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{n8}CHAPITRE 21 : UN CONTE AUX FINS ÉLÉGANTES
Je n'aurais pas dû le laisser partir.
Je n'aurais pas dû rentrer à Féerie.
J'aurais dû rester avec lui.
Je ne devrais pas être ici.
Matthew.
À quoi bon être ici sans lui ?
Lucienne.
- Notre Seigneur m'envoie - Ce n'est pas notre seigneur.
te demander quand tu penses que nos invités arriveront.
Ils ne vont pas tarder.
Bien. Alors je peux m'en aller.
- Tu ne restes pas ? - Tu dois faire tes adieux, Matthew.
Adieu.
Il reviendra.
Comment va Daniel ? Enfin
Comment doit-on l'appeler ?
Je m'en tiens à "Monseigneur" ou "Votre Majesté".
Il va bien ?
Il semblerait, pour quelqu'un qui est passé de bébé à Rêve des Infinis.
Il m'a rendu ma suite.
Vraiment ?
À moi aussi. Telle que je l'avais laissée.
Comment ? Il vient de vous rencontrer.
Je pense qu'il est un peu comme moi.
C'est-à-dire ?
Je me souviens de bribes de vie du premier Corinthien.
Où est-il ?
Qui cherches-tu ?
Le petit prince. Où est-il ?
- À traînasser sur son trône ? - Ne le dérange pas, Caïn.
C'est ce qu'on va voir.
Monseigneur.
Je réclame une audience.
Tu es
Caïn.
Et voici mon contrat avec votre prédécesseur.
Avec moi, Caïn.
Je suis Rêve des Infinis.
Ton contrat est avec moi.
Soit.
Ma lettre de mission stipule un numéro à deux.
Caïn et Abel.
Mystères et Secrets. J'insiste
Non, j'exige
que vous recréiez mon frère.
Faute de quoi je serai contraint dagir sans délai et de façon expéditive.
Caïn
Je crains de ne pas être très réceptif aux menaces.
Qu'elles soient insinuées ou explicites.
Ni à un excès de familiarité injustifiée.
Pardonnez-moi, seigneur.
Mais s'il vous plaît.
Mon frère.
Décris-le-moi.
Eh bien
il n'est pas aussi beau que moi.
C'est, et je pèse mes mots, un simplet pleurnichard,
sans aucun sens du style, et qui dégage
une effluve, légère quoique permanente, de bouillon de chou.
Merci, Caïn.
Goldie !
Mon frère.
Mon frère ! Je croyais que c'était fini.
Mais non ! Lord Morpheus t'a ramené.
Pas Morpheus, non.
Je n'ai pas le droit à ce nom.
Je suis Rêve des Infinis. Cela suffit.
Abel ?
- Tu es de retour. - Oui.
Grâce à notre seigneur.
Arrête un peu ! On va être en retard pour l'enterrement.
De qui ? Le mien ?
Celui de Morpheus.
Allons-y.
Merci.
Vous avez ramené Abel.
En effet.
Vous vouliez me voir ?
À propos de nos invités.
Ils vont arriver. Je suis prête à les accueillir.
Est-ce que je dois assister à l'enterrement ?
Selon le Livre de Cérémonie, la famille ne vous accueille qu'après l'enterrement.
Je vois.
À l'exception des gardiens,
tous les autres membres seront dans la grande salle.
Sauf si vous avez besoin de quoi que ce soit.
Ce monde est tout nouveau pour moi.
Ce soir, je vais rencontrer mes frères et surs pour la première fois, et
j'ai peur.
J'espère pouvoir compter sur vous pour tout ce qui est à venir.
Sur moi ?
- Ne conseilliez-vous pas Morpheus ? - Si, quand il avait besoin de moi, mais
Mais je ne suis pas lui.
Comprenez-moi,
c'est grâce à lui si j'ai atterri ici
et si j'y suis restée si longtemps.
Je crois qu'il est peut-être temps pour moi de partir.
Je vois.
Pas tout de suite, et pas avant de m'avoir trouvé un digne remplaçant.
Veuillez m'excuser, seigneur,
mais les invités arrivent.
Je devrais y aller.
- Vous préférez que je reste ? - Non.
Rien ne devrait arriver en votre absence.
Faites, je vous en prie.
- Je suis là - Ravi de vous voir.
Désolé.
Allez-y.
Où sommes-nous ?
Au palais.
Le service se fera à l'étage.
Alors il est mort.
Excusez-moi.
Puis-je vous demander
qui est mort ?
Lord Morpheus, le Roi des Rêves.
C'est un rêve, n'est-ce pas ? C'est
un cauchemar.
C'est bien un rêve.
Où d'autre organiser l'enterrement du Roi des Rêves ?
Et toutes ces personnes ?
Rêveurs et invités.
Célébrants et endeuillés.
Mais il ne peut pas être mort. C'est mon
ami.
Vous êtes Hob Gadling ?
Vous êtes Lucienne ?
Il m'a parlé de vous.
Il m'a parlé de vous aussi.
Il est vraiment parti ?
S'il est vraiment parti, qui est-ce ?
C'est Rêve des Infinis.
Mais il n'est pas
le Rêve que je connais.
En effet.
Vous m'évitez ?
Je ne suis pas ici pour toi.
Non, je sais bien.
Mais vous saviez que je serais là.
Un ami est mort.
Était-il vraiment votre ami ?
Il est plus facile d'admettre qu'on appréciait quelqu'un à sa mort.
Tu l'aimais, n'est-ce pas ?
Cette fois, il était différent,
lorsqu'il m'a créé.
Donc je suis différent.
Mais maintenant qu'il est parti,
je me retrouve seul.
Nous sommes tous seuls.
C'est possible. Mais quand il était là, je ne me sentais pas seul.
Ni quand j'étais avec vous.
Ce n'est qu'un sentiment.
Les sentiments changent.
Rose Walker.
Ça me revient.
Mon Dieu
Quelque chose ne va pas ?
Tout va bien.
Ce n'est pas le Corinthien que vous avez connu.
C'est le nouveau.
- Bien plus sympathique. - Désolé pour ce qui s'est produit.
Je ne me souviens pas de tout, mais
on a quand même vécu de bons moments, non ?
Je vais l'accompagner dans la grande salle.
La cérémonie va bientôt commencer. Suivez-moi.
Merci.
Johanna Constantine.
Bonjour, Hettie.
Comment vas-tu ?
Eh bien, pour tout te dire,
je ne savais pas si je devais venir.
Pourquoi ?
Morpheus t'aimait.
Autant qu'il le pouvait.
Vers la fin, j'en étais moins sûre.
Le pauvre bougre.
Tu es accompagnée ?
Montons nous installer.
T'es censé être qui, toi ?
Je suis Rêve des Infinis.
Sans déconner.
Comment c'est arrivé ?
Je ne sais pas trop.
J'espérais que tu puisses me le dire.
Je tenais à te prévenir.
Les représentants de Féerie sont arrivés.
Titania compte te ramener avec elle ?
Ou comptais-tu peut-être rentrer après le décès de Lord Morpheus ?
Non, pourquoi le ferais-je ?
Ce sera différent ici, avec le nouveau Rêve ?
C'est inévitable.
Mais tu seras là.
Ma sur !
Tu es
comme je m'y attendais.
Mais ravi que tu sois en vie.
Bonjour, Lucienne. Mes condoléances.
Merci, Seigneur Cluracan.
- Je vous laisse discuter. - Lucienne
Laisse-la. Dis-moi tout. Comment est le nouveau Rêve ?
Il est beau ?
C'est un bébé dans un corps d'adulte.
Un peu comme moi, finalement.
Lequel est-ce ?
Sa présence n'est requise qu'après la cérémonie.
Le chanceux. Les enterrements sont si lugubres.
- Parce qu'on pleure un défunt. - Oui, ce doit être ça.
Titania a-t-elle parlé de mon retour à Féerie ?
Non, pas un mot.
Je suppose qu'elle sait que tu n'aimes pas Féerie.
Ni elle.
Félicitations, ma sur. Ton vu a été exaucé.
Ta place est dans le Monde des rêves.
Même sans Lord Morpheus.
Tu crois qu'ils servent du vin ? Où est Taramis ?
Veuillez m'excuser.
Qu'est-ce que vous regardez ?
Toi ! On te croyait mort.
Je l'étais. Il m'a ramené à la vie.
Qui ?
Son Honneur.
- Daniel, tu veux dire ? - Ce n'est plus vraiment Daniel.
Il ramène tout le monde ?
Tu n'as qu'à lui demander.
Qu'êtes-vous donc en train de faire ?
Je te guéris.
Je te redonne vie.
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Je suis mort.
J'ai été tué dans ce que je peux appeler des circonstances très désagréables.
Je suis mort.
Alors à moins d'une bonne raison de me ramener à la vie
Tu es le Lopin du Ménétrier.
Tu fais, et as toujours fait, partie intégrante de ce royaume.
C'est faux.
Au départ, j'étais une idée de votre prédécesseur,
qui, au fil du temps, a pris racine dans l'imagination des gens,
comme toutes les idées que vous aurez dès à présent.
Là est tout le problème.
Je n'ai pas d'idées.
J'ignore comment je suis arrivé ici
et ce que je suis censé faire.
Je n'ai que les souvenirs de mon prédécesseur,
et vous l'avez toujours aidé.
J'ai toujours eu des avis tranchés. Je doute de lui avoir jamais été utile.
M'aiderez-vous ?
Comment ? Je ne peux déjà plus rien pour moi !
Je suis mort.
Mais je peux y remédier.
Je comprends parfaitement ce que vous proposez.
Mais pourquoi moi ?
Pourquoi pas Morpheus ?
En suis-je capable ?
Reviendrait-il ?
Mais ne comprenez-vous donc pas ?
Si vous nous ramenez tous,
alors nos morts,
nos vies,
n'auront aucun sens.
J'avoue que je ne comprends pas.
Lord Morpheus est mort par amour,
pour son fils,
pour son royaume,
afin que vous puissiez devenir le Rêve qu'il n'a pas pu être.
Si vous le ramenez à la vie, alors son sacrifice et son histoire
perdront tout leur sens.
Je comprends.
Du moins, je crois comprendre.
Avec le temps, vous comprendrez.
Très bien.
Merci, Gilbert.
Pardon de vous avoir dérangé.
Là, vous voyez ?
Lord Morpheus ne se serait jamais excusé.
Vous êtes déjà un nouveau Rêve.
Ça y est ?
Tout le monde est là ?
Presque.
Qui d'autre doit arriver ?
La famille.
Bonjour, tout le monde.
C'est moi.
Rien que moi.
Et personne d'autre.
Et moi.
Et Barnabas.
Bonjour à tous les deux.
Je pensais que Destruction serait là. Qu'il viendrait.
Il semblerait que non.
Il le pourrait encore.
Je ne viendrais pas, si j'étais Destruction.
J'avoue être un peu surprise que tu sois là.
Pourquoi ça ?
Tu as juré qu'un jour, Rêve ferait couler le sang familial.
Tu as oublié ?
Non.
Tu n'y es pour rien.
C'est vrai.
Mais je l'ai souhaité.
- Ça te réjouit ? - On pourrait croire que oui.
Mais
Bonjour, Matthew.
Vous ne portez pas que du noir, comme mon maître ?
Pas aujourd'hui.
J'ai aussi rencontré Délire,
donc vous devez être
voyons voir : Destin, Désir, Désespoir,
et
Dog ?
- Je m'appelle Barnabas. - Il m'accompagne.
Enfin, je l'accompagne.
Bien. Vous êtes tous là.
Eh bien
pas tous, non.
Je suis désolée.
Toutes mes condoléances.
Lucienne,
notre frère et toi étiez proches.
Prendras-tu la parole ?
Ce serait un honneur.
Merci.
Et toi, Matthew,
diras-tu un mot ?
J'ai déjà dit ce que j'avais à dire directement à mon maître.
Ce n'est pas pour toi.
Ni pour lui.
C'est pour nous.
Comment ça ?
C'était notre frère,
mais
je ne le connaissais pas très bien.
J'aimerais entendre ses proches.
Oiseaux inclus.
Seras-tu là pour le service funèbre ?
Oui, mais tu devras parler pour nous deux.
Tu as le drap ?
Oui.
Alors dépose-le où il se doit.
- Je vous aide à trouver une place ? - Ça ira. Elle est avec moi.
Daniel est ici ?
Il n'assiste pas à la cérémonie, mais il est dans le palais.
Par ici.
Je suis l'aîné.
Il m'incombe de commencer.
Mon frère
a accompli ses tâches du mieux qu'il le pouvait.
Il a rempli ses obligations de la même façon.
Et il n'est plus avec nous.
Nous sommes réunis ici
pour nous souvenir de lui,
pour lui rendre hommage,
et finalement,
pour l'oublier.
Vous avez de la visite, seigneur.
Merci, vouivre.
Bonjour, monsieur.
Le service funèbre a déjà commencé.
Je ne compte pas y assister.
Je ne fais que passer avant de me rendre partout ailleurs.
Ça vous dérange si je m'abrite de la pluie ?
Entrez, je vous prie.
Mais, Seigneur
Il n'a aucune mauvaise intention, vouivre.
Il peut entrer.
Regardez-moi cet endroit.
Je sais.
N'étiez-vous jamais entré ?
Je n'y avais jamais été invité.
Me connais-tu ?
Je crois, oui.
Tu es mon frère.
Plus ou moins.
Viens.
Fais-moi visiter.
Mon défunt frère et moi,
sans ce lien fraternel,
ne nous serions probablement jamais connus.
Et nos deux vies s'en seraient mieux portées.
Mais au lieu de ça,
nous formions une famille.
Et c'était, c'est le moins qu'on puisse dire,
regrettable.
Aux yeux de Rêve,
j'ai toujours été l'enfant qui voulait attirer l'attention de son grand frère.
Et à mes yeux,
il était arrogant
et moralisateur.
Et impossible.
Et il était réellement
toutes ces choses-là.
Mais
j'étais aussi tout ça.
Tout comme
vous tous.
Mais nous sommes ici
et il s'en est allé.
Il n'a jamais eu la présence d'esprit de se mettre à l'abri de la pluie.
Et ça va
beaucoup me manquer
de ne plus l'exaspérer.
Vraiment.
C'est tout ce que j'avais à dire.
Je ne comptais pas venir.
Et puis, je me suis dit : "Et merde.
"Passe donc lui donner un petit conseil."
Tu n'as jamais vraiment écouté mes conseils par le passé, mais
les choses changent, non ?
Pour moi, en tout cas.
Assez brutalement.
Quelqu'un t'a-t-il expliqué
ce qui t'attendait ?
J'ai eu une brève visite
de Lord Morpheus,
juste avant qu'il
ne nous quitte.
Et qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Que j'étais le seul enfant humain jamais conçu dans le Monde des rêves.
Et qu'un jour, ce monde serait mien.
Mais ce jour est arrivé trop tôt.
Pour lui comme pour moi.
Je n'ai jamais voulu tout ça.
Comme nous tous.
À notre naissance.
On découvre les choses au fur et à mesure.
Par contre, il m'a donné ceci.
Son pouvoir.
Sa mémoire.
Non, c'est
Ce n'est qu'un outil.
Pour t'aider à te concentrer.
Tu as tout ce dont tu as besoin
là-dedans.
Je n'en ai pas l'impression.
Je connais ce sentiment.
Il y a bien longtemps, notre sur aînée et moi regardions les étoiles.
Je lui ai dit que je me sentais petit et insignifiant.
Que j'aurais aimé en savoir plus.
Et elle m'a répondu :
"On peut tous savoir ce que Destin sait, et plus encore.
"Non seulement on peut tout savoir,
"mais on le sait déjà.
"On se dit juste que ce n'est pas le cas
"pour rendre ça supportable."
As-tu déjà raconté ça à Lord Morpheus ?
On a cessé de se parler quand je suis parti.
Est-ce qu'il va te manquer ?
Il me manque.
Depuis des siècles.
Rêve est le deuxième frère que j'ai perdu.
C'est douloureux.
C'était une créature d'espoir.
Car les rêves sont des espoirs
et des échos d'espoirs.
Moi, je suis une créature du désespoir.
Je repense parfois à la première Désespoir.
Celle qui m'a précédée.
Ça doit faire plus de 100 000 ans que personne n'a pensé à elle à part moi.
En un rien de temps
on l'a oubliée.
Et vous oublierez.
La mort,
ou la vie,
vous le sortira de la tête.
Je le sais.
Mais je me souviendrai de lui.
C'était bien.
À ton tour.
Non, ça ira.
Ma sur, à ce stade de la cérémonie,
tu dois parler.
Pour dire quoi ?
Je peux regarder ?
Mais je n'ai rien à dire.
C'est nouveau, ça.
Vas-y.
Ça n'a pas à être long. Je serai là.
C'était mon grand frère.
Il l'était vraiment.
Il m'a toujours fait peur, puis j'ai compris que j'avais tort.
Ou pas ?
Je crois qu'il aimait faire peur, ça évitait qu'on lui parle
et qu'on lui pose des questions.
Je pensais
qu'il nous prenait tous pour des idiots.
Mais maintenant,
je crois qu'il n'aimait pas les questions
parce qu'il en ignorait les réponses.
Ou bien il les savait, mais aurait préféré ne pas les connaître.
Je crois qu'il était sans cesse effrayé.
Et
j'étais bien trop occupée à avoir peur de lui pour m'en rendre compte.
Et si j'avais su qu'on avait peur tous les deux
on aurait eu tant de choses à se dire.
Ce qu'il aurait détesté.
Mais je n'ai plus peur de lui.
Maintenant, il me rend un peu triste.
Voilà, c'est tout.
Je ne veux pas l'oublier.
Je sais qu'on est censés le faire.
Je sais que beaucoup parmi nous l'oublieront, mais
pas moi.
Je ne pourrai pas.
Il faisait partie de moi.
Pardon.
Il faisait partie de nous tous.
Il était la partie rêvée
et parfois, le cauchemar.
Quand nous sommes plus que jamais nous-mêmes,
endormis, dans nos songes.
J'ai entendu dire qu'on devait changer ou mourir.
Mais il a changé.
Je l'ai vu changer.
Vous l'avez tous vu.
Finalement, il ne pouvait peut-être pas
changer autant qu'il l'aurait voulu.
Sa mort va tous nous changer.
Mon frère.
Tu ne m'as pas dit ce qui m'attendait.
Pas mal de choses.
Mais je trouve que ça aide de se rappeler qu'une pièce a toujours deux faces.
Notre sur Mort définit la vie.
Désespoir définit l'espoir. Désir définit la haine.
Destin définit la liberté.
Et moi, je définis quoi ?
La réalité, peut-être.
Si jamais ça devient lourd, tu peux tout lâcher.
Ça continuera sans toi.
Et aller où ?
Sors et viens te balader dans les étoiles avec moi.
On peut se fourrer dans un sacré pétrin si on sen donne la peine.
Et on peut se sortir de sacrés problèmes
si on reconnaît que tout ira pour le mieux, quoi qu'il arrive.
Si c'est vrai,
je n'ai pas envie de partir maintenant.
Mais merci pour tes conseils.
Tu vas bientôt rencontrer les autres.
Rassure-toi, ce ne sera pas si terrible.
Je leur dis que je t'ai vu ?
Mieux vaut éviter de parler de la brebis galeuse.
Très bien.
Un jour, tu me rendras fier.
Te reverrai-je ?
Ça ne me surprendrait pas.
Mon frère était entièrement dévoué,
certains diraient obsédé, même, par ses responsabilités.
Mais en privé,
lorsque nous n'étions que tous les deux,
il a avoué qu'il aspirait
à trouver un sens au-delà de sa fonction.
Il disait que lui, le Prince des Histoires,
n'avait pas d'histoire propre.
Ce qui est faux, bien entendu.
Son histoire a pris fin.
Mais toutes les histoires ont une fin.
Pour laisser place à de nouvelles.
Alors si mon frère vous manque
si vous ne voulez pas l'oublier
contez son histoire.
Laissez-la inspirer la vôtre.
On aime tous les belles histoires.
Mon frère les aimait.
Vous permettez ?
Bonsoir, Hob.
Je viens discuter.
Je vous dois bien ça.
Ou à lui, peut-être.
Vous voulez savoir si c'est fini ?
Si je suis prêt à m'arrêter là ?
C'est à vous de décider.
Admettons que oui,
que je jette l'éponge.
Que se passe-t-il après ?
Vous verrez bien.
Si vous êtes prêt.
Ça fait 650 ans.
J'ai tout vu.
Tout fait.
Tout entendu.
Tout ressenti.
Et me voilà tout à coup à discuter avec Mort aux obsèques du Roi des Rêves.
On ne sait jamais ce qui nous attend.
Donc, non.
J'apprécie la proposition, mais
je ne suis pas prêt à mourir. Pas aujourd'hui.
Peut-être même jamais. Ça se peut ?
C'est ce que mon frère vous a proposé.
Et le pari que vous avez fait.
Il m'a raconté, la dernière fois.
Dommage qu'il ne puisse pas constater ma victoire.
Pourquoi êtes-vous encore ici ?
Je te cherchais.
Je n'aime pas te savoir seul ici.
Sans Morpheus.
Tu pourrais bien finir comme ton prédécesseur.
Comment ça marcherait ?
On se verrait dans les rêves ?
Pourquoi ? Vous fréquentez quelqu'un éveillée ?
Je ne sais pas. Peut-être.
Et le fait que je sois un cauchemar ?
Tous les hommes de ma vie ont été des cauchemars.
Beaucoup de femmes aussi.
Et maintenant ?
Que se passe-t-il ?
Certains d'entre nous se présenteront à Rêve des Infinis.
Les autres retourneront dans le Monde éveillé.
Ce gamin n'est pas Rêve des Infinis.
Si, il l'est, Matthew.
Il me dérange pas.
J'ai rien contre lui, mais c'est pas mon maître.
Alors ? Tu restes ou tu pars ?
- Tu envisages vraiment de partir ? - Ma place était à ses côtés.
Je le sais, mais
Si tu pars,
je peux venir ?
Bien sûr.
Et moi, alors ?
Évidemment.
Restons ensemble. Qu'en dis-tu, Marvyn ?
Je l'aime bien, moi, ce type.
Rose ?
Tout va bien ?
Je ne trouve pas Lyta.
Vous l'avez vue ?
Bonsoir, Hippolyta Hall.
Daniel ?
Ce qui était mortel chez Daniel a brûlé.
Ce qui était immortel
a été transfiguré
quand tu as précipité le Roi des Rêves vers sa mort.
- Je croyais qu'il t'avait tué. - Et tu as voulu te venger.
Tu vas me tuer ?
Je n'ai le droit d'ôter la vie que pour protéger le Monde des rêves.
Mais je peux punir à ma guise.
Je l'ai fait pour toi.
Et tu as perdu ton fils.
Je ne l'ai pas perdu.
On me l'a pris.
Comme on m'a pris mon mari.
Et ma vie, aussi.
Pourquoi ?
Qu'ai-je fait ?
Rien.
Tu n'as rien fait de mal.
Tout comme je n'ai rien fait.
Mais parfois, la vie
et la mort nous affectent
d'une façon qui n'a rien à voir avec nos choix.
C'est comme ça que les histoires naissent.
Pour expliquer ce qui est impossible.
On s'en veut dans ces histoires.
Ou plus souvent, on en veut aux autres.
On cherche à se venger.
Mais la vengeance est un chemin qui n'a pas de fin.
Tu n'as rien à craindre.
Tu as déjà assez souffert.
Sans raison aucune.
Pour ça, je te demande pardon.
Je veux juste récupérer mon fils.
Tu l'as.
Je suis là si tu as besoin de moi.
Et j'aurai besoin de toi aussi.
Désormais, plus personne ne te fera de mal.
Repars en paix.
Vis ta vie.
Et tu me reverras dans tes rêves.
C'était louable.
Et cette cérémonie ?
J'aurais aimé vous y voir.
Mieux valait éviter.
Quel intérêt de me souvenir de moi-même ?
Après tout,
je suis moi.
J'en suis convaincue.
Mais êtes-vous lui, aussi ?
J'existe depuis la nuit des temps,
et je viens de naître.
Je contiens la totalité de l'inconscient collectif
et je me sens complètement incompétent.
Vous êtes le premier des Infinis à avoir aussi été humain.
Et c'est cette partie,
ce Daniel qui est en vous,
qui fera toute la différence.
Et vous ne serez pas seul,
si vous cherchez une bibliothécaire.
Une Première ministre, plutôt.
Merci.
Je vous préviendrai quand votre famille sera prête.
Avant de partir, je vous présente
Bonjour, Hob Gadling.
Vous me connaissez ?
Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais oui,
je te connais.
Tu as présenté William Shakespeare à mon prédécesseur.
Je l'ai présenté à un acteur ringard du nom de Will Shaxberd.
C'est Rêve qui a fait de lui Shakespeare.
Sans jamais me dire pourquoi.
Pourquoi le Roi des Rêves a-t-il commandé deux pièces à un mortel ?
Shakespeare lui a posé la même question.
"Maintenant je nai plus
"Ni génies pour me seconder,
"Ni magie pour enchanter,
"Et je finirai dans le désespoir,
"Si je ne suis pas secouru par la prière,
"Qui pénètre si loin quelle va assiéger La miséricorde elle-même."
Est-ce terminé ?
Oui.
Alors, nous sommes quittes, Will Shakespeare.
Il ne me reste plus qu'à vous remercier,
et à vous souhaiter une belle vie.
Monsieur,
je pense avoir mérité un peu plus que ça.
Pendant une bonne partie de ma vie, j'ai été à votre service.
Aucun maître ne libérerait son apprenti sans même lui proposer un verre de vin
dans le salon du maître.
Est-ce là votre souhait ?
Oui, monsieur.
Je vois.
Alors nous prendrons un verre de vin
dans ma demeure.
Monsieur,
est-ce un rêve ?
C'en est un.
Pour ça, je vous remercie.
Mais
Pourquoi cette pièce ?
Pourquoi pas une tragédie ?
L'histoire d'un noble héros nanti d'un défaut tragique ?
Je voulais un conte aux fins élégantes.
Une pièce sur un duc qui noie ses livres,
qui brise son sceptre
et qui quitte sa maison.
Sur un magicien qui devient un homme.
Sur un homme qui renie la magie.
Mais pourquoi ?
Car contrairement à ton Prospero,
je ne quitterai jamais mon île.
Vous vivez sur une île ?
Je suis une île.
Cela peut changer.
Tout homme peut changer.
Je ne suis pas un homme.
Et je ne change pas.
Il s'est bien trompé.
Il a changé.
Il fallait juste qu'il quitte son île.
Monseigneur ?
La famille vous attend.
Ne t'en fais pas, ça va aller.
Tu les connais ?
Eh bien, ta grande sur a été clémente avec moi.
Elle va t'adorer.
Et je vais te dire : si dans 100 ans,
l'envie te prend de m'en parler autour d'un verre,
je pense que je serai encore là.
Ils attendent dans la salle à manger.
J'ai dit à Taramis de préparer des plats.
Je doute que quiconque ait envie de se restaurer,
mais ça vous occupera les mains,
si jamais il y avait des silences gênants.
Et d'après ce que je sais de votre famille,
les silences gênants seront probablement les meilleurs moments.
À moins que
cette fois-ci, les retrouver soit agréable.
Le voilà !
- Adorable ! - Bienvenue dans la famille.
- Ça fait beaucoup. - Enchanté.
- Tu aimes les chiens ? - On va bien s'amuser.
Regarde-le, Désespoir.
- Ne te moque pas de lui, Désir. - Ça va aller.
Je t'en prie, assieds-toi. Joins-toi à nous.
Viens à côté de moi.
{n8}Sous-titres : Hélène Janin
Alors comme ça, c'est fini ?
Qu'est-ce qu'on a fait,
finalement ?
Toujours la même chose : une poignée de laine,
un peu de tissage et de couture,
quelques questions en suspens, c'est normal
C'est toujours la même histoire,
quel que soit le projet
qu'on prévoit de filer, de tricoter ou de tisser au départ.
Si on s'y consacre un bout de temps,
à la fin, on obtient toujours un drap mortuaire.
- Je l'ai dit à cette jeune femme. - Hippolyta Hall ?
Je lui ai dit :
"Comme on fait son lit, on le mange."
J'ai un Florentin, un biscuit chinois et un biscuit de mer.
- Qui veut quoi ? - Le biscuit chinois.
Et moi, le Florentin.
Alors ?
Ce n'est pas ce que j'appellerais un présage.
Tu dois pouvoir déchiffrer ça.
"Fleurs cueillies à l'aurore
"L'après-midi s'épanouissent
"Et se fanent dès le soir tombé
"Sois moi quand je partirai"
Médiocre, ce poème !
- C'est plutôt une maxime. - Au moins, ce n'est pas une morale.
Ce serait pire qu'un commencement.
Je n'ai pas le temps pour ces choses-là. Vraiment pas.
Voilà.
Que ce soit bien ou mal,
c'est fait.
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