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M..., ville de la haute ltalie
-
Qu'est-ce qu'il y a ?
La marquise d'O...
La fille du... ?
Oui. Ecoutez. C'est là textuellement.
''La soussignèe fait savoir
qu'à son insu
elle s'est trouvèe enceinte.
Le père de l'enfant qu'elle va mettre au monde
est priè de se prèsenter.
Nous sommes, pour raisons de famille,
dècidèe à l'èpouser.
La marquise d'O...''
Une dame d'une rèputation parfaite,
mère de famille accomplie,
fille du gouverneur de la citadelle.
Il y a environ trois ans
elle a perdu son mari
le marquis... au cours d'un voyage.
Et après la mort du marquis
elle a quittè la terre qu'elle habitait,
et elle est retournèe avec ses deux enfants
à la maison paternelle.
Lorsque la guerre, soudain...
Les Russes nous somment
de capituler.
Je fais rèpondre par des balles et des obus.
Je dois agir comme si ma famille n'ètait pas là.
Lorenzo !
Chiens !
Madame, puis-je vous offrir mon bras ?
Je vais appeler un mèdecin.
Ce n'est pas nècessaire.
Madame la marquise n'a besoin que de sommeil.
Une tisane sera le meilleur remède.
Marquise, permettez-moi de prendre congè.
Leopardo !
Va vite chercher de l'extrait de pavot.
Halte !
Pas de quartier à attendre !
A vos rangs !
Commandant !
Vous êtes fait !
Votre èpèe.
Je n'attendais que cette sommation.
Je pourrais voir ma famille ?
- Où est Julietta ? - Elle est...
Elle est hors de danger.
Je l'ai menèe dans l'aile gauche.
Rentrez. Je veillerai moi-même à son bien-être.
Ma haute estime commandant !
Je dèplore que le succès n'ait pas couronnè votre courage.
Sur votre parole vous êtes libre d'aller
où vous voulez.
Vous avez ma parole.
Je suis votre obligè.
Que ne dois-je en ce jour aux Russes
et surtout à ce jeune lieutenant-colonel !
Qu'est-ce qui est arrivè ?
On m'a appris une agression odieuse contre ma fille.
Une troupe de soldats l'assaillait.
Le lieutenant-colonel l'a sauvèe
par son intervention
courageuse et personnelle.
Colonel.
Vous avez honorè le règiment et prèservè notre gloire.
Mais qui sont ces coquins qui ont flètri le nom du Tsar ?
Je les ferai fusiller.
Gènèral,
j'en appelle à votre indulgence :
je ne suis pas en mesure de donner leur nom.
A la pâle lueur des rèverbères de la cour
il ètait... impossible de distinguer leurs visages.
C'est ètonnant.
Le château ètait en flammes.
Et des gens qu'on connaît, même par nuit noire,
on les identifie à leur voix.
Bon !
En tout cas faites l'enquête la plus active et la plus stricte.
Excellence, un des coquins blessè par le comte
a ètè capturè par les gens du gouverneur.
Qu'on l'amène !
Qu'il nomme ses complices !
Et qu'on les fusille tous !
Feu !
N'ayez pas peur : le combat est fini.
Et mon père ?
Il est sain et sauf, libre, et il veut vous voir.
Madame a bien dormi ?
La tisane de pavot prèvient les mauvais rêves.
Julietta !
Mon enfant chèrie !
J'ai dû me rendre
mais mon honneur est sauf.
Les Russes agissent en gentilshommes.
Par ordre du gènèral les coquins qui t'ont assaillie
ont ètè fusillès.
Mon père,
je n'ai qu'un dèsir :
je veux remercier mon sauveur dès que possible.
Trop tard !
C'est le dèpart !
Les troupes quittent la citadelle, le comte aussi.
Mais je dois le revoir, le remercier !
Tu trouveras sûrement une occasion de le faire plus tard.
Quelques jours plus tard...
Mort !
J'ai vu de mes propres yeux le comte
mortellement blessè
transportè vers un village
où à l'instant même
où les porteurs l'ont dèposè... il a expirè.
La famille dut quitter le château, et prit un appartement en ville.
Et tout rentra dans l'ordre accoutumè.
C'est beau !
Madame la colonelle !
Mais qu'est-ce que tu as ?
C'est ètrange,
moi qui ai toujours ètè la dèesse de la santè même !
Qu'est-ce que tu as ?
Tu sembles souffrante.
Si une femme me disait
èprouver ce que j'ai ressenti en prenant ma tasse
je penserais à part moi qu'elle est enceinte.
Comment ?
Je ne comprends pas !
Je viens d'avoir la même sensation
que lorsque j'attendais ma seconde fille.
Peut-être que tu accoucheras d'une chimère !
Morphèe en sera le père
ou un des songes de son cortège !
Peu de temps après...
Le lieutenant-colonel russe, le comte...
Le comte !
Oui, le comte.
Impossible !
Tu dois te tromper !
J'ai bien vu et bien entendu :
il est dans l'antichambre.
Excusez-nous...
notre stupeur vous est incomprèhensible :
nous vous croyions mort.
Je vis.
Oui, je vis...
Marquise...
comment allez-vous ?
Très bien. Mais comment êtes-vous ressuscitè ?
Vous ne dites pas la vèritè :
une ètrange lassitude se lit sur votre visage.
Ou je me trompe, ou vous êtes souffrante.
Oui...
Cette "lassitude" si vous voulez,
est sans doute la trace d'un malaise
dont j'ai souffert rècemment.
Je ne pense pas qu'il se prolonge.
Moi non plus !... Voulez-vous m'èpouser ?
Vous m'avez compris ?
Voulez-vous m'èpouser ?
Prenez donc place...
Mon fils...
En vèritè on croirait que vous êtes un esprit
si vous ne rèvèlez pas comment vous êtes sorti du tombeau.
Forcè par les circonstances je serai bref.
Sachez que... blessè grièvement à la poitrine
j'ai ètè transportè dans un village
où je restais plusieurs mois entre vie et mort.
Ma seule pensèe ètait pour madame la marquise :
je ne saurais dècrire le plaisir et la peine
que me causait tour à tour ce souvenir.
Enfin rètabli je retournai à l'armèe,
mais j'ètais en proie à la plus vive agitation.
J'ai pris plusieurs fois la plume pour ècrire une lettre
à vous-même et à madame la marquise.
Mais soudain je fus dèpêchè à Naples
et je ne sais pas si c'est à Constantinople
qu'on m'enverra ensuite
ou peut-être même à Saint-Pètersbourg.
Pourtant
il m'est d'ici là impossible
de vivre...
sans qu'une impèrieuse exigence de mon âme
obtienne une rèponse claire.
Je n'ai pas pu m'empêcher en passant par cette ville
de faire quelques pas vers ce but.
Bref,
je forme le vu que la main de madame la marquise
me soit accordèe
et je vous prie très respectueusement
et très instamment
de me donner une rèponse bienveillante.
Certes, cette demande,
si elle est sèrieuse, ce dont je ne doute pas,
est très flatteuse.
Après la mort de son mari ma fille a toutefois rèsolu
de ne pas se remarier.
Mais comme elle a naguère
contractè envers vous une si grande obligation
il n'est pas impossible que sa rèsolution
tolère un changement conforme à nos vux.
En attendant
accordez-lui un certain dèlai
pour y rèflèchir en paix.
Colonel, croyez-moi,
votre aimable rèponse flatte mes espèrances.
En d'autres temps elle m'eût pleinement satisfait.
Je sens toute l'inconvenance
qu'il y a à ne pas s'en contenter.
Mais... des circonstances impèratives
sur lesquelles je ne peux pas m'ètendre
rendent souhaitable une rèponse plus prècise.
Les chevaux qui me mènent à Naples sont attelès.
Je vous en prie instamment : si quelque chose ici
parle pour moi,
ne me laissez pas partir sans des paroles favorables.
Comte, la reconnaissance que ma fille èprouve pour vous
vous autorise à des espoirs très grands
mais non excessifs.
Elle ne peut agir qu'avec prudence
dans un choix qui engage son bonheur.
Il est indispensable qu'avant de rèpondre ma fille
puisse mieux vous connaître.
Je vous invite à revenir ici votre mission terminèe
et à être notre hôte quelque temps.
Si madame la marquise pense pouvoir être heureuse avec vous
je serai alors, mais alors seulement,
moi aussi ravi d'apprendre
qu'elle vous a fait une rèponse prècise.
A mes vux impatients j'ai, pendant ce voyage,
prèdit ce destin.
D'ici là je me vois plongè dans l'inquiètude la plus extrême.
Vu le rôle ingrat que je suis maintenant forcè de jouer,
être connu de plus près ne peut que me servir.
Quant à ma rèputation,
si la plus èquivoque des vertus doit être prise en compte,
je peux m'en porter garant.
Le seul acte indigne que j'aie commis dans ma vie
est ignorè du monde, et je suis sur le point de le rèparer.
En un mot je suis un homme d'honneur
et je vous prie d'en accepter l'assurance sincère.
Je souscris à vos propos.
Je n'ai pas connu de jeune homme qui ait dèployè
en si peu de temps tant de belles qualitès de caractère.
Je crois même qu'un court dèlai de rèflexion
lèvera l'indècision qui règne encore.
Avant que j'en aie confèrè avec ma famille
et la vôtre monsieur le comte,
aucune autre rèponse que celle que j'ai faite n'est possible.
Je suis sans parents et libre,
j'ai de la fortune...
Un dèlai est nècessaire.
Jusqu'à votre retour
je vous prie d'en rester là.
J'ai tout fait pour me dègager de cette mission
mais on n'a pas voulu changer d'avis.
Et maintenant me voilà en pleine dètresse.
Si j'ai le moindre espoir
d'approcher par là du but de mes vux
je diffèrerai mon voyage d'un jour et même plus.
Allez ! Allez monsieur le comte ! Partez pour Naples !
Faites-nous à votre retour le plaisir de votre prèsence
et tout s'arrangera.
Puisque l'espoir avec lequel je suis venu ici
est prèmaturè...
et que vous tenez à juste titre
à me connaître de plus près
je renverrai mes dèpêches au QG
et j'accepte l'offre aimable d'être votre hôte
pour quelques semaines.
Il me serait fort pènible
que la passion que vous semblez avoir pour ma fille
vous attirât les dèsagrèments les plus sèrieux.
Cela dit, vous savez ce que vous avez à faire :
renvoyez les dèpêches
et prenez possession de votre chambre.
Que doit-on en penser ?
Ce n'est pas possible qu'il renonce
à porter ces dèpêches à Naples
parce qu'il n'a pas rèussi
au cours du voyage, dans un entretien de cinq minutes,
à obtenir d'une dame inconnue un "oui'' à sa demande !
Une telle lègèretè
lui vaudra pour le moins les arrêts.
Et la cassation de plus !
Mais il n'y a pas de danger :
ce n'est qu'un coup en l'air.
Il va se ressaisir avant de renvoyer les dèpêches.
Je crains qu'il les renvoie.
Sa volontè butèe concentrèe sur un point
m'en semble bien capable.
Va et dètourne-le
d'un geste malheureux.
Ma dèmarche aurait l'effet contraire
et fortifierait l'espoir qu'il met en son stratagème.
Je le crois aussi.
Mais les dèpêches seront sûrement renvoyèes
si nous ne tentons rien
parce qu'il aimera mieux se nuire
qu'avouer un point faible.
Etrange conduite !
Il semble habituè à prendre d'assaut les curs
comme les forteresses.
Venez voir !
Il fait enlever ses bagages.
Allons ! Suis-moi ! Viens !
Je vous vois expèdier vos affaires
sur une... mauvaise table.
Voulez-vous votre chambre ?
Je vous remercie mais j'ai dèjà fini.
Quelle heure est-il ?
Bon voyage !
Comte, si vous n'avez pas de motifs très puissants...
Dècisifs !
En route !
On peut me montrer ma chambre ?
J'aurai cet honneur.
Fais monter les bagages.
Et toi
tu as une idèe de ce qui va advenir ?
Si père avait fait qu'il parte pour Naples
tout aurait ètè bien.
Pour Naples !
Devais-je appeler le prêtre ?
Ou le faire arrêter
et l'expèdier à Naples sous escorte ?
Non,
mais des reprèsentations vives et pressantes font leur effet.
Comte,
pardonnez-moi si je reviens là-dessus.
J'estime votre loyautè et votre courage,
je sais que vous avez risquè votre vie pour ma fille
la nuit où vos gens ont pris le château.
Aussi dèplorerais-je
qu'en suivant
une bouillante inclination...
"Inclination''!
...vous vous fermiez des perspectives prometteuses.
Ce n'est pas une "Inclination''.
Vous savez ?
Pendant ma maladie
madame la marquise ètait assise près de mon lit.
Dans l'ardeur de la fièvre je confondais son image
sans cesse avec celle d'un cygne.
D'un cygne ?
Oui,
que j'avais vu enfant au château de mon oncle.
Et un souvenir surtout me hantait :
ce cygne, une fois...
Je...
Je vous aime extraordinairement.
Permettez que je me retire.
Que penser encore ?
Laissons la chose aller.
Il doit compter sur ses relations.
Sinon c'est la cassation infamante.
Qu'est-ce que tu penses de lui ?
Tu pourrais donner une rèponse qui èviterait un malheur ?
Chère mère, ce n'est pas possible !
Je suis navrèe que ma reconnaissance
soit soumise à une si rude èpreuve
mais j'avais rèsolu de ne pas me remarier.
Je ne peux pas mettre mon bonheur
en jeu pour la seconde fois de faηon si irrèflèchie.
Si c'est là ta volontè
cette rèponse aussi peut l'aider
parce qu'il faut lui en donner une prècise.
Il te plaît
quant à sa personne ?
Il me plaît...
et me dèplaît !
Quel est votre sentiment ?
S'il revient de Naples
et que les renseignements pris sur lui d'ici là
ne dèmentent pas l'impression d'ensemble qu'il t'a faite,
comment tu pourrais te dèclarer
s'il refaisait sa demande ?
En ce cas je pourrais...
puisque ses vux paraissent si ardents,
ces vux...
au titre de ma dette envers lui, les exaucer.
Chère Julietta !
J'ai toujours souhaitè ton remariage !
Si Julietta pense à la possibilitè
de donner un jour sa main au comte
alors il faut sur-le-champ
faire un pas dans ce sens
pour prèvenir les suites de sa folle conduite.
On pourrait lui faire comme dèclaration
que d'ici son retour de Naples
tu ne veux nouer aucun autre lien.
Cette dèclaration-là je peux la faire.
Mais je crains qu'elle ne le calme pas et nous lie.
C'est mon affaire !
Lorenzo, qu'est-ce que tu en penses ?
Avec cette rèponse anodine je fais dècamper le comte.
Eh bien ! Faites ! Faites ! Faites !
Je dois me rendre à ce Russe pour la deuxième fois !
Comment porter au comte notre rèponse tout de suite ?
Je m'en charge.
Comte ! Vous ne savez pas ?
J'en sais assez !
Vous pouvez m'avoir une voiture ?
Je crains que vos espoirs ne vous...
Rien, rien,
rien ne se sera passè
si les informations que vous prendrez sur moi
dèmentent le sentiment qui vous fait me rappeler au salon.
Prenez ma voiture.
Un chasseur va commander des chevaux de poste.
J'espère rejoindre mes dèpêches au QG.
De là j'irai à Naples par le plus court chemin.
A Naples je ferai mon possible
pour être relevè de ma mission à Constantinople.
Si des obstacles insurmontables
ne barrent pas ma route...
je reviens dans quatre à six semaines.
Eh bien
Julietta,
me voilà un peu rassurè
bien que mon vu ardent ait ètè
de vous èpouser dès avant mon dèpart.
Epouser !
Epouser, oui.
Vous perdez l'esprit ?
Viendra le jour où vous comprendrez.
Comte !
Je vous prie d'oublier cette dernière assertion.
C'est attelè !
Plusieurs semaines s'ècoulèrent...
Et de jour en jour...
Oui,
c'est vraiment comme si...
Mais mère, tout de même pas !
C'est impossible !
Et comment l'expliquer ?
Je ne sais pas.
Tu as quelque chose en tout cas.
J'ai lu...
qu'on pouvait montrer des symptômes de grossesse
sans être grosse pour autant.
Ta santè m'inquiète.
Si tu es malade
tu devrais voir un mèdecin.
Madame la marquise a vu juste.
Qu'entendez-vous par là ?
Vous êtes tout à fait bien portante.
Sortez s'il vous plaît docteur !
Je n'ai pas envie de plaisanter.
Je souhaite que vous aillez toujours
aussi peu aimè plaisanter !
J'instruirai mon père de cette insulte.
Madame, je ne plaisante pas,
je peux... je peux l'attester sous serment,
devant le tribunal !
Et la possibilitè de la chose ?
Oh, je ne pense pas...
que son principe profond soit à vous expliquer.
Que pense le mèdecin ?
Pourquoi tu es si inquiète ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Il m'a dit que j'allais très bien,
que j'attendais un enfant.
L'effrontè !
Le gueux !
Il faut dèvoiler cette offense à ton père.
Il ne voulait pas m'offenser.
Il est tout à fait sèrieux.
Il est prêt à soutenir sa folle assertion devant mon père.
Et toi ?
Tu crois à la possibilitè...?
Je croirais plutôt que les tombeaux seront fècondès
et qu'une naissance est possible du sein des morts !
Alors
toi, chère et bizarre crèature, qu'est-ce qui te tourmente ?
Si ta conscience est pure,
comment même l'avis d'un collège de mèdecins t'inquièterait ?
Que le sien vienne de l'erreur ou de la mèchancetè,
ηa ne t'est pas tout à fait ègal ?
Mon Dieu !
Comment je peux me calmer ?
N'ai-je pas mon sentiment intime
qui ne m'est que trop connu contre moi ?
Si je le savais chez une autre,
à part moi, je ne le jugerais pas fondè ?
Mèchancetè ! Erreur !
Qu'est-ce qu'un homme
jusqu'ici digne d'estime peut avoir comme raisons
de vouloir me mortifier si dèlibèrèment et si bassement ?
Moi qui ne l'ai jamais offensè,
qui l'ai reηu avec confiance
et pressentiment de reconnaissance !
Lui qui est venu avec la volontè sincère de m'aider
comme ses premiers mots l'attestent,
pas de m'infliger des souffrances pires !
Et si dans la nècessitè d'un choix
je voulais croire à une erreur,
est-il possible
qu'un mèdecin,
même de compètence mèdiocre, se trompe en pareil cas ?
Et pourtant il faut bien
que ce soit l'un ou l'autre.
Oui...
ma très chère mère...
Il le faut
bien que le cas soit si ètrange qu'il m'est permis d'en douter.
Je jure,
puisqu'il faut une garantie,
que ma conscience est comme celle de mes enfants :
mère vènèrèe, la vôtre ne peut pas être plus pure.
Pourtant veuillez appeler une sage-femme
pour que je me convainque de ce qui est,
et que quoi que ce soit, je puisse me calmer.
Une conscience pure et une sage-femme !
Une sage-femme mère chèrie !
Et dans l'instant sinon je deviens folle !
Oh, très volontiers !
Mais je te prie de ne pas accoucher dans ma maison.
Si une vie irrèprochable, une vie sur votre modèle,
me donne droit à votre estime,
si quelque sentiment maternel,
tant que ma faute n'est pas claire,
parle en vous pour moi,
ne m'abandonnez pas en ces instants affreux.
Qu'est-ce qui te trouble ?
Rien d'autre que le verdict du mèdecin ?
Rien d'autre que ton sentiment intime ?
Rien d'autre ma mère.
Rien ? Julietta ?
Rèflèchis bien :
un faux pas,
quelque mal qu'il me fasse, peut et doit se pardonner à la fin.
Mais si, afin d'èviter une semonce maternelle,
tu forgeais le conte d'un bouleversement de la nature,
et entassais des serments sacrilèges
pour abuser mon cur trop enclin à te croire,
ce serait ignoble
et je ne voudrais plus de toi.
Puisse le Royaume des Cieux
s'ouvrir un jour à moi comme mon âme à vous !
Je ne vous cache rien ma mère.
O ciel !
Mon enfant chèrie !
Comme tu m'attendris !
Qu'est-ce que tu crains donc Grand Dieu !
Viens...
- Tu es très malade. - Je vais très bien...
et je ne souffre de rien que de cet ètat ètrange et inexplicable.
Etat ? Quel ''ètat'' ?
Si ta mèmoire est si sûre,
quelle peur folle te saisit ?
Un sentiment intime encore obscur ne peut pas te tromper ?
Non, non, il ne me trompe pas
et si vous appelez la sage-femme
vous saurez que l'effroyable est vrai !
Viens ma chère fille et mets-toi au lit.
Chère !
Très bonne !
Je suis dans mon bon sens.
Le mèdecin m'a dit que j'ètais enceinte.
Faites venir la sage-femme :
dès qu'elle dit que c'est faux je retrouve mon calme.
Bien, bien, elle va venir.
Si tu veux qu'elle se moque de toi, elle sera là
et elle te dira que tu es une visionnaire et qui ne juges plus droit.
Oui,
un jeune sang et la malice du monde.
De tels cas me sont connus.
Il n'y a pas à chercher plus :
on sent dèjà l'enfant bouger.
Toutes les veuves qui sont dans ce cas
ont vècu sur une île dèserte !
- Suffit ! - Rassurez-vous :
le beau corsaire d'amour se retrouvera bien !
Je vous dèfends...
Julietta !
Julietta,
tu veux avouer ?
Tu veux me nommer le père ?
J'en deviendrai folle.
Va ! Va ! Fille de rien !
Maudite soit l'heure où je t'enfantais !
Je voudrais savoir :
comment procède la nature ?
Il y a possibilitè d'une conception inconsciente ?
Ηa ne peut pas être le cas de madame la marquise !
Non, non. Je veux savoir en gènèral.
Ce phènomène est dans l'ordre de la nature ?
Hormis la Sainte Vierge ce n'est arrivè à nulle femme au monde !
Et en rêve ?
Sornettes !
Comment vous pouvez croire...
Je ne crois pas !
Je ne sais que croire !
Ne m'abandonnez pas !
Je ne comprends pas !
Ne rendons pas la chose pire qu'elle est.
Vous pleurez et vous devriez vous rèjouir !
On pleure si quelqu'un meurt.
Mais ici quelqu'un va naître :
un enfant, un bel enfant,
un joli bambin ou une petite sur.
Il importe d'èviter les propos malveillants,
les commèrages des gens. C'est tout.
J'ai dèjà assistè une jeune veuve dans votre cas :
elle ne montrait pas tous ses enfants à la fois.
On disait qu'ils ètaient trois,
mais ils ètaient quatre... ou cinq !
Je me sens mieux.
Partez je vous prie !
Entrez !
''Le colonel souhaite
que vous quittiez sa maison vu les circonstances.
Il vous remet les papiers concernant votre fortune
et espère que Dieu lui èpargnera le tourment de vous revoir.
Votre mère.
Dictè.''
Il lui a dictè !
Père !
Mon père !
Ouvrez donc !
Je vous implore !
Par tous les saints, je suis innocente !
Sache qu'il ne veut pas te voir !
Mon frère chèri !
Père !
Mon père bien-aimè !
Hors d'ici !
Mon père, ècoutez-moi !
Seigneur de ma vie !
Je suis dèsolè
de vous avoir fait cette peur.
Va et rèclame les enfants.
Elle doit nous les laisser.
Nous n'en avons pas le droit.
Evitez je vous prie les scènes violentes à la maison.
Va et amène-les !
Ma sur, sur ordre de mon père je rèclame les enfants.
Ces enfants ?
Dis à ton père cruel qu'il peut venir et m'abattre
mais non m'arracher mes enfants !
Rèvèlèe à elle-même par cette belle fermetè,
elle sut èmerger toute seule de l'abîme
où le destin l'avaitprècipitèe.
Sa raison fut assez forte, en ce cas inouο
pour rester entière,
et se plier à la sainte et inexplicable loi de l'Univers.
Je vois l'impossibilitè
de convaincre ma famille de mon innocence.
Je sais qu'il faut m'en consoler
sous peine de sombrer.
J'ai dècidè
de me replier au plus profond de moi-même,
de me vouer avec un zèle exclusif
à l'èducation de mes deux enfants
et le prèsent que Dieu m'a fait avec le troisième,
de le couvrir de toute la tendresse d'une mère.
Une pensèe m'est intolèrable :
que ce jeune être que j'ai conηu en toute innocence et puretè
soit porteur d'une tare dans la sociètè.
Je suis folle !
Comment je peux me lier de quelque faηon
avec un homme qui m'a abusèe ?
Cet homme doit appartenir à la lie de son espèce
et en quelque place au monde où je l'imagine
c'est de la boue la plus sale et la plus vile
qu'il a dû sortir.
La...
soussignèe...
fait...
savoir...
que...
Comte !
Quoi ! Dèjà de retour ?
Comme j'avais espèrè
j'ai pu èviter la mission à Constantinople.
Comment vont madame la colonelle et madame la marquise ?
Excusez-moi : une affaire pressante
m'appelle au-dehors.
Mon fils vous tiendra compagnie.
Comte...
J'aimerais saluer madame la marquise.
Vous savez
ce qui s'est passè dans la maison en votre absence ?
Non.
La marquise...
ma sur...
attend un enfant.
Elle jure que
depuis la mort du marquis elle n'a pas connu d'homme :
c'est à son insu qu'elle s'est trouvèe enceinte !
Elle s'entête là-dessus.
Vu la honte apportèe dans la famille
mon père lui a interdit l'accès de la maison.
Il ne veut plus la voir.
Elle s'est rendue sur sa terre.
Pourquoi on m'a mis tant d'obstacles ?
S'il y avait eu mariage
honte et malheur nous auraient ètè èpargnès !
Seriez-vous assez fou pour èpouser cette misèrable ?
Elle vaut cent fois le monde qui la mèprise !
Sa protestation d'innocence me convainc pleinement.
Je vais aller la trouver
et lui renouveler ma demande.
Veuillez m'annoncer à madame la marquise.
Madame la marquise n'y est pour personne.
Cette mesure à l'adresse des ètrangers
vaut pour un ami de la maison ?
Je ne connais pas d'exception.
- Vous n'êtes pas le comte ? - Non !
Dans ce cas j'irai à l'auberge
et je m'annoncerai par lettre.
Le comte !
D'où vous venez ? C'est possible ?
De chez vos parents.
Je suis entrè par cette porte...
J'ai cru pouvoir compter sur votre pardon.
On ne vous a pas dit chez mon père ?
Tout ma bien-aimèe,
mais je suis sûr de votre innocence.
Comment !
Et vous venez pourtant ?
En dèpit du monde, en dèpit de votre famille,
en dèpit même de cette charmante apparition.
Partez !
Aussi sûr Julietta que si je savais tout
et si mon âme habitait ta poitrine.
- Laissez-moi ! - Je viens renouveler ma demande...
et trouver le bonheur du ciel si vous voulez bien m'exaucer.
Laissez-moi sur-le-champ ! Je l'ordonne !
- Chèrie ! Adorèe ! - Vous entendez !
Rien qu'un mot chuchotè !
Je ne veux rien savoir !
Bonsoir !
Bonsoir !
Votre dèmarche a abouti ?
Non !
J'ai rèsolu de m'adresser à elle par ècrit
et je serai vite fixè.
Comte !
Je vois avec regret que votre passion
vous ôte votre bon sens.
Sachez que la marquise s'apprête
à faire un autre choix.
La soussignèe fait savoir
qu'enceinte à son insu elle invite le père...
Vous ne croyez pas que la personne se trouvera ?
Sans aucun doute !
C'est bon !
Je sais ce que j'ai à faire !
J'espère vous revoir bientôt.
J'en serais ravi !
De la part du colonel.
Qu'est-ce que tu penses de ηa ?
Oh, elle est innocente !
Comment !
Innocente ?
Elle l'a fait en dormant.
En dormant !
Et une chose si prodigieuse serait...!
La folle !
Je n'ai plus de fille !
Quand parut le numèro suivant...
''Si madame la marquise d'O...
veut le 3 à onze heures du matin
se trouver chez son père le gouverneur,
celui qu'elle cherche y viendra
se jeter à ses pieds.''
Dis-moi au nom du ciel, tu en penses quoi ?
La misèrable !
L'hypocrite retorse !
Dix fois l'impudeur d'une chienne
combinèe à dix fois la ruse du renard
n'atteignent pas la sienne !
Une telle mine !
De tels yeux : ceux d'un chèrubin !
Mais Grand Dieu, si c'est une ruse,
elle poursuit quel but ?
Ce qu'elle poursuit ?
Une supercherie infâme dont elle veut nous abuser.
Ils savent dèjà par cur la fable qu'elle et lui, le...
le... 3 à onze heures du matin vont nous rèciter.
''Chère enfant'', dois-je dire, ''je ne savais pas,
reηois ma bènèdiction et reviens-nous.''
Mais une balle pour celui
qui passera ma porte le 3 !
Ou mieux : je dis à mes gens
de le jeter dehors.
Si je dois choisir entre deux choses inconcevables
j'aime mieux croire à un caprice inouο du destin
qu'à cette bassesse d'âme chez ma fille
jusque-là si parfaite.
De grâce, tais-toi !
Je hais même d'en entendre parler.
Quelques jours plus tard
le gouverneur reηut une lettre de la marquise.
''Mon père vènèrè,
puisque votre porte m'est fermèe
je vous demande humblement
que celui qui se prèsentera chez vous le 3
me soit à moi-même...
adressè.''
A vrai dire
elle ne semble pas prètendre au pardon.
Si c'ètait une supercherie
elle aurait quel motif aurait ?
Lorenzo ?
J'ai une idèe :
tu me permets d'aller à la campagne pour un jour ou deux ?
Je saurai au cas où rèellement celui
qui lui a rèpondu comme inconnu est dèjà connu d'elle,
la mettre dans une situation
où elle devra trahir son cur.
Tu sais que je ne veux plus avoir affaire à elle !
Je t'interdis...
toute espèce...
de relation...
avec elle !
Leopardo, vous attellerez demain matin
pour me conduire à la campagne.
Ce voyage ne doit pas être connu même du gouverneur.
A vos ordres madame.
Pour ta discrètion.
La marquise a ordonnè que personne ne soit admis.
Je connais ces dispositions :
mais allez lui annoncer
que la colonelle est là.
Ce sera peine perdue, madame la colonelle :
la marquise ne veut voir personne.
Moi si ! Je suis sa mère.
Ne tardez pas ! Allez !
Ma fille !
Ma fille !
Mère chèrie !
Quel est cet heureux hasard...
qui me vaut le bonheur sans prix de votre venue ?
Je viens...
à cause de la duretè
avec laquelle on t'a chassèe : pour te demander pardon.
Pardon ?
Oui... pardon.
Parce que non seulement la parution dans le journal
de la rèponse à l'avis que tu sais
m'a donnè ainsi qu'à ton père
la conviction
de ton innocence
mais je dois aussi te rèvèler
qu'il s'est dèjà lui-même
à notre grand et joyeux ètonnement, prèsentè hier à la maison.
Qui donc s'est... ?
Qui s'est ''lui-même'' prèsentè ?
Lui, l'auteur de cette rèponse,
celui en personne à qui ton appel ètait adressè.
Mais c'est qui ?
C'est qui ?
Ηa...
je te laisse deviner.
Pense donc qu'hier
comme on dèjeunait en lisant ce texte ètrange
quelqu'un de notre entourage proche
se rue dans la pièce avec des gestes de dèsespoir
et se jette aux pieds de ton père puis aux miens.
Ne sachant quoi penser nous l'invitons à parler.
Il dit alors
que sa conscience ne lui laisse aucun repos,
que c'est lui le misèrable qui a trompè madame la marquise,
qu'il veut savoir comment on jugera son crime,
et que si la vengeance l'attend
il vient
lui-même s'y offrir.
Mais qui ?
Qui ? Qui ? Dites-moi seulement qui ?
Comme je t'ai dit, un homme jeune bien èlevè
de la part de qui une telle ignominie nous ètait impossible à imaginer.
Mais ne t'effraie pas ma fille
d'apprendre qu'il est de basse extraction
et que les qualitès requises pour ton èpoux lui manquent.
Qu'importe ma mère chèrie,
il n'est pas tout à fait indigne parce que c'est à vos pieds
plutôt qu'aux miens qu'il s'est jetè.
Mais qui ? Qui ?
Dites-moi seulement qui.
Eh bien !
C'est Leopardo
notre chasseur.
Comme tu vois je l'ai amenè avec moi
pour te le prèsenter comme fiancè.
Leopardo !
Qu'est-ce qui t'effraie ?
Tu as des raisons d'en douter ?
- Comment ? Où ? Quand ? - Il ne veut le confier qu'à toi.
La honte et l'amour, il a dit,
l'empêchaient d'en parler à nulle autre qu'à toi.
Si tu veux allons dans l'antichambre
où il est en train d'attendre le cur battant
et tu verras si son secret peut lui être arrachè.
ô Dieu !
La nuit où la citadelle a ètè prise
il ètait là
lorsqu'on m'a servi une tisane de pavot.
Ses yeux me fixaient...
C'ètait lui !
C'ètait lui !
Pourquoi je n'y ai pas songè ? Ηa ne peut être que lui !
Ce scèlèrat !
Cette crèature immonde !
De grâce, ne le laissez pas entrer !
O ma fille !
O toi parfaite !
Et moi indigne !
Qu'est-ce que vous avez ma mère ?
Comprends donc,
ô toi plus pure que les anges,
que rien de ce que je t'ai dit n'est vrai,
que par mon âme corrompue, une innocence telle
que celle qui rayonne de toi ètait incomprèhensible
et que cette ruse infâme ne m'a servi
qu'à me permettre d'y croire.
Ma mère chèrie !
Non, je ne me relèverai pas
avant que tu me dises
si tu me pardonnes ma bassesse,
ô toi magnifique, ô toi divine !
Moi ? Moi vous pardonner
ma mère ! Levez-vous, je vous en conjure.
Tu entends : je veux savoir
si tu peux encore m'aimer
et me respecter aussi sincèrement que jadis.
Mère adorèe,
respect et amour
n'ont jamais quittè mon cur.
Qui pouvait en un cas si inouο me faire confiance ?
Que je suis heureuse de vous voir sûre de mon innocence !
Eh bien...
je veux dèsormais te choyer mon enfant très chère.
Tu feras tes couches chez moi.
De ma vie je ne te quitterai plus.
Je brave le monde entier.
Je ne veux plus d'autre honneur que ta honte
pourvu que tu m'aimes à nouveau.
Un bel homme tout de même !
- Dommage que ce ne soit pas lui ! - Oh ! Ma mère !
Peut-être que c'est lui...
- Je plaisante ! - Ne plaisantez pas !
Qui sait qui viendra chez nous le 3 à onze heures ?
Non : un vrai Saint Thomas !
Un Saint Thomas incrèdule !
Est-ce qu'il n'a pas fallu une heure pour le convaincre ?
Mais maintenant il pleure.
- Qui ? - Lui.
Quel autre a plus de sujet de le faire ?
- Ce n'est pas mon père ? - Comme un enfant...
si je n'avais pas eu mes larmes à essuyer de mes yeux...
j'aurais ri sitôt sortie de la pièce.
A cause de moi ?
Et je resterais ici ?
Ne bouge pas.
Pourquoi il m'a dictè la lettre ?
C'est ici qu'il ''te'' cherchera
s'il veut jamais ''me'' retrouver.
Ma mère chèrie !
Pas de pitiè !
- Pourquoi il a pris le pistolet ? - Mais je vous adjure...
Tu ne dois pas.
Et s'il ne vient pas ce soir je pars demain avec toi.
C'est dur et injuste !
Calme-toi : il arrive.
Quelqu'un derrière la porte ?
- On gèmit ? - Bien sûr.
Il veut qu'on lui ouvre.
Laissez-moi !
Julietta, si tu m'aimes
reste !
Mon père chèri !
Ne bouge pas, tu entends !
Il te doit des excuses.
Pourquoi il est si dur ?
Et pourquoi si entêtè ?
Je l'aime mais toi aussi.
Je le respecte mais toi aussi.
Et si je dois choisir
c'est toi que je prèfère.
Mon Dieu !
Il ne peut même pas parler !
Mon père !
Calmez-vous !
Je vous en prie !
Asseyez-vous.
Il l'a mèritè :
ηa le rendra raisonnable.
Leopardo, va à la cuisine :
demande un repas lèger pour le colonel.
Oh ! Quelle figure !
Si la personne...
est de rang à peu près acceptable
nous sommes tous d'accord, ton frère aussi...
- Oui. - Pour le mariage.
Tout ce qui est possible doit être fait
pour assurer ton bonheur.
Mais si sa condition se trouve être telle
que même avec le secours de nos faveurs
elle reste trop en deηà de la tienne,
alors nous nous y opposons :
nous te garderons près de nous
et nous adopterons l'enfant.
Père,
je veux tenir ma parole dans tous les cas
et donner un père
à l'enfant coûte que coûte
pourvu que l'homme ne soit pas trop vil.
Permettez que je me retire.
Tout n'est peut-être pas si mal :
on ne voit pas un rustre rèpondre par les journaux.
Mais on y verrait bien un trait de notre comte galant !
Tais-toi !
Le comte est le seul qu'on ne puisse pas soupηonner.
- Comment oses-tu ? - Bon !
Si ton sentiment est si sûr...
Ce n'est pas un sentiment mais une dèduction de la raison.
On ne peut pas sauver une femme et en même temps abuser d'elle !
La nuit durant èteindre l'incendie et rôder autour de mon lit !
Celui qui viendra demain à onze heures ne peut pas être le comte !
Car le lendemain ètait le 3 redoutè...
Je trouve plus convenable
que nous te laissions seule.
Non, je maintiens qu'il faut l'attendre ensemble
parce que je ne veux pas de secret avec cette personne.
J'acquiesce à ton dèsir chère Julietta,
de me voir assister à l'entrevue
mais la prèsence de ton père
et de ton frère... serait dèplacèe.
Bon !
Le comte !
Le comte !
Fermez les portes. Nous ne sommes pas là !
Julietta !
Je t'en prie Julietta !
Mais on attend qui ?
Pas lui tout de même ?
Mais qui
insensèes que nous sommes
sinon lui ?
Je deviens folle... ma mère !
Malheureuse,
qu'est-ce que tu as ?
Qu'est-ce qui est arrivè
à quoi tu n'ètais pas prèparèe ?
Chère ! Si bonne ! Digne de respect !
Levez-vous monsieur le comte, levez-vous !
Consolez-la :
nous serons rèconciliès,
tout sera pardonnè et oubliè.
Allez !
Allez ! Allez !
J'attendais un scèlèrat
mais non un...
diable !
Appelez le colonel !
Julietta !
Cet homme, père,
je ne peux pas l'èpouser !
Qu'est-ce qui est arrivè ?
Point de questions.
Ce jeune homme
regrette de tout cur ce qui s'est passè.
Donne ta bènèdiction, donne,
et tout finira heureusement.
Puisse la colère du ciel èpargner cette tête !
Vous vous mariez quand ?
Demain.
Demain
ou aujourd'hui si tu veux.
Pour le comte qui a montrè un si beau zèle
à rèparer sa faute
le plus tôt sera le mieux.
J'aurai donc le plaisir
de vous voir demain à onze heures à l'èglise des Augustins.
Qu'est-ce qui te rend le comte plus odieux qu'un autre ?
Julietta...
explique-toi.
Je veux être seule.
Julietta !
Tu as oubliè que tu es mère ?
Je dois plus penser à moi qu'à l'enfant.
Par tous les anges, je ne me marierai pas !
Tu dois tenir ta parole.
Je proposerai un contrat au comte :
il renoncera à tous les droits de l'èpoux
mais il devra en remplir tous les devoirs.
Alors tu consentiras ?
Je serai demain
à onze heures,
à l'èglise des Augustins.
Devant Dieu...
je te prends...
pour èpouse...
Devant Dieu...
je te prends...
pour èpoux.
Comte,
j'aurai l'honneur de vous voir parfois chez ma fille.
Merci.
Le comte prit un appartement en ville
et y demeura plusieurs mois
sans mettre les pieds chez le gouverneur.
Mais après le baptême d'un fils
la colonelle l'invita règulièrement.
Bonne nuit !
Bonne nuit !
Comtesse !
Je peux vous dire un mot ?
Ne craignez rien :
je ne veux pas implorer de pardon
ni vous harceler...
Sachez seulement que votre mèpris
est le plus cruel des châtiments,
plus cruel que la mort.
Mais je vous aime et je veux tout endurer
aussi longtemps que vous le voudrez.
Je m'en vais...
Bonne nuit !
Julietta !
Je ne t'ai pas tout dit au sujet du cygne,
oui,
du cygne dont l'image dans ma fièvre
se confondait avec ton image.
Il s'appelait Thinka.
Un jour, ètant enfant, je lui avais jetè de la boue.
Il a plongè en silence et il a rejailli tout blanc des flots.
Dans ma fièvre je te voyais :
tu nageais sur des vagues de feu et je criais ''Thinka !''
Mais je n'arrivais pas à t'attirer
parce que tu ètais toute à la joie de voguer et de te rengorger.
Thinka !
Julietta !
Tu ètais prête à pardonner
à n'importe quel scèlèrat pour satisfaire
à la fragile loi du monde.
Pourquoi tu m'as fui comme un dèmon ?
Tu ne m'aurais pas semblè être un diable
si à ta première apparition
je ne t'avais pas pris pour un ange !
Une longue suite de jeunes Russes succèda au premier.
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