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(GRINCEMENT MÉTALLIQUE)

JEUNE HOMME : Allez ! Merde.

- GARÇON : J'ai mal ! - Je sais.

Ça va aller.

(RESPIRATION SACCADÉE)

(GROGNEMENTS)

GARÇON : Dépêche-toi !

J'ai mal ! J'ai mal.

- Non, touche pas ! - Mais ça brûle !

Ça va aller, ça va aller.

- Ah, putain ! - Allez !

Allez !

- Ah, putain ! - On est bientôt arrivés, ça va.

Putain !

- (CHANSON ÉLECTRO) - (FOULE EN DÉLIRE)

FEMME : On se pousse, là !

Allez, viens.

(CAQUÈTEMENTS)

Viens là. Allez, Madeleine.

(GÉMISSEMENTS)

Hop.

Oh, Coco. Ça va, là ?

FEMME : Allez, viens ! Aïe !

(CAQUÈTEMENTS)

Qu'est-ce que tu fous là ? C'est à qui, cette poule ?

Je sais pas, je vais la remettre dehors.

Non, tu veux qu'elle se fasse écraser ?

- Tu la prends, tiens. - Non !

- Démerde-toi. J'ai autre chose à faire. - Je ne peux pas.

- Je peux. - Et magne-toi le cul.

Allez, gentil. Viens.

(CAQUÈTEMENTS)

(FOULE EN DÉLIRE)

(MUSIQUE ÉLECTRO)

(CRI DE SURPRISE)

Oh, putain...

Y a l'éponge, là-bas !

FEMME : Putain, j'en peux plus de ces robinets pourris !

Maria ! Maria ! La fontaine, là !

J'ai demandé à Yann et il est pas venu, qu'est-ce que j'y peux ?

- HOMME : Pousse- toi. - Non, non ! Non !

- Vas- y, Yann ! - Non, tu dégages. Allez, go !

(MUSIQUE ÉLECTRO)

Une, là. Trois.

- Une bière et un mojito. - Merci.

Deux secondes.

Vous savez pas si c'est grave ? Vous savez pas ce qui s'est passé ?

- Tout va bien, son frère est avec lui. - Mais il répond pas, là.

- On n'arrivait pas à vous joindre. - Bah je travaillais.

Vous saviez que votre fils était seul ?

Il dormait quand je suis partie.

Son frère devait revenir après une répétition.

Il fait de la trompette.

On est bientôt arrivés ?

Presque.

On l'a mis dans une salle d'attente avec son frère.

- D'accord. - Vous allez pouvoir le ramener.

- C'est juste sur le torse ? - Oui.

- C'est une brûlure au 2nd degré. - OK.

- Faudra bien suivre la cicatrisation. - D'accord.

- Il est juste là. - Ça va ?

(BAISERS SONORES)

Montre-moi.

Il a voulu se faire des frites.

Ça s'est enflammé, il a balancé de l'eau, et prrr !

Bah alors ? T'as voulu faire des frites, la nuit ?

J'avais faim. J'ai tout fait péter dans la cuisine.

On s'en fout, elle était moche.

(EN RIANT) Ils se sont mis à quatre pour lui foutre le pansement.

- (RIRES) - Il voulait pas qu'on le touche.

Du coup, j'ai pas mangé, j'ai faim.

SYLVIE : On va manger. Pas des frites.

- J'ai trouvé une poule au travail. - Une poule ?

- Ouais, une poule. - Ah oui ?

(GÉMISSEMENTS)

Maman, tu peux venir ? Je retrouve pas ma maquette.

JJ ?

- Maman, viens ! - JJ ?

- Va voir. - Non, je peux pas, là.

S'il te plaît, je peux pas.

- Va, va, va ! - Personne n'a touché à ta maquette !

- Elle était là, elle est plus là ! - T'as vu le bordel aussi ?

- Je sais pas ! - Cherche là-dedans.

- Démerde- toi. - SYLVIE : Allez.

Viens m'aider, s'il te plaît.

À trois.

Allez. Un, deux, trois.

Voilà. (GÉMISSEMENTS)

Vas- y, vas- y. Non.

- Attention. - Attends. Je monte le truc.

Ça passe pas, regarde. Tu vois bien.

Merde...

(ELLE SOUPIRE)

- Faut la démonter. - Non, on va pas s'amuser à la démonter.

On la jette par la fenêtre ?

- Mais ma maquette, elle est où ? - On en sait rien.

Je vais aller voir. Tiens, faut la démonter.

Vois si tu peux défaire la porte. Là.

Mais ça s'enlève pas, ce truc.

SYLVIE : Quelle maquette ?

Ma maquette d'avion.

(GÉMISSEMENT)

Oh, putain.

SYLVIE : T'as cherché partout ? SOFIANE : Oui !

SYLVIE : On a plein de trucs ici. Un vieux slip, des vieilles chaussettes.

Faut que tu ranges. Je l'ai, elle est là.

Tiens.

Et là. Tiens.

- Mais elle est cassée. - Ah bah tu la répares.

SYLVIE : Elle va être bien ici.

JJ : Ouais. SOFIANE : Ouais...

Hm.

(CROASSEMENT)

- Je la mets où ? Je la pose ? - Bah oui.

- Ici ? - Crapaud !

- (VOIX AIGUE) Au revoir. - Allez.

Fais doucement.

Allez, je la balance.

- (CAQUÈTEMENTS) - SYLVIE : Au revoir.

Elle s'envole pas ?

Non, elles volent pas, on leur a coupé les ailes à la naissance.

- Pourquoi ils font ça ? - Pour pas qu'elles s'enfuient.

On va pas la laisser là, il pleut.

- Elle va être super là. Allez ! - C'est vrai que c'est pas...

- Non, les gars ! - Maman, s'il te plaît !

- (SONNERIE) - On va pas la laisser là !

- Allô ? - Mme Henry, de l'ASE.

- Vous êtes bien Mme Paugam ? - Oui, c'est moi.

Bonjour, je vous appelle pour prendre rendez-vous pour se voir.

Venir vous voir ? Maintenant ? Non, je peux pas, là.

Pourquoi vous voulez me voir ?

- Pour savoir comment va votre petit. - Oui, ça va très bien.

- Il va bien ? - Oui, il va bien.

- Et moi, je peux me déplacer... - Non, vous pouvez pas. On est pas là.

Euh, je sais pas. Je comprends pas, déjà,

et je travaille tout le temps.

- SOFIANE : Maman, allez ! - Je dois vous laisser.

- Allez, si, maman ! - Non, non. Allez !

Maman ! S'il te plaît !

(CAQUÈTEMENTS)

SYLVIE : Attention.

Non, faut pas avoir peur. Fais comme je t'ai dit.

- Qu'est- ce que je t'ai dit ? - SOFIANE : "Tu respires."

Regarde-moi.

(ILS RESPIRENT PROFONDÉMENT)

- Mais ça chatouille ! - (ELLE RIT)

Attends.

Attention, passe la tête.

Là.

- Dépêche-toi ! - Oui.

- Arrête ! - Non, mon cœur.

- Non, mais attends ! - Hé, hé !

(BAISER)

Encore.

- (PAS QUI APPROCHENT) - (PORTE)

- SYLVIE : Ouvre ! - Non, non !

- Non, personne ne rentre ! - Il faut que j'y aille, là.

Il dort, tu le remets dans son lit ?

- Oui, d'accord. - Fais gaffe.

T'inquiète pas. Laisse-moi.

- Tu vas me faire foirer. - Ciao.

Ciao.

(PORTE QUI CLAQUE)

(MUSIQUE HIP-HOP)

- (ACCLAMATIONS) - (IL HURLE)

Je t'engueule pas. J'ai droit de dire que j'aime pas quand les flics débarquent.

Tu dis que t'en as marre des embrouilles. T'en as eu, toi ?

Non, mais les flics, ça la fout mal.

- Une bière, s'il vous plaît ? - Genre, c'est la première fois.

- Raison de plus. - Une bière !

Deux secondes !

Tu vois qu'elle est au taquet. Je vais te la servir.

- Quel relou, lui. - 24.

- Merci. - Mais pourquoi tu te barres pas d'ici ?

C'est bon, là...

T'as plus ton projet ? Ton truc, là, en Espagne ?

C'est bon, cadeau !

- Tu les rappelles ! - Mon projet en Espagne...

- Je les rappelle, et je pars comme ça ? - Bah oui !

Ils te proposent la programmation musicale. Vas-y !

T'attends quoi ?

- Allez ! - Bouge !

Sylvie, ton frère est pas bien. Faut que t'y ailles.

Ah, putain.

Non, non ! Vous le touchez pas !

- Vous le touchez pas. - OK. Hé, fais attention.

Fais attention.

Attention. Faites gaffe, les gars !

Faut qu'on le bouge. On peut pas le laisser là.

Faut qu'on le bouge. Hé !

- Non ! Vous le touchez pas ! - On va lui marcher dessus !

On le touche pas. C'est vous qui dégagez.

- On peut pas le laisser ici. - Le touche pas.

- (IL GÉMIT) - Chut...

Ça a fait comme une réaction chimique.

Enfin... thermique, quoi.

Il aura une cicatrice.

Même si t'avais été là, il aurait tout fait péter.

Non, je crois pas.

Bah si. Sofiane, quand il a une idée en tête... Prrr !

(TINTEMENT DE BOUTEILLES)

Oh, la vache. C'est quoi, ça ? Wouh !

Qu'est-ce que tu touches ? Non !

Remets ça. T'es fou, il va te tuer. Tu veux mourir ou quoi ?

- C'est de la bombe. - Remets ça correctement. Ferme !

J'ai juste remis.

- J'ai faim. - Oui, hé.

J'ai pas bouffé depuis avant-hier.

Je t'ai dit que je me suis fait virer par Isa ?

Encore ? Sérieusement ?

- Ouais. - (EN RIANT) Non ?

Elle était complètement dingue. Je te jure, c'était fou.

(IL L'IMITE EN ESPAGNOL) "Vete a la mierda, hijo de puta !

- "Vete a tomar por culo !" - (ELLE RIT)

- Putain, les vinyles par la fenêtre... - Les vinyles ?

Je me suis retrouvé en slip dans le couloir.

- La honte devant les voisins. - (ELLE RIT)

Ah, la honte ? Tu connais ça, toi ? C'est nouveau.

Elle a dit que j'étais à la masse.

Bah, ça, elle a pas tort. T'es un peu à la masse.

C'est pour ça que je t'aime.

Bon, cette gazinière ?

Non, je t'en prie. Pas les grands travaux.

- Elle est bien passée par la porte. - Ça passe pas.

Non, tu vas refaire une crise. Hervé.

(ELLE RIT)

Non.

Non ! (ELLE RIT)

Tu me fatigues.

(CAQUÈTEMENTS)

Non, mais t'as vu ? Regarde.

Regarde.

Ouais, j'ai vu. Il pouvait pas savoir, hein.

Il pouvait pas savoir ? Mais tu pouvais lui dire

- de pas toucher, non ? - Il a eu une crise. Il a eu besoin de...

- De sucre, quoi. - T'as vu sa tronche ?

Regarde ça. Ça a une gueule de merde. C'est foutu, c'est foutu.

- Tu peux pas l'arranger ? - Il l'a pas remis au frigo. Il se fout...

- Il y a rien à faire. - Si tu...

Si t'égalises, tu peux pas dissimuler avec les fruits ?

- Non, surtout pas. Non. - Rééquilibre.

Il est très bien. Va t'habiller.

(IL SOUFFLE) Ça me saoule.

(KLAXON)

(SONNERIE DU LYCÉE)

(SONNERIE DE L'ÉCOLE)

Hé, crapaud, tu fais pas le malin avec ton pansement.

- Ouais. - Fais gaffe, hein ?

(CRIS D'ÉCOLIERS)

- Oh, t'abuses, là... - Hm ?

(ELLE SOUPIRE)

Quoi ?

(LONG SOUPIR)

Y a une femme qui voulait te voir.

Qui ?

Je sais pas, une femme. Elle a sonné, elle est rentrée.

J'ai rien compris.

Bah c'est qui ?

J'en sais rien.

Elle a dit qu'elle allait repasser.

(SONNETTE)

Putain, c'est quoi, ça ?

- (SONNETTE) - Tu veux pas y aller ?

Oh non, vas-y toi. C'est chez toi, putain, vas-y !

(SONNETTE INSISTANTE)

- Ça va, tu dormais ? - Oui, ça va.

- Tu m'as pas oubliée ? - Non, pas du tout.

- Ça va aller ? - Salut, toi. Ça va aller.

- Je te donne ça. - Content de revenir ?

- Merci, j'ai tout. - T'as tout.

T'inquiète, vas-y.

- Merci. Ça va ? - Ouais.

OK. Bon, à toute.

(CAQUÈTEMENTS)

En plus, elle a chié par terre.

(MUSIQUE JAZZ ENJOUÉE)

(NOTE FINALE)

(APPLAUDISSEMENTS)

(CRIS D'ENCOURAGEMENT)

- Ça peut encore être mieux. - Non, c'était bien. C'était...

Ah oui, c'était bien.

Sois pas trop sur toi-même car forcément, là, on entend plus.

(CRIS D'UN ENFANT)

Sofiane, non ! Hé, tu te crois où ? À la cour de récré ? Tu te calmes.

Les autres m'énervent, j'ai envie de les frapper !

Non, tu vas frapper personne.

Tiens, prends ça. On va rentrer plus tard.

Ça va aller, on rentre bientôt.

Tu bloques tout. T'as tendance à tout bloquer là, en fait.

Donc ça reste coincé, tu perds ton souffle,

et puis tu peux perdre le rythme, et là, ça peut cafouiller.

- Ça, il peut y arriver. - Bien sûr.

Non, mais c'est sûr.

Libère-toi, et tu vas voir, après ça, tu pourras faire ce que tu veux.

- Ce que tu veux. - Ce que je veux.

- Moi j'ai senti... - (CRIS)

- Il fout quoi ? - Qu'est-ce qui se passe ?

- SYLVIE : Sofiane ! - (HURLEMENTS)

Sofiane, non. Allez. Non, non !

SOFIANE : Laisse-moi, toi aussi !

Doucement, doucement. On se calme.

(CRIS D'ENFANTS)

On t'a dit de pas montrer ça à tout le monde. Ça se fait pas.

- Mh ? - C'est eux qui voulaient voir.

Ils m'énervaient.

Bah...

Je leur ai dit qu'un dragon avait fait ça.

Un dragon ? Et ils t'ont cru ?

Hé, c'est vrai ce qu'il dit, faut pas montrer ça à n'importe qui.

Hein ?

C'est personnel. C'est comme si tu montrais...

- Tes fesses. - Je savais que t'allais dire ça.

Attends, tu vas lui donner des idées. Tu l'écoutes pas, OK ?

Y a des occasions de montrer ses fesses qui se perdent.

- SYLVIE : Ni fesses ni cicatrice. - JJ : C'est pas compliqué.

- (MUSIQUE ÉTOURDISSANTE) - (BROUHAHA)

- (ELLE CRIE) - (OVATION)

SYLVIE : Il me reste de quoi faire une dernière tournée.

Oh, pardon ! Pardon, pardon.

Pardon.

Bah oui. Bah obligé, je vais te la chanter.

C'est de l'amour, la chanson. C'est de l'amour.

Ah, t'assures.

(ELLE CHANTE) ♪ Je voudrais tant que tu te rappelles ♪

♪ Des jours heureux où nous étions amis ♪

♪ En ce temps-là, la vie était plus belle ♪

♪ Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui ♪

(TOUS CHANTENT) ♪ Et le vent du Nord les emporte ♪

♪ Dans la nuit froide de l'oubli ♪

♪ Tu vois, je n'ai pas oublié ♪

♪ La chanson que tu me chantais ♪

- (GUITARE ACOUSTIQUE) - ♪ C'est une chanson ♪

♪ Qui nous ressemble ♪

♪ Toi qui m'aimais ♪

♪ Moi qui t'aimais ♪

(TOUS CHANTENT) ♪ La la la ♪

(IL RIT)

♪ La, la, la, la ♪

♪ La, la, la, la... ♪

(FRACAS)

(CROASSEMENT)

SYLVIE : Allez...

- T'es prête ? - Oui.

Un, deux, trois...

Allez... Voilà.

C'est bon. (ELLE SOUPIRE)

- Allez. - (CAQUÈTEMENTS)

(IL SOUPIRE)

Viens ici, toi.

(PORTIÈRE ET VROMBISSEMENT DU MOTEUR)

(CAQUÈTEMENTS)

(SONNETTE)

- Bonjour. Ta maman est là ? - Non.

- T'es tout seul ? - Non, y a mon frère.

On entre.

- T'inquiète pas. Il est où ? - Euh, il est là.

- JJ ? - Jeune homme ?

- JJ ? - Jeune homme ?

- Il s'appelle Jean-Jacques. - D'accord. Ça va ?

Je m'appelle Mme Henry.

Je travaille à l'Aide Sociale à l'Enfance.

- Bonjour. - Votre maman est pas là ?

Pourquoi, il y a un problème ?

Y a pas d'adulte dans l'appartement.

J'ai un courrier du procureur.

- Sofiane doit venir avec nous. - Pour quoi faire ?

Non, je vais pas venir avec vous.

Faut que tu viennes. Y a une dame à la maison,

- qui s'appelle... - Mme Henry.

Mme Henry, qui dit que Sofiane doit partir avec elle.

Y a la police aussi. Donc viens, s'il te plaît.

- Elle va rappeler. - Ah non.

Ça fait trois messages déjà.

On peut pas attendre.

- C'est mieux de revenir demain. - Non, on va pas pouvoir.

Non, et puis Sofiane est attendu.

- Où ? - Dans un foyer. Sofiane,

- tu sais ce que c'est, un foyer ? - Il va pas aller dans un foyer.

- Je vais pas y aller. - Non, t'inquiète pas.

Faut demander à ma mère.

On lui a laissé des messages, mais personne sait où elle est.

- Elle va arriver. - On peut pas attendre.

- Sofiane, tu vas aller t'habiller. - Non.

- Allez, vas-y. - Elle va arriver.

- S'il te plaît. - Va dans ta chambre.

- Allez. - Oui. Va dans ta chambre, viens.

- Non. - Allez, je te dis !

- On va attendre maman. - Va dans ta chambre !

MME HENRY : Ce serait bien que ça se passe dans le calme.

SOFIANE : On va attendre maman.

- FEMME : Doucement. - Lâche-moi !

- Viens ! - MME HENRY : Mais ! Non !

- Non, non ! - (COUPS À LA PORTE)

Ouvrez !

- C'est n'importe quoi. - Ouvrez !

(COUPS À LA PORTE)

- Qu'est-ce qu'on va faire ? - Attendre maman.

- Ils vont finir par partir. - POLICIER : Ouvrez !

(COUPS À LA PORTE)

POLICIÈRE : On va pas y passer la journée.

- Rappelle-la ! - Mais elle répond pas.

- MME HENRY : Sortez, ça va mal finir. - Pourquoi t'ouvres aux gens ?

- POLICIER : Ouvrez ! - Pourquoi tu t'es pas réveillé ?

- (COUPS À LA PORTE) - T'inquiète pas, ça va aller.

- (COUPS À LA PORTE) - Vous arrêtez, là ?

Non, non, non !

SYLVIE : Prendre un enfant comme ça, c'est pas légal.

- MME HENRY : C'est une procédure légale. - C'est pas légal.

MME HENRY : Ça suffit !

Non, ça suffit, moi, je fais simplement mon travail.

Elle aussi. Vous verrez le juge dans 15 jours.

Dans 15 jours ? Il va partir pendant 15 jours ?

- Oui. - Oui ?

- Et il ira où ? - Il ira dans un foyer.

Vous êtes malade ? Jamais il ira dans un foyer !

MME HENRY : Avec ce qui vient de se passer...

- Vous avez défoncé ma porte ! - Vous voulez quoi ?

Qu'on prenne votre fils par la force ? Qu'on vous menotte ?

MME HENRY : C'est ça que vous voulez ? C'est ça que vous voulez ?

- (SOUPIR) - Vous voulez qu'il vous voie comme ça ?

Ça serait mieux qu'il vienne tranquillement, non ?

- Qu'est-ce que vous en pensez ? - Je viens avec vous.

- Non. - Si.

- Ah non, c'est pas possible. Non. - Si.

POLICIÈRE : Faites ce qu'on vous dit, tout ira bien.

- (DONNE UN COUP) - On se calme.

- On se calme. - Je suis très calme.

- POLICIÈRE : Il va falloir y aller. - Elle, elle vient pas.

- On se calme. - Et il va rester peu de temps.

- On se calme. - Je vais venir le chercher.

Je suis très calme !

Bon, crapaud, tu vas aller avec eux et on va venir te chercher, OK ?

- Quand ? - Je sais pas, dès qu'on peut.

OK ?

Ça suffit, ça ?

Oui, j'espère.

- Mais j'ai pas fait mes devoirs. - Je vais te les faire.

- Non, tu fais trop de fautes. - (ELLE RIT)

Tu sais ce qu'on va faire à ton retour ?

- Quoi ? - Une grande fête.

- Très grande ? - Énorme.

MME HENRY : Faudrait vraiment y aller. Allez.

Ça va aller, d'accord ? Ça va aller.

Non, non, non. Hé, crapaud.

On va pas te laisser là-bas, hein. D'accord ? OK ?

Tu sais ça ?

- Tu pleures pas, hein ? - Toi non plus.

Je pleure pas. J'ai l'air de pleurer ?

Bah non.

Mon cœur.

(CHUCHOTE) Ça va aller, OK ? On arrive très vite.

Merci.

Allez, Sofiane, on y va. Allez.

Hé, crapaud. Ça va aller.

- Me touchez pas. - D'accord.

- Allez, ça va aller. - Me touchez pas, je vous dis !

(PAS LOURDS)

ASSISTANTE : Bonjour. Vous pouvez me suivre.

Déjà, Hervé vous a dit,

- je prends l'aide juridictionnelle. - Non, mais...

Je vous paie, c'est pas un problème.

Je veux porter plainte et le récupérer, ou le récupérer et porter plainte.

- Laissez-moi parler. - Écoute-la.

Vous avez déjà traité ce genre d'affaire ?

C'est pas ses histoires de braquage au couteau à huître.

Non mais oh, déjà, c'était pas un braquage

- et c'était il y a 15 ans. - Il y a 8 ans.

Et oui, j'ai déjà traité ça. C'est bon, je peux y aller ?

- D'accord, je vous écoute. - Ils sont face à un enfant brûlé.

- Y a eu un signalement. - Qui l'a fait ?

- La police. - Ou l'hôpital.

C'est un principe de précaution. Une mère absente, un mineur blessé,

- ça part chez le procureur. - J'étais au travail. On casse ma porte.

Non, mais ils cassent votre porte car ils ont peur.

- De quoi ? - Que Sofiane soit en danger

ou que vous, Jean-Jacques, vous fassiez une bêtise.

- Que vous sautiez par la fenêtre. - Y a pas de fenêtre.

Ils en savent rien, ils vous connaissent pas.

- Ils ont pas cherché à nous connaître. - Ils ont peur de passer

à côté d'un enfant battu ou maltraité.

Pour les comprendre, il faut penser le problème à l'envers.

J'essaie de mettre mes idées à l'endroit.

- Elle nous a jamais frappés. - Écoutez-la.

Non, mais la plupart des placements sont pour des carences éducatives.

Des difficultés familiales, des divorces qui se passent mal...

- Ce genre de choses. - Y a pas ça.

- Nous, on fait quoi ? - Vous ne faites rien.

- Rien ? - Entrez pas en contact avec eux.

On attend la convocation du juge.

Pendant ce temps-là, rassemblez des lettres de soutien.

- C'est tout ? - De votre entourage, la famille, l'école.

- Juste des lettres ? - Ça, on aura.

- Bien sûr, ça, on aura. - Pendant l'audience, Sylvie,

faudra pas couper la parole devant la juge.

- JJ : Sans blague... - Oui, bien sûr !

Non, mais oui ! Oui.

(GÉMISSEMENTS)

(ELLE SOUPIRE)

- (COUPS DE MARTEAU) - (GÉMISSEMENTS)

(CHUTE D'UN OBJET MÉTALLIQUE)

Hou là...

(COUPS DE MARTEAU)

Qu'est-ce que tu fais ? Non mais ça veut rien dire, là,

- "c'est une bonne mère". - Je dois écrire quoi ?

- Bah un truc concret, quoi. - Je la connais depuis toujours.

Depuis trois ans. Il va te dire : "Bah génial, c'est formidable."

- Besoin d'aide ? - Ça passe ?

Ça passe. Regarde !

- SYLVIE : Attends. - Voilà, pousse.

JJ ? Tu m'aides à la descendre ?

Allez, viens.

Super.

C'est bien, ça. (RIRE)

Regarde-moi ça.

Elle est belle, hein ?

Oui, c'est bien.

Hé. Faut pas que ça te monte à la tête, tout ça.

Ça va aller, t'inquiète pas.

Il est peut-être mieux là-bas que dans ce chantier.

Je te jure.

- Qu'est-ce que tu racontes ? - Avec les odeurs de peinture.

- Quoi ? - C'est pas supportable.

Et ils vont faire des activités : de la voile,

de l'accrobranche, des sorties, du ping-pong.

Tu délires ou quoi ? T'as cru que c'était le club Mickey ?

- Non, mais c'est pas le bagne. - Mais Farid ! C'est pas le bagne ?

T'es déjà allé en foyer ? Non, alors arrête.

J'aurais bien aimé. Au lieu de m'en prendre plein la tronche.

Même pire, si tu vois ce que je veux dire.

- Tu me compares à tes parents ? - Pas du tout.

C'est ce que tu viens de faire !

- Je t'ai comparée à mes parents ? - J'espère pas. Ça te monte à la tête,

- la peinture. - Ce que je t'explique, c'est juste que...

Écoute- moi. Écoute-moi, tu t'énerves tout de suite.

C'est quand même mieux un gamin qui soit au foyer, même par erreur,

qu'il se fasse tabasser. Si t'as un doute, tu penses au gamin.

- C'est juste ça. - OK, j'ai compris.

Mais c'est ton histoire, pas la mienne.

Et une peinture à l'eau, ça sent pas.

- Ça sent un peu. - Ça sent pas.

- Non. - Si, ça sent quand même un peu.

Mets pas ça. "Mes meilleurs sentiments".

- Ça marche pas. - "Veuillez recevoir, M. le juge..." ?

- T'as des sentiments pour le juge, toi ? - Non, non, elle a raison.

- Tu peux mettre... - Euh... Si. "Sincères salutations".

Non. Ça fait caporal de l'armée, "sincères salutations".

Non, désolée.

- Euh... Faut trouver un autre truc. - Eh bah...

- Simple. - "Veuillez recevoir..."

- Ouais. "L'expression"... - Non, attends. C'est quoi, le truc ?

- L'assurance, c'était bien. - C'est ça.

- C'est... de... - Ma considération distinguée.

(EN ANGLAIS) Yes, baby.

- Je mets ça ? - Tu mets ça.

(AGRAFEUSE)

(AGRAFEUSE)

Pardon, tu veux pas arrêter ? Ça me bloque, là, ton "krkr".

Je suis sûre que c'est bien ce que tu fais.

Fais court. Les autres, ils ont pas fait long, c'est bien aussi.

C'est pas pareil. C'est pas tes enfants, ils vivent pas avec toi.

Qu'est-ce qu'ils savent ? Rien.

- Quand même. - Je vais expliquer ce qui s'est passé.

Qu'est-ce qu'il en a à faire, le juge, de leur avis ?

À qui tu veux que je demande d'autre ?

Bah...

Alain.

Alain...

N'importe quoi.

On peut quand même lui demander. C'est ton frère, non ?

Alain... (ELLE RIT)

(PORTE QUI CLAQUE)

Hm.

(PORTIÈRE)

J'ai rien pu dire, il m'a pas laissé parler.

Je t'avais prévenu.

- T'es têtu, hein. - Il t'a vue par la fenêtre.

Je t'ai dit de te garer autre part. Bah voilà.

Bon, allez, on y va.

Vas-y, démarre.

Maman ? Ça sert à rien.

Maman, je te jure, ça sert à...

Bah bonne chance, hein. (FROISSEMENT DE PAPIER)

Il est où, là ?

Bah...

en foyer.

Donc il a été placé à la DDASS ?

- Non ! - Bah si.

Ça existe plus. C'est l'Aide Sociale à l'Enfance.

- C'est la même chose. - Non, il est pas placé.

Ils sont entrés dans un délire et il leur faut 15 jours pour redescendre.

Le délire, c'est ce gosse qui fait des frites seul au milieu de la nuit.

Je sais pas. Peut-être qu'il a été placé pour des bonnes raisons.

Putain, Alain. Tu vois, ça recommence.

Non, ça continue, en fait.

Bah oui, pourquoi ? Parce que y a rien qui change.

Non, tu continues tes conneries,

- et je passe pour le chieur. - Bah oui.

Bah oui, je suis désolée, quoi.

C'est pas grave.

On va pas se foutre dessus. On se voit jamais.

Hervé non plus, d'ailleurs.

Je vais la faire, cette lettre.

Dis ce que tu veux que j'y mette.

Je fais ce que tu veux, mais me raconte pas de salades.

Je te raconte pas de salades. Ils ont débarqué comme ça.

- OK. - Merci.

Fait chier, ce truc.

Eh merde. Putain, quel merdier. C'est pas possible.

Ça, tu tèjes, hein ! Tu tèjes. Ça, ça,

on tèje.

C'est pas possible...

Putain, mes vinyles !

Putain, mes vinyles. Mais merde ! Putain, je t'avais dit

- de couper l'arrivée d'eau. - Rien à voir !

On t'a dit 15 fois de condamner les toilettes du haut.

Faut les condamner. Pourquoi tu l'entends pas ?

Mais t'es têtue. Elle est têtue, hein.

C'est l'arrivée d'eau, y a trop de pression.

On coupait, c'était terminé. Mais non, comme t'as toujours raison.

- Voilà où on en est. - On est obligés de tout gérer à ta place

parce que tu trouves aucune solution. On gère tes trucs.

- AMIE : Continue, là... - Ah non, mais j'hallucine, quoi.

C'est quand même pas toi, avec ton appart' explosé,

ton gosse, on sait même pas où il est,

- qui va me dire quoi faire ? - Qu'est-ce qu'il a à voir avec ça ?

- Rien. - Rien ? Rien ? Alors oh.

- Calme. - C'est pas le moment.

Tu devrais régler tes problèmes avant de venir régler mes problèmes.

Voilà, c'est tout. Sans déconner,

- chez elle c'est Beyrouth. - Tu parles pas

- de ma maison comme ça ! - Ça va pas ou quoi ?

(CRIS)

Merde, fait chier, quoi !

T'as...

Complètement malade.

On se calme ! Tu te calmes, s'il te plaît.

On se calme. Ce que tu vas faire, c'est t'excuser.

Excuse-toi, vas- y.

Je suis désolée.

OK. Bon, eh bah, elle s'est excusée. Je sais pas, fais un geste.

Le voilà, mon geste. Tu parles pas de mes gosses comme ça.

Sylvie, tu te casses et tu reviens pas. Tu reviens pas !

Ça va, là ?

Ça va, mais t'aurais dû mettre une veste. Elle aurait dû mettre une veste

- en-dessous, non ? - Elle est très bien comme ça.

- C'est pas un mariage. - Je sais pas.

Faut y aller.

Tu restes bien poker face. Tu dis rien.

Tu laisses pisser, Asma fera le reste.

Tiens. (ELLE SOUPIRE)

- Ça va ? - Ouais.

- Je t'aime. - Mmh.

Ça va aller.

- Ouais. - Ça va le faire.

Nous sommes face à une mère célibataire qui, comme nos lettres l'attestent,

aime et soutient ses enfants,

et qui est confrontée à un accident domestique.

Qui aurait pu être évité si cet enfant avait été surveillé.

Son aîné devait rentrer.

C'est pas à votre aîné de gérer vos absences et vos choix de vie.

- Vous comprenez ? - Oui, M. le juge.

L'hôpital a mis trois heures à la joindre.

Je travaillais.

Elle n'a pas souhaité rencontrer nos services.

Je savais pas.

- L'appartement semblait peu entretenu. - Il est en travaux.

- S'il vous plaît. - Et on a laissé un message

à une personne pas en état de nous répondre.

Mon frère. Il vous a dit quoi ?

- Qu'est- ce qu'il a dit ? - Nous pensons que madame a besoin d'aide.

Elle travaille de nuit, a un enfant difficile à gérer, et un ado à charge.

Un temps serait nécessaire pour travailler le lien parental.

Ce que vous voulez. Moi... Tant qu'il revient.

Nous aussi, on veut qu'il revienne. Et c'est à ça

- qu'on aimerait travailler avec vous. - D'accord.

On préconise un placement de six mois,

avec un droit de visite deux fois par mois.

dans un lieu médiatisé.

Vous... Vous aviez dit 15 jours.

On avait dit 15 jours.

Mesurez l'impact d'une décision

qui serait vécue comme une punition par tous.

On peut pas attendre un nouvel accident pour agir.

Vous comprenez ça ?

- Je veux voir mon fils. - On va en discuter dehors.

- Je veux voir mon fils. - Mettez votre manteau.

- Allez. - Je veux voir mon fils.

On va en discuter dehors.

- Faut que je le voie. - On va en discuter dehors.

Mettez votre manteau, on en discute dehors.

Mettez votre manteau.

- (BALLONS QUI ÉCLATENT) - (ENFANTS QUI CRIENT)

Mais... Coco, ça se met pas là. Franchement, c'est gentil,

mais vous devriez partir.

- On va pas laisser en bordel. - Je vais ranger.

- C'est pas le moment de rester seul. - Si, c'est mieux.

- Gwen, tu peux gérer les gosses ? - J'y vais, j'y vais.

- Bah ouais. - Sylvie. Sylvie, je m'en occupe !

Qui vous a dit de toucher à ça ?

Je m'en occupe, c'est bon. Ils vont tout ranger.

Putain, sa maquette ! Mais merde.

Vous dégagez. Allez, tu dégages.

Oh, tu les touches pas. Tu les touches pas, non !

- Tu te calmes ! - Vous aussi, dégagez !

- HERVÉ : C'est bon, on y va ! - Vous dégagez !

- Tu te calmes ! - Je me calme, mais vous partez.

- Vous dégagez. - Oui, mais tu te calmes.

Ouais, ouais. C'est bon, on y va. C'est bon.

C'est pas grave, ça va passer.

- Allez. - On va y aller, c'est bon.

(ÉCLATS DE VOIX) Fallait pas les ramener. Pourquoi tu les as ramenés ?

Va-t'en, Hervé.

- Je suis désolé. - Pourquoi t'as parlé à cette femme ?

Pourquoi t'as ouvert la porte ?

Non, mais je...

Je savais pas, moi.

Elle dit "je viens voir l'appart", elle rentre, j'ai pas compris.

Bah oui, tu comprends jamais rien. Va-t'en, Hervé.

Non, mais attends...

Je suis désolée, mais je peux plus, là.

HOMME : Alors ce qui s'est passé... Nos jumeaux avaient deux mois,

et moi, je me suis fait virer.

Ma femme travaillait pas, c'est devenu la merde.

On arrivait pas à payer le loyer, les biberons, les couches.

Alors on est allés chercher des aides alimentaires à la mairie.

Et ça, ma femme... (IL SOUPIRE)

Ça lui a mis un coup, quoi. Elle est... tombée en dépression.

Je l'avais jamais vue comme ça.

Donc, je lui ai dit : "Allez, parles-en à l'assistante sociale."

Donc elle a dit qu'elle voulait se foutre en l'air.

(SYLVIE S'INSTALLE)

Donc ils sont partis dans tous les sens.

Ils ont fait un rapport. Ils avaient peur pour les enfants.

Donc un mois plus tard, ils étaient placés.

- Et ça fait combien de temps ? - Un an et demi.

Quelqu'un veut ajouter quelque chose ou... ?

Non ? Alors je vous présente Sylvie,

qui a eu son audience avant-hier, je crois.

- C'est ça ? - Oui.

Son fils a été placé six mois, le temps d'une enquête.

- Tu peux nous en parler ? - Euh...

Pas là, non.

En fait, ce que...

ce que je voulais, c'est avoir des informations.

Comme je vais passer en appel,

je voulais savoir

s'il y avait des gens qui avaient gagné en appel.

Moi, j'en connais pas.

- Mais c'est possible. - Oui ?

- Ça dépend des histoires de chacun. - C'est toujours les mêmes.

- Pour un rien, ils déclenchent... - Pas pour un rien.

- On se coupe pas la parole. - Y a toujours un truc où t'as merdé,

un truc qui te tombe dessus. Et ils essayent de comprendre pourquoi.

Alors ils regardent tout : qui t'es, ce que t'as fait, pas fait.

- Y a toujours un truc ! - Pas forcément.

Moi, Malo, avant qu'il naisse, ils voulaient déjà me le prendre.

Y en a un qui a dit que...

que vu que j'avais grandi dans un foyer, je pouvais pas m'occuper d'un enfant.

Quand j'ai accouché, ils sont venus le chercher.

Je te donne un conseil.

Avant qu'ils reviennent, nettoie tout à la javel. Tout.

Ta vie, ton frigo, ton passé, tout. Y a rien qui dépasse.

Non, mais les parents qui ont récupéré leurs gosses,

ils viennent plus, ils veulent plus en parler.

Très vite, ils veulent passer à autre chose.

Et ça fait combien de temps, que vous êtes dans ce...

dans cette procédure ?

Deux ans.

Moi, presque trois.

Douze.

Huit.

Oh.

- (ELLE FREDONNE) - (CRIS DES MOUETTES)

(CHARIOT ÉLÉVATEUR)

J'ai juste un petit peu remanié ton CV pour que ça passe mieux.

- Y a des trucs qui passaient mal ? - Non, mais on peut toujours améliorer.

On peut combler les trous.

Quels trous ? Qui parle de trous ?

- Bonjour. - Bonjour.

- Y a pas de trous. - Entre 2001 et 2006, y a pas grand-chose.

On sait pas trop où t'étais. Ça crée de l'angoisse.

Hm.

Alain vous a expliqué ?

- Oui. - Oui, je lui ai à peu près tout dit.

Parce que la clientèle vous appelle, vous engueule,

vous déverse des seaux de merde et vous les ramassez, l'air content.

C'est pas évident, mais bon, c'est les réalités.

- Le service après-vente, c'est comme ça. - Oui.

- Mais ça, tu sais plutôt bien gérer. - Oui. Oui, oui, bien sûr.

Oui, c'est même ton point fort. Le relationnel...

- Mettre en confiance. - Hm-hm.

Non, c'est vrai.

Pourquoi vous avez quitté Noxauto ?

Euh... Noxauto...

Euh... c'était bof.

Plein de choses, en fait. C'était à la fois le...

C'est un peu le manque de perspectives professionnelles.

- C'était ça, le problème. - Ouais, surtout.

Et aussi le fait que je me sentais pas dans mon élément.

C'était pas... J'avais plus d'ambition que ça.

Ici, vous serez dans votre élément, avec Alain.

J'espère que perdre les dossiers, c'est pas de famille.

- Pourquoi ? - Parce que...

l'an dernier, il a perdu toute la compta.

- Il vous a pas raconté ses exploits ? - Non.

- (ELLE RIT) - Je te rassure, Claude,

on n'est pas pareils, avec Sylvie.

C'est la reine de l'organisation.

C'est elle qui a toujours tout réussi.

À l'école, en sport... C'est vrai.

Bah si, si.

(TÉLÉPHONE)

Donc voilà, ça c'est l'open space dans lequel tu vas travailler.

Ah oui, OK.

Euh... (IL SE RACLE LA GORGE)

S'il vous plaît, je vous dérange 2 min.

Je voulais juste vous présenter Sylvie, ma sœur,

qui nous rejoint dans l'équipe et qui va commencer dès demain.

Voilà.

- Bonjour. - TOUT LE MONDE : Bonjour.

Non, mais le début, c'est bon. Tout ça, c'est bon. Jusque-là, tu l'as.

Et c'est là... tan tan tan. Après, tu perds complètement le rythme.

- Tu vois où ? - Ouais, je vois.

Bon, reprends. Allez.

(PROFONDE RESPIRATION)

Retourne là-bas, tu me stresses.

Tu vas jouer devant du monde. Faut que tu t'habitues.

Allez !

- Je peux pas, me regarde pas. - C'est pas possible.

Bon...

Allez, joue. Allez.

Oh là là... Il en a mis là aussi.

(TROMPETTE)

T'en as mis partout, hein ! C'est dégueulasse là, JJ.

Je t'ai dit que j'allais ranger !

Putain...

(TROMPETTE)

Non, non, non.

Non, là, ça va pas du tout.

- Oui, bah... - Tu marques pas assez les temps.

- Tu m'entends ? - Oui !

Recommence.

(TROMPETTE)

(ELLE FREDONNE)

- Waouh ! - C'est bien ?

Bah ouais, c'était pas mal. Reprends.

Bah...

- Bah non ! - Bah si.

- C'est bon, là ! - Non.

Allez.

(TROMPETTE)

- Bien sûr, je comprends. - Ça fait 15 fois que j'appelle.

- Bien sûr. - 15 fois qu'on dit qu'on va me rappeler.

- Je sais, je vais le faire. - Ça fait deux mois que j'attends.

Ne me dites pas que ça sera la semaine prochaine.

En fait, je vais débarquer chez vous,

et on va régler le problème à ma façon. Je paie plus, de toute façon.

Je suis là pour vous.

Vous avez raison. À votre place, j'aurais fait pareil.

Je m'engage à faire mon maximum pour vous aider. Vous comprenez ?

- Allô, Kermar j'écoute. - Enfin ! J'y croyais plus.

- SYLVIE : La chambre de Jean-Jacques... - MME HENRY : Oui.

La salle de bain. Vous connaissez...

Voilà.

Le salon.

C'est là où je dors.

- Pour qu'ils aient chacun leur chambre. - Ah oui ?

Oui, je comprends.

Vous avez quelqu'un dans votre vie, en ce moment ?

Non. Non, personne. J'ai pas le temps.

D'accord.

D'accord. Je regarde.

Oui, bien sûr.

MME HENRY : Hm-hm.

Hm...

Non, enfin, pas de difficultés majeures.

Enfin...

Euh... j'ai réussi à t'élever seule, je pouvais y arriver avec Sofiane aussi.

Hm.

Vous pensez y arriver ?

Oui.

Enfin, Sofiane, il est peut- être plus...

Comment dire ?

- Je sais pas... - Turbulent ?

Oui, voilà. Plus difficile. Toi, c'était plus facile.

Mais bon, à part ça...

Et toi, Jean-Jacques, ton papa ?

- Bah... - Tu peux dire.

- Bah il est mort. - Voilà.

- Quand j'avais deux ans. - Hm-hm.

Et ça, vous arrivez à en discuter ?

Tous les deux ?

- Bah... - Euh...

- C'était y a longtemps. - Je me souviens pas de lui.

Il a été suivi pour ça ?

- Mh... - Pour quoi faire ?

Bah pour parler.

C'est pas simple de grandir sans le souvenir de son père.

Il a commencé à avoir des crises...

Je dirais vers huit, neuf ans, c'est ça ?

- Merci. - JJ ?

Je sais plus, je te dis.

Je pense que c'est ça, moi.

Il se levait la nuit, alors je cachais la nourriture

pour qu'il en reste le lendemain.

Et c'était à la naissance de Sofiane. Donc huit, neuf ans.

C'est normal, on passait de deux à trois.

- Bah oui. - Oui.

- MME HENRY : Ça peut remuer, ça. - Non. Non, non.

Ça peut être un peu compliqué, d'avoir à partager l'amour de sa mère.

- Non ça va. - Et après, ça a été

tout de suite mieux, quand t'as commencé la trompette.

Ça s'est arrangé, les crises.

La musique, ça aide. Ça aide pour... Bah pour tout, dans la vie.

Hervé aurait aussi pu faire de la musique.

Il était doué, à la base, mais quelque chose fait que ça prend pas.

C'est le petit dernier. Il était très aimé.

Très protégé. On a perdu nos parents jeunes.

Il vit toujours là-bas, dans la maison où on a grandi. Il bouge pas.

Ah ouais, Alain, c'est pas pareil. Non, lui, ça va. Il est...

Bah, il y a une période où il était un peu...

Il jouait. Casino, tout ça.

J'étais très contente de cette rencontre.

Bah... nous aussi.

On a pu organiser avec le foyer un droit de visite.

Le mercredi à 15h, dans nos locaux.

Mercredi ?

OK, pas de souci. Parfait.

Je peux pas demander ça à Claude. Tu viens de commencer.

Bah...

Les gens avec des gosses se battent pour le mercredi.

- C'est le seul jour pour le voir. - T'es pas prioritaire.

- Tu peux pas demander un autre jour ? - Mais quand ?

Le lundi à 7h du mat' ? Non.

D'accord, j'en sais rien. Le samedi ?

J'ai demandé. Au foyer, ils ont pas d'effectifs.

- Je suis pas prioritaire non plus. - Je sais pas quoi dire.

Ici, c'est comme ça. Il y a des horaires fixes.

- Et on demande rien. - Je sais.

Pas la première semaine, en tout cas.

(ELLE SOUPIRE)

Il est malade ?

Non. Euh...

Il est placé.

Je...

- Il s'est blessé en mon absence. - Attends.

T'es pas obligée de nous raconter.

Un mercredi par mois, je peux, hein.

J'ai pas d'enfants, pas de contraintes, donc ça me va.

Moi, personnellement, ça m'arrange pas.

- Il faut que j'y réfléchisse. - On force personne.

Vous êtes pas obligés.

Évidemment, je sais que c'est difficile pour tout le monde.

Bon, peut-être que...

si on donnait tous un mercredi,

- Je pourrais essayer de revoir ça. - Hm-hm.

Si on donne tous un mercredi, y a un roulement qui se met en place.

- Mh. - Bon, bah, je sais pas.

Tous ceux qui peuvent donner un mercredi.

Moi, je peux.

- Moi, ça me va. - Ouais, moi aussi.

Merci.

Je suis désolée, je peux pas. J'ai un autre travail.

- Pas de souci. - Je fais des ménages.

Y a pas de problème.

Voilà. Attends, après...

T'en veux une autre ?

Vous ? Non ?

Je rentre quand à la maison ?

Je t'en ai déjà parlé. Dès que le juge sera d'accord.

Tu comprends ?

Pourquoi il est pas d'accord ?

C'est pas bon de parler de ça maintenant.

- On peut parler de quoi, alors ? - J'en sais rien,

mais profite de ta mère et de ton frère.

On peut pas profiter ici.

Sofiane, hé.

- J'en ai marre. - Moi aussi, j'en ai marre.

Hé, crapaud, je vais pas te laisser ici.

Tu sais, ça ?

On peut aller dehors ?

Non, je... Ça va pas être possible, désolé.

Tu vois, y a rien qui est possible.

Crapaud, viens.

- On peut, ça ? - Oui.

C'est quoi, cette coupe ? Toute bizarre.

(UNE PORTE S'OUVRE)

- Ça a été ? - Oui, oui.

- Ça a été ? - Oui, oui.

T'en as eu plein, des cadeaux.

Faudrait commencer à remballer, là.

La procédure... Je veux savoir quand on passe en appel.

Non, en fait, je veux une date.

Débrouillez-vous, c'est votre métier d'avocate.

Faites accélérer le dossier. Parce que nous, on peut pas.

Je peux pas aller le voir comme ça tous les mercredis.

On peut rien faire.

On a pas le droit de dire ci, on a pas le droit de dire ça.

On peut pas lui offrir trop de cadeaux. Ou même pleurer.

C'est pas possible.

- JJ : On peut pas aller dehors. - On peut pas aller dehors !

On...

(INAUDIBLE)

Non, c'est pas possible. On ne peut pas.

Ils ont même fait un truc à ses cheveux. C'est pas grave, mais c'est moche.

(SANGLOTS RÉFRÉNÉS)

(BROUHAHA URBAIN DISTANT)

Prenez votre temps.

Voilà les photos de l'incident, on voulait vous les montrer.

Il s'est enfermé à clé. Personne sait comment. Et il a tout cassé.

On est à plus de 600 euros de dégâts.

Putain...

- Ça, je vous rembourse. - C'est pas le problème.

- Il faut que je le voie. - Dans l'immédiat, ce serait pas bon.

Il va penser "je casse pour voir ma mère".

- Qu'est-ce qui s'est passé ? - En fait,

je l'ai laissé seul pour aller parler avec Mme Henry,

il s'est enfermé dans la salle tout seul, et il a piqué une crise.

J'ai rien pu faire.

Quand on lui a demandé pourquoi il avait fait ça,

il a mis ses mains sur ses oreilles et a hurlé.

Parce qu'il a besoin de rentrer chez lui. Il veut juste rentrer.

Mais on pense que Sofiane a un conflit de loyauté.

Il accepte pas son placement sans avoir le sentiment de vous trahir.

Vous voyez ?

Sofiane a du mal avec ses émotions, et ça date pas d'aujourd'hui.

On se base sur ses rapports scolaires, sur son bilan neuropsychologique.

Il tient pas en place en classe.

- Il se bagarre souvent. - Non, pas si souvent.

Ça revient souvent dans vos entretiens avec Mme Henry.

J'ai jamais dit ça.

J'ai jamais dit ça.

Avec l'équipe, on s'est dit

qu'on pourrait lui proposer un traitement pour canaliser ses émotions.

On pense à de la Ritaline.

C'est une amphétamine, donc il nous faut votre accord.

- Vous voyez ce que c'est ? - Oui.

- Oui, je sais. - Oui ? On a de bons résultats, c'est...

On comprend vos réticences.

- Vous voulez bien y réfléchir ? - C'est pour vous ou lui, cette camisole ?

- Commencez pas à vous énerver. - Je m'énerve pas. Je pose une question.

- C'est pour vous ou pour lui ? - Sofiane a besoin d'aide.

- Vous aussi, vous avez besoin d'aide. - Non, il a besoin...

Il a besoin de rentrer chez lui.

Après, ce qu'on peut peut-être faire, c'est attendre la prochaine visite,

et se redonner rendez-vous pour y réfléchir.

MME HENRY : Bah non, Tony.

- On est en sous-effectif ? - Moi, je peux le faire.

Oui, et s'il refait une crise ?

C'est ta responsabilité.

Il a réussi à échapper à ta surveillance.

Si je lui parle avant,

il fera pas de crise.

Le souci, c'est qu'il devient un danger pour les autres.

- Pour les autres ? À son âge ? - On essaie de vous dire que là,

on peut pas garantir une autre visite médiatisée.

- Quoi ? - Pas dans l'immédiat, en tout cas.

Attendez, je comprends pas, là. Je le vois quand ?

- Il va pas bien, j'ai besoin de le voir. - Vous comprenez que ce qu'on fait,

c'est dans votre intérêt ?

- Non, ce que... - Et dans l'intérêt de Sofiane.

Vous réalisez ce qu'il a fait ? Vous voyez ce qu'il a fait ?

On n'a plus de salle pour vous accueillir, vous et les autres familles.

- Vous m'enlevez mes droits de visite. - Non.

On ne vous les retire pas, ils sont suspendus.

- Il faut trouver un moyen de le gérer. - Mes droits de visite sont suspendus ?

Et tout le monde est d'accord ?

Pour le moment, ça sera le mieux pour lui comme pour vous.

(SONNERIE DE TÉLÉPHONE)

(TOUT BAS) Bonjour.

Ça va ?

(RESPIRATION RAPIDE)

(TOUT BAS) Ouais.

(SONNERIE DE TÉLÉPHONE)

(ELLE RACCROCHE)

(MUSIQUE INQUIÉTANTE)

(ELLE INSPIRE)

Bonjour.

Bonjour, madame. Je voudrais voir le juge Merimeche.

- Vous avez la convocation ? - Non, c'est une urgence.

- Sans convocation, c'est pas possible. - On m'a retiré mes droits de visite.

Je peux pas voir mon fils.

Sans convocation, ce n'est pas possible.

Il faut repasser, madame. Vraiment.

Je ne peux pas repasser, madame. Je travaille.

- Je vous ai expliqué. - Envoyez un courrier.

J'en ai déjà envoyé 15, juste pour la date de l'appel,

et personne a répondu. J'ai besoin d'un rendez-vous.

C'est une urgence.

Vous pouvez pas appeler le juge ? Je peux pas voir mon fils.

- Non, je ne peux pas appeler le juge. - Merci pour votre aide. Merci beaucoup.

- Madame... - Non.

- Madame ? - Y a pas de souci.

Non, non, messieurs ! Vous ne savez rien.

Me touchez pas ! (GROGNEMENT)

Vous me laissez passer. Vous me touchez pas !

Non, calmez-vous. S'il vous plaît, calmez-vous.

Calmez-vous, calmez-vous.

- Laissez-moi ! - Calmez-vous.

Allez.

Merde !

Madame, s'il vous plaît, sortez. Sortez, madame.

Vous me touchez pas !

(ELLE HALÈTE)

- La voilà. - SYLVIE : Qu'est-ce qu'il me reste,

à part m'énerver ? C'est le seul droit qu'il me reste.

Bon, et tu dis rien. Tu te tais.

Qu'est-ce que tu veux que je dise ? Y a plus rien à dire.

Putain. Fait chier.

Va faire tes devoirs.

- J'ai déjà fait. - Va.

Le solo, t'y es pas. Faut pas perdre le fil.

Va.

Bon. Euh...

Je vais parler à ton patron. Je lui explique tout.

- Je t'ai appelé 30 fois. - Je sais.

Claude t'a appelée 30 fois aussi.

Trois semaines que t'es arrivée, on te donne nos mercredis,

t'arrives en retard, je te couvre, l'équipe aussi.

Bah je pourrai venir, mercredi prochain.

- Je pourrai être là. - Mais... non.

Tu sais, ça fait dix ans que je suis dans cette boîte.

(TROMPETTE DISTANTE)

Et ça fait dix ans que...

j'ai une boule au ventre, le matin, en y allant.

Mais ça me va. Je gère. Vraiment.

Mais depuis que t'es arrivée, c'est un ballon de basket, tu vois.

(L'AIR DE TROMPETTE CONTINUE)

M'en veux pas, mais tu vas pas pouvoir continuer.

Non, mais enfin...

- Alain, j'ai besoin de ce boulot. - Moi aussi.

J'ai 930 euros de crédit par mois.

Et mes travaux que je dois finir depuis trois ans.

- Je suis désolé. - Te fatigue pas.

- Pourquoi tu te trouves pas quelqu'un ? - S'il te plaît.

Mais c'est vrai, t'es bien. Je comprends pas, t'as tout.

Ça serait bien pour toi, pour ton dossier.

Pour Sofiane.

Tais-toi. Écoute.

(TROMPETTE)

(IL EXPIRE PROFONDÉMENT)

Lâche prise, ils voudront rien savoir.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? - Tu vas pas tenir comme ça.

Fais ce qu'ils te disent.

Je le mets pas sous médoc à huit ans.

Elle va pas tout accepter.

Ça va pas la tête ? Merde.

- Elle a pas le choix. - On a toujours le choix !

Si ! Enlevez- vous ça de la tête. Vous êtes tous là... Vous avez peur.

- Mais la peur, c'est contagieux. - Mais tu parles de quoi ?

- Tu sais pas de quoi tu parles. - Pourquoi ?

Ça fait des années qu'on galère. Annie, 12 ans, Carole, huit.

- C'est le problème, c'est ce que je dis. - Quoi ?

Si ça fait 12 ans, huit ans, c'est que la méthode va pas.

- Pardon ? - Bah oui.

- Non, doucement. - Et désolée, mais moi,

Annie, par exemple, ou même toi, c'est pas pareil.

- Qu'est-ce qui est pas pareil ? - C'est pas pareil.

Bah moi, c'est un accident. C'est pas la même chose.

D'un côté, c'est un accident, de l'autre, Annie, tu nous l'as dit, c'est l'alcool,

- son ex... C'est pas la même chose. - Non.

On compare pas les histoires persos.

Je les compare pas car on compare que ce qui est comparable.

- Arrête. - Je ne juge personne, merde !

- Tu fais que nous juger, là ! - Mais non !

Je dis juste qu'au départ, tout allait bien.

Putain ! Pas d'embrouilles, pas de mec, et bam, une friteuse.

- Bah voilà ! - Maintenant, d'accord, c'est pareil.

Mais au départ, non, c'est pas pareil.

- Pardon, je crois que tu planes un peu. - Je plane ? C'est vous qui planez !

Vous comprenez pas. Vous êtes complètement anesthésiés.

Et on est où ? Dans un gymnase sans chauffage,

prêté par la mairie pour pas qu'on crie dehors.

Et toi, Marine, pardon,

(VOIX RIDICULE) mais chacun son tour, bâton de parole.

La parole, Marine, ça se prend.

Ça fait pas que se demander. Sinon, il va rien se passer.

Je te demande de te calmer.

Je me calme. Toi aussi, tiens. "Faut se calmer, faut se calmer."

Tu te tais, Sylvie.

C'est pas assis le cul sur votre chaise que vous allez récupérer vos gosses.

(ANNIE SANGLOTE)

Pardon, c'était pas contre toi. Mais c'est pas la même chose.

- (SANGLOT) - C'est pas la même chose !

- T'es au-dessus de tout, toi. - On se calme, va chercher des biscuits.

MARINE : Non, non, tu te calmes ! Je te demande, OK ?

Proposition. Basket ! Comme ça, on fait quelque chose.

MARINE : Putain, ta gueule !

- Comme ça, on fait quelque chose. - Ta gueule !

Bon, allez.

Oh putain...

- Ras le cul de ce truc. - (LA PORTE CLAQUE)

(ELLE RIT JAUNE)

Ça va pas continuer.

(PROFONDE RESPIRATION)

Je vous reçois, mais la dernière fois, vous pouviez pas arriver sans rendez-vous.

Oui, alors, j'ai expliqué à ma cliente, merci d'avoir considéré notre demande.

- Merci. - Bon.

Donc, j'en ai parlé au juge et vos droits de visite sont maintenus.

- Voilà. - OK.

Je vais faire partir un courrier, et ils vont réorganiser les visites.

OK.

- Et quand ? - Eh bah, dès que possible.

- Et ils vont être condamnés ? - Qui ?

Bah eux. Ils avaient pas le droit.

On se réserve le droit de porter plainte pour non-respect des droits parentaux.

Mme Paugam... À vous de voir quel combat vous voulez mener.

Contre eux, ou pour votre fils.

(RIRE DISCRET)

Ça a été ?

Il est 16h, Sofiane, on va y aller.

- C'est l'heure. - J'ai pas fini.

- Allez, Sofiane. - ÉDUCATEUR : Allez, Sofiane.

Sofiane.

- Je finis. - On t'a expliqué, Sofiane.

Tu sais ? On a dit l'heure, c'est l'heure, il y a des règles.

- T'entends ? - Non.

Allez, Sofiane, s'il te plaît.

MME HENRY : Faut y aller, là maintenant.

C'est pas toi qui décides, ça suffit.

- Sofiane. - SYLVIE : S'il te plaît.

D'autres familles attendent.

Sofiane, doucement. Oh !

Doucement, doucement. Aïe.

Non, non ! Fais attention à ta maman. Tu es en train de lui faire mal.

Lâche, Sofiane !

T'es en train de faire mal à ta maman. Sofiane, tu lui fais mal.

S'il te plaît, tu lâches, maintenant.

Non, Sofiane, s'il te plaît. On en avait parlé.

MME HENRY : Cinq minutes. Je regarde ma montre, tu finis.

- S'il te plaît, Sofiane. - SYLVIE : Sofiane.

(TOUT BAS) S'il te plaît.

Je veux pas.

Ça va aller, mon cœur.

(IL RENIFLE)

Eh coucou, eh coucou.

Eh coucou, eh coucou. (ELLE RIT TENDREMENT)

- Je peux faire un truc ? - Non, c'est bon.

- Tu veux un petit café ? - Ouais, je veux bien.

- Comment ça va ? - Bah ça va, ça va.

Ça suit son cours.

- On passe en appel le mois prochain. - Ah ouais ?

C'est super. Bah oui.

C'est bien. Qu'est-ce que dit l'avocate ?

Qu'on est typique dans une erreur judiciaire.

- Ouais ? - Bah oui.

On pourra même porter plainte après. On va pas se priver.

- FARID : Carrément. - Ah ouais.

- (LE BÉBÉ PLEURE) - Chut, chut.

Chut.

Hein, petit chou.

Je me disais, à vous de voir, mais j'ai du temps maintenant.

Je pourrais garder Ben à plein temps. C'est possible pour moi.

Bah ouais.

- Pourquoi pas ? - Ça vous permet de gérer.

Ça me fait un taf. Ça peut être chouette.

Mais c'est la mère

- de Maria qui s'en occupe, maintenant. - La mère de Maria ? Sérieusement ?

Ouais, c'est elle qui s'en occupe.

Hm.

Tu dois te marrer, toi. Bah déjà, elle habite à perpète, quoi.

Franchement, en bus, ça va, c'est rapide.

La mère de Maria... (ELLE RIT)

Elle doit pas le sortir souvent.

Elle doit le foutre devant la télé. Ça doit pas beaucoup bouger.

Hein mon chou, tu vois pas la lumière, toi.

Hé. Non enfin, pardon, c'est pas ce qu'on fait de mieux, la mère de Maria.

Moi, si je vous le garde, je prends, je gère tout.

Je m'occupe des courses,

- ménage, le parc... - Mais t'as le droit, sinon ?

- Par rapport à Sofiane... - Mais Farid...

- Quoi ? Je pose juste la question. - Ouais, bah c'est bon.

- C'est une vraie question. - Ouais ! Ouais.

Ça va, ça va...

- FARID : Qu'est-ce qui t'arrive... - Quoi ?

- Qu'on se retrouve pas avec les flics... - Qu'est-ce que tu racontes ? Tais- toi.

- Tais-toi ! - Calme-toi.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? - Chut, allez, pas devant Ben.

Vas-y, sors. Tu veux pas aller faire un tour ?

- Excuse-moi, c'était une vraie question. - Vous engueulez pas devant le petit.

- Faut étendre le linge, vas-y. - Je vais étendre le linge.

- FARID : Incroyable, ça. - Ça va, ça va.

- Je suis désolée. - Hé...

- T'inquiète. - On arrête pas de se prendre la tête.

(SANGLOTE) J'arrive pas à tout gérer, là.

Puis avoir un gosse à 40 piges...

Bonsoir, bienvenue.

Merci à tous d'être là.

Euh, désolés, nous allons avoir un peu de retard parce qu'un des musiciens

n'est pas là, mais devrait pas tarder.

Je voulais déjà dire que j'étais très ému

parce que le concert de ce soir est le résultat de trois ans de travail.

(APPLAUDISSEMENTS NOURRIS)

Il est où ?

Quelqu'un l'a vu ? C'est pas vrai !

(MURMURES DU PUBLIC)

BRUNO : Allez, ouvre !

C'est pas le moment de flancher, là !

- Tout le monde t'attend, faut y aller. - Il est là ?

Il veut pas sortir.

(ELLE FRAPPE) Jean-Jacques. Jean-Jacques ?

- Maman ? - Ça va ?

- Qu'est-ce que tu fais là ? - Et toi ?

Qu'est-ce qu'il a ?

- Je sais pas, il s'est passé quoi ? - Rien.

- Jean-Jacques, ça va aller. - On va être en retard.

- Tout le monde t'attend. - Ça la fout mal,

- Jean-Jacques ! - On se calme. Ça va aller.

Allez, sors de là. Bon allez-y, il va arriver.

- Je peux pas commencer sans lui. - Je m'en occupe.

Vraiment. Jean-Jacques, allez, sors.

(BRUNO RÂLE)

Il est parti, sors. Qu'est-ce qui se passe ?

Jean-Jacques, oh !

Je défonce la porte comme les flics ?

- Chéri. - (LA PORTE S'OUVRE)

- Alléluia. - J'ai des plaques.

- Je vois. Ça va aller. - Non, ça va pas aller.

- Si, c'est le trac. - Non, touche pas.

C'est le trac. Avec les lumières, ça se verra pas.

- Bien sûr que si. - Une fois que tu vas jouer, ça va partir.

- Je peux plus souffler là-dedans. - Qu'est-ce que tu racontes ?

La vérité.

C'est mon corps, là. Tu vois bien, il veut plus.

JJ, tu vas aller jouer, OK ?

T'as travaillé, on a répété. Tu vas pas te laisser gagner par la peur.

- C'est pas la peur ! - Alors tu te reprends.

C'est...

C'est juste que j'aime pas ça.

J'ai l'air con.

T'aimes plus la trompette ?

J'aime bien,

mais quand on est tous les deux, j'ai pas envie de jouer devant du monde.

Pourquoi tu me parles de ça maintenant ?

Je sais pas.

Je voulais pas te faire de peine.

Hm...

Bon, je vais attendre un peu, et j'y vais.

Si, je vais y aller, ça va aller.

Bah non, t'y vas pas. T'arrêtes.

T'aimes pas, t'arrêtes. En plus, tes plaques, on verra que ça.

(PROFONDE RESPIRATION)

(MUSIQUE JAZZ ENJOUÉE)

(CRIS DES MOUETTES)

- (BRUITS DE PAS) - (CHUCHOTEMENTS)

(PORTE QUI S'OUVRE)

(BRUIT DE PAS À L'APPROCHE)

(LA PORTE SE FERME)

(ELLE A LE SOUFFLE COURT)

(ELLE CRIE)

Voilà, ça, c'est la maison.

Il y a un très grand jardin.

Ils ont un chien, je crois.

Bon, c'est à 75 kilomètres.

Hm.

On n'a pas trouvé plus près.

C'est bien, il sera entouré de verdure.

Et à partir du mois prochain vous pourrez le voir le mercredi à 13h30.

Ça irait ?

Oui.

Il va être bien.

J'ai dû batailler dur pour faire accepter un enfant comme Sofiane.

Ça va, Mme Paugam ?

Vous êtes toute blanche.

(ELLE GÉMIT)

(PROFONDES RESPIRATIONS)

(MUSIQUE SINISTRE)

(PORTE QUI SE FERME)

(BIPS D'ENGINS DE CHANTIER)

(CRIS DES MOUETTES)

- Arrête. - Pourquoi t'as fait ça ?

Arrête. Arrête, JJ !

Lâche-le, Alain. Lâche-le.

Qu'est-ce que tu voulais qu'on fasse ?

Lâche-moi.

(GROGNEMENTS)

- (BRUITS DE LUTTE) - (GROGNEMENTS)

J'aime pas ça, te voir pleurer.

Ta mère, elle s'en est toujours sortie. C'est vrai.

Je sais pas comment, mais à chaque fois, elle s'en sort.

Hein ?

La prochaine fois, Sofiane apprendra à faire des frites.

- (RIRE NERVEUX) - C'est tout.

Et toi, faut que tu fasses ce que t'as à faire, ta vie.

Parce que ça va super vite, et un jour, t'as 52 piges,

tu te demandes ce que t'as foutu. Tu vois le truc, quoi.

Mais... t'as pas 52 piges, quand même ?

(IL RIT) Non, moi, j'ai pas 52 ans.

- Mais Alain, lui, il est vieux. - (ILS RIENT)

(PROFONDE RESPIRATION)

Putain...

HERVÉ : Allez, file.

(PROFONDE RESPIRATION)

(IL RENIFLE)

(PORTE QUI S'OUVRE)

Désolé pour l'attente.

- Bonjour. - Bonjour. Restez assis.

Mme Henry peut pas vous recevoir, elle est encore en arrêt une semaine.

Ouais.

Oui, je tenais à vous dire que je déplore tout ce qui s'est passé.

Rien ne justifie le comportement de ma sœur.

Vous y êtes pour rien. On est encore tous sous le choc, ici.

Je comprends.

Je me demandais, enfin dites-moi,

mais si son dossier était pris en charge par quelqu'un d'autre de vos services,

peut-être que ça arrangerait les choses.

Non. Je vous arrête tout de suite.

Quand on a de la fièvre, on accuse pas le thermomètre.

Mais là, vous voyez bien

que plus elle fait ce que vous dites, plus ça dérape.

Bon alors, je devrais pas vous raconter ça, mais il y a cinq ans,

Louise, Mme Henry, a plaidé en faveur d'un droit de visite à domicile

d'une petite fille de trois ans.

Le juge a suivi.

15 jours plus tard, on retrouvait son corps dans une poubelle.

Oui, d'accord, mais ma sœur ferait jamais ça.

Personne aurait imaginé ça non plus venant de la mère.

On vit pas dans la même réalité.

Vous parlez dans l'intérêt de votre sœur, nous, dans l'intérêt de Sofiane.

D'ailleurs, je me disais que je pourrais prendre Sofiane chez moi.

Faut faire une demande auprès du juge.

J'ai bientôt fini mes travaux, y aura une chambre pour lui.

J'ai un travail et une vie stables, pas de problème particulier.

Une interdiction de casino, je crois. J'ai vu dans le dossier.

- C'est une interdiction volontaire. - Hm.

Pas de problème.

Après, vous savez, le travail sur le lien parental

est souvent plus bénéfique en dehors de la cellule familiale.

Ouais.

Il serait quand même mieux avec des gens qui l'aiment.

Il faut plus que de l'amour pour élever un enfant.

Non ?

ALAIN : Hm.

(BOURDONNEMENT)

- SOFIANE : Elle peut pas du tout parler ? - JJ : Bah non.

Je t'ai dit, tu sais.

Elle s'est réveillée, tu vois, et elle avait plus de voix.

- Mais là, elle peut m'entendre ? - Bah ouais.

- Elle est à côté, là. - Elle est à côté de toi ?

Tu veux lui parler ? Vas- y, elle t'entend.

Maman ?

Vas- y, elle t'écoute.

Je... euh...

Je sais pas quoi dire.

C'est pas grave, dis rien. On n'est pas toujours obligés de parler.

On peut rester sans rien dire.

Avant, il y avait un chien chez René, mais il y a un tracteur qui l'a écrasé.

Hm. Il est mort ?

Oui, après, ils l'ont enterré dans le jardin.

Il s'appelait comment ?

- Georges. - (ILS RIENT)

Georges. C'est pas un nom de chien, Georges.

- Hm ? - J'ose pas leur dire que c'est bizarre.

Non, mais tu leur dis pas.

Chacun fait comme il veut, tu sais.

Regarde, je m'appelle bien Jean-Jacques.

C'est vrai. Mon gros Jean-Jacques.

Et toi, t'as pas une tête à t'appeler Sofiane.

Mais maman dit que c'est beau.

C'est vrai, c'est beau.

Avec ou sans notre accord, ça aurait rien changé.

Ça aurait tout changé.

- On est trahi que par les siens. - JJ : Moi, on m'a rien demandé.

- Et moi je me suis fait avoir. - ALAIN : Hé oh, merde, hein !

(CRISSEMENT DE PNEUS)

- ALAIN : Vous me faites chier. - SYLVIE : Tu deviens fou !

ALAIN : Ça va encore me retomber sur la gueule.

Alain, remonte.

T'as signé aussi, je te signale.

- J'aurais pas dû. - Mais à un moment donné,

va falloir que t'assumes tes décisions.

Je vais encore être le seul à prendre mes responsabilités.

- Le seul à pas me laisser couler. - T'as mieux réussi que nous, toi ?

T'as quoi de mieux que nous ? T'as rien.

Si, j'ai ma dignité.

T'as aucune dignité. T'as peur et t'as toujours eu peur.

Bien sûr que j'ai eu peur, elle a failli la tuer.

JJ : Arrêtez.

ALAIN : Elle était mieux là qu'en prison.

- Y avait pas mieux que l'enfermer ? - Je sais pas, mais t'as signé.

- Arrête, c'est bon. - Et personne t'a forcé.

J'ai fait une demande pour prendre Sofiane chez moi.

Ça va être compliqué, mais je vais essayer.

Ils voudront jamais.

Ils pensent que vous êtes aussi dérangés que moi.

Que c'est peut-être même à cause de vous

que je suis comme ça.

Bon vas-y, on va pas rester là.

Pourquoi pas, il fait beau.

(VROMBISSEMENT DU MOTEUR)

(CRIS D'ENFANTS)

Je voulais vous dire personnellement qu'il y aura aucune plainte de ma part.

J'ai pris cette décision seule.

Merci.

Je vous redemande pardon, je réitère mes excuses.

Un café ?

- Ah oui. - Vous voulez un petit...

- Un biscuit. - Merci.

Merci.

Avec l'équipe, on pense que c'est très important

qu'on reparte sur des bonnes bases.

- C'est dans l'intérêt de Sofiane. - Oui.

- Hein ? - Oui.

Vous êtes prête à ça ?

Oui. Je... À quoi, en fait ?

À travailler ensemble.

Oui.

- Oui. - Oui, je suis prête.

Ça se passe bien, dans la famille d'accueil.

On va pouvoir envisager des visites à domicile.

- Ah. C'est ça. - Il pourra venir à la maison ?

- Oui, une fois par semaine. - Quand ?

On va faire par étape.

C'est quoi, la prochaine ?

Que vous alliez mieux.

Je vais bien là, je vais mieux.

Je prends un traitement.

On a acheté une friteuse.

Qu'est-ce qu'il fout ?

(CLÉ DANS LA SERRURE)

Ah bah, quand même. Ça va ? Tranquille ?

Bah quoi !

Bah quoi ? T'as vu l'heure ?

On avait dit quelle heure ? 20h.

- J'ai pas à t'attendre comme ça. - Je savais pas que t'attendais.

Si, je te l'ai dit. T'écoutes pas.

Je me disais : "Mais il est où ? Il fait nuit. Il fait plus de trompette."

Assieds-toi, assieds- toi.

Excuse-moi, je sais pas.

T'as pas à traîner dehors comme ça. Je t'ai appelé plein de fois.

Tu répondais pas.

Tu sais ce que j'ai failli faire ? Appeler la police.

(IL RIT) Mais ça va pas ?

Bah non, ça va pas.

Bon, t'étais où ?

Mais nulle part.

- Mange, ça va être froid. - Hm.

Qu'est-ce que t'as ?

- Quoi. - Cette tête...

- Je la connais. - Rien.

- Si, dis-moi. - Non, rien.

Non...

J'ai été pris dans une école de cuisine.

Spécialisée en pâtisserie.

(ELLE RIT) Ah bon ?

Bah... c'est génial.

- Mh. - OK.

- Tu m'avais pas dit ? - Je viens de l'apprendre.

Non, que tu voulais faire de la pâtisserie.

- J'attendais de savoir si j'étais pris. - OK.

- Tu veux faire ça, comme métier ? - Ouais.

- J'ai réfléchi, quand même. - Oui.

Et... bah en fait, il y a que ça qui m'intéresse.

- Et là, je suis 52e sur 124. - Pas mal.

- Vraiment pas mal. - Oui.

Bah ouais. Bon.

Pâtisserie, quoi.

Pâtisserie. (IL RIT)

Avant, c'était manger les gâteaux que j'aimais.

Je sais.

- Maintenant, c'est les faire. - Hm.

C'est un métier d'avenir.

Tant qu'il y aura des gens malheureux, faudra des gâteaux pour les réconforter.

L'école est à Lille.

- À Lille ? - Hm.

Enfin, Jean-Jacques, tu vas quand même pas aller à Lille ?

Bah pourquoi pas ?

Non, écoute. Franchement, là...

Personne est en état en ce moment de prendre des décisions.

Enfin, tu vas pas aller à Lille faire des gâteaux.

(SOUFFLE CONSTERNÉ)

- Je sais pas. - Bah moi non plus, tu vois.

Regarde, déjà la musique. "J'aime, j'aime plus."

On pensait que t'allais devenir musicien. "Non, je change."

Non, je crois qu'il faut... Tu vois, il faut...

Il faut mûrir son désir. C'est ça qu'on dit.

C'est bon ?

Hm-hm.

J'ai écrit à tout le monde. Le département, le conseil.

J'ai tout balancé. Tout.

Ça suffit, leur délire.

Stop.

(CHANSON OH MON AMOUR)

♪ Oh, mon amour ♪

♪ Toi, ma beauté ♪

- Tu prends quoi, toi ? Une bière ? - Oui.

- Shot ? - Shot !

- Shot ! - Shot ?

Shot aussi ? Shot aussi ? Trois. J'ai compté six, comme je vois double.

- Tony ? - Ouais ?

- Euh, six shots. - D'accord, six shots.

- ♪ Mon chéri ♪ - SYLVIE : ♪ Mon chéri ♪

(TOUS CHANTENT) ♪ Oh, mon amour ♪

(ELLE CRIE)

Bah alors ! Qu'est- ce que tu fais là ? Il est tard.

T'as école demain, là !

On est samedi. Allez, viens, on y va.

- Non, mais non ! Pourquoi ? - Mais parce que.

- Tu veux que ta mère rentre ? - Il a raison. Faut que j'y aille.

Il a besoin de sa maman. Hé oh, ta mère fait ce qu'elle veut.

T'es la meilleure.

J'aurais trop aimé être là, au tribunal.

Putain. Quand t'as fait ça, là.

(IL GROGNE)

Allez, reste un peu.

Ta mère, c'est ce que j'aurais aimé avoir comme putain de mère.

TOUT LE MONDE : Oh, oh !

Hé oh ! Hé, on se calme ! Doucement, là !

Arrête !

- Je l'ai frappé à ta place. - J'allais pas frapper Yann.

Il est lourd, mais t'y es allé comme ça !

Je sais pas, j'ai jamais vu ça.

- Faut arrêter. Faut se calmer. - C'est toi, faut que t'arrêtes.

- Que j'arrête quoi ? - De vouloir que Sofiane revienne.

- C'est peut-être mieux juste d'accepter. - Qu'est-ce que tu racontes ?

Qu'est-ce que tu racontes ? Tu crois que je vais arrêter ?

J'ai réécrit au juge, au département, au conseil.

On ira jusqu'à la Cour de cassation ou des droits de l'Homme, s'il faut.

- JJ, je vais pas arrêter ! - Tu t'entends ?

- Oui, je m'entends ! - Arrête, t'es comme dans les films.

T'es dans les sables mouvants. Plus tu te débats, plus tu t'enfonces.

Si t'étais rentré à l'heure, on serait peut-être pas là.

Si t'avais répondu à ton portable, pareil.

Ah oui, mais je travaillais.

C'est ça.

Si, je travaillais.

(ÉCLAT DE BOUTEILLE AU LOIN)

(GRINCEMENT)

(ELLE SOUPIRE) Attendez,

- on est le combien, là ? - Euh, le 31.

Oh, je devais rappeler hier.

Je vais le faire.

Je m'étais noté ça, je sais plus où.

Je l'avais noté.

Et il faut que je fasse aussi un...

Comment on dit, ce truc ? Un CV.

Vous êtes pas en mesure de travailler. Ni même de chercher du travail.

Ouais, vous êtes marrante. Faut bien que je trouve un travail.

J'ai pas le choix, quoi. Et j'ai pensé à des choses.

J'ai pensé que je pourrais donner des cours.

De quoi ?

Je sais pas. (ELLE RIT)

Non, je veux dire, quand même, oui. Euh, bah prof d'espagnol.

Parce que j'ai vécu à Barcelone, donc...

(AVEC L'ACCENT) Barcelona.

Je voulais y retourner il y a deux ans,

mais avec les enfants, on fait pas ce qu'on veut.

Et sinon, vous faites quoi de vos journées ?

Je fais du ménage, je fais les courses, je fais les devoirs.

Y a plus de trompette, c'est déjà ça en moins.

Qu'est-ce que je fais d'autre ? Je me repose.

Je me repose beaucoup car tout le monde me le demande.

Alors je me repose. (ELLE RIT)

- Faut pas croire, ça prend du temps. - Justement.

On en a pas mal discuté ensemble.

Tu pourrais faire une demande d'aide sociale.

Demande d'aide sociale ?

Oui, d'accord. Ça va faire de la paperasse encore.

Moi, je suis toujours un peu au-dessus ou un peu en dessous, vous voyez ?

Là, c'est un peu en dessous. (RIRE)

On a pensé à faire une demande d'aide pour adulte en difficulté.

SYLVIE : Hm-hm.

Une AAH.

- Aide Adulte Handicapé. - (JJ RIT)

- Handicapé ? - Non, le terme est un peu mal choisi.

C'est juste une allocation pour des personnes pas

ou plus en capacité de travailler, c'est tout.

Vu votre dossier médical, on peut la demander.

Et si c'est accepté, c'est 902 euros

qui tomberaient chaque mois. C'est pas mal.

JJ : Mais...

MARINE : Jean-Jacques, ça va, c'est pas la honte. Là, c'est une aide

qui sera versée tous les mois et vous permettra de voir venir.

JJ : Voir venir quoi ?

- Le mur en pleine tronche ? - Ça suffit.

Faut voir ça comme une bouée, le temps que ça aille mieux.

- Faut le prendre comme ça. - (IL SOUFFLE)

Elle va pas se mettre handicapée. Elle est pas handicapée.

Tu vas pas te mettre handicapée.

Ta mère a besoin de repos, de temps, de se prendre en main.

Pourquoi vous parlez à la 3e personne ? Elle est là, elle vous entend.

- Maman. Tu vas pas te mettre handicapée ! - Jean-Jacques...

- Jean-Jacques... - C'est une dépression.

Ça peut être considéré comme un handicap.

Voilà.

- JJ : C'est... C'est du délire ! - Jean-Jacques, arrête.

- Faut trouver autre chose. - Arrête !

- Non. - Va dans ta chambre.

- Non. - Tu vas dans ta chambre !

(CRIE) Je vais pas le répéter mille fois, va dans ta chambre !

- Non, c'est... - (EN HURLANT) Va dans ta chambre !

Non, faut trouver autre chose. T'es pas handicapée !

- Putain mais tu vas dans ta chambre ! - Sylvie...

- Tu vas... - Lâche-moi !

MARINE : Non, mais Sylvie ! Oh !

(ELLE CRIE)

JJ : T'es complètement dingue.

(BRUIT DE PAS QUI S'ÉLOIGNENT)

En pleine crise d'ado, lui.

(PORTE QUI CLAQUE)

Jean-Jacques, ça fait dix messages. Dis-moi où t'es, je viens te chercher.

Il est tard, t'as école demain. Je...

Je te demande pardon.

Voilà, rappelle-moi.

Putain, qu'est-ce qu'il fout ?

(PORTE QUI S'OUVRE)

Jean-Jacques ?

(IL RIT)

J'ai faim.

(ILS RIENT)

Voilà. Hmm !

En voilà encore. Je vous ressers ?

Voilà.

AVOCATE : Vous inquiétez pas, je lui parle, je lui parle.

Oui, oui, bien sûr.

Elle reste avec moi, faites-nous confiance.

Oui, elle fera la route demain matin pour le ramener.

Oui, Sofiane va bien, oui. Oui, on a tout noté.

Oui, je vais lui dire. Merci.

- Alors ? - Ils vous le laissent pour la nuit.

OK, oui.

OK. Et on leur dit quoi ?

La vérité. Qu'il est allé le chercher à l'école. Et puis...

dites qu'ils ont pris le train, parce que le stop... Voilà.

Que c'est son frère, qu'il voulait le voir. Ils comprendront.

Ils comprendront quoi ? Qu'il faut qu'ils le gardent encore.

On a pas le choix, faut le ramener. C'est ça ou la police.

- Je pourrai pas. - Ah si.

- Non. Non, faites-le vous. - Ah non !

Sylvie, je peux pas, non. Non, c'est à vous de le faire.

Non...

Sylvie ?

Sylvie ?

OK.

(COUPS DANS LES SIÈGES)

SOFIANE : Je te hais !

Je te hais, OK ? Je te hais !

(CLIGNOTANT)

(ELLE RESPIRE FORT)

(NOTE STRIDENTE)

(RESPIRATION SACCADÉE)

Quand tu vas trop loin, tu sais plus où aller, quoi.

Tu vas où tu veux.

(ELLE RIT)

Tu veux que j'aille où ? Je sais pas.

- Bah en Espagne. - (SYLVIE RIT)

- Depuis le temps que t'en parles. - Bah ouais !

En Espagne, je... Non.

On va se faire arrêter au premier carrefour.

- Mais non ! - Bah si.

Non, prends ma caisse, file tout droit.

Là-bas, le frère d'Isa te fait des papiers,

t'as un nouveau boulot.

T'auras une vie toute neuve.

Ça peut marcher.

Sylvie, des fois, faut pas chercher à avoir raison.

Faut se lever et se barrer.

Qu'est-ce qu'on a à perdre ?

En Espagne...

(CROASSEMENT)

T'es sûre de toi ?

Qu'est-ce qui se passe ?

- Qu'est-ce que tu fais ? - Tu pars pas avec nous.

Quoi ?

Il vient pas avec nous ?

Non, il va faire ce qu'il a envie de faire.

Non, mais je... Non, je viens avec vous.

Il va pas rester ici.

Pas avec moi, en tout cas.

Tu vas apprendre à faire des gâteaux, dans une école.

Mais...

Je veux rester avec vous, moi.

Tu vas pas rester avec ta mère toute ta vie.

- Allez. - (IL SOUPIRE)

Tu m'abandonnes pas ?

Mmh.

Non, jamais.

- (IL SANGLOTE) - Allez.

(ILS SANGLOTENT)

SYLVIE : Merci.

(ELLE SOUPIRE)

Allez, file.

- (PORTIÈRES) - (VROMBISSEMENT DU MOTEUR)

(BALLADE COUNTRY YOU ARE MY SUNSHINE)

(LA BALLADE CONTINUE)

(LA BALLADE S'ATTÉNUE, NOTES FINALES)

(CHANSON OH MON AMOUR)

♪ Oh, mon amour ♪

♪ Toi, ma beauté ♪

♪ Oh, mon amour ♪

♪ Tu es tombé ♪

♪ De pierce en aiguilles t'as craqué ♪

♪ De traces en buvards t'as cédé ♪

♪ D'after en before t'as volé ♪

♪ Un peu plus que les ailes t'as brûlé ♪

♪ Quelques gouttes de plaisir ♪

♪ Dans la rue des martyres, et là ♪

♪ T'étais bien ♪

♪ Et comme un bête souvenir ♪

♪ Enlace la spirale du pire, vas-y ♪

♪ Mon chéri ♪

♪ Oh, mon amour ♪

♪ Toi, ma fierté ♪

(LA CHANSON S'ATTÉNUE)

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