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La QUATRIEME DIMENSION LONG LIVE WALTER JAMESON
PREMIERE DIFFUSION - LE 18 MARS 1960
Il y a une dimension au-del� de celles connues par l'homme.
Une dimension aussi vaste que l'espace, qui s'�tend � l'infini.
Une dimension situ�e aux confins de la lumi�re et de l'ombre,
la science et la superstition.
Situ�e entre le fin fond de nos peurs et la cime de nos connaissances.
Voici la dimension de l'imagination.
Une zone qu'on appelle La Quatri�me Dimension.
Vous assistez � l'Acte 1, Sc�ne 1 d'un cauchemar
qui n'est pas r�serv� � l'heure tardive et pluvieuse des sorci�res.
Voici le professeur Walter Jameson, immens�ment populaire.
Il parle du pass� comme s'il s'agissait du pr�sent.
Il �voque les morts comme s'il s'agissait de vivants.
Les soldats de l'Union br�l�rent Atlanta.
Mais rassurez-vous, ils n'y prirent aucun plaisir.
Ils y furent forc�s
par un homme qu'ils d�testaient bien davantage que les conf�d�r�s,
un homme affreux et renfrogn� d'une incroyable brutalit�,
William Tecumseh Sherman.
Pour vous donner une id�e plus pr�cise de ce grand h�ros,
je vais vous lire des extraits du journal du Major Skelton.
Nous sommes le mardi 11 septembre 1864.
"La ville �tait � nous.
"Nul besoin de d�truire quoi que ce soit
"sauf ce qui pourrait s'av�rer utile � nous combattre,
"mais Sherman �tait ivre de victoire.
"Il alluma lui-m�me le terrible feu
"qui d�truisit cette grande et belle cit�..."
Selon cet homme, le professeur Samuel Kittridge,
Walter Jameson avait un savoir
qui ne semblait pas provenir d'un livre d'histoire,
mais plut�t d'un livre de magie noire.
C'est-�-dire que ce cauchemar commence en plein jour.
Passionnant, Walter. Quel suspense !
Merci, Sam.
Je comprends pourquoi tes cours sont si appr�ci�s.
- C'est pour �a que tu es venu ? - En partie.
Dis-moi, qui est ce Major Skelton ?
Un avocat qui s'est engag�.
- Dans quel r�giment ? - 123e r�giment d'infanterie de l'Illinois.
Je dois dire que son journal est fascinant. Je peux le voir ?
Pourrais-je l'emprunter ?
Je ne pr�te jamais de livres aux professeurs distraits.
Tu te rappelles ?
Oui, tu as raison.
- Ca ne va pas ? - Si.
Peux-tu venir d�ner ce soir ?
- C'est toi qui m'invites ou Susanna ? - Cette fois-ci, c'est moi.
- Vers 19 heures ? - D'accord.
Bien.
Vraiment, ch�ri, faut-il que tu sois si ponctuel ?
Oui. Pardon.
- Souviens-toi, tu es professeur. - Pas encore.
Il me reste un petit examen !
Une formalit�. Et puis tu seras femme au foyer.
S�rement pas !
Je te donne la main de ma fille, pas son intelligence.
- Elle sera professeur... - "A coup de fess�es s'il le faut", je sais.
C'est encore toi qui as fait la cuisine !
Et alors ?
Il est temps que je go�te aux plats de Susanna.
- Ne t'en fais pas, �a viendra. - Oui.
- On s'assoit ? - Madame.
Je retire ce que j'ai dit.
Elle ne cuisinera jamais aussi bien que toi.
- Que fais-tu ? - Je ferai la vaisselle plus tard.
Je ne te parle pas de la vaisselle.
File � tes livres et � tes �tudes.
De plus, Walter et moi avons � parler.
Tu ne me traiteras pas comme �a, hein ?
Pire. Qui sait ? Je vivrai peut-�tre � tes crochets.
Tu devrais avoir honte, Susanna a presque 30 ans.
Et moi, 70.
- C'est � moi, non ? - Oui.
- Qu'y a-t-il ? - Regarde-les.
C'est extraordinaire, non ?
Elles �taient semblables il y a douze ans.
- Le temps passe. - Pour certains.
Dis-moi une chose.
Bien s�r.
Quel �ge as-tu ?
Quarante-quatre ans.
Je me souviens que lorsque tu as postul� � l'universit�,
tu avais dis trente-neuf.
C'�tait en 1947,
donc tu devrais en avoir cinquante et un.
Allons.
C'est vrai, j'ai cinquante et un ans.
Trop vieux pour Susanna, c'est �a ?
Dans un sens.
En 1947, j'avais cinquante huit ans.
J'avais tous mes cheveux, toutes mes dents et presque pas une ride.
Et maintenant, regarde-moi.
En douze ans, je suis devenu un vieil homme
alors que tu n'as pas vieilli.
Ca arrive, parfois.
Je sais, mais pourquoi ?
J'en sais rien. C'est toi l'expert en chimie.
- J'enseigne l'histoire. - Oui, et tu le fais tr�s bien.
Tu sais ce que disent les �tudiants ?
Que c'est presque comme si tu avais v�cu les p�riodes dont tu leur parles.
J'essaie de rendre �a int�ressant.
De faire semblant, tu veux dire ?
- Si tu veux. - C'est ce que je pensais.
Mais �a ne te ressemble pas, tu es si pr�cis.
C'est quoi ?
Un album de photos
prises par un certain Mathew Brady pendant la guerre de S�cession.
Qu'y a-t-il ? On dirait que tu as vu un fant�me.
Peut-�tre bien.
Est-ce que ton grand-p�re a fait la guerre de S�cession ?
Non.
Alors, c'est un sacr� myst�re.
Comment �a ?
Tu as �veill� ma curiosit� avec ce Major Skelton.
J'ai voulu voir � quoi il ressemblait.
J'ai regard� les photos de Brady, sans grand espoir.
Voici trois des officiers de Sherman.
Celui qui est assis est le Major Hugh Skelton.
La photo a �t� prise il y a presque 100 ans.
Tu n'aurais pas d� garder cette bague. Ca en dit long.
- Que veux-tu insinuer ? - Tu le sais parfaitement.
Tu plaisantes !
Simplement parce que je ressemble � quelqu'un sur une photo...
Et que tu portes la m�me bague,
et que tu as le m�me grain de beaut� sur le visage !
Nous sommes tr�s proches depuis douze ans.
Dis-moi la v�rit�.
C'est toi, sur la photo, n'est-ce pas ?
Oui.
Cela fait longtemps que j'ai des doutes.
Mais cela semblait trop fantastique.
Ca l'est.
Oui.
Quel �ge as-tu ?
Tu ne me croirais pas.
Je peux tout croire, maintenant.
Bien.
Disons que je suis assez vieux pour avoir connu cet homme personnellement.
Platon ?
Mais cela fait plus de 2 000 ans !
Je savais que tu ne me croirais pas.
Non, ce n'est pas �a.
Ca fait 2 000 ans.
Comment ?
Bon sang, le r�ve de l'humanit� !
- Dis-moi ton secret. - Je ne peux rien te dire.
Je ne le connais pas moi-m�me.
J'�tais comme toi.
J'avais peur de la mort.
Quand je pensais � toutes les connaissances
et au peu d'ann�es dont dispose un homme,
�a me paraissait insens�.
Chaque soir, je r�vais d'immortalit�.
La vie n'avait de sens, selon moi, que si on �tait �ternel.
J'ai parl� � des pr�tres, des philosophes...
Et puis, un jour, j'ai rencontr� un alchimiste.
Je lui ai parl� de tout �a.
Il m'a dit qu'il pouvait exaucer mon v�u, mais que cela co�terait tr�s cher.
J'�tais fou. J'ai pay� et je me suis soumis � ses exp�riences.
Je me souviens de peu de choses.
J'ai �t� inconscient des semaines durant.
Quand je suis revenu � moi, j'�tais seul.
L'alchimiste avait disparu.
Continue.
Il n'y a pas grand-chose d'autre.
J'ai bien s�r pens� que l'exp�rience avait �chou�,
parce que je ne sentais aucune diff�rence.
Mais ensuite,
j'ai vu ma femme et mes enfants vieillir,
mes amis mourir.
C'�tait une chose � laquelle je n'avais pas pens�.
Il doit y avoir une solution.
Vraiment ? R�fl�chis un peu.
Je peux faire en sorte que tu ne vieillisses pas.
Tu t'arr�tes � quel �ge ? Trente ans ?
Et tu vois vieillir tout le monde autour de toi.
A soixante dix ans ?
Tu veux vivre �ternellement comme � pr�sent,
vieux, malade...
C'est mieux que de mourir.
Non. Tu te trompes.
Je me suis tromp�.
C'est la mort
qui donne un sens au monde.
On aime une rose parce qu'on sait que bient�t, elle ne sera plus.
Qui aimerait une pierre ?
Je ne suis ni une rose ni une pierre. Je suis un homme !
Un vieil homme
qui a peur.
- De quoi, de la mort ? - Oui, de la mort !
C'est stupide. Moi, je veux mourir.
Alors qu'attends-tu ?
Je suis l�che.
- Toi ? - Je n'ai pas chang�.
Je suis toujours le m�me homme. J'�tais un l�che et je le suis rest�.
Je suis las de vivre.
J'ai une arme dans mon bureau.
Chaque soir, je la sors et prie pour avoir le courage d'appuyer sur la g�chette.
Impossible.
Tu veux dire que tu survis depuis 2 000 ans sans un seul accident ?
Sans une seule blessure ?
Certaines personnes ont cette chance.
Elles ne se cassent jamais rien
et ne vont jamais � l'h�pital.
J'ai failli mourir bien des fois.
Mais non.
Merci.
De quoi ?
Je croyais qu'en vivant �ternellement, on devenait sage.
Ce n'est pas le cas, n'est-ce pas ?
On continue simplement de vivre.
On doit se sentir seul.
J'imagine que tu as �t� mari�.
- Plusieurs fois. - Oui.
Combien de temps avec chaque femme ?
Dix ans ?
- Quinze ? - Je vois.
J'ai voulu d�missionner il y a six mois. Tu m'en as emp�ch�.
- Tu t'en souviens ? - Oui.
Je savais que Susanna tombait amoureuse.
Je savais ce qui se passerait. Ca s'est d�j� produit.
Quelques ann�es de bonheur et puis...
J'ai voulu la mettre en garde.
J'ai fait tout ce que j'ai pu pour la d�courager.
Sauf lui dire la v�rit�.
Comment faire ? Elle m'aurait pris pour un fou.
Pourquoi ne pas �tre parti, alors ?
Parce qu'il �tait trop tard.
J'�tais amoureux d'elle.
J'ai besoin d'elle.
Tout s'y oppose, ma raison, mon exp�rience.
Mais cela n'a plus d'importance.
Pour moi, si.
Je ne peux pas te laisser l'�pouser.
Pourquoi cela ?
Allons.
Ton p�re pense que je suis trop vieux pour toi, ch�rie.
C'est compl�tement idiot.
Bien.
Tu m'�pouseras ce soir.
- Tu le d�sires vraiment. - Oui.
Monte pr�parer tes plus belles affaires, je passe te prendre dans un quart d'heure.
- Mais... - File.
Je vais le lui dire.
Elle ne te croira pas.
Personne ne te croirait.
Tu n'y croiras pas toi-m�me, demain matin.
Bonsoir, Tommy.
Qui �tes-vous ?
Tu ne me reconnais pas ?
Regarde bien. Dans mes yeux.
Tu trouvais jadis que c'�taient les plus beaux du monde.
Je crois que vous vous trompez.
Non, Tommy.
Je m'appelle Jameson, Professeur Walter Jameson.
Ne fais pas semblant.
Je sais qui tu es.
Et qui suis-je ?
Tu es Tom Bowen, mon mari.
Votre mari ?
Ma ch�re dame, pourquoi ne pas me dire ce que vous cherchez...
Assez !
J'ai vu ta photo dans le journal pour tes fian�ailles.
Je suis venue voir si c'�tait vrai.
Oui.
Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi.
J'ai vieilli et pas toi.
Et maintenant, tu vas �pouser quelqu'un d'autre.
Tu la quitteras, comme tu m'as quitt�e.
Laurette.
Je ne te laisserai pas l'�pouser.
Tu m'appartiens.
C'est mal.
Tu ne peux pas continuer � faire du mal aux gens.
Que se passe-t-il ?
Walter.
Bonsoir, Sam.
J'ai cru entendre...
Ca va ?
J'en sais rien.
Peu importe.
De toutes fa�ons, tu seras d�barrass� de moi.
Comment �a ?
Je suis devenu raisonnable.
Enfin.
Dis � Susanna que...
Ne t'approche pas !
Tu es bless� !
- J'appelle un m�decin. - Non !
Ta main !
Ca y est.
Enfin.
Que se passe-t-il ?
Que se passe-t-il ? Mon Dieu !
Rien n'est �ternel.
Dieu merci.
Papa ! Walter !
Rentre � la maison.
- C'est un coup de feu l Walter est bless� l - Rentre � la maison l
Il est parti.
- O� �a ? - Je n'en sais rien, ma ch�rie.
Ce sont ses v�tements ?
Qu'y a-t-il sur le sol ?
De la poussi�re.
Rien que de la poussi�re.
Le terminus d'un long voyage.
Un �tre humain de plus s'en retourne vers le n�ant originel.
Dans la poussi�re,
qui est la fin de toute chose.
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