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Merci.
Bienvenue au château de Maintenon, inséparable du destin extraordinaire que
vais vous faire découvrir aujourd 'hui.
Celui de Françoise d 'Aubigné, marquise de Maintenon, épouse secrète de Louis
XIV, le roi Soleil.
Son parcours est incroyable.
Née dans une prison d 'un père assassin qui séduit la fille du geôlier,
Françoise d 'Aubigné est une demoiselle pauvre d 'origine protestante.
Pas à pas, elle va pourtant grimper tous les échelons de la société avec pour
seules armes son charme et son intelligence.
Afin d 'éviter le couvent, il lui faut épouser le poète comics Caron, cul de
jatte repoussant mais plein d 'esprit.
Devenu veuve, sa réputation de grande vertu lui vaut d 'être choisie pour s
'occuper des enfants bâtards de Louis XIV.
Un emploi subalterne, mais dans lequel la discrète et subtile Françoise réussit
pourtant à merveille. Au point que Louis XIV tombe amoureux d 'elle et finit par
lui proposer, chose inouïe, de l 'épouser. Mais ce sera un mariage
Autant dire la promesse d 'une vie bien compliquée parmi les choses trappes de
la cour.
Mais voici maintenant la véritable marquise de maintenant, sans laquelle,
faut le dire, la fin du règne du roi Soleil n 'aurait pas été tout à fait la
même. Pendant près de 40 ans, Françoise de Maintenon a su garder le cœur du plus
grand roi du monde, ce qui fait d 'elle une des plus grandes séductrices de l
'histoire.
Toute la cour savait que le roi rencontrait sa femme.
Elle a dit, un jour, il serait allé chercher son plaisir avec d 'autres s
l 'avait trouvé avec moi.
Nous entrons dans la pièce qui nous rapproche le plus de Madame de
chambre à coucher.
Dans le château qui lui sert de refuge, Nous découvrirons les trésors méconnus
de l 'épouse secrète du roi Soleil. Des plus spectaculaires aux plus intimes.
Des Antilles au Poitou, nous partirons à la recherche de la petite fille pauvre
qu 'on appelle Bignette.
Elle va être obligée à l 'âge de 12 ans d 'aller mendier la soupe de la famille.
Marquée par une enfance difficile, Madame de Maintenon décide de fonder l
'institution de Saint -Cyr.
Au point de devenir la pionnière de l 'éducation des filles.
J 'oserais presque dire que c 'est une féministe du grand siècle.
Sa première école, c 'est l 'univers haut en couleur des salons littéraires,
sous la houlette de son premier mari, Scarron.
C 'est un mariage scandaleux parce qu 'on se dit que cet homme est
une horreur. Il disait qu 'il faisait des coyonneries, qu 'il en ferait à son
épouse, ou plutôt qu 'il lui en apprendrait.
Nous enquêterons sur la sinistre affaire des poiseux.
dans laquelle le destin de la veuve Caron n 'aurait sans doute pas été le
C 'est une affaire de barbares, une affaire de sauvages, et qui retombe
une odeur nauséabonde sur un Versailles qui est brillant d 'or.
Au château de Versailles, nous aurons accès au sanctuaire privilégié qui
les amours de Louis XIV et de Françoise.
Un étonnant conte de fées qui durera... Jusqu 'à ce que la mort les sépare.
C 'est presque Cendrillon.
Cendrillon au grand siècle.
Le chef -d 'oeuvre de Madame de Maintenon, c 'est sa vie.
Dans la cour d 'honneur du château de Maintenon, le bâtiment que vous
à côté de moi a été construit par l 'architecte Jules -Ardoin Mansart.
au moment où Françoise de Bigné devient la favorite du roi Louis XIV.
Vu d 'ici, il a toutes les apparences des communs de château, là où on loge
domestiques. Mais en fait, ce bâtiment tout simple nous réserve une surprise.
Suivez -moi.
Aménagée au XIXe siècle, donc bien après la mort de la marquise, cette étonnante
galerie d 'apparat avec ses blasons en stuc, ses dorures et ses imposants
meubles de style boule est sans doute le lieu le plus spectaculaire de la
maison. En 1698, Madame de Maintenon marie sa nièce préférée, Françoise
Charlotte, à l 'un des plus grands seigneurs du royaume, Adrien Maurice,
duc de Noailles et maréchal de France.
Ce qui fait de la prestigieuse famille de Noailles les héritiers de l 'ancienne
veuve Scaron, devenue la reine cachée de Versailles.
Sur 40 mètres de long, on découvre ici les portraits des grands hommes de la
famille de Noailles, maréchaux, cardinaux ou diplomates sous les armes
famille.
Il y a ici quelques souvenirs de Madame de Maintenon que j 'aimerais vous
montrer, parce qu 'ils illustrent un des principaux traits de caractère de celle
que Louis XIV appelait parfois « Sainte Françoise ». La piété, la dévotion
religieuse et le souci d 'une vie spirituelle authentique. Ces reliquaires
proviennent de la Sainte -Chapelle à Paris.
Ils contiennent des reliques ici de Saint Jules, pape du IVe siècle, et de
Sainte Marie -Marguerite à la coque, à l 'origine, au XVIIe siècle, du culte du
Sacré -Cœur de Jésus.
Ils ont été offerts par Louis XIV à son épouse pour l 'embellissement du château
de Maintenon.
Et vous voyez cette magnifique chasuble ? La soie dont elle est recouverte
provient des anciens rideaux de la chambre du roi à Versailles.
Devenu veuf de la reine Marie -Thérèse en 1683, Louis XIV envisage de se
remarier. Ses ministres le poussent à contracter une union politique en
une princesse portugaise ou italienne. Mais il a déjà un fils et trois petits
-fils. Il sait que sa descendance est assurée. En fait, il se sent libre et il
une toute autre idée derrière la tête.
Le 9 octobre 1783, un événement inouï se déroule à Versailles.
Françoise de Maintenon, ancienne gouvernante des bâtards royaux, épouse
Louis XIV.
tout juste veuve de la reine Marie -Thérèse.
La différence est tellement énorme entre elle et lui.
Finalement, elle ne fait pas partie de la société des princes.
Normalement, on se marie entre cousins, cousines, à l 'échelle de l 'Europe.
Mais Anne de Menton est loin de tout cela.
Donc je pense qu 'il n 'était pas pensable qu 'il y ait un mariage
'est pas possible. Le roi épousant la veuse Caron, personne ne pouvait
une chose pareille.
On peut considérer que c 'est le premier mariage d 'amour du roi. Il a épousé la
reine Marie -Thérèse en 1660, mais c 'était un mariage arrangé, diplomatique.
revanche, Madame de Maintenon, il a pris le temps de la connaître, de l
'apprécier.
L 'événement se serait déroulé dans l 'ancienne chapelle du château, aujourd
'hui disparue, qui se trouvait à l 'emplacement du salon d 'Hercule.
Le mariage de 1783 est un mariage secret, donc il ne faut pas qu 'il soit
divulgué. On le célèbre discrètement, il vaut mieux qu 'il ait lieu de nuit, à
un moment de la journée où personne ne risque de venir surprendre la cérémonie.
Il n 'est pas nécessaire qu 'il y ait une trace écrite. Au contraire, on parle
de mariage secret ou de conscience, il ne laisse pas de trace.
Ce qui était requis, c 'était la présence de deux témoins. Et là, les
témoins, on les connaît, c 'est l 'archevêque de Paris et le confesseur du
Et il faut évidemment un prêtre pour présider à l 'échange des consentements.
Au fond, là où se trouve aujourd 'hui le tableau de Véronèse, il y avait une
tribune à l 'usage du roi. Et sur cette tribune se trouvait un petit hôtel
latéral. Et c 'est peut -être là qu 'a été célébré le mariage de 1683.
La nouvelle épousée est âgée de 48 ans, soit trois années de plus que son mari.
Elle a l 'air d 'une grande chassresse. Par rapport aux femmes de son âge, elle
n 'a pas été alourdie par les maternités. C 'est une femme attirante
veut parler le langage d 'aujourd 'hui, elle est sexy.
Elle a un beau visage, un bel ovale, des cheveux châtains et puis des yeux
absolument extraordinaires, des yeux noirs, profonds.
On ne savait pas ce qu 'on pouvait lire dans ces yeux -là.
Car ce mariage correspond aussi à un changement d 'atmosphère.
Après une jeunesse quelque peu débridée, Louis XIV décide de revenir à une
pratique religieuse plus stricte, en harmonie avec son statut de roi très
chrétien.
Est -ce qu 'il n 'y a pas eu ce qu 'on appelle un pur complot ?
En tout cas, l 'Église a été consultée. Et l 'Église a été favorable à ce qu
'ils régularisent, au fond, une situation, puisque Mme de Maintenon
maîtresse du roi depuis quelques années.
C 'est quelqu 'un qui a une vie religieuse, une vie spirituelle réelle.
Elle est persuadée qu 'elle doit aider le roi à faire son salut. Et cela, c
sa mission.
Elle se pense la main de la providence, la providence de Dieu pour le roi,
auprès du roi et jusqu 'à la mort du roi.
« Mon Dieu, écrit Madame de Maintenon, vous qui tenez entre vos mains le cœur
roi, faites que j 'y fasse entrer le bien que vous désirez, que je ne lui
dissimule rien des choses qu 'il doit savoir par moi et qu 'aucun autre n
'aurait le courage de lui dire.
» À ses yeux, sa promotion inouïe ne s 'explique fondamentalement que par cela.
En ces années 1680, la cour, autrefois itinérante, s 'installe à Versailles de
façon définitive.
Dans ce palais miroir de la monarchie, Madame de Maintenon n 'a pas vraiment de
position officielle, ce qui la place dans une situation délicate.
Les visiteurs, les ambassadeurs étrangers, dissertent sur Madame de
On doute bien qu 'ils sont mariés secrètement, mais personne n 'est
'en apporter la preuve. L 'apparence.
et peut -être autant celle d 'une maîtresse royale que d 'une quasi
Donc, pour quelqu 'un qui est d 'une dévotion certaine, c 'est accepter de
dans une position totalement équivoque.
La cour, c 'est tout un système de codification, mais de codification non
écrite, où chaque geste, chaque posture, chaque lieu a un sens.
Quand le roi se promène dans les jardins de Versailles, Madame de Minton est à
côté de lui.
Donc il y a une sorte d 'égalité visuelle du couple.
Lorsque le roi entre dans la pièce, elle ne se lève pas. Ce serait totalement
impensable qu 'il n 'était pas la femme du roi.
Il arrive à Louis XIV de montrer qu 'il la tient en haute considération.
Un jour, son frère, monsieur, est venu dans la chambre du roi
où il était en train de prendre un clistère et Madame de Maintenon était
Il aime bien l 'entre -deux, Louis XIV.
L 'ambiguïté, ça lui convient très bien. On sait qu 'elle est sa femme devant
Dieu, mais elle n 'est pas sa femme devant les hommes. C 'est comme ça.
Pour autant, Madame de Maintenon se trouve au centre de la cour.
Dans le château récemment réorganisé, Elle occupe un appartement bien en vue,
même étage que Louis XIV.
C 'est à 7 heures du soir que le roi a pris l 'habitude de se rendre chez
de Maintenon. Il a généralement passé l 'après -midi à la promenade ou à la
chasse. Il traverse cette salle des gardes où les gardes font la haie et
présentent les armes. Et il y a là énormément de gens qui le voient passer
pouvoir aller chez Madame de Maintenon.
Ici, nous sommes dans un carrefour, la loggia de l 'escalier de la Reine. C
l 'escalier qui est le plus fréquenté par la cour.
C 'est véritablement un cœur de la vie de cour.
Et donc, cet escalier dessert, d 'une part, l 'appartement du roi, d 'autre
part, l 'appartement de la Reine, dont on aperçoit ici la porte, et puis ici, l
'appartement de Madame de Maintenon.
Donc, on imagine tout de suite le brouhaha qu 'il pouvait y avoir sur
loggia, alors qu 'elle, elle était là, retirée dans son appartement.
Ça n 'est pas l 'appartement d 'une reine dans la mesure où il n 'est pas
Deux antichambres, une chambre, un cabinet et des pièces qui sont de petite
dimension. C 'est plus un appartement intérieur.
Et ça correspond bien d 'ailleurs à la situation de Madame de Maintenon qui
toujours quelqu 'un de l 'intérieur, qui sera en retrait.
Dans les parties publiques de Versailles, elle se recule devant tout
devant toutes les personnes titrées.
Et elle se recule même devant les simples particulières, dit -on.
Il n 'y a aucune charge de cour qui s 'appellerait l 'ombre du roi.
Pourtant, c 'est bien de cela qu 'il s 'agit.
Saint -Simon a une très belle formule pour désigner ce statut. Il dit que c
une reine dans le particulier.
En public, elle n 'était rien.
En privé, elle était reine.
mais en privé.
Dès lors, à Versailles, le petit appartement de Mme de Maintenon est un
obligé pour les courtisans.
Même si elle n 'est pas une épouse déclarée, on sait que c 'est quelqu 'un
'important. C 'est quelqu 'un qu 'il faut venir voir, qu 'il faut fréquenter,
qui il faut soumettre ses requêtes.
Elle dit, ma chambre, c 'est comme une église. Tout le monde y défile du matin
au soir.
Et ces quatre petites pièces, elle y passe l 'essentiel de son temps et elle
attend le bon plaisir du roi.
De par son statut secret, Madame de Maintenon est contrainte de vivre en
-recluse, ce qui la sépare de son mari toute une partie de la journée.
Et le roi vient quatre, cinq fois dans la journée, quand il peut, après toute
vie officielle.
Et il y a des moments où on ferme les portes. La cour savait que le roi
rencontrait sa femme.
Lui. Sans doute, il prenait du plaisir. Elle, elle ne nous a rien dit.
Mais puisqu 'il a continué très longtemps, elle a dit, un jour, il
chercher son plaisir avec d 'autres s 'il ne l 'avait trouvé avec moi.
Il faut quand même dire une chose, c 'est que manifestement, il ne l 'a
trompé. C 'est quand même un changement notable dans la vie du roi.
Pour retrouver la trace des sentiments qui unissent Françoise à Louis XIV, il
faut se rendre à maintenant.
Jean Rindre, l 'un des héritiers de la marquise et restaurateur du château,
présente un des trésors les plus étonnants des collections.
Je voudrais vous montrer une petite miniature de maintenant Sainte
-Romaine, qui est une apparence à laquelle elle tenait beaucoup.
L 'objet en lui -même est tout de même grand pour une miniature.
Est -ce un signe que c 'était royal ? Pourquoi pas ? Le roi devait
la porter dans une de ses poches qu 'il avait autour de lui.
Et ce qui est assez émouvant, c 'est de penser que tous les jours, il touchait
et manœuvrait cet objet.
Ça semblerait indiquer que malgré tout, il avait des sentiments à la fois
personnels et peut -être un peu affectueux.
Le roi...
Plus il prend de l 'âge, plus il a besoin de s 'appuyer sur elle, parce qu
besoin d 'une confidente, il a besoin de se confier. C 'est psychologique, il a
un besoin de confiance.
Elle reçoit la visite du roi qui souvent s 'épanche auprès d 'elle, va jusqu 'à
pleurer, il faut lui essuyer les larmes, dit -elle.
Très clairement, Louis XIV se décharge sur elle de ce qui lui pèse trop, de son
anxiété.
Et elle n 'a personne sur qui se décharger.
Madame de Maintenon assiste aussi au travail du roi.
Dans le sanctuaire de l 'appartement de sa femme, Louis XIV se réunit chaque
soir avec ses ministres en comité restreint.
C 'est la séance de l 'alias du nom du dossier à traiter.
Les séances ont lieu de cette manière, c 'est -à -dire le roi reçoit le
ministre. Et en face du fauteuil du roi, il y a un autre fauteuil, un fauteuil
bien protégé. Madame de Maintenon est très frileuse.
Madame de Maintenon ne dit rien.
Mais elle entend tout.
Elle est même obligée de se faire déshabiller, certes devant lui, mais
qu 'il amuse beaucoup moins, devant les ministres.
Parfois, quand il essayait de prendre son avis, ce n 'est pas très souvent, il
disait, qu 'en pense votre solidité ? Alors, peut -être pourrait -on rêver à
quelque chose de plus romanesque, mais c 'est, de la part de quelqu 'un comme
Louis XIV, certainement un très beau compliment.
Car à Versailles, Madame de Maintenon n 'est pas aimée.
Au sein du système de cours, Son influence supposée, comme sa situation
jette le trouble.
Il y a plein de raisons de la détester.
D 'abord parce qu 'elle est arrivée à un endroit que peut -être d 'autres
auraient aimé arriver.
Parce qu 'elle n 'est pas du Serail, en quelque sorte.
Donc de ce point de vue -là, c 'est une intruse. Quelqu 'un qui n 'aurait jamais
dû être là.
À la cour, l 'une des pires ennemies de Françoise et sa propre belle -sœur, la
princesse Palatine, épouse de monsieur, frère du roi, secrètement amoureuse de
Louis XIV.
Alors, Madame Palatine, qui était une grosse dame, une Germanique...
pas très gâtée par la nature, l 'air franchement obathe, est extrêmement
vigoureuse dans sa correspondance. Elle traite de vieille ripopée.
Ripopée, ça désigne un mélange de vieux vins, on mélange les vieux fonds de
bouteilles. La vieille ordure, la guenon. Une vieille fée, de crottes de
de sorcières.
Et tout simplement aussi la vieille cône, dit Alte Zot.
Bon, tout ça n 'est pas évidemment des bords de pas de charité.
Louis XIV, en réalité, se passait très peu d 'elle.
Elle, elle avait besoin par moments de prendre l 'air. C 'était un peu dur pour
elle.
Très loin des Médisances, le château de Maintenon fait un peu figure de paradis
perdu.
Avant son mariage, Françoise y a investi toute sa fortune.
Et il abrite encore les fantômes d 'une vie plus heureuse.
Nous sommes ici dans la pièce principale de Maintenon et qui était au départ
la chambre dans laquelle Louis XIV a dormi plusieurs fois.
Cette est une pièce où le lit occupait la place centrale avec le grand D comme
on peut le voir actuellement à Versailles dans la chambre du roi.
Nous avons pour commencer le grand... Portrait de Louis XIV, une des copies du
portrait de Rigaud. Et nous avons ici aussi des éléments extraordinaires comme
ces torchères.
Ce sont des pages un peu dans l 'esprit italien qui tiennent des flambeaux et
qui viennent d 'une maison royale.
Donc c 'est ici presque le temple qui célèbre la consécration du culte de la
Reine de France cachée.
Madame de Maintenon ne s 'est pas simplement intéressée à l 'aménagement
château, de son domaine. Elle a également cherché à aider les
notamment les plus nécessiteuses.
Elle a établi un hôpital, une charité, c 'est -à -dire un moyen d 'aider les
pauvres. Elle a créé une manufacture de damas, une manufacture de tissus à
Maintenon. Donc elle a eu, je crois, également le souci de développer l
'économie locale.
Il y a chez elle cette fibre.
Elle a gardé dans sa chair cette enfance très...
difficile qui a été la sienne.
Depuis son mariage avec Louis XIV, Françoise n 'a plus le temps de se
maintenant.
Son vrai refuge se trouve à Saint -Cyr, au bout du parc de Versailles.
Elle y a fondé, avec l 'aide du roi, une maison pour l 'éducation des jeunes
filles.
Elle y va presque tous les matins, elle s 'occupe de tout.
C 'est un moyen aussi pour elle d 'avoir une responsabilité, d 'être patronne, d
'être maîtresse de quelque chose, si vous voulez. Tandis qu 'à Versailles,
n 'est maîtresse de rien.
À Saint -Cyr, en dehors du monde, Madame de Maintenon échappe à sa vie de
prisonnière et se retrouve.
Elle redevient françoise et cesse pour quelques heures d 'être la reine
écartelée entre sa vie publique et sa vie privée.
Elle n 'y dort très peu, ou pratiquement pas. Elle est tenue de revenir à
Versailles. En revanche, le roi va souvent la voir, et ensuite ils
ensemble à Versailles.
Piliers à la Révolution, largement remaniés au XIXe siècle, Très sévèrement
bombardé pendant la dernière guerre, le château de Maintenon a bien changé
depuis le temps de Françoise d 'Aubigné.
Pour autant, le château conserve encore quelques souvenirs précieux de notre
marquise. Nous entrons dans l 'antichambre qui a conservé son sol de
qui est tendu d 'un somptueux cuir des Flandres, Gaufré et Polychrome.
Et regardez, ce très beau coffre japonais que vous voyez ici, il est
de galucha, c 'est -à -dire de la peau de raie, mais également d 'une laque
noire et or très précieuse.
Lorsqu 'on l 'en trouve, eh bien on découvre des livres de Paul Scarron, le
premier mari de Françoise.
Poète burlesque, il aimait dire « Ma maison est celle de France, où il se dit
plus de cueillonnerie.
De cet époux libertin et plein d 'esprit, la pieuse Françoise apprendra
beaucoup. Sans doute lui doit -elle, parmi d 'autres talents, ses qualités d
'écriture qui lui serviront plus tard à éblouir Louis XIV à travers sa
correspondance.
Nous entrons maintenant dans la pièce qui nous rapproche le plus de Madame de
Maintenon, sa chambre à coucher.
Selon la tradition, l 'horloge que vous voyez sur cette cheminée faisait partie
de ces objets personnels.
C 'est une pendule dite religieuse, à cause de son allure qui rappelle le
fronton d 'une église.
Et regardez, auprès du lit, on aperçoit une lanterne. C 'est un peu l 'ancêtre
de notre lampe de poche, parce que ça servait à se déplacer pendant la nuit.
Mais revenons à notre Françoise.
Ce guerrier sévère qu 'on aperçoit sur le mur, c 'est le grand -père de Madame
de Maintenon, Agrippa d 'Aubigné. Comme Scarron, c 'est un formidable poète,
mais sa veine à lui est plutôt tragique. Au temps des guerres de religion, ce
protestant passionné a combattu sur tous les fronts, aux côtés d 'Henri de
Navarre, le futur Henri IV, dont il fut l 'un des proches compagnons, avant de
se brouiller à mort avec lui, car il n 'a jamais digéré sa conversion au
catholicisme.
Dans son enfance, la très catholique Françoise a peut -être hérité du
à la fois génial et intraitable de cet aïeul qu 'elle n 'a pas connu.
C 'est au fond d 'un cachot de la prison de Niort où son père Constant est
incarcéré que Françoise d 'Aubigné voit le jour le 27 novembre 1635.
Constant était un buveur.
Un paillard qui était toujours dans des mauvaises affaires. Un peu assassin
aussi, puisqu 'on sait qu 'il avait tué accidentellement, dit -on, sa première
épouse. C 'est un homme qui va passer sa vie à changer de religion pour monnayer
ses changements de religion, qui va se lancer dans des aventures épouvantables.
C 'était un brigand de grand chemin, c 'était un faux monnayeur. Il est passé à
travers une dizaine de prisons en France.
Il n 'est pas allé faire au pied, Constant Daubigné. Il joue du lutte dans
prisons. Il est plus assigné à résidence que jeté dans un cul de basse fosse.
Quant à sa mère, Jeanne de Cardilac, elle n 'a que 16 ans et elle est la
du gouverneur de la prison. Il est évident que, même sans docteur Freud, on
comprendre aisément que les tout premiers mois d 'une fillette dans une
humide ne doivent certainement pas laisser des traces très agréables dans l
'inconscient.
Si les Daubiniers sont protestants, la mère de Françoise est une catholique
convaincue, qui fait baptiser sa fille en l 'église Notre -Dame de Niort.
La famille est pauvre, car le grand -père Agrippa, pour punir Constant d
renié le protestantisme, a déshérité son fils.
La mère de Françoise, incapable d 'assurer son éducation, la confie à la
Constant, Louise Artemis de Villette.
C 'est au château familial de Murcet, dans le Marais -Poit -de -Vin, que la
petite fille est élevée auprès de son oncle et de sa tante.
Les Villettes sont des gens pas très riches, mais bons, qui aiment la
le savoir, la gentillesse, l 'affection.
On l 'appelle Bignette, c 'est le petit aubinier, un énième petit aubinier dans
ce lieu de Murcey qui est si beau et agréable.
Le grand souvenir qui va donc construire sa vie, c 'est l 'amour de ceux...
qui l 'ont entourée d 'affection à une période certainement où elle en avait le
plus besoin.
Elle aime infiniment son oncle Benjamin.
D 'ailleurs, elle lui écrira plus tard « Vous qui m 'avez servi de père ». Elle
acceptera chez la tante Artémise de garder les dindons, de participer à des
travaux agricoles. Et donc toutes ces tâches humbles, elle va les faire sans
rechigner avec cette idée qui s 'impose de...
Gagnez l 'estime de ceux qu 'elle servira.
Louise Artemise est la digne fille d 'Agrippa d 'Aubigné. À Murset, on
avec ferveur la religion réformée.
Ce sont des protestants, mais pas des forcenés. Ils sont très tolérants.
Certes, ils lisent la Bible, les psaumes et ils vont au temple, mais ils n
'imposent rien à la jeune Françoise.
Elle va en tirer cette forme de rigidité qui la poursuit quand même dans sa
façon de penser.
Elle va conserver cette modestie pieuse dans laquelle elle va vivre et qui va
être son étendard, sa marque de fabrique tout au long de sa vie.
Alors que Françoise s 'épanouit dans cet univers campagnard, coup de théâtre,
Constance sort de prison et décide aussitôt de partir avec sa famille
chance aux Amériques.
C 'est pas comme si aujourd 'hui vous montiez dans la navette spatiale, mais
'un vie, surtout pour des enfants.
Les traversées transatlantiques sont des aventures complètement incroyables, où
on est malade, où on meurt parfois.
C 'est un arrachement, ce départ pour les Antilles, pour Françoise.
Constant rêve de faire fortune en plantant de la canne à sucre et de se
nommer gouverneur de Marie -Galante.
De cette aventure qui tourne au fiasco, Françoise hérite d 'une vraie force de
caractère. et d 'un surnom qui l 'accompagnera longtemps, la Belle
C 'est une femme qui a vu du pays.
Et ça lui donne un recul par rapport aux choses, par rapport aux coutumes, qui,
par certains côtés, en feraient déjà une femme du XVIIIe siècle.
Françoise a 12 ans quand la famille revient à La Rochelle, dans des
de vie plus misérables que jamais.
Françoise de Bigné prend en main les destinées de la famille, toute jeune,
puisque c 'est elle qui va décider de passer par -dessus sa fierté pour aller
mendier la soupe à la porte d 'un couvent.
Françoise se sent humiliée, mais en même temps, elle se répète, cela ne m
'arrivera plus jamais.
Tandis qu 'elle erre dans les rues comme une pauvresse, elle imagine un destin
brillant comme dans les livres de Plutarch.
C 'est une femme qui aura d 'ailleurs toujours le sens de ce que coûtent les
choses. Même à la cour, elle saura toujours ce que vaut un quart de beurre
une livre de moutons.
Pour ne pas reproduire les errements de ses parents, elle sera jamais avare,
mais économe et bonne gestionnaire.
Dans un premier temps, Françoise retourne vivre dans le cocon de Murcet.
C 'est alors qu 'apparaît dans sa vie la baronne de Neuillan, mère de sa
marraine.
C 'est une femme sévère et très catholique.
Elle veut reprendre en main l 'éducation de Françoise.
Madame de Neuillan n 'a pas de beau rôle dans les mémoires de Françoise d
'Aubigné. C 'est une femme un peu revêche.
Un peu dur et très pingre.
Évidemment, hors de question de laisser une jeune fille, à l 'âge où elle arrive
maintenant, entre les mains d 'une famille protestante aussi, de bonne
réputation, soit -elle. C 'est une question de vie ou de mort spirituelle.
Madame de Neuilly en a qu 'une hâte, placer Françoise dans un couvent pour
sauver son âme.
Une expérience que la jeune fille va détester.
S 'enfermer dans un couvent, c 'était quelque chose qu 'elle ne pouvait pas
concevoir.
Au fond, Françoise d 'Aubigné avait une claire conscience de ses dons, de ses
capacités, de la séduire.
C 'est une jeune fille orgueilleuse.
Et en même temps, c 'est aussi quelqu 'un, je crois, qui souhaite intervenir
dans le monde, qui souhaite jouer un rôle.
C 'est grâce à un ami de Madame de Neuillan que son souhait va se réaliser.
Le chevalier de Méret qui a deviné ses talents.
se propose de la présenter à un écrivain de grande réputation qui souhaite l
'interroger sur son expérience des Amériques, Paul Scarron.
Quand Françoise d 'Aubigné rencontre Scarron, c 'est déjà ce qu 'on
un barbon à l 'époque. Il a déjà les cheveux gris, il a 42 ans, pas très
de sa personne.
Pour la jeune Françoise, la première rencontre avec Scarron n 'est pas sans
surprise, car l 'apparence du poète est un peu particulière.
Elle se trouve ridicule parce qu 'elle pleure, mais on ne sait pas pourquoi
a pleuré comme ça en voyant ce caron. Est -ce que c 'est en réalité parce qu
'elle est intimidée ou est -ce que c 'est parce qu 'elle a été émue par le
de cet infirme ? Il souffrait d 'une maladie inflammatoire de la colonne
vertébrale et du bassin qui faisait qu 'il avait le corps replié un petit peu
Z avec les genoux au niveau de l 'estomac.
Il était devenu haut comme trois pommes, lui qui avait été un brillant danseur.
Le matin, on le met dans une jatte de terre, il a les bras qui dépassent de
chaque côté de la jatte de terre et juste un petit bâton pour se gratter.
Mais il disait lui -même, Scarron, on vient me voir comme on va voir l
à la foire.
Aux yeux du public, Scarron a pourtant d 'autres attraits que son physique.
C 'est certainement le premier salon libertin de Paris.
Libertat, à l 'époque, ça veut dire athée et ça veut dire aussi un peu
révolutionnaire et surtout une vie un peu débauche, disons -le.
Scarron, c 'est le grand auteur burlesque français. Nous n 'en avons pas
beaucoup d 'auteurs comiques comme ça.
Pendant la fronde, Scarron s 'est fait remarquer par ses pamphlets contre le
cardinal Mazarin.
Et on te coupera, pauvre Jules, et l 'un et l 'autre testicule.
Scarron trouve toujours des mots extraordinaires.
On ne s 'ennuie pas chez Scarron.
Les grands yeux et les saisons de Françoise, le charme dont elle fait
dans ses lettres, séduisent le poète.
Contrairement à ce que tout le monde pensait, Françoise a l 'intelligence de
choisir le mariage et cela changera complètement son destin.
C 'est une petite jeune fille assez rebelle et qui poussera la rébellion
finalement jusqu 'à épouser Caron. C 'était ce qu 'elle pouvait espérer de
mieux, à supposer qu 'on arrive à la marier sans dot.
Je pense qu 'elle a vu là une sorte de petite ouverture, de brèche de liberté
'elle a assumée et qui a été sa vie.
À Paris, ce couple improbable suscite la moquerie et l 'on se pose à son sujet
beaucoup de questions.
Quand même la reine -mère a eu vent de ce mariage, elle a dit, mon Dieu, mais
elle sera le meuble le plus inutile de la maison. Qu 'est -ce que va pouvoir en
faire Scarron ? On se demande si Scarron avait un sexe pouvant fonctionner
normalement. Il fonctionnait surtout en parole.
Caron se disait le plus grand cochon de la terre. Il disait qu 'il faisait des
coyonneries qu 'il en ferait à son épouse ou plutôt qu 'il lui en
Il a dû lui expliquer beaucoup de choses que la petite Françoise ne
connaissait pas. Même si le mariage n 'a pas été consommé effectivement, elle a
dû être instruite sur les moyens quand même de trouver des satisfactions
latérales.
Est -ce que Scarron fut un mari digne de ce nom ? Moi je dirais qu 'il est assez
probable qu 'il y ait eu un petit peu plus que ce que certains de ses
contemporains disaient, le jeu des mains, des yeux et de la langue.
J 'ai fait dire à Madame de Maintenon, j 'avais compté un mariage blanc, il fut
gris.
Auprès de Scarron, le quotidien de la jeune Françoise est surtout celui d 'une
garde malade.
Malgré ses souffrances, le poète reçoit tous les jours.
Rue de Turène, son salon est le principal carrefour de la vie
rencontrent précieux et libertins gens de cour et gens de lettres.
L 'Assemblée est extrêmement brillante. Il faut penser que presque toute l
'Académie française est là.
Viendront chez Scarron le futur surintendant Fouquet, le maréchal de
grande aristocratie.
L 'abbé de Bois -Robert, un abbé libertin, et qui arrivait en disant, j
branlé la pique deux fois ce matin. C 'était sa manière d 'entrer dans le
Si au début de son mariage, Françoise est choquée et intimidée, grâce à
elle trouve rapidement sa place dans ce milieu qui la captive.
Scarron, c 'est le détonateur intellectuel. Pour Madame de Maintenon,
'homme qui va l 'introduire tout de suite dans la société littéraire.
beaucoup d 'esprit elle -même et il va contribuer à former son esprit.
Il va lui donner une culture qu 'elle n 'a pas eue dans sa basse -cour de
Murcet. C 'est là qu 'elle s 'est formée à la conversation, qu 'elle a eu le
vernet et qui va lui servir ensuite dans les milieux mondains.
Pour sa formation, Françoise s 'inspire aussi d 'une grande amie de Scarron,
Ninon de l 'Enclos.
Françoise Caron est fascinée par Ninon, qui est la grande courtisane, mais la
grande courtisane très intelligente, très brillante, et qui est très cultivée
même temps, et qui couche avec les grands seigneurs qui font aussi la cour
Françoise Caron.
Ninon est gentille avec elle. Et comme elle est beaucoup plus jeune, elle y est
sensible. Elle n 'a pas de mère qui lui aurait appris comment une Parisienne
doit s 'habiller.
Je pense que Ninon lui a appris ces choses.
Chez Scaron, beaucoup viennent désormais pour admirer l 'esprit et la beauté de
Françoise. Comme son grand ami, le maréchal César d 'Albray, comte de
Elle a été très courtisée par toute une élite aristocratique et aussi...
par les poètes. Tous les hommes voulaient cette femme et elle s 'est
plaisir et un devoir de les refuser tous les uns après les autres. Elle s 'est
fait respecter et personne du temps où elle était mariée avec Scarron ne peut
lui prêter la moindre imprudence.
Pour neutraliser les galants, Françoise a l 'idée de devenir amie avec leurs
épouses. Dames de l 'aristocratie, pilleuses, mais pleines d 'ennuis.
Aux compagnons libertins de son mari, elle préfère ces femmes lettrées qu 'on
appelle les précieuses.
Cette école précieuse, c 'est le premier grand mouvement féministe. Madame
de Lafayette, Madeleine de Scuderi vont asseoir le rôle des femmes dans la
société parisienne et française.
Et Madame Scarron va en être un des éléments moteurs.
Françoise a désormais ses entrées dans la haute société.
Et c 'est Marie Mancini, la propre nièce de Mazarin, qui l 'invite à assister le
26 août 1660 à l 'entrée triomphale de Louis XIV dans Paris, aux côtés de l
'infante Marie -Thérèse qu 'il vient d 'épouser.
Elle est complètement fascinée par ce roi qui était en grande tenue, superbe,
cheval.
Et elle dit que la reine a dû se coucher, bien heureuse du mari qu 'elle
choisi.
Le 6 octobre, le poète Scarron, usé par la maladie, rend son âme à Dieu dans les
bras de Françoise.
Il a été quasiment soulagé de mourir, Scarron, tant il était perclu de
abominables. Et d 'ailleurs, sur sa pierre tombale, il fera graver, passant
fait pas de bruit et surtout ne l 'éveille, car voici la première nuit que
pauvre Scarron sommeille.
Attesté dès le XIIe siècle, le château de maintenant a été souvent remanié au
cours de l 'histoire.
Lorsque Françoise d 'Aubigné en fait l 'acquisition en 774, elle acquiert ses
douves et ce vieux donjon. Mais le château est alors bien différent de
nous pouvons admirer aujourd 'hui.
À maintenant pourtant, Françoise dépense peu. De ces années de pauvreté, elle a
conservé un solide sens de l 'économie qu 'elle continuera à mettre en pratique
au sommet de la faveur.
Les principaux aménagements de maintenant ont été voulus par son royal
jardin, l 'aile sur la cour conduisant à la chapelle, mais aussi cet
extraordinaire accuduc inachevé qui offre un point de mire à la perspective
comme dans un tableau du peintre Hubert Robert.
La cour où nous nous trouvons a été fortement remaniée au XIXe siècle. La
de l 'époque est aussi le troubadour.
Les portes et fenêtres sont redessinées dans le plus pur style gothique
flamboyant.
Aujourd 'hui, Maintenon est un témoignage unique en France d 'une
aristocratique du XIXe siècle, héritière d 'un passé millénaire.
À la mort de son mari Scarron, François se retrouve sans le sou. Le poète ne lui
lègue que des dettes et les huissiers saisissent le mobilier de la rue de
Turenne. Mais la pauvreté ne lui fait pas peur.
Après huit années à s 'occuper d 'un infirme brillant, mais parfois cariatre,
elle a le sentiment d 'être enfin libre. Il est vrai qu 'elle n 'a que 24 ans et
sa réputation est intacte.
Veuve et désargentée, Françoise Caron doit désormais se loger dans un couvent,
où elle dispose d 'une petite chambre.
Discrète et soucieuse de son indépendance, elle aime s 'occuper des
ses amis de la noblesse.
Elle a un désir de respectabilité, constamment, un désir de sécurité.
Et puis elle est tiraillée entre la dévotion et l 'ambition.
C 'est une des plus belles femmes de Paris, jeune, fine, qui voit tout ce qui
passe autour d 'elle et qui, effectivement, a certainement envie de
passions.
Car la jeune veuve est très courtisée.
L 'un de ses admirateurs, Louis de Mornay, marquis de Villarsault.
l 'invite dans son château du Vexin.
Villarsault est un obsédé de la drague, on dirait aujourd 'hui, qui, dès qu 'il
croise une femme de chambre ou une duchesse, ne pense qu 'à une chose, la
dans son lit.
Il va séduire la jeune Scarron.
parce qu 'il désire la jeune Scarron. Et c 'est ici, dans ce cadre champêtre,
que va se jouer une sorte de comédie du tendre entre Louis de Mornay et
Françoise de Scarron.
Pour Françoise, c 'est une période de bonheur. À Villarsault, elle retrouve
aussi une vieille connaissance, Ninon de l 'Enclos, ancienne maîtresse du
marquis. Son logis du château vieux, décoré de superbes boiseries peintes à
gloire du maître des lieux, a sans doute été le théâtre de leur conversation à
Troyes.
Certains ont laissé entendre que Ninon a été l 'initiatrice de Françoise
Scarron au -delà de l 'initiation intellectuelle. C 'est une période très
Il ne faut pas oublier que Ninon de Lancelot écrit à son amant « Plaignons
alouettes qui ne baissent qu 'au printemps ».
Ninon commence à séduire un homme en prenant sur lui le pas intellectuel. Et
partir de cette domination intellectuelle, d 'en venir à la
charnelle, en se faisant désirer. C 'est -à -dire qu 'elle a ce génie de fuir au
moment où l 'homme croit qu 'il la possède enfin.
En bonne élève, Françoise résiste à Villarsault.
Mais on ignore jusqu 'à quel point.
Françoise a dû céder à Villarsault, sachant pertinemment...
que c 'était sans lendemain.
Villarsot était très séduisant, il l 'aimait passionnément.
Bon, c 'est quand même humain qu 'elle lui soit tombée dans les bras.
Ninon d 'Anclos qui dit qu 'il lui a prêté sa chambre jaune, quelques
témoignages, tout cela peut laisser penser qu 'il y a eu un moment d
dans sa vie.
En tout cas, il est douteux qu 'elle soit parvenue vierge dans les bras du
quand elle sera sa maîtresse.
Sur ce sujet, Le château neuf de Villarsau, construit quelques années
conserve un document étonnant et quelque peu compromettant.
Alors, dans cette salle à manger du XVIIIe siècle, nous avons un très beau
tableau. qui a été peint de la main de Louis de Mornay, marquis de Villarsault,
et qui représente Françoise de Scarron, qui aurait cédé à ses avances, et qu 'il
présente comme sa maîtresse, qui sortirait du lit pour prendre une pause
lassive.
Sur cette période de la vie de Françoise, un doute subsistera donc
Le seul moment où Françoise aurait pu céder aux avances de Louis de Mornay, c
'est à Villarsault.
Mais elle a bien compris qu 'un élément important de son ascension sociale, c
'est sa réputation. Donc lorsqu 'elle a peut -être quelques privautés, personne
jamais n 'en saura rien.
Manquer à sa réputation, tâcher sa réputation, lui fermerait toutes les
de Paris. Et elle le savait bien.
Cette réputation de vertu vaut à la veuve Caron.
d 'être reçue dans les salons de l 'aristocratie.
À la même époque, elle se lie avec une jeune femme très bien née et très belle,
Athénaïse de Mortemart, marquise de Montespan.
Madame de Montespan trouve que Françoise Scarron est à sa hauteur
intellectuellement. On parle de l 'esprit Mortemart qui est la
'esprit français.
Un esprit très brillant, très crème fouettée chez Mme de Montespan, un
plus subtil, plus réservé, mais qui répond parfaitement chez la future Mme
Maintenon. Donc il y a un accord fondamental et une amitié entre elles
départ.
Cette amitié va servir Françoise.
En 1667, Mme de Montespan devient la maîtresse de Louis XIV.
Deux ans plus tard, elle propose à son amie une mission de confiance.
s 'occuper de l 'enfant illégitime qu 'elle a eu de son royal amant. La veuse
Caron accepte tout de suite. Il n 'y a pas véritablement d 'hésitation.
Les plus grandes précautions sont prises, puisqu 'on sait que c 'est un
adultère et que M.
de Montespan pourrait réclamer la paternité et la garde de cet enfant.
Elle accepte d 'être la complice de ses amours parfaitement illicites.
Elle va prendre comme précaution de dire, d 'accord, vous me donnez la garde
cet enfant, mais je voudrais que le roi soit d 'accord.
Je ne pense pas qu 'il y ait du calcul dans l 'idée que ça va me rapprocher du
roi. Ce n 'était pas évident, c 'est un travail très subalterne quand même.
Mais peut -être l 'idée de s 'occuper des enfants du roi, quand même, ce n
pas rien.
Alors que Mme de Montespan enchaîne les naissances, Françoise s 'installe dans
une discrète maison de Vaugirard, près de Paris.
En matière d 'éducation, elle fait preuve d 'idées novatrices.
Elle prescrira de ne pas mailloter les enfants, de les laisser libres de leurs
mouvements. Elle ne les dorlote pas, elle essaie au contraire de tirer le
maximum de ce qu 'ils peuvent donner.
Elle est habile à créer autour de ses enfants un monde rassurant, peut -être
monde rassurant dont elle a été elle -même privée.
Très vite, Françoise s 'attache à ses enfants et elle est amenée à rencontrer
roi, leur père, qui se montre plutôt réservé.
Il y a cette phrase de Louis XIV, « Oh, celle -là, je m 'adresserai plutôt à la
reine pour lui pincer les fesses.
» Au début, il a peur d 'être humilié par Madame Scarron. Il la trouve trop
brillante. Et il dit, « Allez écouter, on se perd dans les nuages.
» Un événement tragique amène le roi à réviser son opinion.
Le décès, à l 'âge de trois ans, de l 'aîné des petits.
Il y a à la fois la froideur de Mme de Montespan qui dit en gros ne vous
inquiétez pas on vous en fera d 'autres et le roi qui est touché par ses pleurs
de la future Mme de Maintenon au moment où elle annonce ce décès prévisible.
Louis XIV aimait beaucoup les enfants et là il était touché dans sa fibre
paternelle.
Séduit par la sensibilité de Françoise, le roi prend l 'habitude au détour de
ses chasses de se rendre dans la petite maison de Vaugirard.
Tout d 'un coup, il va trouver cette ambiance familiale et se détendre comme
peut -être jamais il ne s 'est détendu.
Tous les enfants avaient des petits surnoms, c 'était lui qui les donnait.
puis, ses enfants lui écrivaient des lettres, il leur répondait.
Et au fond, c 'est un bonheur que beaucoup de gens ordinaires peuvent
mais qu 'un roi a rarement.
Avec Françoise, Louis découvre un pays nouveau.
Il ne peut plus se passer de sa douceur, ni de sa conversation.
Assez vite, le jeu va devenir un peu dangereux et difficile à jouer parce qu
'elle va se rendre compte qu 'elle est une maîtresse possible.
Et là, on peut penser qu 'elle a fait une belle résistance.
Le drame, c 'est qu 'elle est très vite amoureuse à son tour. Elle n 'ose pas le
dire, qu 'elle ne peut pas le dire.
Il y a la fascination de la position, évidemment, du roi, mais il y a l 'homme
et c 'est l 'homme qu 'elle attendait.
À partir de 1674, le roi décide de légitimer ses bâtards.
Désormais, il réside à Saint -Germain avec leur gouvernante.
C 'est l 'occasion pour Françoise de mettre en pratique les enseignements de
ami Ninon.
Je pense qu 'elle ne lui est pas tombée dans ses bras, qu 'elle a voulu garder
ce rôle de femme tout à fait différente des autres.
qui justement attire et continue donc à lui tenir la dragée haute.
Louis XIV n 'aimait pas beaucoup attendre. Et s 'il faisait des
si on les refusait, il vous envoyait promener.
Alors celle -là, il tenait beaucoup à elle, sans doute, mais il ne fallait pas
non plus qu 'elle fasse trop longtemps la difficile.
Je pense personnellement qu 'elle cèdera en 1674 et qu 'elle se refusera de
nouveau jusqu 'en 1678.
Elle a probablement une plus grande ambition, secrète, c 'est de devenir la
favorite. Et pour cela, il faut que Mme de Montespan ait perdu la partie.
Justement, Mme de Montespan, qui commence à s 'apercevoir de ce manège, s
'entend de moins en moins bien avec Françoise.
Premier sujet de friction, l 'éducation des enfants.
Mme Scarron est très attachée.
À l 'ordre, alors que Mme de Montespan, c 'est la fantaisie personifiée, ce sont
les petits cadeaux, les bonbons, les sucreries.
Mme de Montespan a très mal pris l 'affection exclusive que portaient ses
propres enfants à la gouvernante.
C 'est à elle qu 'ils étaient attachés.
Louis XIV, comme beaucoup d 'hommes, il veut avoir plusieurs femmes à la fois,
tout se passe bien de toute façon.
Et il leur disait parfois, mais j 'ai plus de peine à mettre la paix entre
qu 'entre tous les États de l 'Europe.
C 'est ce moment que choisit le roi pour récompenser la gouvernante de ses
enfants par un don de 250 000 livres.
Avec cette somme, Françoise achète un domaine non loin de Chartres,
Maintenant, c 'est exactement le château de son enfance. Un château un peu
rustique, évidemment, qui n 'a rien à voir avec Versailles. 10 000 livres de
rente. Donc pour elle, là aussi, c 'est une sorte de retraite assurée. Et c 'est
à ça qu 'elle pense. C 'était le château rêvé comme Louis XIV était l 'homme
rêvé pour elle.
Un événement va rapprocher encore plus Louis XIV et Françoise.
Le petit duc du Maine, aîné des bâtards, souffre de rachitisme. Il ne peut plus
marcher.
Françoise l 'emmène en cure à Barège, dans les Pyrénées. C 'est elle qui va se
charger de tout, qui va porter l 'enfant dans l 'eau, qui va frotter l 'enfant.
Durant le voyage, Françoise tient le roi informé, avec son habituel talent d
'écriture.
De retour à la cour, la surprise est de taille.
Louis XIV est ébloui, et tout ceci est pour la plus grande gloire de la
gouvernance.
Au château de Maintenon, un document exceptionnel nous rappelle le lien qui
Françoise au duc d 'Humaine.
Alors voici une des choses que je trouve les plus émouvantes du château. C 'est
une miniature qui a été offerte par Louis XIV à Madame de Maintenon et qui
représente l 'enfant chéri de Madame de Maintenon, le duc d 'Humaine.
Cette miniature montre la joliesse de cette enfance. Tout le monde s 'accorde
dire que cet enfant était très beau. Il avait la beauté de sa mère, Madame de
Montespan, et la finesse également de l 'enfant, qui est un enfant malade.
C 'est un peu comme un fils adoptif. Elle l 'appelle toujours mon mignon, et
elle l 'appellera toute sa vie mon mignon, même quand il aura 50 ans, il n
rien à faire, c 'est son petit.
L 'avoir sauvé, c 'est une œuvre qui est le sentiment d 'avoir accompli en
commun Louis XIV et elle.
Pour Françoise, la partie contre Madame de Montespan est sans doute déjà gagnée.
Et ce n 'est pas tout. Le roi envoie maintenant le
nôtre, son plus illustre jardinier.
Le nôtre en a fait un écran, lui a fabriqué un bijou.
Vous avez des taupières qui sont plus féminines que d 'autres. Vous avez ces
dentelles de buis.
Vous avez ces parterres de fleurs. Vous avez presque une mosaïque quand vous
regardez ce jardin.
Et puis, la grande idée, c 'est les perspectives.
À l 'occasion des 400 ans de la naissance de le nôtre, le jardin
disparu depuis plusieurs siècles, a été entièrement recréé par le maître
jardinier Patrick Potier.
Ce qui m 'a énormément plu, c 'était le romantisme que cet endroit avait pris
avec le temps. Et ce qui faisait la force aussi de cet endroit, c 'est la
de Lac -Duc que vous voyez au fond.
Quand vous arrivez au bout du jardin, on a presque la sensation que ce sont les
fondations qui s 'étalent, qui partent comme ça. On a une continuité de l
'architecture du château au végétal qui se prolonge jusqu 'à l 'infini
pratiquement.
À la cour.
Françoise n 'est plus au service de Madame de Montespan, dont le roi s 'est
lassé. Comme d 'ailleurs de ses autres maîtresses, Mesdames de Ludre, de
Soubise, ou encore la petite Fontange, qu 'on disait belle comme un ange et
saute comme un panier.
Déjà, la cour avait transformé le nom.
Madame de Maintenon était devenue Madame de Maintenon.
Elle vient au vu et au su de tout le monde, dans la chambre du roi. On ferme
porte. Ils restent ensemble une heure ou deux.
Et elle ressort.
Alors les gens disent, mais ça c 'est sa force.
Elle doit être en train de l 'aider à écrire ses mémoires.
Françoise est maintenant l 'unique maîtresse de Louis XIV.
Pour autant, elle cherche à rapprocher le roi de son épouse trop longtemps
délaissée, Marie -Thérèse.
C 'est une des magnifiques ambiguïtés de Madame de Maintenon, c 'est de se dire,
oui, je suis en état de péché avec le roi, mais bon, c 'est secret, mais c
pour la bonne cause, parce que je suis en train de réunir le couple royal, et
Marie -Thérèse va faire les louanges de Madame de Maintenon. Et elle pense que
ce jeu -là plaît au roi, et en effet, il plaît au roi, et lui assure la
pérennité de sa situation.
Mais en juillet 1683, la reine Marie -Thérèse meurt brutalement d 'un abcès
le bras.
Pour Françoise d 'Aubigné, sans doute tout s 'est joué en fort peu de temps.
y a le moment où le duc de la Rochefoucauld lui dit c 'est maintenant
va avoir besoin de vous, donc ne partez pas, ne vous retirez pas à maintenant.
Elle était en pleine dépression, ce qu 'on appelle les vapeurs à l 'époque.
Elle n 'arrivait plus à dormir.
Elle va dans la forêt seule ou avec une amie.
Et on peut imaginer, évidemment, le trouble qu 'il affecte.
C 'est alors que le roi, retiré à Fontainebleau, la fait venir auprès de
Dès qu 'elle arrive à Fontainebleau, le roi lui donne l 'appartement de la
reine. Et le soir même, il lui annonce qu 'il veut l 'épouser. Il a pris sa
décision.
Elle n 'avait pas pu calculer que Louis XIV, un jour, la demanderait en mariage.
Ce n 'était pas possible.
Le miracle pour elle, c 'est que Marie -Thérèse soit morte.
Donc, il y a une part de hasard considérable qui a joué dans son destin.
Le grand Trianon ou Trianon de Marbre est sans doute à Versailles le monument
qui rappelle le mieux la présence de Madame de Maintenon.
Pour Louis XIV et son épouse secrète, c 'est un peu leur maison de campagne.
Construit en 1687 par Jules Ardoin -Mansart, Trianon est contemporain de
mariage. A telle enseigne d 'ailleurs que Madame de Maintenon avait ici un
appartement qui était collé à celui du roi et qui donnait sur un petit jardin
fermé qui a aujourd 'hui disparu.
Ce palais d 'un genre nouveau, avec son toit plat et son péristyle, qui réunit
avec fluidité cour et jardin, correspond assez bien au goût le plus intime du
roi. L 'édifice, qui ne possède qu 'un seul étage, donne deux pleins pieds sur
des jardins à la française. Et pour le plaisir du roi, on y change les fleurs
tous les jours.
Louis XIV aime recevoir ici des dames pour d 'aimables et innocentes
conversations à un goût nouveau qui lui vient de sa seconde épouse.
À Trianon, la simplicité se marie à la grandeur. Les marbres roses du
les préférées de Louis XIV, s 'allient aux boiseries toutes blanches, d 'une
grande sobriété.
Quant à la peinture de Chevalet, elle occupe ici la première place.
Nous nous trouvons dans l 'une des plus belles pièces du palais, la Galerie des
Côtels, du nom du peintre Jean Côtel, qui a peint la collection de vues du
Jardin de Versailles qu 'on admire sur ses murs.
On aperçoit par exemple le bosquet de la salle de balle, le bosquet de l 'étoile
ou le bosquet de la colonnade, dans lesquels se promènent des personnages
mythologiques.
Ce palais est venu prendre la place d 'un autre trianon, le trianon de
porcelaine, que le roi avait fait construire pour la devancière de
Madame de Montespan. De cet extravagant bâtiment tout couvert de porcelaine à la
mode de Chine, il ne reste plus rien.
Comme si le roi Louis XIV avait voulu rayer d 'un trait de plume toute une
période de sa vie.
Que s 'est -il donc passé pour que Louis XIV décide de mettre de l 'ordre dans
sa vie avec tant de détermination au point d 'opérer un changement radical
son comportement ? Je vous propose d 'enquêter sur l 'un des mystères les
ténébreux du grand siècle.
Qu 'est -ce que c 'est que cette affaire des poisons ?
Moi, je dirais que c 'est une affaire qui est totalement extraordinaire.
C 'est d 'un côté la plus grosse affaire judiciaire, policière, politique de
tout l 'Ancien Régime. Et en même temps, l 'affaire la plus mystérieuse.
C 'est une affaire de barbares, une affaire de sauvages, et qui retombe
une odeur nodéabonde sur un Versailles qui est brillant d 'or.
Si l 'affaire des poisons reste dans les mémoires, c 'est qu 'elle a éclaboussé
l 'ensemble de la société jusqu 'au sommet de l 'État.
En 1679, ses conséquences provoquent la disgrâce définitive de Madame de
Montespan, maîtresse de Louis XIV pendant plus de dix ans.
Au plus fort de la crise, la position acquise par Françoise de Maintenon lui
permet de recueillir les confidences du roi. Pour comprendre cette ténébreuse
affaire, il faut revenir trois ans en arrière.
Le 16 juillet 1676,
La belle marquise de Brunvilliers est brûlée vive en place de grève devant une
foule immense.
Les actes de sorcellerie ou d 'empoisonnement devaient subir une forme
purification par le feu.
On reproche à cette noble dame, fille de magistrat et épouse de militaire, d
'avoir empoisonné son père et ses deux frères afin d 'hériter de leurs biens.
On va la condamner et la condamner à mort, à être brûlée. On peut dire qu
a mis le feu aux poudres en quelque sorte, l 'affaire des poisons, aux
de succession, naturellement.
Cela se vérifie quelques mois plus tard, en 1679.
À Versailles, le règne de Louis XIV est à son apogée.
Le roi qui se lasse de Madame de Montespan s 'enflamme pour la jeune et
ravissante Marie -Angélique de Fontange.
Madame de Maintenon, quant à elle, devine que les sentiments de Louis XIV
deviennent de plus en plus profonds à son égard.
L 'histoire de la marquise de Brunvilliers est presque oubliée quand
dans les faubourgs de Paris va rappeler les poisons aux bons souvenirs de Louis
XIV.
Il se trouve qu 'à ce repas, il y a un avocat qui n 'a pas les oreilles
bouchées. Il écoute particulièrement une certaine Marie Labosse.
Quel métier extraordinaire, je ne vois chez moi que des marquises, des
duchesses, des princesses, et encore trois empoisonnements, et je me retire
sur une fête. Et Maître Perrin, qui était cet avocat, a été immédiatement
dénoncé, Marie Boch.
L 'incident revient aux oreilles de Louis XIV et de ses principaux
Louvois et Colbert.
Ils décident de confier ce dossier particulièrement sensible à un homme de
poigne. le lieutenant général de police Nicolas de Larigny.
C 'est vraiment l 'un des premiers policiers, enquêteurs, fouineurs sur le
terrain. Larigny s 'appuie sur un réseau qu 'on appelle les mouches. C 'est une
jolie expression.
Et donc, ces mouches, qui sont souvent des serviteurs, ou aussi des prêtres,
très belles mouches, ou des universitaires, très belles mouches
peut -être un peu plus coûteuse, et qui donc renseigne parfaitement la police et
qui lui économise du personnel.
L 'araignée procède alors à l 'interrogatoire de la bosse.
Elle prétend n 'être que le maillon d 'une vaste chaîne du poison.
Ses révélations conduisent la police vers une zone de non -droit, véritable
cours des miracles où brigands, faux -monnailleurs et empoisonneurs
Il y a ce que j 'ai appelé le territoire du poison.
C 'est -à -dire un certain quartier de Paris, toute la zone des anciens
qui avaient été abattus, au -delà desquels il y avait une espèce de zone
où on avait incité les gens à venir s 'installer.
Et on est au milieu d 'un monde sordide qui n 'a pas exorcisé les vieux démons
du Moyen -Âge.
C 'est le Paris grouillant, crapuleux, malsain de l 'époque de Louis XIV parce
qu 'à Versailles on croit en Dieu et dans les faubourgs on croit au diable,
sûr.
Au cours de l 'enquête, un nom revient sans cesse.
Celui de Catherine Desais, passée à la postérité sous le surnom de La Voisin.
Quand il arrête l 'empoisonneuse, l 'araignée prend conscience de la
exceptionnelle du personnage.
Songez que quand on va fouiller chez La Voisin, dans sa maison de la Ville
-Neuve au Gravois, on trouve 2500 corps d 'enfants nés avant terme.
Il y a un four.
et on va demander à quoi bon un four dans un jardin.
Et elle répond sans rire que c 'est pour faire cuire des petits pâtés.
En fait, les petits pâtés, c 'était des corps d 'enfants. Ce qui prouve qu 'elle
était une avorteuse, ce qu 'on appelait une faiseuse d 'anges.
Si sous l 'Ancien Régime, l 'avortement est puni de mort, l 'empoisonnement mène
tout droit au bûcher. Au XVIIe siècle, les deux activités sont très souvent
liées.
La voisin, c 'est la star des empoisonneuses. On peut dire aussi que
est une sorte de serial killer du grand siècle.
Elle tient une entreprise, l 'empoisonneuse.
Elle gère à elle seule une vingtaine d 'empoisonneuses. Et c 'est une espèce de
chef d 'entreprise.
Elle a créé sa propre légende. Je crois que c 'est pour ça qu 'elle est restée
emblématique. C 'est une dominatrice, la voisin. Elle se venge de ce départ dans
la vie.
où elle a tellement galéré, alors elle domine tout ce qu 'elle peut dominer.
Pour connaître les poisons utilisés par la voisin, nous nous rendons au musée de
la matière médicale.
L 'historien Stanis Pérez nous ouvre les portes de ce lieu très confidentiel.
J 'ai sélectionné ici quelques plantes
les plus toxiques, qui puissent être mises en relation de près ou de loin
la fameuse affaire des poisons.
Alors évidemment, ce sont des plantes qui ont toujours une dose de toxicité
assez importante, donc on est obligé de mettre des gants de façon à pouvoir les
manipuler sans risque.
Alors parmi ces plantes, on a par exemple le colchic, et qui était
tulou, puisqu 'on considérait que les bulbes...
pouvaient, sous forme de poudre, tuer un loup.
Toutes ces plantes entraînent des paralysies, par exemple vasomotrices,
traduisent par des étouffements, une salivation intense ou un certain nombre
symptômes qui ensuite débouchaient très souvent sur la mort.
Alors nous avons ici un flacon d 'arsenic. Il s 'agit très
poison qui a été le plus souvent utilisé dans la période qui nous concerne. De
mélanger l 'arsenic à de la bave de crapaud, parce qu 'on a observé l
toxique, voire mortel, de ce genre de substance.
L 'araignée doit désormais faire avouer à la voisin les noms de ses clientes.
Il la soumet alors à la question, un interrogatoire mené sous la torture.
On s 'arrange pour étendre au maximum ses bras et ses jambes et on introduit
corne de bœuf dans sa bouche. Le but, c 'est de lui faire avaler le plus d 'eau
possible. Et question ordinaire, plus extraordinaire, ça fait 18 litres d 'eau
et les douleurs sont absolument intolérables.
Il existe ce qu 'on appelle les fameux brodequins, qui sont des planches. Donc
chaque jambe a ses deux planches, comme prise en sandwich. On introduit
ensuite... un grand coup de noyer des coins en bois entre ses planches, de
en fait à écraser les membres inférieurs et qui occasionnaient des souffrances
particulièrement atroces.
À l 'issue de cette séance musclée, l 'araignée dispose d 'une liste qui le
laisse songeur.
L 'un des premiers noms prononcés est celui de Mademoiselle Desoeillets, la
propre dame de compagnie de Madame de Montespan.
Arrive le nom...
de Madame de Vivonne, qui est la belle -sœur de Madame de Montespan. Les deux
sœurs Mancini, qui sont les nièces de Mazarin.
On citera même le nom de Racine, le poète Racine. À un moment donné, il sera
question de délivrer une lettre de cachet contre lui.
Comme si cela ne suffisait pas, à la cour, la jeune maîtresse du roi meurt
suites d 'un accouchement, ce qui renforce les rumeurs de poison.
Dans ce monde des empoisonneurs, on se livre également au plus sacrilège des
rites, la messe noire.
Et la voisin a pour complice un prêtre défroqué, l 'abbé Guibourg, qui est le
pape de ces célébrations occultes.
Il est hideux. Autant la voisin a une bonne bouille, autant lui, il a une
qui pendouille, il a un œil glauque blanc, l 'autre qui louche. Enfin, il
effrayant, il fait peur.
Ce sont des messes qui sont dites sur le corps d 'une femme nue.
Sa chemise étant rabattue par -dessus la tête, une serviette sur le ventre. Sur
laquelle on pose le calice et à l 'intérieur du calice, on aurait mélangé
sperme et en même temps du sang d 'enfant qui aurait été égorgé.
Devant ce scandale, la réunie fait immédiatement prévenir Louis XIV.
Le roi, atterré, constitue aussitôt un tribunal spécial pour juger à huis clos.
les personnes impliquées dans l 'affaire.
Il a pour nom la Chambre Ardente.
Parce que Louis XIV est quand même le roi qui dirige le plus grand pays d
'Europe. C 'est l 'homme qui donne des leçons à tout le monde. C 'est l 'homme
qui fait la guerre à tout le monde.
Qu 'est -ce qu 'on va dire en Europe si on apprend que son royaume est aussi
corrompu, j 'allais dire pourri, parce qu 'il n 'y a pas d 'autre mot, dans ses
bas -fonds.
Dans le cercle rapproché du roi, des intrigantes ont eu recours à la voisin
acquérir des filtres d 'amour afin d 'obtenir les faveurs de Louis XIV.
Ils découvrent que les femmes cherchent à le conquérir et qu 'elles sont prêtes
à tout pour l 'atteindre. Et donc, le chasseur qu 'ils croyaient être se
tout d 'un coup transformé en gibier pour toutes les candidates à la place
brillante de maîtresse officielle.
Dans cette ambiance putride, Madame de Maintenon fait plus que jamais figure de
référence morale aux yeux de Louis XIV.
De délation en délation, la chambre ardente instruit les dossiers de 194
accusés.
Pour la majorité d 'entre eux, ils sont entassés à Vincennes, dans le vieux
donjon du château.
Le problème de l 'affaire des poisons, très rapidement, c 'est que ce n 'est
qu 'on ne peut pas attraper assez.
d 'empoisonneuse et d 'empoisonneur, c 'est qu 'on en attrape trop.
C 'est la crise du logement dans le donjon de Vincennes.
On vous met là, au frais et au secret, en attendant d 'être jugé.
Avec 34 condamnations à mort, les jugements prononcés par la Chambre
sont à la mesure de cette affaire tentaculaire.
Voilà un des registres d 'archives.
de la bibliothèque de l 'Arsenal, nous trouvons évidemment les noms de certains
condamnés. Par exemple, Marie Lemaire, qui est condamnée à avoir le poing
pendu et étranglé, et ensuite brûlé vif avec cette conclusion très simple et
très simple, exécutée.
Et nous avons évidemment un autre nom qui est encore beaucoup plus connu, nous
avons retrouvé tout le temps dans l 'affaire des poisons, qui est celui de
Catherine Désay, femme d 'Antoine Monvoisin, dite la voisin.
et qui, elle, est condamnée à être brûlée le 19 février 1674.
Au lendemain de l 'exécution de la voisin, sa fille fait alors la plus
fracassante des révélations.
Elle accuse formellement Mme de Montespan d 'avoir participé à des
afin de reconquérir le cœur du roi.
Il leur donne un blackout total sur cette affaire car il craint que la
en soit atteinte. Il est le représentant de Dieu.
sur terre.
Il n 'a pas envie que le diable lui fasse de la concurrence.
Immédiatement, Louis XIV décide de suspendre les travaux de la chambre
Le roi fait extraire tout ce qui concerne Madame de Montespan. Il nomme
ses dossiers l 'effet particulier.
Et il les enferme dans une sorte de coffre -fort qu 'il va garder jusqu 'à
mort de Madame de Montespan. C 'est une fois qu 'elle est décédée qu 'il se
décide à brûler les papiers pour que la mémoire de son règne et la mémoire de
son ancienne favorite ne soient jamais salies par des accusations dont on n
pas sûr qu 'il les ait réellement crues.
Pour s 'assurer de leur silence, Toutes les personnes ayant évoqué Mme de
Montespan vont finir leur vie sans jugement, au secret, dans les pires culs
basse fosse du pays.
Alors Mme de Montespan, bien sûr, va profiter de la place, puisque à partir
ce moment -là, Mme de Montespan n 'est plus rien dans le cœur du roi, et donc
là, il y a une place à prendre.
Elle va la prendre.
Nous sommes ici dans un endroit très peu connu du public, la sacristie de la
chapelle royale de Versailles, avec ses sobres boiseries de chênes sculptées. Et
on peut y admirer une collection de petits bustes en terre cuite, réalisés
le sculpteur Jacques Sarrazin, et qui représentent le Christ et les douze
apôtres. C 'est ici que les prêtres, de service pour la messe du roi, se
préparent avant de célébrer l 'office.
Et regardez, en empruntant ce petit couloir, On débouche dans l 'un des
du château de Versailles.
De par sa position si particulière d 'épouse secrète, Françoise doit se
en ce lieu bien avant la messe du roi. Non pas à 10 heures donc, mais à l
presque en catimini.
Et à une distance respectueuse de la tribune.
où se tient son royal époux.
Chaque jour, Françoise vient assister à la messe devant un petit hôtel comme
celui -ci.
Achevée en 1710, la chapelle royale de Versailles est le monument le plus
emblématique de la fin du règne de Louis XIV, marqué par son retour à la
dévotion qui coïncide avec la présence à ses côtés de Madame de Maintenon.
Sous le plafond qui évoque la Sainte Trinité, des anges présentent des
allégories de la Passion du Christ en une grandiose leçon de théologie.
Bronze, peinture à fresque, marbre, pierres sculptées.
Rien n 'est assez beau pour ce décor.
Pour la postérité, Louis XIV veut faire de ce sanctuaire son testament
architectural, le symbole même de sa piété de roi très chrétien. Le chantier
dure 25 ans. Mais Françoise, contrairement à ce qu 'on peut penser, n
pas un tel déploiement de face et de luxe. À ses yeux, la chapelle est trop
chère.
Alors que le roi vieillit, le royaume s 'enfonce dans la crise.
et dans des guerres interminables.
L 'histoire ne porte pas toujours sur Madame de Maintenon un regard très
indulgent, au point qu 'elle demeure victime encore aujourd 'hui d 'une
noire, savamment entretenue depuis sa mort par des plumes aussi brillantes et
vénimeuses que celles du duc de Saint -Simon, mémorialiste de la cour, ou du
grand historien romantique Jules Michelet. Mais au fond... Quelle est l
'influence réelle de Madame de Maintenon auprès de Louis XIV ? Et quelle est sa
part dans les grandes décisions qui marquent les dernières années de ce très
long règne, comme la regrettable révocation de l 'édit de Nantes ? En
octobre 1685, deux ans après son mariage secret, Louis XIV décide de révoquer l
'édit de tolérance des protestants promulgué 90 ans plus tôt à Nantes par
grand -père Henri IV.
Dans toute la France, Les persécutions se multiplient contre les réformés qui
doivent choisir entre l 'abjuration, l 'exil ou la répression.
Madame de Matenon est une des très rares personnes à ne pas associer sa voix au
concert de louanges quasi unanimes qui saluent la décision de Louis XIV lorsqu
'il révoque l 'édit de Nantes. Ça mérite d 'être signalé. Elle déteste tout ce
qui est violence.
Ça ne veut pas dire qu 'elle soit contre la révocation.
Et d 'ailleurs, la preuve, c 'est qu 'elle va tout faire, notamment dans la
partie de sa famille qui est restée protestante, je pense à la future madame
Kélus, pour les convertir.
Elle fait enlever sa nièce quelques semaines avant qu 'un édit royal vienne
autoriser ce genre de pratiques à l 'échelle du royaume. Donc là, il n 'est
impossible que, ponctuellement, elle ait été à l 'origine d 'une mesure plus
générale.
La politique religieuse de Louis XIV s 'enracine dans le serment de son sacre,
bien avant sa rencontre avec Françoise.
La révocation de Lady de Nantes n 'est donc pas l 'œuvre de la marquise.
Pour autant, en cette période difficile, son image n 'est pas bonne dans le
royaume.
Elle cristallise les oppositions comme pourrait le faire un premier ministre.
roi n 'est pas de premier ministre, mais au fond, il a une femme qui joue à la
cour un certain rôle, qui reçoit des demandes des courtisans.
Cela sera relayé par Saint -Simon.
qui la qualifiera de pantocrate. Un personnage invisible régissant tout par
derrière les portes de son appartement.
Si Madame de Maintenon vit dans l 'intimité de Louis XIV, elle ne dispose
'un ascendant illimité sur son mari.
Elle est là pour le roi, mais elle n 'est pas là pour agir, pour intervenir,
pour influer.
Il a besoin d 'une interlocutrice auprès de qui il puisse poser les problèmes,
mais son avis n 'est absolument pas déterminant et c 'est Louis XIV qui
décision finale.
Il avait écrit dans ses mémoires très tôt, la beauté qui fait nos plaisirs ne
doit absolument pas se mêler de nos affaires.
Donc ce n 'est pas le genre d 'homme avec qui il était question de tweeter,
voyez -vous.
Discrète, Françoise n 'est pas non plus sans pouvoir.
Son domaine d 'influence, c 'est celui des nominations.
Pour les pensions, les gratifications, ce qu 'on appelle les bienfaits du roi,
Madame de Maintenon est incontournable. Il faut passer par Madame de Maintenon
pour avoir un bénéfice ecclésiastique, pour avoir un gouvernement, pour avoir
bâton de maréchal.
Sans avoir son propre clan, Madame de Maintenon a tout de même ses protégés.
Le conseiller Chamillard, héros au billard mais zéro au ministère, ou
Adrien Maurice de Noailles, duc d 'Aïen, qui fait maintenant partie de sa
famille.
Au château de Maintenon, la présence de ce neveu par alliance est encore
palpable.
Nous nous trouvons ici dans la chambre du maréchal duc de Noailles, le neveu de
Madame de Maintenon.
Sa grande carrière va être faite justement par ce mariage avec la nièce
de Madame de Maintenon. Et nous avons ici son lit, qui est un lit tout à fait
l 'époque Régence, et avec cette chose extraordinaire qui est une indienne, c
'est -à -dire une toile de coton peinte.
Vous avez ici des fleurs de pavot, des choses absolument extraordinaires et
fantaisistes. Et tout ça se marie avec la tête de lit, avec les armes du
maréchal -duc de Noailles en médaillon au centre.
À maintenant, les Noailles ont accumulé au fil des siècles de nombreux souvenirs
qui célèbrent les liens unissant leur famille aux rois qui ont fait la France.
Nous voici dans le premier salon des agrandissements commandé par Louis XIV
qui, au début du XVIIIe siècle, va être réaménagé en installant les portraits en
pied des rois du XVIIIe et début du XIXe siècle.
Ce sont des portraits de majesté, comme il y en a peu d 'ailleurs dans les
demeures privatives.
C 'est aussi pour nous montrer, puisque le portrait de Mme de Maintenon figure
au milieu de ces rois en pied, que c 'est grâce à elle...
que la famille de Noailles est arrivée au cœur de l 'intimité monarchique.
Mais l 'intimité monarchique a aussi ses inconvénients.
Et de cela, Maintenon garde le témoignage.
Le domaine le plus secret de Maintenon, qui est son château, le 14 a voulu
mettre sa main dessus.
Et sa main dessus, c 'est un immense TGV au fond du jardin.
Il faut imaginer que ce qui était prévu était une sorte de pont du Gard dilaté,
quelque chose d 'absolument gigantesque.
En 1684, Louis XIV décide de faire bâtir à Maintenon un acte duc destiné à
amener les eaux de l 'Eure jusqu 'au jardin de Versailles.
Le projet qui doit s 'étendre sur 110 kilomètres est pharaonique. Il mobilise
000 soldats pendant plusieurs années dans des conditions de travail très
difficiles.
Songez que la queue duque de Maintenon a coûté 8 millions de livres, c 'est
pratiquement le dixième du prix de Versailles.
Et pour quelque chose qui a raté, puisque finalement la queue duque n 'a
fonctionné. Et c 'est un peu le symbole visuel de la vie de Madame de Maintenon.
Une femme qui subit tout de même la tutelle d 'un homme toute sa vie et qui
au service de cet homme.
Avec le temps, le roi se montre moins attentif.
Pour Françoise, le conte de fée des débuts.
n 'est plus vraiment ce qu 'il était.
Elle va découvrir l 'ampleur de son égoïsme qui va s 'accentuer avec l 'âge
comme toujours les défauts.
C 'est un égoïsme de roi. Il estime que tout le monde doit être sous les armes
pour lui permettre d 'exhiber sa splendeur. Tout en l 'aimant, tout en
la traiter bien, il ne se rendait pas compte de ce qui lui infligeait.
Madame de Maintenon est très frileuse. Louis XIV, on le sait, il adore ouvrir
les fenêtres et en plein hiver, la première chose qu 'il fait quand il
dans la chambre de Madame de Maintenon, c 'est d 'ouvrir toutes grandes les
fenêtres. Donc je pense qu 'au quotidien, ça a été assez difficile.
Elle n 'a pas ce qu 'elle espérait du roi, c 'est -à -dire qu 'elle n 'a pas
retour d 'affection.
Il y a quelques fois, de temps en temps, un rare billet où il lui dit qu 'elle
compte énormément pour lui, mais c 'est un rarissime.
Mais l 'affection de Louis XIV est bien réelle.
Et il la manifeste à sa façon.
Il est sévère pendant très longtemps, donc il a des exigences sexuelles. À 72
ans, elle écrit un jour à son confesseur en disant « Est -ce que par moment je
ne pourrais pas me dérober à certaines occasions pénibles ? » Et le confesseur
lui a conseillé, pour l 'amour de Dieu, de s 'y soumettre parce que ça
empêcherait Louis XIV d 'aller chercher ailleurs et de compromettre le salut de
son âme. Donc, elle a continué, je ne sais pas jusqu 'à quel âge, mais enfin,
probablement à peu près jusqu 'à la mort du roi.
C 'est ça aussi l 'énigme de Madame de Maintenon. Cette femme qui est partie de
si bas et est arrivée aussi haut, eh bien, elle n 'est pas heureuse.
Son bonheur, Françoise le trouve surtout dans la pratique de la religion.
Un domaine d 'influence où elle n 'hésite pas à prendre partie.
A la cour, elle est très liée avec l 'abbé de Fénelon.
Précepteur du petit -fils du roi et passionné comme elle de pédagogie, il s
identifié d 'une certaine Madame Guyon qu 'on surnomme la Béate et dont la
doctrine mystique possède l 'attrait de la nouveauté.
Le quiétisme, c 'est, je dirais, le moyen facile d 'accéder à la grâce.
Un moyen presque immédiat d 'accéder à Dieu. Et d 'ailleurs, un des textes les
plus importants que Mme Guyon a écrits s 'appelle « Les torrents ». Elle
explique d 'ailleurs, nous sommes des torrents et comme d 'une montagne, nous
dévalons vers la mer qui est Dieu.
Quand les confesseurs ordinaires disent qu 'il faut faire des efforts sur soi
-même pour vaincre ses tentations, ses désirs, que c 'est dur d 'arriver à la
paix intérieure, elle dit au contraire, il suffit de se laisser aller au pur
amour. Rencontrer Dieu, mais dans une rencontre amoureuse, je dirais.
Séduite, Madame de Maintenon tire Madame Guyon de la prison où l 'avait jetée l
'archevêque de Paris et l 'accueille à Saint -Cyr.
Une marque de soutien éclatante qui ne passe pas inaperçue.
Madame de Maintenon, c 'est une femme assez rationnelle. On ne l 'imagine pas
grande mystique, on ne la voit pas en Sainte -Thérèse d 'Avila, en extase,
C 'est tout de même ce qu 'elle recherchait.
Et je pense qu 'elle a recherché ça parce qu 'elle avait l 'impression
manquer d 'amour. Elle avait beaucoup manqué d 'amour.
Elle avait le roi, mais elle était environnée de haine.
Et Fénelon lui apportait, avec ce petit groupe, les joies de l 'amitié.
Elle se sentait aimée, respectée.
Mais pour Françoise, c 'est un piège.
Fénelon et son petit troupeau de dévots ne sont pas sans arrière -pensée,
espérant se servir d 'elle auprès du roi.
Quant aux idées de Madame Guyon, condamnée par le pape, elle dégage de
plus une odeur de soufre.
Le problème, que pose le quiétisme, c 'est que finalement, on n 'a pas besoin
'église. On n 'a pas besoin de prêtre, on n 'a pas besoin de confesseur, on n
pas besoin de directeur de conscience.
Le quiétisme court -circuit finalement toute institution ecclésiale.
Et pour le XIV, c 'est intolérable. Le XIV est quand même celui qui aussi
d 'une certaine manière l 'église de France.
Et c 'est sa femme qui est au cœur d 'une querelle condamnée et condamnable.
L 'église à feu et à sang ?
Madame de Maintenon se retrouve dans une situation délicate.
Dans l 'ancien palais épiscopal de Chartres, nous avons retrouvé un
essentiel sur cette crise, la plus grave que le couple ait traversé.
Voici donc cette fameuse lettre de l 'évêque Godet des Marais.
Madame de Maintenon a pensé à un moment qu 'elle serait carrément répudiée.
Elle se réfugie à Saint -Cyr.
Elle ne vient pratiquement plus à Versailles, et pendant six mois, le roi
Madame de Maintenon ne vont pas s 'adresser la parole.
C 'est pour ça qu 'à ce moment -là, l 'évêque de Chartres, Godet des Marais,
écrit au roi pour prendre la défense de Madame de Maintenon.
Donc c 'est la pièce originale, et où on trouve la phrase essentielle, « Vous
avez une excellente compagne, pleine de sagesse et de discernement, dont la
tendresse... » La sensibilité et la fidélité pour vous sont sans égale.
Et la crise va se dénouer. Louis XIV dira à Madame de Maintenon « Madame,
-t -il que nous mourions de tout cela ? » Au
passage, ce document est aussi la preuve irréfutable du mariage secret de
Françoise et de Louis XIV.
Il n 'est pas possible qu 'un évêque écrive au roi en lui parlant de sa
si ce n 'est pas sa femme.
C 'est le document qui balaie toutes les hésitations de l 'histoire jusque -là.
Madame de Maintenon va retenir la leçon.
Elles auront définitivement avec Fenelon et tous ses amis impliqués dans la
querelle.
Elle est devenue d 'une prudence de sioux et ne s 'est plus mêlée d
religieuses. Et Louis XIV a poussé un grand soupir de soulagement.
Réconciliée avec Madame de Maintenon, le roi va lui donner une mission de
confiance passablement ingrate.
Elle est la ministre des affaires familiales. Et c 'est quelque chose,
c 'est une famille pas facile à gérer.
Il y a vraiment, je pense, de fait, une rivalité entre la famille officielle et
puis l 'autre famille.
Madame de Maintenon se trouve finalement entre les deux. Et donc, son rôle, ça a
été, d 'une certaine manière, d 'adoucir, d 'aplanir les choses.
Le roi marie ses bâtards chéris avec les enfants de son frère ou de ses cousins.
La terrible belle -sœur, Madame Palatine, est horrifiée par ces
'elle attribue à la vieille guenipe.
Mais en 1697, on célèbre enfin à Versailles un mariage qui rassemble la
Le duc de Bourgogne, petit -fils du roi, épouse Marie Adélaïde de Savoie.
Pour Françoise, l 'arrivée de cette petite princesse de 11 ans, qu 'il
ma tante », apporte une bouffée d 'air frais.
Elle va être enchantée.
par le comportement de cette petite jeune fille, vive, aimant la
amusante, poussant très loin, même, son comportement.
La valatine, la belle -sœur de Louis XIV, dira d 'ailleurs, cet enfant est
pourri, c 'est même pas possible, elle se tient mal à table, ils ne lui disent
jamais rien.
Elle embrasse le roi, elle fouille dans ses affaires, elle ouvre les lettres.
Cette petite fille, ça les rajeunit, ils sont ravis, ils lui laissent tout
faire.
Mais ce bonheur ne dure pas.
En 1712, la Duchesse de Bourgogne et son jeune époux sont emportés par la petite
Vérole.
On s 'est aperçu d 'ailleurs à sa mort que, chose étonnante, elle entendait une
correspondance avec son papa.
En fait, c 'était une bonne petite espionne de son père. Elle renseignait
de Savoie, lequel d 'ailleurs avait changé plusieurs fois de camp pendant
guerres de succession d 'Espagne.
Depuis que Louis XIV a placé un autre de ses petits -fils sur le trône d
'Espagne, la guerre s 'est étendue en Europe.
Et c 'est à Françoise que le roi confie la responsabilité de contrôler la
principale conseillère du jeune Philippe V et de son épouse Marie -Louise.
Elle est en correspondance constante avec Madame Desursa.
qui est la Camerera Mayor, c 'est -à -dire l 'intendante de la jeune reine d
'Espagne. Et là, quand le roi veut faire passer des messages, il va utiliser
Madame de Maintenon. Toutes les dépêches qui arrivent de la cour de Madrid sont
soit lues devant Madame de Maintenon, soit lui sont directement communiquées
ordre du roi.
Il faut qu 'il y ait quelqu 'un qui connaisse suffisamment bien la princesse
Ursins pour guider son action, mais le faire avec tact, parce que ça n 'est pas
quelqu 'un qu 'on va pouvoir manipuler comme cela.
Et là, on découvre un pan nouveau. Ce n 'est pas seulement la quasi -reine, c
'est -à -dire quelqu 'un qui a une place dans le fonctionnement politique de
cette monarchie française.
Cette influence accrue.
Madame de Maintenon va s 'en servir pour son cher mignon, le duc d 'Humaine, à
qui elle veut donner, malgré sa bâtardise, la possibilité de jouer un
politique après la mort du roi et peut -être même d 'accéder au trône.
Tout ça va être consigné dans un testament.
Elle va quasiment l 'imposer à Louis XIV. Louis XIV dira, on l 'a voulu, ce
testament, il viendra ce qu 'on voudra, mais au moins j 'aurai la paix.
Elle l 'a harcelé.
Par amour.
Madame de Maintenon a commis, sans le vouloir, une faute politique.
En obligeant les successeurs de Louis XIV à faire casser son testament après
mort, elle déstabilise pour longtemps la monarchie française.
À l 'occasion de cette cérémonie du lever des couleurs, je me retrouve au
militaire de Saint -Cyr.
Il occupe aujourd 'hui un lieu cher entre tous, à Madame de Maintenon, la
royale de Saint -Louis, destinée à abriter l 'institution qu 'elle a fondée
l 'éducation des jeunes filles.
Chaque fois qu 'elle le peut, Madame de Maintenon fuit les servitudes de
Versailles pour venir se réfugier dans ce qui constitue son véritable
sanctuaire.
De Napoléon jusqu 'à la Seconde Guerre mondiale, la maison a accueilli la
célèbre école militaire de Saint -Cyr, où furent élèves toutes nos gloires
militaires, en premier rang desquelles le général de Gaulle.
En cette fin du règne de Louis XIV, Madame de Maintenon possède ici un
appartement. Il n 'en reste malheureusement pas grand -chose, car
bombardements de 1944...
ont causé de terribles dommages obligeant l 'école spéciale militaire à
déménager pour co -aide qui danse sur la lande bretonne.
Au XVIIe siècle, sur ce terrain marécageux appartenant à des
Jules Ardoin Mansart, encore lui, qui construit ces imposants bâtiments en
de hache et couronnés de lanternons décoratifs.
Dans cette chapelle où elle demande à être inhumée, les révolutionnaires de
viendront violer sa sépulture.
Ce jour -là, écrit son biographe et petit -neveu, Paul, duc de Noailles,
fut vraiment traitée en reine.
Après bien des vicissitudes et par la volonté de Napoléon, sa dépouille
mortelle, ou ce qu 'il en restait, revient dans cette maison qui résume si
l 'engagement de Madame de Maintenon pour la cause des femmes.
En 1686, la maison d 'éducation que fond ici Madame de Maintenon est une
première dans l 'histoire.
Elle est réservée exclusivement aux filles.
Françoise nourrit pour elle de grandes ambitions.
Leurs pères, officiers, ont souvent été tués ou blessés dans les nombreuses
guerres du roi Soleil. Et elles arrivent de toute la France.
À l 'apogée de sa vie, Madame de Maintenon n 'oublie pas son enfance de
fille noble, mais pauvre.
Elle se montre soucieuse de donner à d 'autres l 'éducation qu 'elle aurait
avoir.
Elle veut s 'attirer une bonne gloire et laisser dans l 'histoire le
souvenir d 'une femme d 'exception. Quand elle va exposer le projet au roi,
va être très étonné et d 'abord il ne va pas lui dire oui, parce qu 'il va dire
mais... Jamais Reine de France n 'a entrepris rien de pareil.
Institution destinée à durer, la maison Saint -Louis de Saint -Cyr vient
couronner l 'œuvre éducative de Madame de Maintenon.
Mais elle s 'inscrit aussi dans la politique de Louis XIV en direction de
noblesse du royaume.
Très vite, Françoise peut compter sur l 'appui du roi qui se passionne pour le
projet de sa femme.
Saint -Cyr, c 'est un peu le pendant des Invalides. C 'est -à -dire cette fois,
il s 'agit d 'accueillir...
des jeunes filles qui viennent de la noblesse provinciale et de la noblesse
guerrière, c 'est -à -dire finalement des filles qui ont perdu un père et qui
ont besoin qu 'on les aide.
La maison a été construite très très vite pour l 'époque. Quand on sait que
Versailles a été construite en plusieurs opérations sur 20 ou 30 ou 40 ans, ici,
en 18 mois, la maison a été construite.
Louis XIV va même jusqu 'à s 'intéresser au dessin des costumes des élèves.
Et il plaisante, il dit, mais quel drôle de petit bonnet est -ce là ? Et il fait
redessiner le petit bonnet des jeunes filles de Saint -Cyr.
Traditionnellement, les filles sont élevées à la maison par leur mère ou
placées dans des couvents.
Avec Saint -Cyr, Madame de Maintenon propose une vraie rupture.
Ce qu 'il y a d 'extraordinaire dans Saint -Cyr, et ce pourquoi Louis XIV a
enthousiaste, c 'est que ça ne doit pas être un couvent. Je ne veux pas de la
petitesse des couvents. C 'est donc une institution laïque et avec une
constitution tout à fait libérale.
Perfectionniste, Madame de Maintenon consigne les moindres détails du projet
pédagogique dans une véritable bible, les constitutions de la maison de Saint
-Louis.
Tout est codifié, les règles d 'accueil des jeunes filles, comment on va les
sélectionner, les règles d 'éducation, ce qu 'on va demander aux jeunes filles.
Les jeunes filles de Saint -Cyr se distinguent par la couleur des rubans
sont accrochés à leurs petits costumes.
Il y a les rouges, les vertes, les jaunes et les bleus qui sont les plus
grandes, qui ont plus de 17 ans. Je veux de l 'esprit, de l 'élévation, une
grande liberté dans les conversations pour les rendre aptes à affronter le
monde. La grande idée de Madame de Maintenon.
C 'est d 'ouvrir ses filles au grand vent de la culture, aussi bien les
lettres que les mathématiques, que les langues, que l 'histoire, que la
géographie. Et elle pense que même dans une vision très traditionnelle, où les
femmes seraient des épouses et des mères, elles ont de bien meilleures
on leur a appris des choses, et de bien meilleures épouses si elles savent gérer
un domaine, s 'occuper des fermes, etc.
Ce que fait Mme de Maintenon, c 'est complètement neuf. Je voudrais presque
que c 'est une féministe du grand siècle.
Dans cette école ultramoderne, la pédagogie repose sur l 'émulation et sur
'entraide entre les élèves.
Très présente, la fondatrice joue un rôle direct dans l 'éducation des jeunes
filles.
Madame de Maintenon intervient dans le cadre d 'entretiens ou de conversations,
ou encore ce qu 'on appelle aussi les proverbes, c 'est -à -dire qu 'elle
raconter une histoire, souvent autobiographique, elle revient souvent
propre enfance.
Madame de Maintenon avait reçu le titre d 'institutrice de France.
Et le terme d 'institutrice a été créé pour la maison royale de Saint -Louis.
Autre aspect novateur de Saint -Cyr, le théâtre.
Au début, les demoiselles jouent des scénettes écrites par Madame de Brinon,
'intendante de la maison, dans un style assez ridicule.
Pour relever le niveau, Françoise décide de commander une pièce à l 'un des plus
grands dramaturges de l 'époque, Jean Racine.
Racine, à ce moment -là, était historiographe du roi, s 'ennuyait un
il n 'avait plus écrit de tragédie, c 'était la fin de sa carrière.
Et Madame de Maintenon a dit à Racine, nos petites filles ont joué à Andromaque
et elles l 'ont joué si bien qu 'elles ne le joueront plus. Parce que, comme c
'était des thèmes amoureux, les petites jeunes filles, ça les mettait en émoi.
Pour sa pièce, Racine s 'inspire d 'un sujet biblique, l 'histoire d 'Esther,
favorite du roi perse Aspérus.
Esther est de condition inférieure au roi. Néanmoins, le roi l 'écoute et
le peuple juif auquel Esther appartient. Il n 'y a pas besoin d 'être grand
clair pour deviner que c 'est évidemment une métaphore du rôle joué par Madame
de Maintenon auprès de Louis XIV.
Sous la houlette de Racine, la préparation de la pièce se fait avec le
grand professionnalisme.
Les répétitions d 'Esther se sont faites dans une certaine effervescence.
Il faut des sentiments dont l 'univers prémisse. On tremble en comparant l
'offense et le supplice.
Ce sont des jeunes filles qui jouent les rôles masculins en travesti, mais ça
leur va très bien.
Madame de Maintenon a fait appel aux grands bérins pour les costumes, donc on
savait que ça allait être des représentations de grande qualité.
Le 26 janvier 1689, c 'est le grand jour.
À l 'entrée du dortoir, Louis XIV lui -même accueille des spectateurs priés
le volet.
Louis XIV a une passion pour le théâtre. Il a, dans sa jeunesse, été souvent sur
les planches.
Le roi joue quasiment les ouvreuses. Enfin, il est à la porte.
Avec sa canne, il va barrer le passage des gens et il va contrôler les billets.
Il est tout fier de montrer de quoi sont capables les jeunes filles pauvres à
qui il fournit une instruction et une éducation.
Ce sera l 'apothéose de Saint -Cyr, l 'apothéose du Saint -Cyr laïque, telle
l 'avaient voulu le roi et Madame de Maintenon.
Mais ce triomphe mondain que Madame de Maintenon n 'avait pas prévu monte à la
tête de certaines de ses pépilles.
Un certain nombre d 'entre elles ont été trop sensibles.
Quand on est une jeune fille de 16 -18 ans, quand on est une verte ou une
au discours des beaux parleurs, des jeunes gens de la cour qui ont commencé
vouloir leur compter fleurettes.
Cette bonne gloire auquel tenait tant Madame de Maintenon, c 'est -à -dire
savoir rester sobre, savoir faire preuve d 'humilité, n 'avoir aucun orgueil, a
été complètement battue en brèche et ça, elle ne pouvait pas l 'accepter.
Mais ce n 'est pas tout.
L 'église, déjà irritée par l 'appui apporté au quiétisme de Madame Guyon,
pour cible Saint -Cyr et sa fondatrice.
Même le curé de Versailles, dans l 'église de Versailles, prêche en disant
'est un scandale qu 'elle a créé.
que c 'est une maison de prostitution.
Et d 'ailleurs, les comédiennes à l 'époque sont considérées comme des
prostituées, pratiquement. Or, elle a fait jouer la comédie à des jeunes
et devant tout le monde, et avec des perles, etc.
Dès lors, une reprise en main radicale va s 'imposer.
On a mis de plus en plus l 'accent sur le fait de faire de bonnes chrétiennes,
de bonnes maîtresses de maison, et sans doute moins de têtes bien faites, un peu
intellectuelles, comme ça avait été envisagé au départ, ouverts aux lettres
aux arts.
Saint -Cyr, institution laïque, six ans plus tard, est devenue ce qu 'elle ne
voulait pas, c 'est -à -dire un couvent.
Le roi a quand même obligé Madame de Maton à faire jouer une deuxième pièce
Racine, c 'est Attali, qui a été joué ici en circuit fermé.
Pour retrouver le Saint -Cyr rêvé par Françoise, il nous faut retourner au
château de maintenant.
Nous pénétrons maintenant dans l 'une des pièces les plus remarquables du
château, la bibliothèque qui a été aménagée dans l 'esprit des
XVIIIe siècle avec les bustes des grands auteurs de l 'Antiquité et qui contient
dans ses armoires les trésors de Mme de Maintenon.
Alors voici un livre particulièrement émouvant aux armes d 'Aubigné.
Ce sont les deux tragédies écrites par Racine pour l 'institution de Saint
Esther et Attali. Et la particularité de cette édition que Mme de Maintenon a
fait relier en souvenir de ces deux grands événements qui se sont produits à
Saint -Cyr, c 'est qu 'il y a de la main de racine un envoi à Mme de Maintenon.
Et on ne peut pas s 'empêcher de regarder cette ligne sans énormément d
'émotion.
En matière d 'éducation des jeunes filles, Saint -Cyr ne représente pas
modèle pour l 'Europe du XVIIIe siècle.
et jusqu 'à Saint -Pétersbourg, avec la création par la tsarine Elisabeth
Petrovna du célèbre institut Smolny, qui ne fermera qu 'avec la révolution de
1917.
Défaite militaire, famine à répétition, décès de ses descendants, les dernières
années du règne de Louis XIV sont marqués par une incroyable succession de
malheurs.
Plus que jamais, Madame de Maintenon, qui approche de ses 80 ans, est auprès
son mari.
Si Louis XIV n 'a pas cédé sous l 'excès de la douleur, du
deuil, du chagrin, c 'est justement grâce à cette présence attentive,
secourable.
Dans ces années -là, à Marly, le roi fait procéder à un aménagement dans l
'église paroissiale.
Discrète célébration du lien qui l 'unit à Françoise depuis près de 30 ans.
Eh bien voilà, nous nous trouvons devant l 'hôtel.
devant lequel se seraient mariées Mme de Maintenon et Louis XIV.
Quand Louis XIV a réceptionné la nouvelle chapelle de Versailles, il est
cet hôtel, qui devait être démonté de l 'ancienne chapelle, tenait très à cœur
de Mme de Maintenon et de Louis XIV. Donc ils ont décidé, en 1710, de
cet hôtel ici et de le mettre à l 'église Saint -Mégor, qu 'il avait fait
construire déjà une vingtaine d 'années auparavant à Marly -le -Roi.
Début août 1715, c 'est encore à Marly, au cours d 'un concert, que Louis XIV
ressent à la jambe les premières douleurs de la gangrène.
Après 72 ans de règne, le vieux roi entre dans son agonie.
Louis XIV a demandé pardon à Madame de Maintenon de toutes les souffrances qu
'il avait pu lui imposer en ne tenant pas compte d 'elle.
Il lui dit...
Mais madame, qu 'allez -vous devenir ? Parce qu 'il se pose la question en
parfait égoïste, il s 'impose qu 'il ne vit née pratiquement.
Qu 'allez -vous devenir ? Vous n 'avez rien.
Et elle lui dit, je suis un rien, ne vous préoccupez que de Dieu.
Et ça, c 'est quand même... On se dit, bon, il avait trouvé la femme qui était
son niveau, vraiment.
Mais si madame de Maintenon est la femme de Louis XIV, elle n 'est pas la reine.
Elle se retire alors.
empruntant une dernière fois l 'allée du roi pour se rendre à Saint -Cyr.
Et c 'est là que, deux jours plus tard, on lui annonce la mort de son époux.
C 'est Marie -Jeanne d 'Aumale qui va voir Madame de Maintenon et lui dit tout
simplement « Tout le monde est en prière à la chapelle ». Ça, elle a compris.
Et elle dira « Il est mort comme un saint ». Et là, sa mission, à elle, est
accomplie aussi.
Recluse dans la maison qu 'elle a fondée, Madame de Maintenon se met en
avec Dieu et avec l 'histoire.
Elle se rend compte qu 'elle a vécu avec un grand homme.
Et là, chaque fois qu 'elle parle du roi, c 'est presque amoureusement de
nouveau.
Elle a mis un grand portrait de lui dans sa chambre et puis elle rêve de nouveau
sur lui.
Elle brûle toutes les lettres que le roi lui avait adressées.
Et elle dit à sa secrétaire, eh bien, me voilà hors d 'état de prouver que je n
'ai jamais été bien avec le roi.
Elle reçoit un hôte inattendu, qui est le tsar de Russie, Pierre le Grand, qui
lui demande de quoi elle souffre.
Elle lui dit d 'une extrême vieillesse et d 'une faible constitution.
Le tsar est tout embarrassé, puis s 'en va.
Pour Pierre le Grand, c 'était important de voir cette relique d 'un roi qu 'il
a admiré avec passion.
C 'est déjà une femme qui n 'est plus de ce monde. Je crois qu 'elle est dans
son monde qui n 'est pas le monde.
Le 15 avril 1719, quatre ans après Louis XIV, Madame de Maintenon arrive au
terme de son parcours terrestre. La dernière phrase, juste avant de mourir,
'est « Dans cinq minutes, j 'en serai bien long », comme si, après avoir fait
tour, elle n 'était pas encore sûre de tout.
On lui demande de bénir une dernière fois ses filles.
Et ce sera ses dernières paroles. Je ne suis pas digne.
Et c 'est par obéissance que cette moribonde consent à lever les mains pour
bénir ses filles.
Après, elle s 'endort.
Ne serait -ce que pour sa contribution à l 'éducation des jeunes filles, Madame
de Maintenon mérite peut -être d 'être réhabilitée.
Grâce à l 'amour de son épouse secrète, Louis XIV a pu aller au bout de sa
longue vie. Dans les dernières années, Madame de Maintenon et Louis XIV
formaient un couple fragile et touchant. Au terme d 'un règne si glorieux, ce n
'est pas l 'image la moins émouvante de notre histoire.
Je vous remercie de votre fidélité et vous donne rendez -vous très bientôt
un nouveau numéro de Secrets d 'Histoire.
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