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J'ai été l'enfant le plus heureux du monde.
J'ai grandi dans une cuisine. Mon père était cuisinier.
Il me nourrissait royalement.
Je n'ai jamais oublié le goût de la purée de pommes de terre
qu'il me préparait.
Ma mère, c'était une autre histoire.
Elle avait tout lu sur la diététique enfantine
et me bourrait de petits pots,
ceux qui contiennent
toutes les bonnes vitamines et minéraux
mais qui ont un goût dégueulasse.
Je la rendais folle.
Mon père, lui, était ravi, bien sûr.
Il prenait la délicatesse de mon palais
pour une preuve de génie précoce.
Il commença à m'enseigner son art avant même que je ne sache marcher.
Mes premiers souvenirs d'enfance sont les odeurs merveilleuses des plats
qu'il nous mijotait sur ses fourneaux.
Dijon, trois minutes d'arrĂŞt.
Mlle Loren Collins ?
Non.
- Mlle Collins ? - Non.
- Mlle Loren Collins ? - Non.
- Mlle Loren Collins ? - Non.
- Loren Collins ? - Non.
Mlle Loren Collins est attendue au guichet numéro 1.
Je suis supposé être une femme ?
Oui. On est douze en cuisine, six hommes, six femmes.
M. Boyer y tient.
Une est partie en congé de maternité,
tu la remplaces.
Doucement.
Jesus !
Attendez,
je suis un homme, vous pensez que c'est un problème ?
Ça dépend, il a ses bons et ses mauvais jours.
Ce matin, il était de très bonne humeur.
Loren, c'est un nom de garçon en Amérique ?
Loren pour Lorenzo. Papa Irish, mama Italian.
Loren. Cool.
Votre nom ?
- Suzanne. - Susan.
Non, Suzanne.
Suzanne.
- Suzanne. - Cool.
Cool.
C'est rouge, vous ne vous arrĂŞtez pas ?
Ça ressemble à la pizzeria de ma mère.
Un peu plus petit, peut-ĂŞtre.
On a rénové la maison l'an dernier.
Ça a coûté une fortune, mais c'est très beau.
Tu verras, il y a tout le temps des célébrités ici.
M. Boyer tient à ce que nous soyons très aimables avec eux.
Dehors, minable,
sac à vin, dégénéré, parasite !
C'est George Wellington, critique gastronomique anglais.
Ses émissions sont diffusées en Europe.
Fouille-merde !
Ça, c'est Carole, la sœur de M. Boyer.
C'est elle qui a eu l'idée du reportage.
On a besoin de publicité.
Il est paralysé ?
Non, il a la goutte, il boit comme un trou.
C'est un très vieil ami de M. Boyer.
Je suis désolée, M. Wellington.
Ça arrive souvent, ça ?
Souvent ? Non.
C'est quoi, ce vélo ? Suzanne, cuisine. Toi, tu te tires.
Toi, Ă la caisse.
Reviens la semaine prochaine, il aura oublié.
- Tu es folle ? - Va-t'en, je te dis.
Je vais oĂą pendant une semaine ?
Merde !
Nous sommes vraiment désolés.
Bonjour, messieurs, comment allez-vous ?
Je cours dire à mon frère que vous êtes là .
S'il vous voit, vous ĂŞtes foutu.
Oui, tes amis d'Amérique.
Non, les grands bien bâtis. Ils sont là .
Il y a un petit Blanc avec eux, mais il s'en va.
Il arrive de suite.
Mes trois mousquetaires !
Venez par lĂ , mes petits gars.
- What's up, man ? - Ça va ?
Il va les nourrir, ces grands bébés.
Tenez, une belle table, lĂ ,
qui vous attend.
On en est oĂą ?
C'est un beau match.
- Qui va gagner ? - Dijon.
Impossible.
Si, ils ont Germaine Cooper.
Quand il jouait chez les Lakers, on l'appelait l'ange volant.
- Où il est ? - Il n'a pas encore joué.
Il va jouer la deuxième mi-temps.
Paul, 2 000 sur Dijon, tu prends ?
J'achète.
- 1 000 sur Besançon. - 2 000 sur Besançon.
Je pense qu'ils vont gagner. Vous n'êtes pas obligé de me croire.
Te dégonfle pas
que j'ai misé plein de pognon.
Ils ont 4 points dans le tarin, t'as pas intérêt à me décevoir.
Tu es un connard.
Je ne vous ai jamais dit de parier sur eux.
Tu ne me l'as jamais dit ?
Tu joues Ă M. Je-Sais-Tout.
Les Américains, vous vous croyez les meilleurs.
Je croyais que les Français étaient comme ça.
Tu parles.
Les Ricains adorent donner des leçons au monde entier.
Quand j'étais à New York,
ils ont même essayé de me faire apprendre la cuisine à moi,
les idiots, les crétins.
Attendez.
Germaine Cooper.
Oui !
Oui !
LĂ , je dis M. Germaine.
HĂ©.
Il n'y a pas de secret,
il y a un moment que je les suis, ces petits gars.
- Tu as faim ? - Oui.
Allez.
Tiens, coupe-moi ça.
Assiettes.
Il faudra rhabiller la gamine.
Ă€ table. Viens.
- Que faites-vous ? - C'est pour ton billet de retour.
Je veux travailler pour vous.
J'ai besoin d'une femme.
Je peux mettre une jupe si ça vous fait plaisir.
T'as pas de permis de travail.
Je ne veux pas d'argent, juste un lit et Ă manger.
Mange.
Je viens de faire 10 000 km
et vous n'allez mĂŞme pas me donner une chance ?
Tu es un rêveur, tu veux faire de l'argent, être célèbre.
Tu dois avoir des photos de chefs encadrées
sur les murs de ta chambre.
T'aurais pas la mienne ?
Pas encadrée.
Non, ce que tu voudrais, bien sûr,
c'est ĂŞtre en couverture de Time Magazine.
Écoutez,
depuis des années je fais vos recettes,
pas de crème, pas de beurre, pas de fonds de sauce,
que des saveurs naturelles. J'ai tout fait :
escargots, veau, pigeon, poisson,
ris de veau et tous vos desserts.
- Tu as travaillé chez qui ? - J'ai tout appris dans vos livres.
Mes livres de cuisine ? Enfin, tu es quoi ?
Une ménagère ? Allez, mange.
Je ne suis pas une ménagère.
J'ai eu la promotion la plus rapide
de toute l'histoire de la marine américaine.
En moins de six mois, je suis passé de la cantine d'un torpilleur
au service privé de l'amiral.
Ils savaient que tu faisais ma cuisine ?
Ils pensaient que c'était la mienne.
Mange.
Choisissez une de vos recettes, je la fais.
Si vous n'aimez pas, je m'en vais.
Viens.
Mange.
Allez, tiens.
C'est pour ton retour Ă New York.
En attendant, tu peux travailler ici
jusqu'à ce que je trouve une remplaçante.
Je te préviens, si tu ne tiens pas le rythme, tu es viré.
D'accord.
Je n'ai jamais rien bu de meilleur.
Ici, il y a que le meilleur.
Plus vite. Faster.
Allez, on se remue.
Tu les comptes ou quoi ?
Damn it !
Allez, on se réveille.
Attention, on y va.
Une cĂ´te d'agneau, un foie gras,
et pour New York, un foie de veau rosé et un bar.
New York !
Une grenouille, une sole, un homard,
et pour toi, New York, une cĂ´te de veau Ă point.
Oui, chef.
Attention, j'annonce.
Une terrine de poireaux,
une grenouille, un ris de veau et des rougets.
Oui.
Une dorade, une cĂ´te de veau morilles, un escargot et un saumon.
Ce foie de veau est trop cuit. J'ai dit rosé.
Puisque c'est comme ça,
on me refait l'agneau,
on me refait le foie gras,
on me refait le bar.
New York, mon foie de veau,
je le veux rosé !
Feu !
Les étrangers viennent nous piquer le boulot,
ils savent mĂŞme pas travailler.
Pourquoi il a jeté les autres assiettes ?
Table de quatre,
le temps que tu refasses, les autres assiettes sont froides.
C'est 4 étoiles, pas McDo.
Fous-lui la paix.
- Bruno, c'est mon meilleur pote. - C'est un enfoiré.
Si tu étais moi, tu le trouverais encore pire.
Toi, tu es Américain, de New York, c'est plus la classe.
J'annonce : un pigeon, un canard, une cĂ´te de veau,
et pour New York, un carré d'agneau saignant
et une côte de bœuf bleue. Feu !
- C'est ma petite amie. - Elle a des beaux genoux.
Elle vit avec un autre type.
Je l'ai suppliée de vivre avec moi. Elle veut pas.
Elle va l'épouser.
Que fait-elle ?
Elle me pique des idées pour une cuisine.
C'est une décoratrice. Je te la présente.
- Non. - Si.
Bonjour, chérie, ça va ?
Tu ne dors pas ?
Je te présente le nouveau cuisinier.
- Vous êtes l'Américain ? - Exact.
J'espère que tu as commandé le ketchup.
Pas besoin, j'ai amené le mien.
Je vois qu'on est prévoyant.
Que dessines-tu ?
Une brasserie en ville.
Ce n'est pas un vrai restaurant.
Toujours aussi aimable, papa.
Je lui ai dit que tu étais ma petite amie, il m'a cru.
Alors...
Tu ne la trouves pas trop jeune pour se marier ?
Elle se marie ?
Elle a l'air d'une petite fille.
À mon âge, maman était mariée depuis 5 ans.
C'est pas pareil, et j'étais pas docteur.
Papa, je t'en supplie, arrĂŞte.
Tous des tueurs. Aux États-Unis aussi,
les docteurs tuent les gens.
Papa, ne recommence pas.
Tu vas pas l'épouser, il est trop vieux pour toi.
Je l'aime.
Tu te vois en femme de médecin ?
Ma fille est une artiste, Loren.
Elle a refait la déco du restaurant.
Elle dessine mĂŞme les assiettes
avec un goût... C'est de famille.
Tu vas t'emmerder avec lui.
Justement, j'ai besoin de changement.
Il faut dire qu'il la couvre de cadeaux, de diamants.
Il est riche ?
Papa, fais-moi plaisir, arrĂŞte.
- C'est parce que je t'aime trop. - Je sais.
Elle ressemble de plus en plus à sa mère.
Papa, je t'adore.
Debout !
Ce n'est pas une maison de retraite. Tu sais faire du café ?
Il est lent.
Merci.
C'est du café américain.
C'est du jus de chaussette.
Ça aussi, il faudra qu'il apprenne.
Et une boîte de conserve, il sait l'ouvrir ?
Il sait.
Assieds-toi, on va boire un coup.
Tu vas voir,
c'est meilleur quand c'est froid.
Il paraît que t'es pas un rapide.
Ça va venir.
La semaine prochaine,
deux gonzesses viennent pour ton job.
Non, je fais tout moi-mĂŞme.
D'accord.
New York, regarde ta remplaçante.
Quel con !
CĂ´te de veau pour la 14.
Tiens, une autre remplaçante.
VoilĂ .
- Je suis sûre que t'es un 5. - Un 5 ?
- Tu es né quand ? - Le 27 mai.
27, 2 et 7,
ça fait 9. Mai, cinquième mois de l'année.
9 et 5 : 14.
4 et 1 : 5. T'es un 5.
Tu es né en 1968.
6 + 8 : 14. 1 + 4 : 5.
Je suis un 4, t'es un 5. À nous deux, ça fait 9.
C'est un chiffre hyper romantique.
- Tu sais conduire ? - Hein ?
- I said : you can drive ? - Oui, je sais conduire, pourquoi ?
Je n'ai pas mon permis, en ce moment.
On va aller faire le marché.
Ça va me détendre.
Pendant ce temps-lĂ , je serai pas Ă la banque.
Pas celui-lĂ .
Non.
- Non. - Il a quoi, mon poisson ?
Qu'est-ce qu'il a ?
Ses yeux ! Il est en décalage horaire.
Tu vois pas qu'il pue, ton poisson ?
Regarde s'il pue, mon poisson.
What the hell ?
Lâchez-le.
Tu pues ! Saleté !
Merde, les poulets. Rentre.
Mets ça dans la chambre froide.
Vous êtes sûr ?
Un peu, mon neveu. Ne discute pas. On y va.
Allez, hop !
Ça pue, ici.
Qui vient m'aider à décharger ?
OĂą il va, Rocky ?
Il nous prend pour ses larbins ?
Tu as une faiblesse, Rocky ?
Il peut en porter qu'un seul Ă la fois ?
Il raconte quoi, le yankee ?
J'en suis toute retournée. Il a manqué de tuer le poissonnier.
C'est le poissonnier qui a manqué de le tuer.
Non, notre petit Américain était avec lui.
Je vais lui dire.
Mon père est-il blessé ?
Non, il va bien. En revanche, qu'est-ce qu'on leur a mis !
Votre père m'a tout de même filé une de ces châtaignes !
C'était drôle.
Vous trouvez ça drôle ?
Il y a de quoi ĂŞtre fier.
Ils s'étaient mis à deux. Je voulais l'aider, rien d'autre.
De mieux en mieux.
- Je suis Loren. - Vincent.
Mon père a commencé la bagarre ?
Le type a essayé de lui vendre du poisson pourri.
Ton père ne s'arrange pas.
N'en fais pas un plat.
Ils se sont disputés, point.
Lors de son accident,
il s'est battu avec les flics.
- Il ne s'est pas battu. - Si. Ils ont pris son permis.
Ne parle pas de mon père de cette façon.
C'est quelqu'un qui a toujours été doux, calme.
Il est un peu déprimé depuis qu'on vit ensemble.
Et il n'a pas besoin
de quelqu'un qui trouve drĂ´le de faire le coup de poing
avec tout le monde.
Vous n'avez rien remarqué avant la bagarre ?
Transpiration ? Vertiges ?
Maux de tĂŞte ?
Headaches ? Non.
Dans la voiture, il disait qu'il avait chaud, c'est tout.
Ça ne me dit rien du tout.
Ce n'est pas moi, le docteur. C'est Ă vous de l'examiner.
Les voilĂ .
Pourquoi t'as dit à Gabrielle que c'est moi qui ai commencé ?
Je ne lui ai rien dit. Elle vous connaît.
Que vouliez-vous que je lui dise ?
On m'a provoqué, je me suis défendu.
T'es avec les cow-boys ou les Indiens ?
Attendez.
Sans moi, vous auriez pris la trempe de votre vie.
T'as arrêté deux salauds qui voulaient cogner un vieux.
Tu veux une médaille, aussi ?
Pourquoi il l'a emmené ?
C'est toujours moi qui fais le marché.
Il fait dans le poisson, Rocky, maintenant ?
Si t'es pas content, va te plaindre.
J'annonce : une Saint-Jacques aux truffes, une salade de homard,
une terrine de poireaux,
une huître au caviar et deux oursins à la coque.
Oui, chef.
New York, un foie de veau rosé, un pigeon au foie gras.
Oui.
Fais les Saint-Jacques.
C'est moi qui m'occupe des Saint-Jacques.
C'est lui, j'ai dit.
- Chef, la 8. - Oui, j'arrive.
Deux grenouilles, un saumon, une côte de bœuf et un ris de veau.
Oui.
Tu ne t'emmerdes pas.
- La 8. - J'enlève.
La 7, la 12.
- La 14. - J'enlève.
Loren !
Pour moi ?
Qu'est-ce qu'elle fait, cette morue ?
Agnès, tu t'occupes de tes fesses ou tu changes d'adresse.
- Un homard, un saumon grillé. - Oui.
Et pour New York,
un bar en papillote, un râble au basilic, 2 Saint-Jacques.
Oui.
Il court pas mal, l'Amerloque.
Regarde-le.
Deux escargots, une truite, un râble et un canard.
Oui.
Et pour New York, un carré d'agneau.
Non, j'en ai besoin.
Une terrine, et pour suivre, un col vert.
Oui.
Deux ris de veau pour New York.
Il est comme ça avec tous les nouveaux ?
Non, t'as un traitement de faveur, il doit bien t'aimer.
C'est quand il te parle pas que tu t'inquiètes.
Ça veut dire que t'es nul.
T'as envie d'écouter de la super musique ?
Oui.
Ça va te faire du bien.
C'est du raĂŻ.
Quand une femme danse comme ça pour toi,
tu meurs.
- Comme ça ? - Oui, comme ça.
Et un peu plus.
Regarde ça.
Fais pareil.
Yeah !
Allez, tourne.
Tu aimes ça ?
Tu as trouvé le pas.
Tu l'as.
M. Loren, réveillez-vous.
- Qu'y a-t-il ? - Il a perdu la tĂŞte.
On a eu des alcooliques, des coureurs, des joueurs,
mais ça, jamais.
Venez.
S'il vous plaît, faites quelque chose.
Non.
Avec ces trucs bizarres en Amérique, vous devriez savoir quoi faire.
C'est toi, Loren ?
Merde !
Bonjour, chef.
Raviolis, cassoulet, lentilles ou choucroute ?
Je me suis réveillé ce matin avec une envie de frites.
Tu sais pourquoi ? Regarde.
Quand j'ai rencontré la maman de Gabrielle,
elle mangeait des frites au petit déjeuner.
Eh oui.
Tu sais, à l'époque,
ici, c'était un petit restaurant de campagne,
avec le père aux fourneaux
et Pauline et sa mère qui aidaient au service.
Pour elle, je n'existais pas,
jusqu'au jour où j'ai inventé le soufflé aux truffes.
Oui.
Je lui ai présenté, elle a goûté, elle a aimé,
à tel point que son père a voulu le mettre au menu.
Étant un peu fier, j'ai demandé
si on pouvait appeler mon soufflé Pauline.
Tu sais ce qu'elle a dit ?
Elle s'est marrée et elle a dit non.
- Elle est belle. - Oui.
C'est peut-être pour ça
que j'étais ce grand crétin amoureux d'elle.
Peu Ă peu, elle est venue me retrouver le soir
après le service, en cuisine.
J'étais là , moi, je nettoyais mes fourneaux
et on parlait.
C'est vrai qu'elle était belle.
T'as jamais fait l'amour dans une cuisine ?
Il y a rien de plus beau.
Gabrielle, elle a été conçue dans cette pièce.
Enfin, surtout lĂ .
Elle avait 4 ans quand sa mère est morte.
Une erreur du médecin.
Il s'est gouré dans une anesthésie.
Belle connerie, oui.
Il est bon.
Un vrai café français, bravo.
Chef, vous allez attraper froid.
C'est gentil, ça.
J'étais perdu,
je ne savais plus rien faire sans elle.
Après sa mort, j'ai voulu la rejoindre,
pas longtemps,
le temps d'aller voir lĂ -haut
et de redescendre pour m'occuper de la petite.
J'ai eu beaucoup de chance car j'ai connu l'amour, le vrai.
C'était magique.
On devient un autre.
Tu l'as en toi, c'est dans ton ventre tout le temps.
- Bonjour, chef. - Bonjour.
- Bonjour, chef. - Ça va ?
- Bonjour, chef. - Salut.
Regardez-moi ce joli vert foncé
et cette belle petite tĂŞte violette.
Tu es très beau, toi.
Tu es le plus beau.
Un cœur tendre,
une tige solide, pleine de sève...
Quelle fermeté ! Ça fait rêver.
Dis-moi, en Amérique,
que fait une femme quand un homme lui plaît ?
Elle est très douce avec lui.
Elle dit qu'elle se sent seule,
qu'elle déteste ses parents,
des choses comme ça.
Et que fait l'homme ?
Il essaye d'avoir son numéro de téléphone.
Vous êtes d'un compliqué.
Aie confiance, j'ai grandi en regardant les gens manger.
Il faut 25 kW pour la cuisine
et 20 pour la salle Ă manger.
Loren, j'ai presque fini.
- Je passe Ă 50. - Va jusqu'Ă 60.
Ça coûtera moins cher de le faire bien.
Qui va payer mes dépassements ?
Ă€ demain.
Je saurai qui appeler si je pète les plombs un jour.
Allons prendre un verre.
Je vous remercie d'avoir pris soin de mon père ce matin.
Il n'y a vraiment pas de quoi.
Quand vous serez seul avec lui,
essayez de lui faire comprendre
qu'il vaudrait mieux qu'il se fasse faire un check-up.
Il me tuerait si je lui disais ça.
- Non. - C'est Ă vous de le convaincre.
Il ne m'écoute jamais.
Vous le menez par le bout du nez. Il fait ce que vous voulez.
Pas du tout.
Enfermez-le dans une pièce et battez-vous jusqu'à ce qu'il cède.
C'est impossible.
Pourquoi ? Il vous fait peur ?
Bien sûr que non. C'est stupide, ce que vous dites.
Maintenant, je suis stupide ?
J'en ai assez de vos histoires.
Quand j'avais des problèmes avec mon père,
je me débrouillais tout seul.
S'il vous plaît, restez.
Si je reste, vous serez aussi mignonne que les Françaises
qu'on voit dans les films ?
Je tâcherai de l'être.
Que s'est-il passé avec votre père ?
Un jour, il s'est tiré. J'avais 12 ans.
- Je ne l'ai jamais revu. - Il est parti comme ça ?
Oui. Depuis, je peux dire
que je ne le porte pas dans mon cœur.
Vous avez choisi le même métier malgré tout.
Ça n'a rien à voir avec lui.
Que dois-je dire à mon père
quand j'aurai réussi à le coincer ?
VoilĂ Vincent.
Ça va ?
Il est tard. Je vous raccompagne au restaurant.
Merci, mais je ne rentre pas, j'ai un rendez-vous.
Vous ne perdez pas votre temps.
Mon premier rendez-vous avec une femme française.
Vous saurez vous débrouiller.
Je ferai tout pour que mon pays soit fier de moi.
Pour atteindre le niveau de l'extase suprĂŞme,
nous devons faire monter notre énergie sexuelle
jusqu'Ă ce que nous ayons des orgasmes profonds,
des orgasmes multiples.
Je crois que lĂ , j'atteins le sommet.
Nos respirations profondes
relient nos sens Ă notre cerveau.
Ă€ quel moment on commence Ă se toucher ?
Se toucher ?
ArrĂŞtez vos conneries.
Ils viennent toujours seuls. Ils paient cash, pas de cadeaux,
pas deux fois dans le mĂŞme restaurant.
Personne ne les connaît. Incorruptibles.
Au moment de partir, il sort sa carte.
Il demande Ă voir la cuisine et mĂŞme la cave.
Comment vous savez que c'est lui ?
Carole les renifle toujours.
C'est un don. Je suis tellement angoissée,
je repère toujours ceux qui peuvent nous faire du mal.
Je vais faire son assiette moi-mĂŞme.
Je croyais que vous vous foutiez des critiques.
Le guide gastronomique, c'est la Bible.
On perd une étoile, la recette baisse de 50 %.
C'est déjà tellement dur.
Va me chercher une veste.
Toi, viens avec moi.
Il n'y a rien Ă voir, retournez au boulot.
Ça y est, il va nous sortir sa carte.
M. Boyer ? Je suis M. Rupert.
C'est un grand honneur
de recevoir la visite du guide gastronomique.
- C'est l'inspecteur des impôts. - Doux Jésus ! C'est encore pire.
J'aimerais voir le rouleau de votre caisse enregistreuse,
s'il vous plaît.
Quelle surprise !
J'ai payé en espèces et il n'y a aucune trace de l'encaissement.
Carole, combien de fois dois-je te dire
d'enregistrer immédiatement les recettes ?
J'allais le faire. C'est mon nouveau médicament,
il me rend moins anxieuse et moins rapide.
On va faire simple. On va tout reprendre,
toutes les factures et recettes des trois dernières années.
D'abord les notes de blanchisserie
pour voir si le nombre de serviettes correspond
au nombre de couverts servis.
Oh ! Un BMW Precision 1961 !
Pas mal. Je n'en ai jamais vu un aussi beau.
Si tu viens réparer ton vélo, tu peux rester.
Si c'est pour raconter ta vie, tire-toi.
Ça, c'est dommage.
J'aurais voulu vous parler du type qui compte les serviettes.
- Papa ! - Allez, on se remue.
Tu es insupportable.
Deux mois de retard sur les crédits,
les banquiers veulent ma faillite.
J'ai des traites en retard, les fournisseurs au cul.
Je dois trouver une caution.
Tu as toujours eu des problèmes d'argent.
C'est toi qui comptes. Va voir un médecin.
Je ne verrai personne.
Il me faut 300 briques pour ta rénovation de luxe.
- Ma rénovation de luxe ? - Oui.
Tu veux toujours le plus cher.
Je te prends un rendez-vous chez le médecin et je t'y accompagne.
Je n'irai pas.
Je viens te chercher Ă 10 h.
- Fous-moi la paix. - Non.
J'ai autre chose Ă faire. Un inspecteur du fisc
rĂŞve de me foutre en taule et va peut-ĂŞtre y arriver.
Qui m'a fait cette merde ?
- Who made this crap ? - C'est moi, le veau.
Qui t'a dit de mettre du cognac ?
J'ai pas mis de cognac.
Attention !
- Espèce de cinglé ! - Arrêtez-le.
Calme-toi.
Vous ĂŞtes dingues.
Cool, mec, ne t'énerve pas.
Lâchez-moi, vous entendez ?
Il fait exprès pour te rendre dingue.
Mais ?
Allez, on y va.
Un turbot, une côte de bœuf, deux grenouilles.
Bruno, tu me refais le veau et les rougets.
Je savais que tu craquerais.
Je n'ai pas craqué. Je suis viré.
Qui t'a viré ?
Je voulais juste savoir si tu tenais le choc.
Vous appelez ça tenir le choc ? Pas moi.
Allez, retourne au boulot.
Je suis déjà parti.
Qu'est-ce que tu veux ?
Rien. Je ne travaille plus pour vous. Vous ĂŞtes un sale con.
C'est parce que tu dors pas assez.
Je te donne une vraie chambre.
J'en veux pas.
Et être payé, ça t'intéresse ?
Je serai traité correctement ?
Avec la convention de Genève, aussi.
Tu vois bien que je te fais une offre.
Sois assez malin pour la saisir.
Vous allez me déclarer ?
Non, ça, je peux pas.
Il faut des mois
pour obtenir un permis de travail. Je vais te payer cash.
T'auras pas d'impôts. Tout bénef.
Tiens, bois un coup.
Ce bleu vert, c'est tout toi.
La chambre de Gabrielle.
Regarde.
Le matelas est bon.
Et lĂ !
Il y a de la place pour toi.
Votre fille est d'accord pour que je couche dans son lit ?
Tant qu'elle n'est pas dedans, peu importe.
- Il était doué ? - Qui ça ?
- Ton père. - Quand il voulait, oui.
Et alors ?
C'était un rêveur. Il allait toujours au plus simple.
- Il n'a jamais réussi ? - On aurait dit qu'il ne voulait pas.
Et toi ? Tu veux ?
Allez.
Vous m'attendiez avec impatience ?
Venez par ici.
Il y a un restaurant quatre étoiles à Paris.
Le patron est un ami. Vous avez du travail.
Quoi ?
Qu'est-ce que vous croyez ? Vous avez frappé mon père.
Je ne l'ai pas touché.
Il a fallu quatre personnes pour vous séparer, m'a-t-on dit.
Merci.
Je n'ai pas touché votre père.
Vous ĂŞtes venu ici
pour donner des coups de poing ?
Retournez dans votre pays de sauvages.
Je n'en ai rien Ă faire de vous.
Depuis que vous êtes là , l'état de mon père s'est dégradé.
Vous savez quoi ?
Vous ĂŞtes jalouse car on a d'excellents rapports,
meilleurs que vous.
Vous les trouvez excellents ?
Gabrielle, pour vous sur la trois.
AllĂ´ ?
On arrive.
Oui, monsieur, votre table sera prĂŞte dans une minute.
Il a voulu étrangler l'inspecteur des impôts
car il a apporté des surgelés dans sa cuisine.
Il a complètement perdu les pédales.
Il est nu et il s'est enfermé dans la chambre froide.
C'est pas vrai !
Et nous sommes complets.
Attendez, venez.
Il nous faut un serrurier avec un chalumeau. Vite.
Retournez dans la salle Ă manger.
Soyez gentille avec les clients.
On ne peut pas laisser Louis.
AllĂ´ ? Gabrielle Boyer.
Allez.
Puis-je lui parler de toute urgence ?
Allez, tout le monde Ă son poste.
Bruno, viens ici.
Bruno, vous l'avez entendu ?
C'est vous qui donnez les ordres, maintenant ?
Non, ce n'est pas moi. C'est lui.
Je n'ai pas d'ordres Ă recevoir de lui.
- Reviens tout de suite. - Va te faire foutre.
Toi aussi.
Allez, on y va, les gars.
J'annonce :
un pigeon, un foie gras aux lentilles,
un ris de veau et un gigot d'agneau.
Oui.
Un pied de porc, un foie de veau,
un escargot et une assiette de légumes.
Oui.
Ça rouspète dans la salle.
- Démerdez-vous. - Démerdez-vous ?
James Bond.
Comment ça, pas de poisson ?
Il est dans la chambre froide avec M. Boyer.
M. Wellington ne mange que du poisson.
- Charmez-le. - Du charme ?
Je ne sais pas faire.
- Faites semblant. - Je m'en occupe.
Il me faut deux foies gras chauds.
- Une minute, enfin. - Oh lĂ lĂ !
Trois carrés d'agneau.
Je m'en occupe.
Rocky, je t'emmerde.
Un canard Ă l'orange, un pigeon aux figues,
un ris de veau aux truffes. George ?
Un canard, un pied de porc, un lapin et un foie de veau rosé.
C'est pour Wellington ?
Tapez lĂ ! Beau travail.
Il faut servir le vin.
Table 7.
J'enlève.
- Votre martini, monsieur. - Thank you.
Allez, on enlève, vite.
- Laisse-moi t'aider. - Merci.
Il faut que je te dise, je suis follement amoureuse.
- J'ai besoin de tes conseils. - Ce n'est pas le moment.
Ce n'est pas de toi dont je suis amoureuse,
c'est de M. Boyer.
Il ne le sait pas. Lui aussi, c'est un 5.
Que dois-je faire ?
Suzanne, je veux ces artichauts tout de suite.
OĂą sont mes ris de veau, mes magrets ?
- Mes cĂ´tes d'agneau ? - Mes foies gras ?
Ma table de 6 n'a toujours pas de hors-d'œuvre.
Ă€ trois. Un, deux, trois.
De mieux en mieux.
Ça dure depuis longtemps ?
- Trois heures. - À quelle température ?
Juste ce qu'il faut pour le poisson.
Merci. La température est au-dessous de 0 ?
M. Wellington n'aime pas vin.
Ça suffit !
Wellington et toi me tapez sur le système.
C'est dangereux ?
Il faut le sortir de lĂ .
Hop.
Papa !
Doucement.
- OK. - Attention.
- Slowly. - Attention Ă la tĂŞte.
Attention.
Qu'est-ce que je fais avec le pied ?
Papa ?
Vous croyez que son cœur bat ?
Évidemment, ne soyez pas stupide.
Ça va aller.
Envoie-moi le petit Loren.
Il veut que vous alliez avec lui.
- Comment ça a marché, ce soir ? - Pas trop mal.
C'était un soir.
Il faut que tu les éblouisses comme ça deux fois par jour
et 365 jours par an.
Quand les clients voulaient du poisson,
Gabrielle leur faisait goûter un vin
qui allait mieux avec une viande et ils changeaient d'avis.
Elle est futée, hein ?
Et généreuse. Elle offrait les vins.
Elle est tombée du train ?
J'ai les banquiers au cul et elle offre mes pinards ?
La prochaine fois
que vous vous enfermez dans la chambre froide,
sortez le poisson d'abord.
Je voudrais que tu viennes me voir tous les jours.
D'accord.
Si tu veux, tu peux te servir de ma moto,
mais tu y fais gaffe.
- Vous ne pouvez pas entrer. - Bonsoir, Loren, on se verra demain.
Comment va votre père ?
Il flirte avec toutes les infirmières,
il ne s'est jamais autant amusé de sa vie.
On lui fait des tas d'analyses.
On faisait une bonne équipe, hier soir.
- Vous croyez ? - Oui.
Vous voulez venir avec moi ?
Où ça ?
À la clinique, voir votre père. Venez.
Pas lĂ -dessus, non.
Venez. Une balade, ça va vous remonter le moral.
J'ai pas envie qu'on me remonte le moral.
Non ?
Mettez vos mains autour de ma taille.
Autour de ma taille.
- Dites-moi que vous détestez ça. - Je déteste ça.
Merci.
Il a des lésions clairement apparentes
sur la partie inférieure du cerveau.
- Qu'en penses-tu ? - Je pense qu'il faut opérer.
Les docteurs sont malades.
Ils veulent me coller du Destop dans les veines.
Selon eux, je deviens dingue quand mes tuyaux se bouchent.
Ils me prennent pour un lavabo ?
Tu sais quelles sont les chances d'en réchapper ?
Une sur deux.
Tu joues pile, il fallait jouer face.
Pan ! Tu as perdu, tu es mort.
Moi, je pète le feu. Tiens.
Pas mal.
Je sais, merci.
En tous cas,
je ne veux pas me faire tripoter pas ces tueurs.
Je sais, de temps en temps, je déraille, et alors ?
Il faudrait trouver une chambre froide
qui ne se ferme que de l'extérieur.
Il faudra que tu y mettes une bouteille de cognac
avec une petite couverture.
Ma chérie, qu'est-ce que tu as ?
Fais-moi un sourire.
Je ne suis pas encore mort.
Tu peux pas te passer du restaurant ?
Je veux que tout fonctionne pendant qu'il est pas lĂ .
Si on remarque son absence, on est fichu.
C'est toute sa vie.
C'était toute sa vie. Il va falloir qu'il se repose.
Il ne peut rien faire d'autre. Sa cuisine, c'est sa passion.
C'est lĂ oĂą il est vraiment heureux.
Les gens ont des passions,
puis ils ont des accidents et font autre chose.
Tu connais quoi aux grandes passions ?
Si tu veux le grand héros romantique, tu t'es trompée.
Je ne suis pas ton père.
Tu ne fais pas ça pour lui,
c'est toi qui ne veux pas voir disparaître ce restaurant.
J'y tiens, et alors ?
Je veux pas que tu t'en occupes.
Tu me donnes des ordres ?
Oui.
Si tu sors d'ici, c'est fini entre nous.
Si tu pars, tu ne remets plus les pieds ici.
C'est pas moi qu'il te faut.
Qu'est-ce qui te prend ?
Tu ne comprends rien.
Je veux qu'on m'aime comme mon père aime sa cuisine.
Ça, c'est poétique.
C'est quoi, votre nom ?
Hamlaoui Karim, monsieur.
- C'est français ? - Que se passe-t-il ici ?
On a appris qu'un de vos employés n'a pas de permis de travail.
Karim est français.
Ça se voit pas à sa tête.
Ça va.
Quelque chose Ă dire ?
- Vous avez un ordre écrit ? - Je n'en ai pas besoin.
Allez, au poste.
On ne peut pas laisser faire ça.
- C'est injuste. - Vous, fermez-la.
Pas d'ordre ? Dehors.
Si vous comptez rester dans cette cuisine,
voilĂ des tabliers.
Les règles d'hygiène ici sont très strictes.
Karim, les assiettes.
Un foie gras, un râble de lapin, un magret, un rouget.
Oui.
On se reverra.
Vous ne perdez rien pour attendre.
Bonjour.
Tenez, mangez, ça vous fera du bien.
Vous nous donnez ça et vous croyez qu'on va guérir ?
Ce n'est pas étonnant
qu'autant de gens crèvent dans les hôpitaux.
- Suzanne ! - Bonjour, M. Boyer.
Vous m'avez fait peur.
C'est gentil de venir me voir.
Vous savez, les autres,
il n'y en a pas un qui m'a touchée.
Enfin, Suzanne,
tu vas pas me faire le coup
de l'étreinte réservée et de l'extase suprême ?
Mon père a insisté
pour que je choisisse des carreaux italiens.
Je lui ai expliqué que ce serait trop cher.
Il avait raison. Ils sont parfaits.
Essayez ça.
Quel parfum !
C'est délicieux.
J'adore.
J'ajoute du gingembre encore ?
C'est parfait.
Un peu plus de ketchup ?
Vous ĂŞtes rancunier, on dirait.
Un peu.
Quel nom tu vas lui trouver ?
Ravioli de homard au beurre de sauce soja.
Très sensuel.
Mon père sait que ça va figurer au menu ?
Non.
Tu sais, il te tuera quand il va le découvrir.
Non, je lui dirai que c'était votre idée.
Un ravioli au homard.
Très bien. Merci.
Merci, monsieur.
Merci, monsieur.
"Ça nous ferait plaisir de parler à M. Boyer. "
Pourquoi ils s'excitent comme ça ?
Et nous, alors ? On n'existe pas ?
Quelqu'un a commandé mes raviolis au homard.
- Oui. - Alright !
- Dites-moi, ça va comme ça ? - Fabuleux.
OK.
Et s'ils n'aiment pas ça ?
Impossible. C'est un plat extraordinaire.
Tu as l'air nerveux quand mĂŞme.
Je ne suis pas nerveux.
Ils adorent.
Tu vois, ça leur plaît.
C'est toi qui le dis. Ils sont peut-être très fins.
Il vient de goûter l'autre plat.
Le sien lui plaît mais il veut savoir si les autres sont bons.
C'est fou ce qu'il a l'air sérieux.
Il a probablement trop mangé
ou il se demande quand il va revenir.
Table 8, ils ont commandé quatre entrées différentes ?
Oui.
Quatre plats principaux différents ?
- Oui. - Quatre desserts différents ?
Oui. Toutes les assiettes sont revenues vides.
Doux Jésus, c'est une catastrophe.
Vous ne pouvez pas le garder ?
Comment ça, "incontrôlable" ?
Je le sens encore très fort.
LĂ , on est cuits.
Pas maintenant. "Obsédé sexuel" ?
Que fais-tu ? Tu es folle ?
L'homme avec les basketteurs
est l'inspecteur du guide.
C'est leur entraîneur !
Ils sont partis. Je rappelle l'hĂ´pital.
Il est encore lĂ , je le sens.
C'est un sadique.
Il a enlevé l'étoile à un restaurant de la Côte d'Azur,
le chef s'est suicidé. Louis est si fragile.
On vous paye bien pour jouer Ă la balle.
Mon nom est Jean-Claude Fredet,
inspecteur du guide gastronomique.
Si vous en avez fini avec vos camarades,
pourrai-je vous poser quelques questions ?
Oui, monsieur.
Quels aromates utilisez-vous pour ce ravioli ?
Une brunoise de gingembre, de la coriandre,
du poivre de Cayenne et un jus de citron.
Le homard est poché ?
Dix secondes dans l'eau bouillante.
Vous le cuisez Ă la vapeur ?
Non, monsieur, on roule dans la pâte
et on poche pendant trois minutes et demie.
Vous avez aimé ?
Ce sera tout, jeune homme, merci.
- Mesdames. - Monsieur.
On ne demande pas à un inspecteur s'il a aimé.
C'est la fin des haricots.
- Louis ! - Papa !
Il se croit meilleur que moi.
- Vous n'êtes pas en état de sortir. - Il veut m'empoisonner.
Tu sais ce que vaut un restaurant sans étoiles ?
- Pas grand-chose. - Exact.
Tu es viré.
I feel good !
Poussez-vous.
- Louis ! - Papa !
- Papa ! - Il a une attaque.
Vous m'entendez ?
- Papa ! - Vite, un chariot.
Vous l'avez échappé belle. Il faut opérer.
La prochaine attaque sera fatale. Vous comprenez ?
Oui. Ne te goure pas d'anesthésique.
Vous attendez ici.
Les poulets !
- Dehors ! - Ça va pas ?
Que faites-vous ?
C'est une cuisine !
C'est lui !
M. Boyer est Ă l'hĂ´pital. Qui fera marcher la cuisine ?
Si vous l'emmenez, on finit tous au chĂ´mage.
Vous nous avez menti.
Comment aurais-je pu soupçonner
qu'il n'avait pas de permis de travail ?
Je craque, j'en peux plus.
J'ai sué sang et eau sur vos factures.
Et puis vous êtes tous cinglés, ici !
Et tous ces plats fabuleux, il n'y en a pas un
qui m'aurait donné la moindre bouchée de homard.
C'est pas humain.
J'ai ma dignité.
MĂŞme un inspecteur du fisc
a le droit au bonheur.
L'opération s'est bien passée.
Les prochaines 48 heures seront décisives.
- Il n'est pas hors de danger ? - Si,
mais il y a des risques de séquelles,
problèmes d'élocution ou même paralysie partielle.
Il a une constitution solide.
On l'a pris juste Ă temps, on a eu beaucoup de chance.
Vincent, j'ai honte.
Normal.
Tu me quittes, je m'occupe de ton père, tu te sens coupable.
Tu croyais pouvoir m'aimer,
je croyais pouvoir te changer, on s'est trompés.
J'ai réfléchi. Je peux pas t'aimer comme une cuisine.
Si c'est ce que tu veux, reste dans la restauration.
La caution, c'était toi ?
Eh oui.
Il faudra que je trouve quelqu'un d'autre.
Il n'y a pas d'urgence.
Par moments, tu es tellement parfait, c'est insupportable.
Moi aussi, ça me fatigue.
Vous avez relâché l'Américain ?
- Bien sûr que non. - Vous l'avez mis où ?
Venez avec moi.
Comme il s'ennuyait un peu
et que c'est l'anniversaire du capitaine...
Non mais je rêve ? Regardez-moi ça.
On n'est pas dans un boui-boui.
C'est pas assez effilé.
Vous allez m'ouvrir six paquets de plus.
Vous me les effilez bien.
Et ces pauvres pĂŞches, vous allez les noyer.
Il faut réfléchir un peu.
Pas dans de l'eau !
Parlez français.
Pour la sécurité, je dois comprendre.
En français.
En français !
Mademoiselle, en français.
Westerns ? Speak français, please.
La visite est terminée.
ArrĂŞtez de parler.
Gabrielle !
Papa, comment tu te sens ?
M. Boyer, vous reconnaissez votre fille ?
Combien on a fait, hier soir ?
72 couverts.
C'est pas mal pour un mercredi.
Ton mari m'a sauvé la vie.
Vincent est un très bon docteur.
Où est ta bague de fiançailles ?
Louis, Gabrielle et moi,
on a compris qu'on n'était pas faits l'un pour l'autre.
Mais enfin, Vincent est un type formidable !
C'est vrai.
Intelligent, digne de confiance,
toujours lĂ quand on a besoin de lui.
Je sais, papa.
Qu'est-ce qui ne va pas ? C'est contagieux, ce que j'ai ?
Mon petit Vincent, dites à Gabrielle qu'elle déjante.
- Tu déjantes complètement. - Voilà .
Gabrielle ?
Gabrielle ?
Mais oĂą elle est ? Gabrielle ?
S'il vous plaît... Merci.
Le juge m'a donné une semaine pour quitter le pays.
Jerry Lewis ?
Jerry Lewis ? C'est un compliment, ça ?
Le jeune Américain Loren Collins a accompli un miracle.
Il a émerveillé le critique du guide gastronomique
avec sa cuisine pleine d'audace et d'imagination
et sauvé la quatrième étoile de Louis Boyer.
De l'audace et de l'imagination, mon cul.
C'est moi qui lui ai tout appris.
M. Collins, ici.
- Regardez-moi, oui, comme ça. - Merci.
M. Boyer et M. Collins en mĂŞme temps, un sourire.
M. Collins, s'il vous plaît.
Merci.
M. Collins, ici. Regardez-moi, oui, comme ça.
J'ai beaucoup de propositions.
MĂŞme les joueurs de basket sont prĂŞts Ă investir.
On pourrait ouvrir un restaurant Ă New York.
Ça serait notre restaurant.
On l'appellerait Chez Gabrielle.
Ça, c'est hors de question.
Bonsoir, papa. Tu as faim ?
Qu'y a-t-il au menu ?
Une surprise.
J'aime les surprises.
Il les a faits rien que pour toi.
Pour vous.
Je lui ai demandé si je pouvais donner son nom au hamburger,
elle a dit non.
- Alors, vous allez vous marier ? - Laisse-le tranquille.
Non, il a raison.
Gabrielle, veux-tu m'épouser ?
Bien sûr qu'elle veut t'épouser.
Ça faciliterait ton problème de permis de travail.
Il n'en a pas besoin, on part Ă New York.
Non,
mes petits chéris, il y a erreur.
Chacun son tour.
Ça fait 40 ans que je travaille dans cette turbine.
Tu l'aimes, très bien.
Tu as su garder les étoiles, bravo. Mais moi, je me casse.
Il faut que je te dise,
les banquiers ont apprécié ton petit show à la télé
avec le chapeau,
mais il faut faire rentrer les dollars.
Fais pas ça !
Je vais me gĂŞner.
Qu'a fait ton grand-père quand j'ai épousé ta mère ?
Il est parti en vacances.
Il n'avait pas de dettes,
mais pas d'étoiles non plus.
Tu viens, mon amour ?
American cuisine, pas mal.
- Je peux ? - Tiens.
C'est très bon.
Je n'ai rien voulu dire,
les Américains sont susceptibles
quand on parle de leur nourriture,
mais l'oignon dans son sandwich n'était même pas cuit.
Un soupçon de sauce béarnaise aurait amélioré les choses.
La tomate, c'est pas mauvais,
mais ils auraient pu la peler et mettre de l'ail.
Une tomate sans ail...
Sous-titrage : Hiventy by TransPerfect
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