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Original subtitles

...

Cloches.

Brouhaha.

-Monsieur ?

Il est beau, mon cochon !

-Regardez !

-Monsieur ?

Merci.

-"De par le roi,

"ont été condamnés Guillaume Séjournant

"et son fils, Simon Séjournant,

"cordonniers de leur état,

"à être brûlés et réduits en cendres,

"pour avoir proféré d'exécrables

"et détestables blasphèmes hérétiques

"contre l'honneur de Dieu et de la très sacrée Vierge Marie."

Huées.

Guillaume Séjournant,

renonces-tu aux erreurs et mensonges

de l'hérésie luthérienne, calvinienne et protestante ?

-Rejoignez l'Eglise réformée tant qu'il est temps.

Renoncez...

aux erreurs

de l'Eglise catholique !

Le pape est un faux chrétien

Qui vous détourne de Jésus-Christ !

-Simon Séjournant,

renonces-tu aux erreurs et mensonges

de l'hérésie luthérienne,

calvinienne et protestante ?

- Allez, petit !

- Allez ! - Allez, renonce !

-Je renonce.

-AH !

- Honores-tu la Sainte Vierge ? - Oui.

-Crois-tu que le pape

soit le saint pontife

de l'Eglise catholique,

apostolique et romaine ? - Oui.

-AH ! Applaudissements.

-Tu abjures donc devant Dieu les mensonges

Diaboliques de l'hérésie protestante.

- ALLEZ ! - Allez !

-Reviens vers nous !

-J'abjure.

-Vive le pape !

-Embrasse la Vierge !

-Qu'on lui épargne la souffrance du feu !

-Mais non !

Huées.

-Non !

Non !

Non !

Tambour. Non !

- Justice !

-Procédez !

Brouhaha.

- Ouais !

-Soyez maudits !

Soyez maudits. Seule la lecture

de l'Evangile est votre salut !

Soyez tous maudits !

Il crie.

-Jésus vous aime,

Les enfants ! Jésus vous aime.

Siorac !

Vous avez mieux à faire ?

-Chacun ses goûts. Je vous laisse à votre divertissement.

-Vous contestez la peine infligée ?

-Tous ceux qui offensent Dieu méritent châtiment.

Cloches.

Brouhaha.

-Monsieur de Siorac.

J'ai enfin reçu votre ouvrage

Sur l'élevage des lapins de clapier.

C'est arrivé hier de Genève.

Avec ceci.

-Soyez prudent.

Cabusse, je te retrouve au château. - Bien, capitaine.

-Allez !

...

- Ca va ? - Très bien.

-Samson ?

Viens !

- Ca va ? - Oui.

- Voilà. - Merci.

Savoir lire, c'est se rapprocher de Dieu.

Il habite dans ce petit livre

Bien davantage que dans n'importe quelle église de pierre.

-Pourquoi n'y a-t-il pas d'images ?

-Les images sont des idoles qui nous détournent de Jésus-Christ.

-C'est dommage. Il y en a de si jolies de la Sainte Vierge.

-Samson.

-Marie est la mère de Jésus. Tu dois la respecter

Et tes prières ne doivent s'adresser qu'à Dieu seul.

Cache-le bien.

-Vous reviendrez bientôt ?

-C'est parce que tu lui ressembles que notre fils

Aime tant la Sainte Vierge.

-(Attention, regarde. Elle arrive.)

Oui !

Monsieur mon frère.

-Monsieur François.

-Ah !

Merdeux !

-C'est lui le merdeux.

Rires.

Il est où ? - Il est là ! Cours !

...

-Ah !

Ah ! - Alors, les enfants ?

-Ah !

Rires des enfants.

- Tiens-moi ça. - Protégez-moi, mon père.

François est en rage. - Mes fils s'entretuent ?

-Oui, à un jeu idiot.

-Il a peur des souris.

-Allez à votre étude, plutôt !

Allez, ouste ! Toi, Helix,

Va aider ta mère au lieu de baguenauder avec mes fils.

-Attention, Maligou !

Ne mets pas de terre dans la soupe. - Occupe-toi de tes fesses, et moi,

De mon ragoût. - Regarde ce que j'ai trouvé.

-Il y a de la diablerie là-dedans.

Ca vient des Amériques.

C'est les Espagnols qui les rapportent.

C'est des "pommes d'or".

-Ca change des arquebusades.

-Tentation ! Nourriture païenne.

En patois.

-Avec notre bon curé, pas besoin de pommes d'or pour la tentation,

vilaine paillarde !

...

-Pour le foin et l'huile.

-Ils ont rejoint le Christ, Jean.

Ils sont plus heureux que nous qui nous cachons comme des cloportes.

-Simon Séjournant, le fils,

Il a abjuré.

-Il est mort pour rien.

-Le Christ nous commande de ne pas juger, Jean.

-Tu es passé par le hameau ?

-Je m'inquiète pour eux.

-Change de vêtements, tu pues encore la chair brûlée.

- Aïe ! - Vous avez des noeuds, madame.

Il faut les dénouer.

-Je vais engager une chambrière, tu retourneras garder les vaches.

-J'ai jamais gardé les vaches ! Je suis née au château comme vous.

-Il y avait des vaches, au château.

-Ma mère, qui était chambrière de la vôtre, m'a toujours raconté

Que votre grand-père a eu des tendresses pour elle.

Dans ce cas, je serais votre tante. - Toi, ma tante ?

Une dévergondée qui ne manie même pas la brosse !

-Une dévergondée ? Je suis encore jeune fille, moi, madame !

Si vous en voulez la preuve,

demandez à M. de Siorac, qui est médecin, de m'examiner.

-T'examiner ?

Tu es malade ? - Non, elle est insolente.

- Laisse-nous, Cathou. - Prépare-moi un verre de vin doux.

Et un pour toi aussi. - Bien, madame.

Cathou ferme la porte.

-J'ai vu brûler deux des nôtres ce matin.

-Les vôtres, comme vous dites, savent ce qu'ils risquent

En rejetant la religion catholique.

-Si tu les avais entendus, tu serais moins légère.

-C'est toi qui es léger. Tu mets ta famille

En danger. Tu rejettes la messe.

Le curé finira par vous dénoncer.

Tu me fais peur.

Dans mes cauchemars, je t'entends crier dans les flammes.

Messe en latin.

-Amen.

- Amen. - Amen.

-C'EST DIEU

QUI EST MON ASSURANCE.

ET MON BOUCLIER,

J'AI ESPERANCE.

DIEU EST LE JUGE VERITABLE,

CELUI QUI EST EQUITABLE

ET DE CELUI SEMBLABLEMENT

QUI L'OFFENSE... - Moins fort, mon frère.

Le bon Dieu n'est pas sourd et notre curé non plus.

-Alléluia.

Corpus Christi.

Corpus Christi.

-Corpus Christi.

Le corps du Christ dans un bout de pain.

-Ecoute ça.

Calvin nous l'écrit depuis Genève.

"On croit que le corps du Christ est autant éloigné du pain

"que le plus haut ciel est éloigné de la terre."

-Bien dit ! Mouché, le pape.

-Corpus Christi.

-Face à nous se dressaient les lansquenets impériaux.

Pique au poing, nous chargeons comme des sangliers,

l'Espagnol se faisait dessus. - Ca sentait la sueur.

- Et la brenne. - Et la pisse.

-La peur.

-C'est là que je vis votre oncle Sauveterre sur la colline,

À la tête de 300 arquebusiers comme des enfants perdus.

Sers le vin !

-Et toi, tu étais comme un enfant perdu ?

-Je faisais mon devoir aux côtés du capitaine de Siorac.

- Et après ? - Tu la connais par coeur, la suite.

-Racontez-la encore.

-Il y a eu une arquebusade terrible.

Le cheval de votre oncle fut tué sous lui.

12 000 hommes ne se relevèrent pas,

Mais à la fin, la victoire était à nous.

-Et le soir, M. d'Enghien embrassa ton père et...

-Pardon, mon oncle.

-Et le fit chevalier.

-C'est alors qu'on s'est juré une amitié éternelle,

En décidant de nous adopter comme frères devant le notaire.

Une toastée, les amis ! Une toastée !

Je bois à l'amitié trouvée,

À la famille qui m'a été donnée.

A la femme

Que j'aime et à la fortune du royaume de France.

-A LA FORTUNE DE FRANCE !

-N'est-ce pas de cette bataille

que vous vient cette blessure

Qui vous empêche de venir célébrer la messe ?

-On vous écoute avec grande vigilance

depuis la bibliothèque,

où mon frère est retenu

Par ses douleurs. - AH !

-C'est ça qui sentait bon !

-Tiens, Minos.

-Plusieurs sources anonymes

vous ont désignés comme étant de la religion prétendument réformée

Dont le culte est interdit.

Eu égard à vos faits d'armes, le parlement de Bordeaux

n'a pas voulu vous voir en audience publique.

C'est pourquoi je suis ici,

pour m'entretenir en tête à tête,

Afin de lever ces suspicions indignes.

- Nous répondrons à vos questions. - Vous me rassurez.

Je vous poserai des questions simples et populaires.

Il vous sera facile de répondre.

Vous-même, assistez-vous régulièrement à la messe ?

- Oui, M. le conseiller. - Chut.

-Quittons la cérémonie. Veuillez répondre

Par oui ou par non.

Je poursuis.

Honorez-vous la Sainte Vierge ?

-Oui.

Et je respecte les médailles,

les vitraux...

Les peintures, les statues.

Et je me confesse et je crois au purgatoire

et à la présence réelle de Jésus-Christ

Dans un... Dans la sainte hostie.

Et le pape ! Le pape qui est le saint pontife

de l'Eglise catholique, apostolique et romaine,

à qui tout bon chrétien

Doit obéissance. - C'est une affaire sérieuse.

Les huguenots sont une menace grave pour l'autorité du roi de France.

-Je suis on ne peut plus sérieux.

J'essaie simplement d'épargner votre temps.

-Mon frère a excellement répondu à toutes vos questions,

prenez ses réponses comme étant les miennes

et concluez que notre religion est la même que celle du roi de France,

que nous avons si fidèlement servi dans la légion de Guyenne.

-Messieurs.

-Messieurs.

-Nous serons de retour avant peu

pour interroger vos gens.

Et madame de Siorac.

- Oui, j'arrive ! - J'ai presque fini, madame.

-Isabelle est ma femme devant Dieu et les hommes.

Ses réponses seront les miennes.

Prière en latin.

-Isabelle ?

-Isabelle ?

- Isabelle, ça suffit !

-Amen.

-Prie tes idoles si tu y tiens, mais prie en silence.

-Je dois prier en silence mais mentir à voix haute

À des hommes de Dieu.

-Ce ne sont pas des hommes de Dieu mais du pape.

Un pape qui se vautre

dans le luxe et qui fait cardinal un garçon de 15 ans qui couche

dans son lit. - Les papes passent, Dieu demeure.

-Nous aimons le même Dieu, Isabelle.

C'est si difficile de renoncer à tes statues ?

A tes médailles ?

A tes vieilles superstitions ?

-Mon âme...

Ne t'appartient pas.

Et mon corps non plus.

...

-Rigole.

...

-Tu vois la lumière qui brille ?

Bientôt, c'est nous qui l'allumerons,

en haut de la tour et dans la grande salle,

Et dans la cour.

Le château de Mespech illuminera le ciel

En l'honneur de son nouveau maître.

Et le jour où je te donnerai un seigneur digne de ta naissance,

Ce domaine sera ton domaine.

Et ensemble, nous régnerons sur les terres de nos ancêtres.

-Je vais dormir, père, bonne nuit.

-La peau de ta mère.

Le sang des Fontenac.

-Depuis quand avez-vous ces maîtres ?

-Nous n'avons point de maîtres, ces messieurs sont nos capitaines.

-On dit que les capitaines

Tiennent pour la peste de l'hérésie.

-Sottise !

-Adores-tu la Sainte Vierge et tous les saints ?

-Je suis nourrice. La Sainte Vierge est la patronne.

-Je les adore et je les honore.

Tous.

-Saint Blaise pour le mal de gorge,

Saint Joseph qui guérit de la peste.

-Saint Jean de Damas,

À qui on a coupé la main comme à Coulondre.

- Qui est Coulondre ? - Moi.

-St Georges fait fuir les sauterelles.

Sainte Agathe évite les orages de grêle.

-Sainte Catherine, au moins deux fois par jour.

-Sainte Apolline pour les dents.

-Tiens, attends ! T'en as oublié un.

- Merci, Annette. - Où t'es-tu sali comme ça ?

- J'ai renversé mon encrier. - Ah !

C'est le chevalier qui t'a baillé un encrier ?

Un fils de pastourelle avec une plume,

C'est pas ordinaire, ça !

Tu pourras apprendre à ma Lucie ? - Et à lire si elle veut aussi.

- A lire quoi, par exemple ? - Les histoires de Jésus.

-On les connaît, c'est celles que M. le curé nous raconte.

-La vérité est dans la sainte Bible.

Il faut savoir lire pour la comprendre.

-Samson ? Rentre, j'ai besoin de toi.

Viens m'aider, t'as pas fini ton travail.

-J'arrive, maman !

-C'est comme ça qu'ils arrachent le diable du ventre des hérétiques.

-Il n'y en a pas par ici.

-On les entend guère prier en latin.

-Ca lui fait quoi, au Seigneur,

Qu'on le prie en français ou en latin ?

-Madame dit que le latin, c'est la langue de notre pape à Rome.

-C'est loin, Rome.

- Moins loin que le ciel. - Que veux-tu dire ?

-S'il faut faire comme le pape pour aller au paradis,

C'est pas vos capitaines qui nous feront changer d'avis.

-Vous vous moquerez moins quand le bon Dieu nous aura tous punis !

-Il n'y en a pas !

-Tu diras ça au bourreau quand il t'écrabouillera ?

-Et au diable quand il te jettera dans une chaudière d'huile ?

-Moi, je sais bien ce que je lui dirai, au diable.

Croire en Dieu, c'est aimer son prochain.

Et puis, il sait bien faire ce qu'on a à faire dans cette vie.

Moi, je suis nourrice.

Les enfants que j'ai nourris

Vous diront que je leur ai donné lait et amour.

Nos maîtres sont bons.

On est tous soignés par le chevalier

quand on est malades.

On a tous un toit et on dort à l'abri de solides murailles.

On mange de la chair

et on rit ensemble autour d'un feu.

Certains ne prient pas dans la langue du pape à Rome

Mais ils aiment Jésus et ils sont là pour nous.

C'est pas un juge de Bordeaux ou d'ailleurs

Qui va me prouver le contraire.

-Bonne nuit, ma fille.

(Ma jolie sorcière.)

- Bonne nuit, maman. - Dors bien.

Bonne nuit, mon vaillant chevalier.

C'est quoi, ça ?

Il a pleuré, mon petit coq ?

- C'est une poule mouillée. - Les gendarmes te font peur ?

-Pourquoi ils parlent de choses interdites ?

-Ton père est brave,

Et le roi le sait bien.

Le reste, ça nous regarde pas.

-C'est quoi la différence entre les catholiques

Et les huguenots ?

-Tout ce que je sais, c'est que les deux aiment Jésus.

D'un même coeur sincère.

-Les huguenots sont méchants et crachent sur la Vierge Marie.

-C'est faux.

-Alors pourquoi on les brûle ?

-Allez, hé ! Tout le monde dort, maintenant.

Sanglots.

-(Tu serres les dents quand je te pince,

(tu vas pas pleurnicher pour des sottises ?

(Si tu t'arrêtes, t'auras une récompense.)

-(Bonne nuit, Helix.)

Une porte s'ouvre.

-Ils vous attendent.

Isabelle ?

Ces hommes sont nos ennemis.

Ils veulent notre perte

Et sont capables de tous les pièges.

Pesez chacun de vos mots.

Et vous devez surtout... - Renier.

Mentir.

Couvrir des folies.

Me soumettre.

-Madame.

...

On frappe au loin.

Quelqu'un parle.

Un cheval hennit.

-Mon cheval, vite !

-Cathou ? Où est ma femme ?

-Je sais pas, monsieur.

...

Claquement. - Ah !

Ah !

-Diane ?

Reste assise.

Tu regardes. - Ah !

Ah !

-Voilà comment on punit.

-Ah !

-Ca montre l'exemple.

-Nous n'obtiendrons rien par la douceur.

Il faudrait...

-Qu'est-ce qui t'en empêche ?

-La loi.

-Et la femme. On m'assure qu'elle est restée bonne catholique.

-Et fidèle à son mari.

-Ce sont des hérétiques.

J'aurai la peau de ces parvenus,

leur château, leurs terres

et leurs putes.

Trouve un moyen...

Bassano ?

-Ce sera pas la même.

-Serrez-le avec les cochons.

-S'il vous plaît, M. le baron,

Pitié ! Rendez-moi mon mari !

Il a assez payé.

-Il a payé ?

Non, il n'a fait que recevoir

Quelques coups de fouet.

-Comment je vais faire avec ma fille sans lui ?

-Tu as une fille ?

Quel âge a-t-elle ?

-S'il vous plaît,

M. le baron.

Rendez-moi mon mari.

-Ta fille peut-être, mais toi... rhabille-moi ça.

-Attendez !

Je sais des choses, écoutez-moi !

Toi, écoute-moi.

-M. le baron !

-Vos maîtres...

vos capitaines...

ils se croient au-dessus des lois,

au-dessus du roi,

au-dessus...

De Dieu.

Ils louvoient,

Ils... contournent.

Mais la caque sent le hareng.

Ca pue.

Ca pue la parpaillote, ici. - Vous... Vous...

-Vous, vous, vous ! Vous, quoi ?

Tu crois qu'ils te protègent ?

Vous vous croyez à l'abri ?

Mentir, c'est consentir.

Et si vous me cachez ce que vous savez,

Vous êtes aussi coupables que les coupables.

-(Dis-lui, toi.)

-Ah !

Qu'est-ce qu'elle doit me dire ?

-Le fruit défendu.

-Une "tomata" de la Nouvelle-Espagne.

Tu te moques de la justice du roi ?

Fracas. - Laissez... mes femmes tranquilles.

Je suis

Isabelle de Siorac, née de Gaspard de Comont,

seigneur de Castelnau et des Milandes.

Ma noblesse est

immémoriale. Depuis les croisades, ma famille s'est illustrée

Dans la défense de la seule vraie foi catholique.

Nous avons répondu à vos questions et vous revenez

Tourmenter mes gens dans mon dos !

-J'obéis aux ordres...

madame.

-Sortez d'ici et emportez avec vous vos accusations méprisables.

-Personne n'est au-dessus de la volonté du roi.

Serviteur.

Des hommes parlent fort.

-Nous nous déshonorons.

Nous vous avons assez attendu pour faire triompher nos idées.

-On se dénonce nous-mêmes ?

On subit le même sort ?

-Heureux ceux qui sont persécutés car le royaume des cieux est à eux.

Voilà ce qui est écrit. Nous devons

Déclarer notre foi.

-Il est aussi écrit

que le suicide est un péché mortel. - Le suicide, pas le martyre,

À l'image de notre Seigneur.

-Dieu nous a aidés à construire Mespech, on décide pas de sa ruine.

-Cette maison n'est rien à côté du bonheur qui nous attend au ciel,

notre corps débarrassé.

- Dans les flammes ! - Dans les flammes s'il le faut.

Il faut se déclarer ouvertement

Et signer notre foi de notre sang.

-J'aime Dieu autant que toi.

J'aime la vie qu'il m'a donnée.

Ma femme.

Mes enfants.

C'est ma famille.

Et même si tu ne veux pas le voir, c'est aussi la tienne.

-Père ?

-Que faisais-tu là ?

- Bonjour. - Bonjour.

-C'est la cuisinière

du château. - Elle sait où elle va.

Cloches.

La porte s'ouvre.

-J'ai apporté les plantes, M. le curé,

Pour la bénédiction des saints guérisseurs.

-Montre-moi tes trésors.

La porte se ferme.

Ebats.

-Curé ?

-(C'est lui.

(C'est le conseiller de Bordeaux.)

-Curé ?

Curé ?

-Vous goûtez la piquette ?

Juste un petit godet ?

-Deux pommes pourries, et c'est tout le panier qui est perdu.

Les gens du château,

puis ceux qui travaillent autour, puis ceux du village,

et un beau dimanche,

c'est le curé qui se met à chanter des diableries

En maudissant notre Saint-Père le pape.

-Mes paroissiens vous diront que je combats la fausse religion.

-Et tes paroissiennes, elles me diront quoi ?

Tu leur fais quoi, à tes paroissiennes ?

Publicus et notorius fornicator.

-M. le conseiller,

Ce sont les ennemis de l'Eglise qui répandent ces calomnies.

-Siorac et Sauveterre sont des hérétiques. Tu les dénonces

Ou tu rôtiras à leur place.

Fornicateur !

-Ah !

- T'es bouché ? - Aïe !

Le dimanche...

- Quoi, le dimanche ? - Ils n'assistent pas à la messe.

Ils se claquemurent dans la bibliothèque.

-(Lève-toi.

(Toi aussi.

(Allez, venez.)

-Qu'est-ce que c'est ?

-Une comète, idiot.

-Pourquoi le traiter d'idiot ?

-Parce qu'il se vante d'écrire et de lire plus vite que moi

Et il ne sait même pas ce que c'est qu'une comète.

-Explique-lui.

-Une comète...

C'est une mauvaise étoile qui apparaît et qui disparaît.

-Les Grecs l'appelaient "l'astre chevelu".

Certains pensent que c'est une boule de feu qui traverse le ciel.

D'autres que c'est une poutre enflammée qui alimente le Soleil.

- Et vous, vous savez ce que c'est ? - Non, mon Pierre.

Quand j'étudiais la médecine avant de partir à la guerre,

un savant m'a parlé d'un livre, écrit par un homme

Qui a passé sa vie à observer le ciel en haut d'une tour.

- Comme nous ce soir ? - J'ai oublié son nom.

Mais je me souviens que dans son livre,

Ce n'est pas la Terre qui est au centre de l'Univers mais le Soleil.

La Terre tourne autour du Soleil. - Il était fou.

-Tu crois ?

Il observait.

Il se posait des questions.

Il faut lire le monde qui nous entoure

comme on lit les saintes écritures.

Avec une humilité

Et une curiosité infinies.

Un jour,

Qui peut être plus proche qu'on ne le croit, je serai séparé de vous.

Pour l'amour de moi,

je vous demande de toujours vous aimer comme des frères

et de vous souvenir de cette nuit

Où nous avons regardé ensemble le ciel et ses mystères.

Copernicus !

Nicolaus Copernicus. C'est ça, son nom.

-Attention !

Il faut frotter partout comme le chevalier t'a dit.

-Pourquoi il s'occupe de moi ?

-Parce qu'il veut ton bien.

Allez, soulève les bras !

Cloches.

Il chante en latin.

-On dirait une petite pomme de Noël.

-Oh !

-Attends.

Monte, monte, vite.

Va te cacher, dépêche-toi.

Vite !

Que voulez-vous ? - Pousse-toi !

- Viens là ! - Qu'y a-t-il ?

-Bassano ?

-Imprimé à Genève.

Chienne d'hérétique.

Brûlez-moi tout ça ! - Non, je vous en supplie !

Non !

-Non. Non !

- Ya !

-Allez !

Messe en latin.

-Monsieur ?

Nous avons supporté vos enquêtes avec patience et bonne volonté.

Je vous conseille d'aller rendre

vos conclusions à Bordeaux

Et de cesser d'importuner ma famille et ma maison.

-Serviteur.

Cloches.

-Alléluia.

-Merci, Jean.

-"Jésus a dit à ses apôtres :

'Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups,

'soyez donc rusés comme des serpents.'"

-Les écritures sont pleines de ressources.

Brouhaha.

-Allez !

-Vous êtes la famille que Dieu m'a donnée.

-Halte-là, mes drôles !

Il y a un péage à payer. - Quel péage, M. mon père ?

-Un baiser de cette belle dame qui vous accompagne.

-Quand cesserez-vous de vous comporter

Comme un marchand d'épices, M. le chevalier de Siorac ?

-Marchand ou chevalier,

C'est avec vous que j'aime coqueliquer, Mme de Siorac.

-Ah !

-On peut jamais se mettre à table ici ?

Que nous fais-tu bouillir ?

-Non, monsieur ! Vous ne devez pas dire que la marmite bout

Mais qu'elle rit.

-Vous le saviez ? L'eau ne bout pas, elle rit.

-Vous devez dire ça, autrement la maison s'en ira en fumée.

-C'est toi qui as sauvé la maison, aujourd'hui. Nous n'oublierons pas.

-A table !

Bruissement.

-Ah !

- Une toastée, mes amis ! - Vous permettez, mon ami ?

Aujourd'hui, c'est moi qui vais parler.

Je propose que nous buvions

En l'honneur de M. le curé.

Mon père, merci

D'avoir partagé vos soupçons avec le conseiller de la justice du roi.

Grâce à votre zèle, Mespech est lavé de toutes accusations.

Et puis, cette épreuve nous a rendus plus forts,

plus généreux, et je le dis devant vous tous qui êtes notre famille,

elle nous a aussi rendus plus respectueux du saint noeud

qui nous unit devant Dieu et devant les hommes.

En un mot, très simple

et très doux,

Elle nous a rendus plus amoureux.

Une porte s'ouvre.

...

-(Maman est morte.)

Il pleure.

-François.

Pierre.

Venez saluer votre frère.

...

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