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Zulu
(soupir)
- Ils m'ont encore
refusé mon financement.
Téléfilm pis la SODEC, les deux.
Les fonctionnaires de la culture qui,
du haut de leurs grandes
expériences de la création,
ont jugĂ© que mon projet Ă©tait pas prĂȘt.
Bon, mais pas prĂȘt.
Ils me suggĂšrent, et je cite, de retourner Ă ma table de travail
pour amener le projet un petit peu plus loin.
On Ă©tait prĂȘts, crisse !
On a toutes les actrices.
Il faut qu'on tourne avant l'hiver.
Je comprends pas.
Ils m'avaient dit que ce serait cette année.
Mais non, ils me renvoient à ma table de travail pour réécrire.
Toute ma vie, ils me font chier
parce que je fais des films exigeants.
LĂ , je suis prĂȘte Ă faire une belle fresque historique
sur les filles du Roy,
un beau grand film identitaire
qui va flatter le Québec dans le sens du poil,
sur une belle gang d'orphelines
pis de prostituées
qui sont venues ici aider les premiers colons
à s'installer au Québec.
Nos vaillants ancĂȘtres, hein ?
C'est beau,
ça va nous redonner le goĂ»t de fĂȘter la Saint-Jean-Baptiste.
Un film de filles, à part ça.
Un film de filles !
En v'lĂ !
Ils en voulaient, de la parité ?
En v'lĂ !
Un film de filles sur les mĂšres de la patrie.
Qu'est-ce que tu veux de plus ?
Ben non, ils ont le culot de me dire
de retourner Ă ma table de travail.
Denys Arcand, ils renvoient
Ă sa table de travail ?
Pis Xavier Dolan ? Pis Patrick Huard ?
Comment ça se fait que moi, j'ai jamais le droit à un break ?
LĂ , je vais te dire qu'est-ce que tu vas faire
pis prends des notes.
Tu vas appeler le producteur.
Tu vas lui dire que s'il est pas capable
de tenir tĂȘte aux institutions,
ben, il est congédié.
Pis tu vas appeler le distributeur,
pis tu vas lui dire que mon film mérite de sortir
dans autant de salles que La Bolduc
pis que s'il est pas capable de voir ça,
ben, il a de la merde dans les yeux, pis il est congédié.
Pis tu vas appeler Téléfilm
Canada pis la SODEC,
pis tu vas leur dire qu'ils sont congédiés toute la gang.
Pis que je ne veux plus rien savoir
de leur osti d'argent de merde.
âȘ âȘ âȘ
- Ben oui.
- Ah, je me sens vraiment bien avec toi.
Tu sais, ça fait juste une semaine pis,
déjà , c'est la chose la plus naturelle au monde.
- Hé, ça fait 3 jours.
(rires)
- Ben, c'est ça.
(soupir)
- Hé, moi, ça me tente pas d'aller travailler.
C'est rare que ça m'arrive.
- MĂȘme ça, je trouve qu'on travaille bien ensemble.
- Non, non. Non, je veux pas qu'on travaille ensemble.
Je veux qu'on fasse tout ce que les gens font, là , mais pas ça.
- OK. OK, OK, OK, OK.
(profond soupir)
- Je vais prendre congé.
- ArrĂȘte, t'es rendue devant l'agence, lĂ .
- On s'en fout. - Non, pas aujourd'hui.
Ăcoute, faut que t'y ailles,
surtout qu'Emmanuelle est pas lĂ .
- Ben oui. Non, c'est vrai.
Je voulais pas avoir l'air trop intense.
Pis... mais t'avais l'air de vouloir
qu'on continue de passer du temps ensemble.
- Oui. Oui, oui, oui.
Regarde, je vais aller faire des courses pour le souper.
C'est bon, ça ? - Ouais.
- Un bon souper aprÚs une journée de travail.
- Oh, c'est trop beau !
C'est un mirage.
(petit rire)
Bye !
Bye !
Bye !
Micheline, ça va ?
- Comment ça se fait que je suis avec le jeune ?
- Hein ?
- T'as repris tous les clients de Michel quand il est mort.
Comment ça se fait que je suis pognée avec lui ?
- Ben, c'est parce qu'il avait
déjà négocié un contrat pour toi
pis nous autres, on a pensé...
- C'est un gentil.
Ăa me tape sur les nerfs, les gentils.
à un moment donné, trop fin, t'as l'air niaiseux.
Il est à ça d'ĂȘtre congĂ©diĂ©.
Je fais juste dire.
- Jérémie, hum, je suis désolé de te demander ça,
mais on aurait besoin de quelqu'un
pour faire la réception.
- OK.
- Non, mais tu sais, je te comprendrais d'ĂȘtre agacĂ©.
- Je le suis pas.
- Non, non, mais ça me rassure
quand tu passes des commentaires sarcastiques
sur le fait que je te demande des tĂąches
que t'as pas envie de faire.
Tu sais, c'est mieux que ça sorte que ça s'accumule.
J'ai pas envie que tu sois fùché tantÎt.
- Fait que tu veux que je te rassure en plus ?
Je serai pas fùché contre toi plus tard.
- Qu'est-ce qui se passe avec Micheline LanctĂŽt ?
- Elle a pas eu son financement pour son film.
- OK, pis qu'est-ce que tu fais ?
- Tu veux que je fasse quoi ? J'attends qu'elle se défùche.
- Ben, elle est vraiment pas contente.
- Je le sais, mais c'est pas de ma faute
si elle a pas eu son financement.
- Elle doit sentir que t'es lĂ .
- Elle est pas parlable.
Je lui donne 24 heures pour se calmer, on parlera aprĂšs.
- Je t'avertis, elle est crinquée.
- AllĂŽ !
- AllĂŽ !
- Fait que as-tu parlé à Stéphan Allard ?
- Pour ?
- Ben, je sais pas, t'as dit que tu ferais quelque chose
pour Philippe pis son idée de film.
- Oui, quand je vais avoir trouvé la solution.
Mais une chose est sûre, j'en parlerai pas à Stéphan, OK ?
- Mais comment tu peux faire quelque chose
si t'en parles pas à Stéphan ?
- Je t'ai dit que je m'en occuperais
si tu t'en occupais pas pis lĂ ,
t'as pas l'air de pas t'en occuper.
- Oui, oui, c'est juste que ça fait une couple de jours
pis t'as rien fait encore.
Pis ça t'est arrivé par le passé
de pas tenir tes promesses.
- T'as déjà été claire là -dessus.
C'est pour ça que je vais tenir ma promesse
quand je vais trouver la bonne solution, OK ?
Entre temps, profites-en donc pour ramasser.
C'est pas une porcherie ici.
(profonde inspiration)
- Julie ? Qu'est-ce que tu fais lĂ ?
- J'ai un contrat d'animation
pour la vente trottoir sur Saint-Denis.
- Super !
- Ouais, j'étais comme due pour une pause.
Mais le costume est tellement long Ă mettre
que j'ai pas envie de l'enlever,
mais tant que je l'ai sur le dos,
le monde continue de m'achaler.
Fait que j'ai pas le choix de me cacher
si je veux une vraie pause.
Pis c'est gros, mon affaire, j'ai pas beaucoup d'options.
C'est pour ça que je me cache ici.
- Cool ! - Ouais, cool.
Super cool !
Hé, 4 belles années de formation en théùtre
pour finir souris sur le coin d'une rue.
Ha !
- Ah, c'est une souris, j'avais pas remarqué.
- HĂ©, une chance que mon ex est
parti avec Pascale BussiĂšres.
Ăa, au moins, c'est bon pour l'ego.
Je veux dire, si je me suis déjà pogné
le chum de Pascale BussiÚres, ça doit vouloir dire
que je suis un peu dans la mĂȘme catĂ©gorie qu'elle.
- Ouais, non, ça marche pas vraiment comme ça,
ces affaires-lĂ .
- HĂ©, je peux rester encore ici
genre 5 minutes s'il te plaĂźt ?
- Euh...
(bruissement de lĂšvres)
OK.
(âȘ sonnerie âȘ)
Jérémie ?
Une réunion là , là ? OK.
Cinq minutes.
J'arrive.
(âȘ fredonnement âȘ)
- Arlette, qu'est-ce qui se passe ? T'as l'air heureuse.
- Oh, pas plus que d'habitude.
- Non, c'est louche.
- OK, je suis un peu heureuse.
- Ah non, non ! - Ben quoi ?
- Non, mais c'est juste que le bonheur,
ça dure jamais longtemps.
Pis là , à un moment donné,
tu vas ĂȘtre malheureuse, Ă court terme,
pis va falloir te consoler
pis je suis pas bonne pour consoler.
Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
- Merci, Alexandra ! Je comptais pas sur toi.
- Merci, Arlette !
Tu sais combien ça me soulage
que tu dises ça.
- C'est officiel, Thomas est parti vivre Ă la campagne
avec Pascale BussiĂšres.
Va falloir quelqu'un pour le remplacer Ă l'accueil.
- Thomas, le réceptionniste, avec Pascale BussiÚres ?
- Hum.
- Pascale est heureuse.
Son tournage va bien.
- C'est une des plus belles femmes du Québec.
- Ouais, les femmes sont moins superficielles que les hommes.
Oui, elle est 100 fois plus belle que lui, mais elle l'aime.
- Elle l'aime ? - Amour fou.
- Gab, qu'est-ce
qui se passe
avec le film de
Micheline LanctĂŽt ?
- Elle a pas
été financée.
- Non, lĂ ,
ç'a l'air
qu'elle change
l'histoire au complet
pis Ludivine
Reding capote;
il y a de plus
en plus de sexualité.
- Laurence Leboeuf vient de m'écrire.
Ă'a changĂ© de nom : Les Filles du Roy en folie.
- LĂ , j'ai
rien reçu.
- Ludivine ne fait
plus de nudité.
Faudra lui trouver
une bizoune en plastique,
des faux mamelons,
des faux seins, tout ça.
- "Les Filles du Roy en folie
"se passe maintenant en une seule nuit
"et se concentre sur les premiers moments intimes
"entre les colons français et les filles du Roy.
"Un film chorale oĂč on va d'une chambre Ă l'autre,
d'une rencontre sexuelle Ă l'autre."
- Ă'a l'air d'un film de cul. - Hum, hum.
- Ah, non, mais c'est sûrement trÚs tendre comme film.
- Ah oui, oui, c'est connu,
ils étaient trÚs tendres,
les colons français en Nouvelle-France.
TrĂšs tendres. - On parle de Micheline LantĂŽt.
Elle fera tout de mĂȘme pas un film de cul.
- Ben... - Bonjour !
- Bonjour, Hubert ! - Bonjour !
- Ben, je viens
pour la réunion.
Ah, Emmanuelle était
supposée de vous écrire.
Elle l'a pas fait.
- Emmanuelle,
la patronne fantĂŽme.
- Ben, finalement, le fantĂŽme, c'est moi.
- Excuse-moi. Est-ce
que c'est une joke ?
- Non, écoute,
j'espĂšre que non.
Je vais remplacer Emmanuelle Ă la direction de l'agence.
- C'était ton argent de toute façon. Fait que...
- (Alexandra) : Non, attends. Attends, attends.
On est tous actionnaires ici. C'est quoi, ça ?
Quand est-ce que quelqu'un va me consulter, moi ?
Ce serait le fun qu'on nous demande notre avis des fois.
- Ben, c'est quand
mĂȘme correct
qu'Emmanuelle
se fasse remplacer.
- Non, on n'a besoin de personne, on est autonomes.
Déjà qu'on vient de se faire imposer une vice-présidente.
Je veux dire, là , ça va faire,
se faire imposer des affaires tout le temps.
- HĂ©, lĂ , on parle d'Arlette,
elle est lĂ depuis la fondation de l'agence, un peu de respect.
- Hé, je l'ai pas volé, ce poste-là , moi.
- Je m'excuse, Arlette,
ç'a rien à voir avec toi.
- Ah non ? Ă'a Ă voir avec qui ? - Calme-toi, s'il te plaĂźt !
Ăa fait des mois
qu'on se fait imposer
une incompétence
patronale pis lĂ ,
on se fait imposer un nouveau patron qui a pas rapport.
Je veux dire, pouvez-vous nous sacrer patience ?
- C'est vrai que c'est
un petit peu tout croche.
- Bienvenue !
- Micheline ?
- Tiens !
Que me vaut l'honneur ?
- T'as l'air en forme.
- Super !
- Je me demandais...
Je te dérangerai pas longtemps.
Mais j'ai juste... j'ai une petite question, lĂ , qui me...
qui me questionne.
(petits rires)
Euh, t'as changé ton film sur les filles du Roy ?
- Oui, c'est rendu Les Filles du Roy en folie.
- Ouais. Oui, c'est ça, exactement,
Les Filles du Roy en folie.
Je me demandais, y a-t-il une référence
à une certaine filmographie érotique ?
(petit rire)
- De quoi tu parles ?
- Ha, ha ! OK !
Ah, ouf ! Ah...
Je me disais aussi, lĂ , tu sais.
Voir que Micheline LanctĂŽt va faire... tu sais...
- C'est un film porno.
C'est sûr qu'il va y avoir des références érotiques.
- Camille.
Aurais-tu le courriel
de Philippe ?
- Oui.
- Je pense que j'ai trouvé quelque chose
pis tu vas ĂȘtre contente.
Ah... Merci !
- Je te l'ai dit que je voulais le produire
pis le financier moi-mĂȘme, mon film.
- Mais tu peux pas financer toi-mĂȘme un film historique.
Ăa coĂ»te ben trop cher !
- Sauf si je tourne juste dans les chambres Ă coucher.
- Je sais pas quoi te dire.
- Regarde, je suis réalisatrice,
je veux tourner.
Faire un film Ă tous les 5 ans, c'est pas assez.
Fait qu'à un moment donné,
tu regardes tes options pis moi, ben, je me suis dit :
"Au lieu de faire de la pub,
je vais tourner un film, genre, porno."
- Je... Ah ! Je... Ouh...
- C'est rendu que c'est tellement formaté,
le cinéma, de toute façon.
D'un cÎté, t'as le monde qui font juste des prequels,
des sequels, des remakes, des reboots.
Pis de l'autre, t'as le monde qui font juste des beaux films
avec des beaux sentiments Ă la bonne place.
Regarde, il faut se provoquer pour se réinventer.
- De lĂ Ă faire un film porno...
- Un, c'est pas n'importe quel film porno.
C'est un film porno que je vais réaliser.
- Hum, hum.
- Pis deux, je trouve que c'est une maudite belle façon
de parler du Québec aux Québécois.
De toute façon, ils vont pas voir nos films en salle !
Fait qu'avec un film porno,
j'ai peut-ĂȘtre une chance de rejoindre mon public.
- Fait que dans le fond, c'est de la porno éducative.
- Exactement.
Il va faire éclater
le nouveau conservatisme artistique.
C'est rendu que tout le monde crie au scandale
dĂšs qu'il y a quelqu'un qui fait un pet de travers.
- Non, mais sauf que c'est trĂšs
intellectuel, ce que tu dis.
Pour le commun des mortels, ça va rester un film de cul.
- Une paire de boules, c'est une paire de boules.
EnlĂšve les seins nus de l'histoire de l'art
pis il restera pas grand-chose.
Pis, je veux dire,
ils vont étudier quoi
dans 150 ans
sur notre époque, hein ?
Quoi ?
- Je sais pas.
Je... je sais pas.
- Moi non plus.
(raclement de gorge)
- Hum, admettons que j'ai dit
Ă un gars avec qui je couchais des fois
que je ne voulais plus coucher avec lui, sans faire exprĂšs,
pis que, dans le fond, j'aimerais encore ça,
coucher avec lui, qu'est-ce que je fais ?
- Attends, t'as de la sexualité ?
- Ben, des fois.
- Plus que moi ?
- Je sais pas.
- Moi, c'est zéro. - Ah, ben, oui.
- OK, lĂ , j'angoisse.
- OK, peux-tu juste répondre à ma question, s'il te plaßt ?
- Ben, tu veux recoucher avec
ou tu veux faire semblant que c'est juste du sexe,
mais secrĂštement, t'espĂšres le marier ?
- PremiĂšre option.
- Texte-le que tu veux recoucher avec.
- Ben lĂ , franchement, je vais au moins l'inviter Ă sortir ?
- La maniÚre la plus sûre d'avoir un oui,
c'est de poser la question directement.
- Tu penses ?
- Ben oui, genre, veux-tu coucher avec moi ?
AMG, bonjour ?
Oui, non, excusez-moi, Mme Filiatrault.
C'est parce que j'avais 2 conversations en mĂȘme temps.
Jean-Frédéric ? Oui, j'enchaßne, j'enchaßne.
- Bravo !
- C'est pour ça que tu voulais pas
que je prenne congé, hum ?
Tu voulais pas que je manque ta grande annonce.
- J'ai essayé de t'en parler ce matin.
je voulais pas gĂącher le moment.
J'ai pas été capable parce que
je voulais pas gĂącher le moment.
- Je veux pas coucher avec mon patron encore une fois.
- Oh, c'est pas du tout la mĂȘme chose, quand mĂȘme !
- Non seulement ça, là .
Ăa me tente pas de recommencer Ă faire la job
Ă la place de quelqu'un d'autre.
Tu connais rien lĂ -dedans.
La comptabilité, c'est une chose.
L'agence au complet, c'est pas mal plus compliqué.
- J'en suis tout Ă fait conscient.
- Tu vas t'installer dans le bureau de Michel, c'est ça ?
- Euh, j'imagine.
- Tss ! C'est brillant !
- Ah...
- Faut que j'y aille. Bonne chance !
- Arlette...
- Ăa va ?
- Oh, c'est compliqué.
- J'ai du temps, si tu veux.
(soupir)
- C'est drÎle, j'aurais pensé que toi,
t'aurais mal réagi que je devienne le patron.
- C'est ce que j'aurais pensé aussi,
mais tes affaires vont tellement mal
que je trouve ça divertissant.
- Hum...
- T'as plus ta place ici qu'Emmanuelle.
- Ouais, je pense aussi.
De toute façon, qu'est-ce que tu veux
que je fasse de mes journées ?
Ma seule fille est au bout du monde encore.
As-tu eu des nouvelles ?
- Non.
- Elle va bien.
- Tant mieux.
- Toi, ça va ?
- Ăa va super bien, l'avenir est radieux.
Là , j'ai pas de responsabilités,
pas d'engagement,
comme si j'avais 20 ans.
- Ben ouais.
- Tant mieux.
- Ben ouais.
- Elle peut pas juste changer son film
pour un film porno.
Ăa change tout.
Il y a aucune actrice qui va la suivre.
J'ai déjà commencé à recevoir des appels.
- Si c'est bien fait, certaines suivront.
Regarde, Deux femmes en or,
un film érotique avec de grandes actrices connues.
C'était un des plus grands succÚs
du box-office du cinéma québécois.
- C'était une autre époque.
- Au pire, elle engagera des actrices porno, c'est tout.
- Des actrices porno, j'ai pas envie de m'en occuper.
- Mais pourquoi si c'est bien fait ?
Je veux dire, elle, elle veut provoquer.
Ăa va marcher, c'est cohĂ©rent.
S'il y a une artiste qui a du guts au Québec,
c'est toujours ben Micheline LanctĂŽt.
De toute façon, faut arrĂȘter
d'ĂȘtre hypocrite avec la porno.
Tout le monde en regarde, lĂąchez-moi.
- C'est pas tout le monde qui regarde de la porno.
- Ben, pas mal tout le monde, oui.
- Ben, moi, j'en regarde pas.
- Ben oui, trĂšs drĂŽle.
- Non, mais c'est vrai.
Je suis un homme féministe. Je respecte les femmes.
Je vais pas encourager une industrie
qui est dégradante pour les femmes.
- Est-ce que je peux rire ou ça va te blesser ?
- Ah, c'est ça qui est fou, hein ? J'ai des principes.
Je vis selon mes principes
et c'est moi qui passe pour un cave.
- Non, mais je veux dire, plus personne vit
selon ses principes, on est genre en 2020.
Signe des pétitions comme tout le monde
pis arrĂȘte de me faire chier avec tes principes.
- Désolé, j'ai des principes pis je les respecte.
- Tu sais qu'il y a des femmes qui sont heureuses
de se faire payer pour faire de la porno féministe ?
- C'est super marginal.
- Ben oui, mais ça arrive.
Pis tu sais que c'est excessivement paternaliste
de décider ce qu'une femme peut
faire avec son corps ou non ?
- OK. C'est paternaliste
d'ĂȘtre contre l'exploitation des femmes ?
- Tu sais, ce qui est paternaliste ?
Toi qui penses que tu sais mieux que Micheline LanctĂŽt
ce qu'elle a le droit de faire comme film.
Qui penses que tu sais mieux qu'elle
ce qui est bon pour les femmes.
C'est fucking Micheline LanctĂŽt.
OK ? Pis si tu continues comme ça,
tu vas la perdre comme cliente,
pis ça va ĂȘtre mĂ©ritĂ©.
De toute façon, je sais mĂȘme pas pourquoi on parle de ça.
T'en as jamais vu, de la porno. Ăa sert Ă rien.
- T'as raison.
Je vais en regarder.
- Bon.
- Une fois.
- Ben c'est ça.
Fais tes devoirs.
(profond soupir)
"Est-ce que tu veux
- (murmurant) :
"Est-ce que tu veux
avoir du sexe ?"
(profond soupir)
(profonde inspiration)
(bip d'alerte cellulaire)
- OK !
(petit rire)
(sonnette)
- AllĂŽ !
- Je veux pas te déranger,
mais fallait que je parle Ă quelqu'un,
je savais pas oĂč aller.
- Rentre, rentre.
- Merci !
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Ton pĂšre, c'est un monstre, lĂ .
Là , il m'a envoyé un courriel.
Genre, il veut que je signe
un contrat Ă rebours
comme si j'avais fait une séance de brainstorm avec Stéphan
pis il me donne 1000$ pour ça.
Dans ce contrat-lĂ , en plus,
ça dit que je renonce à tous mes droits, genre.
1000 piastres, lĂ .
- Je suis désolée, c'est... c'est indécent.
- Non, mais 1000 piastres, osti, le gars, il m'a piqué mon idée.
- Ăa se peut pas. Jean-FrĂ©dĂ©ric, il s'essaie tout le temps,
mais ç'a aucun sens.
- LĂ , je ne sais plus quoi faire,
je ne sais plus Ă qui parler.
Genre, faut que j'aille voir un avocat ?
- Non, non, va pas trop vite,
StĂ©phan est mĂȘme pas au courant.
- Quoi ?
- Jean-Frédéric dit que t'as pas de preuve
pis il veut pas déstabiliser Stéphan pour rien.
- Fait qu'il l'a pas confronté.
- Non.
(rire)
- Ayoye.
Il me prend vraiment pas au sérieux, là .
- Le pire, c'est que j'ai l'impression
qu'il serait parlable, Stéphan.
- Ben go, on va faire ça.
Parce que moi, je suis en train de virer fou.
- Ăa va aller.
(reniflement)
(profonde expiration)
(gémissements à l'ordinateur)
(respiration saccadée à l'ordinateur)
(gémissements saccadés à l'ordinateur)
(grognements Ă l'ordinateur)
- Ah...
(gémissements à l'ordinateur)
Ah...
(grognements Ă l'ordinateur)
(gémissements à l'ordinateur)
Oh.
(gémissements à l'ordinateur)
(petit rire)
- Je t'ai apporté une bouteille de vin.
- Ah, mais je bois pas la semaine.
- Ah, OK.
Ben, regarde, je te la laisse
pis tu la boiras une autre fois.
- Ah, ben non, ben non, franchement !
Laisse-la Ă la porte, tu partiras avec tantĂŽt.
- Ben non.
(couinements à la télévision)
- Je regardais des pingouins.
C'est cute.
Regarde-les sauter.
(petit rire)
(rire)
- Euh, on va dans ta chambre ?
- On est corrects, ici.
Viens. Viens voir les pingouins.
(petit rire)
(gémissements à l'ordinateur)
- (Femme Ă l'ordinateur) : Oh oui ! Oui !
(gémissements à l'ordinateur)
(respiration saccadée à l'ordinateur)
Continue, oui !
(ouverture d'une porte)
- Oh, excuse-moi, tu travailles.
- Euh, oui. Oui, oui, oui, oui.
Mais c'est pas grave, lĂ .
- Avez-vous trouvé une nouvelle réceptionniste pour l'agence ?
- Euh, pas encore.
- Je pense
que j'aimerais appliquer.
On s'entend, si Thomas était capable,
je devrais ĂȘtre capable.
Je suis globalement plus
compétente que lui dans la vie.
- Ouais, c'est juste qu'on n'engage plus des actrices
pour faire la réception.
- Comment ça ?
- Ben, c'est compliqué, les horaires des actrices
pis les auditions, les petits rĂŽles.
Pis souvent, sont lĂ pour se faire des contacts,
fait qu'ils restent pas.
- OK, c'est de la discrimination.
- Ben, là , c'est pas moi qui décide.
- Ah, c'est super, non seulement ĂȘtre actrice
me donne pas de job, mais en plus, ça m'empĂȘche d'en avoir.
- Non, non, mais tu veux mĂȘme pas
ĂȘtre rĂ©ceptionniste de toute façon.
- Non, t'as raison, j'aime mieux
ĂȘtre dĂ©guisĂ©e en souris Ă longueur de journĂ©e
pis faire des allers-retours sur Saint-Denis.
Excuse. Je pense que je suis juste vraiment fatiguée.
Hum...
Es-tu en érection ?
- Hein ? Non, ben non.
- Hein ! T'es en érection !
- Non, non, je...
Ah... C'est une longue histoire, lĂ .
(soupir)
- T'es ben gĂȘnĂ©.
- Ben oui, lĂ , c'est juste parce que fallait que je...
fallait que je regarde de la pornographie
pour savoir c'est quoi parce que Micheline, elle...
elle veut faire un film, genre, porno, pis bon...
- Chut...
Je te crois pas pis c'est correct.
- HĂ© !
- 1000$ pour un brainstorm, c'était ça, ta solution ?
- De l'argent tombé du ciel, c'est bon.
- Tu réalises au moins que c'est super blessant pour lui ?
- C'est le plus qu'il aurait pu avoir, c'est généreux.
Pis de toute façon, il a aucune preuve, ton Philippe, il a rien.
T'iras voir Fabienne Larouche pour lui dire
que t'as eu l'idée de 30 vies avant elle,
voir ce qu'elle va te répondre.
- Si tu l'avais vu pleurer hier dans mon appartement,
tu remettrais pas en question ce qu'il dit.
- C'est ça qui est plate,
des fois, la vérité suffit pas.
- Faut au moins que Stéphan soit au courant.
- Pourquoi ?
- Si tu te rendais compte
que Stéphan a vraiment volé son idée, tu ferais quoi ?
- C'est ça que tu comprends pas.
Je suis pas juge, moi, j'ai pas Ă faire la bonne affaire.
Je représente des artistes pis,
dans ce dossier-lĂ , ton Philippe, il a rien.
Ăa finit lĂ .
- T'as pas de conscience, c'est fou.
- HĂ©, lĂ , arrĂȘte, OK ?
C'est pas mon procĂšs, moi,
j'ai rien Ă voir lĂ -dedans.
OK, tu veux que je te prouve que je suis une bonne personne ?
D'accord, mais pas comme ça.
- Pis qu'est-ce que tu fais de Philippe ?
Tu peux pas juste nier la vérité.
Tu peux pas juste te débarrasser des gens.
T'as essayĂ© de faire la mĂȘme chose avec moi
quand je suis arrivée à l'agence.
Tu voulais juste que je disparaisse.
- HĂ©, lĂ , arrĂȘte de tout ramener Ă toi, OK ?
Il y a aucun lien entre toi
pis l'affaire de Philippe.
Si Zach a décidé de sauver son ami juste pour me faire chier,
ça le regarde, lui, il a rien à perdre.
Mais toi, toi, tu joues
contre ton agence,
tu joues contre ta job.
Pis si Alex apprend ça, tu vas ĂȘtre dans la merde.
Fait que lĂ , lĂ ,
lĂąche le morceau !
- Salut, Philippe !
Je vais t'envoyer l'adresse courriel de Stéphan Allard.
Ăcris-lui directement pour lui demander une rencontre.
Il y a rien à faire avec Jean-Frédéric.
- Je t'ai textée hier.
- Je réponds pas aux textos de job le soir.
- Je t'avais promis un souper, il Ă©tait prĂȘt.
- HĂ©, c'est facile pour toi
de prendre ça à la légÚre, hum ?
- Ce que je prends pas Ă la
légÚre, c'est ce qui se passait
avant que je sois obligé de remplacer ma fille.
- Oh ! Ăa va avoir Ă©tĂ© un beau 2, 3 jours dans notre vie.
- Arlette, je suis pas Michel.
T'es pas mon assistante, on est une équipe.
Je veux dire, merde ! T'es la vice-présidente.
Ă'a aucun rapport !
- Je suis vice-présidente, t'es président.
T'as le dernier mot, c'est toi qui décides.
Je suis capable de vivre avec ça ici.
Mais je veux pas tout mĂȘler.
- Moi, je pense que ça se peut et je vais te le prouver.
- Tiens, regarde, déjà , tu m'écoutes pas.
Hein ? Déjà , ça va marcher à ta maniÚre.
Ăa commence bien.
- Pis ?
- Pis quoi ?
- Ben lĂ , as-tu fait ton devoir ? - Oui.
Mais ç'a pas été concluant.
Ou plutĂŽt, ouais. Ă'a confirmĂ© que c'Ă©tait pas pour moi.
- Incroyable !
- Fait que c'est ça.
- Fait que qu'est-ce que tu vas faire ?
- Rien. - Pourquoi ça m'étonne pas ?
- Hum...
De toute façon, là .
Son film, il se fera pas.
Il y a aucune actrice qui va embarquer.
Elle est juste fùchée.
Pis l'année prochaine,
quand elle va avoir le financement
pour faire son film historique,
elle va tout oublier pis elle va faire son vrai film.
- Hé, sérieusement, j'ai tellement hùte
de lire ton best-seller sur le succĂšs en affaires :
L'art de ne rien faire et de rĂ©ussir quand mĂȘme
en parlant la bouche pleine.
- Ăa vendrait.
- Tu manges comme un porc.
- Je sais pas pourquoi, j'ai faim, Ă matin.
"Le film Les Filles du Roy devient donc un film...
"pornographique.
"Il sera donc normal de repositionner..."
Non.
De revoir.
"Il serait donc normal de revoir...
votre intĂ©rĂȘt."
- HĂ©, la recherchiste de En direct de l'univers
attend aprĂšs la liste de
chansons d'HélÚne Florent.
- Oui, oui,
elle est lĂ -dessus.
Mine de rien, c'est beaucoup
de pression, ces listes.
- Ăa commence
Ă ĂȘtre urgent.
- Qu'est-ce qui s'est passé
sur le plateau de
Une autre planĂšte ?
- Antoine-Olivier Pilon a fait une réaction à son maquillage.
de Guy Nadon pis ça marche pas.
- Ils veulent bouger l'horaire
de Guy Nadon pis ça marche pas.
- C'est sa faute s'il a fait une réaction allergique ?
- Ă l'Ăąge qu'il a, il devrait savoir s'il l'est, non ?
- On commence Ă faire les entrevues
pour la nouvelle réceptionniste.
Ăa fait le tour ?
- Qu'est-ce qui arrive avec le Festival du cinéma en Abitibi ?
- C'est un
festival de cinéma.
En Abitibi.
(petit rire)
- Qui est-ce qui y va ?
(sonnerie plus loin)
- On n'y va pas.
- Il y a cinq de nos clients qui sont lĂ -bas.
- On peut pas ĂȘtre partout.
- Ben, c'est quoi ?
C'est pas assez glamour, l'Abitibi ?
- Il y a rien qui se signe lĂ , hum ?
- Peut-ĂȘtre parce que personne y va.
- Ils font quoi nos clients pendant qu'on est lĂ -bas ?
- Qu'est-ce qu'ils font, tes clients,
quand vous allez au Festival de Cannes ?
- Comment ça je reçois
une flopée de courriels
d'actrices qui s'excusent
de ne plus vouloir jouer
dans mon film pornographique ?
- Ben, parce
qu'elles veulent pas.
- T'as été trop paresseux pour les appeler.
T'as envoyé un courriel,
pis un courriel de
groupe, à part de ça.
"AllĂŽ, les filles !"
Tu leur as rien expliqué, pas le contexte, rien.
Tu leur as juste dit
que le film était devenu un film pornographique.
- Ben, c'est ça que tu m'as dit, que c'était pornographique.
- Mais pas porno n'importe quoi.
Porno genre Eyes wide shut, genre La vie d'AdĂšle,
genre 9 semaines et demie.
Ă la limite, tu leur dis
que c'est le prochain Cinquante nuances de Grey.
- T'as dit porno, je...
- Je suis tout de mĂȘme pas pour filmer
un trou de cul en gros plan.
- Ben non, ben non, ben non, c'est pas ça que je dis, là .
- Tu me prends pas au sérieux comme cinéaste, hein ?
- Non, ça, c'est pas vrai, Micheline.
- Si je suis obligée
de t'expliquer ma démarche à ce point-là ,
c'est parce que tu me prends pas au sérieux.
Désolée, mais j'ai pas de temps à perdre avec ça.
- Non, non, Micheline...
- Non, non, non. Non. Non.
- Micheli... - Non.
Parlez-vous, ton jeune, c'est pas un agent pour moi.
Pis si je me mets Ă regarder mes options,
je vais regarder toutes mes options.
Ăa vaut ben la peine d'ĂȘtre jeune
pis d'ĂȘtre si peu ouvert d'esprit.
- Je vais lui parler.
- Oh, Jean-Frédéric ? - Oui ?
- Il y a... Stéphan Allard est
arrivé sans prendre rendez-vous
pis il avait vraiment pas l'air bien,
fait que je l'ai installé dans ton bureau.
- T'as bien fait.
Hé, Stéph !
- Il y a un de mes anciens étudiants
qui m'accuse d'avoir volé son idée.
Il m'a écrit un long courriel, je capote.
- Ouais, je sais.
- Comment, tu le sais ? Tu m'en as pas parlé ?
- Il a rien, il a pas de
preuves, c'est un insignifiant.
Je voulais pas t'énerver avec ça.
- Ben, justement, c'est un malentendu, regarde.
On va se parler, on va s'expliquer.
On est des humains, on est des créateurs.
On va se parler pis ça va s'arranger.
- C'est une trÚs mauvaise idée.
Regarde, on lui a déjà accordé trop d'importance.
Plus on lui en donne, plus il se sent légitimé d'en demander.
C'est comme pour les mensonges, ça.
Plus tu répÚtes un mensonge, plus le monde se met à y croire.
- Ben, justement, je veux lui dire la vérité.
Je veux le rencontrer.
- Non, c'est pas une bonne idée, Stéph.
- J'ai déjà accepté. J'aimerais ça que tu sois là .
Mais si tu veux pas, c'est correct, je vais m'arranger.
- HĂ© ! - HĂ© !
- Si t'es pas capable de t'en occuper,
de Micheline LanctĂŽt, faut que tu le dises.
- Je suis en train de pisser.
- Ah, ça m'impressionne pas, moi, ça.
- Pourquoi ? Tu veux me voler ma cliente, c'est ça ?
- Je veux pas que l'agence la perde.
Alors, oui, s'il faut, je vais m'en occuper.
- Ah, tu vas réussir à convaincre
toutes les actrices de l'Union des artistes
de jouer
dans un film porno ?
- Ou je vais convaincre Micheline
que son idée est pas réaliste,
mais je vais mettre mon pied Ă terre.
Hé, ça fait 20 ans que Micheline
est Ă l'agence, 20 ans.
Pis t'es tout en train de gùcher ça. Hein ?
Ăa fait plusieurs fois que je t'avertis, Gabriel.
Si on la perd, ça va ĂȘtre de ta faute.
Pis compte pas sur moi pour prendre ta défense.
- Faut juste que tu l'écoutes.
- Non, faut que je lui dise
que je me souviens d'avoir eu l'idée pis que je suis avancé.
- On parle le moins possible. On l'écoute.
On fera une stratégie aprÚs, OK ?
Eh ben, évidemment !
Hé, hé, hé !
- Support moral. - Ben oui.
- Salut !
- AprĂšs la fin de la session,
on est tous allĂ©s fĂȘter,
on a pris une biĂšre
pis on a jasé super tard.
- Je m'en rappelle.
- Bon, c'est lĂ
que je t'ai raconté
que je voulais écrire un film
sur l'histoire d'un gars
qui part sur la brosse avec son meilleur ami pis sa blonde.
avec la blonde de son ami.
Le gars finit par coucher
avec la blonde de son ami.
Le lendemain, elle s'en souvient pas, elle avait trop bu.
Mais elle est enceinte. Ăa
faisait un an qu'elle essayait.
Ăa fonctionnait pas. LĂ , ç'a marchĂ©.
Le gars comprend qu'il est le pĂšre.
Pis il dit rien.
Je t'ai raconté cette histoire-là exactement comme ça.
- Je sais, mais je m'en rappelle pas.
- Mais de quoi, tu t'en rappelles pas ?
Ăa fait pas un an, on Ă©tait assis en face de l'autre.
- Je suis comédien, moi, OK ?
J'enseigne dans 2 universités, un cégep.
Sais-tu combien de monde je croise par année ?
Sur les plateaux, au théùtre ?
à un moment donné, je sature pis je me mets à off.
Je me souviens : on s'est vus, on a parlé.
Je me rappelle pas de ce qu'on s'est dit.
- C'est pratique.
- Non, non,
c'est la vérité.
Je m'en rappelle pas.
Je me souviens, par contre,
de quand j'ai eu l'idée, OK ?
J'étais au restaurant,
avec mes kids,
les deux étaient
pas du monde.
Pis là , je les ai regardés pis je me suis dit :
"C'est pas possible qu'ils soient de moi."
Pis lĂ , j'ai eu le flash,
je suis rentré chez nous pis j'ai écrit toute la nuit.
- Pis c'était quand, ça ?
- C'était il y a 6 mois.
- AprĂšs que je
t'aie raconté mon idée.
- Que j'écoutais pas.
- Ăa peut arriver que 2 personnes
aient la mĂȘme idĂ©e en mĂȘme temps.
C'est plate, mais c'est de mĂȘme.
- Fait qu'Ă partir de lĂ , qu'est-ce qu'on fait ?
- Qu'est-ce qu'on fait ? On fait rien.
Parce que là , Stéphan, il l'a
écrit son idée, pis c'est tout.
- Ăa peut pas ĂȘtre ça.
Je m'excuse, mais j'y
tiens, à cette idée-là ,
c'est la mienne,
je vais la défendre.
Je peux pas la laisser
aller comme ça.
- Oui, mais moi aussi,
c'est mon idée.
- Mais je l'ai
eue avant.
- Pourquoi vouloir nous rencontrer
si vous avez rien Ă nous proposer ?
- C'est pas juste Ă nous de proposer quelque chose,
c'est votre problĂšme aussi.
On va trouver une solution ensemble.
- J'ai offert un montant d'argent Ă Philippe.
- C'est vrai ? - 1000 piastres, c'est une joke.
- HĂ© ! C'est une question d'argent ?
On peut en parler, ça me dérange pas.
- Vous ĂȘtes allĂ©s vendre mon idĂ©e
dans un genre d'affaire poche de movie of the week.
Ăa vaut ben plus que 1000$.
- OK, combien ça vaut ? Hein ?
Moi, j'aime mon scénario, je suis attaché.
Combien tu veux pour me laisser l'écrire ?
- Non, on leur doit rien.
- Donc, t'avoues que c'était son idée ?
- Non, c'est mon idée.
- OK. Ăa va faire, le niaisage, c'est fini.
- Je suis d'accord.
- Merci !
d'une porte)
(ouverture et fermeture
d'une porte)
Je te l'avais dit que c'était
une mauvaise idée, la rencontre.
LĂ , t'es en train de nous mettre
dans la merde toute la gang.
Tu te mets dans la merde.
- C'est pas parce que je te tiens tĂȘte que j'ai tort.
- Moi, je pense que t'as juste envie de te battre avec moi.
T'as juste envie de te trouver un prétexte pour me haïr
parce que, dans le fond, c'est plus confortable pour toi.
Parce que c'est juste ça que tu connais, hein ?
- Comme tu le dis si bien...
- Oui ?
- ... arrĂȘte de tout ramener Ă toi.
- T'as raison, Micheline.
J'ai pas compris ton projet.
OK ? Mais lĂ , je le comprends.
Pis je suis d'accord.
Il y a une réflexion intéressante à y avoir.
- Va dire ça à toutes les actrices à qui t'as fait peur.
- Micheline, je représente des vraies actrices
avec des carriÚres sérieuses,
les enjeux de nudité pis de sexualité,
c'est pas rien pour eux autres.
Il faut ĂȘtre clair dĂšs le dĂ©part.
On se fera pas croire que c'est pas ce que c'est.
- OK.
- Ce qu'il faut faire, c'est rassurer les actrices. OK ?
Les convaincre que le monde est aussi un petit peu prĂȘt
Ă recevoir ce projet-lĂ .
LĂ , elles vont peut-ĂȘtre te suivre.
On va faire comme en politique, OK ?
On va faire un ballon d'essai.
Je vais couler dans les médias
que Micheline LanctÎt prépare
une version Eyes wide shut
ou Cinquante nuances de Grey
de l'histoire des filles du Roy, OK ?
On teste les réactions.
Le public va certainement en entendre parler,
ça va faire un buzz ou pas.
LĂ , on va savoir Ă quoi s'en tenir, pis les actrices aussi.
Embarques-tu ?
- Dans le fond, tu veux que j'aille chercher
l'approbation du monde avant de faire le film.
C'est super !
- Ben, ça va te prendre quelque chose
pour retenir les actrices que tu
veux, sinon tu vas faire quoi ?
Engager des actrices pornos ?
(rire)
Tu vas trouver le temps long. Hum ?
- OK. Essaie.
- Tu seras pas déçue, Micheline, tu seras pas déçue.
- Astheure, dégage ! - Je m'en vais.
- Merci d'ĂȘtre passĂ©, c'est gentil.
- C'est "fucké", man, j'angoisse.
Peut-ĂȘtre qu'il me l'a racontĂ©e, son histoire,
pis que je m'en souviens pas
pis que c'est allé dans mon inconscient.
- De toute façon, c'est une histoire
qui se raconte de plusieurs façons.
S'il avait pas voulu juste faire
chier, il l'aurait écrite,
son histoire, pis ça aurait fini là .
Mais non, il veut du drame.
Il veut ĂȘtre un hĂ©ros pis une victime en mĂȘme temps.
- Oh, c'est bon, ça.
HĂ©ros pis victime en mĂȘme temps.
Tu vois, ça, ça me fait travailler,
ça me donne des idées.
Mais là , je peux ou je te vole tes idées ?
- Mais lĂ , lĂ , faut pas non plus capoter.
La vie est fluide.
- La vie est fluide, mon Dieu, man, mais t'es en feu.
Un roman avec un titre de mĂȘme,
ça gagne le prix du Gouverneur général.
- Je pense qu'on a plus besoin de sommeil.
- Ouais, ça, c'était vraiment pénible.
(petit rire)
Je me sens mieux, on dirait que
la bataille, elle a commencé.
Pis t'étais super bonne, d'ailleurs.
- Bof, je suis pas sûre.
- Je comprends pourquoi Zach est tombé en amour avec toi.
- Il t'a parlé de ça ?
- C'est ben correct.
mieux pas y penser.
- Oh, j'aime
mieux pas y penser.
- Tu sais que c'est normal ?
Ăa s'appelle l'attraction sexuelle gĂ©nĂ©tique.
- OK, t'as fait des recherches pis tout ?
- Non, mais c'est super intéressant.
Le fait de grandir ensemble dans la mĂȘme famille,
c'est sĂ»r que ça empĂȘche l'attraction sexuelle,
mais quand il y a 2 personnes qui ont un lien biologique
pis qu'ils se rencontrent juste Ă l'Ăąge adulte,
ça arrive vraiment souvent que...
Je te dis, aux Ătats-Unis,
plein de groupes viennent
en aide Ă ces gens-lĂ .
- Ah. Ben, pourquoi ça t'intéresse tant que ça ?
- Je sais pas.
L'amour, les relations humaines, ça m'intéresse.
Pas toi ?
- Oui, oui.
(conversations entremĂȘlĂ©es)
(bips d'alerte cellulaire)
- AllĂŽ !
- Salut ! Ăa va ?
- Hum, hum.
Hé, si je renonce à ma carriÚre de comédienne,
vas-tu m'aider avec la job de réceptionniste à l'agence ?
- Ben là , comment ça ?
- Ben, ça fait genre mille ans que j'ai fini l'école.
Le rĂŽle le plus marquant que j'ai fait,
c'est une fermiÚre dans une pub pour le porc du Québec.
Pis je viens de passer la journée
déguisée en je sais pas quoi au salon du motocross.
Je pense que j'ai compris.
- Ouais, mais t'as toujours voulu ĂȘtre comĂ©dienne,
c'est une grosse décision.
- En mĂȘme temps, il y a combien de comĂ©diens
qui sortent chaque année des écoles ?
Genre 80 ?
Le milieu est pas capable d'absorber
80 nouveaux comédiens par année.
C'était sûr qu'il y en avait
pour qui ça allait pas fonctionner
pis je pense que j'en fais partie.
- Hé, je suis désolé.
- C'est pas de ta faute.
- Ben, je vais t'aider pour la job de réceptionniste, OK ?
- Merci ! - C'est bon.
Hum ?
Ben non, ben, je faisais pas ça pour ça, là ...
- Non, non, je sais.
C'est pas grave, laisse-toi faire.
- Ben, pour vrai, t'es sûre ?
- Profites-en.
- Il m'a textée "Sexe" avec un point d'interrogation.
Juste ça !
Un texto d'un mot.
- C'est quoi, le problĂšme, lĂ ?
- Le problĂšme, c'est que...
aprÚs ça, je vais chez lui, OK ?
- Hum, hum.
- On a du sexe. - OK.
- Genre, rapide.
Pis aprÚs ça, faut comme que je m'en aille.
- Mais je t'ai demandé si tu voulais du sexe
ou si tu voulais le marier.
Tu m'as dit que tu voulais du sexe.
- Ben oui, mais j'étais dans l'urgence
qui se passe quelque chose.
Mais lĂ , c'est pas...
(profonde respiration)
J'ai l'impression d'avoir reculé.
- Ah, c'est vraiment poche,
faire croire Ă un gars
tranquille, sans attaches,
qu'il peut avoir de la sexualité
tranquille, sans attaches,
quand, au fond, tu veux juste le marier.
- Hein ? Ben non, voyons, c'est le contraire !
- Ben...
- AllĂŽ ! - AllĂŽ...
- Noémie a eu du sexe trop rapide hier.
- Non, dis-lui pas ça. - Quoi ?
- J'ai pas besoin de
détails de toute façon.
- Bonjour !
- (Les deux) :
Bonjour !
(bips d'alerte de cellulaire)
- Voyons, qu'est-ce qui se passe avec Micheline LanctĂŽt ?
Ăa arrĂȘte pas !
(âȘ sonnerie de cellulaire âȘ)
- Je te dérange ?
- Euh, non, pas du tout.
(profonde inspiration)
- Sais-tu, j'y ai pensé.
T'as raison, c'est vrai que ce serait important
que quelqu'un y aille, au Festival du cinéma d'Abitibi.
On a beaucoup de clients qui y vont.
Peut-ĂȘtre mĂȘme
des clients potentiels.
Ce serait bon que ce soit un agent qui y aille,
alors je vais y aller.
- OK. C'est... c'est super !
- Oh, pis je vais en profiter pour y passer quelques jours,
j'ai des amis dans la région.
- Prends le temps que tu veux.
Mais je voulais te dire :
je vais arrĂȘter d'insister pour nous deux,
je voudrais pas manquer d'écoute, fait que...
- Merci !
(soupir)
Sais-tu quoi ?
Le pire, c'est que t'as raison.
On va bien travailler ensemble.
- OK, il s'en vient.
- OK, dans combien de temps ?
On a le temps de...
- Non. Non, non, non, non, non.
Pis justement, je voulais t'en parler pour que ce soit clair.
C'était juste une fois, là . - Et demie.
- Oui, OK, mais tu sais,
je comprends que t'es sur un rebound avec Thomas pis...
- Non, pas du tout.
- Ben, en tout cas, c'était juste une fois.
- Depuis quand tu couches avec des filles que t'aimes pas ?
- C'était la premiÚre fois.
(petit rire)
- Je te connais, Gab.
Quand t'es pas en amour, ça marche pas, ton affaire.
T'es genre le gars le plus romantique de la Terre.
- Non, ben, plus maintenant.
Pis de toute façon,
ça m'a pas full aidĂ© avec Sophia d'ĂȘtre romantique,
fait qu'on repassera.
- Gabriel ! - Hubert.
Je te présente Julie.
- Enchanté. - Enchantée !
(âȘ sonnerie de cellulaire âȘ)
- Vous pouvez me suivre.
- Un instant, s'il vous plaĂźt, ce sera pas bien long.
Gab, j'arrive pas à faire la réception
pis gĂ©rer nos appels en mĂȘme temps.
Il y a vraiment un gros buzz
autour du projet de Micheline LanctĂŽt.
- Oui ! Genre un bon buzz ?
- Oui, oui, des journalistes,
des actrices qui changent d'idée.
- Yes !
Ma chĂšre Micheline.
(âȘ sonnerie âȘ)
Ma boĂźte vocale est pleine,
beaucoup de comédiennes
m'ont recontacté
depuis que l'article est sorti.
La rumeur s'emballe.
Les gens ont trĂšs,
trĂšs hĂąte de voir ton film.
- Ben, bravo !
T'as bien récupéré l'affaire, hein ?
Merci, Gabriel !
- Ăa fait plaisir, ça fait plaisir.
Non, en fait, je suis trĂšs, trĂšs, trĂšs content.
- Ouais, mais honnĂȘtement, c'est...
Je pense qu'on n'est pas faits pour travailler ensemble.
- Comment ça ?
- Ben, il y a eu trop de détours,
tu sais, on a vraiment failli se perdre.
Je connecte plus avec Arlette,
lui demander de me représenter.
fait que je pense que je vais
lui demander de me représenter.
- OK. OK, je...
Je comprends.
- Rien de personnel, lĂ .
- Micheline !
Je veux rester ton agent.
Tu m'impressionnes,
t'as pas peur,
tu te bats pour tes idées pis ça me provoque,
ça me confronte, ça me fait évoluer.
Pis mon petit cÎté prude,
peureux, mĂȘme, si tu veux,
ben, ça va t'aider, OK ?
Ăa va ĂȘtre comme un test, ça va ĂȘtre comme...
Ăa va te prĂ©parer Ă toutes les confrontations
que tu vas rencontrer partout,
partout autour de toi pendant ta carriĂšre.
Pis... pis c'est une conversation
intéressante et utile.
Pis je veux avoir cette conversation-lĂ avec toi.
- Ben là ... on peut aller prendre un café, si tu veux,
pour avoir une belle conversation,
mais j'ai besoin de plus qu'une bonne conversation.
- Je vais investir mon 10%.
Ma commission d'agent sur toi, les actrices, tout.
J'ai trĂšs, trĂšs hĂąte de voir ton film, Micheline.
- Ah ouais ? T'as trĂšs, trĂšs hĂąte de voir mon film ?
Ouais ? - Oui.
- Pis ça va te requinquer un petit peu, peut-ĂȘtre ?
- Oui, mais pas dans le sens de...
- C'est correct, j'ai compris.
OK. Hum...
Mais c'est ta derniĂšre chance.
- Excellent !
(petit rire)
- Pis arrĂȘte d'ĂȘtre fin, ça m'Ă©nerve.
- OK, oui !
Euh, je veux dire non... dans le sens de oui.
Je serai pas fin.
Bye, Micheline !
Ah !
(soupir)
(âȘ sonnerie âȘ)
- Oui, hum, AMG, bonjour !
Oui, bonjour, M. Denoncourt.
Oui, je vous transfĂšre.
(âȘ sonnerie âȘ)
Hum, AMG, bonjour !
Oui. Ah. C'est de la part de qui ?
Oh, oui, oui. Oui, oui.
Pardon, Mme Filiatrault, je vous transfĂšre.
(âȘ sonnerie âȘ)
- Ton assistante nuit Ă l'agence.
- Oh, ça faisait longtemps
que t'avais pas essayé de la mettre à la porte.
Qu'est-ce qu'elle a fait ?
- Elle joue Ă l'agente dans ton dos
avec un étudiant qui s'invente scénariste
qui prétend que Stéphan Allard lui a volé son idée.
Elle l'écoute, elle l'encourage, elle lui donne de l'espoir.
C'est dangereux.
- Tu me niaises ?
- No.
Bon.
- Camille !
Sous-titrage : MELS
- J'ai commencé
Ă prendre du pot.
- Tu fumes du pot, toi ?
- Ben non, ben non, ben non,
je fume pas, j'ai pas 15 ans.
Je prends des brownies, des capsules,
des suçons.
Le suçon, tantÎt, c'était un suçon au pot.
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