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Parle-le.
Voilà mon homme.
Vous, monsieur, à force de falsifier vos livres,
vous ne savez même plus distinguer le bien
du mal.
Monsieur.
Le rougis de vous avoir pour associé.
Ouais ?
Monsieur.
Eh bien, rendez-moi mes 600 000 francs
et je m'en vais avec plaisir.
Je vous prends au mot.
Vous les aurez demain matin.
Monsieur.
Je les attends.
Vous aurez sur la paille, monsieur l'homme
intègre.
Et vous en prison, monsieur le banquier verru.
Maintenant, il faut que je donne 600 000
francs d'ici ce soir.
Vous ne les avez pas ?
Eh, mais non.
J'ai des charges, moi.
Des oeuvres de bienfaisance.
Mais bon, moi j'ai peut-être 300
000 francs d'argent liquide.
C'est drôle.
Vous trouvez que c'est drôle, vous ?
Non, je dis que c'est drôle parce
que c'est exactement ce que je possède.
Mais, trois et trois font six.
Pourquoi ne racheteriez-vous pas la part de
Templier ?
Parce que...
Elle est de 600 000 francs.
Je vous prête ce qu'il vous manque,
à 6 % taux légal.
Secrétaire, vous ferez les mieux que ça.
Non, mais ça, c'est tout à fait
mon avis, ça.
Et puis, je serais ravi, moi, de vous
avoir pour un saskier.
Oh, eh bien, alors, si ça vous fait
tant plaisir.
Infiniment.
Eh bien, ça va, alors.
Ça va.
Ça va.
Ça va.
Dis donc, Ernest.
Oui, Victor.
Passe-moi le tampon de buvard, tu veux.
Merci.
Faut en faire prendre un autre, hein.
Mais donne tes ordres, mon vieux.
Geneval.
Qu'est-ce que c'est que ça,
Geneval ?
Oh, je le connais, c'est un vieux
cabot.
Il est mauvais.
Sa femme est malade, alors je lui ai
promis de l'engager.
Oui, mais nous n'en avons pas besoin.
Oui, mais il y a ma parole.
Ah bon ?
Ben, je vais arranger ça.
Mais je ne me trompe pas.
C'est ce bon Geneval.
Bonjour.
Vous me connaissez, monsieur le directeur.
Ah, mais qu'est-ce qu'il ne
vous connaît pas.
Je vous ai vu dans...
Attendez, rappelez-moi donc le titre de votre
dernière création.
Le coeur en lambeaux.
C'est ça.
Je n'y ai pas tant pensé.
Oh, un miracle.
Je suis heureux de vous avoir plu, monsieur
le directeur.
Car monsieur Villarim a promis...
Oui, je sais, je sais, je sais.
Un engagement, mais nous vous le promettons encore.
Pas dans la prochaine revue, parce que tout
est distribué, n'est-ce pas.
Mais un artiste tel que vous, pensez-le,
nous serons trop heureux de sauter sur l
'occasion de traiter avec vous.
Et au besoin même, nous l'avrons naître.
Ah, je suis content de vous avoir serré
la main.
A bientôt, cher ami, hein.
A bientôt.
Il est charmant.
Cette lettre à la poste, tout de suite.
Tiens, vous êtes encore là, vous.
Je viens de parler avec monsieur Victor.
Il m'a confirmé qu'à la prochaine
occasion...
La prochaine occasion.
La prochaine occasion.
Rentrez, tenez, allez, rentrez.
C'est un engagement immédiat qu'on vous
a promis.
En effet, mais...
Oui, évidemment, ça ne s'imposait pas, ça.
Vous n'avez aucun talent, il n'y
a pas de rôle pour vous dans la
revue.
Enfin, j'ai qu'une parole.
3 000 francs par mois, ça va ?
Ben...
Nous n'allons pas discuter, hein.
Non, monsieur le directeur.
Et puis comme votre femme est malade, enfin,
vous le prétendez, naturellement, vous allez me demander
une avance.
Allez, là, 1 000 francs, vous n'y
revenez pas.
Merci.
Eh ben, fichez-moi le temps.
Je n'ai pas de temps à perdre
avec les tapeurs.
Quelle merveille, non mais quelle merveille.
Tu l'aimes, notre nouveau chez-nous ?
Oh, chérie.
Jamais on ne se croirait à deux pas
de la porte Maillot.
Et de plus en plus loin de la
porte de Saint-Cloud.
Oh, tu te souviens, le petit bistrot ?
Oh, et le chien.
Le chien.
Et maintenant, te voilà directeur.
Et moi, une étoile.
A ce propos, tu sais que les auteurs
ne m'ont pas donné les scènes de
la nouvelle revue ?
Est-il bien nécessaire qu'ils te les
donnent ?
Qu'est-ce que ça veut dire, ça
?
Ça veut dire que tu me ferais très
plaisir si tu renonces aux autres théâtres.
Oh, voilà une idée.
Pourquoi ?
Parce que j'ai l'impression que ton
avenir est ailleurs.
Et où ça ?
Qu'est-ce que tu veux faire de
moi ?
Autre chose.
Sois joyeuse
et mélancolique, mes amis.
Si le bonheur des jeunes mariés est évident,
le nôtre est traversé de quelques avertis.
Mais oui, mais oui.
Car en cette émouvante et cordiale cérémonie, notre
ami Victor a gagné une épouse attentive et
fidèle.
Mais les auteurs des revues du palace perdent
leur vedette, qui dans nos cieux ignifugés aura
été la plus filante des étoiles.
Consolons-nous, messieurs, en souhaitant que la charmante
femme de Victor nous annonce promptement une nouvelle
et patriotique création.
J'avais travaillé pour le palace, à présent
elle travaillera pour la France.
Très bien.
Ce jour grandiose.
Je n'en crois pas mes yeux.
Ce n'est pas la même chose, n
'est-ce pas ?
Quand on est deux, mon bonheur est immense.
Je me sens vivre enfin.
Pour que l'amour commence, il faut d
'abord faire une fin.
Je veux lever mon verre à notre cher
directeur.
Je suis son ami sincère, son collaborateur.
J'étais dans les affaires fidèles comme l
'épagnole.
Il ne m'en veut pas, j'espère,
si celle-ci, je la signe tout seul.
Je lève aussi mon verre à nos brillants
auteurs.
C'est d'autant plus sincère.
Je ne suis pas spectateur.
Ne croyez pas que j'envis les droits
qu'ils gagneront.
Maintenant que je me marie, moi, j'ai
les droits de reproduction.
A ma femme, tendre et sage, je désire
boire aussi.
Aujourd'hui, je l'engage, au moins pour
toute la vie.
D'ailleurs, pour qu'elle sache combien je
puis l'aimer, nous ne ferons jamais relâche
et chaque jour, il y aura matinée.
N'oubliez pas ma soeur.
Alors, heureuse?
Heureuse, heureuse.
Dis-moi, mon chéri, qu'est-ce que
c'était ce télégramme qu'on t'a
apporté pendant le déjeuner?
Une nouvelle sensationnelle.
Charlie Chaplin, Charleau, il accepte nos propositions.
Non, il consente à apparaître sur la scène
du Palais.
Il jouera tout un tableau.
Tu te rends compte?
C'est des 100 000 par jour pendant
trois mois.
C'est ce qui peut s'appeler un
joli cadeau de neuf.
Oui, mais c'est ennuyeux que tu le
partages avec Vilarie.
Combien?
Peut-être pas.
À quoi penses-tu?
À rien.
Tu lui as montré à Vilarie le télégramme
de Charleau?
Non.
Tu ne lui montres pas encore.
Pourquoi?
Tu es bien curieux.
Tu as tes idées.
C'est les miennes.
Chœur, chœur.
Ça va très bien, les cartes sont excellentes.
Qu'est-ce que c'est?
C'est Ursule, la petite de la confiance
qui apporte le courrier, madame.
Quelle honte.
Bonjour, madame.
Il y a une lettre pour vous.
Prends un bonbon.
Merci, madame.
Attends.
Je n'ai pas mes lunettes.
Tu vas lire toi-même comme ça.
Je verrai si tu as fait des progrès.
Oui, madame.
Madame, pourquoi n'allez-vous jamais voir ce
qui se passe à quatre heures dans le
bureau de M.
Vilarie?
Quoi?
À cette heure, M.
Victor est à la répétition.
Alors, sa femme et votre mari en profitent
joyeusement.
Une amie qui vous veut du bien.
Et bien, vous avez une nouvelle qui fera
bien rigoler les locataires.
Quatre heures moins cinq.
Dans cinq minutes, ils vont profiter.
C'est ici.
Madame.
Un manteau, un chapeau, un revolver et un
taxi.
Je ne vous dérange pas.
Madame Larnois.
Mais pas du tout.
Vous venez voir votre mari.
Oh, mon mari, je le vois tout le
temps.
Tandis que vous, j'ai si rarement l
'occasion.
J'aurais eu la chance de pouvoir vous
être agréable.
Comme vous voilà cérémonieux.
Vous étiez plus entreprenant le jour de mon
mariage.
Pardonnez-moi le champagne.
Mais je ne vous en veux pas.
Oh, pas du tout.
Vous m'avez dit des mots que je
ne suis pas prête à oublier.
Pas possible, ça.
Pas possible.
C'est bien simple.
Je ne pense plus qu'à ça.
Je voudrais que vous me liriez ces mots.
Que vous deveniez plus tendre, plus hardi.
Oh, par exemple.
Qu'est-ce qui m'arrive?
Oh, et à moi donc.
Je n'ai jamais parlé à un homme
de la sorte.
Ernest.
Rends-moi dans tes bras.
Si vite.
Il est quatre heures.
Et alors?
Je veux dire que ton sourire me hante.
Que depuis huit jours que je me contiens,
je ne peux plus attendre.
C'est incroyable.
Enfin, j'ai cinquante ans, mais jamais une
femme ne m'a tenu de pareils propos.
Pas même la mienne.
Oh, ne parlez pas de Mme Gillard.
Ah oui, excusez-moi, quel manque de tête.
Mais c'est que je suis un peu
troublé, n'est-ce pas?
Excusez-moi, je n'ai pas l'habitude.
Vous me bouleversez, vous aussi.
Vous êtes adorable.
Alors?
Eh bien.
Soit.
Les voilà, mes lèvres.
Il n'arrivera jamais cette vie de tortueuse.
Qu'est-ce que vous dites?
Moi, viens.
Pourvu qu'il ait reçu ma lettre.
Insulter.
Ma femme.
Fatalité.
J'avais apporté un revolver, mais j'ai
réfléchi, je ne vous tuerai pas.
Valentine, laisse-moi t'expliquer.
Rien.
Tu es un polisson.
Je me retire chez ma mère et nous
nous retrouverons devant les tribunaux.
Le divorce, impossible.
J'ai mis des talotes dans mes affaires.
Je ne veux pas te rembourser en ce
moment.
Et voilà tout ce que tu trouves à
me répondre.
Valentine, je ne suis pas encore coupable.
Mais qu'est-ce qu'il se passe
là?
Ah, vous arrivez à propos, vous.
Oh, madame, vous n'allez tout de même
pas dire à mon mari.
Non, je vais me gêner.
Victor, regardez ce trait rouge en travers de
ses lèvres coupables et sensuelles.
Mais dis-donc, Ernest, mais tu trompes ta
femme, toi.
Oui, et avec la vôtre encore.
Quoi?
Je viens de surprendre madame sur les genoux
de cet individu.
Non, mais...
Non, mais qu'est-ce que j'apprends
là?
C'est inimaginable.
Pour la première fois que ça m'arrive,
je suis pincé par ma femme et par
le mari.
D'abord, j'ai pas le temps.
Chacune de ses paroles aggrave son infamie.
Devant les tribunaux, monsieur.
Devant les tribunaux.
Tu es la maîtresse de Vilarie, toi?
Non, sa femme est arrivée à temps.
Et tu me dis ça en face?
Parce que j'attends tes félicitations.
Hein?
Tu n'as pas encore compris?
Mais quoi?
Mais que c'est moi qui ai combiné
tout ça.
Que la mère Vilarie est jalouse et qu
'elle n'acceptera jamais que tu restes l
'associée de son mari.
Ben, et alors?
Alors, séparation inévitable.
Il faudra qu'un de vous deux rachète
la part de l'autre.
Tu n'es pas avec, ce sera toi.
Et comme ça, lorsque Charles reviendra, tu ne
partageras avec personne.
Tu es très forte.
Ah, je suis ta femme?
Oui.
Oui, mais précisément.
Tu es le seul être au monde pour
qui j'ai de l'affection, Gisèle.
De l'estime et de la jalousie.
Victor.
Et je n'accepte pas que tu t
'inspires de mes méthodes.
Oui, oui, je sais.
A moi, pour arriver, je me permets tout.
A moi.
Mais à toi, je ne permets rien.
Écoute.
Non, non, que ma femme se compromette, même
pour me rendre service, ça me choque, quoi.
Ça me fait mal.
Je te demande pardon, mon chéri.
Mais maintenant que c'est fait, tu ne
vas pas refuser le principe de la situation?
Non.
Oh, écoute.
Tu vas dicter l'acte de rupture.
Tu imposeras ton prix.
Je ne veux pas m'être donné tout
ce mal pour rien.
Que tu sois jaloux.
D'accord.
Mais je ne veux pas que tu sois
belle.
Bon.
Soit.
Pour cette fois-ci, je me laisse faire.
Mais c'est uniquement pour ne pas te
désobliger.
Merci.
Gérard Laurie, député.
Bien, comment, comment l'est sa maîtresse, celui
-là?
Dis-donc à mon secrétaire de recevoir.
D'ailleurs, je suis occupé.
Je ne verrai personne ce soir.
Et nous appellerons ça les pilules Villary.
Oui.
A combien nous revient ce médicament?
Aux mains d'oeufs, verris, bouchons automatiques.
Pilules?
Le tout, environ 3 francs le flacon.
Et nous le vendons?
12 francs.
Du 400%.
Ah, il faut aussi payer celui qui a
découvert la formule.
Ah oui, c'est juste.
Qui est-ce?
Autonomie Barantin.
Un jeune étudiant en médecine plein d'imagination.
Oui, oui, oui.
Qu'est-ce qu'il gagne?
300 francs par mois.
C'est infâme.
Monsieur Biscotte, nous vendrons ces pilules 4 francs
le flacon.
100 de bénéfice que nous partagerons avec monsieur
Barantin.
Mais vous êtes un fou.
Je suis un honnête homme, monsieur.
Oh, bah alors, nous sommes perdus.
Il a raison.
Tes scrupules sont absurdes.
Ah, je t'en prie, Valentin.
Là, tu m'as forcé à abandonner le
palace.
J'ai mis tout ce qui me restait
dans une entreprise de produits pharmaceutiques.
Eh bien, réjouis-toi, mais je t'en
prie.
Épargne-moi tes perpétueuses doléances.
Mais à présent, qui exerce son métier honorable?
Que diable!
A 4 francs le flacon, tu n'exerceras
pas longtemps.
Nous allons à la faillite.
Oui, mais la tête haute.
Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui,
mon chéri?
Tu vas au palace?
Oui, mais je suis moins pressé que toi.
Les femmes les plus occupées sont celles qui
n'ont rien à faire.
Ah, ces fournisseurs me prennent un temps.
A propos, mon chéri, tu ne voudrais pas
me donner 10 000 francs?
Ah, si.
Seulement, permets-moi de te faire remarquer que
je t'en ai déjà donné 20 000
hier.
Oui, c'était pour mon couturier.
Oh, deux heures.
Mon Dieu, je suis terriblement tard.
Au revoir, mon chéri, à ce soir.
Au revoir, monsieur.
Oui.
Je vous demande pardon, madame, mais en vertu
d'un jugement exécutoire en date du 27
mai, j'ai ordre de saisie sur tous
les meubles de cette pièce, et notamment sur
cette chaise longue.
Je sais.
En arrière.
Pardon, madame.
Calme-toi, Valentin, calme-toi.
Nous courbons la tête devant la méchanceté des
hommes.
Evidemment, les pilules Villary n'ont pas donné
ce que j'espérais.
Pardon.
Ernest, j'en ai assez.
Merci, monsieur.
Que tu me trompes, c'était déjà beaucoup,
mais que tu me ruines, je ne l
'accepte pas.
Que veux-tu dire?
Que j'exige ma dot et la séparation
de nos biens.
Et de nos personnes, peut-être?
Oui, le divorce.
Tout cela m'en donne le droit.
À quelque chose, malheureusement.
Un seul mot.
Déserteuse.
Pardon, madame, cette chaise est également saisie.
Prenez ce baït, nous ne l'emportons pas.
Oh, bonjour, comté.
Bonjour.
Vous avez une robe ravissante.
Bonjour, mon cher duc.
Permettez-moi de vous présenter mon mari, M.
Victor Larnois, le duc de Ganges.
Je suis heureux de vous rencontrer, monsieur.
Je soupais hier au restaurant de nuit du
palace.
J'ai été servie d'un champagne chaude
et d'un poulet.
C'est peut-être du présent.
Au mois d'avril.
La faute est double.
Je n'y pensais pas.
Vous devriez surveiller vos cuisines de plus près.
Ce n'est pas très aimable, ce vieux
monsieur-là.
Il a raison.
Quand on a l'honneur de fréquenter le
monde où je t'ai introduit, on ne
reste pas à la tête du palace indépendant.
Je gagne de l'argent, non?
Oh, l'argent.
Mais il y a autre chose.
Une manière, l'éducation, la naissance.
Tu voudrais jeunesse avec un titre.
Tu t'y prends un peu tard, je
sais.
Tu es très spirituelle.
Et toi, tu es un peu bête.
Gisèle n'a pas tort.
Ce n'est pas bien ennuyant tout ça.
Je voudrais voir monsieur le dur intendant des
théâtres.
Toutes ces personnes-là aussi, monsieur.
Oui, mais moi, je n'ai pas le
temps d'attendre.
Vous êtes député, sénateur, préfet?
Je suis Victor Larnois.
Tenez, voici ma carte.
Je la mets sous enveloppe et je vous
prie de la porter immédiatement à monsieur Fromantel
lui-même.
Oh, monsieur Fromantel.
Tenez, voici 1 000 francs.
Pour lui?
Oui, non, pour vous.
Allez vite, allez vite.
Dites-moi, Fouchard.
Monsieur le directeur.
Un fleuve qui traverse la Mésopotamie.
Le Danube.
Peut-être.
Ah non, non, il me faut 8 lettres.
Passez-moi dans le Larousse.
Monsieur le directeur.
Quoi, qu'est-ce que c'est?
Qu'est-ce qu'il y a encore?
Vous ne voyez pas, vous ne voyez pas
que je travaille?
Ce monsieur m'a dit qu'il ne
pouvait pas attendre.
T'as fou?
Victor Larnois, je sais tout.
À quoi, qu'est-ce qu'il sait?
Je ne sais pas, monsieur le directeur.
Sortez!
Allez, allons voir ça, Fouchard.
Ah, je vois, monsieur le directeur.
Et alors?
Ah, il sait tout.
Mais quoi?
Évidemment, il y a une chose que l
'on peut vous reprocher.
Ah, mais laquelle?
Je ne connais pas tout votre passé, monsieur
le directeur.
Moi, je le connais.
Et alors?
Attendez, je cherche.
Qu'est-ce que c'est?
La papeterie Normand.
Une traite de 167.58 francs.
M.
Villary n'est pas là.
Il faudra repasser.
Ah bon?
La prochaine fois, on vous enverra le papier
fermé.
Qui était-ce?
La facture du papier.
Je l'ai renvoyée.
Eh, bien fait.
Rendez-moi l'imprimeur au téléphone.
Le téléphone est coupé, M.
Villary.
Ah, c'est vrai?
Parce qu'on leur doit 430 francs.
De misère.
C'est le mot.
Non, non, non, non, monsieur Larnois, vous n
'êtes pas raisonnable, hein?
Demandez-moi une chaire au conservatoire, un bureau
de tabac du sous-préfecture.
Mais...
Je veux l'opéra.
Non, mais vous êtes directeur du palace.
Vous n'allez pas nous mettre des guerres
d'empercifage.
Ah, non, non, j'irai pas jusque-là.
Non, je m'efforcerai d'y répandre un
peu de diété.
Voilà tout.
Mais c'est déjà très grave.
Si vous connaissiez le nombre des candidatures qui
s'entassent sur mon bureau.
La mienne seule m'intéresse.
Il y a 4 membres de l'Institut,
un compositeur éminent, et surtout, tous officiers ou
commandeurs.
Vous n'avez même pas le ruban.
Ah, ben, voilà une bonne occasion de me
le donner, Orian.
Nous voici en juillet, et votre promotion n
'est pas faite.
Eh ben, nommez-moi d'abord et décorez
-moi ensuite.
Ou inversement, moi, j'ai pas de préférence.
Oh, vous décorez, sage.
Je peux toujours.
Ça vous suffirait pas, hein?
Non.
Vous savez bien que je sais tout.
Mais enfin, monsieur Larnois, qu'est-ce que
vous savez exactement?
Tout!
Criez donc pas si fort.
Il s'agit d'un scandale dont on
ne parle plus depuis 15 ans.
Il a tout de même eu lieu.
Comment le connaissez-vous?
Oh, ben, j'y assistais.
J'avais 20 ans.
Alors, vous habitiez Limoges.
Pourquoi pas?
Vous voyez, il y a une chose certaine.
C'est que depuis notre mariage, ma femme
a eu une conduite exemplaire.
Ouais.
Mais avant...
Avant, j'étais pas à son mari.
Et puis, enfin, ces petits péchés de jeunesse
te peuvent m'éclabousser.
Ça, c'est une opinion.
Quelle preuve avez-vous?
Des...
des journaux de l'époque.
Des lettres de ma femme.
Sa fiche anthropométrique.
Voilà.
Sa fiche, c'est bien ça.
Au nom de mademoiselle...
Oh, dites-le, allez.
Et ma pied-doux, dites-le, infatigable.
Son nom de jeune fille, j'aurais jamais
osé le prononcer.
M.
Larnois, brûlez cette fiche et je vous donne
100 000 francs.
Non, je veux l'opéra.
C'est une idée fixe.
Bon.
Après tout, le palace est un théatrique.
Il y a des chanteurs, un orchestre.
Comment, mais 40 musiciens, dont 7 sont premiers
prix de conservatoire.
Non, mais c'est très intéressant.
Voyons, voyons, mais au 11e tableau de la
revue actuelle, le contribuable écrasé d'un pot
se lamente sur un air de...
de Samson et d'Alila.
Non, mais vous êtes sûr?
Mais absolument.
Enfin, les auteurs me l'ont affirmé.
Mais c'est toute autre chose.
Mais alors, vous avez des titres.
Eh bien, c'est entendu, M.
Larnois.
Vous aurez satisfaction.
Je m'arrangerai.
J'ai votre promesse, M.
le directeur.
Vous l'avez.
Alors, une cigarette.
Volontiers.
Merci.
Si vous permettez.
Mais qu'est-ce que vous brûlez là?
Je brûle la fiche.
Dès ma pied doux, dites l'incroyable, l
'infatigable.
Avant d'être sûr de votre nomination.
Oh, je vous connais, M.
Fremantel.
Vous êtes le seul directeur qui n'est
une parole.
Merci, Larnois.
Une telle générosité mérite sa récompense.
Ce soir même, vous serez directeur de l
'opéra.
Parfait.
Dans ce cas, dès demain, je brûlerai la
vraie fiche.
Ah, parce que celle-là...
C'était une copie, M.
le directeur.
Je suis votre serviteur.
Alors ça, c'est monumental.
C'est la fin du tout.
Victor, mon ancien ouvreur de portières, directeur de
l'Académie nationale de musique et de danse.
Quelle épreuve, mon Dieu!
Ah, mais ça se passera pas comme ça.
Écrivez, Mlle Amélie.
Ou bien M.
Fremantel, surintendant des théâtres.
C'est un vendu.
Ou bien c'est un aliéné.
Vous allez vous attirer des désagréments, M.
Bulari.
Pas faux.
Le régime est en putréfaction.
Et ceux qui ont mission de gouverner le
pays le déshonorent chaque jour davantage.
Par ici, M.
Larnois.
Je vous ai réservé votre table.
Mesdames, Mesdames.
Bonsoir, M.
Larnois.
Bonsoir, cher.
Je n'ai pas eu le plaisir de
vous voir depuis votre récente nomination, mais j
'ai rencontré le sous-intendant des théâtres et
je lui ai dit combien il s'était
honoré en vous honorant.
Vous êtes vraiment trop gentil.
Non, la direction de l'opéra était vacante
et aucun des candidats ne semblait très qualifié.
Alors c'est tout de même un institut
national.
Il ne fallait pas qu'il s'en
aille à la dérive.
J'ai cédé aux sollicitations.
Je m'intéresse à une jeune femme qui
est douée d'une voix magnifique de contraste.
Envoyez-la-moi avec votre carte.
Je lui ferai bonne accueil.
Vous êtes vraiment trop agréable.
Alors à demain à 5.
À demain.
Hein, qu'est-ce que tu penses de
ça?
Attendu que dans un article paru dans le
journal Le Vengeur, le nommé Villarier-Ernest a
porté contre M.
le sous-intendant des théâtres des accusations d
'outrageante.
Attendu qu'il a traité les dix fonctionnaires,
notamment d'aliénés, de vendus et de pourritures
ambulantes.
Parfaitement, j'ai dit ça.
Attendu que Villarier-Ernest est dans l'impossibilité
de prouver que ses épithètes sont l'expression
de la vérité en ce qui concerne la
conduite présente au passé du judicie fonctionnaire.
Attendu que dès lors, le délit de diffamation
peut être retenu contre Villarier-Ernest pour ses
motifs de condamnation à 50 000 francs de
dommages à intérêt.
Il y a un mois de prison sans
sursis pour l'insulte à haut magistrat dans
l'exercice de ses fonctions.
L'audience est levée.
Ils ont été durs pour vous, M.
Villarier.
Vous me connaissez ?
Oui, j'ai souvent pris le service chez
vous lorsque vous étiez directeur au palace.
Ah, le palace, c'est loin.
Vous me donniez aussi quelque temps en temps
quelques billets de faveur.
Ah, ben, fallait bien pour remplir la salle.
Et tout le monde vous détestait.
Et moi, je ne sais pas pourquoi, vous
m'étiez très sympathique.
Tenez.
Regardez donc.
Quoi ?
Cette petite porte.
Donnez-moi un coup de poing et sauvez
-vous.
Mais c'est indigne.
Mais vous trahissez la conscience de vos chefs.
Garde, l'autre garde.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Je viens d'avoir un mois de prison
et votre collègue me suggère de m'évader.
Quelle époque ?
En haut, en bord de la boue.
À la santé, messieurs.
Je vous ordonne de m'y conduire.
C'est
moi, Ernest.
C'est toi ?
Ah oui, monsieur le directeur.
Je vous félicite.
Vous avez pris la bonne route.
Moi, j'ai choisi la mauvaise.
Là où ça conduit, la vertu.
Tu en es là.
Ah oui.
Je suis descendu pendant que vous montiez.
Vous avez une probité atrophiée et un sens
moral élastique.
Alors, évidemment, vous devirez...
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