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...alors...
Pourquoi Robespierre était aussi un héros pour
les Soviétiques, pour la Révolution Russe ?
Car il était conséquent.
Il considérait qu'un bon ennemi
c'est un ennemi mort.
Et il décidait de la vie des autres
avec beaucoup de détachement.
L'histoire du film
" Danton " a commencé plus exactement
par ma visite…
Au théâtre " Des Amandiers "
où deux de mes amis,
Daniel Olbrychski et Wojciech Pszoniak
jouaient pour la première fois pour un public français.
Ils avaient
pour partenaire Gérard Depardieu.
Quand je l'ai vu sur scène, je me suis dit
qu'il se présentait une chance
et une possibilité de faire le film " Danton ".
Parce que j'avais là un acteur
qui pourrait offrir ce rôle au public
dans une parfaite interprétation.
Après le spectacle, mes amis
m'ont présenté à Gérard
et je lui ai timidement demandé
si ça lui dirait
de jouer dans mon film
le rôle de Danton.
Pour faire un film historique
sur la Révolution Française, il faut se demander
d'abord " Pourquoi c'est à moi de le faire ? ",
puis " Pourquoi le faire maintenant?".
Ma réponse à ces deux questions était :
c'est un bon moment
car nous sommes en train de vivre une sorte de révolution
en Pologne, celle de Solidarnoéé
à laquelle je contribuais
et pas seulement comme spectateur.
Je participais aux événements.
Je le voyais cette révolution,
je connaissais son quotidien, je la voyais évoluer.
Afin de
convaincre Gérard Depardieu
que le sujet que je lui proposais
était vraiment un sujet exaltant,
nous avons réussi à le faire venir à Varsovie pour un jour.
Il y avait un climat particulier
car nous savions que c'étaient les derniers jours de Solidarnoéé,
que les changements étaient proches.
En effet, peu après l'état de siège 8 été instauré.
Ma femme, Krystyna Zachwatowicz,
qui est par ailleurs scénographe,
costumière, nous travaillons parfois ensemble,
parle bien français.
Elle est allée chercher Gérard à l'aéroport
et l'a conduit au siège central
de Solidarnoéé à Varsovie.
Il s'est mis en retrait dans un coin.
Personne ne le reconnaissait.
Un acteur français célèbre mais méconnu ici car ses films
n'étaient pas sortis chez nous.
Se tenant donc à l'écart, il observait les gens dans le couloir.
Et là, une véritable effervescence.
Les gens étaient tous pressés.
Les uns venaient de province pour savoir ce que le siège...
quelles étaient ses décisions.
Les autres passaient, avec sous le bras, des documents
à transmettre à d'autres.
Sans sommeil depuis des nuits, ils avaient les yeux rouges.
En s'endormant même un instant,
ils craignaient de voir la révolution s'arrêter
pendant leur sommeil.
C'est la hantise de toute révolution.
Et Gérard les observait et j'avoue
qu'il n'y a pas de réalisateur
qui aurait pu lui expliquer mieux les choses
- et ce qu'il attendait de lui -
que ce moment auquel il venait d'assister.
Et puis, je me suis rendu compte…
Que Wojciech Pszoniak,
Robespierre dans le film,
n'allait jamais apprendre ce texte en français,
que ça lui couperait le courage, la force et l'énergie.
Il devait parler polonais !
Et j'ai eu une idée.
Si Pszoniak le fait en polonais,
son entourage, c'est-à-dire
le Comité de Salut Public
doit être joué en polonais par les Polonais
qui garderaient en plus leur tempérament.
En plus, on a déjà travaillé ensemble
au cinéma comme au théâtre.
Je pouvais compter sur eux.
Mon autre bonne décision était
de commencer par tourner avec EUX.
Une fois les scènes avec les Robespierristes finies,
j'ai réuni les acteurs français qui jouaient les Dantonistes,
et ces scènes, déjà montées,
ils les ont vues à l'écran.
Là encore,
aucun de mes mots n'aurait pu mieux leur expliquer
ce que j'attendais d'eux,
mes intentions ou leur façon de jouer.
Quand ils ont vu le jeu des Polonais,
les choses sont devenues plus claires pour eux.
"Ah ", ils ont dit. " Tu aimerais que ça...
"c'est comme ça que...
"que ça se passe...
"C'est un film comme ça que tu veux ? D'accord. "
Ça aussi, c'était une très bonne
décision qui a permis aux Français
de trouver toute cette énergie
qu'une révolution, je dirais...
ou qu'une situation révolutionnaire nécessfie.
Le début était un peu difficile
car Gérard Depardieu, je dirais,
n'était pas tout à fait conscient du fait
que le personnage qu'il jouait n'était pas pour lui un rôle
parmi d'autres.
Il incarnait quelqu'un qui était
une sorte de référence historique
un modèle…
Un monument historique de Danton.
Après trois, quatre jours,
il l'a enfin compris, je crois.
Et à partir de ce moment-là,
ma collaboration avec lui a consisté
à le laisser devenir de plus en plus Danton,
d'incarner de plus en plus ce personnage.
Ce qui me rendait de plus en plus ravi.
C'était mon rôle à moi. Et c'était son rôle à lui.
Comme ça jusqu'au bout
parce que je voyais bien que, par ma simple approbation,
il était assuré de ses gestes,
de son attitude, de son comportement envers les autres.
Si je l'ai aidé à ce moment-là
c'était justement grâce
à cette approbation face à laquelle
ila si bien...
ila si bien réagi.
Je dois dire que ça, c'est un vrai film historique.
Pour faire un film historique,
il faut justement trouver
des événements de ce genre
où l'histoire se résume soudainement
à une image, à un instant.
La scène où...
Danton perd si j'ose dire toute sa...
toutes ses chances car il perd en même temps la voix
qui lui permettait d'envoûter les gens
et d'imposer sa volonté,
est une des meilleures scènes
que j'ai jamais vue au cinéma, je dois dire.
Puis une chose jamais vue
dans mes films auparavant est arrivée.
Quand il a fini de parler avec sa voix cassée
et qu'il s'est assis, moi, j'ai dit " Coupez !"...
à la caméra.
On a entendu les applaudissements des figurants
présents au tribunal et j'avoue
que c'était très beau et émouvant
de les voir exprimer ainsi
leur adhésion et soutien au personnage
bien que sa vraie fin ait été différente.
Avoir une foule dans le film,
chose que je n'ai pas pu avoir au théâtre,
tant de figurants,
était très important pour moi. Le film commence
par une scène de foule,
puis elle revient tout au long du film
jusqu'à la scène du tribunal.
Je ne pense pas
que nous faisons des films seulement
pour une satisfaction artistique du public.
Non. Je crois que nous sommes
comme les historiens qui écrivent l'histoire
pour qu'elle puisse perdurer,
pour que son interprétation
aide à comprendre
le passé et le futur.
Avec les films, c'est pareil.
Surtout avec ceux faits dans des situations difficiles...
dans des situations
où la liberté manque,
dans des situations où le peuple n'a pas...
Quand le peuple n'a plus de libre choix...
ce sont nous, les artistes, qui devenons sa voix.
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