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Original subtitles

Dans les annales du crime,

seuls trois cambriolages furent de vrais coups de maĂźtre.

Le premier fut l'attaque d'un train en 1931.

Le second eut lieu en Arabie en 1952.

Le Shah de Ben Abu fut victime du plus grand vol de bijoux de l'histoire.

Mais le plus ingénieux, le plus habile de ces coups de maßtre fut certainement

le grand braquage d'or du Caire.

OĂč se trouve l'or actuellement ?

D'aprÚs mes agents, il a quitté le Caire en bateau

et vogue vers un port mĂ©diterranĂ©en oĂč il sera Ă©changĂ© contre du liquide.

Mais oĂč ça ?

En France ? En Espagne ? En Italie ?

Et comment ?

Les ports de commerce et les aéroports seront surveillés.

Sous quelle forme ?

Fera-t-on fondre l'or ?

Fera-t-on entrer en fraude ces 300 lingots pesant quasiment deux tonnes ?

L'or est entre leurs mains,

mais ils devront trouver l'homme qui, en Europe, a assez de talent

et de génie pour s'atteler à une tùche de cette ampleur.

Pour moi, il y a quatre possibilités.

Marcel Vignon, un Parisien.

Parfois surnommé "le chat".

Comme un chat, il bondit sur sa proie.

Puis il disparaĂźt Ă  la vitesse de la lumiĂšre.

Mais il n'est plus au sommet de son art.

Michael O'Reilly de Mayfair, Ă  Londres.

"La panthÚre". Mais sa vue a baissé.

C'est un hold-up.

Pas du tout, c'est le commissariat.

- Allez, Michael. - Je dois me faire vérifier la vue.

Felix Kessler, un Berlinois.

Les mains en l'air.

Donnez.

La grosse pointure allemande. Trop grosse, peut-ĂȘtre.

Il reste une derniÚre possibilité.

Aldo Vanucci, un Italien.

En préretraite dans les collines paisibles de l'Ombrie.

Un criminel plein de ressources, parfois surnommé "le renard".

Excusez-moi.

Bonjour, Aldo.

- Tu as bonne mine. - Je suis jardinier en chef.

Pour éviter que vous ne mouriez de faim.

Des saucisses. Du jambon.

Pour maman, un poulet tout tendre.

Pour Gina, ma sƓur chĂ©rie, des revues, des chocolats et du shampoing amĂ©ricain.

- Pas de cigarettes ? - Avec ou sans filtres ?

Filtres.

On a honte.

Un prisonnier a des responsabilités.

Tu n'es pas obligé de rester prisonnier.

Tu crois qu'il me faut des clés pour sortir ?

Quand je serai prĂȘt, je sortirai par la porte.

Ton pantalon est troué.

On a besoin de toi. On est sur un gros coup.

L'or du Caire.

Comment tu sais ?

II y en aurait pour des millions.

Que vaut l'amour d'une famille ? Compte-t-on l'amour d'une mĂšre ?

DĂ©pense-t-on le baiser d'une sƓur ?

Je veux voir ma Gina vĂȘtue de soie.

Qu'elle se marie en blanc. Mais qui Ă©pouserait la sƓur d'un escroc ?

- Moi. - Un autre escroc.

Si seulement je pouvais voler assez pour devenir honnĂȘte.

- Ne touche pas au poulet de maman. - C'est terminé.

C'est terminé. Dehors.

Au revoir.

- Aldo, et le boulot ? - Moi, j'ai du boulot pour vous.

Je te confie ma maman et ma sƓur.

Toi, je te confie le poulet. Au revoir.

AchĂšte une glace Ă  Gina.

- Quand je la verrai. - Comment ça: "Quand tu la verras" ?

Regarde-moi. Tu la vois quand elle rentre de l'école, hein ?

- Parfois. - Gina a bien grandi.

- Ça oui, alors. - Et alors ?

Les grandes filles ne rentrent pas toujours directement Ă  la maison.

Gina ? Ma sƓur Gina ?

- Tu mens. Dis-moi que tu mens. - D'accord, je mens.

- Menteur, tu ne mens pas. - Je ne mens pas.

- Aldo. - Je vais le tuer.

Tout le monde dehors.

- Pas toi. - Laisse-moi aller sauver ma sƓur.

- Tu la sauveras dans six mois. - Non. Demain.

Je serai dehors demain Ă  15 heures. Je te le promets, Gina.

Le grand renard est toujours dans sa cellule, non ?

Ne rions pas trop tĂŽt. Il reste encore 5 minutes.

- Docteur, vous avez terminé ? - Il m'en reste un à voir. Vanucci.

Attention, on risque des ennuis.

L'ART DE LA SCÈNE PAR STANISLAVSKY

Mon ingénieux ami Vanucci.

- Il paraßt qu'on veut s'évader. - Oui.

C'est impossible. Comment peut-il sortir sans les clés ?

- AĂŻe ! - Rien n'est impossible pour Vanucci.

- Tout va bien, docteur ? - Oui.

Au revoir.

Bon, sortez vite.

Pourquoi étiez-vous si inquiets ? Je n'ai eu aucun problÚme.

Avec lui, on n'est jamais trop prudents.

On se voit le mois prochain.

Cent.

Au secours.

Sept cents. Huit cents.

- Au secours ! - C'est quoi ?

- Détachez-moi, imbéciles. - Nom de Dieu.

Imbéciles, Vanucci s'est échappé.

Imbéciles.

Vous me tirez les poils des jambes.

Ça ne m'est jamais arrivĂ©.

Laissez-le passer.

D'abord, il m'a ficelé comme un rÎti.

- Il ne s'en tirera pas. On va tous tomber. - Si tu veux pleurer, reste dans la voiture.

Regardez.

Je me fiche de mes instruments. Pas de ma dignité.

- Lùchez-moi. - Qui me rendra ma dignité ?

Démarrez.

- Tu ne peux pas aller plus vite ? - Tu pleures toujours ?

Tu veux que je passe ma vie en prison ?

- Plus vite. - Ralentis.

La police.

La police cherche une voiture rapide, alors roulons au pas.

On a un génie à l'arriÚre. Un génie.

Je veux rentrer chez moi.

Dans une heure, les carabiniers seront Ă  tes trousses.

J'ai donc une heure pour voir ma maman et ma sƓur. Je veux rentrer.

- Donnez-moi mon costume. - Quel costume ?

- Vous ne l'avez pas amené ? - Non, tu en voulais un ?

Maman.

Le cinquante.

Le vingt-deux.

Le vingt-trois.

Le quatre.

Vérifiez vos cartons. La roue est lancée.

Le numéro est le... dix-huit.

- Maman. - Avons-nous un gagnant ?

- Maman, c'est moi, Aldo. - Attendez, ce n'est pas le gagnant.

Quatre-vingt-dix.

Maman, que se passe-t-il ?

Tu veux jouer au loto ? Donnez-lui un carton. C'est 500 lires.

Tu n'as rien d'autre Ă  me dire ? AprĂšs sept mois, Ă  ton propre fils ?

Je n'ai pas de fils. J'ai un deux.

- Vous pouvez répéter ? - Le deux.

- Le deux. - Il faut suivre.

Pardon, je n'avais pas entendu.

Je retrouve la mùre de ma sƓur en train de diriger un loto ?

Je dois braquer une banque ? Je suis une mĂšre, pas un renard.

- Et moi, je suis un fils. - Tu es la honte de la famille.

Honte Ă  toi.

Un fils s'occupe de sa vieille mĂšre et de sa sƓur sans dĂ©fense.

- Comme son fils Ă  elle... - Oui, c'est vrai.

Honte Ă  toi.

- Fais tourner, Teresa. - Je vous l'interdis.

Compris ? Je vous l'interdis.

- La police. - Le quatre. Le neuf.

- Dégagez le passage. - Reprenez votre voiture.

- Maman, oĂč est Gina ? - RĂ©pĂ©tez.

- Maman, dis-le-moi. - Allez, Teresa.

Le seize. OĂč est Gina ?

- Elle traüne dans la rue. - Tu veux dire que ma sƓur...

Gagné.

- On a un gagnant. - Non, je n'y crois pas.

C'est vrai. Cinquante. Vingt-sept.

Qui t'a raconté ce mensonge ?

Va voir toi-mĂȘme. Elle est sur la via Veneto.

- Va voir si c'est un mensonge. - J'y vais.

- Mon pÚre. - Dieu vous bénisse.

Salut, mon petit chat.

Champagne, vite.

- Elle n'a que 16 ans, vieux cochon. - C'est mon gagne-pain.

Aldo, va-t'en. Tu vas tout gĂącher.

Je m'occuperai de toi dÚs que je lui aurai arraché les yeux.

- Tu ne sais pas ce que tu fais. - Bien sûr que si. Je fais un film.

- Comment ça, un film ? - On joue et lui, il nous dirige.

On fait un film et tu as gùché la meilleure scÚne.

C'est vrai, mon pĂšre.

Un film ? OĂč est la camĂ©ra ?

La voilĂ .

- Quand es-tu devenue actrice ? - Ce matin. C'est un tout petit rĂŽle.

- On te paie combien ? - Rien.

Il t'embrasse gratis ? C'est pire que si on te payait. On s'en va.

- Je veux ĂȘtre une star. - Soyez sympa, mon pĂšre. Viens, Gina.

Jamais. Le cinéma, c'est immoral.

D'accord. Tu es virée.

Le cinéma est un péché.

- Tu veux jouer dans le film ? - Rentrez chez vous et priez.

Priez pour notre salut.

Assez chialé. Prends ce savon et va te décaper les lÚvres.

Je te détesterai jusqu'à ma mort.

Merci d'avoir réuni ma famille.

Si je ne peux pas te faire confiance, tu ne sortiras plus jusqu'Ă  tes 21 ans.

Je vais oĂč je veux, quand je veux. Peux-tu en dire autant, fugitif ?

Écoute-moi, espĂšce de dĂ©linquante.

- Mouchard. - Traßnée.

- LĂąche. - Coureuse. Starlette.

Ne parle plus jamais de cinéma. Pose ce pot de fleurs.

Elle ne rate jamais.

Ils se battent comme des chiens. Si seulement votre pĂšre vivait encore.

C'est moi, le papa.

Quand le papa s'en va, le fils devient le papa. C'est moi, le papa.

Tout va changer. On va bientĂŽt ĂȘtre riches.

J'enverrai Gina dans une nouvelle école.

Je t'achĂšterai une belle cuisine avec des gamelles qui brillent et des boutons.

Je n'en veux pas. Je veux des petits-enfants.

Tu entends ? Ta maman veut des petits-enfants.

C'est toi l'escroc. Voles-lui-en.

Maman, retourne-toi. Je vais frapper Gina.

Vas-y, frappe. Tu ne sais faire que ça.

Escroc. Fugitif.

Jamais tu ne pourras dire publiquement: "Je suis Aldo Vanucci".

Je ne vivrai pas ainsi. Je serai moi. Je deviendrai riche et célÚbre.

On me montrera du doigt et on dira: "C'est elle. C'est Gina Romantica."

Gina Romantica ?

Je vais changer de nom. Je n'aime pas "Vanucci".

Tu garderas ton nom. Tu ne seras pas actrice.

Tu feras ce que je te dis. Je te dis que je suis Aldo Vanucci.

Et j'en suis fier. Je vais le crier au monde entier.

Je suis Aldo Vanucci !

La police.

La police.

Je suis le pĂšre et le frĂšre, alors ne dis rien.

Compris ?

Dites Ă  votre fils qu'on l'aura. Comme d'habitude.

Est-ce que ça va ? Maman, je t'en prie.

Parle. Dis-moi quelque chose. Maman.

J'ai élevé mes enfants pour ça ?

Je ne veux rien savoir. Faites ce que vous voulez.

Je m'en fiche. Ma vie touche Ă  sa fin.

LĂąche-moi. Je veux mourir devant mes voisins.

Je vous ai peut-ĂȘtre déçues.

Mais le renard, lui, n'échouera pas.

Ici Vanucci. Changement de programme. Le renard est descendu de l'arbre.

On s'occupe de l'or du Caire.

Que le contact me retrouve Ă  la Grotta Rossa demain Ă  20 heures.

Quoi ? Oh.

TrĂšs bien. Transmets Ă  ton papa

ce que je viens de dire dĂšs son retour. D'accord ?

Au revoir.

Voici la célÚbre Grotte Rouge. Typique de l'ltalie ancienne.

Un plat de spaghettis, un verre de vin, une chanson.

Donnez un pourboire aux musiciens. Rendez-vous dans le bus.

Entrez, je vous en prie.

- OĂč est le contact ? - Table six.

Superbe contact.

Excusez-moi. Il y a trop de monde Ă  ma table. Puis-je m'asseoir ?

Je vous en prie. Évitons d'attirer l'attention.

Excusez ces prĂ©cautions extrĂȘmes,

mais c'est beaucoup plus discret pour vous

de parler avec une jolie femme qu'avec un basané portant un fez. Pas vrai ?

Si. Et c'est bien plus plaisant.

Tant mieux.

Ça permet de se parler en face, mĂȘme dos Ă  dos.

Je m'appelle Okra. La fille n'a aucune importance.

- Commandez. - Garçon, trois whiskys.

- Deux. Je ne suis pas avec vous. - Pardon, deux.

On ne peut pas se permettre d'erreurs Ă  ce stade du jeu, signor Fox.

Ou devrais-je dire "associé" ?

Nous ne sommes pas encore associés.

- Cigarette ? - Je ne fume pas. Mais la fille, si.

Un whisky. Un verre de vin.

Vous, c'est le menu touriste.

Voici ma proposition.

Je ferais mieux de vous tenir la main.

- C'est mieux. Vous disiez ? - Je vais aller droit au but.

Mes associés et moi détenons 300 lingots d'or.

OĂč se trouve cet or ?

Quelque part en haute mer.

- Intéressant. Continuez. - Je serai bref.

- Prenez votre temps. - Je ne vous entends pas. Que faites-vous ?

Je ne veux pas éveiller les soupçons. Continuez.

Des clients, des hommes trĂšs puissants, prendront livraison Ă  Rome le 28.

Dans deux semaines. C'est possible ?

Tout est possible.

Voici ma proposition.

Pour l'élaboration du plan et la livraison de l'or à Rome,

je vous propose 25% des profits. Vous ĂȘtes satisfait ?

- Pas encore. - Mes clients sont pressés. 30% ?

Je ne vous entends pas.

40%. Je ne peux pas parler plus fort. Vous avez entendu ?

- J'entends, mais c'est non. - Vous voulez quoi ?

- D'autres rendez-vous. - Moitié-moitié ou rien.

Je prends ce qu'on me donne.

Je comprends pourquoi on vous appelle le renard. Marché conclu, alors ?

En effet.

Permettez-moi de vous dire que ce fut un plaisir

de traiter avec un bel homme comme vous.

Tous dans le bus.

Au revoir.

Prochain arrĂȘt: Mamma Luigi.

Commandez vos pizzas.

Pas de marché. Encore un jour férié. On ne mangera pas.

C'est ça, indique au monde entier oĂč on est.

Il réfléchit.

Il lui reste trois jours pour élaborer un plan. Ils veulent l'or le 28.

- Qui est lĂ  ? - Des amis.

Entrez.

La police.

Un instant.

Je ne suis pas habillé.

Aldo, la police est lĂ .

Tu as entendu ? C'est la police.

ArrĂȘte de rĂ©flĂ©chir. La police est lĂ .

- OĂč suis-je ? - Dans la baignoire.

La police est lĂ .

Ouvrez ou on défonce la porte.

- OĂč est-il ? - Qui ça ?

Dans la salle de bain.

TrĂšs bien, Vanucci. Sortez.

Dites-lui que je l'aurai. Il finira par se trahir.

- Elle est partie. - Quoi ?

Direction via Veneto.

- Je vais la tuer. - Non, Aldo.

Gina a bon fond. Elle est jeune, c'est tout.

Pas comme ça.

Ça te plairait, ma jolie ?

- Je t'y reprends. - Laisse-moi tranquille.

- Qu'y a-t-il, M. L'agent ? - HĂ©, vous.

Attention. Vous ĂȘtes dans le champ.

Je vous prĂ©viens, plus de films avec ma sƓur.

Aldo, ce n'est pas un film.

Excusez-moi.

Viens.

C'était un vrai producteur. Il m'a proposé un rÎle.

- Il avait un contrat. - Et un stylo dans sa chambre.

Tu vas passer ta vie Ă  t'enfuir ?

Poussez-vous. Dégagez l'entrée.

C'est ça. Poussez-vous.

Le voilĂ .

J'étais là d'abord.

- Qui est-ce ? - Une vedette de cinéma.

- Laquelle ? - Peu importe. C'est une vedette.

- C'est qui ? Tu le vois ? - Juste son nez. On dirait Marlon Brando.

- Qu'a-t-elle dit ? - Qui est dans la voiture ?

Le nez de Marlon Brando.

C'est Tony Powell.

- Allez, on s'en va. - Je veux rester ici.

Je veux voir Tony Powell.

Du calme. Attendez.

Soyez chics, les jeunes. Laissez-le passer.

ArrĂȘtez, bande de fĂȘlĂ©s.

Ils sont fous. C'est ce que tu veux ?

- Lui arracher ses vĂȘtements ? - Oui, donne-moi ça.

- Le voilà. - Donne-moi ça.

Qui veut son col ?

Vite, planquons-nous dans ce cinéma.

- J'ai déjà vu ce film. - Tu vas le revoir.

- Il y a un film avec Tony Powell. - Allons-y, alors.

Par lĂ .

Vos billets.

C'est lui.

- Qui ? - Tony Powell.

On vient de le voir Ă  l'Excelsior.

- Pourquoi il n'est pas gros ? - C'est un vieux film.

Opératrice, passez-moi l'international.

Qu'est-ce que j'ai Ă  l'estomac ? Qu'ont-ils mis dans les lasagnes ?

À ton ñge, on digùre mal les corn-flakes.

- Mademoiselle ? - Comment ça: "À mon ñge" ?

Regarde. J'ai encore des pupilles de jeune homme.

Tu ne peux pas mentir Ă  l'Ă©cran. AllĂŽ, j'appelle les États-Unis.

Les États-Unis d'AmĂ©rique.

Regarde-moi ces dents, Harry.

Regarde un peu.

À 40 ans passĂ©s, combien peuvent se vanter d'avoir toutes leurs dents ?

Combien de gens de plus de 50 ans peuvent dire qu'ils en ont 40 ?

AllĂŽ. J'appelle Hollywood, en Californie.

Je parle anglais.

Regarde.

Dur comme la pierre. Frappe-moi au ventre.

Plus tard. Je suis au téléphone.

- Sam Duffleman des studios Duffleman. - Allez, un seul coup.

Excusez-moi. Je dois frapper quelqu'un.

- Satisfait ? - Dis-moi pour Sam.

Plus tard. Je dois me doucher.

AllĂŽ. Beverly Hills, 42222.

Ils vont le chercher. Réponds-moi.

- Que fais-tu ? - Je cherche mes vitamines.

Mets donc tes lunettes.

Commande donc une chaise roulante et conduis-moi Ă  l'hospice.

Je me fous de ce que dit le Who's Who. Dans ma tĂȘte, j'ai 35 ans.

Dis Ă  Sam Duffleman

que s'il veut que je joue un shérif de 64 ans, il attendra encore 20 ans.

Qui croirait que tu as 64 ans ?

Des dames de 63 ans.

Mon imperméable, c'est ton gagne-pain. Sans lui, tu gagnes 10% de rien.

- Tu pourrais avoir 60 ans. - Non, je veux avoir 40 ans.

- Mais ton fils a 35 ans. - Il n'a qu'Ă  avoir 25 ans.

- Mais sa femme a 30 ans. - Et alors ?

Je peux ĂȘtre son frĂšre.

J'aimerais pouvoir remonter le temps. On veut tous rester jeunes.

Mais les gros plans ne mentent pas. Et tu le sais.

Si tu mĂšnes la charge de l'infanterie en corset,

les gens se moqueront de toi.

J'aime mieux faire rire que pitié.

- Ça va ? - Bien sĂ»r que ça va.

J'essayais de démontrer mon agilité.

Il embrasse bien.

Et combien dans le mĂȘme cas crĂšvent la faim en Italie ?

Au cinéma, on gagne des millions.

Les femmes vous arrachent vos vĂȘtements. La police vous protĂšge...

Une minute.

La police vous protĂšge...

Vous avez entendu ?

Ça y est. J'ai trouvĂ©.

J'ai un plan.

Venez. J'ai un plan.

Silence sur le plateau.

On y est, M. De Sica. La camĂ©ra est prĂȘte.

Silence.

Silence sur le plateau.

Vous applaudirez quand j'aurai fini.

Cet aprĂšs-midi on tourne la scĂšne

oĂč John Huston, MoĂŻse, entraĂźne les esclaves dans le dĂ©sert.

Je veux davantage de sable.

Davantage de sable.

- Voyons les esclaves. - Faites venir les esclaves.

Gauche. Gauche. Gauche. Droite...

Allez. Plus de punch. Gauche, droite...

Esclaves, arrĂȘtez.

À droite.

On y est, M. De Sica.

Parfait.

D'abord, la tempĂȘte de sable.

S'il vous plaĂźt, M. Huston.

Clap. On tourne.

- Action. - Ventilos.

Plus de sable.

Plus de vent.

Stop.

- OĂč est la camĂ©ra ? - Et les projecteurs ?

Voilà. C'est parfait pour débarquer l'or.

FEDERICO FABRIZI PRÉSENTE L'OR DU CAIRE

AVEC TONY POWELL ET GINA ROMANTICA

Adorable petit.

Cigarette ?

Adorable petit, y a-t-il un bon hĂŽtel dans cette ville ?

Giovanni, va-t'en. Ne parle pas à des étrangers.

Sympathique bourgade.

C'est pareil dans tous ces villages misérables, direttore.

Ils se méfient des gens de la ville.

Je compatis à la douleur de ces pauvres gens oubliés.

Pauvre vieille femme oubliée,

ça vous aiderait, ça ?

Gina, chérie, va te mettre sur la fontaine. C'est gentil.

Pour ce plan, il me faut absolument le reflex 14...

Avec l'ouverture de 75.

La caméra hollywoodienne, là-bas.

Vite. Le temps, c'est de l'argent.

On commence par un long travelling. Un panoramique. Puis on baisse la caméra.

Ils tournent un film.

Ils tournent un film Ă  Sevalio.

- Papa, reviens. Tu es malade. - Je veux ĂȘtre dans le film.

Rosa, ferme la boutique. On va ĂȘtre dans le film.

M. Le réalisateur.

Voici mon Giovanni. Prenez-le.

Laissez-moi passer. Ils logent chez moi.

Je suis ta femme. Dis-leur.

- Je suis le cafetier. - Et moi, le maire.

Oui. Federico Fabrizi.

Ne poussez pas.

Vous serez tous dans le film, mais ne poussez pas.

- Que se passe-t-il ? - Dégage, j'étais là avant.

Je veux savoir ce qui se passe. Je suis le chef de la police.

Laissez passer la police.

Permettez-moi.

Rizzuto, chef de la police. Que se passe-t-il ?

On essaie de tourner un film.

- Votre autorisation. - Ma quoi ?

Sans autorisation officielle, pas de tournage.

Non, arrĂȘtez.

Allons dans votre bureau avant qu'ils ne vous tuent.

- S'il vous plaßt. - C'est toujours comme ça.

- S'il vous plaĂźt. - Faites-nous plaisir.

Avec Gina Romantica

et le beau Tony Powell, vedette internationale.

Signor Fabrizi, c'est un grand honneur pour Sevalio.

Prenez un cigare.

- Pas le dernier. - Merci.

Vous connaissez vraiment Tony Powell ?

Je suis son réalisateur, son producteur, son ami.

Mais vous le connaissez assez pour discuter avec lui de prĂšs ?

D'aussi prĂšs que vous et moi.

Cigarette ?

Merci.

Anglaise. TrĂšs bien.

Pour l'histoire du permis.

Ce n'est pas parce que je suis le découvreur des stars

que je m'attends Ă  un traitement de faveur.

C'est intéressant.

Content que nous soyons d'accord. Qu'est-ce qui est intéressant ?

Excusez-moi, mais dĂšs que je vois un visage avec une belle ossature,

j'imagine ce visage à l'écran.

- Oui, alors, la demande de permis ? - Il faut faire une demande Ă  Rome.

Elle passe par le directeur régional avant de me revenir.

Dites-m'en davantage sur mon ossature.

Au cinéma, soit on a une gueule, soit on n'en a pas.

Vous, vous avez une gueule.

- Vous me le donnez ? - Quoi ?

- Le dossier. - Ah, oui.

Je dois bien en avoir un par lĂ .

Vous dites que j'ai une gueule ?

J'ai remarqué avec la lumiÚre latérale.

- Vous avez regardé sur les étagÚres ? - Pas encore.

C'est tellement le bazar.

Et voilĂ .

Autorisation pour événements particuliers.

- Pardon. - Superbe ossature.

Il faut le remplir en trois exemplaires.

Ensuite, il faut le faire tamponner au bureau de...

- Ça ne va pas ? - Continuez.

Au bureau d'approbation qui...

Je me demande.

- Non, je ne peux pas. - Quoi ? Allez-y, demandez.

Pas Ă  vous. Vous ĂȘtes policier.

Les policiers, on leur demande des choses. Demandez.

Je ne peux pas vous demander de jouer dans le film

parce que je ne prends que des pros pour les rĂŽles parlants.

Je ne peux pas. Je suis policier. Ne me demandez pas de jouer.

Bien sûr que non.

Qu'alliez-vous me demander ?

DĂšs que j'aurai mon autorisation,

si pendant le tournage,

ma caméra sensible découvrait un visage intéressant,

avec une belle ossature,

un visage dans la foule, à une terrasse de café...

- Marchant dans la rue. - Qui trouverait Ă  y redire ?

Vous ne feriez pas l'acteur. Vous ne diriez rien.

Je ne dirais rien. Je ne ferais pas l'acteur.

Je pourrais dire "bonjour" sans faire l'acteur.

Dans le film, il y a un personnage qui dit "bonjour".

- Un laitier, mais c'est modifiable. - Ne changez pas votre histoire.

Il suffit de remplacer le laitier par un policier.

Comme je suis policier, je peux le faire ?

Oui, c'est réglé.

Commencez le film, je me charge de l'autorisation.

Merveilleux clin d'Ɠil.

Il pourrait accompagner votre "bonjour".

Comme vous voulez. C'est vous le réalisateur.

Encore toute ma gratitude. Et bien le bonjour.

Bonjour.

Quelle belle voix grave.

Pardon, mais dans le cinéma, on extériorise nos sentiments.

C'est ce que je viens de faire.

Bien le bonjour.

Bien le bonjour.

- Vous tenez votre plan ? - Oui.

Une conception brillante, une mise à exécution osée.

Comment l'or entrera-t-il dans le pays ?

Sur un bateau en plein jour sous protection policiĂšre.

Faites-moi confiance. À plus tard dans l'Ă©curie.

- Tony ! - Quoi ?

Tu connais un réalisateur qui s'appelle Federico Fabrizi ?

Non.

Il est en bas. Pour te proposer un film.

- Quoi ? - Un film néoréaliste.

Fais-le monter. C'est quoi, le néoréalisme ?

Pas d'argent. Faites monter.

Suite Cléopùtre, au 5Úme étage.

C'est moi qui parle. N'accepte rien sans mon accord. Compris ?

Si je mets mon imperméable, c'est trop ?

Faut voir ce qu'il a fait, parler de ton cachet.

Je veux contrÎler le scénario, le casting, tout.

Je me mets lĂ  pour qu'il voie mon meilleur profil en entrant.

J'ai une idée, Harry.

J'obtiendrai un contrat et des billets pour la Californie.

DÚs qu'il arrivera, je ferai mon entrée.

Assieds-toi et laisse-moi faire. Tu es une star.

Tire les rideaux. Je ne veux pas plisser les yeux.

- Federico Fabrizi. - Désolé, je ne parle pas italien.

- Je suis Federico Fabrizi. - Harry Granoff.

Je suis l'impresario de M. Powell. Ravi de vous voir...

OĂč est-il ? OĂč est mon Tony ?

OĂč est mon beau Tony ?

Le voilĂ .

VoilĂ  mon Tony.

C'est Fabrizi.

Regardez, il a une peau de bébé.

Tu ne vieillis jamais, toi ?

Je l'adore.

M. Fabrizi, on se connaĂźt ?

Vous entendez cette voix ?

On n'écoute pas cette voix. On la sent ici.

Il ne te tarde pas qu'on travaille ensemble ?

- Qu'on travaille ensemble ? - Cigarette.

Cigarette, Harry.

Il médite.

Je vois une plage, des vagues qui se brisent.

Une fille superbe. Son cƓur bat la chamade.

Je vois un grand, bel homme.

Harry, du feu.

- Je voyais quoi ? - Un grand bel homme.

- Je ne le vois plus. - En imperméable.

Ça y est, je le vois.

Leurs cƓurs battent à l'unisson.

J'entends le grondement de l'océan.

Enfin, j'entends la musique de l'amour.

Vous ne pleurez pas ?

- Ma musique ne vous fait pas pleurer ? - C'est superbe.

AllĂŽ ? Un instant. Milan.

AllĂŽ, Sophia.

Bonjour, ma chérie.

Non, je te l'ai dit, je suis occupé avec Tony Powell.

Désolé. Tu vas devoir trouver quelqu'un d'autre.

Pardonne-moi, chérie. Il n'y a pas de rÎle pour toi dans ce film.

Te mentir, moi ?

Sophia, ne pleure pas...

Tony, parle à cette fille. Elle est hystérique.

AllĂŽ, Sophia ?

- Elle a raccroché. - Elle me tuera. Ce sera dans les journaux.

- On pourrait la prendre pour le film. - Quel film ?

Pourquoi est-ce qu'il crie tout le temps ?

S'il m'embĂȘte avec ses cris, je prends Sophia. Appelez-moi Milan.

- Non. - Milan.

Il ne vous embĂȘtera pas, c'est promis.

Harry, calme-toi.

Je voulais juste en savoir davantage sur ce film.

Ça.

Ça parle de ça.

- Des fenĂȘtres ? - Non. Des gens.

Vous avez le scénario ?

Mon scénario est là-dedans.

- Tony joue le renard. - Un film animalier.

C'est un grand criminel qui a un plan pour faire entrer de l'or en Italie.

Le dénouement est surprenant.

- C'est quoi, le plan ? - La surprise finale.

- J'adore. On commence quand ? - On tourne le film le 28.

- Et pour le contrat ? - Le contrat ?

VoilĂ  mon contrat.

J'aurai une copie pour mon avocat ?

À la semaine prochaine.

D'accord, FF.

TrÚs bon, ça.

Essaie de dormir. J'aperçois une ridule.

- Et la fille ? - Quelle fille ?

Sur la plage. L'histoire d'amour. Elle est connue, au moins ?

Pas de souci. C'est la nouvelle star italienne.

- C'est qui ? - Gina Romantica.

- Elle acceptera ? - Si on l'a, lui, on l'aura, elle.

Arrivederci. Et je t'adore.

Quelle ridule ?

Souris, Gina. C'est le moment que tu attendais tant.

En voyant Tony Powell, j'y croirai.

- Cette réception vous plaßt ? - C'est magnifique.

Tournez la tĂȘte. La lumiĂšre sera plus flatteuse.

- Comme ça ? - Non, comme ça.

Formidable.

Quel bonheur. C'est une occasion en or pour Sevalio.

Oui, en or.

Le voilĂ .

- Musique. - C'est au maire de le dire.

Musique.

C'est vraiment lui.

Merci beaucoup.

Vous ĂȘtes formidables.

- Quel plaisir de vous voir. - De mĂȘme. Le maire.

Merci.

Et notre excellent chef de la police.

- Bonjour. - Bonjour Ă  vous.

C'est un grand jour pour Sevalio.

Il y a 67 ans je suis né dans une petite maison, en haut...

S'il vous plaĂźt.

Moi, Giuseppe Molini, maire depuis 43 ans,

je vous présente les clés de notre glorieuse cité.

Merci.

Je suis trÚs touché.

Superbe discours.

J'aimerais vous présenter l'homme par qui tout est arrivé.

Le plus grand réalisateur italien, un vrai génie, Federico Fabrizi.

Merci.

En tant que réalisateur de L'or du Caire,

j'aurai besoin de votre collaboration

du plus petit enfant Ă  votre illustre chef de la police.

Bonjour.

Voici le moment que vous attendez tous.

Magnifique Tony Powell,

voici votre partenaire,

la ravissante Gina Romantica.

Ravi de vous connaĂźtre.

MM. Les cameramen, immortalisez l'instant.

Nous faisons l'histoire du cinéma.

Je déclare ce jour, jour férié.

Le boucher et le coiffeur fermeront une demi-journée.

Vous savez, vous ĂȘtes un trĂšs bel homme.

- Vous ĂȘtes une fille ravissante. - Nous sommes trĂšs beaux.

- Ça vous plaĂźt d'ĂȘtre beau ? - Je ne suis pas vraiment beau.

Si. Encore plus en personne que dans la vie.

Vous ĂȘtes adorable et trĂšs saoule.

- Vous me signez un autographe ? - Harry, un stylo.

- Je n'aime pas ça. - Ne le bois pas.

Pas le vin. La situation. Quelque chose me chiffonne.

Tu ne fréquentes que des faux jetons.

Tu n'as jamais vu des gens si honnĂȘtes. Regarde-les.

- On tourne Ă  quelle heure ? - Soyez sur la plage Ă  6 h.

- J'y serai Ă  5 h 30. - Faudra vous raser.

C'est vous le réalisateur.

Signor Fabrizi, téléphone.

- Ma femme. - Ravissante.

Soyez sur la plage Ă  6 heures.

- Qui est Ă  l'appareil ? - Okra.

- OĂč ĂȘtes-vous ? - Juste derriĂšre vous.

- Que faites-vous lĂ  ? - Je vous surveille.

- Vous n'avez pas confiance ? - Et vous ?

- Absolument. - Moi non plus.

Pourquoi aucun producteur hollywoodien n'a entendu parler de Fabrizi ?

Demande plutĂŽt en Italie.

Je vais le faire.

Ça va. Je vais trùs bien.

- Le bateau sera Ă  l'heure ? - Je ne fais pas d'erreurs.

Inutile de pleurer, Sophia chĂ©rie. ArrĂȘte de m'appeler. DĂ©solĂ©. Au revoir.

Voici Fred Okra, mon coproducteur. Inventeur de l'Okrascope.

Voici ma secrétaire particuliÚre.

- Sacré visage, non ? - Oui, hein ?

Pour la scÚne du débarquement,

on utilisera une matiĂšre qui ressemble Ă  de l'or.

Qui ressemble Ă  de l'or ?

AllĂŽ. Je veux appeler Rome.

- Rome. Une ville en Italie. - Roma ?

Non, pas Roma. Rome.

- Je vous emmĂšne oĂč ? - À la gare routiĂšre.

Je vais Ă  Sevalio voir mes enfants.

Elle est en train de partir.

On a des problĂšmes de moteur. Ce doit ĂȘtre le moteur.

- Quoi ? - On va regarder le moteur.

- Bonjour. - Bonjour, la star.

Bonjour, la partenaire et les centaines de figurants.

Bonjour.

On va commencer par la scÚne du débarquement de l'or.

L'or, qui ne devrait pas tarder.

Patron.

Reportez.

- Quoi ? - Le bateau a des problĂšmes de moteur.

Il n'y a aucun Fabrizi inscrit au syndicat des réalisateurs italiens.

Détends-toi, Harry. Cet homme est un génie.

- Que vais-je faire ? - Vous ĂȘtes rĂ©alisateur. Faites un film.

Changement de programme.

On oublie le débarquement. On commence par les scÚnes plus intimes.

Du calme quand vous vous taisez. Voyons...

Les camĂ©ras sont prĂȘtes ?

- La lumiĂšre ? - On est prĂȘts, mais...

Super. Le maquillage ? Super.

Action.

On fait quoi ?

Stop. Coupez. ArrĂȘtez tout.

Coupez le son. Que personne ne bouge. ArrĂȘtez.

Tony chéri, tu as une question ? N'aies pas peur de demander.

C'est la seule maniĂšre de fonctionner.

Que doit-on faire ? De quoi parle cette scĂšne ?

Tu veux savoir de quoi parle cette scĂšne ?

Je dois y réfléchir.

Chut. Fabrizi réfléchit.

- J'ai trouvé. - Chut. Il a trouvé.

J'ai trouvé.

- Quoi ? - Rien.

- Quoi ? - Ça parle de rien.

Tony, mon amour, cette scĂšne nous donne une belle occasion

de traiter le manque de communication dans notre société.

Deux personnes magnifiques assises seules à un café,

sans la moindre chose Ă  dire.

Tu vois la signification ?

- C'est superbe. - J'adore.

Gina, l'équipe, on reprend au début.

Quand je vous donne le top, vous ne faites absolument rien.

- J'adore. - Essayez d'assurer dĂšs la premiĂšre prise.

Bonne chance. Dieu vous bénisse.

PrĂȘts pour le rien ?

- PrĂȘts. - Parfait.

Et pas... d'action.

Bonjour.

C'est mon fils. Il est réalisateur.

C'est Gina, ma fille. Elle est actrice.

Gina, Tony, on est prĂȘts pour le prochain plan.

Dans cette scĂšne, au lieu de ne rien faire,

vous faites quelque chose.

Quoi ?

- Vous courez. - Qu'est-ce qu'on fuit ?

Vous-mĂȘmes. Vous saisissez le symbole ?

MĂȘme en courant trĂšs vite, vous ne pouvez vous fuir vous-mĂȘmes.

Magnifique.

Les jambes sont prĂȘtes ? Bonne chance.

Action.

Magnifique.

Pause-déjeuner.

Comment ça va ?

J'ignorais que tu courais si vite.

- C'était bien ? - Formidable.

- Merci. - Incontestablement.

Bon, Tony...

dans la scĂšne suivante, tu cherches Gina et Gina te cherche.

Quand vous vous retrouvez, vous vous tombez dans les bras.

- Quel est le sens de cette scĂšne ? - Un homme en quĂȘte de son identitĂ©.

C'est la quĂȘte d'identitĂ© d'un homme.

Les villageois, dans un instant, vous traverserez la place.

On a jeté l'ancre et elle s'est coincée.

- Quoi ? - On va regarder l'ancre.

Tony, Gina, mes chéris.

Un réalisateur n'en a jamais fini.

Mes chéris, écoutez.

Vous devez ĂȘtre crevĂ©s, si j'en juge par ma propre fatigue.

Sacrifions notre fatigue pour notre art, car l'art, c'est la santé.

L'art, c'est l'amour.

L'art, c'est... l'art.

Super, Gina, mets-toi lĂ . Tony, mon amour, mets-toi lĂ -bas.

Génial.

Bon.

Action.

C'est ça. Doucement.

Vous vous apercevez.

Quand je baisse le bras, vous vous précipitez l'un vers l'autre.

Quelques villageois traversent doucement la place.

Et... c'est parti.

Non. Stop.

ArrĂȘtez.

Reprenez vos marques. Tout le monde en place.

Coupez. Stop.

ArrĂȘtez.

Honte Ă  vous, gens de Sevalio.

Vous faites honte à votre village et à l'industrie du cinéma.

Soit vous vous donnez Ă  fond, soit vous ĂȘtes tous virĂ©s.

Rentrez chez vous et réfléchissez bien.

N'oubliez pas que des tas d'autres villages veulent faire du cinéma.

Ce sera tout.

- Je dois vous parler. - Qui parle ? Vous ou lui ?

Moi.

- Vous avez donc une voix. - Il m'interdit de parler.

Je n'ai pas téléphoné depuis six ans.

Pauvre enfant. Vous tremblez. C'est le froid ?

- S'il me savait ici, il me tuerait. - Le salaud.

Quoi ?

- Tony ? - Qui est-ce ?

C'est votre partenaire, la ravissante Gina Romantica.

J'arrive.

Pourquoi restez-vous avec lui ?

Je ne peux pas m'enfuir. Il me fait peur.

Vous ĂȘtes rĂ©chauffĂ©e ?

Venez donc sous les couvertures.

Je suis venue vous prévenir de ne pas lui faire confiance.

Je ne lui fais pas confiance.

Pas le moins du monde.

- Je peux entrer discuter ? - Il est trĂšs tard.

Pas du tout. Il est trĂšs tĂŽt.

Cet homme n'a aucun honneur.

J'ai confiance en vous.

Vous ĂȘtes honnĂȘte. Je le lis dans vos yeux.

Ne me quittez pas des yeux. Faites-moi confiance.

Je ne suis pas ce que vous croyez. Je peux vous confier un secret ?

Je suis prisonniĂšre. Esclave.

- Il est méchant et cruel. - Cruel et méchant.

Je n'ai rien compris.

Je n'ai rien dit. Je vous embrassais les oreilles.

J'ai vu une fille le faire dans un film. Je le fais aussi bien qu'elle ?

Non ?

C'était il y a trÚs longtemps.

Je veux devenir une grande actrice.

- Vous m'apprendrez ? - Vous embrassez trĂšs bien.

Pour une fille, oui.

Mais pas pour une actrice. Je n'ai style ni finesse.

Je suis tellement malheureuse. Que puis-je faire ?

Continuez Ă  en parler. Toute la nuit, s'il le faut.

Apprenez-moi les baisers de cinéma.

Je vous en prie.

Désolé. J'ai du mal à garder les yeux ouverts.

- Je n'ai pas assez d'expérience ? - C'est moi qui en ai trop.

AprĂšs tout, j'ai cinqu... trente-sept ans.

On vous en donnerait 27. Vous faites si jeune.

Votre corps. Votre visage. Vos cheveux.

- J'aime vos cheveux en bataille. - ArrĂȘtez.

- Tony, ça va ? - Trouvez-moi une échelle.

Redites-moi que c'est un pourri.

C'est un pourri. Pourri, je vous dis.

- Qui est lĂ  ? - Okra. Je veux entrer.

Laissez-moi faire. Cachez-vous dans le placard.

Ouvrez.

- Qu'y a-t-il ? - OĂč est-elle ? Je vais la tuer.

- Qui cherchez-vous ? - Vous le savez bien.

Ma sƓur.

Votre sƓur ? C'est votre sƓur ?

Filez avec votre frĂšre. Honte Ă  vous.

S'il était vivant, papa se suiciderait.

Sevalio est en vue. Préparez les barques. On arrive.

Il arrive.

Le bateau arrive.

Il y a trop de brouillard.

- Ils ne trouveront pas la caméra. - Lui, il la trouvera.

C'est dingue de débarquer de l'or devant 300 personnes.

On ne retravaillera jamais ensemble.

Le voilĂ .

Le bateau avec l'or arrive.

En place pour le débarquement. Debout.

- Je joue dans cette scĂšne ? - Sans vous, je ne peux rien faire.

DĂšs que l'or arrive Ă  terre, tu le charges dans le camion.

Il est lourd pour faire vrai. Tu y arriveras ?

Jamais de doublure.

Ton imperméable, c'est ta signature.

Ma nouvelle signature, c'est mon jeu.

Aldo, Gina, c'est maman.

- Que fait-elle ici ? - Je voulais qu'elle me voie jouer.

Joue vite, le temps presse.

Virez-moi cette foule.

Amenez le camion sur la plage. Aussi prĂšs de l'eau que possible.

Circulez, on a un film Ă  faire.

Allez. Tout le monde aux bateaux.

DĂ©pĂȘchons. Plus vite.

Amenez l'or Ă  terre.

Ce film vous concerne tous. Les premiers revenus seront dans le film.

Passez-moi Rome.

- Rome ? On l'a trouvé. - Qui ça ?

Vanucci. Sur la plage de Sevalio. Apparemment, il tourne un film.

Allez l'arrĂȘter.

Impossible. Il est avec sa bande. Ils sont des centaines.

Ne bougez pas. J'appelle la police locale.

Ils y sont presque.

Bonjour.

Allez, tirez.

À droite.

À gauche. Tirez.

À droite. Tirez.

- Ils déchargent la cargaison. - Quel genre de cargaison ?

TrĂšs importante. Des lingots qui ont la couleur de l'or.

- Vous croyez que c'est quoi ? - Des gros lingots d'or.

C'est l'or du Caire. Surveillez leurs mouvements. J'appelle Interpol.

À Sevalio ? Alertez tous les postes du secteur.

Ils ont trouvé l'or du Caire. Envoyez des renforts. On veut Vanucci.

Allez, allez.

- Vous ne filmez pas ? - Moi ? Si.

Allez, plus vite. Bon, vous ĂȘtes tous dans ce plan.

Sortez-moi cet or et mettez-le dans le camion. Vite.

Gardez le rythme. Vous avez attendu ça toute votre vie.

Votre rĂȘve se rĂ©alise. C'est votre heure de gloire.

Je veux le voir sur vos visages, l'entendre dans vos voix.

Chante, Sevalio, chante.

C'est bien. Plus vite.

Chantez avec votre cƓur. Montrez votre joie.

- Ils chargent le camion. - Montez sur la colline.

On va bloquer la route.

Allez.

La police de Sevalio ?

- Le chef est lĂ  ? - Il est dans le film, comme tout le monde.

Allez.

BRUME

Chante, Sevalio. Avec joie. Avec bonheur.

Avec liberté.

Téléphone.

Pousse-toi. Tu gùches le plan. Dégage, imbécile.

Bonjour. Rizzuto, chef de la police.

Que faites-vous avec une bande d'escrocs ?

Pourquoi n'étiez vous pas à votre poste ? Je vous cherche depuis 20 mn.

- Quoi ? - C'est Vanucci. Vous m'écoutez ?

Vous volez l'or du Caire.

Vous ĂȘtes complice avant, pendant et aprĂšs l'acte.

Je veux Vanucci mort ou vif.

Maman, Gina, en voiture. Vite.

- Ça va ? - Bien sĂ»r. Je veux finir ma scĂšne.

- Bien, monsieur. - Vous m'entendez ?

- Ne restez pas planté là. - Au revoir.

ArrĂȘtez-les.

Chante, Sevalio, chante.

Plus vite, imbécile. On ne les aura jamais.

OĂč est-il ? Je ne le vois pas.

Plus vite.

- Maman, voici ma fiancée. - Enchantée, ma chérie.

Déposez-moi à l'ambassade.

Voiture 17, oĂč ĂȘtes-vous ?

Lci, la voiture 17. On est derriĂšre vous.

Non, on est devant.

ArrĂȘtez. J'ai entendu quelque chose. Pas un bruit.

- C'est un train. - Je suis trop jeune pour mourir.

Je n'ai mĂȘme pas eu peur.

- Démarre. - Je ne veux plus conduire.

Je démissionne.

- DĂ©marre. - Je n'ai mĂȘme pas eu peur.

Pas un instant. Vraiment.

À gauche.

- Laissez-moi conduire. - Mais tu es au volant.

Plus vite.

J'exige de voir l'ambassadeur...

Accusés, levez-vous.

- Tous ? - Tous, Votre Honneur.

- Il n'y a pas de place pour le jury. - Ils étaient tous complices.

Au prochain éclat, je vous fais tous jeter dehors.

Comment plaide l'accusé ? Coupable ou non coupable ?

Non coupable.

Une seule personne Ă  la fois.

- Qui ĂȘtes-vous ? - Federico Fabrizi, le rĂ©alisateur.

Comme tous ces braves gens, un témoin innocent.

C'est Aldo Vanucci, un prisonnier évadé.

Objection. Il essaie de discréditer un témoin.

Une chose à la fois. Qui a débarqué l'or clandestinement ?

J'aimerais bien le savoir. En tant que réalisateur, j'ai demandé de l'or faux.

Un escroc a mis de l'or vĂ©ritable. Ça sent l'entourloupe.

Votre Honneur, cet homme cherche à discréditer la justice,

comme il l'a fait toute sa vie.

Il a fait neuf séjours en prison.

Il s'est Ă©vadĂ© cinq fois. La justice ne doit plus ĂȘtre bafouĂ©e.

Mais qui est coupable ? Celui-ci ? Celui-lĂ  ? Eux tous ?

- On décidera au vu des preuves. - Quelles preuves ?

Les preuves que vous avez fournies...

Votre film tourné à Sevalio. L'or du Caire. LumiÚre, je vous prie.

Bravo ! C'est génial.

- Qui est-ce ? - Mario Stravoli, critique.

C'est une grande Ɠuvre d'art. C'est un gĂ©nie.

Quelle profondeur. J'ai pleuré...

Sortez-moi cet imbécile.

Que de vĂ©ritĂ©, d'honnĂȘtetĂ©.

C'est le plus grand film italien depuis 40 ans. Un génie primitif.

Cet homme a rĂ©alisĂ© un chef-d'Ɠuvre.

Le monde entier est devenu fou.

Un crime a Ă©tĂ© commis contre l'État et quelqu'un doit payer.

Ce sera qui ?

Emmenez tout le monde sauf les enfants et les anciens.

Votre Honneur, j'implore votre clémence.

Tous ces gens sont innocents.

Ils se sont fourvoyés.

Pas pour de l'or, mais Ă  cause de la faiblesse de l'esprit humain.

Faut-il punir leur désir de nourrir leurs ùmes affamées ?

- Oui, emmenez-les. - Attendez.

Si quelqu'un doit aller en prison, c'est moi.

Je suis seul responsable de ce crime.

Je vais en prison car je suis un petit escroc.

Seuls les grands bandits s'en tirent. C'est ça, la justice ?

Quelqu'un doit payer.

Je vous condamne, petit escroc, Ă  5 ans.

J'accepte avec bonheur,

car je sais dans mon cƓur

qu'une sƓur Ă©crira Ă  son frĂšre tous les jours aprĂšs l'Ă©cole.

Qu'une mÚre sera soignée et protégée par des amis.

Des amis travailleurs.

Et qu'un grand acteur a compris que l'Ăąge n'amoindrissait pas le talent.

Ne vous inquiétez pas pour Vanucci.

Je quitterai la prison le premier avril Ă  15 heures.

- Attention, docteur. - Vous voulez vous évader de nouveau ?

Oui.

Pourquoi vous inquiéter ? II ne vous ennuiera plus.

On n'est jamais trop prudents.

Arrivederci, docteur. On se voit dans un mois.

Au secours.

Imbéciles. Vanucci s'est échappé.

On ne marche pas cette fois.

Laissez-moi sortir. Détachez-moi.

Imbéciles.

Ce n'est pas le bon qui s'est échappé.

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