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Zulu
"Papa,
Je continue à t'écrire malgré ton silence.
Pour ne pas briser le lien.
Pour ne pas me retrouver un jour en face d'un étranger qui sera mon père.
Pour ne pas t'oublier.
Tu m'en veux encore ?
De cette simple annonce ?
Ces quelques mots qui changent le cours de ma vie,
pas de la tienne.
Ne veux-tu pas entendre ma voix ?
Mon rire ?
C'est étrange, moins je te vois, plus je te ressemble.
Je te retrouve dans les miroirs.
J'ai tes cheveux,
la chaleur de tes mains dans les miennes, même en plein hiver.
Je me surprends à porter les cols roulés que je détestais, enfant.
Ceux que tu portais
quand on vivait à Londres.
J'ai cette même empreinte de peau vierge dans la barbe.
J'espère que ta drôle d'aventure te rend heureux.
Élever des cochons en Israël ?
Tu n'aurais pas pu faire du golf, comme tout le monde ?
Espères-tu ainsi provoquer Dieu,
obtenir une réponse ?
J'espère que tu la trouveras et me reviendras.
Mes amitiés à tes cochons.
Toi qui m'as toujours refusé le moindre poisson rouge."
J'ai une proposition à te faire.
Je t'écoute.
Si, au lieu de te retaper ta pièce merdique,
tu laissais un bel homme t'inviter à dîner ?
Excellente idée.
Mais je n'en vois pas.
Tu mérites que je t'abandonne ici.
"Comment allez-vous, monsieur ?"
Bonjour, M. Rosenmerck.
M. Rosenmerck !
"Comment allez-vous, monsieur ?"
Venez. On a un problème.
M. Rosenmerck ?
M. Rosenmerck !
12 mamelons, 13 porcelets.
Lui, c'est le plus petit.
- Il est faible. - Faible ?
Je ne vous suis toujours pas.
Je dois lui donner le biberon ?
- Essayez. - D'accord, j'essaie.
C'est un peu ridicule.
J'ai crié, en vain. J'ai sonné.
Il berçait son cochon, comme un bébé, tu imagines ?
Il m'ignorait. C'est un dégénéré.
- Tu as mis la date ? - Oui. On commence ?
Frotte, Rivka. Ajoute de la lessive.
C'est déjà fait.
Ce cochon ne me lâchera jamais.
On jette tout ?
Que dit la Torah ?
Papa, on commence ?
D'accord. Alors...
"Cher M. Rosenmerck,
C'est ma 3e lettre au sujet de votre élevage."
- La 2e. - Justement.
Il va vouloir le préciser, ça va l'obliger à répondre à la première.
- Malin. - Très malin.
Je ne vous expliquerai pas ma stratégie à tout bout de champ.
- Abraham. - Prêt.
"C'est ma 3e lettre au sujet de votre élevage."
Je le réécris ?
Non, je recommence.
Qu'est-ce que tu fabriques ?
Tu peux pas me réveiller toutes les nuits.
Je vais pas tenir.
Qu'est-ce que tu fais ?
Faut que je dorme, mon pote.
Seigneur...
Tiens. Laisse mes orteils tranquilles.
Allez.
- Que représente le serpent ? - Le Mal ?
Oui, et quoi d'autre ?
Un pénis ?
Ce n'est pas drôle.
Pardonnez-moi.
Le fermier a répondu.
Ah, bien.
On écoute la réponse du pauvre éleveur de porcs ?
Oui.
"Cher Rabbin,
J'ai... suivi..."
Vous lisez bien, mais donnez-la à Benjamin.
"J'ai mis les porcs sur pilotis,
comme des bungalows hawaïens sur la mer.
Leurs sabots ne frôlent jamais la Terre sainte.
Sauf bien sûr
quand vous me les achetez pour faire fuir les terroristes.
Dans le dernier New York Times,
j'ai vu un soldat de Tsahal avec un porc en laisse.
Ça discrédite votre réputation de dur à cuire."
Bon. Donnez-la-moi.
"Je respecte la religion, même si je ne la pratique pas.
Je ne cherche pas à vous blesser, contrairement à vous qui me traitez
de 'sagouin dégénéré'."
Je voulais qu'il réagisse.
"Toujours est-il que les Juifs israéliens se goinfrent de bacon,
que je leur vends dans un seul restaurant de Tel-Aviv.
Les œufs au bacon, que ça vous plaise ou non,
font un malheur.
Et dites-moi, où en est cette histoire de sang de porc ?
Les poches de sang porcin suspendues dans les bus
pour dissuader les terroristes de se faire sauter
en menaçant de les rendre impurs,
interdits de paradis.
Décrochez-moi ce contrat avec les transports
et terminé, le bacon.
J'ai pensé que,
vu vos opinions politiques singulières et votre ouverture d'esprit,
vous me comprendriez.
Quant à la route, je continuerai à la prendre.
Vous n'empêcherez pas mon commerce."
Qu'en pensez-vous ?
Harry 1.
Rabbin 0.
Dr Schwimann !
Dr Schwimann !
Dr Schwimann, attendez.
Annabelle.
Je ne vous attendais que demain.
Il faut que je vous parle.
À quel sujet ?
J'ai un problème. Je ne peux pas payer la séance, demain.
Mais si je l'annule, je vous la devrai de toute façon.
Pourquoi ne pouvez-vous pas payer ?
Mon père ne me donne pas mon argent depuis 9 semaines.
Le vôtre ou le sien ?
Je suis sur le divan, là ?
Vous avez 34 ans.
Et je suis étudiante, comme beaucoup.
Vous nous avez laissé une économie de merde.
Vous savez,
je pense venir travailler en skateboard.
Quoi ? Vous ne me voyez pas sur un skateboard ?
Non, vous avez raison.
Quelle idée absurde !
Je suis trop vieux pour le skateboard
et vous, pour l'argent de poche.
Vous viendrez à 17h, comme d'habitude.
Et quand vous aurez la première paye de votre futur travail,
vous me paierez.
Débrouillez-vous.
Merci, oui. En rentrant de New York.
Je vais voir ma mère.
C'est elle qui m'offre le billet.
C'est quoi, ça ?
Ça,
c'est le nom d'un excellent pédopsychiatre.
Il réussit à merveille avec les ados dans votre situation.
Alors, vous pouvez m'aider ?
Ça fait 3 heures que vous êtes là-haut !
J'ai tout essayé.
Votre voisin, Milad, qui cultive des vaches...
Il "élève" des vaches.
Quoi ?
On "cultive" pas des vaches.
Écoutez. Je parle anglais sur ce poteau, entouré de cochons.
- Lâchez-moi avec votre grammaire. - Désolé.
Désolé.
Alors, ce voisin qui cultive des vaches ?
Il veut pas de câble qui traverse un champ de cochons jusqu'à sa ferme.
Il est musulman pratiquant.
De l'autre côté, il y a Mme Lapierre.
Miss Israël 1965.
Selon elle,
Nazareth appartient aux chrétiens. La terre de Jésus.
Mais elle vous aime bien.
Ça, je le sais.
Elle vient me voir chez moi
pour que je l'invite à dîner.
Elle patauge dans la boue avec ses talons aiguilles
pour m'offrir des fruits.
Elle est fan !
Y a pas d'autre solution ?
Aller à l'est, jusqu'à la nouvelle colonie.
À l'autre bout, là-bas ?
Oui.
Mon Dieu...
C'est le moment d'invoquer son nom.
Vous avez une...
une pièce où on peut se parler,
filmer en vidéo, "chatter"... ?
FaceTime ou Skype ?
Dans moins d'une minute, vous parlerez à Monica.
Je veux pas parler à mon ex-femme !
C'est votre premier contact.
Harry ?
Tu es sur Skype ?
Désolé.
C'est du... jus vert ?
T'es vraiment en pleine crise, hein ?
Bienvenue sur Skype.
Encore une occasion de montrer à David
que t'as pas envie de lui parler.
Tu vas arrêter de parler une seconde ?
C'est toi qui appelles !
Tu as eu le nez fin :
je passe une IRM, aujourd'hui.
J'ai des vertiges.
Toi aussi...
Bonne chance, et...
à bientôt.
Merci de t'inquiéter.
Tu es hypocondriaque.
À moi.
Ignore notre fils, rejette notre fille
et snobe-moi pour tes cochons à la con !
Harry.
Comment je la fais taire ?
Cliquez sur le petit téléphone.
Notre fille de 34 ans ne peut pas payer son loyer !
Il y a deux téléphones, un rouge et un vert.
En parlant de cordons de la bourse, j'ai dîné chez...
Je vais raccrocher.
Salut.
Harry !
Connard.
Seigneur...
Cette femme...
Vous êtes le rabbin Cattan ?
Oui, c'est moi.
Dites, vous avez l'intention
de foutre ces saloperies de panneaux dans toute la ville ?
L'éleveur de cochons ? Enchanté.
Je ne viens pas faire de politesses.
Si vous n'arrêtez pas de me harceler,
je vais vraiment me fâcher.
Vous allez me tabasser ? Vous avez 100 ans.
100, hein ?
Vous, mon ami, vous faites 1 mètre de haut.
Vous avez fini ? Mes enfants m'attendent.
J'ai pas fini.
Ce pays a des lois.
C'est pas vous qui allez me dire
si je peux élever des cochons ou des putains d'alligators !
C'est à l'État de le faire.
C'est un pays juif, vous le savez ?
Vous savez que c'est aussi mon pays ?
Oui.
Alors lavez-vous
et cessez de nous humilier avec vos sales bestioles !
Vous, lavez-vous.
Virez votre barbe et votre uniforme à la con,
il fait 40 degrés !
Vous avez l'air de sortir d'un asile de fous, crétin !
M. Rosen...
M. Rosenmerck ! Venez pour shabbat.
Shabbat ça !
Connard.
"Papa,
je n'arrive pas à avoir de tes nouvelles.
Je commence à comprendre ce que ressent David.
Je pleurais sur mon petit cœur blessé
et pour la première fois, tu n'étais pas là.
J'ai du mal à croire que mes larmes
qui s'évaporent aillent au même endroit que l'eau de mer
ou de la cuvette des toilettes."
T'avais peur que je t'abandonne ?
"Il devrait y avoir des docteurs pour chagrin.
Pas des psys, ni des acupuncteurs ou ce genre de gourous.
Des vrais docteurs
qui localiseraient mon chagrin et le désinfecteraient."
Salut, papa.
- Salut, fiston. - Tu as bonne mine.
"Ça ferait mal un bon coup
puis, ce serait terminé.
Ils le recouvriraient d'une pâte rose,
comme un bonbon ou une guimauve pour les enfants sans dents.
Et le chagrin
étoufferait au lieu de moi.
Il n'y a qu'à toi que je peux confier mes peines de cœur.
Tu te souviens d'Esmeralda ?
J'avais 4 ans la première fois que j'ai aimé un garçon.
Je lui ai dit :
'Je t'aime, Tommy.
je veux être ton amoureuse.'"
Respirez.
"Et il m'a répondu :
'Je préfère Esmeralda.'
Je suis sortie de l'école
et j'ai attendu que les autres ne me voient plus.
Je me suis mouchée dans ta chemise en te racontant."
Ne respirez plus.
"Sans un mot, tu m'as consolée."
Respirez.
"J'ai dévoré une gaufre
et on a chanté dans la voiture.
Je quitte Bruxelles pour New York.
Cet hiver est trop froid.
À croire que le printemps ne reviendra pas, qu'il est mort,
comme l'amour que j'avais dans le cœur."
J'essaie de me dire que mes patients n'ont pas de famille,
pas d'attaches, pas de liens, pas d'histoire.
Pour les rendre abstraits, en faire des cas à traiter.
Je cherche la vie au-delà de leur regard.
Sinon, je ne tiens pas le coup.
Tu comprends ?
Tu veux que je change de médecin ?
Non.
Quand on s'est rencontrés,
tu nous as ouvert, à Harry et moi.
Lui, c'était le beau médecin.
Moi, l'interne français.
Tu étais pieds nus, tu te souviens ?
Dans le grand appartement de tes parents sur la 74e.
Tu as vu Harry le premier.
Il sait se faire remarquer le premier...
C'était déjà trop tard.
Je savais que j'étais battu.
Tu étais lumineuse.
Magnifique.
Je me suis dit : "Cette femme sera toujours magnifique."
Combien de temps il me reste ?
On peut ralentir les choses.
Je te demande...
un chiffre.
Difficile à dire.
J'hésite à t'infliger de la chimio
pour ne gagner que quelques mois.
Dis-moi, Michel.
Ça va m'aider.
Avoir le temps de se préparer,
c'est un luxe, non ?
Les gens vivent
comme s'ils n'allaient jamais mourir.
Je veux profiter de cet avantage.
Transformer les moments perdus
en moments précieux.
Un an.
Plus ou moins.
Un an, Monica.
Salut.
Content de te voir.
Tu entres ?
Allez !
On y va.
Maman est là.
C'est le critique du Times.
Un sale con.
J'irai droit au but.
Tu n'es qu'un vieux con indécrottable.
Pourquoi refuses-tu de parler à ton fils ?
Crie-lui dessus, disputez-vous !
Rien n'est pire que ce silence ronchon.
D'un autre côté,
je te remercie.
Je suis invitée par le Tout-New York
depuis que tu t'es mis à élever des cochons.
Dès que je raconte ça, je fais un tabac.
Cela dit, je doute que cela mette un frein
à l'antisémitisme.
Chère Monica,
tu appelles ça "être brève" ?
Ta lettre fait deux pages.
Si tu permets, j'ai du travail, moi.
Cher Harry,
Élever des cochons en Israël ne fait pas de toi un rebelle.
Ça fait de toi un pornographe culinaire, au mieux.
Tu es
le Larry Flint
du bacon.
Harry Flint au Moyen-Orient.
Chère Monica,
Porter des talons aiguilles à New York ne fait pas de toi Carrie Bradshaw.
Tu es parvenue à élever un fils gay
et une éternelle adolescente
pour éviter le mot "mamie",
mais quand même...
Cher Harry,
tu as raté la première de la pièce de David.
C'est merveilleux de savoir que vos enfants vous aiment
et sont fiers de vous avoir pour mère.
Toi, en revanche,
tu t'en prends plein la gueule.
Vous me suivez ?
Non.
Il est où, votre petit vélo pourri ?
Vous allez à un rendez-vous galant ?
Je vais
sur la tombe de ma mère.
Excusez-moi.
Et vous, vous allez à un rendez-vous galant ?
Je vais voir un vieil ami rabbin.
Et de quoi...
ça parle, deux rabbins ?
De la Torah.
Formidable.
Tu fais le premier bain, puis encore un.
Ne les laisse pas trop longtemps.
Ça va nous prendre la journée.
T'as pas développé depuis quand ?
Des années.
Ça fait des années.
Et c'est moi qu'on traite de fou.
"Cher papa,
Annabelle a enfin trouvé le courage de développer ses photos du 11-Septembre.
Ce jour-là, pour la première fois, j'ai fait l'amour avec un homme.
Ça paraissait si juste.
Et si mal à la fois.
C'est fou comme les hommes confondent l'histoire du monde et la leur.
Comme on est mégalo,
même dans l'horreur.
Je me suis senti coupable, pour les tours.
Comme si mes cris couvraient ceux des gens qui tombaient sur le bitume.
Comme si mon torse,
collé à celui d'un autre,
avait joué un rôle dans cette tragédie."
- Vous avez vu... - Maman !
J'ai essayé de l'arrêter.
Je t'en prie !
Tu as les yeux rouges. On dirait
les lapins albinos des animaleries.
On était dans le noir.
- Vous avez vu le Times ? - Non. Toi oui ?
Ce connard faisait semblant de dormir. Il a un avis très arrêté sur ta pièce.
Il est 9h du mat.
À quelle heure sort ce journal, à ton avis ?
Je voulais passer du temps avec David.
Eh bien,
je veux passer du temps avec vous deux.
J'ai apporté des bagels.
Bien !
C'est bon, laisse-le.
Ta main derrière ton petit doigt,
paume du gant vers moi.
Regarde.
Quand tu joues,
si tu rattrapes la balle au sol, ta main doit être là.
Pourquoi ?
Pour prendre la balle et la lancer
où il faut.
Si ta main est là...
Vous regardez du base-ball ?
Bien sûr.
- Où ça ? - Sur la chaîne des sports.
- Où ? - Sur la chaîne des sports.
Oh, à la télé !
M. Rosenmerck ?
J'ai remarqué votre affection pour ce cochon,
alors je me suis permis de lui coudre ça.
Merci.
De l'affection...
C'est plutôt...
Sa mère l'a abandonné quand il était bébé, enfin porcelet...
Vous savez, Harry,
avoir de l'affection pour quelqu'un n'a rien de honteux.
Non, bien sûr.
Merci beaucoup.
Ta gueule.
C'est ta petite amie.
Entrez !
Bonjour.
Je suis le père Eusebius de Nazareth.
Enchanté.
Nous ne nous connaissons pas, mais je vous ai écrit.
Vous êtes bien Harry Roselmeve ?
Oui. Rosenmerck.
Asseyez-vous, je vous en prie.
Vous buvez quelque chose ?
Non, merci.
Je ne cède pas aux tentations.
Vous défiez les stéréotypes.
De l'eau ?
Ça aussi, c'est une tentation.
L'une des plus belles offrandes que le Tout-Puissant nous ait faites.
Bien sûr. Pardonnez-moi.
Rosenmert, c'est belge ?
Rosenmerck. C'est polonais.
Je suis belge.
J'ai entendu tout de suite.
Veuillez excuser le désordre.
C'est mon copain, Judas...
"Judas" ? Ça vous amuse de rire de notre religion ?
Non.
Vous n'y êtes pas du tout.
C'est une longue histoire.
Que puis-je pour vous, mon père ?
Nous voulons que vous partiez et que vous restituiez son dû à l'Église.
De quoi s'agit-il ?
Cette terre.
Selon plusieurs documents,
et même l'émotion qui m'a étreint en entrant ici...
C'est ici même que Jésus-Christ a vécu.
Cet endroit est le bien de l'humanité.
Vous habitez les vestiges de la demeure de Jésus.
Ne le sentez-vous pas ?
Ne sentez-vous pas les vibrations ?
Le sentez-vous, M. Roselmet ?
Rosenmerck, et... non.
Vous recevrez un courrier du pape
qui, lui, ne trouve pas ça drôle.
Il pourrait venir vous voir.
Je suis un peu fatigué.
Envoyez-moi tout ça par écrit.
C'est fait.
Vous n'avez pas répondu.
Nous avons enclenché le processus.
Nous allons changer le monde en vous rachetant ce terrain,
M. Rosenmer.
Il était une fois les Juifs,
les musulmans, le pape et moi...
Et ils entrent dans un bar.
C'est le début d'une histoire drôle.
Vous m'écrirez quand vous aurez trouvé la chute.
Trouvez-la vous-même, M. Rosenmorv.
C'est vous, la chute.
Je reviendrai
car Dieu est en moi.
Et si Jésus revient,
ce ne sera pas dans une porcherie.
- Prends ça. - Tu es sûre ?
C'est ton préféré.
Il te portera chance.
Faut que j'y aille.
Embrasse ton père pour moi.
Il serait temps que tu embrasses quelqu'un d'autre.
Persuade-le d'appeler David, si tu peux.
Glisse ça dans le mur des Lamentations.
C'est très important.
Tinder est beaucoup plus efficace.
Fais-le pour moi.
D'accord.
Chérie, tiens...
prends ça.
Papa va s'en occuper...
En cas d'urgence. On sait jamais.
Achète-toi des robes, soûle-toi.
- Trouve un mari. - Bon Dieu, maman.
Salut. J'y vais.
Regardez comme il est gras.
En fait...
je n'avais pensé qu'à la partie élevage,
pas à la partie boucherie.
Il va devenir un délicieux jambon.
On peut attendre un peu.
La route est bloquée, on n'arrivera jamais à l'abattoir.
On va attendre un peu, d'accord ?
Ça avance, avec le rabbin Cattan ?
Je vais chez lui ce soir pour shabbat.
On apporte quoi, quand on va dîner chez un rabbin ?
Je suis bouddhiste.
Regardez sur Google.
Pour réussir une bkaïla parfaite, lavez 1,5 kg d'épinards
dans une bassine,
émincez-les
et faites-les frire.
Dès qu'ils brunissent,
remuez sans cesse pour qu'ils ne brûlent pas.
Attention, c'est tout un art.
Quand ils sont bien croustillants,
ajoutez 2 litres d'eau,
un oignon coupé en dés...
Ma tante Huguette mettait l'oignon avant l'eau, pas ma mère.
Il y a deux écoles.
Ajoutez 3 gousses d'ail
broyées,
puis les épices :
une dizaine de feuilles de menthe ciselées,
2 cuillères de cannelle moulue, sel et poivre.
Dès que vous obtenez un magma bouillonnant,
ajoutez la viande.
Casher, évidemment. Pied de bœuf en rondelles,
macreuse...
J'aime ajouter du veau, c'est ma touche personnelle.
Laissez mijoter à feu doux 3 à 5 heures.
Le plus longtemps possible.
Servez très chaud et régalez-vous.
Rabbin ?
Shabbat shalom.
Shabbat shalom.
Je vous ai apporté... des livres.
C'est très gentil.
Je n'ai pas pris de risques.
Je dois passer un coup de fil.
Je n'ai pas de réseau, chez moi.
Pourrais-je m'isoler un instant ?
Allez dans le jardin.
Faites vite, shabbat va commencer.
Heureusement que mon forfait est agnostique.
Mazel tov.
Toda raba.
Monica.
J'ai eu ton message.
Qu'y a-t-il de si urgent ?
Vos enfants, ça va ?
C'est leur mère.
Une vraie casse-couilles.
Je pensais que les casse-couilles étaient immortelles.
Simon ! Qu'est-ce que...
Mon aîné, Simon.
Vous connaissez la bkaïla ?
Non, je ne crois pas.
C'est meilleur que ça en a l'air.
C'est sûr.
Je vous crois.
Très bon.
J'ai parfois l'impression que notre mur se referme sur nous, comme un tombeau.
Il y a trop de murs, de toute façon.
Il m'arrive de recevoir dans mon bureau
des couples en plein divorce,
des femmes blessées
qu'on croit apaiser en leur donnant de l'argent, ça les humilie.
Elles ont besoin d'autre chose, qu'elles ne peuvent pas exprimer.
Quand on l'a perdu, c'est fini.
Les Palestiniens sont un peuple fier,
mais ils veulent retrouver une chose morte :
le passé.
Même s'ils avaient
toute la terre d'Israël,
ils ne seraient pas satisfaits.
Assez de politique ?
Oui.
Il est tard, je vais rentrer.
Non, c'est indigne.
Vous recommencez avec les cochons ?
Non, enfin oui mais non.
Vous ne devez pas conduire.
Abraham.
On dort.
Bonne nuit.
Mon fils Simon
aura 18 ans le mois prochain.
Il ne veut pas étudier la Torah, mais faire l'armée. On est en Israël.
Mais il trouve qu'on devrait avoir d'autres choix que Dieu ou la guerre.
Vous avez un fils ?
Je suis désolée, mais vous souhaitez adopter seul
et vous avez révélé votre homosexualité, donc...
Donc ?
C'est incompatible ?
Vous voyagez beaucoup.
Vos revenus sont irréguliers.
Je suis un dramaturge très en vue.
Et il y a votre relation avec Dieu.
Avec qui ?
Et votre orientation sexuelle...
Je regrette, votre candidature est rejetée.
Donc, vous me dites
qu'un dramaturge homosexuel n'est pas apte à être père ?
Je n'ai pas dit ça.
C'est précisément ce que vous avez dit.
D'ailleurs,
vous auriez pu être moins grossière.
Merci de m'avoir reçu.
On l'aura, notre bébé.
Je ferai ce qu'il faut.
Ne t'inquiète pas.
Ah oui ? Et tu feras quoi ?
J'en trouverai un.
On en volera un dans le parc.
Un enfant moche qui ne manquera à personne.
Merci.
PROPRIÉTÉ DE JÉSUS
Monica.
Harry ?
Encore une erreur de destinataire ?
Non. J'essaie de joindre Annabelle.
Elle ne répond pas au téléphone.
Je suis un peu inquiet.
Il y a eu des tirs de roquettes.
Je déteste la savoir seule.
Elle m'a écrit hier, elle va bien.
J'appelle David.
D'accord, merci.
Cette peur, cette crainte,
quand on n'a pas de nouvelles d'un proche...
Deux ans avant qu'on se sépare,
tu es...
parti une semaine, sans explication.
Il "fallait" que tu le fasses.
Si tu m'avais trompée,
tu aurais inventé une meilleure excuse, un vrai prétexte.
Et aujourd'hui,
j'ai besoin de savoir.
Tu veux bien me dire où tu es allé,
qu'on tourne la page ?
Garde un œil sur Annabelle pour moi.
D'accord.
Monica...
Michel s'occupe bien de toi ?
Oui.
Il a toujours été amoureux de toi, le salopard.
Dernière chance d'être jaloux.
Désolée, je ne parle pas hébreu.
Qu'est-ce que vous faites là ?
Pourquoi passer de l'autre côté ?
Pour regarder.
Sans raison valable, vous ne passez pas.
Je vous en ai donné une.
Vous êtes journaliste ?
Non. Je veux simplement voir par moi-même.
Écoutez, je passais l'été ici, enfant...
On a gâché vos souvenirs d'enfance avec notre vilain mur ?
Oui, c'est ça...
en fait, oui.
Je ne parle pas hébreu...
- Vous êtes de quelle nationalité ? - Américaine.
Dans ce pays, où personne n'est jamais d'accord sur rien,
90 % des Israéliens ont voulu ce mur
après qu'une boîte de nuit remplie d'ados a sauté sous une bombe.
Le pays entier était enfin d'accord.
Je m'en souviens.
Vous vous souvenez avoir lu un article,
entendu les nouvelles,
mais vous ne vous en souvenez pas.
Si vous passez de l'autre côté,
vous ne rentrerez peut-être pas ce soir.
Ça ne vous dérange pas d'humilier des familles entières ?
Ils sont humiliés
car pour eux, c'est un mur de ségrégation.
Pour nous, c'est un mur de protection.
Pas humiliant.
Nécessaire pour être en sécurité.
Puis-je prendre quelques photos, s'il vous plaît ?
Pour Instagram ?
- Circulez. - J'ai compris.
Regarde ce qu'ils m'ont envoyé. T'y crois, toi ?
Ils exigent une réunion à minuit.
Où ça ?
L'église Notre-Dame de l'Effroi, ou un truc comme ça. Tu connais ?
Je n'entre pas dans les églises.
Si tu entrais dans une église
en mangeant du jambon de Parme,
ça s'annulerait ou tu irais en enfer deux fois ?
Arrête tes blagues débiles, rentre chez toi
et oublie le prêtre.
C'est un illuminé, il n'est même pas catholique.
L'ancien prêtre ne lui parle plus :
l'an dernier, il a voulu canoniser une pizza qui ressemblait à la Vierge.
Intéressant.
T'as eu la varicelle ?
Oui, à 6 ans.
Pourquoi ?
Trois de mes enfants l'ont,
ma femme a pris la voiture, il faut aller chercher Saul à l'école.
J'y vais.
Merci.
Et n'approche pas de l'église.
Ils vont vouloir te crucifier.
Ou te convertir !
Il ne vous connaît pas.
Mais si, il me connaît.
On voit de ces choses, de nos jours, monsieur...
Rosenmerck.
Son père ne vous a pas prévenue ?
Il a parlé d'un ashkénaze.
C'est vague.
Regardez, il a peur.
Très bien.
Je comprends.
Merci.
Harry, attends !
Tu vas abîmer son bandana.
Mazette !
Tu ne diras rien à ton père ?
Promis.
Bon, ça suffit, les garçons.
On s'est bien marrés.
Tirez-vous.
J'ai appelé les flics.
Vous n'avez pas le téléphone.
Et vous, vous êtes siphonné.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire
barjo.
Si je suis si fou que ça,
acceptez notre offre avant de le regretter.
C'est une menace ?
Je suis un messager. Dieu vous demande de partir.
C'est lui
qui s'occupe des papiers pour racheter ma ferme ?
Ce n'est pas une ferme.
C'est la demeure du Seigneur.
Alors, faites-lui installer un putain de téléphone.
Pousse-toi, avec ta robe.
Je suis désolé.
Tu sais ce que c'est de ne pas savoir où tu es ?
J'étais comme un fou. J'ai appelé, je savais pas où tu étais.
Qu'est-ce qui te prend ?
Pourquoi on s'enterre ?
Pourquoi on s'enterre quand on est en vie ?
Ton histoire avec Esmeralda et Tommy, il faut l'oublier.
Tout ce qui tire vers l'arrière, c'est idiot. Et je suis sûr
qu'un tas d'histoires magnifiques t'attendent.
Magnifiques.
Elles vont venir.
De toute façon, tu ne mourras jamais, hein ?
Non. Impossible.
Il te reste de belles années de thérapie.
À chaque fois que tu venais déjeuner avec moi,
j'espérais qu'un jour, tu me montrerais tes seins.
Et me voilà devant ta tumeur.
Tu la trouves sexy ?
Viens, je t'emmène en bas.
On a les meilleurs sushis de Manhattan.
Tout le monde pense avoir "les meilleurs sushis de Manhattan".
Et le meilleur ostéopathe.
On ne peut pas tous avoir le meilleur.
Non. Mais le mien, c'est le meilleur.
Je n'en doute pas.
Et c'est le meilleur ostéo.
Il te replace la colonne pendant que tu manges des sashimis.
Gros talent.
J'ai l'impression d'être déguisé.
Je me déguisais en rabbin avant d'en devenir un.
Tu vas devenir ce que tu dois être.
Et alors, tu ne te sentiras plus déguisé.
On se sent déguisé
jusqu'à ce qu'on trouve sa voie.
Ça prend du temps, Simon.
Ne t'en fais pas.
Papa.
Ça te va à merveille.
Comme un gant !
J'avais oublié que l'hiver existait.
- David m'a demandé... - À propos de l'argent...
Ça ira. Je vais me débrouiller.
Je pense vraiment que...
ça te rendra plus heureuse.
- Et toi ? - Quoi ?
Tes cochons. Ils vont te rendre heureux ?
Oui, ils me rendent heureux
avant que je sois triste.
T'es pas restée très longtemps,
je trouve.
Écoute, Annabelle.
Veille sur ta mère, d'accord ?
Pourquoi tu dis ça ?
Les enfants...
ne voient pas leurs parents vieillir.
Je t'aime, ma chérie.
Fais attention à toi.
Vous ne voulez toujours pas connaître le sexe ?
- Non. - Si, on veut.
Dans les films, les gens font des trucs dingues.
Ils sautent des avions, ils nagent avec les baleines...
comme si de rien n'était.
Et moi, je suis là...
Ça m'intéresse pas, tout ça.
Moi, je veux seulement...
être avec toi et David et voir ce qui arrive.
Ça arrive quand,
ce qui doit arriver ?
Dans un mois.
T'en fais pas, tu seras là.
Tu verras.
Tu ne veux vraiment rien faire d'autre ?
Si je pensais mourir demain,
j'irais voir Mme Azzo.
Je lui dirais que c'était une salope.
Elle me disait tout le temps
que tes dessins étaient bizarres. C'est fou.
Mon instit de CP ?
Elle était nulle. Une vraie salope !
Aucune imagination. Une horreur, cette instit.
Elle t'a traumatisée.
- Où tu vas ? - Voir Mme Azzo.
Je me retiens depuis des années.
Maman !
Désolée.
Dis...
quand est-ce que tu vas
me laisser tranquille avec mon jambon ?
Combien de porcelets ont grandi dans ta ferme ?
200, pourquoi ?
Le petit Judas, tu y es attaché, tu le traites comme un enfant.
Oui, je l'aime beaucoup.
Tu le grilles quand pour le manger ?
T'es malade ? Je vais pas le manger.
Sa famille, alors.
Si tu veux un psy, c'est facile à trouver, en Israël.
C'est très gentil.
Certaines religions interdisent le porc
pour des questions d'hygiène.
Ma théorie, c'est que l'ADN du porc est proche du nôtre.
Après le crash dans les Andes,
les survivants ont dit que les morts avaient le goût de porc.
Nos poils roussis ont le goût de porc.
Les cochons aussi font tout pour survivre :
ils mangent leurs déchets, leur merde, ils se mangent entre eux.
Ne pas manger de porc préserve notre condition humaine.
Ça nous distingue de l'animal.
J'ai demandé à Hassan :
"Pourquoi les musulmans ne mangent pas de porc ?"
Qu'a-t-il dit ?
Il a dit :
"C'est la volonté de Dieu."
Vous les Juifs, vous réfléchissez trop.
Non. Le judaïsme n'est pas qu'une religion de foi,
mais de questionnement.
Les coiffures, le maquillage...
Richard Jacob, le merveilleux critique du Times ?
C'est bien moi.
C'est ce que je pensais.
J'étais à côté de vous
pendant la nouvelle pièce de David Rosen.
Ma pauvre.
Non !
J'ai adoré la pièce.
Mais j'ai eu du mal
à me concentrer.
Avec vos ronflements.
Je me suis endormi tout de suite.
Oui, en effet.
Avant même que le rideau se lève.
J'ai donc été très étonnée
que vous ayez pu écrire une critique.
Pas besoin de déshabiller une grosse pour savoir qu'elle vous fera pas bander.
Ça, c'est pour mon fils
et pour toutes les sublimes grosses.
De leur part :
allez vous faire foutre !
Elle est dingue, cette connasse. Regarde ça.
Pauvre conne.
Ressers-moi.
J'ai un cancer, excusez-moi.
Pardonnez-moi. Il faut me comprendre.
Je vais mourir.
Je vais mourir.
Je trouve ça vraiment injuste
d'être méchant.
Ne soyez pas méchant.
Tant de fleuves à traverser...
Sale taré de connard de merde !
Connard.
Emmène-moi à l'église.
Tout de suite, Moshe.
Allez !
Je n'entre pas.
Ne fais pas de bêtise.
J'attends ici !
J'attends ici.
Allez...
Tu m'entends ?
Mets une chemise. Viens manger le dessert pour mes 40 ans.
Je ne peux pas.
Tu n'es pas sorti d'ici depuis des mois.
J'écris et tu le sais.
- À qui ? - Pas à quelqu'un.
Va voir ta mère pendant qu'elle est là.
Écoute.
Ne me dis pas comment gérer ça.
Chacun réagit différemment face à la mort.
Ce n'est pas toi qui vas mourir.
Es-tu narcissique à ce point ? C'est elle qui va mourir.
Elle est toute maigre, elle disparaît à vue d'œil.
Tu sais ce qu'elle me demande ?
De lui apporter ton linge sale.
C'est le seul lien qui lui reste avec toi : ta saleté.
Et tu refuses de la voir ?
Il ne s'agit pas de mort.
Elle est en vie, elle est là.
Elle se bat et tu refuses de la voir.
C'est comme ça, dans la famille.
Je suis leur prisonnier, ce sont les miens.
Mais on est une famille, malgré tout.
Une famille qui ne se touche pas.
On ne cuisine pas, on ne mange pas, on ne naît pas, on ne meurt pas ensemble.
On s'écrit.
On se... ressent de loin.
Ce n'est pas ta famille, c'est ton père.
Dès que tu as la trouille, tu t'enfuis.
Tu rejettes ce qui te déplaît, te met mal à l'aise.
Tu te caches derrière lui.
Tu appelles ça de l'amour ?
Mais il n'est même pas là !
Va te faire foutre.
D'accord.
Mais si tu ne vas pas voir ta mère, je te quitte.
Mazel.
Je ne peux pas venir demain, tu sais.
Yom Kippour.
Le Grand Pardon.
Pourquoi tu dis ça comme ça ?
Comme quoi ? T'es parano, ma parole.
Comme tu n'es pas bien,
je ne t'encouragerai pas à jeûner.
Je ne jeûnerai pas.
Moshe...
Merci.
M. le rabbin...
Oui, M. Rosenmerck.
Je me demandais...
Doit-on déclarer son amitié comme on déclare son amour ?
Je crois bien, oui.
Mais en silence.
- C'est moi. - Oui, Monica.
- Tu es seul ? - Oui.
Entre.
Tu es essoufflée.
Ça va ?
Tu ne devineras jamais ce que j'ai fait.
Du parachute ?
D'abord,
j'ai apporté des cadeaux à ma petite-fille.
C'est une fille.
Je suis la seule à le savoir.
Évidemment que tu le sais.
Je lui ai acheté
tout ce dont rêve une petite fille.
De la naissance à ses 21 ans.
Je serai toujours là.
Sa grand-mère la fée.
Tu seras toujours là, de toute façon.
Et Michel...
j'ai abandonné ma rancœur.
J'ai rattrapé des années de retard avec tout le monde.
Et alors ? Comment tu te sens ?
Je me sens... vivante.
Je ne veux pas que mes enfants me voient souffrir.
"Mes enfants...
j'ai eu ma part de chagrin et j'ai eu ma part de joie.
Quand je suis devenue mère,
ma vie a pris un sens complètement différent.
J'ai tout fait pour vous laisser des traces de qui j'étais
afin que vous trouviez les pièces de votre propre puzzle.
J'ai pensé mille fois que j'allais partir trop tôt,
avant de vous avoir laissé le mode d'emploi du bonheur.
J'ai cru que je le trouverais pour vous.
Ça a été la quête de ma vie.
Trouver la formule
qui inscrirait un sourire sur votre visage à jamais."
"Cher David,
quand le téléphone a sonné
et qu'Annabelle m'a appris la mort de ta mère,
je suis allé dans la salle de bains,
je m'y suis enfermé
et j'ai sangloté."
"David, Annabelle,
l'idée que vos prénoms
continueront à résonner dans une pièce vide
me rassure et me broie.
Quand votre père et moi nous sommes quittés,
les nuits où vous dormiez chez lui,
je m'allongeais dans vos lits et j'imaginais
que je vous caressais les cheveux
jusqu'au sommeil
alors que vous dormiez sous son toit.
J'imaginais que, peut-être,
une chose en vous le ressentait
et que ça vous apaisait.
Mais je me racontais des histoires :
c'est moi qui m'endormais en imaginant vos corps chauds contre moi."
"Mes dernières larmes remontaient à ta naissance.
C'étaient des larmes de joie.
Je n'ai pas pleuré pour ma mère, mais...
je l'ai fait pour la tienne."
"Là où je vais,
je serai avec vous.
Et tous les soirs,
vous sentirez ma main sur votre tête.
Je vous le promets."
Annabelle ?
David, ouvre !
Ouvre, bon sang !
Elle est morte !
Ouvre ! Je peux pas faire ça toute seule !
Elle est morte !
Putain !
Annabelle ?
Tu perds les eaux.
"On a en nous des forces qu'on ignore,
des chagrins aussi.
C'est à toi que j'écris,
vers toi que je me tourne.
Toi, à qui je ne parle plus
depuis plus de six ans.
Un jour,
on devient l'enfant de ses enfants.
Ce jour-là est venu.
J'imagine ta douleur et tes remords
de n'avoir pas vu ta mère lors de ses derniers jours.
Je comprends ce que tu as fait."
Pardon.
"On n'admet pas que ceux qu'on aime soient mortels.
J'ai fait la même chose avec toi, j'ai décidé
que tout ça n'existait pas.
Que le David que tu m'imposais n'existait que pour les autres,
que le mien était toujours là.
Dans ma tête,
David est marié avec une jolie blonde.
Dans ma tête,
David a un fils.
Je le fais sauter sur mes genoux.
Dans ma tête,
David est médecin
et nous jouons aux échecs.
Je crois le connaître,
mais il me bat à chaque fois.
Je ne sais pas qu'au fond de lui, David n'est pas si simple.
Dans ma tête,
David n'embrasse pas d'autres hommes sur la bouche.
Ma tête est un sac de larmes,
de regrets
et d'un temps bien trop court.
Je t'en voulais,
et je t'en veux encore.
Je t'en veux
que ma mère soit sortie des camps où mon père est mort,
qu'elle m'ait porté contre l'horreur,
que le bébé malade que j'étais ait lutté pour survivre,
que je t'aie fait naître et que tu arrêtes tout ici.
Comme si tu donnais raison
à la mort.
À la fin de notre nom.
Aux ténèbres.
Mais qui s'en soucie, n'est-ce pas ?
On s'en fiche, des noms.
Des survivants,
puisqu'ils meurent aussi.
Que tout s'en ira. Moi aussi.
Surtout moi.
Je serai là jeudi pour le kaddish.
Pour mettre sous terre celle que j'ai aimée.
Je vous protégerai, toi et ta sœur, sous mon talith de père.
Et bientôt, vous trois.
Puisque Monica n'est plus parmi nous
mais qu'une autre est déjà là.
Pardon, mon fils.
Mes silences,
David,
faisaient le bruit de l'amour."
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