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ROULEZ PRUDEMMENT
VOUS ETES A WALLACE COUNTRY
C'est une propriété privée, vous n'avez rien à faire ici.
Mais, shérif, on ne fait que s'amuser un peu.
A trop vous amuser, vous finirez en enfer. Allez, dégagez d'ici.
Vieux Rod l'éclair vous en voudra. Il aime le chocolat.
On allait lui filer un dollar.
Aucune négresse ne dirait non à un petit coup.
Comment avez-vous su qu'on était là ?
La maman de Rod l'éclair l'a vu partir avec vous.
Elle s'est doutée de quelque chose.
Allez, les gars. La fête est finie.
Rod !
Voilà ton dollar.
Allez, prends-le.
Tu peux retrouver ton chemin ?
Eh bien ?
Alors, rentre chez toi, maintenant.
Allez.
Toi aussi, Bobby.
Faut que j'attende ma femme, c'est elle qui a la voiture.
- Et où est-elle ? - Un peu plus haut sur la colline.
Elle regarde les oiseaux avec Mme Alverson.
- Je te dépose. - Merci, shérif.
Tu veux m'accompagner ?
Merci bien, shérif, ma femme m'attend déjà.
A la revoyure.
Salut, Track.
- Peux-tu m'accorder quelques minutes, Breck ? - Bien sûr.
Si tu veux terminer ça, je te donne un coup de main.
Non, ça va, j'avais presque fini de toute façon.
Rentrons.
- Qu'est-ce que tu bois ? - Rien pour l'instant.
La dernière fois que je suis venu,
on pouvait voir à une quarantaine de kilomètres au nord et à l'ouest.
T'en as marre de la vue ?
Non, le problème, c'est que les oiseaux heurtent sans cesse la vitre
parce qu'ils ne la voient pas et ils se brisent les ailes.
Pourquoi tu ne la recouvres pas d'un filet de pêche ?
Comme ça, t'aurais la vue et les oiseaux.
Je suppose que je n'y avais pas pensé.
J'te jure, si un piaf brisait sa petite aile, t'irais en courant lui poser une attelle.
Tu prévois d'accueillir les étrangers, la semaine prochaine ?
Les participants à la manif pour le vote des noirs ?
- Tu vas les laisser camper sur la montagne ? - C'était mon intention, pourquoi ?
Certaines bonnes âmes d'ici m'ont demandé ce que tu ferais et...
comme je ne savais pas, je te pose la question.
Ça ne les regarde pas.
Ils n'apprécient pas qu'un tas d'étrangers viennent leur dire comment diriger leur comté.
Peut-être qu'ils ont raison.
Je ne serai pas devant l'hôtel de ville parmi eux pour les encourager.
- Je n'aime pas me faire remarquer. - Mais tu ne vas pas les décourager, non plus ?
Eh bien, j'essaierai de rester digne.
- Qu'est-ce que tu bois ? - Il te reste de ton bon whisky ?
Tu sais où se trouve la bouteille.
Tu penses que les étrangers risquent de poser problème ?
Non, je ne crois pas.
Non.
Arrête ! Quelqu'un vient !
Tes parents risquent de nous choper !
Oublie ça, d'accord ?
- T'as fait quoi, tout l'après-midi ? - Rien du tout !
Qu'est-ce que... Ce tas de ferraille fait des bonds !
II me faut une nouvelle voiture, personne ne voudra réparer celle-ci.
Tu répétes la même chose depuis Noël.
Bon sang !
J'en ai marre de ce...
J'en ai marre de cette bagnole.
Ça doit être le moteur.
T'as découvert ça tout seul ?
Viens, on va aller en ville trouver un dépanneur.
Allez, bouge !
Je suis fatiguée, j'ai passé la journée debout.
- Je refuse de marcher jusqu'en ville. - Ah ouais ? Eh bien, reste ici.
- J'ai froid ! - Tu vas te décider, à la fin ?
Et ne tripote pas les boutons de la radio, tu m'entends ?
Eh bien, je peux vous garantir une bonne chose.
Tant que je serai maire, il n'y aura aucun problème avec ces agitateurs.
C'que je veux savoir, c'est ce que nous allons faire ?
Nous ? Tu veux dire, le Klan ?
Le Klan ne fera rien du tout.
J'ai parlé au Grand Dragon à Birmingham et c'est ce qu'il a dit.
On va leur laisser ce bon Dieu de "Nous allons vaincre"
et les laisser manifester pour leur droit de vote.
Ça risque de poser problème pour les membres. Certains commencent à s'impatienter.
Alors je te suggère de les emmener au troquet et de leur payer un coup.
Tu sais quoi ? En tant que président de la Compagnie, je paierai la note.
C'est bien gentil à vous, Mr Hardy, mais je pensais qu'on pourrait, vous savez...
Je sais que quand un bonhomme rejoint le Klan,
il a parfois envie de distribuer des coups, et je connais cette sensation.
- Vraiment ? - Un peu, mon neveu !
Laisse-moi te dire une chose :
je me moque que tu sois shérif adjoint et aussi mon beau-frère,
personne n'a le droit de distribuer des coups comme bon lui semble.
Les gars en ont marre de venir ici pour parler du pique-nique du 4 juillet
ou des dindes de Noël et de toutes ces conneries
ils ont l'impression de louper trop de programmes télé !
A vrai dire, les gars se sont préparés à un peu d'action ce soir, Hardy.
De l'action préventive, si l'on peut dire.
Il est temps de décourager nos nègres
de participer à la manifestation de la semaine prochaine.
Nous pensions que vous aimeriez être au courant.
Evidemment qu'il faut que je sois au courant,
je suis un putain de Cyclope !
Ce que je ne veux pas savoir, c'est ce que vous allez faire.
Un de ces jours, il me faudra peut-être jurer sur la Bible.
On devrait parler de ce que vous n'allez pas faire.
Vous n'allez tuer personne.
Et vous n'allez mutiler personne, comme couper les boules d'un nègre
ou lui lacérer le dos pour que le New York Times nous traite de barbares.
Et vous n'allez pas dynamiter de dindes non plus.
Après, vous faites ce que vous voulez.
Voici ce que je veux dire.
Nous avons de bons chrétiens, ici, blancs comme noirs.
Tout le monde dispose de bonnes opportunités.
Mon intérêt principal est le développement du comté d'Otoka.
Et personne ne veut voir un tas d'agitateurs, de putes, de rebuts, d'athées,
de pervers ou de communistes déchaînés s'en prendre à nos nègres.
C'est bien vrai !
Les gars, au quartier général, ça ne leur pose aucun problème
que vous brûliez une croix par-ci par-là...
Ou que vous emmeniez un agitateur quelque part
pour le bousculer un peu, le châtier un peu,
pour qu'il sache que vous n'êtes que de bons voisins chrétiens
qui faites votre devoir pour que tout le monde s'entende bien.
Ouais, Hardy, c'est sûr !
Allô ?
Comment ?
Seigneur Dieu !
- Nancy Poteet s'est fait violer. - Quoi ?
Merci d'avoir appelé.
J'apprécie.
- Nancy Poteet ? - La blonde, oui.
- Violée par un nègre. - Quel nègre ?
On ne sait pas encore.
- Je vais deviner, moi. - Je penche pour ce salopard de Willy Washington !
Ce fils de pute de noir ! A vos armes !
Attendez une minute. Mais attendez ! Bon Dieu !
II paraît qu'il a un penchant pour les femmes mariées.
Toujours à planter sa queue dans la femme d'autres nègres.
Toujours à vanter ses propres mérites.
Ça fait une grande différence, s'il a planté sa queue noire dans un trou blanc.
Calmez-vous les gars, vous entendez ?
- Vernon, fais quelque chose ! - Comment diable pourrais-je les retenir ?
- T'as des suggestions, Hardy ? - Bon sang, tu dois essayer !
NOTRE CODE
Protéger les faibles, les innocents et les gens sans défense
contre les indignités, les mauvais actes et les outrages
des sans loi, des violents et des brutes.
Willy ?
Ouais ?
- Tu peux venir une minute ? - Vous avez qu'à venir jusqu'à moi.
Où étais-tu entre 20h et 21h ?
Je me faisais un p'tit bout de paradis.
Et le prénom de ta copine ?
Voyons, shérif, je ne révèle jamais rien sur mes plaisirs privés.
Willy, je ne suis pas là pour passer le putain de temps.
J'ai un mandat pour ton arrestation.
Je ne donnerai le nom de personne,
sinon je pourrais me retrouver dans une belle mouise.
Tu es déjà dans la mouise.
Je t'arrête pour viol.
Elle a dit que c'était un viol ?
Willy !
Allons-y, Willy.
Monte à l'avant.
Tu ferais mieux de sauter à l'arrière.
Merci, shérif, je me sens beaucoup plus en sécurité.
- On le veut, Track. - Bon sang, shérif, soyez raisonnable.
Ne vous opposez pas, M. Bascomb.
On veut juste éviter au comté le coût d'un procès.
Je sais ce que vous voulez faire.
Allez, les gars, reculez et laissez-moi faire mon devoir d'élu.
Votre devoir est envers nous.
Nous vous avons élu et Dieu sait que nous pouvons vous destituer !
Eh bien, jusqu'à ce grand jour...
Retire cette main de mon bras.
Fils de pute.
Merde ! Allez, montez dans la camionnette.
Regardez, des nègres.
Vous en dites quoi, les gars ?
C'est ce laideron de Garth et son pote, Henry.
Attrapons ce fils de pute !
Viens, Henry !
Attrapez-les !
Allez, on y va !
Allez !
On y va !
Allez, viens !
Allez, mec !
Attrapez-les !
Eh, attends-moi, mec !
Laissez-moi ! Lâchez-moi !
Par ici.
Eh, passe-moi un couteau.
Faites pas ça !
Bon, ben vous connaissez les règles. On doit tous tirer une balle.
Que se passe-t-il ?
Breck ?
Je peux te poser la fameuse question ?
A cette heure-ci ?
Pourquoi refuses-tu de m'épouser ?
Non, vraiment.
J'allume ta pipe, je te sors tes chaussons,
je te lis même les bandes dessinées du journal.
Le maire Hardy Riddle m'a demandée en mariage.
Mais c'est un secret !
- Hardy Riddle est déjà marié. - Bien sûr, c'est pour ça que c'est un secret.
Je ne lui dirais rien de toute façon, vu qu'il pèse près d'un million de dollars.
Oui, il est trop gros.
Comment ? Qu'est-ce que tu dis ?
J'ai dit que si tu m'épousais,
je vivrais dans une tente en me nourrissant de navets !
Jure-le donc.
J'ai entendu dire que Loretta Sykes est de retour.
Elle va rester ici, sur ta montagne ?
Loretta est revenue voir sa grand-mère.
- Tu vas recommencer ? - Recommencer quoi ?
A boire ton chocolat chez elle.
Quelle expression dégoûtante !
Oui, je sais, et alors ?
Je ne l'ai jamais fait !
Je vais te croire, même si tout le monde dit que tu soulevais régulièrement sa jupe.
Loretta est revenue voir sa grand-mère qui est mourante.
Un cancer.
Ce n'est pas ce qui se dit au bureau.
Ils disent qu'elle est revenue pour la manifestation.
Qu'en dit Big Track ?
Big Track ne dit jamais rien.
Si les paroles étaient de l'or, il aurait déjà fait faillite.
C'est pour ça qu'il est le meilleur shérif qu'on ait jamais eu.
Je ne sais pas.
Cette ville me file les jetons.
Comme ces coups de feu, au milieu de la nuit.
Qu'est-ce que c'était ?
Des chasseurs de ratons laveurs, ou des mecs bourrés qui s'éclatent...
Ou peut-être un baril de dynamite.
J'ai l'impression qu'on est tous assis dessus et que ça risque de sauter.
Et voilà comment on a trouvé Henry, sur la colline derrière le bar,
- sur la route de Birmingham. - On sait qui l'a tué ?
Un petit quelque chose de l'office national.
Tu veux savoir qui ? Probablement un autre nègre.
- Sans doute. - Ou l'un de ces agitateurs de l'extérieur.
Quelques-uns sont déjà en ville. Un nègre du nom de Charlie Peck.
Et il y a même un prêtre blanc.
- Un prêtre ? - Enfin, il porte un col blanc.
Ne vous inquiétez pas.
On les surveille depuis un bon bout de temps.
- On s'occupera de ces salopards. - Ouais, ça, c'est sûr.
"Cette république est grande,"
"non pas par nos terres, nos richesses ou notre peuple."
"Nous sommes grands grâce au génie"
"des pionniers blancs qui ont établi ce continent,"
"qui se sont révoltés contre des rois"
"et qui ont fait des étendues sauvages notre demeure de liberté."
"Notre futur dépend de la pureté de notre race."
"Laisser aux noirs le droit de vote est un crime contre l'humanité."
Conneries.
- Ouvrez, s'il vous plaît. - Salut.
Shérif Bascomb, je voudrais vous parler.
D'accord, Charlie, sors de là.
- Merci, shérif. - Comment tu te sens ?
Mal. Ça doit être un truc que j'ai mangé.
- Ou ce que t'as bu pour le faire glisser. - J'vous jure, je recommencerai plus.
- Je vous le jure sur la... - Sur un pack de bières.
Qu'est-ce que j'ai fait ?
Eh bien, tu as fait saigner le nez de ta femme,
t'as dégommé ton gamin, t'as écrasé le chat...
Oh, mon Dieu !
- T'as parlé à ma femme ? - Tu peux rentrer chez toi.
Eh, M. shérif, s'il vous plaît !
Vous savez, c'est Henry qui a violé Nancy Poteet.
C'que je sais, c'est que c'était pas moi.
Le mandat que vous m'avez balancé au bar, ça m'a un peu surpris.
Il n'aurait pas dû la violer.
Eh, Track !
Breck m'a refait le coup.
Il a déchiré l'affiche devant Hardy Riddle et tout le monde.
Il se moque de préserver la pureté de la race, ou quoi ?
II se moque des gens qui le veulent.
Il pense même que notre gouvernement ne vaut rien !
Tu sais quoi ?
II déteste même le Klan !
- Il a sans doute ses raisons. - Ouais, mais c'était il y a longtemps.
Tu sais ce que j'ai envie de faire ?
J'ai bien envie de botter le vieux cul de ce Breck de mes deux !
Vous n'en ferez rien.
Il a appris le karaté dans les Marines.
Il peut enfoncer son poing jusqu'au coude dans un baril de riz.
Je vais te dire une chose, ma petite. J'ai des amis qui pourraient lui faire mal.
Bien sûr, vous pouvez toujours empoisonner son chien et tuer son cheval
et brûler tous ses arbres
et peut-être aussi le flinguer dans sa camionnette, comme un lapin !
Bien sûr.
Eh bien...
Peut-être que ça finira comme ça.
Mais tant que je serai le shérif...
tu ne feras rien du tout.
Si tu le dis, Track, si c'est ce que tu veux.
Quand même, shérif, ce serait si facile... Il est juste là.
Juste là, à l'arrêt de bus.
Merci beaucoup.
- Bienvenue chez toi. - Merci, Breck.
- Et ce travail, alors ? - 120$ la semaine.
Une sorte de miracle pour une...
pour une petite black cueilleuse de maïs.
- Tu t'es mariée ? - Quand je l'ai quitté, il m'a dit
de laisser ma jupe en place et de garder mes jambes croisées.
Enfin, rien ne dure.
Mais je pensais que tu aurais peut-être un mari,
une Chevy et une vieille cuisine électrique.
La Chevy, je l'ai et c'est toi qui m'a dit de me battre
pour atteindre la classe moyenne.
Tu ne te bats pas beaucoup toi-même.
Tu sais, il est inutile de se battre quand on vit sur 3000 hectares...
de rochers et de sapins.
Ils restent sur leurs terres.
Ils ont leurs cabanes, leurs allocations chômage...
leur télé et l'espoir d'entrer au Paradis.
Ils sont bien endoctrinés.
Tu crois qu'il est trop tard pour eux de changer ?
Pourquoi changeraient-ils ? C'est tout ce qu'ils veulent.
Et toi, Breck ? Qu'est-ce que tu veux ?
A peu près la même chose.
Du moment que la montagne reste calme.
Grand-mère m'a dit que tu ne t'es jamais marié.
Elle a raison. Et elle a raison à propos de la manif, la semaine prochaine.
Je lui ai écrit.
Ça pourrait être dangereux.
Le danger est juste une autre façon de faire le tri dans cette ville.
On travaille sans filet.
Breck, je dormirais bien dans un lit sur la montagne,
mais je suis revenue parce que la seule personne
qui m'ait jamais aimée est mourante.
Ce n'est pas tout à fait exact.
Je suis aussi revenue pour voir ce qui était advenu...
Ce qui était advenu de toi.
Qui est-ce ?
Des amis.
- Êtes-vous Loretta Sykes ? - Oui.
Voici Charles Peck et je suis le révérend Josh Franklin.
Et que voulez-vous ?
Nous savons que vous faites partie du Mouvement.
- Chicago ? - Oui.
Nous espérions que vous pourriez nous aider, ici, sur la montagne.
Vous aider à quoi ? II n'y a plus personne ici.
Il doit rester une douzaine de personnes.
Il va falloir qu'ils se bougent pour aller aux urnes.
Ils ne vont pas juste attendre de mourir ici. La plupart ne savent pas lire,
ont cinq ou six gamins qui grandissent et partent rejoindre Chicago ou l'armée.
- Alors expliquez-leur l'utilité de voter. - La plupart le feraient mais il y a autre chose.
Vous êtes des gars de la ville. Vous n'avez jamais vu de feu de forêt.
Si vous vous frottez aux gens d'ici, certains n'hésiteront pas à allumer ces feux.
Des gens perdront leur maison, d'autres mourront.
C'est ça que vous voulez, mettre le feu chez nous ?
Le feu est partout.
Tout le monde doit courir le risque de se brûler.
De grandes paroles.
Je vois qui tu es, poupée. Tu n'es contre rien, ici.
T'es dans le Mouvement, d'accord,
jusqu'à tes ongles vernis mais pas jusqu'à ton p'tit cul serré !
Tu pars te cacher dans ta petite planque à Chicago.
Alors j'imagine que tu n'es pas trop désolée pour tes pauvres frères et sœurs
- aux cheveux crêpus... - Charles, s'il te plaît.
Qui est ce Breck Stancill ?
- Il est membre du Klan ? - Ni dans sa tête, ni dans son cœur.
Il aime lire et passer le temps dans ces forêts.
Il a de l'oseille ? On aurait besoin d'une donation.
Même les noirs ont de la peine pour Breck, il n'a même pas la télé.
Il m'a l'air d'un vieux fou.
Le genre de fou têtu. Avec une bonne mémoire.
Vous voyez cet arbre ?
C'est l'arbre le plus célèbre et le plus infâme de l'histoire de ce comté.
L'arrière grand-père de Breck était contre l'esclavage.
Alors les bouseux locaux ont pendu le juge Stancill à cet arbre en 1861.
Et qu'est-ce qu'il a fait ?
II n'y a pas grand-chose qu'il puisse faire.
Voir cet arbre tous les jours doit lui rappeler de mauvais souvenirs.
Je suppose que c'est pour ça qu'il boit autant.
A moins que ce ne soit à cause des douleurs dans sa jambe.
C'est dur. Mais nous avons tous notre croix à porter.
La semaine prochaine, Josh et moi porterons la nôtre devant l'hôtel de ville.
Les yeux dans les yeux avec Track, Butt Cutt et toutes les autres hyènes.
Je crois que vous survivrez.
Je pensais à un truc, poupée.
On pourrait peut-être tous se glisser derrière les lignées confédérées
et tu pourras me réconforter à la veille d'Armageddon.
Je crois que vous devriez vous en tenir
aux filles à cheveux tressés et aux baskets sales.
Ok, poupée. Mais si tu m'entends courir à travers la forêt,
poursuivi par des chiens voulant ma peau, tu me feras bien cette faveur.
Je serai juste à tes côtés, mes foulées égalant les tiennes.
- Qu'est-ce que t'en sais ? - Parce que je serai avec vous,
devant l'hôtel de ville. A bientôt.
Qui c'est ?
C'est l'assemblée de nuit ?
Vite, vite, vite...
Je n'ai pas porté ce costume glorieux depuis longtemps.
Seigneur !
Pourquoi tu ne l'as pas juste tué ?
Sale nègre !
- C'est le fusil de Johnson. - Vous avez trouvé l'arme du crime ?
Non. Nous pensons que c'était un fusil automatique.
On a récupéré cinq douilles.
- Vous savez qui l'a fait ? - Pas encore.
Vous pensez que c'est un noir, pas vrai ?
Jan, mettre vos mots dans ma bouche ne vous fera pas gagner un Pulitzer.
- Attendez une minute ! - Track ?
Je suis venu de Birmignham un bon Dieu de dimanche matin
et ce tombeur habillé comme un plouc est venu de New York.
Vous devez nous donner quelque chose, n'importe quoi.
Quels sont les chiffres de la violence dans ce comté ?
Pas de quoi faire un article.
Pas de crimes ou pas d'archives ?
Pour un shérif de comté, il y a deux façons d'exercer la loi.
Il peut arrêter et punir...
De cette façon, tous les bouseux auraient un casier, par ici.
Ou il peut calmer les choses, faire voir qu'il est là,
et empêcher les gens de commettre des crimes.
Shérif, vous avez une bien belle façon de parler, mais nous, on a un travail à faire,
et on apprécierait un peu plus de coopération.
Vous voudriez que je sois plus coopératif mais j'ai du travail, moi aussi.
Il n'y a personne ici à qui on peut parler ?
Allez voir Trix dans la pièce à côté. Elle est très coopérative.
On reviendra vous voir.
Vous êtes toujours les bienvenus.
J'aimerais savoir pour qui il se prend.
- Trixie, chérie ? - Salut.
- Trixie, tu travailles le dimanche ? - Salut, Jan.
- Winston, du New York Times. - Vous êtes loin de chez vous, non ?
Pas si on se trouve à Allentown, Alabama,
- le plus beau jardin du monde. - Et aussi la capitale des actualités.
En tout cas, cette semaine.
Qu'est-ce qui vous attire dans ces forêts reculées de l'Alabama ?
Ça a peut-être à voir avec un viol et quelques meurtres.
Et la prochaine manif pour le vote des noirs.
Ou peut-être juste parce que la peau humaine y est de couleur différente.
Vous trouverez le sucre à "Homicide".
Et toi, chérie, qu'en penses-tu ?
Je veux dire, tous ces événements, comment ont-ils commencé ?
Je suppose que ça a débuté en 1619, lorsqu'un capitaine de navire
a accosté en Virginie avec la première cargaison d'esclaves.
J'aurais voulu voir ce fils de pute viré ou ne pas avoir reçu la permission d'accoster.
Ah, c'est dans le tiroir des personnes disparues.
- Shérif, il faut que je vous parle. - A propos de quoi, Bobby ?
Ecoutez, je...
Je vais quitter la ville.
Alors tu devrais me donner ta nouvelle adresse.
Non, pas avec Nancy.
Je suis désolé, mais je n'en peux plus.
Travailler au marché, couper des côtelettes
pour toutes ces bonnes femmes qui meurent de savoir
ce que ça fait de baiser une femme qui s'est fait sauter par un nègre.
Ce qui m'embête, c'est que ça ne la touche pas.
- Elle n'a aucune honte. - Et tu vas aller où ?
Seigneur ! Je n'en sais rien.
Tout ce que je sais, c'est que je vais mal.
Vous êtes comme tous ces nègres. Et merde !
Pourquoi pareille chose m'est arrivé à moi ?
- Tu ne crois pas qu'il y aurait un moyen de... - Non, non.
Ecoutez...
Vous pourriez lui donner ma police d'assurance ?
II y a 34$ dedans. J'ai tout divisé en deux.
La moitié pour elle et l'autre pour le car.
Et dites-lui...
Et à cause d'eux, la vérité sera salie...
Seigneur,
donnez-nous un signe pour que nous sachions quoi faire.
Et donnez-nous la force de l'accomplir.
Amen.
Nous sommes seuls, assiégés par les ennemis de Dieu.
Notre nation chrétienne a été livrée aux blasphémateurs.
Nous perdons nos jeunes...
Regardez autour de vous...
Ils ne sont pas là...
Ils se sont exclus eux-mêmes de notre vertueuse compagnie !
Tout comme la parole de Dieu a été bannie de leurs écoles.
La marque de la bête noire a été apposée sur nos enfants innocents !
En tant que parents dévoués et patriotes nous devons défendre Jésus !
Et...
Elle sent le nègre, elle sent vraiment le nègre !
Honte. Saleté.
Comment pouvez-vous imposer votre présence à ces bons chrétiens ?
Après avoir été dans les bras de ce sale nègre !
S'il vous plaît. Veuillez tous vous assoir.
- Elle n'a rien à faire ici. - Je crois que je vais m'évanouir.
S'il vous reste une once de décence chrétienne, vous partirez.
J'attends.
Vous me blâmez pour ce qui est arrivé ?
Comme si j'avais fait quelque chose de sale ?
C'est vous, la saleté, vous, bon peuple chrétien !
J'aimerais vous pardonner comme le Seigneur a pardonné à ses ennemis.
Mais je ne veux pas !
Je ne peux pas ! Et je ne le ferai jamais !
Je n'ai pas honte car je n'ai rien fait de mal !
C'est calme et paisible, ici. C'est vraiment dommage.
- Qu'est-ce qui est dommage ? - Ici, Nancy serait à l'abri.
Loin des yeux, loin du cœur.
Personne ne l'insulterait ou ne l'accuserait de puer le nègre.
Track...
Je dois avoir...
à peu près 200$.
Prends-les et emmène-la où tu veux, ça m'est égal, à la Croix Rouge ou...
chez n'importe qui s'en souciera assez pour la guérir.
Oh, mais elle va très bien.
C'est ça, le problème. Elle va même trop bien.
Et pourquoi va-t-elle aussi bien, tout d'un coup ?
Quand une jolie blonde se fait prendre par un noir,
le bon peuple d'ici pense qu'elle devrait creuser un trou et s'y enfoncer.
Et, si le viol ne la tue pas, qu'elle devrait se suicider.
Ou au moins avoir la décence de se sentir horriblement mal
et en pleurer tout en tremblant de honte.
Mais Nancy s'en sort plutôt bien.
Elle s'est même rendue à l'église.
Et c'est ça qui a mis le feu aux poudres.
Comment pourrais-je m'en débarrasser ?
Je n'en sais rien.
Je devrais la nourrir...
A moins que tu ne veuilles la voir mourir de faim.
Elle devrait emménager ici, avec moi.
- Dis-lui que ce n'est pas possible. - Foutaises !
Tu ferais ça pour un piaf à l'aile cassée.
Très bien, mais tu lui diras toi-même.
Elle est dans ma voiture.
Allez, viens.
Pourquoi diable as-tu emmené Nancy Poteet chez Breck ?
T'as pas assez à faire ?
Si tu continues à te foutre des gens d'ici,
ils te foutront à la porte aux prochaines élections !
Et qui me remplacera ? Butt Cutt ?
II a déjà foutu le bordel dans la boîte de son frère pour les vingt ans à venir.
Au moins, il ne fait pas autant d'histoires.
Track, tu es le meilleur shérif que ce comté ait eu.
Mais, en affaires, t'es aussi versé qu'un porc d'abattoir.
La croissance et le bien-être de ce comté dépendent des affaires.
Quel rapport avec Nancy Poteet ?
- Ça concerne le rapport entre les races ! - Comme tout.
Tu fais trop de vagues, tu sais.
Le conflit existe depuis que les noirs migrent vers le nord.
Ils vont à Chicago.
Ils rejoignent l'armée pour toucher les 1500$ de bonus.
Puis ils partent en Allemagne pour deux ans
pour se vautrer dans la chatte teutonne et devenir moniteurs de ski.
Et moi, dans tout ça ?
Je dois les remplacer par des blancs.
Mais tout blanc digne de lui-même
refuse de faire le sale boulot pour la paie d'un noir.
Je ne gagne rien sur les allocations chômage et c'est tout ce qui restera.
Et, tout d'un coup, je serai là-haut, sur la montagne, avec Breck
et un tas d'autres vieillards en chaises à bascule.
Fait chier.
Tu tends le bâton pour te faire battre, tu sais.
Eh oui.
Et si la majorité de ce comté était noire,
que se passerait-il s'ils décidaient d'élire Junior ici présent comme shérif ?
Où serais tu ?
Où, sans ta maison gracieusement offerte par le bon peuple d'ici ?
Et ta voiture. Et ton gamin qui doit aller à West Point ?
Je t'ai touché là où ça fait mal, on dirait ?
Ne me regarde pas comme si j'étais responsable.
Je ne le suis pas.
Si tu veux savoir qui est responsable, je vais te le dire.
C'est le système.
Et on en fait tous partie.
Toi, moi, Breck, tout le monde.
Et ça fera un sacré bordel
quand tous les journaleux se pointeront ici
pour aller voir Breck et qu'il prendra la défense de cette chère Nancy Poteet.
Cette pauvre petite blonde que t'as sauvée d'une horde de paroissiens barbares.
Quand ça arrivera, on sera dans la merde jusque sur les chaînes télé nationales.
Alors elle me demande si je veux de la sauce avec mes patates, mais je croyais qu'elle...
Trixie, qui est ce Breck Stancill ?
Oui, pour qui il se prend ? II ne veut même pas nous parler.
Il fait très attention à qui il parle. Tenez, rendez-vous utiles.
Sa famille est ici depuis huit générations, vous savez.
C'est peut-être ça qui le rend si spécial.
Il refuse même de nous laisser photographier son foutu clébard.
Vous savez, si ce chien n'était qu'un bâtard, je pense qu'il aurait dit oui.
Mais Chris est un chien de race et certains, ici,
pourraient se sentir offusqués parce que c'est le chien de Breck et lui faire du mal.
Qu'en est-il des chômeurs noirs ?
Je voulais juste prendre quelques clichés de leurs cabanes pour montrer la pauvreté.
La pauvreté noire n'est pas aussi affreuse que celle des blancs.
Les noirs sur la montagne de Stancill ne paient pas de loyer,
ils ont un potager, du bois de chauffe, de la mort-aux-rats, un toit solide,
une église et un cimetière.
Si les gens s'en rendent compte, ils seraient tentés d'allumer des feux.
Il n'y a rien que l'on puisse écrire à propos de Breck Stancill ?
Si, vous pouvez écrire ceci :
Les oiseaux quittent cette partie de l'Alabama, comme les bruants jaunes.
Ils ont besoin, pour nicher, d'un vieux tronc de chêne pourri.
Le seul agriculteur qui épargne les vieux chênes, c'est Breck.
Il les laisse sur place après avoir brûlé ses forêts,
même si ça lui coûte de l'argent, tout ça pour les bruants jaunes.
- Seigneur ! C'est fascinant. - Oui, j'étais sûre que ça vous plairait.
- Autre chose ? - Oui. Vous êtes libre ce soir ?
Qu'avez-vous en tête ?
On pourrait aller en ville et regarder les lampadaires s'allumer.
Ou rejoindre ma chambre au Motel Cœur de Dixie.
Et y écouter la plomberie.
Désolée, j'ai eu assez de folie ces derniers jours.
Et demain ?
Je vous emmènerai aux obsèques de Johnson.
- On vous emmène tous les deux. - Sympa, le rencard.
Ce devait être l'un de ces foutus agitateurs.
Devant le Grand Sorcier et deux Dragons Impériaux.
Non, c'était pas un agitateur.
De quoi tu parles ? Deux de nos sentinelles les ont vus sur la montagne de Stancill.
Discuter avec cette négresse, Loretta.
Je sais bien. Mais c'était pas l'un des agitateurs.
Comment peux-tu en être aussi sûr ?
Tu te souviens du soir où on a eu Henry ?
Garth était avec lui. Il a dû voir ce qu'on a fait à son pote.
Ce fils de pute noir a eu Johnson et Taggart
et je crois qu'il prévoit de nous avoir tous, l'un après l'autre.
- Parles-en à Track. - Je ne peux pas.
Ce serait lui avouer que c'est nous qui avons tué Henry.
Alors je le ferai. Je lui dirai que j'ai reçu un appel anonyme.
Non ! Je le ramènerai moi-même, je l'aurai, ce fils de pute.
Comment tu vas faire ? Comment tu vas le retrouver ?
Comment je vais le retrouver ?
Je te parie que cette foutue agitatrice l'a caché
dans sa cabane, là-haut, sur la montagne.
J'sais pas. C'est l'alibi marron de Breck. Tu veux te mesurer à lui ?
Quand et où il veut.
Mais c'est justement ce soir qu'a choisi Mme Track Bascomb
pour avoir pitié de ce vieux salopard célibataire et l'inviter à dîner.
- Mme Track ne m'a jamais invité, moi. - T'irais pas de toute façon...
et surtout pas ce soir. Nous avons d'autres choses à faire.
Allez, les gars. Hector. On y va.
Plein de choses à faire.
On passe par l'arrière, venez.
- Qu'est-ce que vous voulez ? - Ouvre cette porte !
Ecoute, je ne voudrais pas lâcher la horde.
- Vous avez un mandat ? - Un mandat, mon cul !
- Donne-moi ça, qu'on ouvre cette putain de... - D'accord, d'accord !
Un mandat !
- Qu'est-ce qui se passe ? - Rien, grand-mère.
Bonsoir.
Fouillez partout, les gars, et n'oubliez aucun recoin.
Alors, Loretta.
Où est Garth ?
Je ne sais pas.
- Qui d'autre se trouve ici ? - Ma grand-mère, vous l'avez vue.
- Dis-moi, pourquoi tu es revenue ? - Ma grand-mère est mourante.
Ne me raconte pas de bobards, négresse. Tu es revenue pour la manif.
Il y a deux jours, deux de ces agitateurs communistes
sont venus ici et y ont passé la nuit avec toi.
Ils sont venus jusque-là, nous avons discuté quelques minutes
- mais personne n'a dormi ici. - Conneries.
Mais au moins, tu l'admets. Oui, tous les trois,
vous avec comploté contre la paix et la dignité du comté d'Otoka.
- Vous n'avez rien à me... - Il se peut que si.
Justement, il se peut que si.
Tu sais qu'il existe une loi dans cet Etat
qui rend illégale toute fornication entre une noire et un blanc.
- Rien de cela n'est arrivé. - Oh, j'en suis sûr, j'en suis sûr.
Je t'imagine très bien au tribunal répondant à la question.
Que toi et ces communistes avez passé la nuit dans une petite cabane
et que tout ce que vous avez fait, c'est prier et compter les votes des noirs
et chanter quelques couplets de "Nous allons vaincre".
- Ça suffit ! II n'y a personne ici. - Vous en êtes sûrs ?
Pas une âme.
Je t'embarque, voilà ce que je vais faire.
- Pour quel motif ? - Pour une enquête approfondie.
Grand-mère, je serai bientôt de retour. Breck Stancill s'occupera de toi.
Faites-la monter dans le camion.
Enlevez vos sales pattes.
- Bon, je ferai la vaisselle plus tard. - Je la ferai.
Je voudrais présenter mes condoléances à Mme Taggart.
Merci de m'avoir permis de m'assoir à votre table.
Merci de nous avoir rejoints.
Oui ? Attends une minute.
Oui, je vois.
Bien, bien.
D'accord.
Alan ?
C'était le maire Hardy Riddle.
Il a reçu un appel du directeur de ton école.
Il paraît que tu fais le tour de la ville pour déchirer tous ces...
toutes ces affiches patriotiques que Butt Cutt s'embête à coller.
C'est vrai, papa.
On dirait que tu as un fan.
Tu devrais arrêter, Alan. Trop de choses sont en jeu.
- Comme quoi ? - West Point, voilà quoi.
- Papa ! - Tu ne pensais tout de même pas
aller à West Point sans le soutien de Hardy Riddle, quand même ?
Ou de ses amis haut placés.
Que Hardy Riddle aille en enfer ! Je ne veux pas aller à West Point.
Papa, j'ai essayé de te dire ce que je voulais faire.
Je veux cultiver des arbres. Je pourrais être l'apprenti de Breck.
Je veux me marier avec Billy Jean et je veux rester proche de ma famille.
Je refuse de participer à toutes ces guerres.
Pourquoi ne vas-tu pas faire un tour, Alan ?
- Je dois faire la vaisselle. - Plus tard.
Désolé.
Fait chier.
- La vie n'est qu'une longue souffrance. - Doit-elle toujours l'être ?
Je me demande souvent pourquoi tu fais ça.
Quoi ?
Arracher les affiches de Butt Cutt.
Parce que c'est des conneries racistes.
Tu ne crois que c'est un peu...
Auto-indulgent ?
C'est le mot qui convient.
De toutes les bonnes âmes de ce comté, as-tu déjà influencé qui que ce soit ?
Changé leur opinion sur quelque chose ?
Celle d'Alan.
Je suppose que tu aurais souhaité le contraire.
Je ne sais pas.
- Qui peut le dire ? - Je sais ceci.
Nous vivons dans une société surréaliste.
On a quarante gorilles qui dominent les lions
et seize milles hommes soi-disant libres.
Eh bien, si tu penses que le Klan n'est qu'un tas de bouseux, tu te trompes.
Il y a plus de six mille groupes d'ici jusqu'en Californie
comptant plus d'un demi-million de membres.
- Et ça ne t'attriste pas, Track ? - Je vais te dire ce qui m'attriste.
Toi et le Klan sur une voie de collision.
Parce que je traite les noirs comme des êtres humains ?
Non, parce que tu en fais une croisade.
Tu sais qu'au quartier général d'Etat du Klan, il y a une liste noire ?
- Et que ton nom figure sur cette liste ? - Comment es-tu au courant ?
Parce qu'en tant qu'officier de police, on m'a...
Tu me rends les choses difficiles.
Pourquoi ?
Parce que j'essaie de te garder en vie et que tu refuses de coopérer.
- T'es membre du Klan, Track ? - C'est quoi, cette connerie de question ?
C'est quoi, cette connerie de réponse ?
Je vais te dire une chose.
Je ne suis qu'un shérif de comté librement élu.
Et, pour être réélu, j'ai dû jurer mon allégeance
au Rotary Club, à la légion américaine et même à Dieu.
Eh oui, je suis un membre à part entière de l'Eglise baptiste.
Et je suis aussi membre honoraire des troupes de l'Etat,
colonel honoraire de la garde nationale et autre chose, je ne sais plus quoi...
Les scouts d'Amérique.
Et je vais te dire...
Je ne serais pas le premier serviteur public à rejoindre le Klan.
Nous avons des hommes du Congrès, des hommes de loi, des juges.
Bois ton whisky et on changera de sujet de conversation.
D'accord, Roy.
Tenez-la pour l'instant et tout ira bien.
Maintenant qu'on l'a, qu'est-ce qu'on en fait ?
- Nous devons faire signe à l'ennemi. - Je vous demande pardon, prêtre,
mais c'est quoi, ces balivernes ?
Tous les noirs connaissent Loretta Sykes et s'attendent à la voir
en tête de la manif à Allentown, dans quelques jours.
Dieu s'attend à voir les siens se battre...
Et nous sommes les instruments de Dieu,
alors cassons-lui la gueule, désolé, révérend,
emmenons-la au centre-ville et laissons-la à la vue de tous.
Ça ne marchera pas.
Il faut qu'on fasse quelque chose qui ne pourra pas être montré à la télé
ou ameuter les journalistes.
Il faut faire quelque chose qui blessera les nègres et ceux qui les aiment.
- Qu'on ne peut pas voir. - Tu veux dire, comme de la torture ?
Un peu. Dans mon temps, on pendait les nègres dans les bois.
Mais si je voulais juste en abîmer un,
j'en laissais un autre faire le boulot à ma place.
Parce que rien ne blesse davantage un nègre
qu'un homme blanc qui l'observe se faire démolir par un autre nègre.
Tu veux dire qu'un autre nègre devra la tabasser ?
Je veux parler de Rod l'éclair.
Elle fera moins la fière quand il en aura fini avec elle.
Attends un peu, Vernon. Ce n'est pas la meilleure façon de faire.
Tu vois, une négresse ne s'offensera pas de se faire violer par un autre nègre.
Mais supposons, je dis supposons, qu'un homme blanc la saute,
alors ça, ce serait une vraie humiliation pour elle.
Ça lui fera fermer sa gueule devant les caméras
et elle retournera sans doute à Chicago avant la manif.
Mais tous les nègres du comté seront au courant que le Klan fait son travail
et ça rendra les choses difficiles
pour n'importe quel fils de pute noir qui n'sera pas d'accord.
- C'est vrai, c'est vrai. - C'est ce qu'on doit faire.
Qui va la sauter ?
Je vais le dire comme ceci.
Il n'y a rien que ce vieux Rod ne puisse faire que Butt Cutt ne peut faire mieux.
Sortons-la de la camionnette.
Amenez-la ici !
Amenez-la !
Faites-la venir ici.
Donne-la moi.
Allez !
Je te tiens !
Viens ici, toi !
J'ai toujours voulu goûter à la viande noire.
On dirait que Butt Cutt a besoin d'aide.
Je te tiens, bidoche noire !
Attrapez ses mains !
Tenez-la !
Je vais te baiser.
Maintenez lui le cul, je vais la baiser. On va se taper de la bonne négresse.
Mon Dieu, doux Jésus !
II va finir par lui déchirer tout l'intérieur.
Les négresses sont faites pour ça.
C'est mieux que de regarder des chiens se battre contre un ours.
Bon, il va falloir s'en débarrasser quelque part.
On ne peut pas la laisser dans une cabane de bûcherons.
J'espère que ce qui a été fait ce soir servira la cause appropriée.
Qu'est-ce qu'on va faire ?
Je crois que c'est à Big Track de voir, je vais le chercher.
Tu ferais mieux d'attendre ici, Butt Cutt.
Loretta ?
Loretta, lève-toi.
Allez, Loretta.
Allez, lève-toi.
Loretta, ça va aller, tu m'entends ?
Track, il y a eu un incident.
Un incident.
Monte.
Monte !
Shérif, je vais me vider de mon sang si vous ne m'emmenez pas à l'hôpital.
Vous connaissez Butt, il fera rien.
Je parie que vous préféreriez me tuer, pas vrai ?
Shérif...
Tu sais, je pourrais attraper la radio, appeler l'hôpital et prévenir le médecin.
Allumer le gyrophare et la sirène.
Et tu pourrais être aux urgences dans dix minutes.
Si on peut passer un marché.
Un marché ? Quel genre de marché ?
Pas grand-chose. Tu dois juste me faire une promesse.
- Quelle promesse ? - Butt Cutt Cates est venu te chercher.
Il voulait te coffrer mais n'avait rien sur toi.
Alors il t'a relâché vers 21h15.
T'as fait du stop jusqu'à la montagne.
Dans la voiture d'un noir.
Plutôt bel homme, grand, pantalon bleu.
Il t'a prise en stop et t'a emmenée jusqu'à la montagne.
Mais, au lieu de ça...
il t'a emmenée ici,
où trois autres noirs l'attendaient.
- Et ils t'ont fait ça. - Ce n'est pas la vérité, shérif.
- Ça l'est maintenant. - Je n'ai pas le choix, hein ?
Personne n'a le choix.
D'accord. On passe un marché, mais dépêchez-vous, s'il vous plaît.
- Promets-moi. - C'est d'accord, shérif. Vite !
- Et Loretta ? - Loretta ? Elle va s'en remettre.
Elle m'a donné la permission de vous décrire ses blessures.
A vous et personne d'autre.
Lorsqu'elle est arrivée, elle saignait abondamment du vagin.
Elle a subi un viol très brutal.
- Elle a donné le nom de son agresseur ? - Oui, elle a dit que c'était...
Quatre noirs.
Nous avons réparé les tissus endommagés.
Mais la vraie raison du saignement abondant, voire dangereux,
était une concentration inhabituelle de vaisseaux sanguins à cet endroit.
Lorsque sa virginité a été rompue.
Un hymen rompu est un fait observable, comme une jambe cassée.
Je sais ce que vous vous dites.
Tout le monde ici sait qu'une noire
n'est plus vierge une fois passé ses treize ans.
Cette fois, shérif, il faut faire quelque chose.
Facile à dire.
L'idée que Loretta était vierge ne viendrait jamais à l'esprit des gens d'ici.
Et ce n'est pas moi qui le leur dirai.
Vous feriez mieux d'aller la voir. Elle est dans la chambre 18.
Shérif.
Salut, toi.
Comment va grand-mère ?
Très bien.
Trixie lui a préparé le dîner et, à cette heure-ci,
elles sont sans doute en train de regarder la télé.
Tous tes efforts pour que je me batte...
Dans quelques jours, tu seras de retour à Chicago, tu te battras de nouveau.
Je ne crois pas, Breck.
Peut-être que je me suis trompée de voie.
J'aurais laissé tomber il y a longtemps si tu ne m'avais pas encouragée.
Oh, tu sais...
Encourager quelqu'un peut être...
un acte imprudent.
Eh bien, ne t'inquiète pas pour moi. Ça va aller.
Je voulais juste que tu sois fier de moi.
Je crois que... J'ai perdu le fil de ma vie.
Qu'est-ce que tu veux ?
J'y ai réfléchi.
Je crois qu'il me faut réfléchir encore un peu.
- Pas maintenant. Repose-toi. - Breck, avant de partir...
Peux-tu me donner un conseil ?
II peut être aussi imprudent de donner un conseil qu'un encouragement.
Sur ce qui m'est arrivé.
J'ai menti au docteur.
Il le fallait.
- J'ai dû promettre au shérif. - Est-ce qu'il connaît la vérité ?
Oui.
Et je veux que tu la connaisses aussi.
- Tu vois... - Chut !
Mieux vaut te taire.
Et garder ta promesse au shérif.
Pourquoi le devrais-je ?
Pour rester en vie.
Jusqu'à ce que tu puisses partir d'ici.
D'accord, Breck.
D'accord.
Breck, comment va grand-mère ?
Je t'ai déjà posé la question ?
Elle va bien.
Ils vont tous bien. Ils regardent la télé.
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Regarde-moi ce bordel.
Putain de nègres !
Vous devriez avoir honte !
- On va se le faire, ce fils de pute ! - Arrêtez ! Dégagez d'ici.
Va au diable !
- Y a un sacré monde, hein ? - Ils sont tous arrivés par car.
Et ils devraient tous y remonter et quitter cette ville.
J'ai vu plus de monde au concours du plus beau porc.
Regarde-le, il reste là sans bouger.
- C'était quoi, tout ça ? - Laisse tomber.
J'ai fait une liste de règles pour le comportement des manifestants.
Assure-toi qu'ils en prennent connaissance.
Oui, m'sieur.
Regarde-le.
Il doit se sentir important d'être là-haut et faire chier le monde au nom de la liberté.
Ils peuvent faire chier autant qu'ils veulent. Ah ! Regarde-les.
Tous des étrangers qui chantent des hymnes.
Pas un seul nègre de chez nous. Ou qui ait plus de vingt ans.
S'ils étaient d'ici, je leur aurais botté le cul.
Bonjour, docteur. Monsieur le maire.
Mes frères et sœurs !
Votre attention, s'il vous plaît.
Le bureau du shérif a de drôles de notions concernant les manifestations.
Mais je vais vous les lire de bon cœur et je sais que vous les suivrez.
Un. Nous ne répondrons à aucune insulte, verbale ou physique.
Deux. Pas d'accolades, de baisers,
défense d'uriner, de déféquer,
ou de copuler dans les rues.
Hormis tout ça, frères et sœurs, amusez-vous bien !
- Hardy, tu as promis de lui en parler. - C'est bon.
- On devrait en parler. - Conneries !
- Tu veux dire qu'on va rien faire ? - Juste les laisser nous faire chier ?
Ok, vous verrez, vous verrez.
Pourquoi t'as viré Butt Cutt ?
Ma femme me fait drôlement chier parce qu'il me doit un paquet de thunes.
C'est quoi, ton putain de problème ?
M. Stancill ?
- M. Stancill ? - Oui ?
Puis-je vous parler un instant ?
Bien sûr, pourquoi pas ? De quoi voulez-vous parler ?
Je voulais vous dire à quel point nous sommes désolés pour Loretta.
Nous ne lui avons parlé que quelques minutes...
Sans nous douter des risques auxquels elle s'exposait.
Vous aviez tort.
Dites-moi, vous faites quoi, à part juste rester là ?
Ne sous-estimez pas notre présence, M. Stancill.
Vous êtes là pour les caméras de télévision ?
Sans ces caméras, le Mouvement n'existerait pas.
Sans la télé, on nous démolirait.
- Tout le pays nous regarde. - Dites-moi...
Ce col blanc ne vous expose pas aux problèmes ?
Dans chaque croisade, nous marchons parmi les prostituées, les voleurs...
Notre Seigneur ne recule pas devant les faibles.
Et vous ? Vous reculez,
quand on veut vous toucher, vous embrasser ?
Je suis prêtre auprès de lépreux.
Oui, je les touche, mais ça ne fait pas de moi un débauché.
C'est dommage.
Chez moi se trouve une femme en quelque sorte lépreuse.
Nancy Poteet, oui.
Elle est persuadée qu'aucun homme ne voudra plus jamais la toucher.
Ce que j'aimerais, c'est que...
C'est qu'un homme gentiment débauché vienne la voir
pour écouter la radio avec elle et lui peloter un peu les fesses
pour la convaincre qu'il en veut et m'en débarrasser du même coup.
Dites-moi, M. Stancill,
êtes-vous aussi cynique que vous en avez l'air ?
Je ne sais pas. Je me demande.
Pourquoi ne retournez-vous pas à votre prison pour femmes ?
Je suppose qu'être gentiment débauché n'est pas pour vous,
mais ma propre débauche n'inclut pas les femmes emprisonnées.
J'ai trop de peine pour elle.
C'est sans doute ce qu'a dit son mari.
Il a dû avoir tant de peine qu'il ne pouvait pas.
Avons-nous encore un sujet à discuter ?
J'espérais que vous encourageriez Loretta à dire la vérité.
Son histoire fait croire à un viol de...
Pasteur, c'est à cause de vous que Loretta a eu des problèmes.
Vous voulez qu'elle soit tuée ?
- M. Stancill, dans chaque révolution... - Oh, taisez-vous, oui, je sais.
Pour faire une omelette, il faut casser des œufs, ou des têtes.
La fin justifie les moyens, c'est ça ?
Oui, parfois, c'est le cas.
Pas cette fois.
Amoureux des nègres.
- Salopard ! Tu cherches les ennuis. - Breck !
Comment ça va ?
J'ai été élu pour éviter que des manifestants envahissent la ville.
On dirait que je vais perdre les prochaines élections.
Je ne savais pas que tu appréciais Sykes.
Je suis juste venu pour ramener Loretta chez elle.
Bon, bonne chance.
Track ? Je peux te poser une question ?
Pourquoi n'exerces-tu pas ton pouvoir pour dégager ces fumiers ?
D'accord, alors reste hors de notre chemin.
Flagg !
Ils ont retrouvé le tireur ?
Je ne crois pas.
Après ça, Chicago doit te paraître comme une ville accueillante.
Breck, j'ai pris ma décision, je n'y retournerai pas.
- Tu vas faire quoi, ici ? - Je ne sais pas.
Peut-être faire quelque chose pour le Mouvement.
Pour que ce qui m'est arrivé n'arrive plus.
Peut-être trouver un emploi.
- Quel genre d'emploi ? - Je ne sais pas.
Mais je ne me cacherai pas dans la forêt.
Que voulais-tu dire par...
Se cacher dans la forêt ?
Tu crois que c'est ce que je fais, à cause de ma jambe handicapée ?
Tu n'es pas handicapé, Breck, mais je crois que tu le penses.
Tu es un homme très attirant.
Non, c'est vrai.
Tout le monde ici pense que tu peux avoir n'importe quelle femme, moi incluse.
- Arrête. - Non.
Butt Cutt et ses potes du Klan qui l'ont regardé me violer,
ils pensent tous que je suis ton petit réconfort marron,
c'est l'une des raisons de leur geste. Ils voulaient salir ton nid.
- Je n'avais pas pensé à ça. - Non, bien sûr.
Continue de rouler.
- Qu'est-ce que tu cherches ? - A botter des culs, poupée.
- Pourquoi tu me sors ce flingue ? - C'est pas pour moi non plus.
C'est pour ces putains de nègres blancs.
Quand vas-tu apprendre que toutes ces manifs ne serviront à rien ?
Tu ne sais pas qu'il faut garder ses revendications pour le Mouvement ?
Si on devait se contenter de ça, tous les frères seraient comme toi.
A ne rien faire.
Juste ces conneries de marches ou danser ces conneries de slows.
C'est pas vrai ?
- Eh, j'te parle ! - Oui, c'est sûr.
Laisse-moi descendre.
- T'es taré. - Taré ?
C'est vous, les tarés.
Tu crois que c'est grâce à cet homme que t'as trouvé un boulot à Chicago ?
J'vais te dire, tu l'as eu grâce à toi-même. Grâce à tes frères.
Tu sais, ceux dans le Massachussetts et à Détroit, qui sont sur les toits ?
Ceux avec les cocktails Molotov et les flingues ? C'est grâce à eux, poupée.
Parce que la seule chose que l'homme comprend, c'est ça. La violence.
Tu es fou.
Elle a raison.
Tu te prends peut-être pour John Brown, là-haut, sur ta colline
mais ici, t'es plus qu'un con à la jambe tordue,
un flingue sur la tempe, tu vois ?
Regarde-toi. Qu'est-ce qu'il te prend ?
Regarde-le te dire ce que tu dois faire.
Ils veulent garder des crétins comme toi pour servir de conseiller
à un quelconque comité de renouveau urbain.
Si tu joues tes cartes comme il faut, tu seras un jour proprio d'un immeuble,
augmentant le loyer des noirs qui ont rendu ça possible.
Il s'en fout de toi, tout ce qui l'intéresse,
c'est qu'ils ont pendu son arrière-grand-père.
Ça va te servir à quoi, de tuer ?
La même chose qu'à vous avec vos marches à la con.
Seulement, l'Histoire prouve que, moi, j'ai raison.
C'est quelqu'un d'éduqué.
Il t'a parlé de la révolution ?
T'as déjà entendu parler de la révolution, pas vrai ?
Oui, j'en ai entendu parler.
Eh bien, j'en fais partie.
La révolution des minorités opprimées.
Tu devrais être plus organisé que ça, tu ne crois pas ?
Je suis ma propre organisation. Le quartier général, en quelque sorte.
Pour la révolution dans le comté d'Otoka.
Et tu crois qu'il suffit de diviser le monde ? Les blancs d'un côté et les noirs de l'autre ?
Quand ils t'ont violée, tu t'es battue ?
Voilà, tu commences à piger.
Et toi, bonhomme, quand vas-tu apprendre ?
Quand vas-tu prendre un flingue et te battre ?
Quand vous serez décidés, vous saurez où me trouver.
Oui, il est mort.
Qui l'a tué ?
Je ne sais pas.
J'ai entendu un coup de feu, puis Chrissie hurler...
Putain de bouseux de mes deux !
Ils voulaient tuer Charlie Peck, et...
Josh Franklin, et puis tous ces connards finissent par...
tuer mon chien.
Carl, la tombe est prête ?
Je vais te servir à boire.
Bois ça.
Qu'y a-t-il ?
Je croyais qu'aucun homme ne voudrait plus jamais de moi.
En plein dans le mille !
Je te le dis, cette semaine a été frustrante.
Quatre !
Martha, va chercher de la bière.
Rien, je dis bien rien, ne s'est déroulé comme prévu.
Ce qu'on a fait à cette fille de Chicago n'a servi à rien.
On aurait dû aller chercher Willy Washington.
Ce n'est que justice. C'est lui qui a sauté Nancy.
Putain de Willy qui se la coule douce en prison,
prenant ses repas tranquille comme s'il était à l'armée.
- Allons-y. - Ce soir, les gars.
Vous voulez vraiment vous mesurer à Big Track ?
Et comment !
Faudrait que Hardy Riddle soit d'accord.
- Y a pas de mal à lui demander. - Ça prendra du temps.
Hardy devra en référér au quartier général d'Etat.
Et ils voudront peut-être avertir le bureau national.
Le temps de nous répondre...
Je dois faire quelque chose.
Tourne la tête de l'autre côté, Track.
- On veut Willy, c'est tout. - Seigneur, c'est reparti.
Jusqu'où iriez-vous pour l'avoir ?
- Jusqu'à me tirer dessus ? - C'est possible.
Ça ne passera pas très bien à la télé nationale, hein ?
Des locaux tuent leur shérif élu.
- Fais pas chier, Track. - Allez, Track, donne-moi la clé.
Vous n'aurez pas Willy.
Putain, Track, après les prochaines élections,
tu cueilleras du coton et chasseras le raton laveur.
Ecoute, Track,
on est tous des blancs patriotes et chrétiens.
Foutez le camps d'ici !
Avant que je vous envoie ce blanc patriote et chrétien !
- Attendez une minute... - Fais gaffe !
Shérif ?
- Shérif... - Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
Je viens témoigner devant Dieu et le shérif Bascomb.
Ce n'est pas Willy Washington qui a violé Nancy Poteet.
En es-tu sûre, Martha ?
Oui, je le suis.
Ce soir-là, Willy était avec moi.
Espèce de pute !
Ce fils de pute ! Baiseuse de nègres ! Salope de baiseuse de nègres !
- Relève-toi ! - Ferme ta gueule !
Je vais te tuer !
Et tu imaginais quoi, alors que t'es toujours à gauche et à droite ?
Vous devriez tous aller boire un coup.
- Vous devez les enfermer. - Allez-y, allez-y !
Lâchez-moi !
Allez, Jessie, on se casse d'ici.
Allez, viens, Jess.
Elle en vaut pas la peine.
Allez, Jess, on va aller boire quelques bières.
C'est la mère de mon enfant.
Vous devez tous les enfermer, Track.
Au moins jusqu'à ce que je puisse quitter la ville.
Ce ne sera pas nécessaire, Trixie t'emmènera.
Vous restez avec Shaneyfelt, d'accord, les gars ?
Et rangez-moi ces armes, bon Dieu !
- Tu es une femme courageuse, Martha. - Non, je n'ai aucun courage.
Je suis juste fatiguée de tout ça.
Vous devriez surveiller Willy, aussi.
Bonsoir, Rod.
Peux-tu me dire où tu étais samedi dernier, vers 21h ?
II était ici, avec le chien et moi.
Et toi, Garth, où étais-tu ?
N'essayez pas de me coffrer pour viol.
Où étais-tu quand ton pote Henry a rejoint le paradis
et que Taggart a été tué ?
Et Johnson ? Et Flagg ?
Comment vous savez ?
Pour quelle autre raison tu pointes un fusil sur moi ?
Tu sais, si je peux le deviner...
Le Klan le peut aussi.
Et tu finiras, tes couilles au fond de la gorge.
- Pas moi. - En effet.
Parce que tu vas quitter le comté immédiatement.
Et si tu t'avises de pointer à nouveau un fusil sur moi...
Je te descends à vue.
Eh, shérif, où vous étiez quand ils ont eu Henry ?
Et merde...
Breck, réveille-toi.
Réveille-toi.
Tu es réveillé ?
Maintenant, oui.
J'ai faim. Et toi ?
Dis-moi, est-ce qu'on gardera ces horaires indus après le mariage ?
Le mariage ?
Tu veux m'épouser ?
Je ne le proposerai pas à ce sandwich.
Je ne peux pas.
J'y ai réfléchi.
Peut-être un jour quand je reviendrai.
Si tu voudras encore de moi.
- Où vas-tu aller ? - Je ne sais pas.
Le monde est vaste et je n'en ai jamais rien vu.
- Tu pars quand ? - Bientôt.
Peut-être demain.
Comment vas-tu faire ?
II y a quelque temps, tu m'as proposé de l'argent.
- L'offre tient-elle toujours ? - Bien sûr.
Et tu es sûre de ne pas vouloir rester ?
C'est vraiment ce que tu veux ?
Je croyais que tu voulais te débarrasser de moi.
J'ai changé d'avis.
C'est mon avis, je peux en changer.
J'aime bien les hommes plus âgés.
Ce n'est pas ce qui compte pour une fille, si tu vois ce que je veux dire.
Mais tu es assez âgé pour être mon oncle.
Je suppose que oui, d'une certaine façon.
Eh, Breck, je croyais que tu aimais lire.
Ma littérature ne t'intéresse pas ?
Jackson, aller simple.
La valise est trop lourde ?
Avec ta jambe tordue et tout ça.
Je veux dire...
Vous avez peut-être besoin d'un vrai américain pur sang pour la porter.
Ça pourrait vous intéresser, ma p'tite dame.
Pourquoi tu dégages pas, enfoiré ?
Ta gueule est aussi grande que le cul de Lanny...
écoute, ça peut t'aider.
"On s'abaisse au niveau d'un nègre,"
"si on est en contact physique avec lui."
"Le contact physique d'un nègre est polluant. Et..."
Tue-le, Cutt !
Lève-toi, Cutt. Lève-toi, laisse-moi t'aider.
Fils de pute.
Cutt, Cutt, allez, lève-toi !
Allez, Cutt, lève-toi, frappe-le !
Allez, Cutt, lève-toi !
Prochain bus au départ pour Atlanta.
Prochain bus...
Seigneur Dieu.
Je ne t'oublierai jamais.
Et ça ?
Nous partons, madame.
Bonsoir, tout le monde.
- Salut, Annie. - Salut, Hector.
Salut, Butt.
Bon sang, qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Mets-toi toi-même. - T'as été heurté par un camion ?
Dieu du ciel, on dirait le massacre du Général Custer.
Qui a fait ça, Big Track ?
Breck ?
T'imagines, Breck se battre avec le shérif adjoint.
Quel fils de pute.
Une bière, Annie.
Il nous a tous fait honte en accueillant Nancy Poteet.
Lui et Loretta Sykes sont très proches, il lui a trouvé un super boulot à Chicago
et c'est bien plus que ce qu'il aurait fait
pour n'importe quelle fille blanche et chrétienne de ce comté.
Il descend d'une famille violente et blasphématoire.
Il devrait se pendre à une corde comme son arrière-grand-père.
On en parle dans les livres de la Bibliothèque du Congrès.
Vous savez quoi ? II n'a même pas la télé.
On devrait brûler ce fils de pute.
L'accrocher à un arbre comme son aïeul.
Si Dieu aimait ces fils de pute, il ne les aurait pas faits noirs.
Pas vrai, les gars ?
- Qu'est-ce qui se passe ? - Qu'est-ce qu'il fait là ?
Vernon Hodo m'a dit que certains des gars t'ont dans le collimateur.
Et alors ?
Ils se préparent à te foutre le feu.
Ce soir.
Tu sais, le printemps arrive, ça fait monter la sève...
Tu devrais prendre ça au sérieux.
Tu t'es montré plutôt coriace envers eux.
Il semblerait que ce soit à cause d'une femme.
D'habitude, je ne me mêle pas de ça.
La moitié d'entre eux travaille pour moi
et l'autre moitié emprunte de l'argent à ma banque
Mais cette fois, ils ne laisseront pas passer.
A moins que je leur parle en ton nom.
La question est : que dois-je leur dire ?
Tu pourrais leur dire de ne rien faire.
- Perds pas ton temps. - Alors dis aux gars du Klan
qu'on pourrait peut-être se réunir et trouver une solution
et que s'ils ont honte de leur visage,
ils n'ont qu'à mettre leur masque de Halloween.
On avance, on dirait.
Voilà ce que tu vas faire.
Tu dois reconnaître la dette du Sud aux patriotes chrétiens du Klan.
Deuxièmemet, tu dois dégager Loretta de ta montagne.
Et, troisièmement, tu dois laisser Track expulser les chômeurs.
Je ne peux pas faire ça.
Alors ils viendront frapper à ta porte à minuit.
Il y a une autre solution.
Je peux acquérir tout tes biens. Tu pourrais partir en Californie...
Ou dans le sud de la France.
- Ou même sur la lune ! - Non, monsieur !
Je ne partirai pas d'ici.
J'y ai vécu toute ma vie.
Le problème, c'est que ta vie est trop longue.
T'as été blessé à la guerre. Tu aurais dû mourir.
Désolé de t'avoir déçu.
Dans chaque société, il y a une solution pour un homme
pour qui tout va si mal qu'il se doit de mourir avant son heure.
Les Grecs utilisaient le poison, les Japonais le hara kiri.
- Aux Etats-Unis, on saute d'un pont... - Tu me demandes de me suicider ?
Tu es déjà en train de te tuer.
Mais tu laisses le Klan le faire à ta place.
Il faudrait un homme meilleur que moi pour dénouer tous ces fils.
Je te souhaite bonne chance. A toi et aux autres.
Papa ? J'ai réfléchi...
Et j'ai décidé de ne pas aller à West Point.
- Tu vas m'expliquer mieux que ça. - Il n'y a rien d'autre à dire.
Je connais notre homme au congrès, il ne fera rien que le Klan n'approuve pas,
alors je vais me tenir à carreau.
Je ne voudrais pas rendre les choses
plus difficiles pour toi au moment des élections.
Assieds-toi, tu me donnes le tournis.
Ecoute, fiston, il s'est passé un tas de choses désagréables ces derniers temps.
Mais si tu veux cultiver des arbres pour le reste de ta vie,
je t'achèterai une pelle.
Après les élections, je planterai peut-être des arbres moi-même.
Oui, Trixie ?
Passe-le moi.
Qu'y a-t-il, Hardy ?
Ce soir ?
Sur la montagne ?
D'accord, je vais voir ça.
Oui, tout de suite.
Breck a des problèmes avec le Klan ?
Rentre à la maison, Alan.
Puis-je être utile ?
Je ne veux pas te voir décerné une médaille posthume.
Qu'est-ce qui se passe ?
Breck a des soucis.
Encore le Klan ?
Oui, je crois.
Où tu vas ?
A la montagne de Stancill.
Alors je viens avec toi.
Rentrez chez vous.
Eteignez vos lumières.
Cachez-vous dans le noir comme toutes les autres fois.
Bonne nuit, Erin.
Voici des cornes de brume.
Une pour toi.
Une pour toi.
Une pour toi. Et si vous entendez quelque chose, servez-vous-en.
Allez, les gars, on y va.
Qu'est-ce que tu veux, Track ?
J'essaie d'arrêter une guerre.
Si tu t'embrouilles avec le Klan ce soir, beaucoup de gens mourront.
Et ça ferait tout sauter dans ce comté.
Un tas de gamins se retrouveront orphelins.
Si tu avais coffré les agresseurs de Loretta au lieu de les couvrir,
il n'y aurait aucune guerre ici ce soir.
Ce qui est fait, est fait. Et j'essaie toujours de te garder en vie.
- Les chances sont maigres. - Tu pourrais nommer
quelques bonnes âmes shérifs adjoints et leur demander
- d'empêcher mes arbres de brûler. - J'ai essayé.
Personne.
Aucun homme dans ce comté ne veut protéger tes arbres.
- Ils ont tous peur du Klan ? - Non.
- Alors quoi ? - Ils ne supportent pas ton courage.
Tu t'attends à ce que les blancs t'apprécient ?
Alors que tu prends le parti des noirs ?
Tu laisses les chômeurs vivre ici grâce aux impôts des blancs.
Tu sais ce qu'on dit ?
Que si tu n'avais pas accueilli les noirs, il y a vingt ans,
on aurait un nouveau stade sportif.
Et les profs, de meilleurs salaires.
Ce qui est un acte noble pour certains en fait chier d'autres.
Je n'aime pas dire ça
mais, tout comme ce comté n'est pas en phase avec le reste du monde,
tu n'es pas en phase avec le comté.
Si ça se passe vraiment mal, tu me laisseras faire, d'accord ?
Breck ?
Je devrais peut-être partir.
- Qu'est-ce que tu fais là ? - S'il a des problèmes,
je veux être à ses côtés.
- Va dans le fossé. - Non.
- Non, quoi ? - Je reste ici.
Non ! Dans le fossé !
Tu seras tué parce que tu n'as aucun avantage.
Le Klan veut te tuer mais, toi, tu ne veux pas les tuer.
Peut-être que je n'aurai pas à le faire.
Si tu restes ici, tu seras bien obligé.
Obligé de continuer à tuer jusqu'à ce que eux te tuent.
Ce serait le meurtre le plus pathétique et inutile de l'histoire de cette ville.
Va dans la maison et éteins les lumières.
Allez.
Alan, viens ici.
Prends ça et descends la route, mais ne t'en sers qu'en cas d'urgence.
Cache-toi.
Ecoutez-moi tous.
Breck va quitter le comté.
Il est trop tard, Track.
Vous êtes sur une propriété privée.
Ce soir, ce n'est pas un crime.
Il va vous falloir trouver mieux que ça.
A moins que vous ayez autre chose à dire, shérif,
vous feriez mieux de dégager d'ici.
Je vous demande de déposer vos armes,
et de mettre vos mains au-dessus de la tête.
Souvenez-vous, Track, vous êtes l'un de nous.
Plus maintenant.
Va te faire foutre, Track !
Butt Cutt Cates ?
Je t'arrête pour l'agression et le viol de Loretta Sykes.
Et je vous arrête tous en tant que membres du Klan du comté d'Otoka...
Pour conspiration contre la constitution des Etats-Unis...
Et de l'Etat du sud de l'Alabama.
Faites gaffe ! II a eu Leroy dans le dos !
Breck !
Breck !
Ce que tu peux être têtu...
Ok, les gars.
Papa ! Est-ce que ça va ?
Ne touche pas.
Va voir s'il y a d'autres survivants.
Je vais appeler les secours.
S'il vous plaît, aidez-moi.
Seigneur, je suis mort !
Pas tout à fait.
C'était toi, le tireur.
Je suis le bourreau.
10-99, 10-99, je me trouve au domicile de Stancill.
Envoyez toutes les unités...
Papa !
Papa !
Mon Dieu !
Au moins, je ne verrai plus cet arbre.
Nous aimerions remercier tous les habitants d'Oroville
pour leur aide et leur coopération sur le tournage de ce film.
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