beaucoup par ici.
-De moins en moins.
Il fallait bien commencer par quelqu'un.
Je crois que si tu as commencé par lui,
c'est à cause de moi.
Laisse-moi croire ça.
Qu'est-ce que ça peut te faire ce que je crois ?
T'en mets du temps. - J'arrive.
Mais c'est pas vrai.
Mais ils sont tous contre moi à m'empêcher de dormir.
Mais je suis crevé, moi.
Attends.
Ouh !
-Mais qu'est-ce qui t'arrive ?
- La saloperie de canasson. - Mais t'as mal ?
- Un coup dans les parties. - Où ?
Dans les parties ! - Je vais te soigner.
-Je vais rentrer. Je me soigne.
-Je vais te soigner.
-Je vais aller chez le docteur.
-Mais tu vas pas rentrer comme ça.
- Tu es sûre ? - Allez, oui.
Tu peux marcher ? - Tout juste.
Ouh... - Allez, viens.
Je vois pas de contusions.
-En tout cas, ça me fait un mal de chien.
Remarque, dans ces parages,
il suffit de peu de choses pour qu'on souffre le martyre.
- Mais c'est là ou là ? - Aïe ! Aïe ! Ouh !
- Oh, mais t'es trop douillet ! - Je suis pas douillet, moi.
Qu'est-ce que tu racontes ? Tu peux appuyer.
Aïe ! Aïe !
Oh, non. Aïe ! Aïe !
Aïe.
Aïe. Aïe.
-Mais dis donc,
ce n'est plus des cris de douleur, ça.
-Aïe...
-On dirait qu'il y a du monde dehors.
-Hein ?
-Tu entends ?
Je t'assure, c'est comme si on traînait quelque chose.
Mais réveille-toi, je te dis.
-Ecoute, Rose.
-Bon, moi, je vais voir ce que c'est.
-Prend tout de même ton revolver, alors.
-Ah !
Oh, la vache !
Lucien !
Lucien !
Il est revenu, le fils de pute.
Il est peut-être pas mort.
-Plus mort que lui, c'est difficile.
-Alors, il est pas revenu tout seul.
-Ca, ça m'étonnerait.
-Quel est le bougre de fils de pute qui l'a ramené ?
Ah, bien le voilà, le saligaud.
Mais arrête. Arrête ! Mais arrête, nom de Dieu.
Sale moricaud,
qu'est-ce qui t'as pris de me ramener ce fumier ?
Je vais te découper les fesses en lanières.
-Je vous demande pardon.
- Qu'est-ce qui t'a pris ? - Il pensait pas mal faire.
Allons. Comment ça va, Vendredi ?
Le temps se couvre, on dirait, hein ?
-Merci, mon commandant. Ca va pas mal, merci.
Je crois qu'il va faire de l'orage.
-Qu'est-ce qui t'as pris de me ramener ce pourri ?
Il était bien là où il était.
- Ca suffit. - C'est vrai, Lucien.
Tu te donnes du mal pour le tuer et voilà ce con qui le rapporte.
Elle crie. - Rentre à la maison maintenant.
Allez hop !
Tu as pas besoin d'avoir peur.
Je t'ai pas toujours traité comme il faut ?
-C'est bien pour ça
que vous pouvez avoir confiance en moi.
Je dirai jamais rien à personne. - C'est bien.
-C'est comme si j'avais rien vu.
-Tu veux dire comme si t'avais pas vu Rose à poil ?
-Ca non plus, je l'ai pas vue. Je peux m'en aller maintenant ?
- Bien sûr, Vendredi. - Merci, commandant.
-Mais avant de rentrer chez toi, quand même.
J'aimerais bien que tu m'aides à enterrer le corps plus loin,
ailleurs, quoi.
Les blancs,
c'est pas fait pour être bouffé par les charognards.
Hein ?
Tu viens ?
-Tiens.
Et si je lui en apportais une ?
-Vendredi, tu veux une tasse de café avec un morceau de pain
ou un bout de pâté ?
-C'est pas la peine, Monsieur Cordier.
J'ai pas faim.
-Bon.
Et bien maintenant, il faut y aller.
-Je suis pas bien sûre qu'il faut, Lucien.
Pas encore, pas tout de suite.
-Est-ce que tu pourrais dormir tranquille
si je le laissais partir après ce qu'il a entendu ?
-Mais il a peut-être pas entendu.
- Tu gueulais assez fort. - Et s'il avait pas compris ?
Je mange mes mots. Tu le sais bien.
On me le disait tout le temps à l'école.
-Ceux-là, tu les as pas mangés. Je te croyais plus coriace que ça.
Pour Marcaillou, t'as pas fait tant d'histoires.
-Marcaillou, c'est pas pareil.
C'est pas comme Vendredi qui est un bon nègre
qui a jamais fait de mal.
-Si on cherchait bien... Non, je sais ce qui te gêne, Rose.
Il y a des cas,
c'est un accident qui est arrivé à ton mari.
T'en as eu connaissance après.
Alors, ça permet de dire :
"Qu'est-ce que j'aurais pu y faire ?"
Je suis pas responsable. Mais cette fois, c'est pas pareil.
Tu sais ce qui va se passer.
Alors, tu me dis : "N'y va pas."
Seulement, moi, je peux pas reculer.
Il faut que j'y aille.
On toque à la porte.
...
-Je venais voir seulement s'il y a pas de changement.
-J'arrive.
-Tu crois que s'il avait vraiment compris,
il serait resté là à t'attendre ?
Sifflements d'oiseaux
...
-Pose-le là.
...
-T'es fatigué ?
-Je me sens pas bien.
J'ai les jambes en coton. - Ah.
T'inquiète pas, ça va passer.
Vendredi pleure.
Qu'est-ce qui te prend ?
Tu savais bien que je pouvais pas faire autrement.
-Mais, mon commandant, j'ai eu confiance.
Vous êtes pas comme les autres blancs.
-C'est ça ton erreur, Vendredi.
-J'ai cru tout ce que vous m'avez dit.
-Non, t'as rien cru du tout.
T'es en train de mentir, là.
D'un bon catholique comme toi, ça me chagrine.
Le mensonge, c'est un péché.
-Tuer les gens aussi, c'est un péché.
Pire que de mentir.
-Je vais te dire une chose, Vendredi.
Et que ce soit ta consolation.
Chacun tue ce qu'il aime.
-Mais vous m'aimez pas, Monsieur Cordier.
-Je vais te dire autre chose.
Non, te lève pas. Ca te fatiguerait pour rien.
Mieux vaut l'aveugle qui pisse par la fenêtre que le farceur
qui lui a fait croire que c'était l'urinoir.
Et tu sais qui c'est, le farceur ? Eh bien, c'est tout le monde.
Toutes les fi d'garce qui regardent ailleurs
quand la merde te dégringole dessus.
Les salopards qui se prélassent dans le pognon,
un pouce dans le trou de balle et l'autre dans la bouche
en priant le ciel.
Les empaffés de bourgeois,
soi-disant fait à l'image du Bon Dieu.
Si c'était vrai, j'aimerais pas le rencontrer
par une nuit sans lune.
T'as trop léché le cul des blancs, Vendredi.
Mais si tu te fais baiser, tu l'as bien cherché.
Tout ça pour te dire que des amis comme toi,
voilà ce que j'en fais.
Coup de feu
-Tu l'as fait, Lucien ?
Musique dramatique
-J'en ai plein le dos d'être le seul à écoper.
Uniquement pour avoir fait
ce que les gens veulent que je fasse.
Et n'ont pas le courage de faire.
...
Le moteur vrombit.
...
On toque à la porte.
- Madame Marcaillou ? - Oui, Monsieur.
-Colonel Tramichel. Tra comme tralala.
Et Michel comme la mère Michel.
Cette visite matinale a de quoi vous surprendre.
Je vous demande de rassembler tout votre courage.
Nom de Dieu de nom de Dieu. C'est pas vrai.
-Hélas, c'est malheureusement trop vrai.
-Il y en a deux, en plus. Vous m'en avez amené deux.
Quand est-ce que ça va finir ?
-Lucien.
Allez, réveille-toi. Allez.
Il y a un militaire qui vient te voir de la part du colonel.
Ca doit être grave, il dit que c'est urgent.
Si ça se trouve, c'est la guerre qui est déclarée.
J'aimerais pas que tu sois mobilisé, moi.
-Mais penses-tu, Huguette ?
S'il y a la guerre,
on aura encore plus besoin qu'avant de policiers.
Pour arrêter tous ceux qui voudront pas y aller.
Mon petit bonhomme.
-Bien, non.
-Non ?
-Allez.
-Allez !
-Laissez-le dire adieu.
-Il veut le bouffer.
Les chiens, c'est pas la charogne qui leur fait peur.
Hein, Médor ?
-Il est drôle ce chien. Il a...
-Ah oui.
-Pour moi, les deux victimes ont été frappées
par le même assassin.
On voit, les blessures proviennent de la même arme.
-Je dis pas que vous avez tort,
mais je dis pas que vous avez raison, mon colonel.
-Je sais comment ça s'est passé.
Vendredi a voulu se venger de mon mari
qui l'avait battu pas plus tard qu'hier.
Il a pris son fusil, lui a tiré dessus à bout portant.
Vu le trou qu'il a dans le ventre.
Mon mari a repris son arme et l'a tué
juste avant de mourir.
-Un cas de légitime défense.
-C'est comme ça que je vois les choses.
-Ca vous étonne pas, mon colonel ?
Ces deux morts qui se fusillent en même temps ?
-Non, non, non. Ca s'est vu, oui.
Oui, ça s'est vu pendant la dernière guerre en Argonne.
Son mitrailleur a été tué à son poste.
Le doigt coincé dans la gâchette, voyez ?
Le cadavre a continué à tirer et alors,
il a tué des dizaines de Boches.
Mes condoléances, chère Madame.
-Bon, alors, enterrez-les bien. Je veux plus les revoir.
-J'ai rarement vu une affaire de meurtre aussi limpide.
Mon colonel, c'est clair comme de l'eau de pluie.
-Oui, oui.
Enfin, on dit comme de l'eau de roche, non ?
- A vos ordres, mon colonel. - Oui.
-Huguette ?
- Embrasse-moi. - Non, Rose. Arrête, voyons.
Les convenances, ça existe.
Quelqu'un de comme il faut ne saute pas sur une veuve.
Pas plus qu'elle se laisse sauter dessus.
-Bien, on va attendre jusqu'à ce soir.
-Tiens, regarde.
-Mon Dieu, mon Dieu. Ma pauvre petite.
Ma pauvre petite. - Crois-tu ?
C'est carrément la barbe.
-Je t'ai préparé
une petite robe noire sur mon lit.
Je te la prête.
Tu vas pas t'en acheter une pour ce salopard.
Et puis le voile, c'est un cadeau. Oh non..
Oh non. Il faut pas jouer avec la mort.
Ca porte malheur.
Tiens. Tu vas bien en prendre une petite.
-Ce sera ta faute si j'ai plus faim
pour le dîner d'enterrement.
Ca serait dommage parce que ça sent rudement bon.
Tu veux que je t'aide ?
-Non, non, non. Laisse, ma petite Rose.
Et puis toi, là, au lieu de t'empiffrer,
tu ferais mieux de t'occuper d'elle.
Mamadou ?
-Oui, Madame.
-Mamadou.
-Tu crois vraiment que ça me va ?
-C'est joli, une veuve.
Ca fait penser à des choses.
Un petit baiser ? - Non, on s'en fait un gros.
Ils gémissent.
-Huguette !
- Oui, quoi ? - Huguette, viens voir.
-Ca se passe ici.
- Viens. - Qu'est-ce qu'il y a ?
-Ils s'embrassaient, j'ai vu.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Toi, tu te tais.
-Ca va pas ? Qu'est-ce qu'il s'imagine ?
-Je les ai vus dans la glace ! Ils s'embrassaient.
- Enfin ! - Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Je ne consolerai plus quelqu'un qui a du chagrin, moi.
Rose.
Je lui ai dit de poser sa tête sur mon épaule.
Comme n'importe quel type
qui a un coeur.
-Mais oui.
Toi, ma seule véritable amie. Tu crois à ces horreurs ?
-Moi, je crois rien.
-Tu les écoutes pas, tu les écoutes pas.
Ils se lèchent la figure.
-Mais arrête, toi.
-Moi, je te dis que je les ai vus.
-Arrête. Lucien rit.
-N'empêche que je les ai vus, moi.
-J'ai trop honte.
Je rentre chez moi. Rose.
Rose, non, tu t'en vas ?
-Après ce qui vient de se passer.
-On lui tue son mari. On l'insulte en vêtement de deuil.
Elle est gênée.
-Te mêle pas de ça.
C'est entre femmes.
Allez, viens, tu vas te repoudrer le nez
pour être bien belle pour l'enterrement.
Il claque la porte.
-Alors ?
Ma petite Rose,
ton coeur est en deuil.
-Non. Ni le coeur ni le reste.
-Bien, oublies-tu les paroles du Notre-Père ?
Pardonnez-nous nos offenses...
-Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
- Voilà. - Je les oublie pas.
C'est des mensonges pour les enfants.
Ca reste dans leur tête
même s'ils savent que c'est pas vrai.
Pourquoi je pardonnerais à Marcaillou ?
Il y a qu'aux gens qu'on aime à qui on peut pardonner.
Et encore, pas tous.
Mais ça, votre Bon Dieu ne le dit pas.
-Mais enfin, Rose, tu crois en Dieu ?
- Bien, oui. - T'y crois vraiment ?
-Bien, j'y crois. Mais pas vraiment.
-Monsieur le curé ?
Le pigeon qui est suspendu au-dessus de l'autel
dans votre église, il est en or ?
-Le pigeon est le Saint-Esprit.
Je dis pas en quoi il est pour pas encourager les voleurs.
-Non, ça vaut combien ?
Environ. Ah...
Musique joyeuse
...
- Qui c'est ? - T'as pas vu ? C'est un mort.
-Un mort qui marche ? Où qu'il va ?
-Il m'a demandé où c'est le cimetière.
-Tu vas te faire enterrer ?
-Foutez-moi le camp, voyous.
...
Pardon, Madame.
On m'a dit que je trouverais Monsieur Cordier à l'enterrement.
-Oui, Monsieur. C'est lui, là-bas.
-Merci.
-Mais c'est impossible, ici, tout le monde vous croit mort.
-Madame. C'est une erreur.
-Je suis bien contente.
Parce que vous avez une petite note à la blanchisserie
qui vous attend, 3 pyjamas de soie.
-Mais je ne porte pas de pyjamas, Madame.
Je mets des chemises de nuit.
...
- Nom de Dieu. - Mais qu'est-ce qu'il y a ?
- Un fantôme. - Où ça ?
- Mais là, qui vient. - Oh !
On dirait Le Péron.
-Pour que ce soit un fantôme, il faudrait qu'il soit mort.
-C'est juste, j'y avais pas pensé, oui.
-Adjudant-chef, Le Péron, Georges.
-C'est la guerre.
-Pourquoi s'il y avait la guerre,
ce serait à moi qu'on viendrait l'annoncer ?
Il vient pas pour la guerre. - Non.
Je viens pour mon frère. - Ah, voilà.
Il y avait un air de famille.
- A peine. - Comment est-ce qu'il va ?
-Il est mort.
Et vous savez très bien qui l'a tué.
-C'est pas votre adjuvant qui a maté la révolte
des ramasseurs d'arachides à Lumumba ?
- Oui, oui, c'était nous. - Il en a fallu du cran.
Tous ces nègres armés de sagaies et de gourdins.
Et vous aviez pour vous défendre
que des fusils et des mitrailleuses.
-Mon frère m'a dit que vous étiez con.
C'est pas une raison pour essayer de sauver
son assassin que vous connaissez.
-Si je le connaissais, il serait en prison.
-Bien oui, il est dans la police.
Puisque c'est votre ami Chavasson.
-D'abord, Chavasson, c'est pas mon ami.
Au contraire, j'ai refusé de le loger chez moi
le soir du crime.
J'ai peut-être eu tort,
vu que s'il n'avait pas été au bordel.
-Vous êtes un drôle de type.
Vous essayez de défendre Chavasson et vous l'enfoncez de plus en plus.
-Je suis comme je suis, moi. Je sais pas pourquoi, d'ailleurs.
Fête Nat, les verres !
Ne vous retournez pas.
Il risquerait de laisser tomber son plateau.
Fête Nat, t'as pas peur des fantômes, toi.
-Ma grand-mère en a vu, mais c'était dans le temps.
Depuis la Grande Guerre, on n'en voit plus.
Dieu a interdit aux morts de sortir.
Il y en aurait trop.
Comment il a fait, celui-là ?
-Bonjour, mon ami.
-Allons, maintenant, les blancs, ils attendent d'être morts
pour serrer la main des pauvres nègres.
Eh bien, c'est trop tard.
-C'est effrayant ce que je viens d'entendre.
-A votre santé, Adjudant.
-Voilà.
C'était leur petit coin.
Ils étaient là. Bien tranquilles.
-Qu'est-ce qu'ils faisaient ?
-Rien.
Comme tout le monde quand on peut.
-Du ratafia, il avait toujours aimé ça.
Ca me fait quelque chose.
Ca me rapproche de lui.
Quand je pense que c'est peut-être là qu'on l'a tué,
mon pauvre frère.
-Pourquoi vous dites ça, tout à coup ?
-On l'a bien tué quelque part.
Alors, pourquoi pas là ? - C'est juste.
-Je suis crevé.
Marcher, c'est déjà fatigant.
Penser en marchant, alors, ça.
C'est drôle.
Mon frère ne vous voyait pas comme je vous vois, Lucien.
Vous voulez bien que je vous appelle Lucien ?
-Bien sûr, Georges.
-Il y a pas à dire, il avait une belle vie, mon frère.
-Meilleure que la nôtre.
-Ca, il y a du vrai dans ce que vous dites.
Si on se tutoyait ?
-Si tu veux, Georges.
L'armée, ça doit être bien emmerdant des fois.
-C'est vrai, oui.
Je saurais rien faire d'autre. Et toi ?
-Moi, c'est pareil.
-Oui, Lucien, est-ce que savoir rien foutre,
ça suffit comme but dans la vie ?
-Pas toujours.
-Est-ce que ça suffit à nous excuser ?
-Est-ce qu'on excuse un poteau de remplir un trou ?
Il se peut qu'au fond du trou, un terrier de lapin soit écrasé.
Est-ce la faute du poteau s'il s'ajuste à un trou
qui était fait pour lui ?
-Oui, mais ce n'est pas comparable.
Un poteau est un objet inanimé. - Et alors ?
Ne sommes-nous pas tous plus ou moins inanimés ?
Georges ?
-Oui, qu'est-ce que tu veux dire ?
-Va donc savoir.
Tiens, en voilà un qui n'ira pas se faire tuer à la guerre.
- Triste spectacle. - Pas pour tout le monde.
Ton frère, c'était son plaisir de leur tirer dessus.
-Tu le laissais faire ?
-Je suis pas là pour faire la police, Georges.
Moi, je suis le Christ.
Le Christ en personne qu'on a envoyé à Bourkassa
avec un tombeau de croix toutes plus grandes les unes les autres.
Je cherche à sauver des innocents.
Et il y en a, pour ainsi dire, pas.
Les crimes, ils sont tous collectifs.
On participe à ceux des autres
et les autres participent aux vôtres.
Ton frère, tout le monde l'a tué, et moi aussi.
Et peut-être un petit peu plus que les autres.
-C'est quand même une drôle de journée.
Lucien rit.
Quoi encore ?
-J'ai une chaussette rouge et une autre bleue.
J'ai dû m'habiller dans le noir.
Est-ce que tu connais la question
à laquelle personne n'a jamais répondu ?
La grande question ?
-Dis toujours.
-Quand on se gratte les couilles, à partir de quel moment
on le fait parce que ça vous démange
ou parce que ça vous fait plaisir ?
-Je viens de vivre des heures épuisantes.
Je me suis fait traiter de fantôme toute la journée.
J'ai bu un litre de ratafia.
J'ai entendu des choses,
je ne sais même pas si je les ai vraiment entendues.
Mais je ne regrette pas,
je connais l'assassin de mon frère.
-Ah bon ? Qui c'est ?
-Mais c'est toi qui me l'as dit.
-Ca m'est sorti de la tête, ce que je t'ai dit.
Ca te ferait rien de me le redire ?
Non, peu importe ce que je t'ai dit.
Ce qui compte, c'est ce que je t'ai pas dit.
-Mais qu'est-ce que tu ne m'as pas dit !
-Ton frère et son copain, je les ai vus tous les deux
bien vivants le lendemain du crime.
...
-Non, non, non, non. Non.
Non, non.
Non.
Non, non.
Non, non.
-Quelle heure est-il ?
- 6h. - 6h.
Nous entrons dans la forêt vierge.
Les femmes, elles ont soif
de ces féroces infirmes autour des pays chauds.
-Oui, oui.
-Il était bon mon haricot de mouton ?
-Rudement bon.
Encore meilleur que celui que je me suis tapé chez Huguette.
-Et tu as remangé le mien ?
-J'ai jamais su dire non.
-Pourquoi tu l'as épousé, ta femme ?
-Je sais pas. Parce qu'elle me l'a demandé.
-Et Rose alors ?
-C'est pareil.
-Le jour où on a tué son mari, tu étais avec elle ?
-Voyons voir, le jour où a tué son mari.
C'est marrant.
C'est-à-dire qu'on a tout ça dans la tête
et quand on veut s'en servir, y'a pas moyen.
Pourquoi tu me demandes ça ?
-C'a quand même été heureux pour Rose.
-Bien, c'est surtout pour Marcaillou
que ça a été heureux.
C'était un nuisible, Marcaillou.
Le type qui l'a tué, il lui a rendu un fier service.
C'était comme qui dirait, un acte de charité.
Mais ça, c'est pas tout le monde qui peut le comprendre.
-Je suis pas tout le monde, Lucien.
-Non.
Il faut pas, Anne.
-Mais pourquoi ?
-Il faut pas.
Quand je commence à prendre les gens en pitié,
ils leur arrivent des misères.
Et à moi aussi.
Musique mélancolique
...
Aboiements au loin
...
-Pourquoi t'as mis si longtemps ?
-Je suis crevé, Rose.
-Tu parles que de dormir.
-C'est ce qu'on peut faire de mieux à part manger.
Pendant qu'on dort ou qu'on mange,
on se tracasse pas pour des trucs
contre lesquels on peut rien.
Penses-y seulement une seconde
et tu verras que j'ai raison.
-Mais c'est pas de penser que j'ai envie.
Il marmonne.
...
Mais qu'est-ce que tu fais ?
-Je prie Dieu pour qu'il me donne de la force.
...
-Tu crois que ça va marcher ?
-J'espère.
Sinon, je ne pourrai même pas enfoncer mon doigt
dans de la mousse au chocolat.
-Oh. Ca a l'air de marcher. Tu peux le remercier, le Bon Dieu.
-Sans passer pour un ingrat,
c'est bien le moins qu'il pouvait faire.
-Bonjour.
-BONJOUR, MADAME.
-Oui. Attends, attends. C'était très bien.
Allez, allez, dépêchez-vous.
Est-ce qu'il y en a un qui peut lire
ce qui est écrit au tableau ?
-NON, MADAME.
-je vais vous dire ce qui est écrit.
C'est les premières paroles de la Marseillaise.
"Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé.
"Contre-nous de la tyrannie.
"L'étendard sanglant est levé."
Allez, répétez après moi.
"Allons enfants de la patrie."
-"ALLONS ENFANTS DE LA PATRIE."
-"Le jour de gloire est arrivé."
-"LE JOUR DE GLOIRE EST ARRIVE".
-"Contre-nous de la tyrannie."
"CONTRE-NOUS DE LA TYRANNIE."
-"L'étendard sanglant est levé."
-"L'ETENDARD SANGLANT EST LEVE."
-C'est très bien.
Il reste pas beaucoup de gâteau de riz, hein ?
-C'est que je me suis restauré, moi.
Avant de raccompagner Rose chez elle.
C'est pas trop tôt qu'on est débarrassé de celle-là.
-T'as pas encore fini ?
Qu'est-ce que tu as à traîner à table aujourd'hui ?
-Je bois mon café.
Si tu veux te donner la peine de regarder,
tu verras que c'est vrai.
-Bien, prends ta tasse et va la boire ailleurs.
-Ca n'aurait guère de sens.
Tu vas servir le déjeuner, je vois pas pourquoi
je me lèverais pour me rasseoir.
-Bon, bien reste. Moi, je vais au coiffeur.
Et j'en ai certainement pour plus d'une heure.
-Je me demande comment elle va nous revenir.
Elle chantonne.
J'aime pas que tu restes là quand je mange.
-Il y a combien de chances pour qu'elle éclate, la guerre ?
8 sur 10 ?
9 ? - Ca te plairait tant que ça ?
-Je veux. A force d'attendre.
-Et s'il y a la guerre, tu vas aller la faire ?
- Tu crois ? - Bien, forcément.
Dès le premier jour, paf,
tu vas te retrouver dans les tirailleurs sénégalais.
- On est pas au Sénégal. - Et alors ?
Et en plus, les troupes noires, c'est des troupes de choc.
Avec les Bretons et les Vendéens, pourcentage de tué, énorme.
-Ah bon ?
Bien, j'ai quand même pas intérêt à ce qu'elle éclate alors.
Ou alors, je me débine.
Pour se débiner, il faut de l'argent.
J'en ai pas.
Remarque que je connais un ami qui en a.
-Un ami ?
-Le mari de ma soeur.
-Je savais pas que j'étais ton ami.
-Enfin, Lucien.
Si t'étais pas mon ami, j'hésiterais pas à dire
à Huguette ce qui s'est passé cette nuit avec Rose.
-Mais mon pauvre Nono.
Ce qui s'est soi-disant passé cette nuit avec Rose,
c'est rien, t'entends ?
Rien du tout à côté de ce qui risque peut-être bien
d'arriver dans pas longtemps.
Vacarme
...
Je cherche du fil et une aiguille pour coudre un bouton.
-Et t'as trouvé ?
-Tu seras gentil de tout remettre en place
pour que quand Huguette, elle rentrera,
elle n'ait pas trop de travail.
Parce que moi, ce soir, je serai pas là.
Puis c'est pas la peine de chercher l'argent
puisque j'ai tout pris.
Clochette de la bicyclette
...
-Je casse la glace
et j'arrive, hein ?
Cette nuit, j'ai rêvé que le Bon Dieu,
il avait décidé de devenir nègre au moment
où Marcaillou se présentait devant lui.
Cette andouille de Marcaillou, il essayait pas d'entrer au ciel.
Il disait : "J'ai pas de chance. On me tue. On baise ma femme.
Et en plus, je tombe sur un Bon Dieu nègre."
-Ca, c'est le genre de rêve qu'on fait après
le haricot de mouton.
-L'horoscope du fakir Birman.
Regarde, là. Un poisson, c'est mon signe.
"Les natifs du deuxième décan feront un bon voyage
"pour des raisons d'amour."
Où est-ce qu'on ira tous les deux ?
-C'est un journal de l'année dernière.
-Eh bien alors, les mots sont toujours là.
-Est-ce que tu crois
qu'on aura encore une chance dans l'autre monde ?
Toi, moi, Huguette, Nono.
Tous les pauvres types qui avaient
de si bonnes intentions et qui ont obtenu si peu.
-C'est à cause de mon rêve que tu dis ça ?
-Peut-être bien, oui.
-Tu veux pas venir avec moi ?
-Où ça ?
-Manger du poisson grillé sur le bord du fleuve
tous les deux.
-Ah bon ?
Je croyais que c'était plus loin, moi.
Tu peux pas, il faut que t'ailles déjeuner chez Huguette.
Ca brûle, dit donc.
-Tu es sûre que tu veux pas venir ?
-Oui, je suis sûre.
-Bien, tant pis.
A plus tard, ma petite Rose. - D'accord, à plus tard.
Sifflements d'oiseau
...
-Fais-le avancer.
C'est par là.
Allez, arrête.
Allez.
Je suis vraiment inquiète, moi.
Il a tout cassé dans ma chambre avant de partir.
Je l'ai jamais vu dans cet état-là. Il était comme fou.
Tu sais vraiment pas où il a été ?
-Puisque je me tus à te répéter qu'il est pas là.
Il s'est peut-être installé dans le placard
sans que je m'en rende compte.
-C'est pas une preuve qu'il soit pas dans le placard.
-Mais il t'a pas dit où il était ?
-Mais je l'ai pas vu depuis hier soir, Lucien !
-Depuis hier soir.
-Hé, oh. Elle siffle.
-Et ce chapeau, là, sur la tête du grand couillon,
il est venu tout seul ?
Que t'aies pu coucher avec ce minable,
on en parle même pas.
C'est dégoûtant. - Toi, avec Nono ?
-C'est pas pareil moi avec Nono. Je l'aime, moi.
-Du sucre ?
-Et puis détourne pas la conversation.
Tu vas me dire où est mon pognon. - Je sais pas !
-Où il est mon argent ?
- Du calme ! - T'en veux une ?
Cet argent, il est à moi. Il est pas à Cordier.
Je l'ai économisé sou par sou.
Pour pouvoir foutre le camp un jour.
Je l'ai mérité, moi, d'avoir du bon temps.
Je l'ai bien mérité, de voir la Côte d'Azur,
comme tout le monde.
Et puis, je me suis pas enterrée pendant 15 ans
dans ce bled pourri pour me faire rouler
par une petite salope.
-Cet argent, je l'ai pas vu.
-Les mains de Nono, tu les as vues ?
-Mais qu'est-ce qu'elles ont, mes mains ?
-Il peut être méchant, Nono. Où il est mon argent ?
-Maintenant, ça suffit !
La pouffiasse, tu vas fermer ta gueule.
Bouge, et je te pisse dans l'oreille
jusqu'à ce que ça te nettoie ton ordure de cervelle.
Hein ! - Qu'est-ce qu'elle a dit ?
- T'occupe pas, vas-y ! - Vas-y quoi ?
-Eh bien, fiche-lui une bonne trempe !
Ca va la faire parler !
-Me touche pas ! Me touche pas ! Aïe !
-Il faut que tu parles, t'as compris ?
-Pauvre connard ! Lâche-moi !
-Tu vas me le donner, mon argent !
- Arrête ! - Tu vas le dire, où il est !
-Ah ! Maman !
-Salope ! Tu vas me dire où il est !
-Ah !
Elle hurle.
-Tu vas dire où il est, mon argent !
-Lâchez-moi ! Lâche-moi !
-Salope !
Allez, la laisse pas partir, toi.
Vas-y.
Coups de feu
...
Cri
Elle gémit.
...
Trot d'un cheval
...
-Rose.
Mon colonel.
-Oui ? Colonel Tramichel.
Tra comme tra...
-La guerre est déclarée, mon colonel.
Je viens d'entendre un TSF.
Oh la la la la. C'est navrant.
C'est navrant, c'est Daladier.
Oui, oui, c'est Daladier. C'est un coup de Daladier.
Non, mais c'est typique.
C'est typique, je savais que ça arriverait avec Daladier.
C'est forcément Daladier.
Bon, mais c'est pas le tout.
En attendant les ordres, faut...
Allez, ôte-toi de mes jambes, toi.
Ils sont très gentils,
mais ils sont un peu, oui, collants.
-♪Attention, attention.
♪ La guerre vient d'être déclarée.
♪ Mobilisation générale.
Brouhaha
...
♪ La guerre vient d'être déclarée entre la France et l'Allemagne.
♪ Je répète, la guerre vient d'être déclarée entre la France
♪ et l'Allemagne.
...
♪ La guerre vient d'être déclarée entre la France et l'Allemagne.
♪ Je répète, la guerre vient d'être déclarée entre la France
♪ et l'Allemagne.
♪ Mobilisation générale.
Des cloches retentissent.
...
Lucien, c'est horrible.
Huguette, Nono.
-Je sais. J'étais là.
-Comment, t'étais là ? T'as tout vu ?
-Disons plutôt que j'ai tout entendu.
C'est du pareil au même.
-Et t'as pas bougé ?
-Pourquoi est-ce que j'aurais dû bouger ?
Tu veux une tasse de café ?
-Mais pour empêcher.
-C'est pas à moi d'empêcher quoi que ce soit.
C'était à toi. A Huguette, à Nono, à Marcaillou.
C'est pas parce que je mets la tentation à portée de la main
qu'il faut forcément se laisser tenter.
Je m'arrange seulement pour que les gens se montrent.
Et je leur tombe dessus. C'est un sale boulot, Rose.
Et le plaisir que je prends à les piéger, bien,
on peut dire que je l'ai salement mérité.
-Mais t'as pas honte de dire ça ?
-Ca fait aussi partie du boulot, de me réjouir du malheur des gens.
-♪La guerre vient d'être
♪ déclarée entre la France et l'Allemagne.
-T'es devenu complètement fou.
-Non. Au contraire.
Normalement, c'est aux riches et aux puissants
que je dois serrer la vis.
Seulement, j'ai pas le droit.
Parce qu'ils sont riches et puissants.
Alors, il faut bien que je me rattrape
en tapant deux fois plus fort sur les pauvres.
Les malheureux, les nègres et les pauvres filles comme toi
qui ont mis leur cervelle à la place de ce que je pense.
C'est ce que je te dis qui te fait pleurer, Rose ?
Mais faut pas. Ca n'avance à rien.
Tu sais, moi, j'ai pleuré et sangloté
tout ce que je savais et ça n'a rien arrangé du tout.
-♪La guerre vient d'être
♪ déclarée entre France et l'Allemagne.
...
-Tu peux pas t'en sortir comme ça, c'est trop facile, hein.
Mais me regarde pas comme ça !
Mais c'est pas vrai, c'est pas vrai.
C'est pas vrai, Lucien, pourquoi t'as fait ça ?
Faut que tu m'aides à m'en sortir, Lucien.
J'en peux plus, moi. Qu'est-ce que je vais faire ?
-Bien, j'en sais foutre rien, moi.
Huguette et Nono, n'importe quel imbécile verra
que c'est avec ton revolver qu'ils ont été tués.
Il y aura tes empreintes.
-Mais c'est horrible, ça. C'est horrible.
-Au début, c'est vrai que c'est horrible.
Et puis, après,
on se met à penser à des tas d'autres choses.
Les gosses qui crèvent de faim,
les petites filles vendues comme esclaves pour un miroir,
les femmes dont on coud le sexe.
On se dit que c'est par pure bonté
que le Bon Dieu a créé l'idée de meurtre.
Parce que qu'est-ce que c'est un meurtre
à côté de toutes ces abominations ?
Tout ça pour te dire, ma petite Rose,
que tout ce qu'il te reste à faire, c'est à foutre le camp.
-Mais pour aller où ?
-L'argent du bateau, je veux bien te l'avancer.
Et puis pour ce qui est de te débrouiller,
ça, je te fais confiance.
Tu pourras faire du pognon
en faisant rien d'autre que ce qui te plaît le plus.
Et que tu fais mieux
que n'importe quelle femme de ma connaissance.
Et à ce propos, tiens...
vu qu'on risque de jamais se revoir,
j'ai pas d'objection à te sauter une dernière fois en vitesse.
Malgré que tu sois une criminelle recherchée
par la justice.
Bien non, Rose, enfin.
Non, comment je vais faire maintenant pour me réveiller
à temps pour aller à la messe ?
-Si t'essaies de me toucher, je t'arrache les yeux !
Et puis même si je pars,
espère pas que tu vas t'en tirer comme ça.
J'y passerai toute ma vie s'il le faut,
mais je verrai à ce qu'on te coupe la tête !
Regardez-le, ça le fait rigoler ! - Non, c'est pas toi.
C'est deux chiens, là, en bas. Ecoute.
Tu sais pourquoi les chiens se reniflent les fesses ?
Figure-toi qu'à l'époque où la terre était gouvernée
par les chiens, ils avaient décidé de tenir
un congrès pour faire voter des lois nouvelles.
Le chien qui présidait l'assemblée leur dit :
"vu qu'on va rester plusieurs jours enfermés ici,
"je propose, par mesure d'hygiène,
"qu'on laisse nos trous de balle au vestiaire."
Ils approuvent
et les voilà qui se "détroudeballisent".
Mais à peine la séance était commencée,
il y a une tempête qui se lève.
Une véritable tornade
et tous les trous de balle se sont mélangés.
Il y a pas un chien qui est foutu de reconnaître le sien.
Voilà.
Depuis ce temps-là, ils se reniflent les fesses.
Il y a des chances que ça dure jusqu'à la fin du monde.
C'est rigolo, non ?
-Très.
-♪Attention, attention. ♪ Ce soir, couvre-feu à 9h.
♪ Je répète, couvre-feu à 9h.
-♪Arrête Antoine, il n'y a plus de guerre.
-♪Qu'est-ce que tu racontes ?
-♪Il n'y a plus de guerre, je te dis.
- ♪Déjà ? - ♪Ils ont signé à Munich.
♪ On va fêter ça ce soir, il y a un bal.
♪ Vous entendez, Cordier ? Ils ont signé la paix à Munich.
-Qu'est-ce que ça peut lui faire ? Vous voyez pas qu'il s'en fout ?
-Ne dis pas ça, Rose, voyons. Ne dis pas ça.
-Ta gueule, je veux plus entendre tes boniments.
Je suis peut-être pas très intelligente,
mais je sens bien.
T'arrives toujours à te justifier.
-Il faut bien que je trouve une raison aux choses.
Tu es un peu dure, Rose.
Et puis, tu me fais douter de moi.
Il y a 10 minutes, j'aurais juré
que j'étais incapable du moindre soupçon de méchanceté.
Et maintenant, voilà que je me pose des questions.
-Cordier, on dit qu'il y a qu'une seule façon d'être mort
et des centaines de mourir.
J'espère qu'on te choisira la pire.
Musique inquiétante
...
-Pourquoi tu l'as écrit sur le tableau ?
Tu croyais que je t'aimais pas assez pour l'entendre ?
-Mais il faut pas que tu m'aimes, Anne.
C'est pas à cause de toi, c'est à cause de mon boulot.
D'être avec toi, ça m'empêcherait
de le faire comme il faut.
Et ça, j'en ai pas le droit.
Il y a des milliers de millions de malheureux.
Et moi, je suis tout seul.
-Mais si tu voulais pas de moi,
il fallait pas que tu me dises tout ça.
J'avais pas besoin de le savoir.
-Je pouvais pas faire autrement.
-Et tu n'as pas peur ?
-Peur de quoi ?
-De ce qui pourrait arriver.
-Ca n'a pas d'importance.
De toute façon, je suis mort il y a si longtemps.
...
Musique douce
Sous-titrage : BLEU OUEST
...
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.