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Ce serait pour moi un souvenir d'une
autre valeur que de l'argent.
Mais avec plaisir, mon ami.
Merci.
Attendez, voilà le stylo.
Pardon.
Hé !
Qu'est-ce que vous êtes ici ?
À tort ou à entremetteur ?
Que signifie cette parole, M.
Broussin ?
Que vous faites les commissions de Mlle Suzy
d'Orpheus.
Que ça ne me convient pas.
Si un jour on vous flanque à la
porte, il ne faudra pas vous demander pourquoi.
Vous non plus.
Quoi ?
Non, rien, M.
Broussin.
Je prends note de votre avertissement.
Le programme, monsieur.
Combien ?
Trois francs, pour avoir compris.
Oh non, pardon, pas celui-ci, pardon.
Pourquoi pas celui-ci ?
Parce que celui-ci porte la signature autographe
de Mlle Suzy d'Orpheus.
C'est une pièce unique.
Vous ne le vendez pas.
Si, mais je le vends à 25 francs,
alors je n'ose pas vous le proposer.
Pourquoi pas.
Les blagues aux 25 francs.
Merci, monsieur.
Eh bien, je savais bien qu'il n
'était pas marié.
Demandez le programme de la matinée.
Qu'est-ce que c'est que ça
?
C'est encore une idée de Victor.
Chasseur ?
Oui, un bâton de rouge à lèvres.
Avant le spectacle, il dépose ça dans toutes
les loges.
Ça coûte 5 francs.
Il passe à l'entrée, s'il l
'encaisse.
Si la dame n'en veut pas.
Victor l'offre.
Il s'est arrangé avec le parfumeur.
Pour rire à la rue du palace.
C'est une excellente publicité, ça.
Et des brouillards, les garçons-là.
Très.
Voilà ce qu'il nous faut.
Monsieur, il y a l'administrateur de la
maison, Willy Fischer, qui demande à vous parler.
Il entre.
Alors, vous venez pour le renouvellement de votre
contrat ?
Non, monsieur, non.
Il s'agit de votre chasseur.
Victor ?
Oui, hier, il a remplacé notre vendeur, qui
est malade.
Il a vendu 300 programmes à 3 francs.
Ça faisait 900 francs.
Et il m'a remis 1 400 francs.
Eh bien, vous n'avez bien de quoi
me déranger.
Mon chasseur s'est trompé dans ses calculs.
Mais pas du tout, monsieur Villary.
Je l'ai fait venir, et voilà ce
qu'il m'a expliqué.
À mon avis, monsieur, pas la moindre retouche.
Si le costume est bien fait, il doit
m'aller.
Un homme aussi ingénieux et aussi désintéressé, c
'est rare.
En effet, oui.
Il a la vacation.
Ça, de toute évidence, ce garçon est né
pour être vendeur de programmes, et non pour
rester chasseur.
Alors, si vous consentiez à nous le céder.
Je vais réfléchir.
Est-ce que j'enlève les palmes ?
C'est le même prix ?
Oui.
Ah ben, si c'est le même prix,
laissez-les.
Ça peut pas me faire de tort.
Il est dans le théâtre, en ce moment
?
Qui ça, monsieur ?
Le chasseur, Victor !
Oui, monsieur.
Eh ben, allez-y, ensuite !
Bien, monsieur.
Alors, cher ami, quand serez-vous de retour
?
Ben, après-demain, pour déjeuner.
Ah !
Paris, vienne et retour en 48 heures.
Bon, un avion vait si vite.
Au revoir, mon vieux.
Ah non, ça, si ça ne vous fait
rien, c'est mon chapeau, ça.
Oh, je m'en pardonne.
J'ai tellement de choses en tête.
Au revoir, mon vieux.
Au revoir.
Au revoir, mon vieux.
Pardon.
Madame, me respecte.
Au bon jet.
Oh, je m'en pardonne.
Non, monsieur le directeur, je ne veux pas
m'en aller, à moins que vous ne
me mettiez à la porte.
Du tout, si je vous fais cette offre.
C'est dans votre intérêt, ça.
Willy Fischer vous paiera certainement plus que moi.
Car moi, je ne peux pas vous augmenter.
Ça, je dois vous le dire tout de
suite.
Il n'en est pas question, monsieur le
directeur.
Alors, de quoi est-il question ?
Enfin, c'est vrai, ça.
Là, quelle est votre arrière-pensée ?
Pourquoi tenez-vous tant à rester ici ?
Ben, parce que je l'aime.
Je l'aime, votre maison.
Et vous aussi, je vous aime, monsieur le
directeur.
Vous êtes si bienveillant, si affable.
Quand on vous critique devant moi, c'est
bien simple.
J'en suis malade.
Mais qui d'en se permet de me
critiquer ?
Oh, je vous en prie, monsieur.
Je ne suis pas un délateur.
Et puis, il s'agit de quelqu'un
qui vous touche de si près, ça vous
ferait de la peine de savoir que votre
collaborateur immédiat, celui qui a toute votre confiance...
Brûzard !
Un hypocrite !
Un cielut !
Ah !
Ah, voilà qui ne voisira pas longtemps ici.
Vous allez faire de la peine à Mlle
Suzy d'Orfeuil.
Pourquoi ?
C'est son amant.
Vous ne le saviez pas ?
Mais non !
Ah, ça me décide à me séparer de
lui, par exemple.
Il doit lui raconter tout ce qu'il
l'a.
Il n'y a pas à lui lire
mes lettres.
C'est ce que je sais, moi.
L'homme discret est plus rare encore que
l'homme intègre, a dit un philosophe suédois.
Il y a longtemps que vous avez les
palmes, vous ?
Bon, pas très longtemps.
Oui, peu importe.
D'ailleurs, vous les avez.
C'est un fait.
Alors, vous ne manquez pas d'instructions ?
Oh, alors, ça !
Vous avez fait des études complètes ?
Très poussées.
Oui, oui, oui.
D'ailleurs, vous êtes intelligent, plein d'idées.
Enfin, les programmes, le rouge à lèvres, c
'est...
Pourquoi n'occupez-vous pas chez moi un
point de plus important ?
Mais, parce que vous ne me l'avez
pas encore refaire, M.
le Directeur.
Il me vient tout à coup une idée.
Elle doit être bonne.
Si je vous donnais la situation de Bruzin.
Oh, en suis-je vraiment digne, M.
le Directeur.
Je le crois.
Ah, ben, moi aussi, alors.
Qu'est-ce que j'aurais à faire,
au juste ?
Être assis dans le bureau voisin.
Bon.
Me remplacer.
Bien.
Recevoir les gens en absence.
Parfait.
Et me faire un rapport quotidien.
Ah, ah.
Et à propos, vous avez une belle écriture.
On ne l'a jamais trouvée vilaine.
Montrez pour voir.
Ah, non, non, non.
Je ne peux pas écrire avec ça.
La plume est trop grosse.
Hein ?
Tiens.
Ben, il y en a d'autres, là,
dans le tiroir de la petite table de
la secrétaire.
Oh, oh !
Vous vous êtes fait mal.
Oh, affreusement, M.
le Directeur.
Mais ce n'est pas important.
Dictez, je vous en prie.
Oh, oh, oh, non, non.
Non, non, ne dictez pas.
C'est impossible.
Je suis confus.
Je suis navré.
Oui, il n'y a pas de quoi
corriger le pharmacien.
Allez-vous faire penser avec un peu d
'haricot.
Quinze cents francs.
Ça va ?
Pour mon doigt ?
Ben, non.
Comme un pointement, puisque vous voilà mon secrétaire.
Ah, ben, je pense bien, M.
le Directeur.
La reconnaissance, elle est un mandarin chinois.
Ben, non, ça va bien.
Laissez-moi travailler, maintenant.
Allô, Bruzin ?
Venez me parler tout de suite, s'il
vous plaît.
Oh, vous souffrez beaucoup, hein ?
Énormément.
Pendant quelque temps, je crains d'être dans
l'impossibilité d'écrire.
Eh ben, je vous dicterai.
Ah, ben, alors, ça, tant qu'il vous
plaira.
Oh, oh, oh, oh, oh.
Oh, M.
Bruzin, je crois que M.
le Directeur vous attend.
Mais je le sais, mon ami.
Pas de zèle.
Oh, du zèle.
Je pense que je n'aurai plus d
'occasion d'en faire avec vous, M.
le Secrétaire Général.
On m'a relevé de mes fonctions.
Oui, je ne suis plus chasseur du palace.
Voilà de bonnes nouvelles.
Et je crois que vous allez en apprendre
une bien meilleure, encore.
Passez, je vous en prie.
Bonjour, M.
C'est pour apprendre à écrire, M.
Lire, écrire, compter ?
Non, non, écrire seulement.
Ça sera long.
Ah, ça dépend de l'intelligence de l
'enfant.
Il est très doué, M.
Ah, quel âge a-t-il ?
32 ans, M.
Oh, il est en retard.
C'est de la faute à mes parents.
Ah, c'est de vous qu'il s
'agit ?
Oui.
Vous avez l'air assez éveillé.
Je pense qu'avant deux ou trois mois,
en prenant des leçons particulières, bien entendu.
Ça me coûtera cher.
Dix francs l'heure.
Ah, c'est possible, M.
Autant c'est que je gagne quinze, cent
francs par mois.
Ah, alors dans ce cas, il faudrait suivre
les classes avec les autres élèves.
Mais ça ne vous coûtera que vingt-cinq
francs par semaine.
Et quel âge ont les autres élèves ?
Entre cinq et sept ans.
Tant ennuyeux, hein ?
Enfin !
Ah, ben voici la récréation qui finit, si
vous voulez bien, M.
Allons les enfants !
Allons vivement en rang !
Il est deux heures, la récréation est finie.
Oui, je vous présente un nouveau petit camarade,
Victor.
Allons les enfants en classe, allons vivement, allons,
voyons.
Qu'est-ce que c'est que ça,
par exemple ?
Allez, passez.
Je vous prie.
Ah, ça fait grand.
Quel âge t'as ?
Ben, quel âge que j'ai, je te
le dirai plus tard, j'en sais rien,
moi.
Victor n'est pas arrivé ?
Il est chez son médecin, il se fait
brasser son doigt.
Encore ?
Il m'a dit hier que le traitement
serait long.
Elle dit, à la récréation, tu vas jouer
avec moi sur le mouton ?
Oui.
Bon, tiens, t'as un motif, là, une
toupée, trois billes.
Merci.
Hé, comment ça s'écrit, rideau ?
Oh, dis donc, copie pas, toi.
Oh, ben, je copie pas, quoi, je demande.
Élève Victor, on ne bavarde pas en classe.
Oui, j'avais oublié, je vous demande pardon,
monsieur.
Vous copierez trente fois les cinq voyelles.
Ce sera pour vous une juste punition et
un excellent exercice.
Oui, monsieur.
Victor, regarde comment ça s'écrit.
R, I, D, E, A, U.
Oh, voyons, mademoiselle Irma.
Demain en matinée, le rideau lèvera à deux
heures trente, vous écrivez rideau, R, I, D,
A, U.
Oh, pardon, c'est une faute de frappe.
Mais je comprends bien, mon petit, faites attention,
je vous en prie.
Les fautes aussi grossières sont impardonnables.
J'ai trouvé ceci dans le dossier des
engagements d'artistes.
Qu'est-ce que ça signifie, ça ?
Non, excusez-moi, monsieur le directeur, c'est
un devoir de mon petit garçon.
Si c'est glissé...
Eh bien, il écrit mal au petit garçon.
Il fait ce qu'il peut, monsieur le
directeur.
Qu'est-ce que c'est encore que
ça ?
C'est encore lui qui m'a fourré
ça dans la poche.
Ah, quel galopin.
C'est insupportable, les enfants.
Qu'il dite vous, monsieur le président, monsieur
le docteur, monsieur le directeur.
Voilà, monsieur.
Ah ben, laisse-moi tranquille, quoi, toi.
Quoi ?
Non, rien, monsieur.
C'est mieux, Victor, c'est mieux.
Vous faites des progrès.
Merci, monsieur.
Et pour que vos camarades le constatent, vous
allez m'écrire votre nom au tableau noir.
Avec plaisir, monsieur.
C'est vous qui avez signé cette lettre
?
Oui, monsieur le directeur.
Alors, votre toit va mieux.
Enfin, vous pouvez écrire.
Oui, c'est pas trop tôt.
Il arrive une catastrophe.
Quoi donc ?
Bonjour, madame.
Pascoe était parti ce matin en avion pour
l'Oro.
Eh oui, je le sais bien.
Voilà le télégramme que je reçois de son
pilote.
Comment ?
De 3000 mètres de hauteur, Pascoe tombe d
'avion dans la manche.
Issue fatale, paraît certaine, salutation, rebat.
Oh, nom de Dieu.
Ça, par exemple.
Il a dû se tromper.
Il a dû ouvrir une porte qui donnait
dans le vide.
Il était si distrait.
C'est inouï.
C'est épouvantable.
Un malheur sans précédent.
Je ne savais pas que vous aimiez Pascoe
à ce point-là.
Il était notre associé au palace, bien entendu.
Il était surtout co-directeur de ma banque.
Et alors ?
On va dire qu'il s'est suicidé,
pare-bleu.
Et de là à insinuer que nos affaires
vont mal.
Elles vont très bien.
Oui, à condition qu'on ne les regarde
pas trop près.
On va faire des perquisitions, des examens d
'écriture.
Je vous dis que pour moi, cette mort
est une catastrophe.
Allô ?
Victor, on vous demande à votre bureau.
Excusez-moi, messieurs.
Ne répondez pas à la nouvelle encore, je
vous en prie.
Soyez tranquilles, messieurs.
Mademoiselle Gisèle, vous m'avez fait demander ?
Oui.
Asseyez-vous.
Qu'est-ce que c'est ?
Je voudrais deux billets pour la représentation demain.
Avec plaisir, voyons.
Pour qui ?
Pour M.
Bonclain, le gros filateur.
Il est riche, dit-donc, ce bonhomme là.
Il pourrait bien se payer deux fauteuils, tout
de même.
Oh, vous savez, si riche qu'on soit,
deux places à l'œil, ça fait toujours
plaisir.
Oui.
Et vous tenez à faire plaisir à M.
Bonclain ?
Vous savez, M.
Victor, je suis comme vous.
Je voudrais arriver.
Vous avez votre intelligence.
Moi, je n'ai que ma jeunesse.
Je vous m'en sers.
C'est du propre.
Il y a d'autres moyens pour arriver,
Mademoiselle Gisèle.
Vous en connaissez d'autres ?
Peut-être.
Vous gagnez bien 500 francs par mois ici,
maintenant, n'est-ce pas ?
Oui.
Eh bien, ce n'est pas assez.
Laissez-moi m'occuper de vous.
Et dites à M.
Bonclain que nous ne donnons plus de billets
de faveur.
Dites, vous ne pouvez pas lâcher la proie
pour l'ombre.
Soyez tranquilles.
Je m'excuse de vous déranger, Messieurs, mais
une idée soudaine m'a traversé l'esprit.
Êtes-vous bien sûr que c'est par
distraction que M.
Pascot s'est jeté dans la mer ?
Non, je suppose.
Bon.
Parfait.
Eh bien, moi, je voulais dire, moi, les
raisons exactes de sa mort.
Dites.
M.
Pascot s'est tué par désespoir d'amour.
Quoi ?
Ah, ah, ça, c'est une trouvaille.
Ben, si vous arrivez à démontrer ça, mais
plus perquisition, plus d'endettement.
Je le démontrerai.
Non, mais vous connaissez la femme pour laquelle
il s'est tué ?
Elle s'appelle Gisèle Berthier.
Qu'est-ce que c'est que ça
?
C'est une de vos girls, M.
le directeur.
Celle-ci.
Ah, mais oui, je me la rappelle.
Elle est très jolie, d'ailleurs.
Naturellement, un homme s'est tué pour elle,
alors tu la trouves jolie ?
Valentine, tu m'embêtes, là !
Mais qu'est-ce qui vous fait supposer
que...
Mlle Gisèle habite le même hôtel que moi.
Sur le même étage.
Vingt fois, j'ai vu M.
Pascot dans le couloir lui apportant des fleurs
et des bijoux.
Il frappait désespérément à la porte de votre
pensionnaire, et la dernière fois, comme elle refusait
d'ouvrir, car...
c'est une honnête fille.
Il s'était crié de prenez garde.
Tout ça finira par un drame.
Il a dit ça ?
Je l'ai dit ça.
Vous pourriez en témoigner ?
Quand on voudra.
Mais jamais cette jeune fille ne consentira à
affirmer...
Laissez-moi faire.
On dit que le type s'est suicidé
pour vous, et ça fait de vous une
grande vedette.
Non, non, non, M.
Victor, ce n'est pas raisonnable.
Alors vous préférez M.
Vauclin ?
Non.
Non.
Evidemment.
Peut-être mieux de lancer par un mort
que par un vivant.
Je cours moins de risque.
A la bonne heure.
Entrez.
Il y a un inspecteur de la police
judiciaire qui désire vous voir, Mlle Gisèle.
Mais bravo !
Qu'il entre vite, ça commence !
Et par-dessus le marché, cette histoire va
faire au palace une réclame formidable.
Eh bien, il faudra en profiter, attirer un
peu l'attention sur Gisèle.
Sur ce point, j'ai encore une petite
idée.
Expliquez-vous.
Que pensez-vous de Suzy d'Orfeuil ?
Insupportable.
Et surtout, elle ne fait plus d'argent.
Je ne vous le fais pas dire, n
'est-ce pas ?
Pourquoi ne pas la remplacer par Gisèle ?
Mais c'est actuellement la femme la plus
célèbre de Paris.
Les journaux ne parlent que d'elle.
M.
Victor a chaque jour une idée de premier
ordre.
Pardon, pardon.
Il faudra encore qu'elle sache danser, chanter,
parler.
Je ne sais pas, moi, porter un costume.
Enfin, descendre un escalier.
C'est enfantin.
Je m'en charge, à condition, bien entendu,
qu'on fasse des scènes pour elle.
Ah.
Mais si.
Voyez les auteurs.
J'ai confiance en Gisèle, moi.
Et je le prouve.
En rémunération de mon idée, je ne vous
demande que 10 % sur les bénéfices.
Soit.
Voilà.
Moi, je t'en sais fou.
Enfin.
Et moi pas.
J'ai confiance en Victor.
Merci.
Non.
Non.
Arrêtez.
J'arrive.
Non.
Non.
Ça va pas comme ça.
Comment ça va pas?
Non.
Ça manque d'entrain.
Ça manque de piment.
Non.
Girls.
Laissez-nous seules avec Mlle Gisèle.
Allez voir dans vos loges si j'y
suis.
On vous rappellera.
Écoutez, Gisèle.
Tenez.
Asseyez-vous.
Il faut que vous compreniez bien, Gisèle, que
quand vous chantez devant une salle pleine, il
y a toutes les classes dans ce public.
Vous avez des gens du monde.
Vous avez des Français moyens.
Vous avez quelques Apaches.
Et, mon Dieu, vous avez aussi en grande
minorité des gens, comment je pourrais vous dire,
des gens un peu précieux.
Enfin, des gens trop distincts.
Vous comprenez ce que je veux dire?
Il y a tout dans une salle, n
'est-ce pas?
Et votre devoir à vous, artistes, chanteuses, c
'est de plaire à tout ce monde-là.
Vous devez chanter un peu dans leur sens,
à chacun, de façon à ce qu'ils
croient, eux, que vous appartenez un peu à
leur groupe.
Vous comprenez ce que je veux dire?
Tenez, regardez-moi bien.
Je vais vous montrer.
Là, n'est-ce pas?
Je suis là.
Je suis vous.
Je suis dans le public.
Et je vais d'abord essayer de plaire
aux gens du monde.
Alors, je chante les premières huit mesures comme
ceci.
Vous allez voir.
Avez-vous vu le nouveau chapeau de Sozo?
C'est un chapeau, un chapeau rigolo.
Vous avez vu, comme j'ai mis la
main comme ça, n'est-ce pas?
Ça fait élégant, ça fait chic.
Et les gens du monde se disent, oh,
mais pardon.
Mais dis-donc, elle est de notre monde,
cette femme-là.
Oh, comme elle est élégante.
Elle a de l'éducation.
Vous vous rendez compte?
Vous plaisez aux gens du monde.
Ils sont à vous.
Alors, après ça, vous chantez huit mesures pour
plaire aux Français moyens.
Alors, un peu plus naturel, un peu plus
de bonhomie.
Et vous chantez.
Sur le devant, on y a mis une
petite plume de pain.
Et sur le côté, un amoureux perroquet.
Les Français moyens se disent, oh, qu'elle
est sympathique.
Elle est une bonne fille.
Elle chante comme ça.
Vous vous rendez compte?
Vous les avez aussi.
Alors, après ça, vous entrez en douce dans
le monde des Apaches.
Et vous chantez comme ça.
Pour être original.
Il l'est, ça, je vous le jure.
Ça n'est pas le bip-bip, le
bip-bip de n'importe qui.
Les Apaches se disent, oh, pardon.
Oh, mais pardon, c'est une vraie d
'oeuvrer, cet homme-là.
Oh, il me semble que je la connais,
moi.
Il me semble que je la connais.
Je l'ai connue dans le temps à
Ménilmuche.
Il est étonnant, ce Victor.
Il s'est tout fait.
Ah, non, non.
Vous êtes trop gentil.
Et alors, après ça, il vous reste simplement
à chanter pour le petit groupe de gens,
enfin, un peu spéciaux, précieux, dont je vous
ai parlé tout à l'heure.
Alors, cela, vous y allez tout à fait
doucement, parce que c'est une toute petite
minorité.
Alors, vous chantez.
Ah, le voir si beau, tout Paris répètera
bientôt.
Avez-vous vu le chapeau d'un chanson?
Et alors, vous les entendez qui disent, oh,
vous l'avez vu?
Oh, mon Dieu.
Ça ne m'étonnerait pas, vous savez.
Ça ne m'étonnerait pas du tout.
Pourquoi ne débutez-vous pas dans la revue,
vous aussi?
Ah, non, non, non.
Moi, je peux expliquer comme ça.
Je peux essayer de montrer, mais enfin, venir
chanter tout seul devant le public.
Non, non, non.
J'oserai jamais.
Et alors, maintenant, écoutez, Gisèle, je vais vous
chanter tout le refrain avec ces quatre nuances
-là, sans m'arrêter, pour voir ce que
ça donnera.
Allons-y.
Avez-vous vu le nouveau chapeau de Soto?
C'est un chapeau, un chapeau rigolo.
Oh, sur le devant, on y a mis
une petite prime de paon.
Et sur le côté, un amour de perroquet.
Pour être original, il est sage, je vous
le jure.
Ça n'est pas le pipi, le pipi
d'un n'importe qui.
Ah, le voir si beau, tout Paris répétera
bientôt.
Avez-vous vu le chapeau de Soto?
Avez-vous vu le nouveau chapeau de Soto?
C'est un chapeau, un chapeau rigolo.
Ça marche, ça marche.
C'est, c'est, c'est.
Sur le côté, un amour de perroquet.
Pour être original, il est sage, je vous
le jure.
Ce n'est pas le pipi, le pipi
d'un n'importe qui.
Ah, le voir si beau, tout Paris répétera
bientôt.
Avez-vous vu le chapeau de Soto?
Mais quel con!
Vous seriez plus pourri?
Non, ou alors, je me serais sûrement manqué.
Bravo Gisèle, bravo.
Encore?
Épatante.
Encore?
Une catastrophe?
C'est inespéré.
Vous êtes inconscient, mon pauvre Victor, mais vous
ne voyez non plus qu'elle n'a
aucun succès.
Je vois surtout que pour demain et les
jours suivants, nous avons 120 000 francs d
'occasion.
Après cette soirée-là, nous allons vite nous
effondrer.
Nous irons au nu, Monsieur le Directeur.
Oui, oui, oui.
Combien fait-on ce soir?
53 000.
Oh, c'est pas mal.
Je vous crois.
Voyez si vous gagnez depuis six semaines, hein?
Ben, et vous?
Sauf erreur, vous vous êtes pas oublié.
Et alors, vous trouvez pas ça juste?
Enfin, c'est moi qui joue.
En quelque sorte.
Quelle reume, mademoiselle.
Donne-moi.
Où allez-vous?
Ça ne vous regarde pas.
Ah, c'est vrai.
C'est vrai, mais j'aimerais tout de
même bien savoir où vous allez.
Beauclin vient me prendre pour souper.
Là.
Beauclin?
Encore?
Je croyais qu'on avait pris Pascot pour
éviter Beauclin.
Oh, rassurez-vous.
Il est très respectueux.
Une vedette.
Ça l'impressionne, cet homme.
Et puis, ça n'empêche pas de me
faire de très jolis cadeaux.
À ce propos, vous voudriez peut-être votre
part sur ces recettes-là?
Non, je vous en prie.
Non, non.
Faites-vous entretenir, puisque vous êtes pareils aux
autres.
Mais laissez-moi tranquille.
On a frappé.
Entrez.
C'est moi, ma beauté.
Vous êtes prête?
Un instant, je passe ma robe.
Vous, vous connaissez?
Monsieur Victor, mon impresario.
Secrétaire générale du palace.
Monsieur Beauclin, dont je vous ai tant parlé.
Oh, bien, j'espère.
Non, beaucoup mieux que ça, monsieur.
Pourquoi l'appelez-vous ma beauté?
Parce que je la trouve belle.
Pas vous?
C'est une maîtresse dont vous pouvez être
fier.
Elle n'est pas encore ma maîtresse.
Mais ça ne tardera pas.
Elle est folle de moi, projet.
Qu'est-ce qui vous fait croire ça?
Ses regards, ses allusions, ses savants attraitissants.
Je connais des femmes, mon cher.
Et comme je me sens ce soir particulièrement
en forme, je crois que demain matin, vous
pourrez m'adresser vos félicitations.
Foutez-moi le camp.
Quoi?
Foutez-moi le camp.
Je suis l'impresario de mademoiselle Giselle.
Et j'entends qu'elle se consacre à
son art.
Et pas à des vieux pantins comme vous.
Permettez, monsieur.
Permettez que vous foutiez le camp, c'est
tout.
Allez, plus vite.
J'ai peut-être eu tort de me
confier à lui.
Eh bien, vous y aurez mis le temps.
À quoi?
À comprendre que vous m'aimez.
Oui.
Je suis bien avancé, maintenant.
Et vous, est-ce que vous m'aimez?
Bien sûr.
Quoi?
Je l'ai compris tout de suite.
Seulement, moi, je suis la dame.
Vous ne pouvez tout de même pas me
déclarer la première.
Ah, Giselle!
Bonjour, madame Girard.
Ça va, la location?
Oh non, ça va pas fort.
Nous sommes toujours en baisse.
À Adam, l'amour de monsieur Pascou est
complètement oublié.
Et comme cette pauvre Giselle n'a pas
beaucoup de talent...
Oui.
Je vous pardonne, monsieur Victor.
Non, non, non.
Allez, allez.
L'amour ne m'aveugle pas.
Dites-moi, vous en êtes heureux, au moins?
Très.
Eh bien, tant mieux.
Je suis bien contente pour vous.
Monsieur Victor.
Quoi?
J'ai une idée.
Vous savez pas ce qu'il faudrait faire?
Il faudrait une ouvre-suicide.
Nous remonterions d'un seul coup.
Alors, on ne se dit pas deux fois
pour une femme.
Mais si.
Dis-moi maintenant que c'est pas le
même homme.
Non, il va me trouver autre chose, alors.
Ah non, pas ça, monsieur.
Je ne suis pas un fraxénète.
Un tenancier.
Oh, les grands mots.
Mais nos recettes baissent, mon ami.
Et je vous apporte une affaire superbe.
Une affaire dégradante.
Deux.
J'en appelle à Victor.
Bienvenue, messieurs.
Vous savez que l'immeuble voisin vient de
changer de locataire et de destination.
C'est devenu une maison discrète où on
parle d'amour.
Je le regrette assez.
Moi pas.
Car la patronne nous offre 200 000 francs
par an si nous consentons à percer une
porte de communication entre le promouvoir du palace
et le salon de son établissement.
C'est infâme.
Mais c'est ingénieux.
Des gens qui, pendant trois heures, voient défiler
des femmes nues sur notre scène sont tout
à fait dans l'état d'esprit requis
pour...
Et ils n'auront pas besoin de faire
le tour par la rue.
Victor.
Alors.
Que pensez-vous de cette proposition ?
Inacceptable.
Parle-le.
Voilà.
Vous, monsieur, à force de falsifier vos livres,
vous ne savez même plus distinguer le bien
du mal.
Monsieur.
Le rougis de vous avoir pour associé.
Ouais ?
Eh bien, rendez-moi mes 600 000 francs.
Et je m'en vais avec plaisir.
Vous prenez vos mots, vous les aurez demain
matin.
Monsieur.
Je les attends.
Vous aurez sur la paille.
Monsieur l'homme intègre.
Et vous en prison.
Monsieur le banquier véreux.
Non, il faut que je donne 600 000
francs d'ici ce soir.
Vous ne les avez pas ?
Eh.
Mais non.
J'ai des charges, moi.
Des hommes de bienfaisance.
Je sais pas, moi j'ai peut-être...
300 000 francs d'argent liquide.
C'est drôle.
Vous trouvez que c'est drôle, vous ?
Non, je dis que...
C'est drôle parce que c'est...
exactement ce que je possède.
Mais...
3 et 3 font 6.
Pourquoi ne racheteriez-vous pas la part de
Templier ?
Ah.
Parce que...
Elle est de 600 000 francs.
Je vous prête ce qui vous manque à
6 % taux légal.
Secrétaire.
Vous...
Vous ferez mieux que ça.
Non, mais ça c'est tout à fait
mon avis, ça.
Et puis...
Je serais ravi, moi, de vous avoir pour
associé.
Oh.
Eh ben alors, si ça vous fait tant
plaisir.
Infiniment.
Eh ben, ça va alors.
Ça va.
Ça va.
Ça va.
Ça va.
Dis donc, Ernest.
Quoi, Richter ?
Passe-moi le tampon de buvard, tu veux.
Merci.
Faut en faire prendre un autre, hein.
Mais donne tes ordres, mon vieux.
Geneval.
Qu'est-ce que c'est que ça,
Geneval ?
Oh.
Je le connais.
C'est un vieux cabot.
Il est mauvais.
Sa femme est malade.
Alors, je lui conseille.
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