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Original subtitles

- VoilĂ  !

- Dites-moi, c'est bien la route de Biarritz ?

- Oui, monsieur. Biarritz par Bordeaux.

- C'est joli, Biarritz. Très joli…

- C'est ce qu'on dit.

- Vous ne connaissez pas ?

Toute la côte, c'est magnifique ! Les plages, les hôtels, les casinos…

- Bonjour, Emile. - Dis donc, ça fait un moment !

- Tu sais, on choisit pas toujours sa ligne.

Ça va ? - Ça va.

- Donne-moi un petit café. - Prends celui-là. Brégier !

Je t'en sers un tout de suite. - Te presse pas.

Barchandot, combien t'avais de bonnes ce matin ?

- Une, pardi !

- Il t'en reste plus beaucoup ! - Que veux-tu dire ?

Mon Dieu…

Passez-moi les gendarmes.

- Emile, réveille-moi dans 1h30.

- La gendarmerie, vite !

- T'as entendu ? Dans 1h30.

- Je suis pas sourdingue ! - Bon.

- Les gendarmes ? Ici La Caravane.

On m'a enlevé ma bonne !

Des preuves ? Il reste le broc

et le tablier. Je garde le broc pour les empreintes digitales ? Bon.

Un officier dans une voiture américaine !

Elle est sortie pour servir de l'essence.

Une voiture américaine. Oui, un officier américain !

- Décidément, le pauvre Barchandot n'a pas de veine avec ses bonnes !

Il a beau les payer mieux qu'ailleurs, Il peut pas en garder une.

Ă€ 20 ans, c'est pas une vie pour une fille !

Bonne à tout faire, dans un bistrot à 40 bornes de la ville et puis…

Comme distraction, les histoires de routiers.

Toujours les mêmes, à chaque camion qui passe…

À peine entrées, elles veulent en sortir. Un vrai défilé !

Y a eu la Marie "Pas mol", la Marie Mantac…

Y en a eu d'autres.

On les appelait toutes Marie pour pas s'y perdre !

Sauf Clo.

Peut-être parce qu'elle était pas comme les autres.

Ça fait bien 2 ans que cette histoire est arrivée.

C'était une nuit de Noël, on venait de traverser Bordeaux.

On roulait avec Berty depuis 60 heures sans interruption.

Tu prends ?

- Ben merde !

- Sans blague !

Elle est un peu raide, celle-lĂ  !

Tu prends ma vitrine pour un garage ? - On l'a pas abîmée, ta vitrine.

- Pas ta faute ?

En étant soûl, on reste au lit !

- Descends, on va te montrer si on est soûls.

- Ivrognes !

- HĂ©, dis ! - Quoi ?

Grossier personnage !

- JOYEUX NOËL !

- Cons !

Réveille-toi. On va roupiller un peu. - Je m'en fous.

- Tu dors dans le bahut ?

- Hein ? - Ça sent le chaud.

- Ça sent le chaud. Le radiateur chauffe.

- Ah.….

- Ça se modernise, les poids lourds. Eau chaude à tous les étages.

Seulement, l'eau froide, ça compte aussi.

- Il vaudrait mieux de l'eau tiède. Et je t'ai rien demandé.

- Si je faisais que ce qu'on me dit, j'aurais pas besoin d'ĂŞtre serveuse.

- T'as la langue bien pendue.

Y a longtemps que t'es lĂ  ?

- Non, mais je vais prendre racine, si vous vous décidez pas.

- Laisse donc ça et rentre au chaud.

Allez.

Ça te réveille? - Pas tout à fait, mais ça devrait.

- Joyeux Noël, les gars ! - Joyeux Noël.

- Emile.

Donne-nous donc un petit rhum

et on ira au plumard.

- Pas au zinc, ce soir. C'est le réveillon !

- Pourquoi pas la messe de minuit ? - Pourquoi pas !

Petite, va chercher le restant de canard.

Ça leur servira de dinde. Et une bouteille de mousseux.

- J'ai pas faim. - J'aime la dinde, j'en rĂŞve !

- Viens Ă  table.

- N'insiste pas. Il dort encore et je roupille déjà.

- Allez, viens manger ! - J'ai pas faim !

- Je devrais vous engueuler. - Pour l'engueulade,

c'est pas le jour. Pas la nuit de Noël, quand même.

- Oui, t'as raison. Allez, bouffez!

- Tiens, Jean.

- Je veux rien, je t'ai dit.

- On pourrait arrĂŞter la radio ?

- Vous vous plaignez ? Moitié messe et moitié réveillon !

- Justement. Passe-moi le pain béni.

- Qu'est-ce que t'as branché, toi ? Apporte-moi la bobine de plomb.

Pour moi, Noël, c'est un anniversaire.

Pas du petit Jésus. C'est celui de ma patte folle.

Les autres s'en souviennent. Demandez aux habitants de Cheny.

Je conduisais une citerne. 15 000 litres d'essence !

Tout d'un coup, je sais pas pourquoi, je vois…

De la fumée sortir du capot. Et des flammes.

Merde, c'est pas le bon !

J'ai cru que tout allait péter sur la place de l'église !

J'ai appuyé à fond sur le champignon, jusqu'à la sortie du bled !

Ça faisait une torche qui filait à 80 à l'heure !

Puis, j'ai sauté.

Je me suis retrouvé dans un fossé plein de flotte.

J'ai pas été brûlé, mais j'ai perdu ma quille !

Je vais vous dire une bonne chose…

Je vais vous dire…

Et merde !

- Laissez-les se coucher.

- T'as sommeil aussi ? Au lit !

Je vous en foutrai, de la dinde !

Vous ĂŞtes de drĂ´les de molles !

- Dis donc, Emile, j'y pense…

C'est pas la nuit de Noël que c'est arrivé, ta jambe ?

- Oui ! Hein ?

- C'est ce qui me semblait.

- HĂ©, Marie !

- Pourquoi Marie ?

- Bah, toutes les bonniches s'appellent Marie.

C'est gentil, c'est un nom de vierge. - Mais moi, je m'appelle Clothilde.

- Oui, bah, réveille-nous quand même dans 1h30.

- Vierge ou pas…

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je voulais vous donner ça.

Ça m'évitera de me lever tout à l'heure.

- D'accord.

C'est tout ce que tu voulais ? - Vous attendiez autre chose ?

- On sait jamais. Ce soir, le père Noël pourrait passer.

- Mettez vos chaussures dans la cheminée.

- Oui, mais… Tu tiendras pas dans mes souliers, toi.

- Mais je crois plus au père Noël. Alors…

- Marie… Euh, Clothilde !

Dis-donc… - Alors, vous n'avez plus sommeil ?

- Plus sommeil… T'es bête, toi !

Tu me réveilles et puis hop, tu t'en vas !

Y a pas longtemps que t'es ici ?

- C'est ce que vous vouliez me demander ?

- Bah, tout de mĂŞme, c'est drĂ´le

de te voir ici ce soir. À ton âge, tu devrais être en train de danser.

Barchandot t'a pas refusé un congé pour la nuit de Noël, non ?

- Non, c'est moi qui ai refusé. - T'aimes pas danser ?

Alors… T'as bien une famille, toi ?

- Oui, j'ai ma mère, à Bordeaux.

- Et ton père ? - C'était un remplaçant.

- Ah.

Oh !

Voilà que ça rate, alors !

Tu parles d'un foutu réveillon, toi !

En tout cas, on est rudement compromis !

On est dans une piaule Ă  minuit et on effondre le plumard.

- Le plus dur est fait alors.

- Le plus dur, le plus dur…

Après 1500 bornes, dis donc.

Comment tu t'appelles, déjà ?

Ah oui, Clothilde.

- Clo.

- Hein ? - Pas Clothilde. "Clo".

- Moi, je m'appelle Viard.

Jean Viard. Enfin…

Jean, si tu préfères.

- Oh, j'ai pas de préférence.

- C'est pas trop tĂ´t !

- Tu vas pas nous emmerder, toi.

- Je vous ai déjà prié de ne pas me tutoyer.

- Il te tutoie pas, il te dit merde.

- Je vais voir le contrĂ´lographe.

- Ça te plaît, un mouchard automatique !

T'aurais voulu l'inventer. - Je fais juste mon métier.

- T'appelles ça un métier ? - Tire-toi. Je m'occupe du reste.

- C'est quoi, ces heures d'arrĂŞt ? - 2 H de Repos.

- Vous vous refusez rien. - Bah, non.

Sinon, c'est le repos éternel. On voyait plus clair.

Dites, vous ĂŞtes lĂ  pour constater. Pas pour questionner.

Bon. Moi, je vais pioncer.

- Vous expliquerez ça au patron. - C'est ça.

- Que faites-vous ?

- Ça vous gêne ?

- C'est pas un dortoir, ici !

- J'habite Ă  l'autre bout de Paris.

Vous savez pas ce que c'est, vous !

Je suis célibataire pour qu'on me foute la paix

quand je veux dormir.

D'accord ? Allez, bonsoir.

- M. Viard, y a quelque chose pour vous.

- Y a du courrier ? - C'est pas du courrier, c'est d'hier.

Entrez, il fait meilleur.

Votre dame a laissé ça pour vous.

Elle a dit que vous mettiez ça avant d'entrer

et que vous preniez les jouets sur le palier pour faire le père Noël.

- Il manquait que ça ! Moi qui croyais aller au plumard.

- Si on était toujours couché, on finirait par se lasser !

HĂ© !

M. Viard !

Dites Ă  votre dame que je veux lui causer,

car j'ai toujours l'almanach du facteur.

- Je vais lui dire.

- Il faudrait signer la pétition pour la réparation du toit.

Il manque votre signature.

- Alors, on rentre de bordée? - Tu parles d'une bordée…

HĂ© !

J'ai pas vu les jouets sur le palier. Les gosses sont réveillés ?

- Ils ne t'ont pas attendu ! - Faudrait savoir ce que tu veux !

- Que tu arrives hier !

- Fais une réclamation au patron.

Arrivés sur Bordeaux, on a eu un chargement sur Bayonne.

La course au fret, c'est pas la 1re fois !

- Ce serait la 1re fois si tu passes Noël avec nous.

- Toujours Ă  m'engueuler. - Quand on te parle, on t'engueule.

- Je vais manger et dormir.

- Fais ce que tu veux. Je me mĂŞle pas de tes affaires.

- Oh, on va pas recommencer. Je me suis tapé 3 000 km !

- Tu dis ça chaque fois. - C'est chaque fois vrai !

Quand on rentre, faut pas râler.

- Je me tais, si tu veux. - Je veux la paix. C'est compliqué ?

Le bol roule et heurte le mur.

On fait quoi pour le gosse ?

On lui donne ses jouets maintenant ?

Hein ?

Tu les as mis dans la cheminée ?

J'y mets de la bonne volonté !

Ah ! Tu pourrais pendre ton linge dans la cour !

Jacqueline est pas encore rentrée ?

- Tu la laisses tranquille.

- Tu retrouves la parole pour la défendre, hein ?

- À 17 ans, elle peut sortir le soir de Noël !

- Et savoir ce que je pense, aussi.

- Je veux pas qu'elle finisse comme moi !

- Quelle vie ? - De bonniche.

Je passe mon temps Ă  frotter pendant tu te balades.

- Tu te fous de ma gueule ?

Où est le…

- Laisse ça. - Oui, tiens.

- Oh là là, je suis claquée ! Quelle nuit !

Bonjour, maman ! Tiens, il est lĂ , lui ?

- Ouais, il est lĂ , lui.

- C'est ma robe de chambre ! Y a de l'abus !

- Tu la mettais presque pas. - Une idée de ta mère.

- C'est moi qui me la suis payée.

- Avec mon fric, oui. - Avec celui que j'ai gagné !

- Ha ! 18 000 balles par mois, parlons-en.

Pour vendre de l'eau de Cologne, c'est assez payé !

- T'as qu'Ă  pas contrarier ma vocation.

- Tu m'as l'air "vocation”, toi.

Faire de la figuration 2 fois par mois, c'est une vocation ?

- On débute comme ça.

Un jour, je ferai du cinéma. Du vrai.

Pour toi, si on a pas les mains dans le cambouis, on travaille pas !

- Je te la fous sur la figure, ma main ?

- Vous n'allez pas recommencer ! - Il me provoque !

Il m'en veut parce que je suis élégante.

- Il suffit pas de tortiller du croupion pour être élégante.

- On sait que tu t'y connais en filles.

Le bon côté de ton boulot. - Tu te tais !

- Ça te gêne si on le dit, hein ?

- Je t'en supplie, Solange, fais-la taire, bon Dieu !

- Elle n'a plus 5 ans ! Pour un jour de Noël, je vous jure…

- Oh, c'est pas vrai, le père Noël…

- T'es bien avancée, maintenant.

- Bonjour, messieurs !

Du producteur au consommateur ! Il est à peine abîmé.

Donne-moi un coup de blanc.

HĂ©, Marie !

- Y a plus de Marie. - Pourquoi ? La bonne est partie ?

- Elle a trouvé une place. Ici, c'est pas la ville !

- Alors, Jean, quoi ! - Quoi ?

- Pour se débiner, elles ont un moteur dans le derrière. Pas pour le boulot.

Elle sera restée 8 jours, un record.

- On l'arrose quand même, ce départ ? - T'es fière de toi ?

- Je préfère ce côté du bar. - Je te paye pas tes 8 jours.

- Je les demande pas. Faites pas le méchant.

- Pas méchant, je suis emmerdé.

- Deux à zéro ! - T'as quoi dans les yeux ?

- Quoi ?

- Trois à zéro !

- Laisse-moi seul. Ça ira mieux ! - Magne-toi. Il est l'heure.

Quel bidule. - Vous descendez sur Bordeaux ?

- Vous pouvez m'emmener ?

- T'as trouvé une place là-bas ? - Elle est pas faite pour la campagne.

- Je suis pas faite pour la limonade. - Limonade…

- On va te trouver une petite place. Allez.

- Quatre à zéro !

- Évidemment, je suis tout seul !

- C'est pas chic de nous quitter comme ça.

- Comme si vous vous attardiez, vous.

- C'est pas pareil. C'est mon métier. Je passe, c'est tout.

- On vous reproche jamais de passer trop vite ?

- Si, mais pas les gens que je voudrais.

- Vous n'en savez rien.

- Que veux-tu dire ? - Rigolez pas, mais…

J'ai l'impression d'avoir passé un bon réveillon. Pas vous ?

- Tu deviens sentimentale.

- Je peux faire ça pour vous.

- Maintenant que tu fous le camp.… Allez, monte.

- VoilĂ  !

- Bon, voilĂ . Adieu, Clo. - Adieu, Jean.

- T'avances ou quoi ?

- Jean, je crois qu'on gĂŞne.

- Alors ! T'avances ? HĂ© !

- Y a personne.

Mlle Clothilde !

VoilĂ  une surprise ! On peut pas dire que vous avez pas bonne mine.

- C'est le grand air. Ma mère est là ?

- Elle écoute votre beau-papa au kiosque à musique.

Dites donc. Pourvu qu'il soit content de vous revoir !

Vous venez pour longtemps ?

- Ça dépend. Le temps de trouver du travail.

Un concert pour toi seule ?

- Tiens, tu es lĂ  ?

Tu as vu, c'est Armand.

- Je vais bien. Merci.

- Tu es toujours avec ton ami ? Il s'appelle Robert, non ?

- Je l'ai quitté. I! à fait un scandale et on m'a virée.

- Chut !

- Et alors ? Maintenant ?

- J'ai trouvé une place dans un bistrot de campagne.

- Es-tu contente ? - Je suis contente d'en ĂŞtre partie.

J'ai dit que j'avais trouvé une place. J'espère que ça sera bientôt vrai.

Maman, puisque tu me vois venir, sois gentille de m'aider un peu.

- Je te vois venir ?

- Tu sais que je veux te demander un service.

- Chut !

- J'aurais préféré que ta visite soit désintéressée.

Nous tirons toujours le diable par la queue.

- Je veux pas d'argent. Juste loger chez toi quelques jours.

- C'est-Ă -dire ? - Le temps de trouver du travail.

- J'ai peur qu'à la maison rien ne soit changé depuis ton départ.

- Toujours ton idée fixe ? - C'est pas une idée fixe.

Armand est sensiblement plus jeune que moi. Et c'est un homme.

- Ne sois pas ridicule, je t'en prie. - Je sais ce que je dis.

Dans nos 2 pièces, on peut pas vivre l'un sur l'autre.

- Au sens figuré, oui. - Clo !

- Je t'ai demandé quelque chose. Réponds oui ou non, qu'on en finisse.

- Je crois que tu as passé l'âge de compter sur ta mère.

- Ça fait 15 ans que je ne l'ai plus.

- Les parents ont le droit de vivre aussi leur vie.

- Qu'est-ce que tu fais lĂ  ?

- Je m'amuse comme une folle. J'en ai pas l'air ?

- Tu nous cherchais ?

- Je cherche un camion. Celui-lĂ  ou un autre.

- Et ta place ?

- Je vais la retrouver, chez Barchandot.

- Je croyais que t'en avais trouvé une ici ?

- Vous l'avez cru aussi ?

- Bah, j'ai cru ce que tu me disais.

- Vous ne comprenez rien aux farces et attrapes.

- Tiens ! Bonjour.

On s'arrĂŞte chez Barchandot ?

- Je pourrais peut-ĂŞtre sauter en marche.

Pour un suicide, vous n'aurez pas d'embĂŞtements.

- Allez, monte.

Dis-donc,

tu vas pas faire de connerie ? - Je retourne chez Barchandot.

Ça vous suffit pas ? - Allez, va.

- Tiens !

Un jour, je suis venu pĂŞcher le gardon, ici.

- À la graine ?

- Non, au blé.

- T'en as pris ? - Non.

- Comment tu sais que c'était au gardon ?

T'as fini de te plaindre ?

Mon pote, tu te crois téléguidé ?

- Tiens. Je suis déjà à La Ferme St-Aubin ?

- À conduire comme ça, tu vas te retrouver au ciel !

- C'est marrant. Je rêvais justement que j'y étais.

- Monte avec lui. On se voit chez Emile.

- À tout de suite.

Attends. Viens voir un peu, toi.

LĂ .

Ça va ? Allons-y.

- Ça te gêne pas de rester seule avec moi ?

Hein ?

Ça n'a pas d'importance. Je pourrais être ton père.

- J'avais pas remarqué.

- Mais c'est vrai.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? - Je peux vous tourner le dos.

Vous êtes du genre timide et renfermé.

- Toi, tu l'es pas, ça fait une moyenne.

- Vous êtes marié ? - Oui.

- Comment est votre femme ?

- T'es bien curieuse !

Elle est comme beaucoup de femmes, avec 3 gosses en plus.

I faut y aller. Berty va s'imaginer des choses qui existent pas.

- Quelles choses ? On peut bien prendre 10 mn de vacances.

- Des vacances ?

C'est vrai.

- Y a du progrès. Vous aussi, vous me regardez !

Pourquoi ?

- T'es pas désagréable à regarder.

- Dis donc, Jean. - Quoi ?

- Il faut jeter un coup d'œil à l'injecteur.

- T'es cinglé, avec cette flotte ? On en a au moins pour une heure !

- On aurait une vraie raison de s'arrĂŞter ici.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? - Il va nous tomber une tuile.

On s'arrĂŞte chez Emile Ă  chaque fois ! - Eh ben ?

- Pour Paris-Bordeaux, un repos à 60 bornes de l'arrivée

et au retour, à 60 bornes du départ. C'est pas normal.

- Et alors, quoi ?

- Comme tu voudras, va.

- T'es emmerdant. Remets en route.

- Au pays du soleil…

- T'en as pas une autre ?

- HĂ© !

On est une heure Ă  la bourre ! - Je vais me laver les pognes.

Salut. - Bonjour.

- On était en brioche avec le camion. Il me reste 5 mn.

- 5 mn toutes les semaines. À 80 ans, on aura bien passé 2-3 jours ensemble.

- Écoute, Clo. Mets-toi avec un employé de bureau !

Dans mon boulot, on est Ă  la merci d'un tas de trucs.

Un jour c'est une crevaison,

un autre coup, c'est le brouillard ou le verglas…

Depuis qu'on est ensemble, tu me fais des reproches.

- On est ensemble ?

Tu t'arrĂŞtes ici 2 fois par semaine !

Quand t’arrive, je suis pas libre.

Quand je le suis, t'es pas Ă  l'heure.

On finit toujours par se rencontrer pour 15 mn ou 5 mn, comme aujourd'hui.

C'est plus de l'amour, c'est une habitude.

Tu veux qu'on fasse l'habitude ?

Ça changerait, avec un parapluie.

- Tu as de la chance que je tienne Ă  toi.

- Tu crois ?

- Que je tiens Ă  toi ? - Que c'est une chance pour moi.

- Clo, je t'ai promis que je te ferai sortir d'ici.

- Ça aussi, c'est une habitude.

- C'est pas si simple que ça quand même.

J'ai encore une femme et des gosses. Je peux pas les laisser tomber.

23 ans avec Solange, j'ai rien Ă  lui reprocher.

- Tu me jettes ta femme et tes gosses Ă  la figure Ă  chaque fois.

- Je suis bien obligé d'y penser !

T'es pas jalouse d'eux ? - J'en sais rien.

Si je tenais pas à toi, je me mettrais pas dans cet état.

- Écoute, tu vas laisser tomber ton prochain congé.

Dans 15 jours, ça te fera 2 jours. On ira les passer à Bordeaux.

- Comment tu feras ?

- Bah, je me débrouillerai.

- Encore une promesse. - Je te le jure.

- Sur la tĂŞte de ta femme ?

- Et si on lui foutait la paix ? - Écoute…

- Clo !

Clo !

Tu fais quoi ?

- Jean ?

- Quoi ?

C'est la 1re fois qu'on se quitte ainsi.

Les autres fois, on parlait moins.

- Oui… l'habitude.

Bon, t'as fini, je peux rentrer ? - Non ! Je suis Ă  poil !

- J'ai vu tes fesses avant toi ! - Tu les trouverais changées.

- Passe-moi donc mon blouson.

- J'ai les mains mouillées.

- T'as bien 5 mn. Tu pars pour 4 jours.

- Mais je veux partir Ă  l'heure.

- Pour partir, t'es à l'heure. Mais pour revenir…

- Je reviens quand je peux !

C'est pas ma faute, si je dois y rester 2 jours.

- On se voit pour se dire au revoir. - Bah, bon Dieu…

Dis donc, Jacqueline !

C'est qui ce Francis ? - Quel Francis ?

- Comment ça, y en a plusieurs ?

- J'ouvre pas tes lettres !

- T'es pas le père d'une farfelue ! Qui est-ce ?

- Un pote. Ça te regarde pas. - Un pote, un pote…

"Passe au studio du père Girardot. Il est d'accord, il t'engage".

Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Qu'on verra bientĂ´t ma photo partout.

Ça t'embête, hein ? - Ta photo…

Tu rêves à ça, oui ? - C'est une photo d'art.

- L'art d'énerver les troufions dans leur chambrée !

Si c'est la situation que t'as trouvée, je te dis :

je préfère te voir ni en photo ni ailleurs.

- Tu veux que je m'en aille, oui ?

- Je veux pas de flic ici !

- Pour ce que tu y es.…

- Bien sûr, tu t'en mêles aussi.

- Au revoir, papa. - Au revoir.

- Y a de l'eau dans le gaz. - Quoi ?

- M. Viard, la direction vous a changé de ligne.

Vous partez pour Strasbourg. - Comment ça ?

- Vous en preniez trop Ă  votre aise sur Bordeaux.

Vous attrapiez régulièrement du retard au km 424, La Caravane exactement.

- C'est une vacherie que tu me fais ? - J'ai reçu un ordre.

- Les ordres ! Qu'est-ce que tu leur as raconté ?

- M. Viard, il est déjà 8h40.

- Tu vas me changer ça tout de suite.

- Il est trop tard. C'est un ordre de la direction.

Partons, on verra demain. - Et si je refusais de partir ?

- Démarrez. Il fera ce qu'il voudra. - On peut bien attendre une minute !

- Il refuse de partir. - Il a dit : "Si je refusais”.

- C'est votre place qui est en jeu.

- AllĂ´ ?

AIlĂ´ ?

C'est Barchandot ?

J'entends mal. C'est Emile ?

Dis donc, c'est Viard.

Viard !

Tu peux aller me chercher Clo ?

J'attends.

AllĂ´, Clo ?

Je pourrai pas venir ce soir.

Je ne peux pas venir ce soir !

Non, ni demain non plus.

Je vais essayer dans quelques jours.

Te fâche pas, écoute. C'est pas de ma faute !

- Alors, Clo, ça vient, non ?

Les clients attendent !

- M. Viard…

C'est pas la peine, Berty est parti seul.

- Tellier…

- Je vous préviens que la…

- Inutile d'aller moucharder. Je passe Ă  la caisse.

- Tu l'as effacée, celle-là !

- Clo !

Deux plats du jour !

- Après avoir fait 300 bornes, je crève !

- Marie, la mĂŞme chose !

- Je suis pas verni.

Non, mais tu es folle ? Tu l'as reçu sur la tête, ton coup de téléphone ?

- Que se passe-t-il ?

- Qu'elle mette ses fesses sous globe, si on peut pas y toucher !

- Bien, Clo ?

Allez. File au bar.

Un peu de tenue dans la maison ! - Quoi ? C'est pas moi !

- Merci.

Venez, on va trouver une table.

Mets-toi lĂ .

Viens t'asseoir avec nous, si t'as pas trop honte.

- Je cherche quelqu'un. Et siroter de la bière, ça vaut pas le coup.

- Je sais que t'es pas venu pour ça, mais je voudrais danser un peu.

Ça nous rajeunira. - Oui, si tu veux.

- Max, surveille ton frère.

- Sois sage.

On n'a pas de veine !

- Alors, Viard.

- Tiens ! - Y a de la joie ?

- C'est plutĂ´t au point mort !

- Toujours sans boulot ? - Oui.

- Mon chef du personnel est lĂ . Je peux lui parler.

- Je vais pas t'embêter avec ça !

- T'inquiète pas. - Merci quand même.

- Va jouer. - Vous voulez boire un pot ?

C'est Philippe qui arrose. - M. Viard.

- Tu t'es laissé entortiller ? - Il comprend pas que je plaise.

On danse ? - Viens.

- On danse, Jean ?

- Attends un peu. Brégier parle à son patron pour moi.

Alors, il t'a dit quoi ? - Il faut que je t'explique…

- Il embauche pas... - Il embauche, mais, tu comprends.….

Pas comme ça. - Je connais mon boulot quand même.

- C'est pas une question de boulot.

- Tu veux dire qu'il me trouve sur la limite ?

- Bah, oui. Je crois que ce sera partout pareil.

- Oh, je sais bien. Enfin…

Je te remercie quand mĂŞme.

Que viens-tu faire ici ? - Je voulais te voir.

Maintenant, j'ai plus envie de te dire de vacheries.

- Tu devines qu'aujourd'hui je les prendrais mal ?

- Non. Je sais que tu n'y répondrais pas plus qu'à ma lettre.

- Quoi ? Quelle lettre ?

Dansons. On se fera moins remarquer.

- Tu vois ? Il est encore vert, mon père.

- Alors, quelle lettre ?

- Tu as un air innocent pour me dire ça !

Ce que je t'ai écrit te fait peur ?

- Si tu m'avais écrit, je t'aurais répondu.

Tu m'as écrit où ? - À l'adresse que tu m'as donnée.

- Au garage ? - Tu te défends pas mal.

- Enfin, j'ai pas à me défendre !

Je ne sais pas ce que t'as écrit, mais les emmerdements, j'en ai ma ration.

Je suis balancé de ma place.

Si ta lettre est arrivée au garage, elle y restera.

Et toi, qu'y a-t-il ?

- Hein ? - Dis donc, Viard.

- Il paraît que tu cherches une place. J'ai une bonne combine pour toi.

Une bétaillère à conduire de Villedieu à Bordeaux.

Leur gars est tombé malade en route.

Téléphone-leur. - C'est pour un seul voyage ?

- Oui, mais avec une prime.

- Je te remercie, mais je suis pas encore Ă  la retraite.

- Ce que je t'en dis. - C'est gentil, mais tu comprends…

Alors, tu m'écrivais quoi ?

- Tu as assez de tes ennuis. Moi, c'était rien.

- Puisqu'on nous a vus, viens. Y a pas autre chose Ă  faire.

Pierre. Je te rends ta cavalière. - Ah, oui.

Que je vous présente… - Clothilde Brachet.

- Clo…

Max.…

- Je vous ai déjà vue quelque part…

- Si on s'asseyait ?

C'est une amie de province. Elle est venue chercher du travail.

Justement, tu pourrais t'en occuper ?

- Pierre, M. Viard a assez Ă  faire avec sa famille.

- Sans parler du petit dernier !

- Madame Vaco !

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Le lavabo du 14 coule pas bien.

- Eh bien, mettez-le au 8.

Faut tout vous dire.

J'espère que vous êtes moins gourde que celle-là.

Elle ne fait que les matinées, heureusement.

- On peut connaître les conditions avantageuses ?

- 10 000F par mois plus les pourboires.

Vous aurez toujours des pourboires. Ces dames sont au courant.

- Non, merci. J'ai un peu mal au cœur.

- C'est très mauvais dans le métier. L'essentiel, c'est la discrétion.

Je finirai diabétique !

- Je commence quand ?

- Si vous avez tout compris, le plus tĂ´t possible.

- Je vous demande quelques minutes. - Une heure, si vous voulez.

- Je vous laisse ma valise.

- HĂ´tel de passe ? - Tu as mieux Ă  me proposer ?

- Bien payé ? - Ça dépend des pourboires.

Jean !

Tu sais ce que j'ai gagné en venant ici ?

- Pas grand-chose. - Si.

J'ai rencontré ta femme.

- Elle est venue au bal… - Je ne te reproche rien.

Mais je les ai vus… Ta femme, tes gosses et puis, tous tes ennuis.

J'ai réfléchi. Je crois qu'il vaut mieux qu'on se sépare.

- Qu'est-ce que ce sera ?

- Qu'est-ce que tu veux, Clo ? - Rien.

- Moi, un petit vin rouge.

- Beaujolais ? - Oui.

Dis pas de bĂŞtises !

Laisse-moi trouver du boulot et je liquide tout.

Depuis que je roule, Solange est habituée à vivre sans moi.

Je leur ferai une pension.

- Avec quoi ?

- Je me débrouillerai. - Mon pauvre Jean…

Je croyais aussi que tu étais débrouillard.

C'est triste, t'es vraiment un brave type.

- "Brave type" !

J'ai toutes les qualités sauf d'être brave !

- C'est peut-être ça.

- Tu t'en vas ? - Je commence tout de suite.

- J'ai un petit casse-croûte. - J'ai pas faim.

- Tu vas y aller sans rien dans le ventre ?

Je viendrai te voir demain.

- Jacqueline ! - Oui, une minute !

- Viens à table ! Les œufs sont cuits. - Je me change !

- Vite. Tes frères vont arriver.

On peut jamais manger ensemble. C'est le wagon-restaurant ici.

Tu mangeais pas en ville ? Je t'ai rien préparé.

- Un bout de pain suffira. J'ai le fromage.

Ha, voilà miss Çamembert !

45 % de matière grasse, pur vallée d'Auge.

T'étais au courant de ça ?

- Je suis aussi sur les qualités supérieures.

- Celles que bouffe le metteur en scène ?

- C'est trop fort !

Je suis la seule Ă  gagner du fric et on me le reproche !

- Tu peux te parfumer, après ça ! Tu te rends compte que tout le monde

va se foutre de nous, maintenant ? Hein ?

- Oui. Tout le monde en général et puis quelqu'un en particulier.

- J'en ai assez de tes allusions.

Ça veut dire quoi ? - C'est la vérité.

Moi aussi, j'ai une étiquette. Tiens, 15 partout, mon vieux!

- C'est quoi ?

- Tellier a fait suivre ton courrier. - Tu vas me donner ça, oui !

- Maman, écoute ! Elle s'appelle Clo !

"Mon cher Jean, je ne sais pas comment tu vas prendre la chose…"

Tu sais ce que c'est, la chose ?

Je vais avoir un petit frère, sans que tu y sois pour rien.

"Moi qui ne suis jamais sûre de rien…

Je suis bien certaine cette fois d'ĂŞtre enceinte."

- Jacqueline !

- C'est toi qui as commencé à lire mes lettres !

- J'ai plus rien Ă  faire ici, Solange.

- Jean…

- Papa, je suis 3e, cette semaine ! - C'est bien, mon grand.

Dépêchez-vous. Maman vous attend pour déjeuner.

Je peux donner un coup de fil ? - Vas-y.

- La maison Lorette ?

J'appelle de la part de Brégier.

Pour savoir si ça marche toujours pour le camion en panne à Villedieu.

Oui.

J'ai fait 4 ans chez OGT.

Oui ?

Départ cet après-midi à…

Ă€ 15h12 gare Montparnasse ? Ah, oui.

Y a pas un train plus tard ?

Y a pas…

Bon. Je vais passer tout de suite. Merci.

Au revoir.

Modern Hotel ? Je peux parler Ă  Mlle Clo, c'est urgent.

Quoi ? Puisque je vous dis que c'est urgent tout de mĂŞme !

Moi, je suis sûr qu'elle est là !

AIlĂ´ ?

AIlĂ´ ?

Combien je dois ?

- Papa, je voulais pas faire ça.

Je lui dirai que c'est pas vrai.

Je veux pas que ça retombe sur maman !

- AllĂ´ ?

C'est encore vous ?

Je vous entends pas !

Vous m'appelez de Montparnasse ?

Bonjour. - Bonjour.

- Montez, on s'arrangera après.

Clo !

AIlĂ´ ?

Je vous ai dit que Clo est pas lĂ . C'est son jour de repos.

Clo !

- VoilĂ  !

- T'en va pas.

Donne quelque chose Ă  la petite.

- Encore ? Ça va me coûter ! - Sois pas radin.

Donnez à la femme de chambre. C'est la règle.

- Il est poli, celui-lĂ  ! - Je reviens tout de suite.

Dans une seconde !

T'es nouvelle, toi ?

Je vais te donner un conseil.

Rouspète plus jamais ou la patronne te balancera dare-dare.

Quand c'est des mufles, laisse tomber. Sinon, ils nous filent pas un rond.

- Qu'y a-t-il ?

Quelque chose ne va pas ? - Rien.

- Clo, occupez-vous de ces messieurs-dames.

- C'est pas la peine.

- Clo ?

Clo !

Qu'est-ce qui vous prend ?

Quelle façon !

Vous avez des vertiges ? - C'est rien, un peu de fatigue.

- Pour quelques heures de travail ?

Allez. Prenez un bonbon.

Mal au cœur ?

Regardez-moi un peu.

Vous ĂŞtes enceinte, ma petite.

Comment, vous le savez ? Vous auriez pu me le dire.

- J'avais besoin de travailler.

- Et alors ? Je ne suis pas un monstre.

Reposez-vous dans la chambre.

Je vous trouvais sympathique.

Je veux être une mère pour vous, mais pas une grand-mère.

Cigarette ?

Qu'allez-vous faire ?

Vous n'avez pas les moyens d'élever cet enfant.

Et encore moins les moyens de vous en passer.

Vous comprenez que je ne peux pas vous garder comme ça.

Imaginez l'effet sur les clients. - J'ai l'habitude de faire ma valise.

- Qui parle de ça ?

Si je vous renvoie, Dieu sait qui vous remplacera.

J'ai intérêt de vous garder.

Et de vous rendre le service que vous attendez.

- J'attends quoi ?

- Je sais pas, moi…

Que je vous donne une adresse ?

Celle d'une amie prudente,

discrète et habile ?

À moins que vous ayez une autre idée.

Réfléchissez bien.

Vous n'auriez pas de gages pendant quelques mois.

Que voulez-vous ? Aujourd'hui, on n'a rien pour rien !

- Mademoiselle ?

- De la part de Mme Vaco.

- Oui. Entrez.

Germaine !

- Bonjour, mademoiselle. - Bonjour.

- Vous ĂŞtes Mlle Clo ? - Oui.

- Laisse-nous.

Mme Vaco m'a téléphoné à votre sujet.

Vous n'ignorez pas que dans ce genre d'histoire…

le plus grand danger, c'est l'indiscrétion.

- Je sais. - Bon. Mettez-vous Ă  votre aise.

Un instant.

Ne craignez rien. Tout ira bien.

Asseyez-vous sur ce divan.

Il y a combien de temps ? - Trois mois.

- Bien.

- Mme Vaco !

Mme Vaco !

- Vous avez fini de brailler ?

- Un monsieur vous demande. Il insiste.

- Je crois que nous n'avons pas l'honneur…

- On s'en passera.

OĂą est Clo ?

- Ah.….

Le téléphoniste d'hier. Vous tombez bien !

- C'est pas moi et je tombe comme je peux.

Dites oĂą est Clo.

- Je vous prie de sortir ! - Ça va, les prières. Où est Clo ?

- Alitée avec une forte grippe.

Ça vous suffit ? - Ouais.…

Hier, elle était de sortie, aujourd'hui, elle a la grippe.

Je vais la trouver ! - Non !

- Je vais ouvrir toutes les portes. - Assez !

Montez au 25, puisque vous y tenez.

Tant pis pour vous si elle est contagieuse !

- Berty...

- Clo…

Je croyais qu'elle m'avait raconté des bobards.

- Elle l'a sûrement fait.

- J'ai de l'antigrippine sur moi.

Vous en voulez ?

- C'est trop tard. C'est déclaré, maintenant.

- Il va falloir vous soigner.

J'ai une bonne nouvelle de la part de Jean.

Il a rompu avec sa famille. Il part demain pour Bordeaux.

- Une bonne nouvelle pour qui ?

- Pour vous ! !! vous emmène.

- Pauvre Jean…

- C'est mieux comme ça pour tous.

MĂŞme pour Solange.

Ils se feront moins de mal.

Alors ?

Qu'en pensez-vous ?

- J'ai pas le courage de penser…

- Pensez Ă  rien jusqu'Ă  demain !

Il arrive par l'autoroute vers 8 h.

Je viens vous chercher de bonne heure.

D'accord ?

- D'accord.

- À demain !

VoilĂ , livraison Ă  domicile ! - Merci, vieux.

- Ben, voilà… Au revoir.

- Au revoir.

- Berty !

Vous ĂŞtes un chic type.

- Sans emmerdements, c'est facile.

Vous verrez !

- J'ai reçu ta lettre. Pourquoi tu m'as rien dit ?

- Tu avais des ennuis et je n'étais pas sûre.

- Et maintenant ? - Je me suis trompée.

- On s'affole et en définitif, tout s'arrange tout seul.

- Oui, tout seul.

- Allez, va.

Prends pas ça à la lettre.

C'est le conducteur d'avant qui a dû trouver ça drôle.

C'est un collectionneur. Il a la manie de tout dévisser.

Y a des gens comme ça.

Une cigarette ? - Non.…

- Allume-m'en une, tu seras gentille.

- Prends-la vite.

- Ça te fait mal au cœur ?

Tu veux un bonbon ? - Non !

- Qu'y a-t-il ? Ça va pas ? - C'est rien.

- Après 200 km, on a plus grand-chose à dire…

Tu sais qu'on va vivre ensemble ? Ça n'a pas l'air de te faire plaisir.

- ArrĂŞte ! Je t'en prie !

- Tu te sens pas bien ?

- J'aurais jamais dû partir dans cet état.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Regarde-moi. T'as pas fait de bĂŞtise?

- Que voulais-tu que je fasse ?

- Tu me le dis maintenant ?

Tu vas tenir le coup encore 300 bornes ?

- Jean ? - Quoi ?

- Baisse la vitre. - Non, tu vas attraper froid !

- Oh, Jean ! Baisse la vitre !

Jean, allume.

Je veux pas rester dans le noir.

Éteins !

- On arrive. Encore 50 bornes et on est chez Emile.

C'est terrible. Je peux plus avancer. J'y vois plus rien.

Je crois que je me suis gouré de route.

Dis, Clo…

Beuglements de vaches Aboiements de chiens

- Qu'y a-t-il ?

- Excusez-moi de vous déranger. Vous auriez le téléphone ?

J'ai quelqu'un de malade et je peux plus avancer.

- J'ai pas le téléphone.

Il y en a un au bourg, Ă  1 km d'ici. - Merci.

- Dis donc !

Qu'est-ce qu'il a, votre blessé ?

- C'est pas un blessé. C'est une femme.

Elle est bien malade.

- Alors entrez. Je l'ai, le téléphone.

- Merci. - À cette heure, on se méfie.

Un petit coup de gnĂ´le ? - Non.

Beuglements de vaches Aboiements de chiens

- Jean !

- Emile, envoie-moi une ambulance tout de suite !

Oui !

Je suis sur la Nationale 10

Après la déviation, la route est coupée à…

Comment ça s'appelle ? - La Croix de Brillac.

- À La Croix de Brillac.

La Croix de Brillac !

Oui.

Tu fais vite, hein ?

Merci.

Combien je vous dois ? - Ça va.

Excusez-moi de vous avoir dérangé

- Vous voulez lui donner un coup de gnĂ´le ?

- Non, merci. Au revoir. - Au revoir.

Beuglements de vaches Aboiements de chiens

- Bon, alors…

C'est arrangé. J'ai eu Barchandot. Une ambulance arrive.

Couvre-toi bien.

- T'en va pas ! - T'inquiète pas. Je reste là.

- Je te vois plus. Je veux te voir. Ne me laisse pas seule.

- Je reste lĂ , je te dis.

Sois raisonnable. Repose-toi. - Je peux pas, j'ai trop mal.

- Qu'est-ce que je peux faire ? Il faut attendre maintenant…

Vous avez mis un temps Ă  arriver !

- C'est très simple. On a essayé d'arriver.

Vous avez pas vu le brouillard ? Y en a autant pour vous que pour nous.

- T'en fais pas. Ça va aller, tu verras.

- Ça fait 1h30, réveille-toi !

- Your maiden wasn't kidnapped. She went on her own will.

- Moi, j'ai appelé les gendarmes. Ils parlent français !

- OK. Two Cognacs. - Ma bonniche,

go home, kidnappée ! Officier américain, go home !

- Americans go home? - Pas vous, ma bonniche !

Go home, officier, Studbaker, Buick.… - Yes, sir. A great American car.

- Je peux me brosser pour la retrouver.

Bon Dieu ! Y en a pas une pour racheter l'autre.

Enfin, y a des exceptions…

- Tiens, Emile.

Au revoir et Ă  un de ces jours ! - Merci.

Alors, je reprends.

Essayez de faire un effort pour comprendre !

- Salut, Viard. Ça va ? - Ça va, merci.

Comment vas-tu ?

- Et toi ?

- On se maintient. - La famille ?

- Loulou a la coqueluche.

Jacqueline veut toujours ĂŞtre star.

- Elle y tient - Mais ça vient pas vite.

- Et Solange ?

- Elle est comme moi. Elle rajeunit pas.

Et toi ? Le bahut roule toujours ?

- Ça roule.

- Bon. À bientôt, Pierrot.

- À bientôt.

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