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Quand serons-nous � nouveau r�unies ?
Par tonnerre, �clairs ou pluie ?
Quand le tumulte aura cess�.
La bataille perdue, gagn�e.
En quel lieu ?
Sur le champ de bataille, pour y rencontrer Macbeth.
Le clair est noir,
le noir est clair.
Planons � travers brume et mauvais air.
La guerre civile ravage l'�cosse.
Le tra�tre Macdonald m�ne des mercenaires contre le roi Duncan.
Peu sont rest�s fid�les � la Couronne.
Macbeth, le Seigneur de Glamis, commande une arm�e �puis�e.
Le roi lui a envoy� ses derni�res troupes en renfort.
Tout va se jouer � la bataille d'Ellon.
L'issue �tait douteuse.
Comme deux nageurs �puis�s,
agripp�s l'un � l'autre, qui ruinent leurs efforts.
L'implacable Macdonald
avait re�u des �les de l'Ouest des mercenaires en soutien.
Et la chance, souriant � sa cause maudite,
�tait la putain du rebelle.
En vain.
Car le Vaillant Macbeth,
qui m�rite bien ce titre,
d�fiant la chance
et brandissant son �p�e
toute fumante du carnage,
tel le ch�ri de la Bravoure,
se taille un passage jusqu'� ce mis�rable.
Sans un bonjour
ni un adieu,
il le pourfend d'un coup fatal
et fixe sa t�te en haut de nos remparts.
Et pour conclure,
la victoire nous est revenue.
Valeureux Macbeth.
Quel digne gentilhomme.
Grand bonheur.
D'o� viens-tu, noble prince ?
De Fife, grand roi.
O� les banni�res norv�giennes bafouent le ciel et glacent nos gens,
aid�es par le plus d�loyal des tra�tres,
le Seigneur de Cawdor.
Dieu prot�ge le roi.
Jamais plus le Seigneur de Cawdor
ne trahira nos plus chers int�r�ts.
Ordonnez sa mort imm�diate.
Et de son ancien titre honorez Macbeth.
Ce sera fait.
Ce qu'il a perdu,
le noble Macbeth l'a gagn�.
Jamais je n'ai vu jour si noir et si clair.
Que sont ces cr�atures ?
Vivez-vous ? �tes-vous choses que l'homme puisse questionner ?
Parlez, si vous pouvez. Qu'�tes-vous ?
Macbeth,
salut � toi, Seigneur de Glamis.
Macbeth, salut � toi, Seigneur de Cawdor.
Salut, Macbeth, qui seras roi.
Seigneur,
pourquoi sembler craindre
des choses si douces � entendre ?
Vous saluez mon compagnon de son titre
et lui pr�disez noble fortune et royal avenir.
Il en est sid�r�. � moi, vous ne dites rien.
Salut,
moindre que Macbeth, et plus grand.
Moins heureux, pourtant bien plus heureux.
Tu engendreras des rois, sans en �tre un toi-m�me.
Donc salut, Macbeth et Banquo.
Banquo et Macbeth,
salut.
Restez, oracles imparfaits.
Dites-m'en plus.
D'o� tenez-vous cet �trange savoir ?
Pourquoi, sur cette lande d�sol�e, nous arr�ter par ces proph�ties ?
Parlez, je vous l'ordonne.
Comme l'eau, la terre a des bulles. Voil� ce qu'elles sont.
O� ont-elles disparu ?
Dans l'air.
Ce qui semblait charnel a fondu comme souffle au vent.
Que ne sont-elles rest�es !
�taient-elles ici, ces choses dont nous parlons ?
Ou avons-nous mang� de la racine qui d�range la raison ?
Vos enfants seront rois.
Vous serez roi.
Et Seigneur de Cawdor aussi, ne l'ont-elles pas dit ?
En ces termes.
Macbeth, le roi a re�u avec joie la nouvelle de ton succ�s.
Dru comme la gr�le, sont arriv�s messager apr�s messager.
Tous faisaient ton �loge
pour avoir vaillamment d�fendu le royaume.
Nous venons t'offrir les remerciements de notre royal ma�tre.
Et en attendant
un plus grand honneur,
tu es nomm� Seigneur de Cawdor.
Le Seigneur de Cawdor vit.
Pourquoi m'habiller
de v�tements d'emprunt ?
Ses trahisons ont caus� sa chute.
N'esp�rez-vous pas que vos enfants seront rois ?
Puisque celles qui m'ont proclam� Seigneur de Cawdor l'ont promis ?
Les croire pourrait vous faire d�sirer la couronne, en plus de Cawdor.
Mais c'est �trange.
Souvent, pour nous perdre,
les instruments des t�n�bres nous disent des v�rit�s,
nous charment par d'honn�tes propos pour nous trahir en choses graves.
Cette intervention surnaturelle ne peut pas �tre mauvaise,
ne peut pas �tre bonne.
Si elle est mauvaise, pourquoi m'avoir donn� ce gage de succ�s,
en commen�ant par une v�rit� ?
Je suis Seigneur de Cawdor.
Si elle est bonne,
pourquoi �tre tent� par une suggestion si horrible qu'elle h�risse mes cheveux
et fait cogner mon c�ur, d'habitude si ferme, contre mes c�tes ?
Les peurs pr�sentes sont moindres que les horreurs qu'on imagine.
Si le hasard me veut roi,
le hasard me couronnera sans que je m'en m�le.
Salut, Macbeth.
Tr�s noble cousin.
Tu m�rites davantage que tout ce qu'on peut t'offrir.
Vous servir est une r�compense en soi.
Partons chez vous � Inverness resserrer encore nos liens.
Je vous pr�c�derai
pour r�jouir ma femme par la nouvelle de votre arriv�e.
Je prends humblement cong�.
Mon noble Cawdor.
"Elles sont venues le jour de la victoire et j'ai appris
"de source s�re
"qu'elles en savent plus long
"que les mortels.
"Quand je br�lais du d�sir de les questionner encore,
"elles se chang�rent en air
"et s'�vapor�rent.
"J'�tais captiv� par ce prodige, quand survinrent des envoy�s du roi
"qui me nomm�rent
"Seigneur de Cawdor.
"Titre dont les S�urs du Destin m'avaient d�j� salu�,
"�voquant aussi l'avenir
"par ces mots :
"'Salut � toi, qui seras roi !'"
Venez,
esprits qui nourrissez les pens�es meurtri�res.
D�sexuez-moi.
Et emplissez-moi, du cr�ne � l'orteil,
de la cruaut� la plus noire.
Venez � mes seins de femme et changez mon lait en poison,
vous, instigateurs du meurtre.
D'o� que vous pr�sidiez, invisibles substances,
aux m�faits de la Nature.
Viens,
�paisse nuit.
Voile-toi de la plus sombre fum�e de l'enfer,
pour que mon poignard ne voie pas la blessure qu'il fait
et que le Ciel ne perce pas l'obscurit�
pour me crier : "Arr�te, arr�te !"
H�te-toi Macbeth, que je verse
mon ardeur dans ton oreille
et chasse par la force de ma langue
tout obstacle entre toi et la couronne.
Ta lettre m'a transport�e au-del� des limites du pr�sent
et je vois d�j� l'avenir se r�aliser.
Mon tr�s cher amour.
Duncan vient ici ce soir.
Et quand repart-il ?
Demain, c'est son intention.
Jamais il ne verra le soleil se lever.
Tu es Seigneur de Glamis
et de Cawdor.
Et tu seras ce qu'on t'a pr�dit.
Cependant, je crains ta nature :
elle est trop pleine du lait de la tendresse humaine
pour couper au plus court.
Tu voudrais �tre grand,
tu as de l'ambition, mais sans la noirceur n�cessaire.
Pour tromper le monde,
faites comme le monde.
Ayez la cordialit� dans le regard,
le geste, la voix.
Ayez l'air d'une fleur innocente et soyez le serpent en dessous.
Il faut s'occuper de celui qui arrive.
La besogne de cette nuit,
laissez-moi l'ex�cuter.
Et pour toutes nos nuits
et jours � venir,
cela nous assurera domination et pouvoir.
Nous en reparlerons.
� votre service doublement
et doublement encore.
Donnez-moi votre main.
Menez-moi � mon h�te.
Nous l'aimons et continuerons nos bienfaits envers lui.
Avec votre permission, h�tesse.
Tant de joies...
Debout !
Debout !
Tant de joies accumul�es,
de pl�nitude,
se dissimulent derri�re nos larmes.
Mes fils,
cousins,
Seigneurs,
et vous, dont le rang est le plus proche,
sachez que nous voulons laisser notre royaume � notre a�n�...
Malcolm,
que nous nommons d�sormais prince...
de Cumberland.
Le prince de Cumberland !
Voil� un obstacle � franchir sous peine de tr�bucher,
car il est sur ma route.
Si tout �tait fini une fois fait,
autant le faire vite.
Si l'assassinat pouvait �tre sans cons�quences,
et, une fois commis, assurer le succ�s,
si ce seul acte pouvait tout r�soudre ici-bas,
je serais pr�t � mettre mon �me en p�ril.
Mais de tels actes sont toujours punis.
Les man�uvres sanglantes
se retournent contre leur auteur.
La justice impartiale renvoie la coupe empoisonn�e
vers nos propres l�vres.
Il a doublement confiance.
D'abord,
je suis son parent et son sujet,
deux raisons contre l'acte.
Et puis je suis son h�te,
je devrais fermer la porte au meurtrier
et non tenir le couteau moi-m�me.
En outre,
Duncan a exerc� son pouvoir si noblement,
il a �t� si droit dans ses fonctions,
que ses vertus plaideront comme des anges � voix de trompette
contre l'horreur damn�e de son meurtre.
Je n'ai d'autre �peron pour piquer ma volont�
qu'une fougueuse ambition,
qui vise trop haut
et retombe � c�t�.
Nous n'irons pas plus loin dans ce projet.
�tait-il ivre,
l'espoir qui t'animait ?
A-t-il dormi depuis ?
S'�veille-t-il � peine,
pour regarder, livide,
ce qu'il envisageait sans crainte ?
D�sormais,
je ferai le m�me cas de ton amour.
Crains-tu d'�tre en acte et en bravoure
aussi ardent que dans ton d�sir ?
Veux-tu ce qui, pour toi, est le fleuron de la vie
ou vivre comme un l�che � tes yeux,
en disant "Je n'ose pas"
apr�s "Je voudrais" ?
De gr�ce, tais-toi.
J'ose tout ce qui convient � un homme.
Celui qui ose davantage n'en est plus un.
Alors quelle b�te fauve en toi
t'a pouss� � me d�voiler ce projet ?
Quand tu l'as os�,
tu �tais un homme.
En osant davantage,
tu n'en serais que plus homme.
J'ai donn� le sein,
je sais comme il est doux
d'aimer le b�b� qui me t�te.
Mais, m�me s'il m'avait souri,
j'aurais arrach� mon t�ton de ses gencives
et fait jaillir sa cervelle,
si je l'avais jur�
comme tu as jur� ceci.
Et si nous �chouons ?
Nous, �chouer ?
Visse ton courage jusqu'� son cran d'arr�t
et nous n'�chouerons pas.
Quand Duncan sera endormi,
j'abrutirai ses deux chambellans de tant de vin,
que leur m�moire, gardienne du cerveau,
ne sera que vapeur
et le si�ge de leur raison, un simple alambic.
Quand, dans leur sommeil de porcs, ils seront comme morts,
songe � ce que nous pourrons tenter sur Duncan sans d�fense.
En imputant � ses officiers avin�s
la faute de notre grand meurtre.
Je suis r�solu.
Je tends toutes les forces de mon corps
pour ce terrible exploit.
Prends mon �p�e.
Prends �a aussi.
La fatigue p�se sur moi comme du plomb.
Pourtant, je voudrais ne pas dormir.
Puissances mis�ricordieuses,
r�primez en moi les pens�es maudites qui viennent dans le sommeil.
Est-ce un poignard que je vois devant moi...
le manche vers ma main ?
Viens,
que je t'empoigne.
N'es-tu pas, vision fatale,
sensible au toucher comme � la vue ?
Ou n'es-tu qu'un poignard de l'esprit,
illusion n�e d'un cerveau oppress� par la fi�vre ?
Tu m'indiques le chemin que j'allais prendre
et l'instrument dont j'allais me servir.
Mes yeux sont-ils dup�s par mes autres sens ?
Je te vois pourtant.
Rien de cela n'est r�el.
C'est le sanglant projet qui prend forme � mes yeux.
Maintenant, dans cette moiti� du monde,
la nature semble morte.
De mauvais r�ves abusent le sommeil derri�re les tentures.
La sorcellerie r�gne
et le meurtre d�charn� avance comme un spectre.
Je te vois encore,
sous une forme aussi palpable que le poignard que je d�gaine.
Tandis que je menace, il vit.
Sous le souffle des mots, l'ardeur des actes refroidit.
Le c�ur,
l'origine,
la source de votre sang n'est plus.
La fontaine m�me s'est arr�t�e.
Ci-g�t Duncan.
Sa peau d'argent chamarr�e de son sang d'or.
L�, les meurtriers,
teints des couleurs de leur besogne.
Si seulement j'�tais mort
une heure avant cet �v�nement,
j'aurais eu une vie b�nie.
Car, d�s cet instant,
plus rien n'a de prix dans ce monde mortel.
Tout n'est que jouets.
Honneur et gr�ce sont morts.
Le vin de la vie est tir�,
seule la lie reste dans cette cave.
Vivez-vous ?
�tes-vous chose que l'homme puisse questionner ?
C'est fait.
Pourquoi avez-vous rapport� ces poignards ?
Ils doivent rester l�-bas.
Quelles sont ces mains ?
Elles m'arrachent les yeux !
L'oc�an du grand Neptune
pourra-t-il laver
ce sang de mes mains ?
C'est plut�t ma main
qui empourprera les multitudes marines,
changeant le vert
en rouge.
Mes mains ont la couleur des v�tres,
mais j'aurais honte d'avoir le c�ur si p�le.
Un peu d'eau nous lavera de cet acte.
D�s lors, tout sera facile.
Conna�tre mon acte...
je pr�f�rerais ne plus me conna�tre.
Mon bon Macduff.
Bonjour, noble seigneur.
Bonjour � tous deux.
Le roi est-il lev�, digne seigneur ?
Pas encore.
Il m'a ordonn� de venir t�t, j'ai presque manqu� l'heure.
Je vous m�ne � lui.
Je prends la libert� d'entrer.
- Le roi part aujourd'hui ? - Il en a d�cid� ainsi.
La nuit a �t� agit�e.
L� o� nous dormions, le vent a renvers� nos chapelles.
Et on a, para�t-il,
entendu des lamentations.
D'�tranges cris de mort.
La nuit a �t� rude.
Le chaos a produit...
son chef-d'�uvre.
Le plus sacril�ge
des meurtres a viol� le temple sacr� du Seigneur
et en a d�rob�
la vie qui l'animait.
- "La vie" ? - Parlez-vous de Sa Majest� ?
Ne me demandez pas de parler.
Voyez.
Et parlez vous-m�mes.
Debout !
Debout !
Sonnez la cloche d'alarme !
Malcolm !
Banquo !
Sonnez la cloche d'alarme !
Sortez de votre sommeil,
ce simulacre de mort !
Venez voir la mort elle-m�me !
Meurtre !
Trahison !
Que se passe-t-il ?
Notre royal ma�tre
est assassin� !
Assassin� ?
Les gens de sa chambre,
leurs mains �taient couvertes de sang.
Pourquoi avez-vous fait cela ?
Comment se retenir,
quand on a un c�ur pour aimer
et dans ce c�ur, le courage
de t�moigner son amour ?
Comme Macbeth est afflig�.
N'a-t-il pas, dans sa sainte fureur,
mis en pi�ces les deux criminels ?
Ces esclaves de la boisson.
N'�tait-ce pas une noble action ?
Tout �tre se serait irrit� de les entendre nier.
Je dis qu'il a bien fait les choses.
Sait-on qui a commis cet acte sanglant ?
Ceux que Macbeth a tu�s.
H�las, jour de malheur.
Que pensaient-ils y gagner ?
Malcolm,
le fils du roi, s'est enfui.
Ce qui jette les soup�ons sur lui.
Alors, la souverainet� va revenir � Macbeth.
Il est d�j� proclam�.
Tu as tout, maintenant.
Roi, Cawdor,
Glamis,
tout ce que les S�urs du Destin ont promis.
Et je crains
que tu n'aies jou� un jeu tr�s noir pour cela.
Mais elles ont dit que ta post�rit� n'en h�riterait pas.
Et que moi-m�me je serais p�re de nombreux rois.
Si la v�rit� sort de leur bouche,
comme tu en es la preuve,
leur oracle pourrait se v�rifier pour moi.
Et nourrir mon espoir.
Mais silence.
Taisons-nous.
Salut, Macbeth !
�tre l�
n'est rien,
sans l'�tre en s�ret�.
Notre peur de Banquo est profonde
et dans sa royale nature
r�gne quelque chose qui fait peur.
Il ose beaucoup
et, � la trempe intr�pide de son �me,
s'ajoute une sagesse
qui guide sa bravoure.
Eh bien, mon seigneur,
pourquoi restez-vous seul ?
Nous avons bless� le serpent, il n'est pas mort.
Il va cicatriser,
redevenir lui-m�me.
Et notre pauvre malveillance restera expos�e � sa morsure.
Les choses sans rem�de, il faut les oublier.
Ce qui est fait est fait.
Allez,
mon doux seigneur,
d�ridez ce front s�v�re.
Soyez enjou�
et jovial devant vos invit�s, ce soir.
Tu sais que Banquo
et son Fl�ance vivent ?
Laissez cela.
Il a rabrou� les S�urs,
quand elles m'ont d�cern� le titre de roi
et les a somm�es de lui parler.
Alors, en proph�tesses,
elles l'ont d�sign� comme p�re d'une lign�e de rois.
Sur ma t�te,
elles ont plac� une couronne inf�conde
et dans ma main, un sceptre st�rile
qui me sera arrach� par un autre lignage.
Aucun fils
ne me succ�dant.
S'il en est ainsi,
c'est pour les enfants de Banquo
que j'ai souill� mon �me.
Pour eux,
j'ai assassin� le bienveillant Duncan
et vers� l'amertume dans la coupe de ma s�r�nit�,
pour eux seuls.
Pour faire d'eux des rois.
La semence de Banquo...
des rois.
Que faire alors ?
Reste innocente de la confidence, ma colombe.
Jusqu'� ce que tu en applaudisses l'ex�cution.
Plein de scorpions est mon esprit.
Tu t'�tonnes de mes paroles.
Reste tranquille.
Les choses commenc�es dans le mal
se consolident dans le mal.
Viens, nuit qui couds nos paupi�res,
aveugle l'�il tendre du jour compatissant.
Et de ta main sanglante et invisible,
d�chire
et coupe le fil de vie de celui que je redoute.
Ce soir nous donnons un souper solennel.
Je d�sire vous y voir.
Que Votre Altesse me commande.
Mon all�geance m'attache � elle par un lien indissoluble.
� jamais.
Vous montez � cheval, tant�t ?
Oui, mon bon seigneur.
Sans cela, nous aurions d�sir� votre avis au conseil d'aujourd'hui.
Nous le ferons demain.
Vous allez loin ?
Assez loin pour remplir le temps d'ici au souper,
si mon cheval n'est pas assez rapide.
Ne manquez pas notre banquet.
Certes non, mon seigneur.
Nous apprenons que notre sanglant cousin est en Angleterre.
Loin d'avouer son cruel parricide,
il accable ses auditeurs d'�tranges inventions.
Parlons-en demain.
Vite, � cheval.
Adieu.
Jusqu'� votre retour ce soir.
Fl�ance vous accompagne ?
Oui, mon bon seigneur.
Mais le temps nous presse.
Au revoir.
Dans moins d'une heure,
je vous indiquerai o� vous poster.
Je vous donnerai l'heure propice, l'instant pr�cis.
Car ce doit �tre fait ce soir.
Et � distance du palais, car je dois pouvoir me blanchir.
Avec lui,
pour ne pas b�cler le travail,
Fl�ance, son fils,
qui l'accompagne et dont la disparition m'importe autant
que celle de son p�re,
doit subir le sort
de cette heure sombre.
Fuis !
Fuis, Fl�ance !
Salut, Macbeth !
Vous connaissez chacun votre rang.
Asseyez-vous. Du fond du c�ur, bienvenue.
Notre h�tesse a la place d'honneur.
En temps voulu, elle vous souhaitera la bienvenue.
Souhaitez-la pour moi, Sire,
� tous nos amis.
Mon c�ur le dit : ils sont les bienvenus.
Votre Majest�.
Que la joie s'�panouisse.
Bient�t, nous boirons � la ronde.
Il y a du sang sur ton visage.
C'est celui de Banquo.
Est-il exp�di� ?
Il a la gorge tranch�e.
Brave est celui qui a fait pareil � Fl�ance.
Si c'est toi, tu es in�gal�.
Royal seigneur,
Fl�ance a fui.
La fi�vre me reprend.
Sans cela, j'�tais gu�ri.
Entier comme le marbre,
solide comme le roc,
d�gag�, libre comme l'air !
Maintenant, je suis emprisonn�
dans les doutes et la peur !
Mon royal seigneur, vous boudez vos convives.
Merci pour cela.
Ma douce m�moire !
Allons,
qu'une bonne digestion accompagne l'app�tit
et que la sant� suive.
Nous aurions tout l'honneur du pays sous notre toit,
si notre noble Banquo �tait pr�sent.
Plut�t lui reprocher son manquement que d�plorer un accident.
Son absence, Sire,
fait douter de sa loyaut�.
Qu'est-ce qui trouble Votre Altesse ?
Qui de vous a fait cela ?
Quoi, mon bon seigneur ?
Tu ne peux pas dire que c'est moi !
- Son Altesse n'est pas bien. - Asseyez-vous...
nobles amis.
De gr�ce, restez assis.
La crise est passag�re. D'ici peu,
il sera r�tabli.
Si vous l'observez trop, vous l'offenserez
et prolongerez son mal.
Mangez,
sans lui pr�ter attention.
�tes-vous un homme ?
Certes.
Un homme intr�pide qui ose regarder ce qui terrifierait le diable.
Niaiserie.
Je t'en prie...
regarde.
Vois.
Observe. Que dites-vous ?
Une image peinte par la peur.
Comme ce poignard dans l'air qui vous guidait vers Duncan.
Pourquoi ces grimaces ?
Aussi vrai que je suis ici,
je l'ai vu.
Mon digne seigneur,
vos nobles amis vous r�clament.
Le sang a d�j� �t� vers�,
au temps jadis.
Autrefois, la cervelle d�truite, un homme mourait.
Et c'�tait fini.
Maintenant, ils ressuscitent et nous chassent de nos tabourets.
C'est plus inconcevable qu'un meurtre.
Mais j'oublie.
Allons !
Amiti� et sant� � tous.
All�geance au roi Macbeth.
Arri�re !
Hors de ma vue !
Que la terre te cache.
Tes os n'ont pas de moelle, ton sang est froid.
Tu n'as pas de sensation dans ces yeux
que tu fixes sur moi !
Ne voyez l�, nobles pairs,
qu'une chose coutumi�re,
rien d'autre.
Je vous prie, restez assis !
Vous me rendez �tranger...
m�me � mon propre caract�re.
Quand je pense que, devant de telles visions,
vous gardez le rubis de vos joues
alors que je blanchis de frayeur.
Quelles visions ?
De gr�ce, ne parlez pas !
Il va de mal en pis.
Toute question l'enrage.
Partez sans souci du protocole, mais tout de suite.
Bonne nuit et meilleure sant� � Sa Majest�.
Bonne et douce nuit � tous.
Cela appelle le sang.
On dit que le sang appelle le sang.
O� en est la nuit ?
Elle livre au matin une lutte ind�cise.
Que penses-tu de Macduff,
qui ne s'est pas pli� � notre requ�te ?
Vous avez besoin de ce qui fortifie toute cr�ature...
le sommeil.
Je veux revoir les S�urs du Destin.
Elles devront m'en dire plus.
Car je suis d�cid� � conna�tre le pire, par les pires moyens.
Seuls mes int�r�ts importent,
le reste doit c�der le pas.
Et dans le sang,
je me suis engag� si loin
que, si je n'avan�ais plus,
retourner serait aussi p�nible que continuer.
J'ai d'�tranges choses en t�te,
qui sollicitent ma main.
Il me faut agir,
avant d'y r�fl�chir.
Je vous en conjure par l'art que vous pratiquez,
d'o� que vienne votre savoir,
r�pondez-moi.
Parlez.
Je vous l'ordonne.
Sois fort comme le lion, fier.
Sans te soucier de qui rage, qui s'agite
ou conspire contre toi.
Macbeth ne sera jamais vaincu...
... avant que le bois de Birnam n'atteigne la colline de Dunsinane
et ne marche contre lui.
M�fie-toi de Macduff.
M�fie-toi du Seigneur de Fife.
Lib�rez-moi.
Assez.
M�fie-toi de Macduff.
M�fie-toi du Seigneur de Fife.
Sois sanguinaire.
Hardi.
R�solu.
Ris-toi du pouvoir de l'homme.
Car nul n� d'une femme
ne pourra nuire
� Macbeth.
Alors vis, Macduff, qu'ai-je besoin de te craindre ?
Pourtant, je veux me garantir doublement
et prendre une assurance sur le Destin : tu ne vivras pas.
Avez-vous vu les S�urs du Destin ?
Non, mon seigneur.
Ne sont-elles pas pass�es par ici ?
Non, vraiment, mon seigneur.
Infect� soit l'air qu'elles chevauchent !
Et damn�s ceux qui les croient !
Qui vient d'arriver ?
Deux ou trois messagers, seigneur,
vous apportant une nouvelle :
Macduff a fui en Angleterre.
Fui en Angleterre ?
Oui, mon bon seigneur.
Un projet fugace ne peut �tre atteint que si l'action l'accompagne.
Le premier mouvement de mon c�ur sera celui de ma main.
Sit�t pens�, sit�t fait.
L'enfer est t�n�breux.
Ce qui est fait ne peut �tre d�fait.
Parcourez le pays.
Pendez ceux qui parlent de peur.
Je vais prendre le ch�teau de Macduff,
saisir Fife, occire sa femme, ses enfants
et tous les infortun�s de sa lign�e.
Pas de sotte vantardise,
je le ferai avant de faiblir.
Au meurtre !
Je n'ai fait aucun mal !
Au meurtre !
Pas mes enfants !
Ne m'apportez plus de nouvelles !
Qu'ils s'enfuient tous.
Tant que le bois de Birnam
ne marche pas sur Dunsinane,
je ne crains pas la peur !
Qu'est-ce que ce petit Malcolm ?
N'est-il pas n� d'une femme ?
Les esprits qui connaissent tous les futurs,
m'ont annonc� ceci :
"Ne crains rien, Macbeth,
"nul homme n� d'une femme
"n'aura de pouvoir sur toi."
Fuyez donc,
perfides Seigneurs !
M�lez-vous � ces �picuriens d'Anglais !
Pourquoi ne dites-vous rien ?
Ce tyran,
dont le seul nom
couvre ma langue de cloques,
�tait autrefois r�put� honn�te.
� pr�sent,
l'heure est venue de nous aider.
Votre pr�sence en �cosse
ferait na�tre des soldats
et combattre nos femmes,
pour chasser leur profonde d�tresse.
Qu'elles soient r�confort�es, nous arrivons.
J'ai des paroles
qui devraient �tre hurl�es dans un d�sert
o� nulle oreille n'entendrait.
Mon bon et cher cousin,
l'�cosse en est-elle toujours au m�me point ?
H�las, pauvre pays.
Il n'ose presque plus se reconna�tre.
On ne peut plus l'appeler notre m�re, mais notre tombe.
Quel est le tout dernier malheur ?
Puissent vos oreilles ne pas reprocher �ternellement � ma langue
le son le plus douloureux qu'elles aient jamais entendu.
Comment va ma femme ?
Votre ch�teau a �t� pris.
Votre femme, vos enfants,
sauvagement massacr�s.
Que dites-vous ?
Que dites-vous ?
Mes enfants aussi ?
Femme, enfants,
serviteurs,
tout ce qu'ils ont pu trouver.
Il n'a pas d'enfants !
Tous mes chers poussins
et leur m�re,
d'un seul coup cruel ?
Supportez cela en homme.
Je le ferai.
Mais je dois aussi le ressentir en homme.
C'est moi, Macduff, le coupable.
Ils ont �t� frapp�s � cause de moi.
Que la douleur soit la pierre o� s'aiguise votre �p�e.
Que le chagrin se change en col�re.
N'�moussez pas votre c�ur, enragez-le.
La g�n�reuse Angleterre nous a pr�t� dix mille hommes.
Nos forces sont pr�tes.
Il ne nous reste qu'� prendre cong�.
Face � face,
mettez ce d�mon �cossais face � moi
et placez-le � port�e de mon �p�e !
S'il en r�chappe,
que le Ciel lui pardonne.
Il fortifie le puissant Dunsinane.
Certains le disent fou.
D'autres, qui le ha�ssent moins,
parlent de vaillante fureur.
Mais � coup s�r,
son d�lire malade n'est plus brid� par aucune r�gle.
Ceux qu'il commande
n'ob�issent qu'� l'autorit�.
Nullement � l'amour.
Maintenant, il sent...
ses meurtres secrets lui poisser les mains.
Il y a encore une tache.
Va-t'en, tache maudite.
Va-t'en, te dis-je.
L'enfer est t�n�breux.
Fi, mon seigneur.
Fi !
Un soldat, avoir peur ?
Pourquoi craindre que cela se sache ?
Nul ne peut demander des comptes � notre pouvoir.
Mais qui e�t cru que le vieil homme
avait tant de sang en lui ?
Le Seigneur de Fife avait une femme.
O� est-elle � pr�sent ?
Quoi ?
Ces mains
ne seront-elles jamais propres ?
Assez, mon seigneur.
Assez.
Vous g�tez tout par ces tressaillements.
Il y a encore une odeur de sang.
Tous les parfums de l'Arabie
ne pourront purifier cette petite main.
Lavez-vous les mains,
mettez votre chemise de nuit.
N'ayez pas l'air si p�le.
Au lit.
Au lit...
On frappe au portail.
Venez.
Venez !
Venez, donnez-moi la main.
Ce qui est fait ne peut �tre d�fait.
Au lit.
Au lit.
Que le diable te noircisse,
imb�cile � face bl�me.
Pourquoi cet air d'oie ?
Il y a dix mille...
Oies, mis�rable ?
Soldats, Sire.
Griffe-toi la face et fais rougir ta peur,
petit homme au foie blanc.
Quels soldats, pitre ?
L'arm�e anglaise,
ne vous d�plaise.
Qu'on d�ploie nos banni�res aux murs ext�rieurs.
Le signal reste "Ils arrivent !"
Notre ch�teau est assez fort
pour se moquer d'un si�ge.
Qu'ils campent l�,
jusqu'� ce que famine et fi�vre les d�vorent.
Docteur,
les Seigneurs m'abandonnent.
Quelle rhubarbe, quel purgatif
pourraient �vacuer ces Anglais d'ici ?
En connais-tu ?
Oui, mon bon seigneur.
Vos royaux pr�paratifs en sont un exemple.
Si tu pouvais, docteur,
analyser l'urine de mon pays, trouver son mal
et le purger pour lui rendre sa sant� d'autrefois,
je t'applaudirais � en faire un �cho
qui t'applaudirait � son tour.
La reine, mon seigneur,
est morte.
Elle aurait d� mourir plus tard,
quand l'heure serait venue pour un tel mot.
Demain,
et puis demain,
et puis demain,
se glissent � petits pas de jour en jour,
jusqu'� l'ultime syllabe du registre du temps.
Et tous nos hiers ont �clair� pour des sots
le chemin de la mort poussi�reuse.
�teins-toi,
�teins-toi,
courte flamme.
La vie n'est qu'une ombre en marche,
un pauvre acteur,
qui se pavane
et se d�m�ne son heure durant sur la sc�ne
et puis qu'on n'entend plus.
C'est un r�cit cont� par un idiot,
plein de bruit et de fureur,
qui ne signifie rien.
Quel est ce bruit ?
Ce sont les femmes qui pleurent, mon bon seigneur.
J'ai presque oubli� le go�t de la peur.
Il fut un temps
o� mes sens se seraient glac�s au son d'un cri nocturne,
o� les cheveux sur mon cr�ne
se seraient dress�s et agit�s � un r�cit lugubre,
comme s'ils �taient vivants.
Je suis rassasi�
d'horreurs.
L'effroi, li� � mes pens�es meurtri�res,
ne peut plus me faire tressaillir.
Ton message, vite.
Mon gracieux seigneur,
je devrais vous relater ce que j'ai vu en v�rit�...
mais je ne sais comment.
Seyton !
Mon c�ur se soul�ve quand je vois...
Seyton, j'ai dit !
Cette bataille assurera mon tr�ne � jamais,
ou me jettera � bas.
J'ai bien assez v�cu.
Le cours de ma vie commence � d�cliner,
les feuilles jaunissent...
Et ce qui devrait accompagner le grand �ge,
honneur,
amour,
ob�issance, l�gions d'amis,
je ne dois pas y compter.
Et � leur place,
mal�dictions...
murmur�es,
mais ardentes,
hommages du bout des l�vres,
que le pauvre c�ur voudrait refuser,
sans l'oser.
Seyton...
Tous les rapports sont confirm�s, mon seigneur.
Je me battrai jusqu'� ce que la chair soit arrach�e de mes os.
Donne-moi mon armure.
Il est encore trop t�t.
Je veux la mettre !
Maintenant,
un bois s'avance vers Dunsinane.
Sonnez l'alarme.
Aux armes.
Aux armes...
Sortons.
Tyran !
Montre ton visage !
On ne peut ni fuir ni rester ici.
Je commence � �tre fatigu� du soleil
et voudrais que le monde soit an�anti.
Souffle, vent !
Viens,
chaos !
Au moins, nous mourrons le harnais sur le dos.
Ils m'ont li� � un poteau.
Je ne peux pas fuir !
Comme l'ours,
je dois lutter contre la meute.
Qui n'est pas n� d'une femme ?
Lui, je dois le craindre, nul autre !
Pourquoi faire comme ces fous romains
en me tuant de mes mains,
tant que je vois des vies ?
Les entailles leur vont mieux qu'� moi !
Retourne-toi, chien de l'enfer.
Retourne-toi.
Entre tous les hommes, je t'avais �vit�.
Retire-toi !
Mon �me est d�j� trop charg�e du sang des tiens.
Je n'ai pas de mots.
Ma voix est mon �p�e.
Tu perds ton temps !
Autant chercher � couper l'air intranchable avec ta lame ac�r�e
qu'esp�rer faire couler mon sang !
Abats ta lame sur des t�tes vuln�rables.
Ma vie est sous un charme
et ne c�dera pas
� quiconque n� d'une femme.
N'esp�re plus en ce charme.
Et que l'ange que tu as toujours servi
te l'apprenne :
Macduff a �t� arrach� du ventre de sa m�re
avant l'heure.
Maudite soit la langue qui m'apprend cela.
Elle a terrass� le meilleur de mon �tre.
Je ne me battrai pas avec toi.
Alors rends-toi, l�che.
Et vis pour �tre expos� aux regards.
Je mettrai ton portrait,
comme celui des monstres les plus rares,
en haut d'un poteau,
avec l'inscription :
"Ici, on peut voir le tyran...
"Macbeth."
Je ne me rendrai pas
pour baiser le sol aux pieds du jeune Malcolm
et �tre harcel� par les impr�cations de la racaille.
Bien que le bois de Birnam soit venu � Dunsinane
et que toi, face � moi,
tu ne sois pas n� d'une femme,
je tenterai mon va-tout.
Devant mon corps, j'�tends mon bouclier de guerre.
Frappe, Macduff.
Damn� soit le premier
qui criera :
"Arr�te !
"Assez !"
Il m�rite quelque chagrin.
Je le lui accorderai.
Il a ce qu'il m�rite.
Salut...
roi d'�cosse.
Salut !
Roi d'�cosse !
Traduction : Jean-Michel D�prats et Brigitte Lescut
TITRA FILM Paris
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