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Zulu
Il existe une autre dimension
par-del� celles des hommes.
Une dimension aussi vaste que l'univers
et aussi intemporelle que l'infini.
Elle s'�tend aux confins de l'ombre et de la lumi�re,
de la science et de la superstition.
Elle transcende nos peurs,
d�passe toutes nos connaissances.
Voici la dimension de l'imagination.
Une zone que l'on appelle :
La Quatri�me dimension
Q.G. COMPAGNIE "A"
Faites entrer ces camions !
Fermez ! J'ai dit fermez !
Un bataillon d'infanterie aux Philippines.
1945.
Voici le visage de la jeunesse au combat.
Si un peintre avait m�lang� ses couleurs,
marron pour la terre, gris pour la poussi�re et rouge sang,
noir pour les barbes et jaune pour la peur,
ces hommes seraient alors les mod�les.
Voici le royaume du combat,
voici les visages de la guerre.
Une nuit pourrie, oui.
On a eu ce pont, m�me si on ne sait pas pourquoi.
Les navires japs nous pilonnent.
Ils tirent sur ce pont toutes les 3 minutes.
Si le g�n�ral veut savoir o� est leur flotte, c'est � Manille.
Sergent.
Qui avons-nous perdu ?
Beaucoup de bless�s.
Dix ou douze. Et quatre morts.
Hayburt, Horton, Morgan et Levy.
Rompez vos hommes, sergent. Allez au mess.
Du caf� et un repas pour chacun. Qu'ils mangent.
� vos ordres.
Compagnie A, premier bataillon ! C'est l'heure du rata !
Oui, mon capitaine ?
J'ai d�got� une bouteille de gn�le philippine.
Ce n'est pas du premier choix mais c'est un sacr� remontant.
Sant�.
- Sale journ�e, hein ? - 12 bless�s et 4 morts.
Tout �a en 2 heures et demies. 12 bless�s et 4 morts.
4 hommes sp�ciaux ?
Sp�ciaux ? Que voulez-vous dire ?
On en a d�j� perdu beaucoup. Huit hommes puis dix.
Vous �tes plus affect� que d'habitude.
Je demande donc s'ils �taient...
Ils avaient tous moins de 21 ans. Est-ce assez sp�cial ?
Ce n'est pas cela.
Je ne vous ai jamais vu comme �a. Je veux savoir pourquoi.
Vous �tes perspicace, Phil.
L'apanage d'un bon officier.
Savoir anticiper le danger.
Vous vous moquez de moi ?
J'esp�re que non.
Vous �tes un officier courageux.
Quelque chose vous bouleverse et je veux savoir quoi.
Hayburt, Horton, Morgan, Levy.
Morts au combat le 13 janvier 1945.
- Et apr�s ? - Voil� ce qui me bouleverse.
J'ai �crit ces noms hier.
Avant notre attaque !
Pourquoi les avoir �crits ?
Je passais les hommes en revue et j'ai vu leur visage...
Et ces 4 hommes...
J'ai regard� les 44 visages.
Et quand j'ai regard� ces 4 hommes, il y avait comme une lumi�re.
C'est impossible � d�crire.
En les regardant, j'ai compris.
J'ai su que c'�tait leur derni�re journ�e. Qu'ils allaient mourir.
J'ai su et il n'y avait aucun doute !
En effet, c'est �trange. Tr�s �trange.
Je ne dors plus.
Je me demande...
C'est ce qui va arriver ?
� chaque fois, devant un bataillon,
verrai-je ceux qui ne reviendront pas ?
Quand avez-vous �crit ces noms ?
Vous �tes s�r que c'�tait hier ?
Et pas aujourd'hui ? Dans le camion ?
C'�tait hier matin. Je vous le jure.
J'ai �crit �a hier.
- Alors ? - Impossible de tirer une conclusion.
D'apr�s son dossier, il ra pas l'air instable.
Aucune trace d'�puisement d� au combat.
Je ne sais pas pourquoi il a cette dr�le d'id�e.
Nous devrions l'examiner.
Il en est persuad�. � l'entendre, on pourrait le croire.
Merci de l'examiner, c'est un bon gars.
Au pays, il faisait partie de l'�lite.
Un des meilleurs officiers.
Je m'en occupe. Il est d�j� l�.
Il rend visite � un des hommes de son bataillon.
�a va, mon lieutenant. Comment vont les autres ?
Ils vont bien.
Porky a chop� du shrapnel dans les doigts mais c'est son style.
- Il a de la chance, celui-l�. - C'est vrai.
Tu n'es pas si amoch� que �a.
Apr�s �a tu retourneras chez toi !
Ce n'est pas trop dur.
Non, mon lieutenant. Ce n'est pas trop dur.
Non merci.
Vous pouvez l'�teindre ? Je n'en aurai plus besoin.
J'ai du boulot. Je te vois demain.
- Prends soin de toi. - Oui, mon lieutenant.
Tu veux quelque chose ? De la lecture ?
Tout va bien.
Repose-toi bien.
Merci d'�tre venu.
- Au revoir. - Au revoir, Smitty.
Oui...
Il est mort.
Tout d'un coup.
Certains s'en vont tr�s vite.
Je suis all� voir Smitty.
- On m'a dit qu'il va s'en sortir. - Pas du tout.
J'ai regard� son visage.
Je l'ai regard� et j'ai su.
Ensuite, il est mort.
- Comme les autres ? - Oui.
Cette expression...
Il y avait cette �trange lumi�re...
� ce moment, j'ai compris.
- Je ne peux pas expliquer �a... - Pas besoin de l'expliquer.
Comment l'expliquer ?
Personne ne le pourrait !
Je veux juste que vous me croyiez.
Croyez-le !
Lit 5, Smith. Il vient de mourir.
- Je vais le regarder. - Pourquoi ?
Il n'y a rien � voir sauf son cadavre. Il est mort !
J'ai vu sur son visage qu'il allait mourir.
Montez, j'arrive.
- Vous le saviez, lieutenant ? - Et comment !
- Pareil pour 4 hommes. - C'est �trange, non ?
Etrange ? Ce n'est pas �trange, capitaine.
30 jours sans perdre un homme, �a c'est �trange.
Tr�s �trange !
40 km � pied sans avoir d'ampoules, �a c'est �trange !
Ce n'est pas �trange, capitaine. C'est un cauchemar.
Le drame d'un officier qui voit la mort sur les visages.
Le drame d'un officier � bout de nerf
qui en a trop fait, trop vu, et qui craque.
Je vais bien, mon capitaine.
Combien de preuves vous faut-il ?
Combien de morts dois-je pointer du doigt ?
Combien de visages dois-je encore voir ?
J'aimerais savoir...
Comment vous persuader que j'ai un don
qu'on ne m'a pas appris � l'�cole des officiers ?
Vous pourriez, plut�t que de vous gratter la t�te...
Bandez-moi les yeux ou arrachez-les, je ne veux plus voir !
Je ne veux plus voir leur visage !
La Quatri�me dimension
Nous m�nerons l'attaque ici.
Soutenus par les compagnies Baker et Charlie.
� cet endroit, � l'est,
des Philippins traverseront par bateau.
Ils devront d�gommer les artilleurs japonais
pour que nous traversions le pont.
La pr�sence ennemie sera r�duite.
Il reste environ 22 minutes avant de charger les camions.
Informez bien vos bataillons.
Que vos hommes disposent d'une ceinture, de grenades,
6 chargeurs de munitions et pas de barda.
C'est tout. Bonne chance.
Capitaine.
Vous envoyez mon bataillon ?
Je n'en sais rien, Fitz.
Je crois que...
Qu'y a-t-il, Fitz ?
Vous pensez �tre en �tat ?
Gunther sugg�re trois semaines de repos
et je suis de cet avis. Cette mission est courte mais dure.
- Vous ne devriez pas y aller. - Pourquoi, Fitz ?
Oui. C'est aussi sur votre visage.
Partez et vous ne reviendrez pas.
Pr�parez votre bataillon, il part dans 15 minutes.
- �coutez... - Voil� ce qu'on va faire !
On en parlera en revenant. Et on trinquera.
On trinquera � cette illusion et ces co�ncidences.
Rendez-vous aux camions.
Vous ne pourrez pas trinquer.
Car vous ne reviendrez pas !
Mon lieutenant ?
Alors ?
On dit que vous devinez.
Que vous savez qui va mourir !
Alors, mon lieutenant ? Dites-le !
Ce n'est pas juste ! Dites-nous qui va crever !
Du calme, sergent.
Quelqu'un a lanc� cette rumeur et il le regrettera.
Personne ici n'est m�dium.
Y compris le lieutenant Fitzgerald.
N'est-ce pas, lieutenant ?
C'est exact.
- Sergent, nous partons. - En avant !
Allez, tout le monde en voiture !
Dans les camions !
Tout le monde � bord !
Refermez ! Allez, on referme !
Rassemblement ! Premier bataillon !
Ne faites pas dans le d�tail, sergent. Pas de changement.
Oui, mon lieutenant.
Allez, on se d�p�che pour l'appel.
Repos, Fitzgerald. Je passe vous voir
et vous f�liciter pour votre travail.
Merci, mon colonel.
Nous avons de la chance.
Les Philippins ont d�truit l'artillerie
et vous avez pu traverser.
Tout � fait.
Tant mieux. D'apr�s l'Air Force,
il y avait 6 ou 7 canons.
En �tat de marche, la travers�e aurait �t� plus longue
ou bien plus courte.
Il n'y avait que des tireurs embusqu�s ?
C'est exact, mon colonel.
Un homme est mort.
Quel dommage.
Un homme bien.
Vous �tiez bons amis, n'est-ce pas ?
Adieu la vie de couple pour Mme Riker.
7 belles ann�es de mariage.
2 beaux gar�ons.
Une belle saloperie, la guerre.
Mon lieutenant ?
Le capitaine Gunther veut vous voir.
Lieutenant, vous devez vous rendre demain au Q.G.
- � la base ? - Pour vous examiner.
Deux semaines de repos. Rassemblez vos affaires.
Entendu. Merci, mon capitaine.
Lieutenant Fitzgerald ?
La jeep est pr�te � vous emmener.
- Lieutenant Fitzgerald ? - Quoi ?
C'est votre sac ?
- Oui. - Je le mets dans la Jeep ?
- Merci beaucoup. - Quand vous voudrez.
Ce n'est pas confortable mais c'est mieux que la marche !
Tu retournes � la base ?
- Vite et loin, comme j'aime. - Tu prends le sentier ?
- Bien oblig�, il y a un pont. - Je m'en doutais.
Les ing�nieurs ont rep�r� des mines.
Ils n'ont pas encore tout enlev�. Reste sur le bas-c�t�.
Prends soin du lieutenant !
Sergent, je suis le meilleur conducteur de l'arm�e.
Je pourrais rouler sur des oeufs sans les casser.
Et en plus, c'est vrai.
Lieutenant, mettez-vous � l'aise. On a bien 4 heures de route.
Vraiment ?
J'ai peur que non.
D'une main.
Tu as entendu ?
Le tonnerre ?
Je ne pense pas. Plut�t une explosion.
Peut-�tre le tonnerre.
C'est s�rement �a.
Dans Richard III de William Shakespeare,
souvenez-vous de cet extrait :
"Il a ouvert le pourpre testament de la guerre sanglante."
Pour le lieutenant Fitzgerald, Compagnie A, 1er bataillon,
le testament s'est referm�.
Le Lt Fitzgerald est entr� dans la Quatri�me dimension.
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