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Adapté du livre de AZAR NAFISI

LIRE LOLITA À TÉHÉRAN

Un mémoire littéraire

Au début de la révolution islamique en 1979,

beaucoup d'Iraniens sont rentrés dans leur pays, pleins d'attentes.

Malgré les signes annonciateurs.

Azar Nafisi était parmi eux.

Laisse-moi entrer ! S'il te plaît !

Ils nous ont menti.

Ils nous ont menti !

Laisse-moi entrer !

Bonjour, ici votre commandant de bord.

Nous allons bientôt atterrir à l'aéroport de Téhéran.

La température locale atteint 28°C.

À l'arrivée, merci de débarquer

en suivant les instructions de l'équipage.

Ce fut un plaisir de vous avoir à bord

et je vous rappelle que l'importation d'alcool est interdite.

Bienvenue en Iran.

1979 TÉHÉRAN

Entrée 3 août 1979

- Merci. - Suivant !

J'ai fait mon doctorat là-bas.

En littérature.

Littérature anglaise.

- Qu'est-ce que c'est ? - Un roman.

C'est pour un cours à l'université.

Je vais enseigner.

C'est pour ça que nous revenons, mon mari et moi.

Il est ingénieur civil.

S'il vous plaît, attention.

Pardon ?

Allez-y.

Mon cœur, mon amour,

ma vie.

Je t'aime tant.

Maman !

Tu es si belle.

Bijan...

Bonjour...

Embrassez-vous !

Bienvenue !

On y va ?

PARTIE I GATSBY LE MAGNIFIQUE

À MORT L'AMÉRIQUE

Professeure Nafisi...

Monsieur Bahri.

Bonjour.

Comment est votre anglais ?

Bon !

Sachez que j'apprécie vraiment vos cours.

Ravie de vous l'entendre dire.

Je ne suis pas le seul, ils approuvent aussi vos méthodes.

"Ils" ?

Oui.

En fait, quand la classe a vu tous ces livres à lire,

certains ont voulu vous boycotter, mais je les en ai dissuadés.

Merci, j'apprécie.

Je me demandais juste si vous pourriez

introduire une certaine... moralité...

Des auteurs appropriés ?

Exactement.

Je vais devoir y réfléchir.

J'ai préparé une liste.

J'en suis certaine.

M. Bahri, vous avez écrit l'un des meilleurs devoirs

sur Huckleberry Finn qu'on ne m'ait jamais rendus.

Même de mes étudiants en Amérique.

Vraiment ?

Oui. Très percutant, très sensible.

Bravo, je suis impressionnée.

Asseyez-vous, le cours va commencer.

Oui, bien sûr.

Merci !

"Sans cette brume, nous verrions votre maison de l'autre côté de la baie,"

dit Gatsby.

"Il y a une lumière verte qui brûle toute la nuit au bout de votre jetée."

Il semblait absorbé par ce qu'il venait de dire.

Peut-être l'idée lui était-elle venue

que la colossale importance de cette lumière

venait de s'évanouir à jamais.

Cette lumière verte symbolise-t-elle

l'amour indéfectible de Gatsby pour Daisy ?

Même si elle est maintenant une femme mariée ?

Professeure, pardon mais...

comment pouvez-vous dire qu'il est amoureux d'elle ?

Il est évident qu'il n'aime que les billets verts.

Daisy est juste un symbole, rien de plus.

M. Farzan, en anglais, s'il vous plaît.

Et non,

elle est Daisy. Elle n'est pas un symbole.

Et Gatsby l'aime.

Qui me montre les passages qui le prouvent ?

L'amour n'est pas de ce monde.

Nous croyons en l'amour divin, sacré, et c'est tout.

Alors pourquoi faire la révolution ?

En anglais s'il vous plaît. Pour la millième fois.

Je sais que cela gêne certains,

mais les grands livres

sont censés vous mettre mal à l'aise,

vous pousser à vous interroger sur vos acquis.

Je ne comprends pas bien.

Nous devrions douter de l'interdiction de l'adultère ?

Le changement est forcément mauvais ?

Ce genre de livres

peuvent être un crime contre la vérité.

Donc le livre lui-même est un criminel...

Ne riez pas.

Si des lois sont enfreintes lors de l'écriture d'une histoire,

il faut des sanctions. Qu'est-ce que cela a de si drôle ?

Veuillez baisser le ton.

Il ne parle pas de vous.

- Ce n'est pas contre vous. - Je l'espère bien.

Je ne comprends pas. Que voulez-vous faire ?

Un procès au livre ?

Bonne idée.

Pourquoi pas ?

Nous avons tout le monde, sauf notre accusé,

Gatsby le Magnifique.

Qui le représentera ?

Quelqu'un ?

Personne ne veut être le livre.

Vous devriez être le livre, professeure Nafisi.

S'il n'y a pas d'objections,

je le ferai.

Je serai Gatsby.

La cour appelle Gatsby le Magnifique à la barre.

Mahtab, la parole est à vous.

Diriez-vous que vous ne visez pas la défense des classes aisées ?

C'est exact.

Pourquoi décrire les gens comme vous le faites ?

Je n'ai ni à condamner ni à défendre.

Objection !

Certaines choses doivent être ignorées !

Occulter les problèmes et la douleur signifie nier leur existence.

Mais ils persistent.

Ce roman parle de la mort des rêves.

D'un amour perdu.

Il n'y a pas une seule femme vertueuse dans ce livre.

Nous ne le lisons pas pour savoir si l'adultère

est bon ou mauvais.

Et c'est censé être un modèle pour nos sœurs innocentes.

Vous ne pensez qu'à nous faire porter le voile.

Essayez !

C'est un problème ?

Je ne veux pas parler de mes tenues.

Ce que vous voulez est sans importance,

le port du voile sera bientôt obligatoire.

Pourquoi seul Nyazi parle de moralité ?

De quel droit !

Écoutez...

Je n'ai pas besoin de lire le journal.

Ce n'est pas la peine.

J'ai suffisamment de preuves.

Chaque page de ce roman

illustre la façon dont nous avons été violés

par le Grand Satan.

"Ils cherchent à tromper Allah.

Ceux qui croient en Lui.

Ils ne trompent qu'eux-mêmes, sans même s'en rendre compte."

Le seul personnage intéressant du livre,

c'est le mari faible et abattu, M. Wilson,

qui a tué Gatsby.

Encore la main de Dieu.

Tout n'est pas l'œuvre de Dieu !

Croyez-vous qu'Il interfère constamment dans vos vies ?

Comment pouvez-vous utiliser un tel mot ?

"Interférer" ?

Dieu n'interfère pas.

Il nous observe.

Ce livre doit être interdit.

Vous avez changé les lois !

- Recule. - Pas question !

- Ton cerveau est corrompu ! - Corrompu ?

- Exact ! - Tu n'as pas honte ?

Ils veulent fermer la faculté ! Venez !

Allons-y.

La liberté est un droit !

Ni l'Orient ni l'Occident, Université Islamiste !

Samad est notre enseignant !

Sa voie est la nôtre !

La liberté est notre droit !

Vous avez vu ça ?

Nassrin !

Mahtab !

Laisse-moi !

Madame ! Allons-y !

Venez avec moi ! Par ici.

Nassrin ! Mahtab !

Professeure !

Professeure Nafisi !

- Vous n'y pouvez rien. - C'est mon étudiante !

Elle n'a que 17 ans !

Entrez !

Merci, Mohssen.

Éloignez-vous des fenêtres !

Merci.

Je m'appelle Azar. Nafisi.

Je vous connais. L'art dramatique ?

Avant.

Pourquoi ?

Ils n'approuvaient pas mes pièces.

Sûrement des auteurs inappropriés.

Non,

cette fois, c'était les gauchistes.

Logique. On doit enseigner les œuvres révolutionnaires.

Si cela avait du sens,

on pourrait en discuter.

Mais je leur ai dit

que mon programme n'était pas négociable.

On dirait qu'on peut y aller.

Qu'allez-vous faire, si vous n'enseignez plus ?

Je n'en sais rien.

Peut-être écrire enfin un roman.

Attendre et voir. Ou plutôt, ne rien faire.

À vous de me dire quoi faire.

La tension à notre frontière avec l'Irak persiste.

L'université de Téhéran

reste le théâtre de violences estudiantines.

L'activité radicale suivie sur le campus

a conduit à l'arrestation de 40 étudiants.

Mais les forces de sécurité

ne recourent pas à la force contre les agitateurs...

J'ai appelé leurs parents, sans réussir à les joindre.

Elles doivent être à la prison d'Evin.

Il faut que j'y aille.

N'y va pas.

Je suis sérieux.

Leurs familles sont là.

Tu ne peux rien faire.

Tu vas juste te faire remarquer.

Ce n'est pas déjà le cas ?

Bijan...

Arrêtez de me frapper ! Maman !

Ça fait mal !

Maman, s'il te plaît ! Où es-tu ? Ils me tuent !

Arrête !

Emamzadeh !

Rahmati.

Rahimi.

Tiens le coup.

Sois forte.

Allez.

Allez !

Prison d'Evin

À la suite d'une directive du bien-aimé guide suprême,

l'imam Khomeini,

le Parlement a adopté la loi

sur le port du hijab islamique.

Le port du voile est obligatoire

pour les femmes dès l'âge de 9 ans,

dans les institutions gouvernementales,

universités, écoles, sur les lieux de travail...

Madame !

Vos papiers, s'il vous plaît.

Vous ne pouvez pas entrer comme ça.

Je viens "comme ça" depuis que j'enseigne ici.

Vous devez vous couvrir les cheveux.

Je peux arrêter toute femme non voilée.

Je ne suis pas n'importe qui,

j'enseigne dans cette université.

C'est un ordre du président de l'université.

Aucune femme n'entre sans hijab.

Madame...

Je risque mon poste si je vous laisse entrer.

Chacun est responsable de ses actes, non ?

Alors, excusez-moi.

Vous plaisantez.

Madame, arrêtez !

C'est bon !

Madame !

Madame !

La pute adultère Nafisi devrait être renvoyée.

Professeure Nafisi ?

Excusez-moi.

Le président de l'université veut vous parler.

Sachez que je suis de votre côté.

Pourquoi ?

Les femmes sont essentielles au succès de la révolution.

Nos ennemis de l'intérieur et de l'extérieur

doivent nous voir unis.

Et...

pour vos livres...

Attendez, professeure.

Je vous en prie.

La survie de la révolution est en jeu.

Monsieur Bahri...

Ma grand-mère était une musulmane très pratiquante.

Elle faisait la prière de l'aube à l'heure.

Elle était voilée parce qu'elle était croyante,

ce n'était pas un symbole.

L'islam et l'État, ce n'est pas la même chose.

Ni pour elle,

ni pour moi.

Vous pouvez le dire à votre président.

Bonjour.

- Où allez-vous ? - J'ai rendez-vous avec le président.

Que portez-vous en dessous ? Presque rien !

En quoi ça vous regarde ?

Frottez la boue sur votre visage.

Je n'ai rien sur le visage, je n'ai jamais mis de "boue".

- Il y a quelque chose. - Vous me faites mal.

Ne répondez pas.

Je porterai plainte contre vous.

Faites ce que vous voulez.

Allez-y.

Quatrième étage.

Où allez-vous ? C'est par ici.

Tu pensais que ça pouvait nous arriver ?

Non. Mais j'aurais dû.

Qu'allons-nous faire ?

Nous coucher, on verra demain ce qu'on peut faire.

Tu viens ?

Oui, j'arrive.

Mahtab...

Exécution de 8 membres du groupe réactionnaire Farghan

PARTIE II LOLITA

QUINZE ANS PLUS TARD 1995

Allô ?

Je ne sais pas pourquoi je fais ça.

C'est trop risqué.

Je mets toutes les filles en danger.

Je devrais annuler.

Non ?

Tu ne peux pas.

Et si quelqu'un nous découvre ?

Si quelqu'un nous dénonce ?

Elles savent

que c'est interdit et dangereux.

Tout comme toi, elles aiment le risque.

C'est justement ce qui me fait peur.

Elles s'en remettent à ton courage.

Comme toujours.

C'était déjà le cas lorsqu'elles étaient tes étudiantes.

Et si elles ne viennent pas ?

Elles viendront.

Tous les jeudis.

Même si des pierres tombent du ciel.

Fais-moi confiance.

J'en suis arrivée là, je dois te faire confiance ?

Merci.

Je suis content que tu aies appelé.

Et moi que tu aies répondu.

Va dormir un peu avant leur arrivée.

Dormir... Franchement...

Que Dieu te bénisse.

Ça va mieux ?

Oui.

Ne t'inquiète pas.

Negar ! Dara !

Tu veux que je reste ?

Non.

J'ai promis qu'il n'y aurait pas d'homme aujourd'hui.

Ce sera formidable, j'en suis sûr.

Écoute ta grand-mère.

Negar, n'oublie pas,

récite calmement le poème qu'on a appris.

Merci, maman.

Dara, prends ton cartable.

Sois très prudente, Azar.

Ne t'inquiète pas.

- Dara, mange ta pomme. - D'accord, maman !

Bijan, je suis sûre que tu auras le projet.

Le prix du lait a baissé de 2 %

suite aux demandes du public...

- Merci beaucoup. - Merci.

Voilà, papa.

Merci.

J'y vais.

Y aura pas d'hommes là où tu vas ?

On traduit des textes islamiques en anglais.

On n'a pas besoin d'hommes pour ça.

- Sois prudente. - Bien sûr.

Elle s'habitue à tes sorties.

Elle ne pleure plus.

Tu préfères pas que maman reste ?

Ça suffit, Reza !

Maman va bientôt revenir.

Je pense toujours que c'est injuste.

La vie n'est pas juste.

Tu as peut-être raison. C'est injuste.

Quoi ?

Non, vas-y.

Sinon, comment seras-tu la prochaine Forough Farrokhzad ?

"Tout le monde sait que toi et moi

avons regardé à travers l'oblique.

Et vu le jardin."

"Et vu le jardin."

Bonjour, Mahshid !

Bonjour, madame.

Bonjour.

- Tu vas bien ? - Merci d'avoir acheté les fleurs.

Comment vas-tu ?

Ravie de te revoir.

Moi aussi. Ça va ?

Ça va.

- C'est bien au numéro 3 ? - Oui.

On est les premières ?

Je ne sais pas.

Qui d'autre vient ?

- Azin vient aussi ? - Tu ne l'aimes pas ?

Pas trop, j'espère qu'elle n'est pas invitée.

Mais elle est super !

Mariée trois fois. Nous, on n'a même pas de copain.

Elles sont superbes, merci.

Soyez les bienvenues ! Entrez.

- Vous avez trouvé facilement ? - Oui. Merci.

Regardez

les montagnes.

C'est magnifique.

Mon mari n'est pas là. Ne t'inquiète pas.

Merci.

Nassrin.

Bienvenue, ma chère.

Tu te souviens de Mahshid. Et Yassi.

Votre mère m'a fait entrer.

Manna... Ça fait longtemps.

De la part de Nima et moi.

Il dit qu'on a de la chance.

- Il va bien ? - Très bien.

Azin, ma chère.

- Je suis en retard ? - Mais non.

Tant mieux.

Entre, sois la bienvenue.

Voici Sanaz, l'une de mes meilleures étudiantes de l'université Alameh.

Bonjour.

Assieds-toi.

Bien.

J'avais vraiment peur de vous causer des ennuis.

J'espère

que votre présence ne dérange pas vos familles.

Nous sommes ici

parce qu'au fil des ans,

vous m'avez prouvé être dévouées à l'étude de la littérature.

La littérature dont ils veulent nous priver.

Les livres interdits.

Les mots dont ils ont peur.

Voyons si notre foi dans la lecture peut transformer

notre morose réalité.

Voyons si lire Lolita ici, à Téhéran,

nous aidera à lutter.

Qui veut commencer ?

Que pensons-nous de Lolita ?

Allez.

Quelque chose ? Un mot ?

On va lui consacrer du temps. Vous le savez.

C'est peut-être trop confortable ici.

Je vais m'occuper de votre confort.

Ne vous inquiétez pas.

On commence ?

Dans le livre,

Humbert dit sans ambages

que ce qu'il possédait

n'était pas la vraie Lolita,

mais celle qu'il imaginait.

Sa propre création.

Une Lolita sans volonté,

sans vie personnelle.

"Quelque chose" est passé par là.

Lolita ignore ce que savent les lectrices.

Et peu importe à quel point

Humbert essaie de nous amadouer,

l'intelligence directive du livre

est Nabokov, le conteur.

Cela ne change rien à ce qu'il lui fait,

ou à ce que nous vivons dans les rues.

Lolita n'a nulle part où aller.

Mais ce n'est pas notre cas.

Ici, nous sommes toutes ensemble.

Nous sommes ensemble.

Bon, alors...

Ce "professeur de morale" trace deux colonnes au tableau.

"Fille musulmane" d'un côté

et "fille chrétienne" de l'autre.

Il demande quelle est la différence entre elles.

"L'une est une vierge. Blanche et pure,

elle se réserve pour son mari.

Puissante parce qu'elle est vierge."

Bien sûr,

la modestie vous donne un certain pouvoir. Comme...

Comme ? Ne pas être une prostituée aux ongles vernis.

Je voulais dire quelqu'un qui...

Qui se retient...

Bonjour, ma chère Sanaz.

Désolée, mon frère voulait m'accompagner

et il est toujours en retard.

Tu nous as manqué la dernière fois.

- Que s'est-il passé ? - Rien.

Bonjour.

Tu nous as manqué. Où étais-tu ?

Tu vas bien ?

Oui.

Merci.

Sanaz a apporté des biscuits.

Ils sont absolument outranciers.

Tu les as choisis pour ça, non ?

À cause des biscuits dans Lolita ?

Parfaitement dévergondés !

Ils sont super, mais...

Merci.

Bon, les filles.

On commence ?

J'ai une question.

Sommes-nous Lolita ?

Bien sûr que nous sommes Lolita.

Pourquoi ?

Parce que nous sommes contrôlées par de vieux pervers.

Vous dites donc

qu'ils sont tous des pédophiles incestueux ?

Pas tous.

Mais la plupart.

Je me trompe ?

Je ne me trompe pas.

Des questions jusque-là ?

Moi, Sanaz Mohadam, j'avoue avoir eu une relation illégitime.

J'ai enfreint la loi islamique, trahi l'honneur de ma famille et le mien.

Comment échapper à la culpabilité ?

C'est à eux d'avoir honte.

En quoi cela aide-t-il ?

Ils t'obligent à avouer une faute imaginaire,

à dire que tu as péché.

Mais tu n'as pas péché, Sanaz.

Répète quelque chose mille fois

et ça commence à remplacer la vérité.

Sinon, pourquoi t'arrêteraient-ils ?

"Avec qui étiez-vous ? Qui sont-ils ?

Vous n'avez pas bu d'alcool ?

Que portiez-vous ?"

Mais ils n'ont rien trouvé ?

Il n'y avait rien à trouver.

On a été déclarées coupables

de "comportement occidental". Et c'est vrai.

Il n'existe pas de "crime de pensée".

Bien sûr que si.

Même si je n'ai pas commis de vrai crime,

je me suis trahie

en avouant. Je nous ai toutes trahies.

J'ai avoué.

J'ai signé.

Sanaz a laissé ça.

Elles ont demandé si elles étaient Lolita.

Qu'as-tu répondu ?

Qu'elle est seule, sans défense, qu'elle subit un viol,

perd son autonomie, son avenir, sa personne,

à cause d'un adulte fou obsédé par son passé.

C'est précisément ce que le "barbu" nous a fait ici.

Les romans ne sont pas les représentations littéraires de nos vies.

Pourquoi pas ?

Bien sûr que si.

C'est souvent exactement ça.

"M. Hamid...

Grand choix de livres en anglais".

C'était une autre époque.

Je ne peux pas leur enlever l'espoir.

Je sais.

Garde-le.

Montre-le aux filles.

Où tu l'as eu ?

Je l'ai depuis un moment.

Je l'ai acheté ici.

M. Hamid a toujours su ce que j'aimais.

Il m'a dit un jour que s'il m'avait connue avant,

il m'aurait gardé l'autobiographie de Buñuel.

C'est moi qui l'ai achetée.

Tu es un sacré numéro...

Si je me souviens bien,

quelqu'un a pris une étagère entière d'Henry James.

Ma chère...

Tu aurais pu au moins me laisser La Coupe d'or.

Bien que personne n'arrive à finir ce livre.

Même pas moi.

Si tu n'arrives pas à lire La Coupe d'or,

tu ne le mérites pas.

C'est ce qui manque aux filles.

Des souvenirs...

En tant qu'adultes, en tout cas.

Pas de balade avec leur amoureux.

Pas d'appels téléphoniques passionnés

tard dans la nuit.

Pas de baisés volés.

Je dois y aller.

PARTIE III DAISY MILLER

La République islamique a rejeté

la résolution 598 des Nations unies.

Notre estimé guide suprême,

l'imam Khomeini,

a posé deux conditions préalables.

Premièrement,

la destitution du président irakien, Saddam Hussein,

une demande exprimée il y a huit ans, en 1980,

lorsque l'Irak a envahi notre terre sacrée...

Attention !

Je prends les enfants, va chercher ma mère !

Alerte rouge ! Tirs de missiles !

C'est rien, c'est rien...

Mes chers étudiants,

après huit ans d'une horrible guerre sans fin,

et la naissance de mes deux merveilleux enfants, Negar et Dara,

j'ai réalisé que mon amour pour la littérature dépassait tout.

J'ai donc choisi de venir travailler

dans cette nouvelle université.

Je suis ravie que certains de mes anciens étudiants

assistent à mes cours, ici, à Alameh.

Et je souhaite la bienvenue aux nouveaux.

Nous allons parler d'une femme véritablement révolutionnaire.

Un exemple de la nouvelle femme

du 19e siècle,

qui ne suit pas les vieilles traditions,

et établit ses propres règles.

Oui ?

Qu'a-t-elle de révolutionnaire ?

Daisy Miller est clairement une mauvaise fille.

Merci, monsieur... ?

- Ghomi. - Monsieur Ghomi, merci.

D'accord ?

Pas d'accord ?

Husayn, Husayn est notre slogan !

Le martyre est notre fierté !

Eh bien,

Henry James n'est pas d'accord avec ça.

Qu'est-ce que Daisy Miller fait vraiment

qui la rend mauvaise à vos yeux ?

À part ne pas respecter les normes sociales

de ceux qui l'entourent ?

Elle est honnête.

Cela la rend mauvaise ?

- Nous voyons la vérité la concernant... - Pardon ?

Nous la voyons parce que nous sommes moraux,

que nous avons fait l'expérience du vrai mal,

une guerre intérieure et extérieure.

D'où l'importance

qu'Henry James ait lui-même connu la guerre ?

Impossible de continuer ainsi.

Le cours est terminé.

À la semaine prochaine.

Ne vous inquiétez pas, nous serons là.

Regarde comme Ghomi respecte ses amis martyrs.

La mort l'a amené à Dieu, c'est ça ?

Ils disent que leur seul amour est Dieu.

Faites attention à ce que vous souhaitez.

Professeure Nafisi, je suis désolée, vous ne le connaissiez pas.

Nous oui.

Il a fait renvoyer une de nos amies

en disant être excité par sa peau aperçue sous son foulard.

Va lui parler.

Professeure !

Oui, ma chère.

Devrions-nous être désolées pour ces fanatiques tués ?

Non, ce n'est pas la question.

Quoi qu'ils fassent, nous ne pouvons pas être comme eux.

Tu comprends ?

Oui.

Désolée.

Nassrin.

Je les ai vus t'emmener ce jour-là.

Je sais ce qu'ils ont fait à Mahtab.

Je suis désolée.

Le pire pour moi,

c'était quand ils appelaient les gens en pleine nuit.

À chaque fois, ils prenaient trois filles

et on n'entendait que deux coups de feu.

Ahmadi !

Une éternité passait avant qu'on sache qui avait survécu.

Heureusement, tu t'en es sortie.

Si mon père ne partageait pas leur foi,

Dieu sait où je serais maintenant.

Pour certaines, il valait mieux mourir.

Il y en avait une...

Elle n'était même pas politisée,

elle était juste belle.

Ils se la passaient l'un à l'autre

et la violaient

pour qu'elle ne soit plus vierge

et n'aille pas au paradis après qu'ils l'auraient tuée.

Nous toucher était interdit,

mais le viol, pas de problème.

On a beaucoup parlé de livres, Mahtab et moi.

C'était bien.

Une victoire à la Pyrrhus.

À la Pyrrhus.

Rendons hommage à notre cher frère

qui a sacrifié sa vie pour le bien de la République islamique !

Professeure Nafisi...

Monsieur Bahri !

Je vais bien, professeure,

beaucoup mieux que d'autres, Dieu soit loué.

Quel plaisir de vous voir.

Plaisir partagé.

Je me suis dit que je viendrais vous saluer.

Vous dire bonjour.

Vous dire que ma sœur est étudiante ici.

Elle ne lit pas beaucoup, elle ne suit donc pas vos cours.

Il y a tant d'autres activités pour les femmes que d'étudier

des romans occidentaux corrompus.

Touché.

Quoi qu'il en soit, son fiancé est le chef du djihad islamique ici.

Il connaît beaucoup de monde,

il est bien vu, il obtient des choses.

Il a deux billets de trop

pour Le Sacrifice,

au festival Milad, vendredi.

Tenez,

un remerciement très tardif

pour vos cours.

Vous vous souvenez

que nous disions que l'islam et l'État, ce n'est pas la même chose.

Oui.

Approuvez-vous cela aujourd'hui ?

Non.

Mais...

Ce n'est pas aussi simple, non ?

En effet.

Mais qu'est-ce qui l'est ?

Vous êtes sûr de ne pas vouloir y aller ?

Vous apprécierez plus que moi.

Je préfère Tom Hanks.

Je l'aime bien aussi.

7e festival international du film de Milad

J'adore Tarkovski.

Moi aussi.

Ils projettent vraiment ça ?

En suédois et sans sous-titres.

Je veux juste voir ce que le censeur en a fait.

Incroyable.

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Louange à Dieu,

le Clément, le Miséricordieux, le Roi du Jour du Jugement.

Husayn, Husayn est notre slogan !

Le martyre est notre fierté !

Ils nous ont menti !

Ils nous ont menti !

Ghomi, qu'est-ce que tu fais ?

Il s'est enfermé, allez chercher les clés !

Ghomi, arrête ! Ouvre la porte !

- J'ai les clés ! - Ouvre la porte, vite !

Laissez-moi entrer !

Qu'est-ce qu'il a fait...

Bonjour.

Pourrais-je parler à Bijan Naderi ?

Je suis sa femme, merci.

Non, le dérangez pas. Ce n'est pas la peine.

Dites-lui juste que j'ai appelé.

Merci.

Tu dis que tu le connaissais ?

Oui, un gros bonnet de l'Association des étudiants musulmans.

Il ne lisait jamais les livres,

mais il avait toujours quelque chose à dire.

Il parlait tout le temps de la guerre.

Finalement, il a été envoyé au front.

"La guerre a été une bénédiction pour nous." Il y croyait.

Parce qu'elle l'a vraiment été pour lui.

Oui,

et puis il est rentré

et il a vu tout le monde regarder les Oscars sur leurs écrans.

Ça l'a rendu fou.

Et il a pris sa décision.

Il répétait...

"Ils m'ont menti,

ils m'ont menti."

Il s'était bien préparé.

Il a apporté des gros bidons par les portes principales,

jusqu'à une classe vide

au deuxième étage.

Il s'est assis

et s'est aspergé d'essence.

Comment a-t-il pu faire ça ?

Je ne veux pas me soucier de lui.

J'aimerais être plus forte.

Ma chère, il ne s'agit pas d'être forte.

Je ne peux plus enseigner.

Pourquoi ?

À cause de tout ça.

Renoncer n'est pas la solution.

Tu le sais très bien.

Et toi ?

Tu as renoncé. Tu as tout abandonné.

J'ai lâché il y a longtemps.

Je ne sers plus à rien.

Comme un cerveau désincarné.

Quelle absurdité...

C'est vrai,

et ça m'est égal.

Pourquoi m'en faire ?

Si je donnais des cours particuliers ?

Bonjour.

On était morts d'inquiétude.

Pourquoi tu n'as pas appelé ?

J'ai appelé. Je n'ai pas pu te joindre.

Grand-mère a dit

que tu avais peut-être été arrêtée.

Ne dis pas ce genre de choses aux enfants.

Mais nous ne savions pas ce qui s'était passé.

Tu es imprudente.

Tu te balades avec ce collègue que tu aimes bien...

Un jour, ils pourraient vous arrêter,

Dieu nous en préserve.

Va lui parler. Vas-y.

Ce n'est rien, ma chérie,

je reviens.

Bijan,

cette journée a été terrible.

C'est pour ça que tu es allée lui parler ?

Je t'ai appelé en premier, mais tu étais occupé.

Peut-être que ça t'arrangeait.

Comment ça ?

Pourquoi être allée lui parler plutôt qu'à moi ?

C'est une question simple, je veux une réponse simple.

Je t'ai dit pourquoi.

- Donc c'est ma faute ! - Non ! C'est cet endroit maudit.

Tu ne peux pas tout leur mettre sur le dos.

- Mais... - Mais quoi ?

Ils ont imposé une autre règle que tu n'aimes pas !

Oui.

Oui, tu as raison. C'est ma faute.

J'aurais dû te rappeler.

Je suis désolée.

Maman, Dara a pris mon livre !

Dara, arrête !

Allô ?

J'ai appelé hier soir.

Tu étais malade ?

Oui. Et je me suis disputé avec Bijan.

Je dois m'excuser auprès de lui.

J'ai été puérile.

Je lui répète toujours la même chose.

Tu devrais m'arrêter.

Retire ce sentiment de ton système,

ou tu te sors toi-même du système.

Tu es intelligent.

Évidemment...

Ce n'est ni la Somalie ni l'Afghanistan,

ça pourrait être bien pire.

Je suis tellement fatiguée.

Repose-toi,

ma chère.

À bientôt.

Au doyen de la Faculté de Lettres université Alameh

Cher monsieur, à mon retour,

j'ai cru qu'enseigner l'anglais serait une sublime mission,

ce fut le cas au début.

Aujourd'hui, pour diverses raisons, je ne peux plus continuer.

Je vous présente donc ma démission.

PARTIE IV ORGUEIL ET PRÉJUGÉS

Les buts ont été marqués par Danaeifard

à la 13e minute et Farrokhi à la 58e...

Papa...

J'ai oublié mon...

Merci.

Je suis en retard.

Nassrin.

Je ne veux pas te perdre.

Fais attention, s'il te plaît.

Ne t'inquiète pas.

J'aime Jane Austen,

mais j'ai parfois l'impression

qu'elle rend tout trop petit.

Et si tu n'y allais pas ?

Juste cette fois ?

On resterait ensemble.

Vous avez beau dire,

mais les hommes sont ainsi.

Et on est censées les épouser ?

Vivre avec quelqu'un qu'on ne connaît pas ?

C'est pour ça que tu ne t'es jamais mariée ?

Oublie ça. Reste à la maison et occupe-toi de nous.

C'est un jour par semaine ! Un jour !

Et elle dort.

Il ne s'agit pas d'elle. Tu aimes tes livres plus que nous.

Plus que toi !

Non !

Va parler de tes livres stupides.

Vas-y.

OK, les filles,

les dames ici, les messieurs là.

Qui est le garçon ?

Moi. Pas un garçon, un gentleman.

Je n'ai jamais dansé de ma vie.

Profite de cette occasion.

Si vous voulez comprendre Jane Austen,

comprendre son Angleterre, c'est le seul moyen.

Tu rougis ? Je ne suis pas vraiment un homme.

Elle est juste gênée, comme moi.

C'est ce que les sœurs Bennet ressentaient en recherchant un mari.

D'abord, saluez vos partenaires.

Touchez-vous les mains.

À quatre, vous commencez.

Un, deux, trois, quatre...

Un pas à droite, un pas à gauche.

Tournez, trois, quatre.

- Dans quel sens ? - Ça n'a pas d'importance.

Allez jusqu'au bout de la ligne. Et on recommence.

Un, deux, un, deux.

Maintenant,

je veux que vous conversiez en dansant.

D'accord ?

Touchez-vous les mains.

Je serai Bingley, pour être riche et stupide.

Aïe ! Nassrin, c'était mon pied.

Et n'oubliez pas les pas.

Pardon.

Les filles... Et la danse ?

Impossible de se souvenir des pas

tout en parlant.

- C'est difficile. - On s'embrouille.

Alors imaginez les personnages d'Austen.

Ils devaient se courtiser selon le rituel,

aussi précisément que les règles de cette danse rigide et structurée.

Mais comment se concentrer sur soi

et observer les autres ?

C'est exactement ça.

Les relations sont une danse,

chorégraphiée, ordonnée...

Réprimée.

C'était formel, oui.

Mais ça n'en était que plus érotique.

Imaginez. Mener une conversation

en plein rituel public.

Vous devez parler, bouger, c'est intense.

Les non-dits sont aussi vitaux que ce qui est dit.

J'ai une question.

La République islamique nous a-t-elle ramenées à l'époque de Jane Austen ?

Les mariages étaient arrangés.

Il y avait cette idée rigide de qui appartient à qui.

D'une certaine façon, Yassi a raison.

Oui, à l'exception de la polygamie et du "mariage temporaire".

Et pour ceux-là ?

C'est vrai.

Je n'approuve pas le mariage temporaire, mais...

en somme, c'est une question de fornication.

Les hommes sont faibles, voilà ce qu'ils sont.

Le mariage n'est-il pas qu'une affaire de sexe ?

Manna, toi qui es mariée ?

La vérité, c'est qu'il est mon meilleur ami.

Nous avons une connexion spirituelle, profonde.

Pauvre Nima.

Il n'est pas du tout à plaindre.

Et puis, il n'a personne d'autre à qui parler.

Hommes et femmes ne peuvent pas être amis.

Ne vous méprenez pas.

C'est bien quand le sexe est bon.

Sinon...

C'est clair.

Azin, ma chère.

Il me déteste.

Tu peux pas le laisser te battre.

Non ?

Si je pars,

il me prendra ma fille et c'est sa mère qui l'élèvera.

Je ne peux pas laisser faire ça.

Alors pourquoi tu te maries encore et encore ?

Peut-être qu'elle ne cherche pas la bonne chose.

Non, écoute,

même Azin connaît la différence entre le grand amour

et quelque chose de terre-à-terre comme dormir ensemble.

- "Même Azin" ? - Je voulais pas dire...

Professeure Nafissi, je pense beaucoup au sexe.

Et...

Ce n'est pas votre cas ?

Je suis la seule à être folle ?

Non, c'est tout à fait normal.

Tu es jeune et c'est logique d'y penser.

OK, les filles,

quelles danses définiraient notre société ?

Baba Karam.

Tu la danses ?

C'est plus facile que de marcher toute raide.

Un pas ici, un là...

- Donc, tu danses. - Viens au centre !

Tu vas aimer nous montrer !

Asseyez-vous sur vos genoux

Faites du bruit, ma chère

Bougez votre corps avec grâce

Mon cœur déborde

comme une source

Nos corps, nous-mêmes Un livre par et pour les femmes

Qu'est-ce que c'est ?

Ça t'apprend quelque chose ?

C'est pour les filles.

Elles ne savent rien.

Ce qui n'a rien de surprenant.

Ce livre est sorti dans les années 70.

Même les Américaines étaient gênées.

Ce n'était pas ton cas, si je me souviens bien.

Non, mais notre culture a toujours séparé le sexe de l'amour.

Tu sépares le sexe de l'amour ?

Non, bien sûr que non.

Tu sais que j'ai beaucoup de choses en tête.

Tu peux t'arrêter un instant ?

Tu veux qu'on parle de tes cauchemars ?

Je les fais depuis si longtemps

et tu veux en parler maintenant ?

Quelque chose te ronge de l'intérieur.

C'est important d'en parler.

J'ai du mal à en parler. Tu le sais bien.

Et tu ne t'en souviendras même pas.

Écoute, je me fiche que tu partages tes angoisses avec quelqu'un d'autre.

Tu as le droit d'en parler avec tes amis.

Mais j'ai peur de te perdre.

De me perdre ? À cause de lui ?

Qui sinon ?

Pour un millier d'autres raisons.

Tu savais que le mari d'Azin la battait ? Elle avait un bleu au visage.

Si elle divorce, elle perd son enfant.

Il y a des solutions. Je peux lui trouver un avocat.

Tu ne dois pas chercher de solution. Tu es tellement gentil,

tu crois tout résoudre avec de la bonne volonté.

Bien sûr que ça peut l'être.

Les régimes vont et viennent.

C'est nous qui restons.

C'est notre pays.

J'aime l'Iran.

Moi aussi.

Les Mille et Une Nuits

Regarde-moi ça.

Alors, c'est pour toi ?

Non.

Attends, attends.

Quelle récompense !

Excellent !

Ma chère Azar, c'est parfait !

Comment est-il arrivé à Téhéran ?

Après la révolution,

j'ai fait visiter Téhéran à un journaliste de NY,

et il me l'a offert.

Et tu me le donnes ?

Je ne vois personne de mieux que toi.

Et je faisais du rangement dans ma bibliothèque.

Je vérifiais juste

ce dont j'avais vraiment besoin.

Tu t'en vas ?

Non. Où pourrais-je aller ?

Ma mère vieillit.

Bijan vient d'obtenir un nouveau contrat de construction,

à Isfahan.

Mais tu y penses.

Écoute, Azar.

Si tu veux partir, pars.

Avec ta famille, bien sûr.

Tu as le droit de vivre comme tu l'entends.

Mais comment puis-je t'abandonner

et te laisser ici sans moi ?

Garçon !

Venez ici.

Oui ?

C'est pour un contrôle.

Je vais prévenir le patron.

Allez-y.

La milice est là

pour un contrôle.

Si vous n'êtes pas mariés,

vous devriez pas être ensemble.

S'ils demandent pourquoi,

vous attendez une commande.

Qu'est-ce que tu fais ?

On n'a rien fait de mal !

Je vais appeler Bijan. Il leur expliquera.

En quoi ça aidera ? Ils diront qu'il ne contrôle pas sa femme.

Je refuse d'obéir à des ordres absurdes. Ne bouge pas.

Si tu ne veux pas payer l'addition,

trouve autre chose.

Nassrin, laisse la vaisselle,

viens t'asseoir.

Je dois vous parler.

Assieds-toi.

C'est bon.

C'est important ?

Ma sœur vit en Angleterre avec son mari.

Je vais vivre avec eux.

Je pars.

Je quitte l'Iran.

Juste comme ça.

Comment pars-tu ?

Avec des passeurs.

Je n'ai plus de passeport,

à cause de la prison.

Des passeurs ? Seule ? Comment feras-tu ?

Une fois en Turquie, mon beau-frère viendra me chercher.

La prison, la guerre...

Cette période a été dure pour moi.

J'ai même... j'ai eu un petit ami.

Ça n'a pas aidé.

Cela vous surprend ?

En tout cas, ça n'a pas marché.

Et je voulais être seule.

J'ai quelques problèmes, depuis la prison.

Ma mère et moi

pensons que je serai mieux en Angleterre.

C'est pour ça que tu as rompu ?

Oui.

En fait, non.

C'est un homme bien.

Un intellectuel.

Il lit Derrida et regarde des films de Kiarostami

et de Bergman.

Mais je n'aimais pas sa perception des femmes.

Il n'était pas désagréable.

Je voyais comment il les regardait.

Il ne m'a pas touchée.

Il disait

que c'était par respect.

Certaines femmes sont pour le mariage

et d'autres juste pour le sexe.

Alors tu t'en vas.

J'ai 35 ans,

et je ne connais pas l'amour.

Après une semaine sans nouvelles, Dieu merci, hier,

son père m'a dit qu'elle avait atteint la frontière,

il y a deux jours.

Les passeurs lui feront traverser les montagnes la semaine prochaine.

Comment ?

À dos de mule ?

Comme Sally Field dans Jamais sans ma fille ?

Tu trouves ça drôle ?

Pardon, je n'ai pas réfléchi.

Alors, ne dis rien.

C'est parfois difficile de savoir comment réagir.

Mais pourquoi ?

On sait toutes pourquoi, mais pourquoi maintenant ?

C'était le bon moment.

Elle aurait pu nous dire au revoir.

C'est parfois trop douloureux.

De toute façon, ce séminaire va s'arrêter.

Nassrin a compris la première votre message.

Celui qui nous dit que nous devrions toutes partir.

Moi ?

Je n'ai jamais dit ça.

Ce n'est pas la peine.

Quitter l'Iran,

c'était sous-entendu.

Yassi ! Ne fais pas dire à la professeure ce qu'elle n'a pas dit.

Si tu te sens prise au piège, dis-le.

J'ai l'impression d'être en cage. C'est bon ?

Pourquoi t'en prendre aux autres ? La professeure n'est pas responsable.

Cette révolution n'est pas celle que nous voulions.

Chacun doit décider pour lui-même.

Selon l'exemple que vous nous avez donné,

il est inutile de rester ici.

Il faut partir si nous voulons accomplir quelque chose.

Je suis toujours là,

je suis désolée si je vous ai donné l'impression que...

Ce n'est pas juste.

C'est vrai, nous le pensons toutes.

C'est vrai.

Vous avez arrêté d'enseigner.

Et fait ce séminaire.

Les filles !

Vraiment, vous exagérez !

Non, je suis contente que vous parliez.

La vérité,

c'est que j'y pense aussi.

Mais

ma vie est ici.

Le travail de Bijan est ici.

Ma mère vieillit.

Depuis des années, je fais d'horribles cauchemars.

Je sais que vous aussi.

J'aimerais juste me sentir bien.

Mais alors se sentir bien, c'est quoi ?

Ça signifierait qu'on doit se contenter de cette vie ?

Je me suis habituée à mes vertiges et mes nausées.

Mais si je ne ressentais rien, quel genre d'humain serais-je ?

Et si ces sensations persistent,

comment puis-je rester ici ?

- Qu'est-ce que tu fais ? - Où sont les noix ?

Qu'as-tu fait des noix ? Tu les as mangées ?

Où sont les noix ?

Ici. Elles sont là.

Bijan...

Dis quelque chose.

Dire quoi ?

Je ne sais pas, dis quelque chose.

Dis que tu veux partir.

Ça va s'arranger.

On ne vivra pas éternellement.

Le fait de continuer à vivre ici représente...

Représente quoi ?

Je ne veux rien représenter. Je veux juste vivre mieux.

- Tu ne vis pas ? - Bien sûr que non !

Tu ne vois pas ?

Je suis transparente. Je n'existe pas !

Mais de quoi tu parles ?

Bijan, ils m'ont tout pris.

Tout !

Attends !

Écoute-moi.

Regarde, c'est moi.

C'est toi.

On est réels.

La seule chose qui soit réelle.

J'ai construit cette maison pour notre famille.

Personne ne nous atteindra ici.

Oui, et c'est merveilleux.

Mais que se passe-t-il dehors ?

Tu veux élever ta fille, ta Negar, dans ce pays en ruines ?

Que pensera Dara des femmes ? Quel genre d'homme sera-t-il ?

Pas comme ça, c'est mon fils, je ne suis pas comme eux.

Bijan, c'est l'atmosphère ici !

Ces enfants ne connaissent rien d'autre.

C'est dur pour toi de quitter ta maison,

ta vie, ton travail, ta famille. Je le sais.

Mais nous sommes une famille

et je dois agir pour nous tous.

Les enfants sont à l'école. Repose-toi.

Appelle si tu veux quelque chose. Je t'aime, B.

Manna avait raison, non ?

Vous allez finir par toutes partir ?

Et toi ?

Moi ?

Jamais.

Je suis peut-être têtue.

Toutes ces années, j'ai vraiment aimé vos cours.

J'ai apprécié chaque instant.

Même si elles me prenaient pour une vieille fille.

- Elles ne pensaient pas... - Bien sûr que si.

Mais je m'en fichais.

J'étais voilée bien avant qu'ils nous y obligent.

J'étais une croyante. Une dévote.

J'en étais fière.

Maintenant, je ne sais plus.

Ne pleure pas.

"Retomber amoureux" Mohammad Khatami pour la présidence

La Coupe d'or

"Retomber amoureux".

Incroyable...

S'ils n'ont plus foi en l'avenir, ils ne survivront pas.

Ils survivront,

mais ils ne voudront pas rester.

Ce sont encore mes problèmes.

Je compte sur toi pour me tenir au courant.

Je ne le ferai pas, mon amie.

Appelle ça de l'autodéfense, de la lâcheté,

un manque de courage. Tout ce que tu veux.

Je ne veux pas rester en contact

avec quelqu'un qui a eu le courage de partir.

Mais c'est toi qui m'as encouragée.

Pourquoi couper les ponts ?

Parce que ce sont mes règles.

Loin des yeux, loin du cœur.

Oh, mon Dieu...

Quelles règles stupides. Une série de clichés.

Comme la plupart des règles.

Ne te fâche pas.

Tu me mettras dans le livre que tu écriras.

Qui a dit que j'écrirai sur moi ?

Je veux écrire sur Jane Austen.

Et tu crois que tu peux le faire

sans parler de nous ?

Jane Austen n'a rien à voir avec nous.

Personne ne peut écrire ton histoire à part toi.

Tu dois partir, vivre et écrire ta propre histoire.

Tu quitteras l'Iran,

mais l'Iran ne te quittera jamais.

Ce n'est rien Bijan, dors.

- Maman... - Bonjour, Negar, ma chérie.

Mes chers concitoyens.

Dans ce conflit,

l'Amérique s'oppose à un ennemi qui méprise

les Conventions de Genève, ou les règles de moralité.

Saddam Hussein a caché ses troupes et du matériel dans des zones civiles...

Succès garanti ! Nous t'aimons. Bijan, Negar, Dara

Lire Lolita à Téhéran Un mémoire littéraire

À la mémoire du producteur MICHAEL SHARFSHTEIN

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