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Ces fleurs souriantes
Ces jardins parfumés
Ces sentiers pavés...
de couleurs chatoyantes
Ivres de nectar, les abeilles s'envolent
Que pourrais-je apporter à cette splendeur...
Moi qui n'ai que quelques larmes, quelques soupirs ?
Je t'avais dit de ranger cette pièce.
C'est un fantôme qui l'a mangé ?
- Que me chantes-tu là ? - C'est lui qui vous a salué.
Crétin ! Aide-moi plutôt à chercher ce manuscrit !
Vous avez jeté un œil à mes couplets ?
Poulets ?
C'est une maison d'édition ici, pas un poulailler !
Pas mes poulets...
Mes couplets. Avez-vous lu mes poèmes ?
Je les ai lus.
Qu'en pensez-vous ? Vous allez les publier ?
Pourquoi je ferais ça ? Je ne suis pas fou.
Vous appelez ça de la poésie ? Une croisade contre la faim et le chômage !
Monsieur, la poésie demande du raffinement. Écrivez des poèmes d'amour.
Vous êtes sans pareil, Monsieur.
Écrivez sur le vin et la cruche...
...le col délicat de la cruche, courbé comme le sourcil d'une femme
Tais-toi ! Êtes-vous poète ou boucher ?
Avez-vous étudié des poètes comme Mir et Momin ?
Josh et Faiz aussi, au-delà de votre imagination.
- Rendez-moi mes poèmes. - On verra ça plus tard.
Que faites-vous, jeune homme ? Vous allez mettre le bazar.
C'est donc là que vous les rangez ! De quel droit jetez-vous mes poèmes ?
Vous vouliez que je m'en fasse un chapeau ?
Ce serait les rabaisser que de les porter sur une tête aussi vide.
Moi, j'ai la tête vide ?
Et vous alors ? Si vous êtes poète, moi je suis un âne.
Évidemment, mais c'est déjà bien de l'admettre !
Tu pèses des légumes ou de l'or ? Mets m'en un peu plus.
Mamie, y'a tonton !
Je le tiens !
Je ne suis pas ton ennemie. Pourquoi fuir ta mère ?
Où étais-tu ? Tu as perdu ton père... Je ne supporte pas de te voir souffrir.
Je vais bien, mère.
Sûrement ! Regarde dans quel état tu es.
Rentre à la maison. Je t'ai réservé plein de bonnes choses à manger.
- Vous avez enfin retrouvé votre fils ? - Oui, merci.
Alors mère, votre poète est de retour ?
N'importe quel âne lettré se prend pour un poète.
Qui d'autre pourrait le nourrir, ce vaurien ?
Ne fais pas attention à eux. Mange.
Tu vois ? C'est nous qui trimons et c'est le chouchou à sa maman qui en profite.
Il n'a vraiment honte de rien...
S'il avait un minimum d'amour-propre, il préférerait crever de faim.
Silence, vous deux ! Je ne veux plus entendre un mot contre lui.
Il revient après si longtemps et vous ne le laissez même pas manger !
Il est robuste. Pourquoi ne gagne-t-il pas sa vie au lieu de nous parasiter ?
C'est votre petit frère ! Son père n'étant plus là, c'est à vous de veiller sur lui.
Personne ne vous a demandé d'engendrer un bon à rien pareil !
Qu'une mère doive entendre ça !
Mon malheur a été d'engendrer deux fils comme vous.
Vous m'interdisez de travailler, au nom de votre "honneur"...
Mais si je pouvais servir comme bonne, je pourrais au moins nourrir mon fils.
Belle-sœur, où sont mes poèmes ?
C'est à moi qu'il faut demander, pas aux femmes !
Je les ai vendus comme vieux chiffons pour dix centimes.
Comme chiffons ?... Tu as vendu mes poèmes dix centimes ?
Espèce d'inculte !
Inculte ? Moi, inculte ? Tu entends ça, frère ?
Je me suis débarrassé des poèmes ce matin, maintenant c'est ton tour ! Dégage !
Mon fils.
Où iras-tu le ventre vide ? Qui prendra soin de toi ?
Emmène-moi avec toi.
Je ne veux pas rester ici une minute de plus.
Ne t'inquiète pas, mère. Je ferai de mon mieux.
Je viendrai te chercher dès que je pourrai... Je te le promets.
Vijay, laisse-moi bosser au lieu de fouiller dans ces vieux papiers.
Il y a un dossier important parmi eux.
Un dossier ? Avec des manuscrits ?
- Où sont-ils ? - Une femme les a achetés.
Ils ont attiré son regard. Elle les a emportés après les avoir feuilletés.
Quelle femme ? Où habite-t-elle ?
Je ne sais pas. Elle n'était pas du coin.
Si elle revient, je lui demanderai !
Entre, entre !
Tu t'es encore embrouillé avec tes frères ?
Tu as faim ? Tu vas finir par en mourir.
Moi, j'ai gagné cent roupies avec un richou aujourd'hui.
Sa voiture a renversé une femme, je lui ai servi de faux témoin.
Shyam, tu te souviens de ce moineau blessé que tu as trouvé quand on était gosses ?
Tu l'avais soigné jusqu'à ce qu'il aille mieux.
Je n'étais qu'un gamin.
Mais toi tu l'es resté !
Ne soupire pas...
si je te tourne le dos...
Tu m'as regardé...
avec un désir si ardent...
S'il vous plaît...
J'ai dit...
Qui sait ce que tu as dit ?
Qui sait ce que j'ai entendu ?
Quelque chose a fait vibrer mon cœur
J'ai senti mon cœur palpiter J'ai senti mon cœur chavirer
Des rêves longtemps éteints renaissent Quelque chose a fait vibrer mon cœur
Mes yeux baissés se sont relevés Mes pieds hésitants ne trébuchent plus
Je marche désormais d'un pas assuré Quelque chose a fait vibrer mon cœur
Qui sait ce que tu as dit ?
Qui sait ce que j'ai entendu ?
Car quelque chose a fait vibrer mon cœur
Mes cheveux tombent sur mes épaules emplis de doux parfums
Le voile se lève sur des désirs secrets
Quelque chose a fait vibrer mon cœur
Qui sait ce que tu as dit ?
Qui sait ce que j'ai entendu ?
Quelque chose a fait vibrer mon cœur
- Excusez-moi... - Oui ?
- Cette chanson que vous chantiez... - Elle vous plaît ?
D'où vient-elle ?
De moi.
- Ce n'est pas la vôtre. - Pourquoi demander, alors ?
- Parce que je veux... - Que voulez-vous ?
Le dossier qui contient cette chanson.
C'est tout ?
Je n'aime pas les plaisanteries.
Je vous plais ?
Non.
Alors pourquoi vous me suivez ?
J'aimerais juste savoir si vous avez ce recueil.
Il est précieux pour moi. Dès que j'aurai de l'argent...
Comment, vous venez ici les mains vides ? Allez-vous-en !
S'il vous plaît, je ne demande que ce dossier.
C'est important pour moi.
Vous partez, ou je dois vous virer à coups de savate ?
Arrête de crier, idiote. Tu fais fuir ton client.
C'est un gueux ! La chanson l'a attiré, mais il est fauché.
Juhi, c'était lui.
Gulabo, qu'est-ce qui te prend ? Où cours-tu ainsi ?
Je cours lui faire des excuses, j'ai été si dure avec lui...
Arrête de faire ta mystérieuse et explique-moi ce qui se passe.
C'est quoi cette histoire ?
L'homme qui me suivait... c'est un poète, Juhi.
L'auteur des poèmes que j'ai trouvés au débarras.
Regarde : le même papier, la même écriture.
Et je l'ai chassé comme un malpropre...
Tu as bien fait, tu n'allais pas le recevoir gratuitement !
Viens. Viens, idiote !
Alors Vijay, tu as écrit des poèmes pendant les vacances ?
Oh oui... Quelques-uns.
Tout le monde peut écrire des poèmes. Improvise, si tu es un vrai poète.
Improviser ?
Mais sur quel sujet ?
Qui est-ce ?
Peu importe... Le voilà ton sujet !
Quand je marche, même mon ombre est à la traîne
Quand tu marches, le ciel et la terre suivent tes pas
Quand je m'arrête, des ténèbres m'envahissent
Quand tu t'arrêtes, même l'éclat du printemps est éclipsé
Vous révisez votre poésie, monsieur Vijay ?
La vie nous présentera bien des épreuves Mais notre amour triomphera toujours
Nous ne briserons jamais nos vœux, même si le ciel nous tombe sur la tête
Nous avançons main dans la main, laissant le monde derrière nous
Voguerons-nous longtemps ensemble ? Jusqu'où irons-nous, aussi insouciants ?
Coolie !
Oui, à votre service.
Pose ça dans la voiture.
Où va le monde ?
Des diplômés qui travaillent comme coolies !
Tu as de l'argent aujourd'hui ?
On ne fait plus crédit.
C'est une fausse.
Et tu n'as rien d'autre, j'imagine ?
Jolie combine !
Qui va payer ce que tu as mangé ?
Rends-lui son assiette.
Garde la monnaie pour aller chez le coiffeur, il te rendra plus humain.
- Je n'ai pas faim. - Mais si, voyons. Mangez.
Je ne veux pas de votre pitié.
Pardonnez-moi...
Je ne devrais pas me mettre en colère.
Vous avez tous les droits d'être en colère.
C'est ma faute, je vous ai mal traité la dernière fois.
Je ne vous en veux pas.
Alors mangez, je vous en prie...
Pour mon bien.
Que dites-vous ? Pour votre bien ?
Vous ne me connaissez même pas.
- Oh que si. - Comment ?
À travers vos poèmes...
Je connais vos pensées et vos sentiments.
N'est-ce pas l'essentiel ?
Je ne comprends pas...
Mademoiselle...
Pourquoi êtes-vous si poli ?
Je n'ai pas l'habitude...
Jusqu'à présent, les gens m'ont toujours méprisée...
J'ai enduré leurs paroles blessantes, leurs mesquineries...
Leurs grossièretés, leurs cruautés...
Mais vous, vous êtes si gentil avec moi...
Massage ! Huiles ! Shampoing !
Si vous avez la tête qui tire, ou le cœur serré...
Ne vous inquiétez pas, laissez-les moi. Bientôt tout s'arrangera, tout s'arrangera.
Massage, huiles de massage !
J'emploie une lotion magique... qui rend les cheveux magnifiques
Quand mes doigts se mettent à malaxer, tous vos soucis finissent par s'envoler
Si si si mon ami, croyez-moi ! Cette huile apporte la joie
Elle guérit tous les maux, alors prenez-moi au mot...
Vous souffrez d'un amour déçu ? Vos affaires ne marchent plus ?
Un seul geste de ces mains expertes, et vos malheurs auront disparu !
Si si si mon ami, croyez-moi ! Cette huile ramène la joie
Que vous soyez esclave ou maître Meneur ou bien suiveur
Têtes de valets, têtes de rois : toutes s'inclinent devant moi
Ahah monsieur Vijay, par ici !
Cet homme... un grand poète ! Je chantais justement une de ses chansons.
Depuis que je chante votre chanson, mes clients ont doublé !
Ne partez pas...
- J'achève celui-là. - Comment ?
Restez tranquille.
Monsieur Vijay, je vous offre un massage spécial, entièrement gratuit !
Non merci. J'ai reçu assez de coups ces derniers temps.
C'est admirable comme vous gardez le sourire malgré tout.
Je ne connais que deux créatures aussi imperturbables...
Un âne qui se prélasse au soleil, et un poète en pleine inspiration !
Bien vu ! Le soleil c'est comme l'or...
Seuls les ânes l'adorent.
- Que dites-vous ? - Du calme, on parle des ânes.
Me voilà...
Juhi, tu m'attendais ?
- J'attends un chauffeur. - Un chauffeur ? Pas un masseur ?
Pourvu qu'Allah crève ses pneus...
Pourvu que tu crèves !
Juhi, que se passe-t-il ? Tu es fâchée contre moi ?
Que fais-tu de mon cœur que tu as percé comme un pneu ?
- Panse-le. - Je n'ai personne pour m'aider.
- Qu'est-ce que j'y peux ? - M'épouser.
Oublie ça !
Vous entendez ? Vous m'avez offert le don de masseur...
Si j'avais le don de tricheur, je pourrais lui payer une voiture.
Mon dieu, le ciel me tombe sur la tête !
Une noix de coco ? J'ai compris, je me tais.
Arrêtez-le, ou je ne le rattraperai jamais !
Merci ! J'ai perdu la moitié de mon poids à poursuivre ce garnement...
Bonjour Pushpa !
Vijay ! Je ne t'avais pas reconnu.
Tu étais si élégant à l'époque... Quelle femme t'a encore plumé ?
Une épouse fidèle... La pauvreté.
- Ce sont tes enfants ? - Et ceux de leur père...
Gullu et Phullu, qui riment avec son nom.
Avec son nom ?
Il y a une réunion d'anciens élèves ce soir, il faut que tu viennes !
Ça y est, c'est reparti pour un tour ! Il faut que j'y aille...
Et toi tu restes planté là... N'oublie pas de venir ce soir, hein !
Où est Bhattacharya ? C'est à son tour de chanter...
Vijay... pourquoi te caches-tu ici ? Entre !
Non, Pushpa. Mes habits...
Tes habits ? Tu es couvert de la tête aux pieds, ça suffit. Allez, viens !
Mesdames et messieurs...
Bhattacharya n'est pas là. Nous avons de la chance...
...de la chance que Vijay soit là.
Et je lui prie de bien vouloir nous chanter un poème.
Allez Vijay, viens ! Ne fais pas ton timide, allez !
Vijay, vas-y on t'écoute !
Je suis las de cette vie misérable...
Las de lutter pour l'existence...
Dans mon désespoir, je vais jusqu'à rejeter le monde entier...
C'est d'une tristesse ! Chante quelque chose de plus joyeux.
Affligé de malheurs...
...comment pourrais-je chanter la joie ?
Je ne peux que rendre à la vie...
...ce que la vie elle-même m'a donné
Seuls les souvenirs amoureux
font encore battre mon cœur
Je l'avoue...
J'ai été vaincu par les aléas de la vie...
Désormais, je ne me fais plus d'illusions...
J'abandonne tout espoir...
Dorénavant je promets
de ne plus en vouloir à personne.
Vous êtes un ex-étudiant ?
Vous avez un travail ?
Non, j'en cherche un.
Vous composez de beaux vers...
Voici ma carte. Passez à mon bureau demain.
Bonjour. Voilà mes poèmes.
- Quand étiez-vous à l'université ? - De 48 à 52.
Dois-je lire les poèmes à voix haute ?
Voyez-vous, je me suis marié en 1952.
Vous étiez en sciences ou en arts ?
En arts... Puis-je réciter les poèmes ?
Vous êtes sûr d'avoir quitté l'université en 52, pas avant ?
- Certain. Monsieur Ghosh, mes poèmes- - Voulez-vous travailler pour moi ?
Travailler ici ?... Je pensais que vous vouliez publier mes poèmes.
Les publier ? Rien ne presse.
Je dois d'abord en savoir plus sur vous.
Sur moi ?
Monsieur Chatterji, voici votre nouvel assistant.
Vous pouvez commencer demain.
Si mon cœur franchissait les portes de ton âme...
Et si mes yeux se refermaient sur ton cœur ?
Je tresserais une corde avec les roses de mon amour dans tes cheveux
Et si j'arrachais ces fleurs, qui iraient mourir par terre ?
Je me réfugierais dans mes rêves Là où je peux te conquérir
Et si je te privais de sommeil pour t'empêcher de rêver ?
Alors je déposerais mon cœur à tes pieds, vaincu
Et si je refusais ton cœur et tournais les talons ?
- Comment vas-tu ? - Je suis vivant.
J'aimerais vraiment... te voir heureux.
Ne t'inquiète pas. J'ai appris à être heureux.
Grâce à une autre femme ?
Une autre femme... Une seule m'a suffi.
Je ne veux plus souffrir.
Tu veux dire que tu as renié ton premier amour ?
J'aurais dû.
Où avais-je la tête... J'ai oublié de sortir à mon étage.
Madame, c'est l'heure de la fermeture. Ça fait trois heures que vous attendez...
Monsieur Vijay vient-il souvent ici ?
Oui, mais pas ces temps-ci. Vous avez un message pour lui ?
Pourquoi ces messes basses au serveur ? Je suis là, moi aussi.
Vous avez jeté un œil à ça ?
- Ces cahiers, là. - Ce ne sont que les poèmes de Vijay.
Je les ai lus. Ils sont vraiment bons.
Pourquoi ne pas en publier quelques-uns ?
Vous êtes fou ?
Vous savez qu'on publie des auteurs connus, pas les croûtes d'un débutant.
Autant imprimez une publicité.
Que voulez-vous ?
Ces croûtes de débutant...
Puis-je les reprendre ?
Oui.
Vous êtes libre demain soir ?
J'organise une réception chez moi. Venez me donner un coup de main.
J'y serai.
Juhi, rejette-moi tant que tu veux...
Mais qui veillera sur toi quand tu seras vieille ?
Allah.
Ne l'invoque pas en vain, sinon gare aux noix de coco.
Si tu veux un avenir assuré, écoute-moi.
Si je t'écoute, je mourrai de faim.
Tu peux à peine te nourrir, comment pourrais-tu m'entretenir ?
Ma faim sera satisfaite en te voyant chez moi.
Vraiment, Sattar ?
Abdul Sattar, tu m'aimes donc à ce point ?
- On se marie quand ? - Arrête, bêta !
Vous entendez ? Non, rien.
Pas de noix cette fois !
- Où est votre mari ? - Il est malade.
Il voulait que je l'emmène à l'hôpital, mais ça peut attendre.
Comment pourrais-je manquer une telle soirée ?
Merci, vous êtes trop gentille !
- Votre fils ne vient pas ? - Non.
Comment as-tu obtenu mon adresse ?
Ton adresse ? Tu habites ici ?
Oui. Allons dehors.
Monsieur Ghosh m'a demandé de venir.
Il t'a demandé ? Tu le connais ?
Je travaille pour lui.
- Et toi ? - Je suis sa...
Qui est le poète le plus talentueux ici ?
Ils sont tous doués.
Mais celui avec la veste noire a...
Ne lui parle pas de nous deux. D'accord ?
Les poèmes qui servent la nation valent mieux que les poèmes d'amour.
Allons messieurs, cessez cette querelle.
Voilà les boissons.
À quoi servent les domestiques, chérie ?
Vijay, qu'attends-tu pour nous servir ?
Comment pourrais-je...
lui signifier mon amour ?
Les mots ont gelé sur mes lèvres
Les larmes ont jailli de mes yeux
Dans la vaillance des cœurs glacés
Où l'on recherche le plaisir
Les doigts engourdis s'agrippent à la coupe des lamentations
J'ai bu le vin et renversé quelques gouttes
C'est ma détresse elle-même qui m'a sauvé
Car prise de pitié, elle daigna enfin m'aimer
Qui sont les privilégiés...
...qui obtiennent l'amour qu'ils veulent ?
Quelle maison, monsieur Ghosh ! Même les serviteurs sont poètes.
- Je vais m'occuper du dîner. - La poésie n'est pas le privilège des riches.
Allez-y jeune homme, reprenez. On vous écoute.
Quand j'ai demandé des roses, je n'ai reçu que des épines
Qui sont les privilégiés...
...qui obtiennent l'amour qu'ils désirent ?
Quand j'ai cherché le bonheur,
je me suis perdu dans des dédales de tristesse
Quand j'attendais des cris de joie, je n'ai entendu que des cris de douleur
Ceux qui ont essayé de me consoler n'ont fait que redoubler ma peine
Quand j'ai demandé des roses, je n'ai reçu que des épines
Qui sont les privilégiés...
...qui ont obtenu l'amour qu'ils désiraient ?
Tous mes amis sont partis Ceux qui sont restés partiront
Qui a le temps de tendre la main à un homme en détresse ?
Même mon ombre a fini par me fuir
Quand j'ai demandé des roses, je n'ai reçu que des épines
Qui sont les privilégiés qui obtiennent l'amour qu'ils désirent ?
Si c'est ça la vie, il faudra bien que je m'y fasse
Que je serre les dents, ravale mes larmes et arrête de geindre
Pourquoi craindrais-je le chagrin, moi qui le connais si bien ?
Quand j'ai demandé des roses, je n'ai reçu que des épines
Qui sont les privilégiés qui obtiennent l'amour qu'ils désirent ?
Magnifique ! Excellent !
Je suis venue te voir.
Monsieur Ghosh est au conseil d'administration.
Tu n'aurais pas dû venir.
Cette soirée m'a beaucoup troublée.
Tu m'en veux encore ?
Non Meena, je n'en veux à personne.
Alors... pourquoi as-tu chanté ce poème déchirant ce soir-là ?
- Tu as ravivé mes désirs. - Oublie le passé, Meena.
J'avais réussi à l'oublier. J'ai refait ma vie,
refoulé mes sentiments.
Pourquoi troubler mon cœur ? Pourquoi revenir dans ma vie ?
Quand donc l'ai-je quittée ? C'est toi qui m'as quitté.
N'essaie pas de corriger ta première erreur... par une autre, Meena.
Je n'ai fait aucune erreur.
L'amour ne fait pas tout, une femme sensée a besoin de confort et de sécurité.
Il lui faut aussi un peu d'argent.
C'est pour ça que...
...tu as épousé Monsieur Ghosh, bradant ton amour au plus offrant.
Ne m'accuse pas à tort !
Je t'aimais, mais tu étais pauvre et au chômage.
Dans la vie, il n'y a pas que l'amour et la poésie, il y a la faim aussi.
Comment aurais-tu pu m'entretenir, alors que tu ne mangeais pas à ta faim ?
Tu ne m'as pas donné ma chance.
Quand un homme a des responsabilités, il apprend à les assumer.
Ne te mens pas à toi-même, Meena.
Tu poursuivais la richesse et une vie mondaine.
Maintenant que tu les as, tu commences à regretter...
Tu demeures insatisfaite. Sais-tu pourquoi ?
Parce que tu as toujours été égoïste.
Tu ne t'es jamais mise à ma place.
Et maintenant... Tu dédaignes ton mari.
Le vrai bonheur, c'est de rendre les autres heureux.
Ton malheur est de ne l'avoir jamais compris.
Formidable !
Ma femme ne vaut pas mieux qu'une prostituée.
Vijay et moi, on se connaît à peine.
Arrête de mentir ! Depuis quand ça dure ?
Tu te fais des idées, je t'assure !
- Il n'y a rien entre vous ? - Non !
Dans ce cas, ça ne te fera rien si je le vire.
- Payez-moi. - Je gagne ma vie honnêtement, casse-toi.
Salaud ! Paie-moi !
Va-t'en ! Gendarme !
Sauvez-moi, faites quelque chose !
Vous ?
Qu'y a-t-il ?
Une fille s'est-elle enfuie par là ?
Non.
- Et elle, qui est-ce ? - Ma femme.
Désolé de vous avoir dérangé, Monsieur.
Quel est votre nom ?
Gulabo.
Il n'y a plus de danger, vous pouvez y aller.
Tourmentée par une longue séparation
Radha se morfondait
Dans l'attente de son amant
Un jour, n'y tenant plus, elle alla voir le divin Krishna
Et lui tint à peu près ce langage :
Prends-moi dans tes bras, mon amour
Et ma vie sera comblée
Soulage la douleur dans mon cœur,
apaise le feu dans mon corps
Mes yeux sont grand ouverts
Mes pauvres yeux
Je ne trouve plus le repos sans toi
Je ne vois pas d'éclaircie à l'horizon Le chagrin me suit partout
Sans toi, ma vie n'a aucun sens
Ô bien-aimé, asperge-moi du parfum de l'amour
Embrasse-moi, je t'ai attendu jusqu'à ma centième incarnation
Ô divin Krishna, étanche la soif qui est en moi...
Ô bien-aimé, asperge-moi de ton amour
pour qu'il dure toujours
Il y a un millionnaire dans la voiture. Viens avec moi.
Non, va-t'en.
Lâche-moi !
Tu vas m'obéir, oui !
Ramasse ton chapeau !
Et estime-toi heureux que j'ai utilisé ma main gauche !
Assieds-toi.
C'est mon territoire, ici. Si quelqu'un t'ennuie,
appelle-moi au secours.
Tu es là ?
- Tu as dit quelque chose, Sattar ? - Non, qui a parlé ?
Elle est dans la lune, n'est-ce pas ?
- Qui est-ce ? - Qui ?
Je ne demanderais pas si je le savais.
Comme un facteur qui lit une carte postale,
je lis en toi comme dans un livre ouvert.
Les yeux dans le vague, assise à côté de moi sans me voir...
Sourde à mes paroles : il y a des signes qui ne trompent pas...
Tu es tombée amoureuse.
S'éclipser est un signe de plus !
Allez, dis-moi qui c'est.
- Un poète. - J'ai un ami poète !
Comment s'appelle-t-il ?
- Vijay. - Comme mon ami !
Je lui demanderai s'il connaît un autre Vijay.
C'est peut-être le même.
Ce serait une sacrée coïncidence ! Je verrai ça avec lui.
Frères... Tout va bien ? Que faites-vous là ?
Qu'est-ce que ça peut te faire que quelqu'un meure, sale vagabond ?
Qui est mort ?
- Pour qui sont ces funérailles ? - Mère.
Ne m'appelle plus frère !
On t'a supporté à cause d'elle.
Maintenant qu'elle n'est plus, tu n'es plus rien pour nous.
"Mon fils... Où iras-tu le ventre vide ?"
"Qui prendra soin de toi ?"
"Emmène-moi avec toi, je ne veux pas rester ici une minute de plus."
Fais voir comment tu danses, Chammo. Je jouerai les percussions.
Demande à ton ami de se joindre à nous.
Allez, viens boire un coup !
- Je pourrais boire du poison pour elle. - Moi aussi !
Il est timide...
Prenez un verre Monsieur, pour me faire plaisir.
Quel drôle de type !
T'es un homme ou un rat ? On dirait que ta grand-mère vient de mourir.
On dirait pas comme ça, mais il a une sacrée descente !
Tu dois être un habitué. Quand as-tu commencé ?
Submergé par la douleur...
J'ai noyé mon chagrin dans l'alcool
Mon pauvre cœur était si abattu
Que j'ai bu par pitié pour lui
Il est poète en plus ?
Et comment ! Il a composé plus de cinq cent poèmes.
Pendant tant d'années...
...le monde m'a rejeté
Aujourd'hui c'est moi...
...qui rejette le monde entier
Et je bois pour oublier...
...que le monde existe
Où vas-tu ?
Mon bébé est malade.
J'ai besoin de toi, moi aussi. Occupe-toi d'abord de nous.
Ton gosse peut attendre.
Musique !
Ces dédales, ces maisons où le plaisir est tarifé
Ces cortèges de vies ravagées
Où sont-ils, où sont-ils les gardiens de la dignité ?
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Ces rues malfamées qui se vautrent dans la débauche
Où les hommes se cachent derrière l'argent
Pour acheter la virginité dans ce marché obscène
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Ces ruelles sombres où règne la peur et viennent fâner les rêves
Ces fleurs piétinées avant d'avoir pu éclore
Cet étalage de rires forcés qui feignent la joie
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Les grelots des danseuses tintent à travers les grilles des fenêtres
Les tambours battent la mesure d'un cœur lourd
Dans ces chambres sans âme où résonne la toux
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Ces guirlandes de fleurs tâchées de sang
Ces regards pervers, ces propos vulgaires
Ces corps fragiles, ces visages livides
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Des hommes âgés viennent ici... Des jeunes aussi
Des fils, des pères respectés... même des maris
Ce sont nos femmes, nos sœurs et nos mères
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Ces filles d'Ève ont besoin d'aide
Ces filles de Radha et Yashoda
Ces filles de Zulekha sont des enfants de Dieu
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Interpellez les dirigeants de ce pays, appelez-les
Montrez-leur ce spectacle infâme dans ce décor sordide
Appelez tous ceux qui sont si fiers de ce pays
Ceux qui sont si fiers de ce pays, où sont-ils ?
Quoi ? Oh... C'est toi...
Venez avec moi.
Tu as encore pitié de moi ?
Aujourd'hui je n'ai pas faim.
J'ai noyé ma faim dans l'alcool.
J'ai bu...
toutes mes joies et mes peines. J'ai tout avalé.
Où m'amènes-tu ?
Venez vous reposer chez moi.
Vous partirez quand vous irez mieux.
Je partirai quand j'irai mieux ?
J'irai mieux quand j'aurai quitté ce monde, Gulabo.
J'ai tout perdu...
Je viens de perdre mon boulot et ma mère.
Qu'est-ce que je fais encore ici ? Pourquoi je vis, Gulabo ?
Ne dites pas ça.
Le monde a besoin de vous et de votre poésie.
Le monde n'a besoin de personne.
J'ai tout fait pour que mes poèmes touchent le monde.
Et tu sais ce que le monde en a fait ?
Des vieux chiffons vendus dix centimes.
Ma vie vaut dix centimes, Gulabo.
Vaut-elle vraiment la peine d'être vécue ?
Ne perdez pas courage. Beaucoup de choses valent la peine...
Meena, par exemple.
Comment tu la connais ?
J'ai lu son nom sur vos poèmes. Qui est-ce ?
Une femme de la haute, très chaste et vertueuse...
...qui ne pense qu'à s'amuser...
...et troque son amour contre un peu de confort.
Mais pourquoi t'intéresse-t-elle tant ?
Parce qu'elle vous intéresse aussi...
Voilà pourquoi.
Tu veux dire que...
Non, oublie-moi.
Je ne peux que te faire souffrir.
Je n'ai jamais rendu personne heureux.
"- Vous allez les publier ? - Pourquoi je ferais ça ?
Je ne suis pas fou. Vous appelez ça de la poésie ?"
"Le monde a besoin de vous... et de votre poésie !"
"Vous savez qu'on publie des auteurs connus, pas les croûtes d'un débutant."
"Comment aurais-tu pu m'entretenir
alors que tu ne mangeais pas à ta faim ?"
"Personne ne vous a demandé
d'engendrer un bon à rien pareil !"
Tu as lu la nouvelle sur ce poète ?
Je le connaissais bien. Je me demande ce qui l'a poussé au suicide.
"Mort tragique d'un jeune poète"
« La nuit dernière, un jeune homme s'est jeté devant le train de Burdwan.
Son visage est si défiguré qu'il n'a pu être identifié.
Une lettre dans sa poche...
...contenait un poème d'adieu au monde.
Elle est signée... Vijay. »
Tout va bien, chérie ?
Qu'y a-t-il ?
Elle vous attend.
Fais-la entrer.
Qui êtes-vous ?
- D'où venez-vous ? - Sona... de Dharmtallah.
Donnez-moi ces poèmes.
Si vous savez que ce sont des poèmes, vous devez savoir qu'ils sont magnifiques.
J'aimerais qu'ils soient publiés.
Donc vous comptez... les montrer à mon mari ?
- Quel est votre prix ? - Vous allez les publier ?
Peut-être, peut-être pas. Dites votre prix.
Mon prix ?
Je ne suis pas venue pour l'argent. Je veux juste qu'ils soient publiés.
Ces poèmes vous sont si précieux ?
Comment connaissiez-vous Vijay ?
- Par chance. - Vous étiez proches ?
Proches ?
Comment un homme comme lui a-t-il pu rencontrer une fille dans votre genre ?
Par chance.
Vous donnez bien plus pour de l'argent.
Pourquoi ne pas vendre ces poèmes ?
Vous êtes Meena ?
Mon mari sera là d'un instant à l'autre.
Vendez-moi ces poèmes avant qu'il arrive.
- Je vous en offre 1000 roupies, 2000, 3000 - Pas même pour trente mille.
Qu'est-ce que c'est ? Montre-moi !
"Pour Meena...
...dont le souvenir hante chaque mot."
Je... Je les ai apportés pour qu'ils soient publiés.
- C'est quoi ça ? - C'est tout ce que j'ai.
Je ne peux rien vous donner de plus pour leur publication.
C'est vital pour moi.
Je vous serai éternellement reconnaissante.
Tu parles d'une librairie ! On veut le livre de Vijay.
C'est une nouvelle édition. Comment peut-il être déjà épuisé ?
Vous le vendez sous le manteau ?
Si vous ne sortez pas la troisième édition demain, on fout le feu à la boutique !
Si seulement vous pouviez voir ça...
Avez-vous pu établir son identité ?
Non, il n'a pas prononcé un mot depuis son admission.
Comment allez-vous ?
Sœur, prévenez-moi s'il se met à parler.
Je ne peux vous en offrir plus de cinq mille.
Certes ils sont de Vijay, mais vous en demandez trop.
Vous voulez en retirer tout le profit et ne rien me laisser ?
Proposez un prix raisonnable, un peu de respect.
Mon cher... Tout ce qui est rare est cher.
Les derniers poèmes inédits de Vijay, ça n'a pas de prix.
Faisons 50/50.
- Impossible, c'est trop cher pour moi. - Ravi de vous avoir rencontré.
Attendez. Petit malin.
25%, c'est ma dernière offre.
À prendre ou à laisser.
Ne me croyez pas déraisonnable.
Marché conclu, serrons-nous la main.
« Les ombres du passé reviennent...
J'ornais de fleurs tes cheveux
Tu baissais les yeux pleine d'émotion. Quel est ce secret qui m'étouffe,
qui dessèche mes lèvres ?
Les ombres du passé reviennent... »
"Ombres" ?
Mes poèmes... Ils sont tous là ! C'est mon livre.
Bien sûr. Mais quel est votre nom ?
Je m'appelle Vijay. Vous voyez ? C'est moi l'auteur.
Le Vijay qui a écrit ce livre est mort.
Essayez de vous rappeler. Quel est votre vrai nom ?
Pourquoi ne me croyez-vous pas ?
Puisque je vous dis que je suis Vijay !
Pourquoi me retenez-vous ici ?
Laissez-moi partir ! Laissez-moi !
Docteur, je crois qu'il a perdu la tête.
Docteur Sen, téléphone.
Donc vous êtes les frères de Vijay ?
- Ses grands frères. - Je suis le plus vieux.
Que voulez-vous ?
- Tu lui dis ? - Non, vas-y toi.
Je vous ai demandé ce que vous vouliez.
Eh bien... J'ai élevé Vijay avec amour, je l'ai nourri, éduqué, instruit...
J'ai fait de lui ce qu'il est devenu aujourd'hui.
- Moi aussi. - Je n'ai pas le temps, venez-en au fait.
Le fait est que nous méritons notre part du butin.
Vous êtes sains d'esprit ?
Nous sommes les héritiers légitimes de ses biens.
Et de ses poèmes.
Nous avons des droits sur les profits que vous en tirez.
On n'exige pas tout, seulement une partie.
Je ne vous connais pas, ce n'est pas vous qui m'avez apporté ces poèmes.
Vous n'aurez pas un centime. Compris ?
Non... Vijay n'est pas ici.
Shyam !
Ce n'est pas lui.
Donc vous voulez une part ?
L'ayant-droit est Vijay.
Il est vivant.
Vijay est en vie.
Non, vous plaisantez !
Je ne plaisante jamais.
Cependant... Vous aurez une part du profit.
Deux pour cent.
À condition que...
...vous refusiez d'identifier Vijay.
Pourquoi n'identifierait-on pas notre frère ?
- Vous nous prenez pour qui ? - Et pour seulement deux pour cent ?
Massage ! Massage à l'huile !
Un fantôme ! Mon Dieu, faites-le disparaître.
Lâchez mon épaule, ce n'est pas la mienne.
C'est moi, Vijay.
Vijay ! Alors tu n'es pas mort ?
Il est vraiment vivant !
On me garde de force. Faut que tu me sortes de là.
Que voulez-vous ?
Vous faire un massage, si vous êtes d'accord.
Si vous avez la tête qui tire, ou le cœur serré...
Ne vous inquiétez pas, laissez-les moi. Bientôt tout s'arrangera, tout s'arrangera.
Frère !
Tu ne me reconnais pas ? C'est moi... Vijay.
Qu'est-ce qui te prend ? Pourquoi tu ne dis rien ?
Toi non plus, tu ne veux pas me reconnaître ?
Tu es fou ? Vijay est mort.
Tu oses venir jusqu'ici et te faire passer pour notre frère ?
Comme si t'étais mon frère ! Déguerpis, faux frère !
Tu vas à la commémoration en l'honneur de Vijay ?
Bien sûr. Vijay était un grand poète et faisait partie de mes amis.
- C'est vrai, vous avez connu Vijay ? - Oui.
Hey, boulet ! Tu bloques le passage, bouge-toi de là !
C'était un si bon poète.
Un grand homme... Heureusement que j'étais là pour l'aider.
Sans moi, il serait mort six mois plus tôt.
- Mort de quoi ? - De faim.
Dépêchons-nous, il n'y aura plus de place.
Comme vous le savez...
...nous sommes réunis aujourd'hui en mémoire de Vijay.
Il y a un an... jour pour jour...
...un terrible évènement nous arracha notre plus grand poète.
Pour sauver Vijay, j'aurais tout donné...
...ma fortune et ma vie.
Hélas, il n'en a pas été ainsi...
Pourquoi ? À cause de vous tous.
On dit qu'il s'est suicidé...
Mais c'est vous qui l'avez tué.
Si Vijay était vivant, il verrait que
le monde qui l'a laissé mourir de faim...
...est enfin prêt à le couvrir de richesse.
Le monde où il est mort inconnu...
le traiterait maintenant comme un roi.
Aujourd'hui, le monde le couronnerait de gloire en lui offrant des palais.
Ce monde de palais, de trônes et de couronnes
Ce monde de rites fossilisés, ennemis de l'humanité
Cette société du spectacle où l'argent est roi...
À quoi bon conquérir un tel monde ?
Les corps sont abîmés, les âmes assoiffées
Les regards sont perdus et les cœurs abattus
Dans ce monde envahi de divertissements immondes...
À quoi bon conquérir un tel monde ?
Ce monde où la vie n'est qu'un moyen sans valeur
Ce monde où la mort est vénérée
Où la vie vaut moins cher que la mort...
À quoi bon conquérir un tel monde ?
Ce monde où la jeunesse est poussée au crime
Leurs corps livrés au marché et vendus sur la place publique
Ce monde pour qui le sexe est un commerce...
À quoi bon conquérir un tel monde ?
Ce monde où l'homme compte pour rien
Où la fidélité et l'amitié ne sont rien
Ce monde où l'amour passe pour une faiblesse...
À quoi bon conquérir un tel monde ?
Brûlez ce monde, faites tout péter ! Brûlez-le, qu'il parte en fumée !
Ôtez ce monde de ma vue !
Ce monde vous appartient, gardez-le
À quoi bon conquérir un tel monde ?
Trouvez ses frères ! Donnez-leur tout ce qu'ils veulent.
Ils ne doivent surtout pas l'identifier !
Désolé, tout votre argent ne suffira pas...
... pour empêcher Vijay d'être reconnu désormais.
Vous comptez acheter le silence du monde entier ?
Je le ferai s'il le faut. Je donnerai tout ce que j'ai...
...pour que Vijay ne soit pas identifié.
Sinon notre réputation est ruinée. Nous sommes finis.
Je sais comment sauver ma peau. C'est chacun la sienne maintenant.
Comment ? Vous pensez vous en tirer comme ça ?
Vous aussi, vous l'avez renié !
Je vais où souffle le vent.
Je vous ai suivi quand c'était dans mon intérêt.
Maintenant je me rallie à Vijay.
Quelle joie ! Vous avez gagné au loto ?
Presque, j'ai mis la main sur le gros lot.
Vijay est à moi. Je vais gagner des millions en publiant ses poèmes.
Bravo ! Excellent !
C'est une mine d'or trop profonde pour un seul homme.
Vous croyez pouvoir l'exploiter tout seul ?
Vous allez partager avec moi.
Ne restez pas là comme des badauds. Sortez !
Vous êtes bien insolent, jeune homme.
- Qui êtes-vous ? - Aucune importance.
Ce qui importe, c'est que je peux identifier Vijay.
Sans cela, il retournera à l'asile.
Vous êtes le chef de l'État, pour aliéner quelqu'un comme ça ?
Ses frères le connaissent, ils peuvent l'identifier !
Bien sûr qu'on peut ! C'est notre frère après tout...
Même s'il se soucie peu de nous. D'autres en auraient sûrement profité...
- Mais c'est notre sang. - Comment ne le reconnaîtrait-on pas ?
Bien dit !
C'est beau la fraternité !
Oui ! J'ai dépensé cinq mille pour son éducation.
Moi quatre mille pour le nourrir !
Si on avait placé cet argent, on en aurait quinze mille maintenant.
C'est le prix à payer pour qu'on l'identifie !
- Quinze mille ? - Oui, quinze mille !
Mais Messieurs, vous avez retrouvé votre frère adoré.
Que voulez-vous de plus ?
Mon vieux, on ne veut pas un frère, on veut de l'argent.
Un frère ne se mange pas !
Vijay, mon frère !
Qui nous prouve que c'est Vijay ?
Assis ! Bientôt vous allez dire que je ne suis pas Sattar.
Comment être sûr que c'est bien Vijay ?
- Qui est passé sous le train dans ce cas ? - On le confirme, on est ses frères.
Nos voisins peuvent en témoigner.
Sur mon honneur, c'est bien Vijay.
Moi aussi ! Vijay est mon ami d'enfance.
Vive le divin poète Vijay !
Le Vijay que vous acclamez avec un tel enthousiasme...
Le Vijay pour qui vous criez ces slogans...
Je ne suis pas ce Vijay.
- Je ne suis pas Vijay. - Alors pourquoi nous tromper ?
J'avais bien dit que c'était un imposteur !
Il veut se faire de l'argent sur notre dos ! À mort !
<i>Brûlez ce monde, faites tout péter !</i>
<i>Brûlez-le, qu'il parte en fumée !</i>
<i>Brûlez ce monde, faites tout péter ! Brûlez-le, qu'il parte en fumée !</i>
<i>Ôtez ce monde de ma vue !</i>
<i>Ce monde vous appartient, gardez-le</i>
Tu es fou ? Qu'est-ce qui te prend ?
Retourne leur dire que tu es bien Vijay tant qu'il en est encore temps.
Qu'est-ce qui t'arrive ? Ils sont tous là pour toi.
Pourquoi ne pas leur dire la vérité ?
Je ne suis pas ce Vijay.
- Il est mort depuis longtemps. - Comment ? Que dis-tu ?
Reprends tes esprits Vijay. Tous tes amis t'ont reconnu.
Amis ?
Ils ne sont pas mes amis.
Ils sont amis de la richesse.
D'abord, ils refusent de m'identifier.
Ensuite...
Pourquoi te renier toi-même à cause de quelques faux amis ?
Pourquoi refuser la gloire et la fortune...
...alors qu'il te suffit de les dénoncer ?
Je ne dénonce personne... aucun être humain.
Je dénonce une société déshumanisante...
...qui bannit la compassion.
Qui fait du frère un étranger, et de l'ami un ennemi.
Je dénonce une civilisation qui voue un culte au néant en sacrifiant les vivants.
Qui broie les hommes et les piétine.
Où c'est un crime de venir en aide aux plus pauvres...
...et une lâcheté de s'apitoyer sur leur sort.
Dans un monde pareil, je ne serai jamais heureux, Meena.
Jamais en paix...
C'est pour ça que je dois partir loin, très loin.
Juhi, quelqu'un m'a appelé.
C'est le vent. Rendors-toi.
Gulabo, où vas-tu ? Tu as de la fièvre.
Quelqu'un m'a appelé. Laisse-moi y aller.
Je m'en vais, Gulabo.
Où ?
Là où je n'aurais pas besoin d'aller plus loin.
Vous êtes venu pour me dire ça ?
Pars avec moi.
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