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Original subtitles

Ce film est inspir� du roman de Victor Ion Popa.

Rien que des pauvres gens...

Comment t'appelles-tu, soldat ?

Preda. Manlache Preda.

Je rentre chez moi, p�re Petrache.

LA CROIX

Je vais tirer, tu m'entends ?

- Qu'est-ce que je t'ai fait ? - Pourquoi ne payes-tu pas ?

- Payer quoi ? Je n'ai rien bu. - Je ne donne rien, sans argent.

- Qui te parle de boire sans payer ? - C'est ma r�gle...

Ceux que je ne connais pas payent d'abord. Je me suis assez fait avoir.

Fiche le camp ou je t'abats comme un chien ! Pochard !

Tire donc ! Je suis si grand que tu n'as m�me pas besoin de viser.

Tire !

Elle n'�tait pas arm�e ?

Tu as de la chance d'�tre en uniforme.

Quelle chance, en effet...

Suis-moi � la gendarmerie ! On causera tous les deux l�-bas.

Tu m'as peut-�tre chass� de son auberge...

... mais aucune balle au monde ne me fera bouger d'ici.

- Tu marches, ou je tire ! - Ainsi soit-il.

- Tire ! Je ne bouge pas. - Fils de pute !

Ob�is ou je tire !

De quel droit insultes-tu ma m�re ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

Tire ! Allez ! Qu'est-ce que tu attends ?

Ion !

Que se passe-t-il ?

Monsieur, ce d�serteur s'est so�l� et veut faire scandale.

Gendarme, quelle est donc ta loi ? Le mensonge ?

Voici ma feuille de d�mobilisation.

Et maintenant dites-moi : Est-ce que j'ai l'air so�l ?

Qui es-tu et d'o� viens-tu ? Je ne te connais pas.

Je viens du front, de l'enfer.

Alors pourquoi ne rentres-tu pas chez toi, bonhomme ?

- Qu'est-ce que tu viens faire � l'auberge ? - Pourquoi vous f�chez-vous ?

J'ai voulu offrir une tourn�e g�n�rale, un jour comme aujourd'hui.

�a fait douze ans que je n'ai pas vu ma maison, Monsieur.

- Comment t'appelles-tu ? - Manlache Preda.

O� �tais-tu pendant ces douze ans ?

Dix ans au bagne, de 1907 jusqu'� 1917,

et sur le front ensuite.

Trois fois rien, Monsieur, n'est-ce pas ?

- O� vas-tu ? - Chez moi, dans les marais.

Monte avec le cocher ! On te d�posera pr�s de chez toi.

Et toi... Occupe-toi plut�t des voleurs qui ont pris mon cheval !

Si je porte plainte � Bucarest, �a ira mal pour toi.

C'est bien les boyards, �a ! L'homme qui a tu� son oncle � la hache...

Oui, mais sans �a il attendrait encore son h�ritage.

Quelqu'un t'a demand� ton avis ?

- Sers-moi plut�t un verre d'eau-de-vie ? - Bon.

- Prends ! - Merci. Ce n'est pas la peine.

- Mes respects, Madame ! - Au revoir !

Si tu as besoin de quelque chose, tu sais o� me trouver.

Ton oncle se retournerait dans sa tombe...

... s'il savait comment tu traites son assassin.

Je sais ce que je fais.

Du calme, mes chiens ! Je ne suis pas un �tranger.

Tu m'as oubli�, femme.

C'est moi.

Manlache...

Je suis libre maintenant. Je viens du front.

Me voil� de retour.

Ne pleure plus ! Occupe-toi du repas !

Tiens ! Un peu d'argent...

Pardonne-moi, Manlache !

Pardonne-moi, Manlache ! Je n'ai pas pu t'attendre !

C'�tait trop dur ! Mon Dieu que c'�tait dur !

Je n'ai pas pu t'attendre. Pardonne-moi !

Qu'est-ce que tu as fait de la terre ?

Tu l'as vendue ?

� qui ?

Au boyard.

Pardonne-moi, Manlache !

C'est pas ce qu'on avait dit, Monsieur !

Va-t'en, voyou ! Je ne veux plus te voir !

C'est pas ce qu'on avait d�cid�.

Qu'est-ce qu'ils foutent ici, ces bandits ?

Pourquoi ne fais-tu pas attention ? ldiot ! Je vais te mettre � la porte !

Je ne peux faire confiance � personne !

- Tu veux que je te donne du travail ? - Je ne viens pas pour �a, Monsieur.

- Alors pourquoi ? - Pour ma terre.

Ta terre...

Ta femme me l'a vendue.

Tous les papiers sont en r�gle.

Mais si tu veux travailler en �change de cette terre...

- D'accord, Monsieur. - Tr�s bien. Je m'en r�jouis.

Allons-y, ma ch�rie !

Alors Manlache, on l�che les bottes de ceux qu'on tuait autrefois ?

�coute-moi bien, lordan ! C'est ton nom, n'est-ce pas ?

Quand je suis parti, tu n'�tais d�j� pas bien malin.

Je vois que tu n'as pas chang�.

Ne juge pas les autres !

S'il te pla�t, accepte-le !

Je ne peux pas, chef.

Arr�te de m'appeller "chef" ! Dis-moi Ion ! Je suis un homme, moi aussi.

Je ne peux pas accepter, Ion.

Si je le fais, demain vous voudrez que je vous laisse entrer dans ma maison.

Je ne veux pas qu'on se dispute.

Pourquoi est-ce que je te d�go�te ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

Rien. Et vous ne me d�go�tez pas, mais...

Qu'est-ce que tu allais dire ? Parle ! C'est �gal.

Je n'aime pas votre fa�on de me regarder.

Je suis seule. Je n'ai personne au monde.

J'ai appris � suivre mon instinct, m�me si je me trompe.

Comprenez-moi.

S'il te pla�t...

- Je ne peux pas. - Prends-le ! S'il te pla�t !

Je ne peux pas l'accepter.

Je vous remercie.

- M. Manlache ! - Est-ce que je peux entrer ?

Bien s�r ! Entrez !

- Tu te souviens de moi ? - Evidemment.

Vous �tiez encha�n� � papa. Vous l'aidiez � marcher.

- Et ta m�re ? - Elle est morte, elle aussi.

Et toi ?

- Tu vis toute seule ? - Toute seule, Manlache.

Pardonnez-moi, je n'arrive pas � vous dire Monsieur...

... m�me si vous avez les cheveux blancs avant l'�ge.

Tu peux vivre seule comme �a ?

Avec une hache sous l'oreiller, on peut.

Bien s�r qu'on peut. Pourquoi pas ? M�me seule comme �a.

- Tu sais pourquoi je suis venu ? - Vous �tes l�.

Peu m'importe pourquoi.

On m'a dit que ta chienne avait eu des chiots.

Bonne race, si c'est la chienne dont je me souviens.

Je voudrais que tu me donnes un chiot, quand ils auront ouvert les yeux.

Vous n'avez pas assez de chiens chez le boyard ?

Les chiens du domaine. Moi, avec mon travail...

... je n'ai personne � qui parler.

Vous voulez entrer ? Entrez !

Et voil�.

Il s'est �teint en 1910, � No�l.

Il est mort d'un coup.

ll m'a dit: "Manlache, �a y est !"

- Ne pleure pas ! - Je ne pleure pas. J'ai oubli�.

Ensuite, je l'ai enterr� et je t'ai �crit.

Vous ne buvez plus ?

Non. J'ai perdu l'habitude.

En fait, je n'ai jamais eu le temps d'y prendre go�t.

- Et puis, �a me monte � la t�te. - �a ne fait rien. Buvez donc !

Quand �a monte � la t�te, on oublie tout.

- Comment le sais-tu ? - Je le suppose.

Quel �ge as-tu ?

25 ans. Je suis une vieille fille.

- Pourquoi tu ne t'es pas mari�e ? - Je n'ai pas trouv� l'homme qu'il me fallait.

Et le gendarme ? Qu'est-ce qu'il veut ?

Moi.

- Tu es sa ma�tresse ? - Moi ? Avec lui ?

- Tu ressembles � ton p�re. - C'est vrai ?

Esp�rons que Dieu te donnera une meilleure vie que lui.

Je dois m'en aller.

Je t'apporterai le chien. Je sais d�j� lequel : Filou.

- Filou ? Pourquoi ce nom ? - Parce qu'il est m�chant.

Manlache !

- Quoi ? - Tu reviendras ?

Je viendrai.

Derri�re la grande colline, � Seigneur Dieu...

Un fier soleil s'est lev�, � Seigneur Dieu...

Pourquoi t'es-tu arr�t� de chanter ?

Tu as oubli� les paroles ? - Non. - Alors ?

Comme �a.

Mais si je te donne un sou, tu chantes ?

Tiens ! Le voil� !

- Mais tu chantes. - Oui.

Alors viens pr�s de moi et je t'�coute !

Derri�re la grande colline, � Seigneur Dieu...

Un fier soleil s'est lev�, � Seigneur Dieu...

- C'est tout. - C'est tout ?

- Oui. - Qui sont tes parents, gamin ?

- Je suis le fils de Ioana. - Ah! Le fils de Ioana...

Et si j'allais la trouver pour lui dire: "Ioana, vends-moi ton fils Nicusor ?"

- Moi, je m'appelle Vasile. - Vasile... Beau pr�nom !

Alors, tu viendrais avec moi, Vasile ? Qu'en penses-tu ?

Pourquoi donc ? J'ai de l'argent. Je t'ach�terais des bottes,

je t'inscrirais � l'�cole... Pourquoi tu ne veux pas ?

Non ! Laissez-moi !

Je sais bien qui vous �tes ! Manlache, celui qui revient du bagne !

Je te l'ai apport�.

Tu t'es approch�e comme un chat. Tu m'as fait peur.

Pour si peu ?

Regarde ! Je n'ai pas oubli�. Il a le palais tout noir.

Manlache, tu sais ce que je voudrais ?

Quoi ?

Que les choses soient toujours comme maintenant.

Comment �a ?

Je ne sais pas expliquer. Comme maintenant.

Tu devrais songer � te marier.

�pouses-moi, toi !

Dieu tout puissant ! Quelles sottises te passent par la t�te !

Je ne plaisante pas.

Ne te moque pas de moi !

Moi, me moquer de toi ? Qui se moquerait d'un homme comme toi ?

La vie.

Pourquoi n'es-tu pas revenu me voir ?

- Tu aurais voulu que je vienne ? - Oui.

Tiens, tiens ! L'ours est sorti de sa tani�re.

Prudence, ma fille ! Il a pass� pas mal de temps en prison.

Il te fera pleurer.

Je ne pleure pas si facilement, Madame.

D'ailleurs, qu'on soit paysanne ou grande dame, on passe toutes par l�.

Tu as la langue ac�r�e. J'aime ta libert� de penser.

Chacun pense comme il peut. Et comme on fait son lit, on se couche.

Manlache, celle-ci pourrait bien te mener par le bout du nez.

Si je tarde, dis � Monsieur...

... que je suis all�e galoper dans les collines !

Pourquoi tu la regardes comme �a ?

C'est une jolie femme.

Allons-y ! Il est tard.

Tu ne viens pas chez moi ?

Ruxandra, ne te moques pas de moi !

Je ne me moques pas. Je le jure devant Dieu !

Pas si vite ! O� crois-tu aller ?

Que se passe-t-il ?

�a, je l'aurais pas cru...

Manlache, je pensais que tu serais avec nous !

Iordan, tant que je travaille ici, n'essaie pas !

La prochaine fois, je frapperai encore... ... mais pas avec les poings !

Va-t'en !

Je m'en vais. Merci !

Des brigands ! Et nous sommes tout seuls, dans ce d�sert.

Tu crois que Manlache fait partie de la bande ?

Il les a peut-�tre m�me appel�s. Des hommes qu'il aura connus au bagne...

Tais-toi un peu !

Manlache !

N'ouvre pas !

- Qui est l� ? - C'est moi, Monsieur. Manlache.

- Que s'est-il pass� ? - Rien. Les chiens sont nerveux.

Rassurez-vous ! Vous pouvez vous recoucher.

Les chiens font parfois de mauvais r�ves et ils aboyent pour rien.

Bonne nuit !

Toi, reste ici ! Je vais voir �a plus pr�s.

Quand il vit trop bien, le chien sort dans la rue.

Tu vas chez ton amant ?

- Oui, chef, chez mon amant. - Pas seulement le tien...

La femme du boyard le veut aussi.

Ch�re Ruxandra, �a m'ennuierait que tout le village se moque de toi.

Tu es une fille pauvre et...

Je ne suis plus une fille depuis longtemps. Et tu sais quoi ?

Les villageois n'ont qu'� rire. Ils oublieront leurs soucis.

Et encore une chose : Occupe-toi de tes affaires !

J'ai peur que tu le regrettes un jour.

L�on ?

Pourquoi es-tu venu, par ce temps ?

Je t'avais dit que je viendrais.

J'aurais envie de chevaucher dans les champs et dans les collines...

... de crier de joie.

Si tu te brises les os, ne viens pas pleurer !

Est-ce que tu m'as jamais vu pleurer ?

Non. Tu as raison.

D'o� t'est venue l'id�e bizarre de t'attacher � un homme comme moi ?

�a me regarde.

Pourquoi veux-tu tout savoir ?

Quel orage !

La nuit id�ale pour les voleurs...

... et pour autre chose aussi...

- O� vas-tu, ch�rie ? - Au diable !

Qu'est-ce qu'il y a, Madame ?

Rien.

Elle n'arrive pas � s'endormir.

Saloperie de cigarette !

Mon amour, m�me si tu fr�quentes les gar�ons d'�curie,

tu ne devrais pas parler comme eux.

Ta gueule !

J'en ai assez !

Tu m'as amen�e ici, pour m'enterrer dans ce d�sert !

Pourquoi ?!

Calme-toi, voyons !

Merde !

Je ne vois que des palefreniers et des marchands qui puent !

J'en peux plus !

J'en peux plus ! J'en peux plus ! J'en peux plus !

Calme-toi !

J'en ai assez !

Assez !

J'en peux plus !

J'en peux plus !

Pardonne-moi, ma ch�rie !

Ma ch�rie, pardonne-moi !

Ne me touche pas !

Pourquoi n'ai-je pas compris �a plus t�t ? Mais bien s�r ! Tu as enti�rement raison.

Nous perdons nos meilleures ann�es ici.

On partira o� tu voudras. On part pour Bucarest, si tu veux.

Ou alors on ira � Paris.

Comment n'y ai-je pas pens� ? On ira � Paris !

Un an plus tard...

On dit que le boyard aurait gagn� � Paris pas mal d'argent � la roulette.

C'est toujours comme �a : l'argent attire l'argent.

Putain de vie...

Bonjour � tous !

Bonjour, Monsieur !

Bonjour, Madame !

- Bonjour ! - Viens avec moi !

Bonjour !

Bonjour !

Tout de m�me, apr�s un an, c'est bon de rentrer chez soi.

M�me ici, dans ce coin perdu.

Suis-moi !

- Tu reconnais cette pi�ce, n'est-ce pas ? - Oui.

Je l'ai laiss�e telle quelle pendant 13 ans...

... pour ne pas oublier ce que vous avez fait en 1907...

... quand vous avez assassin� mon oncle.

- Vous, vous avez oubli�. - Qui ca, "nous", Monsieur ?

Ceux qui sont morts pendant la r�volte...

... au bagne ou, plus tard, au front ?

Le village.

Le village... Ce qui en reste...

Des vieux, des femmes et quelques enfants.

Et toi, as-tu oubli� ?

Non.

Tu es sinc�re. �a me pla�t.

D'ailleurs, je l'ai vu tout de suite. C'est m�me pour �a que je t'ai engag�.

Pendant mon absence, tu as fait du bon travail.

Je suis satisfait.

D�s demain, on br�lera tout �a. On apporte des meubles neufs.

On oublie tout. Je te pardonne.

- Tu n'es pas content ? - Et notre affaire, Monsieur ?

- Quelle affaire ? - Celle de la terre.

La terre que vous avez prise � ma femme, quand j'�tais au bagne.

Et moi qui voulais faire de toi mon bras droit...

Fais attention, Manlache ! Tu pourrais retourner en prison.

Si c'est ma croix, Monsieur...

Alors, on la nettoye demain, cette pi�ce ?

Je t'en prie, ne fais pas d'exc�s !

Sois tranquille ! Prends soin de toi !

Vous ne voulez-vous pas que je vous conduise, Monsieur ?

Non, merci. Occupe-toi plut�t de la maison.

Je serai de retour demain vers midi.

� demain !

Allez !

Et maintenant, elle va pouvoir s'occuper de M. Manlache !

Ces boyards sont des imb�ciles. Trop s�rs d'eux.

Il faut �tre aveugle pour ne pas voir...

... qu'elle en pince pour Manlache.

Esp�rons qu'il n'y aura pas de scandale, chef.

Mais si, mon gars ! Au contraire. Il m'a assez pourri la vie.

Ruxandra...

... parfois je regrette que Dieu ne m'ait pas donn� une belle voix.

Savoir chanter, rien qu'une fois...

J'entends la chanson dans ma t�te, on dirait un choeur d'anges.

Et quand je me mets � chanter, j'effraie les chiens de sept villages !

Manlache...

Quoi ?

Rien.

Tu es bien, avec moi ?

Mon Dieu, Qu'est-ce qui t'arrive ?

Bien s�r.

Manlache, je suis enceinte.

Plus tard, tu le sentiras bouger.

Pour l'instant il n'a que quatre mois.

- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? - Le moment n'�tait pas venu.

Que Dieu te b�nisse, Ruxandra !

Filou !

Fuyons !

Il a d�chir� mes v�tements !

Cours ! Plus vite !

On m'a trahi.

On m'a trahi.

Bonjour !

Bonjour, M. le procureur. Voici l'homme qui vous expliquera tout.

Je suis le gendarme Ion, chef de poste.

J'ai trouv� la victime couverte de sang, avec la hache � c�t�.

- J'allais justement... - Vers quelle heure ?

Quatre heures du matin. On soup�onne un ex-bagnard.

Bien. Allons le trouver !

En arri�re ! Ecartez-vous !

Manlache !

Pour l'amour de Dieu, sauve-toi !

- Qu'est-ce qui s'est pass� ? - On a tu� le boyard.

Ils te soup�onnent. Va-t'en !

Face au mur ! Les mains en l'air !

C'est lui, M. le procureur ! Il essayait de s'�chapper.

Avez-vous tu� M. P�r�ianu ?

Non, c'est pas moi.

Alors dis-nous o� tu �tais cette nuit, entre minuit et 4 heures du matin !

�a t'�tonne que je sois au courant.

On sait tout !

Regardez ses bottes, M. le procureur. Qui d'autre porte une pointure pareille ?

Elles sont grandes comme les traces trouv�es pr�s du cadavre.

Tu ne t'appelles pas Preda Manlache ?

- Y a-t-il une autre sortie ? - Oui, de l'autre cot� !

Ne tirez pas ! Je le veux vivant.

Filou...

P�re Petrache, est-ce que quelqu'un est pass� par l�, cette nuit ?

Non. Personne.

Impossible !

Je n'ai pas ferm� l'oeil de la nuit. J'ai attendu un train de marchandises.

Au petit jour, j'�tais � la barri�re.

Et les vendeurs de p�trole non plus, vous ne les avez pas vus ?

Si, mais avant hier. Ils allaient vers le village.

- Ils ne sont pas revenus ? - Non.

C'est pourtant le seul chemin.

Il y en a un autre.

Un qui va � droite, le long de la rivi�re Colac...

... et un autre de l'autre cot�. Mais ce sont de mauvaises routes.

Qu'est-ce que j'ai dit ?

Bouge pas !

Arr�te !

P�re Petrache...

- Manlache ! - Oui.

P�re Petrache...

Entre ! Tu dois avoir faim.

Vous croyez que c'est une bonne id�e ?

T'en fais pas. Je sais ce qui est bien et ce qui ne l'est pas.

Les gendarmes t'ont cherch� toute la journ�e. Assieds-toi !

Si c'est �a, ma croix, ainsi soit-il !

Si c'est ta croix, alors, pourquoi tu ne te livres pas ?

Pourquoi, p�re Petrache ?

Eh bien... Pourquoi ils te cherchent ?

Ils m'accusent de quelque chose que je n'ai pas fait.

Si on y r�fl�chit, il y a beaucoup d'injustices dans ce monde.

Ce M. L�on, c'�tait un salopard. Il avait peut-�tre l'air d'un ange...

... mais c'�tait un d�mon ! Comme son oncle, celui que tu as...

Tel oncle, tel neveu.

Tu sais que j'ai �t� son serviteur � une �poque.

J'avais une fille tr�s belle. Et moi aussi j'aurais voulu prendre une hache et...

Je n'ai pas eu la force. Toi, maintenant, tu as fait justice.

Aujourd'hui, comme il y a 13 ans.

P�re Petrache, c'est pas moi qui l'ai tu�.

Tu as fait bien de ne pas lui prendre son argent.

Ils l'ont trouv� dans la voiture.

Ce renard ! Il ne le gardait pas dans son portefeuille.

C'est pas moi qui l'ai tu�, p�re Petrache. Vous entendez ?

- Vous ne me croyez pas. - Alors, c'est l'autre, l'assassin.

Ils ont trouv� la trace de tes bottes pr�s du mort.

J'�tais l�, mais je suis arriv� trop tard.

Il �tait mourant.

Quand je me suis approch�, il a rendu l'�me.

L'assassin s'est enfui.

Filou, mon chien, lui a couru apr�s et a disparu.

Il ne l'a pas tu�.

Le chien, je veux dire... Parce que je ne l'ai pas retrouv�.

Qui est l� ?

C'est moi.

N'aie pas peur !

Ne crie pas !

L�che-moi !

Non !

Ruxandra, tu sais que je t'aime !

- Non ! - Je ferais n'importe quoi pour toi !

Et comme �a, hein ?!

Qui est l� ?

C'est moi, mon gars.

Sois tranquille !

Repose-toi ! Il faut reprendre des forces.

P�re Petrache, je vous en prie...

Allez au village, voir Ruxandra, la fille de Tzigau.

Dites-lui que je suis innocent et que je le prouverai.

Et dites-lui aussi que je me cache dans la montagne, chez Badin, le berger.

Je sais pas, Manlache... Et si quelqu'un me voit.

Si vous ne voulez pas, j'irai moi-m�me.

Et m�me si les gendarmes me prennent,

je saurai qu'il reste au moins une personne qui croit en mon innocence.

J'ai d�j� pay� pour ce que j'ai fait, p�re Petrache.

Tu n'�tais pas coupable alors. Bon, si tu veux...

... demain matin j'irai la voir.

L'hiver est venu t�t cette ann�e.

Tu es malade ?

Non.

Ma fille, il n'est pas coupable. Tu m'entends ?

Crois-moi ! Manlache n'a tu� personne.

M�me s'il avait tu�, il serait toujours mon homme.

Est-ce qu'il a tu� quelqu'un de pauvre ?

Ne parle pas comme �a ! Il n'a tu� personne.

Il est l�-haut, dans la montagne, � la bergerie de Badin. Tu connais ?

Il m'a demand� de venir pour te le dire.

J'irai le voir.

J'irai le voir.

Ce Preda, je le connais.

Mon cher, il laisse ses traces pr�s du cadavre,

le gendarme l'aper�oit juste apr�s le meurtre,

et par dessus le march�, il s'enfuit.

Peut-�tre qu'il n'a pas confiance en notre justice.

Un criminel qui n'a pas confiance en la justice... Soyons s�rieux !

Je dis qu'on le capture mort ou vif et basta, affaire class�e.

Non, Monsieur. On ne classe pas l'affaire.

J'ai appris que deux vendeurs de p�trole du village voisin...

... ont d�pens� une tr�s importante somme d'argent.

Mais on lui a pas vol� son argent, au boyard.

Quelqu'un a donc d� payer nos vendeurs de p�trole pour un service rendu.

Quelle preuve avons-nous contre eux ?

- La hache. - Qui aurait pu les payer ?

Peut-�tre Mme P�r�ianu elle-m�me, l'unique h�riti�re...

Une fois d�j� vous avez mordu la poussi�re, et on vous a exil� dans ce trou.

Le marbre, pas la poussi�re.

C'est la hache avec laquelle il l'a tu�.

Pas avec le tranchant, mais avec ce bord-ci.

Qu'est-ce que �a tombe !

Que penses-tu de cette affaire, vieil homme ?

Si vous aviez �t� ici avec ce truc-l�, au moment du crime,

�'aurait �t� merveilleux !

- Comment t'appelles-tu, grand-p�re ? - Petrache.

Quel est ton m�tier et quel �ge as-tu ?

J'aurais voulu devenir quelqu'un, mais je me suis retrouv� � la barri�re.

Mais j'ai le plus haut grade : cantonnier.

Quant � mon �ge... J'ai plus beaucoup d'ann�es devant moi.

Tu connais Manlache Preda ?

Non, Monsieur.

Tu l'as vu depuis qu'il est revenu au pays ?

Non, Monsieur.

- Et sa ma�tresse, tu la connais ? - Je sors de chez elle.

- Elle est malade. - Que penses-tu du boyard L�on ?

Il avait le visage d'un homme bon.

Seulement le visage ?

Seul Dieu sait ce qu'on cache dans notre �me.

Et il nous jugera tous apr�s la mort.

- Il avait des ennemis ? - Comme tout le monde.

Tu les connais ?

C'�tait peut-�tre ceux qu'il ne soup�onnait pas.

- Comme Manlache Preda... - Je ne sais pas. Je suis vieux.

Ceux qui disent que les vieux sont sages sont des imb�ciles.

L'homme reste tel qu'il est n�.

Bien, p�re Petrache.

C'est la hache avec laquelle on l'a frapp�.

Est-ce que vous connaissez le cantonnier Petrache ?

Oui.

Demain, on perquisitionnera chez lui.

Grand-p�re ! Dans le journal de Bucarest, il y aura ta photo !

Oui, la mienne et celle du roi.

Ruxandra !

O� est Ruxandra ?

Pourquoi vous ne me r�pondez pas ?

O� est-elle ? Je t'ai demand� quelque chose !

Stop !

- C'est toi qui a emmen� Ruxandra ? - Mains en l'air !

Manlache !

Je te tuerai de mes propres mains.

Pourquoi me regardez-vous comme �a ? Allez ! En avant !

Attendez que le train soit pass� !

Halte !

Je le veux vivant ! Tu m'as compris ? Vivant !

Halte !

Vous les avez laiss� filer !

A terre !

Tais-toi !

On ferait mieux d'encercler le marais et d'attendre.

Ils ne peuvent pas nous �chapper.

Mon gars, ta blessure est grave.

- Il faut pas dormir. - Pourquoi ?

Si tu dors, tu auras de la fi�vre, tu d�lireras.

Tu as mal ?

- Oui. - Tu me laisses te faire un pansement ?

Vas-y !

Tu ne t'es pas rendu, et tu m'as sauv� moi aussi... T'es fort.

Tu me portais comme un chiot...

Vous auriez pr�f�r� la prison ?

J'ai rien fait. Pourqui j'irais en prison ?

Vous disiez d�j� la m�me chose en 1907.

Tu n'as pas oubli�.

Dans les mines de sel, j'ai oubli� m�me le visage de ma femme...

... mais je n'oublierai jamais que vous nous avez laiss� tomber.

Pourquoi vous avez fait du feu ?

Ne t'en fais pas ! La nuit, on ne voit pas la fum�e...

... ni le feu au milieu des broussailles. - Je savais pas que c'�tait comme �a.

- Quoi ? - Quand tu quittes ce putain de monde.

Tu avances entre des murs de sel blanc. Et tu avances toujours...

... mais tu ne sais pas si tu montes ou si tu descends.

Mon gars...

... laisse-moi aller au village te chercher des rem�des !

Reste ici !

Ta blessure s'infecte. Il faut la percer.

- Laisse-moi y aller ! - Ta gueule, vieil imb�cile !

Tu veux courir me donner aux gendarmes, pour sauver ta vie mis�rable !

Tu as trahi d�j� en 1907. Qu'est-ce que �a t'a rapport� ?

A cause de salauds comme toi, j'ai fait dix ans de bagne,

et maintenant tu veux me donner ! Pas question !

Tu resteras ici avec moi jusqu'� ce que je cr�ve !

Apr�s, fais ce que tu veux : tu m'enterres ou tu me jettes aux chiens.

Mais en attendant tu restes avec moi ! Jusqu'� ce que je cr�ve !

Mon gars...

Manlache !

Allons bon...

Mon gars...

Mon petit gars... Manlache...

Grands dieux !

Attends ! Ne bouge pas !

Manlache ! Arr�te !

Mon fils...

Manlache ! Mon gars... Tu m'entends ?

Je vais chercher des m�dicaments.

N'aie pas peur ! Je ne te trahirai pas.

Je n'ai jamais d�nonc� personne. Tu m'entends ?

Je ne vous ai pas trahi � l'�poque.

Je ne vous ai pas trahi !

Tu ne dois pas mourir. Tu m'entends, Manlache ?

Mon gars...

J'y vais.

J'y vais.

- Il ne faut pas qu'il nous �chappe ! - Il a fil� par l� !

Rattrapez-le !

Qu'est-ce que tu fais l� ?

�a se voit pas ?

Ne te fous pas de moi, si tu veux rester en vie !

- Comment t'appelles-tu ? - Vasile.

- Vasile comment ? - Asandei.

Asandei Vasile.

En voil� une surprise !

- O� habites-tu ? - � l'auberge de Conachi.

- Mais je me suis mari� � Cudalbi. - Qu'est-ce que tu fous l� ?

Vous avez bien vu !

Tu connais le cantonnier Petrache Sava ?

- Petrache ? - Oui.

Je ne sais pas. Je connais plusieurs Petrache.

Mais je ne me souviens pas de celui-ci.

Je vais t'aider � t'en souvenir, moi ! Tu connais un certain Manlache Preda ?

Manlache ? Il est au bagne, le pauvre !

Il y est all� et il y retournera.

Mais pour le moment il est quelque part ici.

Sois gentil et dis-moi o� il est !

Je ne l'ai pas revu depuis des lustres.

�coute-moi, vieux fou !

Ne te moque pas de moi, si tu tiens � la vie !

- Dis-moi o� est Manlache Preda ! - J'en sais rien, M. le gendarme !

Si, tu le sais ! Tu le caches depuis qu'il a tu� le boyard !

C'est s�rement le Bon Dieu qui le cache, M. le gendarme !

C'est toi qui le cache ! Ton nom est Petrache Sava !

Ne dis pas le contraire, ou je te fais la peau !

Apparemment, quoi que je dise, tu me feras la peau.

Tu vas me dire la v�rit�, pourriture ?!

- Oui. - Parle !

Je ne sais rien.

Ah !

Arr�tez !

Et maintenant, tu sais ?

Non.

Relevez-le !

Relevez-le ! Il fait semblant.

T'as vu ce qui arrive si tu ne r�ponds pas ?

Si vous voulez que je dise ce que vous savez d�j�,

pourquoi me le demander ?

Mettons que je l'ai dit, et basta.

Que le diable t'emporte, vieux crapaud ! Emmenez-le chez le juge !

On lui fera avouer ce qu'il a vu dans le ventre de sa m�re.

Ose me dire que tu ne t'appelles pas Petrache !

�a suffit ! Laisse-le !

Faites entrer la femme !

Vas-y !

C'est limpide. Pourquoi as-tu menti � l'adjudant, mis�rable ?

M. le juge, je vais tout vous dire...

... si vous me laissez ensuite me reposer un peu.

Entendu. Parle !

C'est moi qui ai tu� le boyard.

Et pourquoi n'as-tu pas pris son argent ?

Parce que je m'en fichais de son argent.

Et puis Manlache ne m'a pas laiss� le prendre.

Qu'est-ce qu'il faisait l�, le bagnard ? C'est ton complice ?

Pourquoi vous l'appelez toujours "le bagnard" ?

Il a purg� sa peine.

Pourquoi vous ne dites pas "le soldat" ou Manlache ?

Ne change pas de sujet ! R�ponds � la question !

Non. Il n'�tait pas mon complice.

Il a eu le tort de passer par l�.

Il a entendu des bruits et il a accouru pour voir ce qui se passait.

Quand je l'ai vu venir, je me suis enfui dans la for�t.

Pourquoi Manlache s'est-il enfui, s'il n'�tait pas coupable ?

Il a appris qu'on le soup�onnait et il a eu peur.

Alors toi tu l'as reconnu, mais lui non ? Explique-moi �a !

N'importe qui reconna�trait Manlache.

Pourquoi l'as-tu cach� ?

M. le juge, je savais bien qu'il n'�tait pas coupable.

Je ne pouvais pas le laisser condamner � ma place.

Pourquoi est-ce qu'il t'a sauv� des gendarmes ?

Il a cru que vous m'aviez arr�t� � cause de lui.

O� est-il maintenant ?

� Vaieni, plus loin. Je l'ai envoy� l�-bas.

Je savais que vous finiriez par me prendre.

Ne soyez pas surpris, M. le procureur !

Dans ma famille, on porte le deuil en blanc.

- Veuillez m'excuser... - Ne vous formalisez pas !

Passons au vif du sujet !

C'est assez d�sagr�able pour moi...

... mais j'esp�re que vous comprendrez.

Des rumeurs disent...

... que vous aviez avec Manlache Preda des relations intimes.

Vous insinuez que je couchais avec lui ?

Non, Madame. Je n'insinue jamais rien.

J'en suis heureuse.

Sans quoi, j'aurais �t� oblig�e d'en r�f�rer � vos sup�rieurs.

Pour vous r�pondre... Non.

De ce point de vue, je n'ai pas � me plaindre de l'assassin.

Vous voulez dire, de l'homme que nous soup�onnons.

Je ne comprends rien � la justice.

M. le procureur, pourrions-nous en finir avec ce sujet ?

J'insiste. Qu'est-ce qui vous fait croire que Manlache Preda est l'assassin ?

L'intuition.

Soit ! Mais la justice se fonde sur des faits, des preuves...

Ce sont vos affaires.

- Qui es-tu ? - Je cherche M. le procureur Marian.

A l'avenir, avant d'entrer chez les gens...

... tu frappes et demandes la permission.

- D�sol�. - Quel formalisme !

Ch�re Madame, excusez mon d�part pr�cipit�.

- L'affaire commence � s'�claircir. - Vraiment ?

Il semble bien.

Au revoir !

- Bonjour ! - Vous avez vu : j'avais raison.

Pas besoin d'hypoth�ses, ni de complications...

Deux ou trois gifles, et le vieux a tout avou�.

Reste � attraper Manlache. On d�montre sa complicit� et basta !

Emmenez-le !

- Avance ! - Qu'y a-t-il, grand-p�re ?

Pas la peine d'envoyer vos gendarmes ! Ils ne le trouveront pas.

Quoi ?

- Personne n'attrapera Manlache. - Pourquoi ?

- Parce que je l'ai tu�. - Voil� autre chose !

On s'imagine que la vie � la campagne est idyllique, et voil� :

ils s'entretuent sans arr�t !

Il ment, M. le juge.

Comment un vieillard pourrait-il tuer un g�ant comme Manlache ?

- Avec le couteau. - Quel couteau ?

Il est couvert du sang de Manlache.

- En effet, c'est du sang. - Comment as-tu fait pour le tuer ?

- Pendant qu'il dormait. - Pourquoi ?

Je lui ai dit que j'�tais l'assassin du boyard, et il voulait me d�noncer.

Tu l'as enterr� ?

Je l'ai tra�n� dans le marais et je l'y ai laiss�,

pour que la boue l'engloutisse.

Moins de bruit ! Il ne faut pas qu'il nous entende.

Qu'est-ce que vous faites ? Vous le laissez �chapper ?

Pourquoi tu as tir�, abruti ? Rattrapez-le !

Halte !

Tu as cru m'�chapper, hein ? Relevez-le !

Je devrais te tuer sur place !

Montre-nous o� est ta cachette !

Elle est l�, M. le juge, pas loin d'ici.

Attends !

Manlache ?

C'est moi, Badin.

- C'est bien toi ? - Oui.

- Qu'est-ce que tu as � la main ? - Ils m'ont bless�.

- Tu as faim ? - Je ne sais pas.

Entre ! J'ai de la polenta. On verra bien si tu as faim ou non.

Comment te d�brouilles-tu ? Tous les malheurs du monde te suivent.

Est-ce que je sais, moi ?

C'est comme �a dans la vall�e. Mais dans les montagnes, c'est diff�rent.

L'ours vient et saisit sa proie.

Si tu es assez fort, tu le chasses...

Sinon il emporte un mouton. C'est correct.

C'est une b�te honn�te, pas comme un homme.

- Quand est-ce que tu redescends ? - Demain.

Je te laisse toutes mes affaires, et aussi quelques brebis.

Avant le printemps, je t'en enverrai d'autres.

Ne t'en fais pas ! Je sais comment faire.

- Je ne veux pas te causer d'ennuis ! - Tu ne ferais pas la m�me chose pour moi ?

Je ne sais pas.

Alors tu dois �tre bien d�boussol�.

Tu as besoin d'autre chose ? Dis !

- Tu connais Ruxandra ? - Oui.

Dis-lui que je vais rester ici jusqu'au printemps,

et alors j'essaierai d'obtenir justice.

Tr�s bien. Je le lui dirai.

L'�toile se l�ve dans le ciel, comme un grand myst�re.

L'�toile brille tout l�-haut...

... annon�ant la bonne nouvelle au genre humain.

Cette saloperie d'hiver...

Si le m�decin l�giste d�couvre qu'il est mort de tes coups...

... tu es cuit.

Mais M. le juge... Je voulais juste... Il jouait les imb�ciles.

Un coup c'est lui, un coup c'est pas lui. Et vous connaissez les avocats...

Ils font durer le proc�s. Moi j'ai juste voulu le faire parler.

- Vous comprenez ? - Ferme-la !

All� ? Vous avez les r�sultats ?

Evidemment.

On se voit l�-bas dans une heure.

Quelqu'un d'autre est au courant ?

Personne. Seulement moi et Ion, qui �tait avec moi.

Apr�s, j'ai ferm� la cellule et emport� la cl�.

Dans une heure tu seras en face du procureur Marian.

Retiens bien ce que je te dis :

Le vieux est tomb� dans l'escalier, en sortant du tribunal.

- Compris ? - Compris ! On a des t�moins.

Il s'est bless� au visage en tombant. Vous l'avez port� dans sa cellule.

Quand vous �tes revenus pour l'emmener voir un m�decin...

... vous l'avez trouv� pendu. C'est clair ?

Il s'est pendu lui-m�me. Trouve avec quoi !

O� a-t-il trouv� la corde ?

Je ne sais pas, Monsieur.

Il a d� la voler hier, quand il a nettoy� les toilettes.

Couchez-le ici !

Qui l'a d�figur� comme �a ?

Il est tomb� dans l'escalier ce matin, apr�s l'instruction.

Sans doute a-t-il eu peur, ou des remords. Se pendre !

On reparlera de ta n�gligence !

Maintenant l'affaire est class�e. Que Dieu les pardonne tous !

Si c'est en Son pouvoir... J'ai une bonne nouvelle pour vous.

Votre nomination � Bucarest. Ou plut�t re-nomination...

- Ne me prenez pas pour un imb�cile ! - Voyons ! N'allez pas croire que...

Mes agents ont suivi la ma�tresse de Manlache.

Je sais o� il se cache.

Le vieux ne peut plus parler. Je ne crois rien de ce qu'il a dit.

Que comptez-vous faire ?

- Aller trouver Manlache. - C'est une folie !

Un poste vous attend � Bucarest et vous voulez courir la montagne...

...� la recherche d'un ex-bagnard ? Laissez donc passer les f�tes !

Non. On y va maintenant. Pr�parez-vous pour le d�part !

- Maintenant, � la veille de No�l ? - Oui.

Et moi ? Je viens avec vous ?

- �a n'entre pas dans vos attributions. - Alors je vous attendrai ici.

Oui. C'est �a. Vous m'attendrez ici.

- Prenez vos manteaux ! On y va. - � vos ordres, M. le procureur.

Ion, tu connais le chemin ?

Oui, mon adjudant. C'est celui-ci ! Il va tout droit l�-haut.

Je lui ai fait des jouets.

Comment est-ce qu'on l'appellera ?

Comme tu voudras.

Je n'ai pas connu mon p�re. Il s'appelait Vasile.

- Un beau nom ! - C'�tait aussi celui de mon p�re.

C'est pourtant vrai ! J'avais oubli�.

Qu'est-ce que tu as ?

Manlache, les douleurs commencent trop t�t.

C'est peut-�tre juste la fatigue. Je vais te faire � manger.

M. le procureur !

M. le procureur !

M. le procureur ! Rentrons ! Je n'en peux plus.

Vous �tes � bout de forces aussi.

Les loups ! Ils sont l�-haut !

Ne me laisse pas ici ! Ne me laisse pas !

Manlache, j'ai trop mal !

Tu trembles. Tu as froid ?

Manlache !

Manlache, quelqu'un t'appelle.

Tu te fais des id�es. C'est le vent.

Il y a quelqu'un dehors. Quelqu'un qui t'appelle.

Il n'y a personne. Ne t'en fais pas !

Ruxandra !

Ruxandra, tu m'entends ?

Ruxandra...

Ne me laisse pas !

Ruxandra... Ruxandra !

Je t'emporte !

N'aie pas peur !

Je te porte dans la vall�e.

Tu as mal ?

Tiens bon !

N'aie pas peur ! Tiens bon !

Ruxandra ! Tu m'entends ? Ruxandra !

Ruxandra !

Ruxandra !

- Courage ! On y est. - Manlache...

J'ai oubli� de te dire...

Le gendarme Ion a voulu...

Il m'a frapp�e.

Ma ch�rie, je ne comprends pas. Que veux-tu dire ?

Ruxandra !

Ruxandra !

Ruxandra, tu m'entends ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Manlache ! L'enfant... Il vient !

Aide-moi !

Manlache !

Quoi ?

Je ne peux pas... Je n'y arrive pas !

Calme-toi ! Je vais trouver une femme.

- Que Dieu le pardonne ! - Que Dieu ait piti� de lui !

Il �tait si bon !

Madame lui a d�j� trouv� un rempla�ant.

Les mauvaises langues disent que c'est elle qui a pay� l'assassin.

Pour h�riter d'une fortune pareille, je veux bien le croire.

Pauvre M. L�on ! Qui se serait dout� ?

Jeune, riche, une maison magnifique...

... une femme superbe !

Par contre, ce procureur Marian, c'�tait un d�ment.

S'aventurer dans la montagne en plein blizzard...

A mon sens, il a eu un chagrin d'amour et s'est suicid�.

Je ne vois pas d'autre explication.

Dommage ! Il �tait si distingu� !

Qu'est-ce que vous dites ? Il �tait fou � lier, ch�re madame !

- � la v�tre ! - Merci.

Que Dieu le pardonne ! C'est la tradition.

Et pourtant, M. le juge, n'avez-vous pas l'impression...

... que cette histoire de Manlache Preda et du procureur...

... ressemble un peu trop � celle de Jean Valjean et de Javert ?

Vous savez, d'un point de vue juridique, tout est clair.

Petrache est l'assassin. Il a avou�.

Mais...

Car il y a un "mais"...

Mon coll�gue - que Dieu le pardonne...

... a laiss� des notes disant que l'assassin serait un vendeur de p�trole.

Et alors ?

Par conscience professionnelle, j'ai cherch� cet homme.

Mais il est mort aussi. Mordu par un chien sauvage...

... dont les villageois disent que c'�tait le chien de Manlache.

Qu'est devenu Manlache Preda ?

Il court toujours. Sa t�te est mise � prix.

Les gendarmes le cherchent dans les montagnes.

Derri�re la grande colline, � Seigneur Dieu...

Un fier soleil s'est lev�, � Seigneur Dieu...

Derri�re la grande colline, � Seigneur Dieu...

Un fier soleil s'est lev�, � Seigneur Dieu...

Putain de monde...

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