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Original subtitles

Mesdames et messieurs, je vous demande pardon une minute,

et vous prie de ne pas prendre au sérieux ce Monocle noir

qui étudie le comportement d'un intellectuel fou

entouré par de nombreux et curieux espions.

Les espions sont ceux des autres. Les nôtres sont des agents secrets.

L'humour noir est à l'honneur dans ces aventures que le colonel Remy

a imaginées sans oublier que la réalité dépasse parfois la fiction.

Bien entendu, toute ressemblance avec des personnages existants

ne serait que pure coïncidence. Ben voyons...

Pour une fois que les agents secrets n'ont pas de secrets pour nous,

profitons-en. À tout de suite.

Le fond de l'air est frais.

C'est un temps de saison, nous ne devons pas nous plaindre.

La quille !

- Vous fumez ? - Je ne fume jamais.

On va boire un coup, bon Dieu !

Ce salaud nous a suivis jusqu'ici.

Sa bagnole est dans la rue derrière.

On va lui organiser un accident maison.

- Comment on va rentrer ? - À pied. Ça vous fera du bien.

On va aller se pager à quelle heure ?

Si j'attrape pas la crève...

Vilemaur est un château féodal

dont les origines remontent au Xe siècle.

Rasé au XIIe siècle,

reconstruit au XIIIe.

L'aile nord,

aujourd'hui disparue,

y compris la tour d'angle sud-est,

et l'aile ouest, datent de 1465-75.

Tout le reste est du XVIe siècle.

Par ici, messieurs dames.

Par ici, messieurs dames.

Comme vous pouvez le constater, c'est ancien et historique.

Je t'avais dit que j'attraperais la crève.

- Il faut faire un grog. - T'es fou ? Jamais d'alcool.

Ici, l'ancienne salle des gardes.

Rendue tristement célèbre par l'assassinat du duc de Vergy

par les spadassins de Hugues III, marquis de Vilemaur.

Je vous demande un peu de silence.

La victime est entrée par ici.

Et les autres se sont rués sur lui en grand nombre.

Le corps est tombé là.

Avant, on voyait des traces de sang.

Avant, on voyait des traces de sang.

C'est affreux.

- Historique. - Sait-on les motifs du crime ?

Une histoire de religion.

Certains chantaient la messe en latin, d'autres en français.

Ils se comprenaient pas. Vous savez ce que c'est...

un mot en amène un autre.

Tout est écrit dans la brochure que vous pourrez m'acheter à la sortie.

C'est l'usage. Chacun fait...

Ici, la chambre de Diane de Poitiers.

- Bonjour, monsieur le conservateur. - Bonjour, mon ami.

Vous noterez, en entrant, les deux chandeliers en argent massif.

Et les deux fontaines Empire.

Vous avez beaucoup de visiteurs. Je suis jalouse.

Par exemple ! Et les châteaux du Rhin ? Vos vieux bourgs ?

Je devrais être jaloux. La Lorelei vaut bien Diane de Poitiers.

Depuis quelques jours,

j'ai l'impression que la Lorelei est ici.

Incognito.

- Monsieur le conservateur... - Appelez-moi Hubert.

Ce sera plus administratif ?

Entre confrères,

"madame la conservatrice", c'est un peu officiel.

- Alors, Erika. - Erika, c'est joli comme tout.

Monsieur, il y a une lettre du ministère.

Oui, tout à l'heure, mademoiselle. Vous voyez bien que je suis occupé.

Je vois.

D'ici partait une galerie qui conduisait à la tour des suppliciés.

Vous pouvez la voir par la fenêtre.

La tour.

On y trouve la salle des tortures, des cachots, des oubliettes,

des escaliers dérobés, des couloirs secrets.

C'est unique et historique.

On ne visite pas en raison de l'état de ruine.

Les Beaux-Arts étudient les travaux de réfection depuis 20 ans.

Le dossier est en bonne voie.

Allons... Par là, on ne visite pas non plus.

C'est le conservateur. Il a installé son bureau.

Et le marquis de Vilemaur y a son appartement.

C'est habité bourgeoisement.

- Il n'y a pas de fantômes ? - Le week-end et les jours fériés.

Pour la migraine, bois de l'eau chaude touillée avec un fer rouge.

C'est un remède de bonne femme souverain.

- Salut, les gars. - Salut.

- On dirait qu'il se moque de vous. - On peut essayer. On sait jamais.

Alors, Trochu, vous avez contacté ces messieurs ?

Ils sont arrivés tard. La bagnole est pas mal.

Et eux, qu'est-ce que vous leur trouvez ?

Une santé fragile. Et vos projets avec M. le marquis ?

Ils se précisent. Nous avons ce soir un dîner important.

Je dirais même capital.

- Bon anniversaire, papa. - Merci, mon petit.

Merci à tous. Je bois à la réussite de mes projets.

Je ne peux pas vous les dévoiler, mais mes vrais amis s'en réjouiront.

À vos projets. Ils sont très secrets ?

Très.

Alors j'espère faire partie de vos vrais amis.

Êtes-vous contente de votre séjour ?

Ravie. Et puis j'apprends tellement de choses.

Vraiment ?

M. le conservateur est si coopératif.

Il aime les vieilles pierres et les jolies femmes.

C'est vrai ?

Je ne permets pas à mon travail d'envahir ma vie privée.

C'est pour cela que vous demeurez ailleurs ?

Peut-être.

Les Français sont bien organisés.

Oui. Nous savons créer autour de nous un agréable désordre.

Monsieur le marquis, votre fille ne connaît pas notre pays.

Excusez-la. Ses études, ses fiançailles,

ne lui ont pas donné le temps de découvrir le monde.

Le monde actuel.

Venise, c'est un voyage de noces.

Très juste. Alors, vous nous amènerez votre jeune femme ?

C'est Bénédicte qui nous conduira où elle veut aller.

Mathyas va me montrer son pays. Je ne connais pas l'Allemagne.

Notre soleil vous attend. Il brille pour tout le monde.

Vous devez exagérer, monsieur.

- Je m'excuse. - C'était une boutade.

Dans mon camp, on aime mettre le soleil dans son tort.

- Vous êtes féroce. - C'est mon seul luxe.

Il me fait froid dans le dos.

C'est un héros.

Évidemment. Ça explique bien des choses.

Vous permettez, madame ?

Allons, viens dans le jardin.

Tu sais bien que j'aimerais, mais pas ce soir.

Tu deviens snob, Mathyas.

Non, mais ton père a besoin de moi.

Vous allez encore refaire le monde.

- Ton père est un grand savant. - Un rêveur.

Ça te déplaît qu'il me considère déjà comme son fils ?

Oui. Depuis que je t'ai amené ici, tu n'es plus le même.

Mathyas, tu me caches quelque chose.

Mais non. C'est maintenant toi qui rêves.

Je te rejoins le plus vite possible.

C'est bon, l'amour. C'est sain.

- Cigare ? - Merci, avec joie.

- Madame ? - Non.

Merci.

Madame, je suis sûr que vous connaissez Venise.

Naturellement.

J'ai déjà été mariée... quelques fois.

Toutes les chambres se ressemblent.

À part le petit déjeuner. Et encore...

Vous n'aimez pas les Italiens.

- Je préfère les Français. - Merci.

Pas tous.

Je l'espère bien.

Peu d'hommes osent se vanter d'être féroces.

- C'était une plaisanterie. - Je ne crois pas.

- On connaît votre passé. - C'est l'avenir qui est intéressant.

Un seul avenir est possible. Celui que nous ferons ensemble.

Flatté de votre confiance.

Cher ami, Mme Murger, dans le cadre de son voyage d'études,

souhaiterait voir mon installation son et lumière.

- Si vous permettez... - J'allais vous en prier.

Montrez vos travaux.

Excusez-moi de ne pas vous accompagner.

Je vous remercie.

Cette charmante Allemande obtient tout ce qu'elle veut du conservateur.

Il est disposé à lui montrer tous ses talents.

C'est un exhibitionniste.

Et si c'était le seul qui n'ait rien à cacher ?

Nous voulions être seuls, l'amour lui-même est notre complice.

"L'amour" !

C'est le seul mot qu'on ait trouvé pour désigner ce sentiment.

Voulez-vous me suivre ? Nous serons plus tranquilles.

Messieurs...

J'ai une nouvelle importante à vous annoncer.

Nos amis sont arrivés cette nuit.

Voici Henrich von Moersch,

qui a été chargé de prendre contact avec nous.

C'est une étape. Bientôt, nous pourrons agir.

Ce n'est rien. M. le conservateur crée l'ambiance.

Les jeunes ont besoin de grands moyens pour déclarer leur flamme.

- Et là, on ne visite pas ? - Non.

Ça fait partie du domaine privé du marquis.

Que fait-il ?

Rien. Il est de l'Académie française.

Il écrit ?

Des bricoles. Des ouvrages politiques. Il pense, surtout.

Vous n'êtes jamais rentré dans la tour ?

Il a fait condamner les entrées.

On ne peut pas y pénétrer ?

Le château communique avec la tour par les souterrains.

Toute cette terrasse qui domine la rivière est creuse.

On a recouvert les ruines.

Il y a des entrées de souterrains un peu partout dans les remparts.

J'ai dans mes archives tous les vieux plans du château.

- Vous me les montrerez ? - Chez moi.

On n'aura jamais le temps de tout faire.

N'oubliez pas, messieurs...

Adolf Hitler, dans sa sagesse, disait :

"Je ne cherche pas à attirer la grande masse.

"Ce que nous devons être, c'est une minorité agissante.

"Une minorité historique. Dans notre combat, il y a 2 choses possibles.

"Ou bien l'ennemi passera sur nos corps,

"ou bien nous passerons sur le sien."

Cher Adolf !

Le commandant nous amène le mouvement Patrie et Liberté,

dont il est le vivant symbole.

Vittorio Prozzi est le responsable du néofascisme italien.

Ce n'est qu'une poignée d'hommes.

Les bolcheviks n'étaient pas plus nombreux.

Nous non plus, pour la marche sur Rome.

Une partie de la jeunesse allemande nous suivra.

Il faut l'inventer.

Erreur !

Chez nous, les révolutions se font sérieusement.

Nous n'avons pas besoin de l'inventer.

Adolf Goerman sera avec nous.

Il est mort à la prise de Berlin.

- Disparu, en tout cas. - Oui, bien sûr.

Adolf Goerman, alors chef des jeunesses hitlériennes,

a réussi à s'enfuir de la chancellerie

au moment-même où les Russes y entraient.

Il a pu rejoindre un refuge en Bavière, puis l'Espagne

et l'Amérique du Sud.

Depuis quinze ans, il a été signalé partout,

mais il n'y a jamais eu de preuve de son existence.

Beaucoup d'hommes sont morts pour protéger sa retraite.

Mais lui est bien vivant et il est prêt à se joindre à nous.

Enfin une bonne nouvelle.

Il est certain que... avec Goerman...

Mais où est-il ?

Ici.

Il est arrivé hier soir, venant de Barcelone.

Henrich von Moersch, chef de sa garde personnelle,

peut vous le confirmer.

Cela n'a pas été sans mal.

On nous a suivis jusqu'ici.

Mais nous avons éliminé le dernier maillon de la chaîne.

- Vous êtes sûr ? - Il ne parlera plus jamais.

Qui était-ce ?

Un Russe, un Français, un Anglais,

un agent de Bonn ou d'Israël. Ça change quoi ?

Ou l'ennemi passera sur nos cadavres ou on passera sur le sien.

Accidenti ! La luce.

Il recommence.

L'heure est venue.

Demain, nous allons pouvoir réaliser la grande Europe.

Nous sauverons la civilisation occidentale malgré elle.

Demain, nous bâtirons un monde nouveau.

Un ordre nouveau.

C'est merveilleux !

Chez moi, j'ai tout. La stéréophonie, la haute-fidélité.

- J'aime beaucoup la musique. - Ah, Wagner !

Bach !

Oh oui, Bach ! C'est sublime, Bach !

- Aimez-vous Brahms ? - Mais oui !

Ça aussi, c'est de la haute-fidélité.

C'est dommage que vous couchiez au château.

J'ignorais que M. le conservateur était si joli garçon.

Et qu'il embrasserait si bien.

Petit Français irrespectueux !

Oui, laissez-moi vous manquer de respect !

Pas ici. Demain, chez vous.

Pourquoi remettre à demain ?

Depuis la prise de Berlin, dès que je fais l'amour en plein air,

j'ai l'impression d'être violée. Et c'est raté.

Puisque Goerman est là, mettons ces choses au point avec lui.

- Oui, c'est un manque de confiance. - Non. C'est une dernière précaution.

Quand je lui aurai rendu compte de cet entretien,

il vous recevra sans doute.

C'est indispensable. Il faut agir vite.

Les autres vont revenir maintenant.

Il nous faut nous séparer. Passons de l'autre côté, voulez-vous ?

Laissez-les partir et venez me rejoindre.

- Que se passe-t-il ? - Il y a un traître parmi nous.

- Il faut agir vite. - Un traître ?

Le ver est déjà dans le fruit.

Charmante soirée.

Le marquis a de très saines idées politiques.

Vous savez, moi, la politique, je lui préfère l'architecture romane.

Je vous croyais un penchant pour les échanges culturels.

- Voyons, commandant... - C'était une finesse.

- J'ai à te parler ! - Non.

- Fiche-moi la paix ! - Tu n'as pas honte ?

- Moi ? Pas du tout. Et de quoi ? - De nous.

Écoute, tu vas aller te coucher bien gentiment.

- Ce que tu peux être moche ! - Oh là là !

- Pardon. - C'est moi.

Les aveugles ont l'ouïe fine.

- C'est votre secrétaire, je crois. - Oui. Qu'ont-elles après moi ?

Vous leur plaisez, peut-être.

Je suis trop faible avec les femmes.

- À Vilemaur, elle était seule. - Vous aussi.

Voilà. Elle devrait comprendre.

Elle a l'air d'avoir compris.

On est trop bons pour le petit personnel.

- C'est quoi ? - Des coups de feu. Retournons.

- Il faudrait alerter la police. - Vous croyez à la police ?

- C'est peut-être un suicide. - Non, il n'aurait pas...

Ça doit être un braconnier.

D'abord, ils ont fermé la porte.

Vous êtes fatigué. Je vous dépose. Et je viendrai voir si c'est calme.

Vous êtes très aimable. Pas d'imprudence.

Attrapez-le !

Nous le tenons.

- Ils vont le tuer ! - Mais tais-toi donc.

Ils vont le tuer.

Qu'est-ce qui se passe ?

Rien. Enfin, un incident regrettable. Nous avons surpris un rôdeur.

On a tiré pour l'effrayer.

Mais c'est Bénédicte qui a eu le plus peur.

Tu es rassurée, ma chérie ?

Oui, je vais beaucoup mieux.

Je vous demanderai de veiller un peu sur elle.

Le temps de m'assurer que tout va bien.

Bien sûr, comptez sur moi. Venez, Bénédicte.

Touché.

Nous le tenons.

C'est plein de trous et de courants d'air, ici.

N'ayez pas peur. Ne dites rien.

Je me suis perdu. Vous connaissez tous les passages.

Faites-moi sortir sans qu'on me voie.

Si je suis découvert, vous n'aurez que des ennuis.

Allons-y.

- C'est pas ma soirée. - Pourquoi ?

M. le conservateur a fait faux bond ?

Il y a deux ans, à Barcelone,

ce salopard était déjà sur la piste de Goerman.

Il ne savait pas que je l'avais repéré.

- On l'a perdu. - Cherchez-le.

Il y en a marre !

Nous ne sommes pas assez nombreux.

- On se dissimule facilement, ici. - Je voulais pas le rater.

Monsieur, la secrétaire a disparu aussi.

Personne mieux qu'elle ne connaît cette aile du château.

Il n'y a que dans le parc que nous puissions les arrêter.

Allons-y !

On est dans les douves. Vous allez vous débrouiller seul.

Rien à dire à Bénédicte ?

Ce serait trop long à vous expliquer.

Il ne doit pas sortir vivant d'ici.

Il a compris.

La petite non plus. Je ne veux pas de témoin.

Ne vous inquiétez pas.

Ne me laissez pas, je vous en supplie.

Viens.

Ça, mon pote, ça me rappelle quand j'étais dans la DCA.

Tiens, le voilà !

- Bonsoir, monsieur le conservateur. - Bonsoir, mon commandant.

- Bonne soirée, commandant ? - Intéressante, mais longue.

Je me suis fait un cassoulet.

J'ai rencontré un personnage peu sympathique.

Vous ne préféreriez pas un cerceau ?

C'est très sérieux. À Genève, le gars qu'ils ont eu

avec une fléchette empoisonnée, c'était bien trouvé.

Je me perfectionne.

Et puis ici, je m'emmerde.

On est sur une voie de garage. On perd notre jeunesse.

Vous m'avez dit ça en Irak.

Le roi a été éventré et le pays mis à sac.

C'était le bon temps.

Ils ont fait ça pour vous égayer.

Vilemaur et ses gars font pas le poids.

Trochu, vous n'êtes qu'un primaire.

Possible, mais j'ai du pif.

Et vous ne sentez pas tous les agents secrets étrangers autour du château ?

On est des mouches. Dès qu'il y a un sucre, ça rapplique.

Le sucre est de taille : Adolf Goerman.

- Il est mort. - Au château.

- Vous l'avez vu ? - Je suis un espion aveugle...

Quand le patron a des idées !

Un ancien combattant sérieux. Ça inspire confiance.

Il y a eu bagarre au château.

- Qui ? - Mérignac n'est pas curieux.

- On va voir ? - C'est trop risqué.

J'ai la confiance du marquis, je veux la conserver.

La barbe !

Enfin...

Monique, ici ? Mais tu es folle !

Ça va pas ?

La police ! La police...

Non, pas la police...

Mademoiselle... Ici le 18. Je voudrais le 11.

Me faire ça à moi ! Quand même...

Oui, commandant Dromard ?

Vous n'auriez pas dû faire ça.

- Je suis innocent. - Il faut le prouver.

On l'est tous. Il suffit d'être de méchante humeur.

- Je vous donne ma parole d'honneur. - Alors Mérignac, je vous crois.

Nous allons voir le procureur.

Faites vite, je vous attends.

- Vous n'avez touché à rien ? - Non.

- Vous n'avez touché à rien ? - Non.

Elle n'avait pas d'autres vêtements ?

Non. C'est bizarre, n'est-ce pas ?

Vous n'avez vu personne ?

Vous n'avez vu personne ?

Non. Cette malheureuse s'est effondrée, elle était morte.

On va me suspecter ?

Je le crains.

Mais enfin, je l'aimais, cette petite.

Vous couchiez avec elle.

Circonstance défavorable, mais je vous suis tout acquis.

Le procureur est intelligent, on lui expliquera. Je le convaincrai.

Comment vous remercier ?

Je venais de vous quitter. Vous m'aviez semblé compréhensif.

- J'ai fait appel à vous en premier. - Le plus dur reste à faire.

- Je tenais à vous le dire. - Vous me remercierez plus tard.

Bien, monsieur le procureur. Très bien, monsieur le procureur.

J'envoie un inspecteur enquêter au château.

Oui, je m'occupe moi-même de M. de Mérignac.

C'est ça... Avec tous les égards dus à sa position dans le pays.

Tranquillisez-vous.

Je n'ignore pas que M. de Mérignac est de vos amis.

Au revoir, monsieur le procureur.

On va s'occuper de M. le conservateur.

Mlle Abadi logeait dans les locaux réservés au conservateur.

Celui-ci en disposait à son gré.

Vous avez récemment changé tout votre personnel.

Une partie seulement. Celle qui demeure au château.

Et là non plus, aucune relation possible

avec Mlle Abadi ?

Pas que je sache.

Les autres habitants du château ?

J'avais des invités. Un homme d'affaires italien

et une architecte allemande que Mérignac m'a demandé d'accueillir.

Elle est en France pour étudier nos installations son et lumière.

Nous sommes encore les plus forts dans ce domaine.

Adolf Hitler l'avait bien dit : "La France sera un Luna Park."

Et puis il y avait votre fille et votre futur gendre.

C'est cela, oui. Mon futur gendre s'est absenté pour quelque temps.

C'est vous qui avez recouvert le corps ?

Pourquoi ?

- Vous n'avez touché à rien ? - Non, monsieur le commissaire.

Et l'arme du crime ?

Je n'y ai pas touché. Elle est restée plantée dans son dos.

Personne n'est entré ?

Non, monsieur le commissaire. J'avais fermé à clé.

Où avez-vous mis l'arme du crime ?

Enfin, je... Je comprends pas.

- Goulet ! - Oui, monsieur le commissaire ?

- Passez l'appartement au peigne fin. - Bien, monsieur le commissaire.

Vous prétendez que le couteau est resté dans la blessure ?

Mais enfin ! Le commandant l'a vu comme moi.

Pardon. Je sais plus ce que je dis.

Comment expliquez-vous la disparition de ce couteau ?

- C'est impossible. - Oui.

L'assassin est revenu quand on était chez le procureur.

Impossible. La porte n'a pas été fracturée.

Si vous voulez bien, nous allons tout reprendre depuis le début.

Mlle Abadi était votre amie, n'est-ce pas ?

Oui ou non ?

- Vous comprenez... - Non. Expliquez-vous.

Si vous le permettez, monsieur le commissaire de police,

je tiens à préciser que j'ai été le témoin d'une scène.

M. de Mérignac ne tenait pas à prolonger cette entente.

Il voulait rompre.

Mlle Abadi l'exaspérait.

C'est très compréhensible. Quand a eu lieu cette scène ?

À notre sortie du château.

Cette nuit.

- Et après ? - Il m'a reconduit chez moi.

Dans la voiture, il m'a confié son désir de mettre fin à une idylle

qui le gênait.

C'était une façon de parler.

J'avais compris.

C'est très bon, tout ça.

Donc Mlle Abadi vient chez vous,

en chemise de nuit, naturellement.

Elle sonne, vous lui ouvrez, et que se passe-t-il ?

- Elle tombe morte. - Tout de suite ?

Elle est venue avec un couteau dans le dos.

C'est peut-être un suicide. Qu'en pensez-vous ?

C'est pas moi.

Il faut bien constater

que les circonstances vous accablent.

Si vous ne m'aviez pas donné votre parole...

J'ai sa parole, commissaire.

- C'est important. - Ben voyons !

Mlle Abadi était jalouse. M. le conservateur était brillant.

Très aimable avec les femmes.

Il avait jeté son mouchoir ailleurs. C'est une image.

Monsieur le marquis ! Ils ont arrêté M. le conservateur.

- Mérignac ? Pourquoi ? - Il aurait tué Mlle Monique.

Allons ! Eux qui s'embrassaient dans toutes les tours.

Voulez-vous que je vous dise ? Les policiers, c'est tous des...

Non, je vous en prie, Chauvet.

La police a des raisons que nous ne saisissons pas.

Elle arrête un innocent, pour le bien de la société.

Néanmoins, il serait habile de supprimer temporairement

les visites publiques du château. En signe de protestation.

Monsieur le marquis...

Où allez-vous ? C'est malin, de venir ici !

- Il est là ? - Laissez-moi lui demander.

Faux jeton ! Faux aveugle ! Faux frère !

Ce sera toujours pareil. Tu ne peux pas être régulier ?

- Je suis régulier. - Comme à Port-Saïd.

On vous a sauvé la mise.

Juste au moment où tu allais être déshonorée.

Vous avez filé avec les documents que j'ai dû vous confier.

- Toute peine mérite salaire. - Je vous fais 2 oeufs ?

Tu sais où tu te les mets, tes oeufs ?

Oui, bien cuits.

Boris, c'est idiot de se tirer dans les pattes.

- Écoute, Gretchen... - Je m'appelle pas Gretchen !

Pour un espion allemand, vous êtes susceptible.

Depuis 10 ans que vous en croquez...

Vous me cassez les pieds.

Toujours aussi bête. Tous les deux.

Bon. Maintenant, dis-moi ce que tu viens faire ici.

Mérignac arrêté, je n'avais plus rien à faire au château.

Très juste. Mais que cherchais-tu au château ?

Une nouvelle vie. Propre, saine, vouée à l'art.

Je cherchais Goerman. Un de nos agents était sur la piste.

Je devais m'introduire au château et attendre.

Depuis, plus de nouvelles.

On a retrouvé sa voiture dans la rivière et son corps dedans.

- Dis donc... - Oui ?

Tu crois pas Mérignac capable d'assassiner une bonne femme ?

- Non. - Pourquoi tu l'as fait arrêter ?

Tu vois ce couteau dont tu te sers ?

Eh bien, c'est celui que j'ai retiré du corps de la victime.

La disparition de ce couteau accable Mérignac, on l'arrête.

Si on n'avait pas trouvé un coupable tout de suite, n'importe qui,

l'enquête continuait, et principalement au château.

Goerman sachant la police sur les lieux ne venait pas.

Logique, non ?

- Une tartine ? - Non, merci.

Vous pourriez avoir une bonne !

La dernière, on a juste eu le temps de lui filer ses 8 jours.

Elle salait nos tortillas avec de l'arsenic.

Pourquoi a-t-on tué Monique Abadi ? Et qui ?

Elle a peut-être vu des choses qui ne la regardaient pas.

J'ai entendu des coups de feu en sortant du château.

Sais-tu sur qui on tirait ?

Non, mais tu vas me le dire.

- Mathyas. - "Mathyas".

Par exemple !

Et depuis on l'a plus revu. Parti en voyage.

- Et tu ne vois pas pourquoi ? - Pas la moindre idée.

Tu ne sais rien. Tu ne sais pas quand arrive Goerman ?

Tu me dis bien la vérité ?

Parole d'honneur.

Bonjour, commandant.

J'avais à vous parler d'urgence.

- En privé. - Trochu, laissez-nous.

- Il y avait un traître parmi nous. - Pas possible.

Il y avait Mathyas. Mon propre futur gendre.

On ne peut se fier à personne.

C'était un agent de l'Est. Von Moersch l'a démasqué.

Je n'ai pas pu vous prévenir Il y avait trop de risques.

Le château était plein de gendarmes. Nous n'avons pas retrouvé le corps.

Il n'a pas dû aller loin. Dans les douves ou dans un buisson.

L'arrestation de Mérignac m'a donné plus de facilité.

De toute façon, il y a deux précautions à prendre.

Premièrement, vous devez espacer vos visites au château.

Deuxièmement, Goerman n'est plus en sûreté chez moi.

Henrich von Moersch va l'emmener cette nuit.

Voilà qui me paraît raisonnable.

C'est cette approbation que j'attendais.

- Et Monique Abadi ? - Un incident regrettable.

Mais une précaution indispensable.

Pauvre Mérignac !

Je crains qu'il n'ait été victime d'une tragique méprise.

Ah, c'est vous qui...

Bravo !

Il fallait trouver un coupable, rapidement.

J'ai craint aussi que la découverte d'une arme de chasse

n'attire les enquêteurs vers le château.

Oui... Mais comment l'avez-vous vue ?

- Quoi donc ? - Cette arme de vénerie ?

C'est Trochu.

Brave Trochu.

Au revoir.

Reposez-vous et attendez mes instructions.

Au revoir, Vilemaur. Merci.

Trochu.

Monsieur le marquis ?

Je veux vous remercier.

Pour le poignard ? C'est la moindre des choses.

Merci quand même.

La vache ! Il a essayé de nous avoir.

Le voilà. Il sort. Heureusement que j'avais entendu.

Si vous avez entendu, Gretchen...

Gretchen aussi, elle a entendu. Alors, ta parole d'honneur ?

Ça m'a échappé.

Crapule ! Tu étais dans le coup et tu me le cachais.

Goerman est là et tu me le cachais ! Et von Moersch, tu m'en avais parlé ?

Pour qui vous me prenez ?

Pour celle qui à Londres nous a endormis.

Et les coordonnées du sous-marin atomique filaient en Allemagne.

J'ai dormi avec lui.

Je vous en prie.

Goerman est peut-être en train de s'enfuir et nous marivaudons.

- Que peut-on faire ? - Il faut aller le chercher.

Le château est plein de recoins secrets.

Je connais une des entrées de la partie secrète du château.

On peut essayer.

Mais...

Comment le sais-tu ?

Mérignac.

C'était donc ça.

Bien sûr.

Et vous l'avez fait arrêter juste au moment où il allait me donner

les plans de l'ancienne partie secrète du château.

Mais...

Je suis bonne joueuse. Je vais vous montrer l'entrée.

Bien sûr ! Elle ne peut rien en faire seule.

- Vous, l'adjudant, ça suffit ! - Allons-y.

Mais...

pas d'imprudence.

Je ne vous accompagne que jusqu'à l'entrée.

Ben voyons !

Elle nous enterrera tous.

Voilà, c'est là. Bonne chance.

Vous avez lu Fantomas ?

Laissez. C'est sale.

On ne peut se fier à personne, commandant ?

Des traîtres ! Toujours des traîtres !

Ni aveugle, ni honnête homme.

Vous ne sortirez pas vivants d'ici.

- Charmante perspective. - C'est ça, les guerres souterraines.

Vous ne pourrez pas vous en sortir.

Vous êtes coincé, Dromard. Rendez-vous.

Vous nous devez quelques explications, Dromard.

- Et vite ! - Oui.

Vous nous devez quelques explications. Faites vite.

On vous veut vivant.

- Enfin ! Vivant... provisoirement ! - Il n'y pas de fuite possible.

Allez !

Ça ne sert à rien, Dromard.

- Trochu. - Filez, commandant !

- Où êtes-vous ? - Filez, bon Dieu !

Filez !

- J'arrive. - Attrapez l'autre !

Attrapez-le !

Il me les faut tous les deux.

Tous les deux !

Trochu. Trochu !

Qui c'est, celui-là ?

C'est le bras droit du commandant.

Puisque l'autre est parti, il parlera pour les deux.

Benissimo.

Pauvre Trochu ! Dans son genre, c'était un brave type.

N'en parle pas comme s'il était mort.

Ça vaudrait peut-être mieux.

Il ne parlera pas.

Ça arrangera ses affaires ?

Gretchen, il faut que je le sorte de là.

Comment ? Si tu préviens les copains, ils arriveront trop tard.

Je vais alerter la police.

Tu n'auras pas l'autorisation.

Je me ris de leur autorisation.

Décidément, les Français ne sont pas très sérieux.

Trochu a toujours été avec moi. l'Italie, l'Allemagne, l'Indochine.

Là, les services de renseignements. Il m'a sauvé la vie 10 fois, 20 fois.

Là, les services de renseignements. Il m'a sauvé la vie 10 fois, 20 fois.

Et alors ? Qu'est-ce qu'elle vaut, ta vie ? Et la sienne ?

Et alors ? Qu'est-ce qu'elle vaut, ta vie ? Et la sienne ?

Et la mienne ?

Nous sommes déjà morts, tu le sais bien.

On efface un numéro de matricule. Un trait sur un nom.

Vrai ou faux. Et c'est comme si nous n'avions jamais existé.

Allons, allons.

Je te dis ça pour te consoler.

Et puis les flics ne marcheront jamais.

Ceux de Vilemaur, si.

Après, je n'aurai plus besoin des autres.

Si tu préviens la police, Goerman va filer et nous perdrons sa piste.

Sa piste ?

Je n'ai trouvé aucune trace de lui dans les souterrains.

Et puis je prends le risque.

Moi, je veux pas le prendre.

Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Je retourne au château. - Complètement folle !

Non. Toi, tu es grillé chez le marquis.

Mais la charmante déléguée des Beaux-Arts de Bonn

est irréprochable.

- Chacun pour soi. - Ils vont te découper en morceaux.

Le château est bourré d'hommes.

Et les hommes... c'est ma spécialité.

Tu comptes tomber le marquis ?

Peut-être le marquis. Peut-être von Moersch.

Qui sait ? Peut-être Goerman.

"Goerman"... "Von Moersch"...

Oui.

- Le marquis ? - Oui.

Oui, oui. Ben voyons ! Näturlich.

Soulevez-le un peu.

Il est lourd. C'est comme ça qu'on se file un tour de reins.

Mais non, mon vieux. En souplesse !

Un, deux.

Et voilà !

Quand on pense qu'ils nous obligent à employer de tels moyens !

Ce sont des criminels.

Ce sont des criminels.

Il est évanoui. Nous n'en tirerons rien.

Laissons-lui le temps de se remettre. Il deviendra plus compréhensif.

Croyez-moi, j'ai l'habitude.

À table !

Pas trop tôt ! J'avais faim.

Dites donc, vous pourriez m'attendre !

Rien n'est changé. Ils ne veulent pas comprendre.

Le monde entier est contre nous.

Et je ne pense qu'à sauver ces fous.

Je les obligerai à se pencher sur les vrais problèmes. Vous entendez ?

Le bonheur du monde.

C'est affreux. Mon père est en train de devenir fou.

L'homme qu'ils avaient attrapé, c'est Trochu.

Ils l'ont torturé.

Tu es sûre que Dromard, lui, a pu filer ?

Oui, je suis sûre. Ils étaient furieux.

- Très bien. - Non ! Je n'en peux plus !

Si je t'avais pas retrouvé cette nuit, tu serais mort.

- On dirait que c'est la guerre. - Mais c'est la guerre, Bénédicte.

La guerre ne s'arrête jamais. Elle a commencé il y a dix mille ans.

Oui.

Pour les gens comme vous. Tous cruels, menteurs.

Toi, le premier, tu m'as menti, Mathyas.

J'ai été sincère, comme j'ai pu.

Tu t'es servi de moi pour approcher mon père.

Pourquoi ?

Je suis russe, alors je travaille pour la Russie. C'est normal, non ?

Tu pourrais être russe et être architecte ou médecin.

Un Russe a dit : "Il faut de tout pour faire un monde."

C'est un proverbe de chez nous. Vous avez construit la tour Eiffel ?

Écoute, Bénédicte, on ne parle pas politique.

Embrasse-moi.

- J'aime quand tu es dans mes bras. - Comment veux-tu que je te croie ?

Tu sais, chez nous, être sincère, c'est un genre de suicide.

Et pourtant,

je t'aime... sincèrement.

Pourquoi le dis-tu avec cet air tout triste ?

C'est un sentiment si nouveau.

Comme un mauvais signe.

Comment oses-tu parler comme ça ? Tu as peur d'être heureux.

Tu sais, le bonheur, je n'y ai jamais beaucoup pensé.

Il faut me donner le temps de m'y habituer.

Mathyas ! Si on partait maintenant, tous les deux ?

Où ça ? À Moscou ?

Mais non, n'importe où. Cette nuit, tu voulais.

- Toi aussi, tu n'en pouvais plus. - C'est vrai.

Maintenant, tu vas mieux.

Il faut que j'aille voir ce type, Bénédicte.

- Qui ? L'ami de Dromard ? - Oui.

On ne peut quand même pas le laisser crever.

Alors tout ça va recommencer.

Mérignac était pourtant un assassin des plus convenables.

L'affaire était en bonne voie.

Il avait été arrêté dans d'excellentes conditions.

Il ne restait plus qu'à le condamner.

Je m'étais habitué à lui. On sympathisait.

- Que de complications ! - Il vous reste Vilemaur.

Un marquis, un académicien... À qui se fier ?

Je m'excuse, mais vous prenez bien tout sous votre responsabilité ?

Ne vous inquiétez de rien.

Elle est bien bonne. Les aveugles ne sont plus aveugles,

les innocents sont coupables, et vice-versa,

les espions courent les rues.

On tue, on torture, sans plus s'occuper de la justice.

Et je ne dois pas m'inquiéter. C'est merveilleux.

Envoyez-moi Mérignac dès sa levée d'écrou.

Rassurez-vous, je ne tiens pas à le garder, votre Mérignac.

Et puis, c'est compris ? Pas de fausse manoeuvre.

Je veux récupérer l'adjudant Trochu vivant.

Et votre bouclage doit être total.

Ni Goerman ni personne ne doit pouvoir franchir le barrage.

À la tombée de la nuit, les gendarmes devront cerner le château.

Parfait. Je m'occuperai de tout.

Le risque de ridicule, la retraite anticipée,

la réprobation générale...

Mais soyez tranquille.

Fais pas le con. En voilà des manières !

C'était juste pour te réveiller.

Détache-moi.

Causons un peu, d'abord.

Je suis pas très à l'aise.

- Tu te dépêches jamais ? - Ça va. Il n'y a pas le feu.

- Alors, t'es un Popof. - Et toi, un SR français.

- On ne peut rien se cacher. - J'aurais dû m'en douter.

Dromard, ancien officier, monocle.

Le 2e bureau.

Pourquoi tu as refusé de parler ?

T'aurais voulu que je leur dise quoi ? La vérité ?

Ou ils ne l'auraient pas crue et m'auraient torturé,

ou ils l'auraient crue et...

Je les intéressais plus. Il faut se mettre à leur place.

Vous voulez Goerman ?

Il paraît.

Toi aussi ?

Ouais. Henrich von Moersch m'a repéré le 1er.

Manque de pot. On te croyait noyé.

Je sais nager et puis la fille du marquis m'a caché.

Ils vont pas venir te chercher là.

Nous, on est venus à ton secours.

Si je te croyais, je serais ému.

Écoute, Popof, on est sur le même coup.

Jouons-la ensemble. On peut plus les avoir à la chansonnette.

Barbouzes de tous les pays, unissons-nous.

Viens voir !

- Qu'y a-t-il eu ? - C'est une explosion.

N'approchez pas trop ! Faites attention !

Il était arrêté au stop, il a sûrement pas eu le temps de sortir.

Ça doit être lui, là. Je le vois.

C'est le réservoir qui a dû exploser.

- Ils m'ont fait les poches. - C'était dur ?

Ils ne m'ont pas fait de cadeaux.

Allez !

- Que leur avez-vous raconté ? - Je les ai engueulés.

Pour gueuler, j'ai gueulé.

Les Viets étaient bons pour l'interrogatoire.

Après eux... Von Moersch, lui, a reçu une bonne éducation.

Mais il a perdu la main.

Comment leur avez-vous échappé ?

Par Mathyas. Il est russe, entre parenthèses.

Il est là-bas. On a tenu une conférence au sommet.

Pas vu Goerman ?

Non. J'ai donné ma parole au Popof qu'on irait cette nuit

Justement, on y va.

Il ne faut pas se croire obligés. Ma parole, j'y tiens pas tellement.

Nous sommes obligés. Moi, j'ai parlé.

- À qui ? - À la police.

Alors, on est grillés.

Pourquoi avez-vous fait ça ? Pas pour moi ?

- Qu'auriez-vous fait à ma place ? - C'est pas pareil.

Ben si. Tu vois.

Et le patron, qu'est-ce qu'il va dire ?

Quoi ?

J'ai enfermé la Gretchen pour l'empêcher de faire des bêtises.

- Elle dort peut-être. - Seule ? Ça m'étonnerait.

"Tu as le bonjour de Bismarck.

"Je te laisse ces quelques bricoles

"qui risquent de s'envoler. Ton Erika pour la vie."

Elle a du sentiment.

Par exemple ! Par où est-elle sortie ?

Elle a peut-être sauté par la fenêtre.

Ce serait trop beau.

Salut !

Ciao !

- Elle a pris l'ascenseur. - Pour aller où ?

- Au château. - Elle est gonflée, la souris !

Trop.

Beaucoup trop.

Tiens, Mme Murger !

Qu'est-ce qu'elle vient faire ici ?

Jolie femme, n'est-ce pas ?

Les jolies femmes sont dangereuses.

Je ne déteste pas le danger.

Auriez-vous manqué votre avion, madame ?

- Je nous le souhaite. - J'ai annulé mon départ.

Jean, allez chercher les bagages de Mme Murger et payez son taxi.

- Mais... - Je vous en prie.

Rien de fâcheux, j'espère ?

Si... Une nouvelle grave

dont je voulais vous faire part.

Je vous en prie.

Quand reviendra le fiancé de votre fille, Mathyas Fischer ?

Je n'attends pas de ses nouvelles avant plusieurs jours.

- Souhaitez qu'il ne revienne pas. - Je ne comprends pas.

Quand vous m'avez présenté Mathyas Fischer,

j'avais un soupçon, une impression.

Tiens, tiens... Un soupçon ?

Je me suis renseignée auprès d'un de mes amis.

Et maintenant, je suis formelle.

Mathyas Fischer est un redoutable aventurier.

Il a été condamné dans mon pays.

Ce serait une mésalliance pour votre famille.

Pauvre Bénédicte !

Désirez-vous que je lui parle ? Que je la prépare ?

Nous reparlerons de tout cela plus tard.

Jean va vous conduire à votre chambre.

J'ai donné 1 F de pourboire.

- Deux. - Un.

- Deux. - Bon. 3.

Je suis si heureux de votre retour. Si, si.

Quand on vit dans la méfiance et le doute,

quelle joie de retrouver quelqu'un à qui se fier !

Pouvoir lire à livre ouvert dans ce beau regard !

- Et alors, Dromard ? - Parfait.

- Un très joli feu d'artifice. - Bravo. Merci.

C'est la moindre des choses.

Mais si ! J'aime le travail bien fait.

N'est-il pas dangereux d'introduire ici un témoin ?

- Vous êtes méfiant, von Moersch. - J'ai mes raisons.

Mathyas, agent de l'Est, Dromard, sans doute agent français...

Ils sont éliminés. Une poignée d'hommes décidés

suffit à gouverner des moutons.

D'autres viendront. J'ai des responsabilités.

Je ne veux pas prendre de risque.

Ce soir, vous et votre précieux compagnon,

gagnerez une retraite sûre.

Et vous y attendrez mes ordres sans danger.

Raison de plus pour éviter les témoins de ce départ.

Sauf l'Italien, tout le monde vous a trahi.

Plus on s'élève, plus on est seul.

Plus on s'élève, plus on est seul.

Et là-haut, sur les sommets d'où l'aigle prend son vol,

Et là-haut, sur les sommets d'où l'aigle prend son vol,

il y a fort peu d'hommes supérieurs.

Mais je ne vous empêche pas de prendre vos précautions.

- Je vous en donne même l'ordre. - Alors comme ça, c'est d'accord.

Même pour Mme Murger ?

Mais voyons, même pour elle.

- Tu es sûr que Dromard est mort ? - Oui. Il faudrait un miracle.

- Bon. Alors tu y retournes. - Pour quoi faire ?

Voir s'il n'y pas eu de miracle. Je ne veux pas de témoin.

- Qu'est-ce qu'on parie ? - Ta peau.

- Et nous, qu'est-ce qu'on fait ? - Les bagages.

On liquide les témoins et on file.

- On emmène le marquis ? - Non.

Lui, il veut rester seul sur les sommets.

- Comment ? - C'est pas grave.

Dès que j'ai eu toutes les preuves en main, je vous ai fait libérer.

Il était temps. J'allais douter de la justice de mon pays.

Mais non, il faut pas !

Versez-lui à boire.

- Non, pas trop ! - C'est que de l'alcool.

J'ai cru que vous me trahissiez. Mais en prison, j'ai tout compris.

- Encore un petit coup. - Si, si.

L'affaire du courrier de Lyon, Monte-Cristo, Jean Valjean,

le duc d'Enghien, ils étaient tous là dans ma cellule.

Ils pleuraient.

Remettez-vous.

Ce ne sont que de petites erreurs.

Je sais bien qu'on a toujours l'espoir d'être réhabilité, mais...

Et le marquis...

Est un criminel.

Un homme si riche...

Incroyable ! Et puis tout...

Votre mission, votre cécité, toute cette conspiration...

Nous avons besoin de vous.

Tous ces événements, ça m'a un peu découragé.

Mlle Erika Murger est entre leurs mains.

Mais il faut porter plainte, la délivrer !

Il a compris.

La police intervient ce soir.

Pourquoi si tard ?

Ils ne fuiront pas avant la nuit. D'autre part, ils peuvent la tuer.

En nous voyant arriver. Notre progression doit être discrète.

Il nous faudrait les plans de la partie secrète du château.

- Je les ai. Je vais les chercher. - Nous venons.

Alors, on se quitte plus.

Erika Murger, ils l'ont enlevée sous nos yeux. N'est-ce pas ?

Il faut dire que votre arrestation l'avait beaucoup affectée.

Pauvre petite !

Elle criait : "Hubert !"

- Trochu ! - Mon commandant ?

Le comité de vigilance est en bas.

Celui-là, je le veux.

Vous avez récupéré ?

Rien que de le voir.

Sortez par l'escalier de service.

"L'escalier" ? Ah oui !

Elle a de bonnes idées, la Gretchen.

Ce ne sera pas long.

Comment ça va, la santé ?

Pas fort.

Viens, on va te soigner.

- Quel étage ? - Salaud !

Il aurait pas dû faire ça.

Personne d'autre ?

Juste ce tordu. On le liquide ?

Mais vous n'allez quand même pas tuer un homme de sang-froid ?

S'il faut se fâcher...

- Ils vont filer. - On a crié !

- C'est rien. Allons-y. - C'est par là.

Il faut démarrer tout de suite.

Vous êtes sûr ?

- J'envoie tout ? - Oui.

- La musique ? - On prévient Dromard.

- Prêt ? - Moi, oui.

Feu !

Et Wagner ? Maintenant !

Il faut que l'ampli chauffe.

Vite, nom d'un chien !

Ça y est.

J'étais sûr qu'ils se décideraient.

Quand j'ai pas vu revenir Raymond...

Et puis c'est pas son genre de rentrer tard...

Il est impossible de partir avec la voiture.

Là, nous sommes cernés.

Par les souterrains et les ruines, vous pourrez franchir les barrages.

Et moi ?

Certains morts servent mieux la cause que des survivants.

Goerman seul compte.

On protégera leur retraite

et on effacera traces et témoignages.

Allons, allons. Du courage.

Mme Murger a été enfermée.

Elle vous tiendra compagnie.

Il nous manquait une héroïne, nous l'avons.

Et si on se rendait ?

On risque un peu d'indignité nationale, mais enfin...

nous pouvons après reprendre la lutte.

Non. Une chose doit nous survivre :

Notre idée, notre idéal. Notre emblème.

C'est sur le sang que flotte un drapeau.

On est cuits. Toutes les issues doivent être gardées.

Lui seul peut nous en sortir par les souterrains.

De toute façon, pour nous, pas question d'être pris.

Bon.

Tu les retardes et tu nous rejoins.

T'en fais pas. Je vais m'en payer.

- Il faut y aller. - On n'avait pas prévu ça.

- Il faut savoir improviser. - Alors en route.

La honte. La réprobation universelle.

Nous allons à un désastre.

Sil ne se passe rien, que dira-t-on au marquis ?

On l'inculpera d'assassinat.

- Vous avez le mot pour rire. - Précisément, je ne ris pas.

- Il y a une femme en danger. - "Une femme" ?

Oh là là, quelle aventure !

Commandant ! Ils allaient filer. J'ai dû tout déclencher.

On les a surpris. Faites-moi venir le commissaire de police.

Moi aussi, je veux Goerman. D'accord ?

D'accord. Nous ferons les comptes après.

On m'avait dit qu'il était mort, lui. Vous aussi.

On vous expliquera plus tard.

Mathyas, avez-vous vu Erika Murger ?

Non, Dromard. Il n'y a plus personne dans les étages.

Ils ont dû l'emmener. Il est encore temps.

Venez.

Non, arrêtez-vous.

- Allons... - N'avancez pas.

Vus défendez Goerman, un assassin, un criminel de guerre.

Fichez-moi la paix. J'avais 4 ans, quand elle s'est finie.

Je défends mon père.

Je ne veux pas que Mathyas aille dans les ruines. On le tuera.

Vous autres avec vos histoires de gamine.

- Soyez prudent. Elle tirerait. - Et alors ?

Non, Bénédicte !

Exaltant, non ?

Tenez, commissaire. Mettez-la en état d'arrestation.

Mlle Bénédicte ? Sous quel motif ?

Menaces de mort. Ça saute aux yeux.

- Qu'y a-t-il là derrière ? - Une des entrées du souterrain.

Il se passe des choses. Rassuré ?

On ne me tire pas dessus.

Tiens, tiens.

- C'étaient des coups de feu ? - Un pneu crevé, imbécile !

Allez, embraquez-moi ça.

Dromard, les plans de Mérignac.

Je vais lui dire deux mots, au marquis.

Les issues sont bloquées. Nous allons les déloger.

Les souterrains mènent à la tour, aux ruines, aux communs.

Je vous préviens que ça va être difficile et dangereux.

Et alors ?

Allez-y. Il est là-haut.

On a cherché partout, il n'y a plus personne.

Il y a peut-être une autre issue.

Par là, on va aux communs. Un seul et minces espoir.

Dans les ruines, à part les deux, il n'y a plus rien.

Ne tirez pas !

Ne tirez pas !

- Qui est ce monsieur ? - Prozzi.

Jamais entendu parler de lui. On ne me dit jamais rien.

Je suis au courant de rien.

Goerman, descendez !

Vous m'entendez, Goerman ? Rendez-vous !

Le marquis ?

Goerman, c'était le marquis ?

Non. Non, pas possible.

Erika.

C'était lui ou c'était moi.

Elle a pas dû trop hésiter.

Allez récupérer von Moersch.

Que faisais-tu là-haut ?

C'est ce fou qui m'avait enfermée là.

Et là, il a essayé de m'étrangler.

C'est tout.

J'ai vraiment eu peur.

Enfin !

Désolé. J'aurais fort aimé vous l'avoir vivant.

Goerman, il est mort en 1945.

À Berlin.

À la chancellerie, avec Hitler.

C'est moi-même qui ai jeté l'essence sur le corps

et qui ai mis le feu.

Depuis seize ans, on le recherche.

Pourquoi avoir entretenu sa légende ?

En tant que représentant de Goerman, j'étais quelqu'un.

Au début, j'ai cru que la lutte pouvait continuer.

Après, j'ai été traqué par les commandos israéliens.

Il a fallu simplement survivre.

Alors des pauvres fous comme le marquis m'ont aidé.

Il y croyait, à sa révolution.

Vous, vous êtes un soldat, Dromard.

Je vous donnerai la liste de ses correspondants dans le monde.

Ils sont plus nombreux que vous croyez.

Mais tous, comme le marquis, des amateurs.

Goerman, lui, c'était quelqu'un.

Et puis c'était le bon temps.

Et si von Moersch mentait ? Si Goerman était venu au château

et nous avait échappé ? Le marquis l'a vu ?

On ne saura pas. Le marquis est mort. Quant à von Moersch,

il jurera que Goerman a brûlé à Berlin.

Qui a tué le marquis ?

Moi.

Légitime défense...

Il tentait de m'étrangler.

Moi, je veux bien. Et vous, vous n'avez rien vu ?

J'étais évanouie.

Ben voyons !

Et le Popof ?

Je l'ai fait transporter au château.

Le marquis est mort.

Vous m'avez fait peur.

Ça ne vous fait rien ?

Vous me dites ça quand tout est fini.

J'avais demandé qu'on m'attende !

Tu me jures qu'on n'aura plus de secrets ?

Parole d'honneur.

Ça, je ne le verrai pas.

Ah non !

Il faut pas vous formaliser, mon vieux.

Laissez-moi vous dire une bonne chose.

On n'est pas des gens fréquentables.

Sous-titrage : Isabel Fournier

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