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...

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-Ne me plaignez pas, surtout ne me plaignez pas.

Evidemment, pour vous qui me voyez pour la premiĂšre fois,

je ne suis qu'un pauvre paralytique.

Pourtant, je suis heureux.

Mon secret : je regarde ce que j'ai et non pas ce que je n'ai pas.

C'est vrai que mes jambes sont mortes,

mais je suis confortablement installé dans mon fauteuil

et avec lui, je peux presque tout faire.

...

Et puis...

il me reste mes mains, mes bras, ma tĂȘte Ă©videmment,

et ma queue, je vous assure qu'elle fonctionne bien,

aussi bien que ma voiture.

N'est-ce pas, Jeanne ?

Et cette piscine, cette villa de rĂȘve,

elles sont Ă  moi.

Vous croyez que j'aurais pu me les payer aussi vite

sans la prime de mon assurance accident ?

Tout est simple.

Regardez ce que vous avez et non pas ce que vous n'avez pas.

BientĂŽt, vous aussi, vous comprendrez.

D'ailleurs, pour supporter votre vie,

vous n'aurez pas le choix.

Musique jazz

...

Un peu d'ordre, il faut que je mette un peu d'ordre.

Le rapport... Ah, le voilĂ .

D'aprÚs le rapport de police qui a reconstitué les événements

en se basant sur différents témoignages et constatations,

voici ce qui s'est passé

dans la soirée du 11 août de l'année derniÚre.

Un individu, Durieux, Alain,

c'est moi, a tenté de se jeter du dernier étage de l'immeuble

de la Mutuelle Vie,

la compagnie d'assurance pour laquelle il travaillait.

...

Fracas de verre et d'électricité

...

SirĂšnes d'ambulance

...

...

Je n'avais pas une égratignure, mais ils m'ont conduit aussitÎt

Ă  l'hĂŽpital psychiatrique de la ville.

Gémissements de plaisir

...

-Qu'est-ce que tu veux, mon amour ?

-Je cherche les cassettes de l'hĂŽpital.

-Je les ai apportés.

Elles sont dans mon attaché-case, sur le fauteuil de l'entrée.

...

-Oh, Pierre !

Pierre !

*-J'ai examiné votre dossier.

*Marié, travail régulier, pas de problÚme financier.

*Apparemment, vous avez tout pour ĂȘtre heureux.

-Voilà, c'est exactement ça.

J'ai failli crever de bonheur.

*-Allons, M. Durieux.

*-On m'avait dit que les psychiatres

ressemblaient aux flics.

*Vous, c'est encore mieux, vous le faites aux sentiments.

*-Je vous écoute.

*-AprĂšs tout, maintenant ou plus tard...

...

*Ca sera qu'une histoire minable de plus

*Ă  classer dans vos archives.

*A 20 ans, un type voulait ĂȘtre un grand avocat pour dĂ©fendre

*les malheureux contre l'injustice.

*A 30 ans, il essaie de fourguer des assurances Ă  ces malheureux,

en les arnaquant plus ou moins.

*-Je peux vous guérir. Une thérapeutique toute nouvelle.

*-Il faudra d'abord guérir ma vie.

*Quant Ă  vous servir de cobaye, il n'en est pas question.

...

Pourquoi tu t'intéressais à moi ?

-Mon vieux, tu représentais

le modÚle parfait du dépressif urbain.

Tout Ă©tait moyen chez toi : ta vie, tes rĂȘves, tes dĂ©sirs.

Je tenais absolument à ce que tu sois mon premier flashé.

-Et comment as-tu réussi à me convaincre ?

...

*-Sauvez-le, Docteur, je vous en prie, sauvez-le.

*-Je peux guérir votre mari.

*Il s'agit d'un tout nouveau traitement

*qui s'applique exactement Ă  son cas.

*Mais il me faut votre accord.

*-Vous lui en avez parlé ?

*-Oui, Madame, il a accepté, mais

*il est dans un état de dépression aiguë

*et son accord a peu de valeur.

*-Je veux pas qu'il souffre.

*-Le flashage, c'est le nom de ce procédé,

*est absolument indolore.

-Pierre ! *-Mme, je ne pense qu'Ă  son bien.

-J'ai fait couler le bain chaud, comme tu aimes.

Viens vite, avant qu'il ne refroidisse.

-Excuse-moi.

...

-La suite, Pierre s'était bien gardé de l'enregistrer.

Je crois qu'il avait, disons, un peu forcé les événements.

Le lendemain matin, Joëlle, son assistante,

est venue me chercher.

...

-Allongez-vous lĂ .

...

-Qu'est-ce que c'est ?

-Il s'agit d'un scanneur,

un appareil de radiographie et un ordinateur

qui permet d'obtenir la représentation

de la structure interne de votre cerveau.

-Quelle chance vous avez, Docteur !

Vous allez découvrir des merveilles.

...

-Cette zone-lĂ , c'est l'hypothalamus.

Je vais focaliser un court instant

sur un point extrĂȘmement prĂ©cis.

Un rayonnement de micro-ondes.

Et j'espĂšre que votre angoisse disparaĂźtra.

-Vous ne sentirez rien.

...

Grondement de machine

...

...

-Alors, tu rĂȘves ?

...

Tu viens avec nous au tennis ?

-Non, merci, j'ai encore Ă  faire.

-Et pourquoi tu écris ?

-Pense Ă  notre enfant. Je veux qu'il sache.

...

Ca l'intĂ©ressera peut-ĂȘtre.

Et puis, il y a les droits d'auteur.

-Ah bon.

Bon, Ă  tout Ă  l'heure, mon amour.

...

Cliquetis de la machine à écrire

-Une semaine plus tard, je sortais de l'hĂŽpital.

Musique douce

...

Ne sois pas inquiÚte, ça va. Ca va.

...

Je ne me souvenais pas Ă  quel point notre ville me plaisait.

...

Brouhaha de la circulation routiĂšre

...

C'est bon de se retrouver chez soi.

...

-Vous ĂȘtes dĂ©jĂ  lĂ .

...

-Si je voulais lui faire l'amour,

il fallait que j'arrange les choses avec Edith.

Mais on est trois.

-Non, elle ne descendra pas.

-Pourquoi ?

-Elle t'en veut encore.

Tu te souviens pas ?

-Bon, je l'ai traitée de vieux clown peinturluré,

mais y a pas de quoi en faire une histoire.

Elle se maquille beaucoup mieux, maintenant.

Bon.

Je vais la chercher.

...

-Qui est-ce ?

-C'est moi, Edith, j'aimerais que vous nous rejoigniez.

-Non, non, j'ai pas faim.

-Edith... c'est mon premier dĂźner en famille, je vous en prie.

-Je suis fatiguée.

-Mais vous aviez pourtant l'air en pleine forme !

Un teint... Une peau de jeune fille.

Des pas s'approchent.

Elle débarre la porte.

...

-Vous dßtes ça pour me faire plaisir.

-Non. Non, je vous assure.

-Bon. Mais c'est pour vous.

Alors, donnez-moi le bras.

...

-Tiens. -Non, merci.

-Mais c'est du ChĂąteauneuf.

Je l'ai acheté spécialement pour toi.

-Mais j'ai assez bu. Je suis bien comme ça.

-Tu sais qu'Alain m'a dit

que j'étais trÚs en forme en ce moment ?

Ca fait 3 semaines que je fais cette cure d'extrait placentaire,

je trouve que ça me fait un teint formidable.

Faudrait que j'en donne Ă  ta marraine,

elle en a sérieusement besoin.

-Ouais, ouais, maman.

...

-Tu sais qu'on nous a changé notre Alain ?

Il est souriant, poli, propre comme un sou neuf...

-Maman, je t'en prie.

-Mais je lui fais un compliment.

-Il est lĂ , avec nous.

Tu en parles comme s'il existait pas.

-Ah, ma petite fille, avec ma sensibilité...

-Avec ta sensibilité ? Mais t'en as pas de sensibilité.

Comment veux-tu en parler ?

-L'engueulade a commencé

selon un processus que je connaissais bien.

-Avec toi, mĂȘme une sainte perdrait son calme !

-Oui, une sainte, oui, c'est ça, oui.

Je t'ai donné, j'ai sacrifié mes meilleures années.

-Maman !

-Et les responsabilités, quand ton pÚre est mort.

-Maman, maman, arrĂȘte !

Musique rythmée L'engueulade se poursuit.

... ...

-Ne me parle pas de ça, parce que 18 ans,

j'ai travaillé 18 heures et tout ça pour t'élever !

-The sensation Of the taste of today

Is the life I could taste A rosé

It's the life.

-J'aime bien ce monde qu'ils décrivent.

Tout est doux, confortable, harmonieux.

...

-There's a wonderful Taste you can share.

-Tiens.

Il faudra que je me coiffe comme lui.

-Tu es un monstre !

Tu es un monstre ! Oh, mon Dieu, oh, mon Dieu.

Maman ! -Maman, je t'en prie !

Sanglots

Maman, viens ici, je t'en prie !

Musique sensuelle

Maman, ouvre-moi.

Ouvre-moi, maman.

-Ces bas, ce qu'ils iraient bien Ă  Jeanne.

*-Feeling, feeling, le bas

*de l'an 2000.

Musique sensuelle

...

-Décidément, il faudra que je lui achÚte ces bas.

...

On est bien, hein ?

-Oh, oui.

On est bien.

Cliquetis de la machine à écrire

...

Clapotis de l'eau

-Salut, Armand !

Alors, toujours tiré à 4 épingles ?

Dis, j'ai l'impression qu'ils ont changé la couleur

de ta combinaison, elle est plus lumineuse.

-Tu as remarqué ? C'est mieux. Et je suis passé conducteur.

Ca me permet de rester propre plus facilement.

-Bravo, mais pourquoi tu fais le mĂ©nage ? ArrĂȘte.

-J'aime bien.

Quand je vivais ici, c'est moi qui le faisais.

Je suis content que ce soit toi qui aies acheté la villa.

Tu t'en occupes bien.

Et moi, finalement, je n'ai que les avantages.

Tu prends un bain ? Tu veux que je t'aide ?

-Non, non. Merci.

Amuse-toi bien, fais comme chez toi.

...

Cliquetis de la machine à écrire

-Et vous souriez ? Non, mais il sourit !

Vous devriez avoir honte, M. Durieux !

Vous mentez à ma secrétaire, lui faites du charme.

Vous obtenez un rendez-vous, vous harcelez

un homme surmené, débordé et sous prétexte d'investissement ?

Vous essayez de

me refiler un de vos contrats de merde !

Qu'est-ce que vous voulez que j'en foute,

d'une assurance sur la vie ?

Je vais trĂšs bien, merci.

Je suis en pleine forme, encore jeune.

Quel Ăąge avez-vous ? -35.

-Comme moi. Vous, mon vieux, quel bilan.

Encore Ă  traĂźner la savate, intriguer et faire des bassesses...

-C'est drÎle, avant j'aurais pas supporté

qu'un type me parle ainsi.

Là, le voir s'agiter devant moi, ça m'intéresse plutÎt.

Comme si j'observais un insecte pris au piĂšge qui bourdonnait.

-Vous n'ĂȘtes qu'un minable, un pauvre type !

Vous n'existez mĂȘme pas.

Qu'est-ce que vous attendez pour foutre le camp ?

-Vous ne me l'avez pas demandé.

-Oui, c'est vrai.

...

Monsieur Durieux.

-Oui ?

-Comment gardez-vous votre calme devant des types comme moi ?

-Ce serait trop long, et je ne voudrais pas...

-Asseyez-vous.

...

-Eh bien, voilĂ .

Je regarde ce que j'ai, non pas ce que je n'ai pas.

Vous, par exemple, vous devriez ĂȘtre heureux.

-Oui, c'est ce que je me dis.

Pourtant, lorsque je fais le bilan, je ne sais plus oĂč j'en suis...

-Ca y est.

Sûrement mon bon sourire qui lui inspirait confiance.

-Pour réussir, je réussis.

Et plus je travaille.

Plus je travaille, plus je gagne d'argent.

Et plus je dépense.

*Je peux pas arrĂȘter de travailler, je dĂ©pense trop.

*Ma famille est habituée.

*Je leur passe du fric, j'ai la paix.

-Ecoutez celui-là, je crois que c'est mon préféré.

*-M. Durieux, vous, je sens que vous me comprendrez.

*Je ne dors plus.

*Je ne pense qu'aux traites et au fric, et encore au fric.

*Je ne baise plus, j'ai peur de l'avenir.

*Montrez-le-moi, ce contrat.

*-Je ne veux pas vous forcer, surtout.

-Ecoutez-le, cet hypocrite.

"Je ne veux pas vous forcer, surtout."

-Tu as le truc.

-C'est facile, ils sont tous plus ou moins angoissés.

-Je l'aurais insulté.

-Justement, ça serait la derniÚre chose à faire.

Donnez-moi votre cassette.

Je pense que ça intéressera les gens du marketing.

Je ne regrette pas de vous avoir donné une deuxiÚme chance.

Vous avez presque égalé Marc,

notre meilleur représentant.

Vous ĂȘtes Ă  nouveau trĂšs performant.

Ah, autre chose.

Je viens d'ĂȘtre nommĂ© directeur du dĂ©partement Ă©tranger.

-Nous sommes trĂšs heureux pour vous.

-Mon poste actuel va ĂȘtre vacant.

Vos résultats seront examinés à la loupe.

Que le meilleur gagne.

A demain, Messieurs.

-A toi de jouer.

...

Si tu savais comme ça me fait plaisir de te voir rétabli.

Tu m'en veux pas ?

J'ai pas toujours été sympa avec toi.

-Mais non, voyons. Je déraillais,

je m'apitoyais sur moi-mĂȘme, je ne savais plus oĂč j'en Ă©tais.

-On ne va pas se quitter comme ça ?

Je vous invite, avec Jeanne. On va faire la fĂȘte.

-Oui.

Mais Edith ? -Eh bien, on emmĂšne Edith.

Musique rythmée

...

-Master You musn't told mine

Because yeah He'd give it to you.

-Excusez-moi, je reviens tout de suite.

Musique reggae

...

-Just

Gimme the moonlight

Just.

-A ton rétablissement !

-Gimme the starlight.

Musique romantique

-Deep in my heart

There is an island

Where I can flee

Far from my sorrow

Under blue clouds

Behind blue sees

A secret island

Where I dream.

-Je suis heureuse, tu sais.

Tu es tellement gentil avec moi.

Avec Edith.

Musique rythmée

Allez viens, ce soir, j'ai envie de m'amuser, moi, viens !

-Let's go make out That's my thing.

T'en fais pas, toi ? -Non, non, non.

Moi, j'ai passé l'ùge, je vais vous regarder.

-Vous allez voir ce que vous allez voir.

J'ai été championne scolaire, moi.

-Votre main, Madame.

-Let's go make out That's my thing

...

Let's go make out

Watch your books

Man I've got better plans.

...

-Eh, maman, viens, viens !

-Watch your girl Man I've got better plans

For her.

-Allez, le premier au bar.

...

Elle crie.

...

J'ai gagné !

J'ai gagné !

-Maman, maman.

-Ma petite maman.

-J'Ă©tais la premiĂšre, quand mĂȘme.

Elle soupire.

-Tu viens, on va danser ?

-Regarde-la, on peut pas la laisser comme ça, là.

-Mais si, justement. Elle ne s'apercevra de rien.

La pauvre vieille, elle est complĂštement dans les vapes.

-On rentre.

Allez, viens.

Viens.

Elle gémit.

-J'ai compris qu'il ne fallait pas insister.

On s'amusait bien, pourtant.

Le lendemain matin, la vieille avait déjà récupéré.

-Bonjour.

-Bonjour. -Comment ça va ?

-Oh, ça va.

Sauf que vous avez vu ce bleu, lĂ  ?

On klaxonne.

Enfin. T'as bien dormi, mon bébé ?

-Et toi ? -Oh, ça va.

-J'arrive, j'arrive.

...

-Au revoir.

Il est gentil quand mĂȘme.

Elle s'exclame.

Oh, dis donc, quand je m'assois...

-M. Borne est un de nos experts les plus remarquables.

Rien ne lui résiste, non ? -J'en ai coincé plus d'un.

Question de flair, je repĂšre vite

ceux qui veulent nous mettre dedans.

Avant, je mĂšne ma petite enquĂȘte.

Par exemple, Vivien, lĂ . Le type que nous allons voir.

J'ai de trĂšs mauvais renseignements sur lui.

Je sens qu'on va bien s'amuser. Celui-lĂ , on va le coincer.

Je suis sûr qu'on va le coincer.

SirĂšne de pompier

...

-Nous représentons la Mutuelle Vie. On nous attend.

-Allez-y, passez. -Merci.

...

-Magnifique.

Explosion

SirĂšne de pompier

Explosions

Le voilĂ , le systĂšme anti-incendie !

Toutes les normes étaient respectées !

...

Beau résultat, vraiment !

Sonnerie de téléphone

AllĂŽ, oui ? Mais oui, oui, oui; ils sont lĂ .

Oui, c'est ce que je leur montre, c'est ça, d'accord.

Explosion

Merde ! Laissez ça, vous ne trouverez rien.

Que voulez-vous encore savoir ? Ca brûle, ça explose.

-M. Vivien, il s'agit d'un sinistre de plusieurs millions.

Nous devons nous informer calmement.

Sonnerie -Attendez.

Oui, ne quittez pas.

Si vous y tenez, M. Cyclié,

notre directeur de service sécurité, vous pilotera.

SirĂšnes de pompier

...

Explosions

-VoilĂ , c'est la canalisation d'eau.

Tout est normal.

...

...

C'est pas trĂšs prudent de continuer.

Venez, venez. -Oui, on pourra plus revenir.

-Allons, Marc.

Je suis sûr que

M. Borne a encore des détails à vérifier.

AprÚs tout, ce sont les risques du métier, n'est-ce pas ?

M. Borne.

Rien Ă  craindre.

Sifflement de gaz

-Ca va ?

-Allez. Allez, ce n'est rien.

...

-DĂ©pĂȘchez-vous, y a pas que ça.

On pourra plus passer. -Je crois que...

Explosion

...

-Je vais chercher du secours, je reviens.

-Faut le sortir de lĂ .

Sortons-le !

-Attends.

...

M. Borne ?

...

Qu'est-ce que vous avez vu ? Aidez-nous.

-La vanne, le tuyau, c'est pas la mĂȘme section.

C'est l'alliage de la vanne, je savais...

...

-Ca y est, on les tient.

Aide-moi.

...

-Et lui, on le laisse lĂ  ?

-Il est mort, ici ou ailleurs, ça ne changera rien.

Et puis, on peut pas.

...

M. Borne s'était éteint en mettant sur la paille

un client de la compagnie, somme toute.

Une belle mort pour un expert en assurances.

Explosion

...

Charles Trenet, "Y a d'la joie"

...

On est bien, hein ?

-Y a d'la joie Bonjour bonjour les hirondelles

Y a d'la joie Dans le ciel par dessus de toi

Y a d'la joie Et du soleil dans les ruelles

Y a d'la joie partout

Y a d'la joie

Tout le jour

Mon coeur bat Chavire et chancelle

C'est l'amour qui vient

Avec je ne sais quoi C'est l'amour.

-Faudra la rendre

Ă  sa veuve.

-Partout y a d'la joie. -A demain, mon vieux !

-Le gris boulanger Bat la pĂąte Ă  pleins bras

Il fait du bon pain.

-Laissez-moi, je vais terminer.

-Bonne journée, Alain ? -Ah, excellente, merci.

-Portant ses lettres Au bon Dieu

Miracle sans nom A la station.

-Vos collĂšgues ? -Gentils.

Je suis juste un peu déçu par leur manque de sang-froid.

Je les écraserais.

Je veux dire que je les distancerais facilement.

-Ah, trĂšs bien.

Votre sommeil ?

-Je dors si bien que je récupÚre en 5 heures

et que je me réveille en pleine forme.

...

-Pour avoir la conscience tranquille,

on va quand mĂȘme faire un petit EEG.

Oui, un électroencéphalogramme. Venez.

...

Asseyez-vous.

...

Eh bien, je vous présente Charles. Mon premier flashé.

C'est en quelque sorte votre ancĂȘtre.

Je l'ai fait venir du zoo ce matin pour un petit check-up de routine.

Je crois que je l'ai réussi aussi bien que vous.

Cette comparaison ne vous vexe pas, au moins ?

-Non, non, voyons.

-Vous savez, c'est un vrai Don Juan.

Toutes les guenons sont folles de lui.

-Mais je les comprends,

je le trouve trÚs séduisant.

-Vos ondes sont parfaites.

...

Un tracé idéal, aussi bon que celui de Charles.

Avant le flashage,

il dépérissait, comme vous.

Soyez rassuré, il est complÚtement guéri.

-N'essayez pas de me rassurer, Docteur, c'est inutile.

Je n'éprouve plus aucune angoisse. Vous devriez le savoir.

-Il a raison, j'oubliais. J'oubliais.

Musique jazz mystérieuse

...

-Tu as froid ?

-Oui.

...

...

Non, s'il te plaĂźt, je t'en prie.

...

-Bon. Dors bien, ma chérie.

...

Bip électronique

...

-Dis-moi, Alain.

Pourquoi tu m'aimes ?

-Quelle drĂŽle de question.

...

J'ai pas envie de te répondre.

-Allez.

Allez, dis-le-moi ! Dis-le-moi.

-Je crois que c'est parce que tu es vraiment jolie.

Tu es vraiment la plus jolie femme que je connaisse.

...

Je suis habitué à toi. Et c'est bon.

J'ai pas envie de changer d'habitudes.

...

Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Laisse-moi réfléchir.

...

J'ai toujours envie de te faire l'amour.

...

Je voudrais un enfant de toi.

...

Puis surtout...

y a ta peau.

Elle est si douce, ta peau.

...

Oh, oui.

...

Je crois que c'est ça, le plus important.

...

Ta peau,

elle est formidable.

-Eteins, s'il te plaĂźt.

...

-Vous ĂȘtes un pauvre type ! Un minable ! Une Ă©pave !

C'est ça, une épave.

-Giraud organisait chaque semaine des séances de simulation

de résistance passive entre ses représentants,

d'aprĂšs ma suggestion.

-Et votre femme, hein ?

Qu'est-ce que vous croyez qu'elle fait pendant que vous travaillez ?

C'est une pute !

Une salope. Vous m'entendez ? Une salope !

...

Non, je ne peux pas, avec lui, y a rien Ă  faire.

-C'est Ă  vous, Marc.

-Non, trĂšs peu pour moi.

C'est un jeu de dingues.

Ca ne m'étonne pas, c'est lui qui vous en a donné l'idée.

Vous avez mis le doigt dans l'engrenage.

-Ca suffit.

Si vous vous sentez fatigué, Marc, prenez quelques jours de repos.

A tout Ă  l'heure, messieurs.

Venez avec moi, Alain, le patron veut vous voir.

...

-Je vous en prie, messieurs, asseyez-vous.

...

Qui aime bien espionne bien.

...

*-Non, je ne peux pas, avec lui, y a rien Ă  faire.

*-Marc, c'est Ă  vous.

*-Non, trĂšs peu pour moi. -Vous ĂȘtes formidable. Le meilleur.

Regardez ce pauvre Marc Lebel. Vous l'avez fait craquer.

Il file un mauvais coton, d'ailleurs, celui-lĂ .

Vous savez que les gens du marketing ont déjà donné

un nom Ă  votre technique ?

Ils appellent ça "L'effet Durieux".

L'effet du silence souriant, un test infaillible pour évaluer

le degré de résistance nerveuse de nos cadres.

Continuez, continuez, mon cher Alain.

GrĂące Ă  vous, nous ferons le vide et ne garderons que les meilleurs.

-Maman, maman !

Viens voir la voiture, viens voir la voiture !

...

-Bien, dis donc.

...

Quel temps de rĂȘve !

Bonjour ! -Bonjour, comment ça va ?

-Ca va.

-Toujours aussi belle et aussi élégante.

-Elle est vraiment superbe. -J'avais dit que c'était une folie.

-Je trouve qu'elle va bien Ă  Jeanne.

Elle est dans la mĂȘme ligne. -Allez, venez.

...

-Et t'as pas oublié mon maillot ?

-Non, t'as un maillot,

puis j'ai aussi pris le lait de coco pour...

-Oh, le forsythia, lĂ  !

Propos au loin

-Tu veux l'essayer ?

...

-Tu crains pas que ce soit une trop grosse dépense ?

-Non, je m'améliore, je n'aurai aucun mal à payer les traites.

...

-Ouais, on dit toujours ça au début.

J'en sais quelque chose.

Et puis les traites, ça finit par s'additionner.

Par vous grignoter comme un cancer.

-Tu sais,

je trouve que tout est beaucoup plus simple.

Si je ne peux payer les échéances,

ils me reprendront la voiture, et alors ?

J'en aurai profité.

De toute maniĂšre...

je n'ai pas d'inquiétude pour mon avenir à la mutuelle

ou Ă  une autre compagnie.

...

Détends-toi, mon vieux.

...

Détends-toi un peu, c'est dimanche.

...

Elles crient.

-Non, arrĂȘte ! -Mais arrĂȘte !

-Oh oui, oui !

Elle crie de joie.

Allez-y !

Ah, que c'est bon, ça fait du bien, ça !

LĂ , lĂ  !

LĂ  !

Elle rit.

-Maman, ça suffit !

Ca suffit !

-Venez, venez. Je vais vous sécher.

-Ah, ça fait du bien.

Oh, que c'était bon !

Oh, qu'on est bien aprĂšs !

...

-Qu'est-ce qu'il a ?

-Rien, rien.

J'aime cette villa.

Tu verras, bientÎt, on aura une comme ça.

-Alain, tu viens faire une partie de ping-pong ?

-Maman, maman !

C'est la premiĂšre fois que je vois papa en train de perdre.

...

-Bravo, allez-y.

...

21-20 pour Alain.

...

-Salaud, va. Salaud, tu l'as fait exprĂšs.

M'humilier devant eux. -Marc !

-Dommage que t'aies raté ton suicide.

-Laisse-moi. -Ca suffit, allez viens.

-Salaud. -Viens !

-Je l'aurai. J'aurai sa peau, Ă  ce salaud !

-ArrĂȘte ! -Salaud, salaud !

-Allez, viens. -Je t'aurai, salopard !

-Il vaut peut-ĂȘtre mieux partir.

...

-J'aurai sa peau, j'aurai sa peau.

-Tu l'as fait exprĂšs ?

-Evidemment. Quand on joue, c'est pour gagner.

Comme dans les affaires.

-Décidément, j'aime de plus en plus ton mari.

C'est devenu un battant. -Tais-toi, tu comprends rien.

-Je t'ai déjà dit de ne pas me parler sur ce ton !

Tu me dois un minimum de respect ! -Tu t'es vue tout Ă  l'heure ?

Montrer ta cellulite Ă  tout le monde.

-Je n'ai pas de cellulite !

-Alain avait raison !

Une fois seulement, regarde-toi en face avec ton rimmel,

tes tartines de crĂšme et tes crayons de couleur.

Quand vas-tu accepter enfin de vieillir ?

Elle soupire.

-Qu'est-ce que vous en pensez, Alain ? SincĂšrement ?

-Il te dira rien, Alain. Plus maintenant, il sera gentil.

C'est pire, il s'en fout, Alain.

-Elle n'avait pas tort, je m'en foutais vraiment.

-Et ta péritonite ? Pendant 5 nuits, je t'ai veillée.

Tu t'en souviens pas ? -Non, j'avais 10 mois.

-Mais les liens de sang.

Le cordon ombilical, ça existe, ça ?

Oh, ma petite fille.

-Allez ! -Embrasse ta mĂšre !

-Mais t'as jamais été une mÚre pour moi.

Elle sanglote.

...

-Elle est vraiment pas gentille.

...

Vous, au moins, vous avez du coeur.

...

-Je ne la supporte plus.

...

Je ne la supporte plus.

...

Oh non, je t'en prie, pas maintenant !

...

-Peut-ĂȘtre vaudrait-il mieux qu'on aille vivre ailleurs ?

-Mais je peux pas la laisser seule. C'est ma mĂšre, aprĂšs tout.

...

-Je n'avais pas le choix.

Il fallait que je fasse son bonheur, malgré elle.

...

-Vous avez vu comme elle me parle ?

...

Vous trouvez pas qu'elle exagĂšre ?

-Ce n'est rien. Elle est juste un peu nerveuse.

Ca passera.

-Je suis quand mĂȘme pas mal.

-Oh oui, Edith.

-Mes seins, ils sont bien ?

-TrĂšs bien, Edith.

...

-Ma cellulite.

Elle rĂȘve, j'en ai pas de cellulite.

Pas une once de graisse.

-Vous avez raison, Edith.

...

-Qu'est-ce que vous faites, lĂ  ?

-Ca développe tous les muscles,

du fessier Ă  l'extension des orteils.

-Je peux essayer ?

-Je vous en prie, Edith.

-Ah, merci.

...

-C'est amusant, ça.

...

Elle s'exclame.

-Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai eu l'idée.

J'ai senti qu'une telle occasion ne se reprĂ©senterait peut-ĂȘtre pas.

Je pouvais la laisser passer.

Elle gémit.

...

-Oh, je ne peux plus, lĂ .

-Mais j'ai voulu donner une chance Ă  Edith.

-Maintenant, quelques mouvements respiratoires.

...

...

...

...

Allez, un peu de repos.

...

Edith, vous ne croyez pas qu'il vaudrait mieux

que Jeanne et moi quittions la maison ?

Pour vous ? -Ah non, mais c'est...

Ca n'est qu'une enfant, elle a encore besoin de moi.

Non, ça, je l'abandonnerai jamais. Jamais.

Tant pis, elle l'aurait voulu.

-Bon, nous continuons ?

Suivez-moi.

...

Allez !

...

Bien.

Nous allons exécuter quelques tractions pectorales

remarquables pour les seins.

Allez !

...

Bien, Edith.

Allez !

Allez, Edith ! Encore un petit effort.

...

Bien, Edith. Allez.

...

Encore.

...

Encore.

...

Allez. Allez.

Allez.

Encore.

...

Allez ! -Vous...

...

Vous me tuez !

...

Vous me tuez !

...

Vous me tuez !

...

...

Des pas s'approchent rapidement.

...

-Maman !

Maman ?

Maman ?

Maman.

-Décidément, je n'y comprenais rien.

Cette mort ne lui faisait pas plaisir.

-Alors lĂ , je m'en doutais pas.

Ca, tu m'as bien eue.

C'est toi qui as tué maman ? Tu l'as tuée ?

...

Enfin, elle sera morte comme elle aura vécu :

en gardant la forme.

Ils rient.

Dis-moi.

Dis-moi, mon chéri.

Qu'est-ce que tu veux comme assaisonnement pour la salade ?

De la vinaigrette ou du citron ?

-C'est quoi comme salade ? -C'est de la frisée.

-Bon. Alors, je crois que je préférerais du citron.

-TrĂšs bien, mon amour.

...

Cliquetis de la machine à écrire

...

-Devine ce que

je t'ai préparé.

Ton plat favori :

du sauté d'agneau.

-J'ai pas faim.

...

Mais mange, je t'en prie.

Musique jazz

...

-Tu devrais manger quelque chose, ma chérie.

-Non. Non, je veux pas manger, je mangerai pas.

...

-Jeanne...

Il y a presque un mois qu'Edith nous a quittés.

Faut te ressaisir.

Ca ne sert Ă  rien de pleurer, elle est morte.

-Ca, c'est vrai. J'y avais pas pensé.

Qu'est-ce qu'on va faire, alors ?

-D'abord, on va vendre la maison.

On en achĂštera une autre, moderne, trĂšs grande, trĂšs claire.

Je veux des enfants.

-Tu veux des enfants ?

Eh bien, alors, baise-moi, vas-y !

Allez, vas-y.

...

Sois patient.

...

Je suis malheureuse.

...

Tu devrais aller faire un tour.

...

Ca ira mieux plus tard.

Musique jazz

...

Le singe crie. ...

...

... ...

...

... ...

-Vous avez l'air de bien le connaĂźtre.

-Oui. Nous habitions le mĂȘme immeuble.

-Vous me rappelez quelqu'un, mais je ne sais pas qui.

-C'est ma coiffure ?

La mĂȘme que la fille des cigarettes gitanes.

Mais vous, j'y suis,

vous avez la coupe de cheveux du type de la pub Martini.

Musique douce

...

ON EST BIEN, HEIN ?

Ils rient.

Est-ce que par hasard,

Charles, vous ne l'auriez pas connu Ă  l'hĂŽpital ?

...

Venez prendre un verre, on va fĂȘter ça.

...

Je me sentais encore mieux, je n'étais plus seul.

...

-On peut pas dire que ce soit l'extase.

-Oh, non. Ca, alors !

Pourtant, qu'est-ce que tu es jolie, Sophie !

Tellement mince, mais j'aime bien.

-Si tu m'avais vu avant, j'étais énorme.

Tu vois mon ventre ? Dégueulasse, plein de plis.

Tout ça à cause d'un type.

Je trouvais qu'il ne m'aimait plus autant,

alors moi, je bouffais, je bouffais.

Je devenais de plus en plus grosse, il m'aimait de moins en moins.

-Tu l'as revu ?

-Non, il est parti à l'étranger, je crois.

Mais c'est pas grave.

Je finirai par rencontrer l'homme de ma vie.

Il faudra que je te présente les autres.

-Quels autres ? -Les autres flashés, évidemment.

On est une bonne vingtaine en traitement Ă  l'hĂŽpital.

On se revoit souvent. -Je savais pas.

-T'étais le premier, 2 mois avant nous.

Tu pouvais pas nous connaĂźtre. Tu veux en rencontrer un ce soir ?

-Oh, oui, bien sûr !

Cette villa, dĂšs que je l'ai vue,

j'ai compris que c'Ă©tait celle dont je rĂȘvais.

Et vous voyez, j'ai finalement réussi à me la payer.

Sonnette

...

-Salut. Armand, Alain.

...

-Comme vous voyez, ma femme a presque

tout emporté avant de me quitter.

Heureusement, elle m'a laissé mes plantes vertes, ma télé

et ma piscine.

Si vous voulez en profiter ?

-Non, merci, je viens de faire trempette.

-Asseyez-vous, asseyez-vous, je vous en prie.

Ah, ça, ce sont mes vidéocassettes.

J'y tiens énormément.

Elle a été gentille, elle les a pas prises.

J'oubliais, je vous sers quoi ? Pas d'alcool, évidemment.

-Ah non, bien sûr.

-J'ai un truc délicieux aux fruits de la passion,

ça ressemble à un bonbon acidulé.

-D'accord.

Il est gentil, n'est-ce pas ? -TrĂšs.

Et j'aime sa maison. Il va bien avec.

-Oui.

Les autres, ils sont aussi formidables que lui.

-Vous verrez, c'est délicieux. -Merci.

...

-J'ai tout.

Western, dessins animés...

Et une sélection de publicités.

-Ah oui ! -Oui, la pub, wow !

-C'est ce que je préfÚre !

-Je la connais par coeur.

Elle est chouette, les déménageurs avec la baignoire.

Les chaussettes de la petite fille.

-Oh, dis donc, t'es fort.

-C'est le valet de chambre avec le petit garçon et la petite fille.

AprĂšs, c'est le chevalier avec le drap.

Je la connais par coeur !

Ca, c'est super.

Musique rythmée

-Wow, wow, wow.

Lee Cooper !

Wow, wow, wow !

...

Ah, les frites !

Sophie chantonne.

...

*-Végétaline est fluide.

*Si fluide qu'aussitĂŽt sorties du bain,

*les frites s'égouttent rapidement,

*se sÚchent toutes seules, dorées, croustillantes.

-Celle-lĂ , regardez-la bien.

-Vous pensez quoi de la combinaison

verte Ă  gauche ?

-Je la trouve trĂšs bien.

-Moi aussi, elle doit pas ĂȘtre salissante.

-Ca me fait plaisir, je viens d'acheter la mĂȘme

pour mon travail.

*-Adolphe Lafont.

-Ma préféré !

-Banga ? C'est quoi, Banga ?

DANS BANGA, IL Y A DES FRUITS, JUSTE CE QU'IL FAUT.

DANS BANGA, IL Y A DE L'EAU, OUI,

MAIS PAS TROP.

IL Y A DES FRUITS, IL Y A DE L'EAU.

ON PEUT BOIRE A GOGO.

A GOGO DU BANGA !

BANGA, C'EST RIGOLO, ON N'EN BOIT JAMAIS TROP.

C'EST FRAIS, C'EST AUX FRUITS, C'EST BANGA !

Rires cocasses

Musique rebondissante

-C'est bon de se retrouver entre gens vraiment normaux.

...

Cliquetis de la machine à écrire

-Alain, mon chéri.

Le repas est servi. Sois gentil, va prévenir Armand.

-Bien, mon amour.

...

Armand, Armand !

-T'as besoin de moi ?

-Mais non, Ă  table.

Le premier arrivé, OK ?

Je compte : 1, 2, 3, partez !

...

Prem !

-Parfois, je suis un peu jaloux.

J'aimerais bien avoir un fauteuil comme le tien.

Je te le prĂȘte bientĂŽt, promis. -C'est gentil, merci.

...

-Bon appétit.

...

Cliquetis de machine à écrire

-Entrez.

...

-Bonsoir, M. Durieux. -Bonsoir, Mlle Yvette.

-VoilĂ , ma mĂšre voudrait souscrire une assurance vie.

Est-ce que vous pourriez me donner quelques renseignements ?

-Voici une documentation extrĂȘmement dĂ©taillĂ©e

qui prévoit tous les cas avec leur indemnisation.

Maladie, amputation,

incapacité permanente, partielle ou totale,

accident de la route, de chemin de fer, etc.

Tremblement de terre, inondations.

Donc vous verrez, c'est passionnant.

-Merci. Merci infiniment, M. Durieux.

...

-Pardon, Mlle Yvette.

-Oui, Monsieur Lebel ?

-Vous pouvez me dire pourquoi vous avez parlé

Ă  M. Durieux plutĂŽt qu'Ă  moi-mĂȘme ?

Bien, dites-moi la vérité, je vous mangerai pas.

Eh bien voilĂ , M. Durieux a l'air tellement heureux.

Il sourit tout le temps.

Ca inspire confiance et tout le monde sait

qu'il va bientĂŽt remplacer Giraud comme chef de secteur.

...

-Merci, Mlle.

...

Bah, tu vois ? Tu es plus fort que nous.

...

-Tu te laisses aller, c'est tout.

Regarde ta chemise, elle est sale.

Tu n'as pas mis les pieds chez le coiffeur depuis un mois.

...

Ah, tiens, tu commences à ressembler à ce que j'étais avant.

-Ah, ça, c'est vrai. Tandis que toi...

...

-Mon vieux, fais attention.

...

Si tu n'atteins pas ton chiffre d'affaires le mois prochain,

nous allons ĂȘtre obligĂ©s de nous sĂ©parer de toi.

-Je sais, je sais.

...

-Ecoute.

Ce soir, je suis invité chez des amis.

Il y aura des gens trĂšs sympathiques, viens.

Ca te changera les idées. -Oui, c'est ça, d'accord.

Musique joyeuse

...

-Merci d'ĂȘtre venu. Oh, formidable.

...

Exactement ce qu'il fallait pour ma télé. Venez.

...

Bon, je vous laisse.

...

-Je te remercie de m'avoir invité à un déménagement.

...

-Les amis,

si vous voulez piquer une petite tĂȘte dans la piscine

avant qu'on s'en aille, c'est le moment ou jamais.

-Je fais la bombe, je fais la bombe !

...

-On arrive, on arrive !

-Ah, tiens.

...

Je te présente Nicole,

la meilleure vendeuse que je connaisse, haut de gamme.

Si t'as besoin d'une collaboratrice performante, pense Ă  elle.

-Marc. -Bonjour, on se baigne ?

-J'ai pas de maillot. -Ah, ça.

...

-T'as raison,

elles sont sympathiques.

-Les amis, il est temps de partir !

DĂ©pĂȘchez-vous.

-On va au bal masqué ?

-Non, il vient de rentrer dans le service du nettoiement.

Enfin, il est éboueur.

-Bah, dis donc, ça rapporte, les ordures.

...

-Je suis heureuse que vous ayez

rencontré Sophie et que vous nous ayez joints.

On commence Ă  former une vraie famille, voyez.

Y a tout, parmi nous.

Ingénieurs, ouvriers,

industriels, avocats.

Il y a mĂȘme un flic.

-Et vous, quel est votre travail ? -Moi, je suis négociante.

Je vends des chaussures dépareillées sur les marchés.

-Ce n'est pas trop difficile ?

-Non, je choisis des quartiers minables.

Plus les gens sont pauvres, plus on a de chances de leur faire

prendre des vessies pour des lanternes.

-Voilà la représentante qu'il nous faut.

Elle a déjà l'esprit de la compagnie.

-Elle connaĂźt rien aux assurances.

-Si elle est peut fourguer des chaussures dépareillées,

elle peut tout vendre, mĂȘme une assurance vie.

...

-Elle est mignonne, n'est-ce pas ?

Et puis, tellement plus facile Ă  entretenir que l'autre,

pour un célibataire comme moi.

Et elle est Ă  2 pas de mon nouveau travail.

...

J'adore la soupe de choux et la salade de choux.

Je vais en planter des tas.

-Pour le dessert, vous devriez faire pousser des ananas, non ?

...

-Au Docteur Valois qui nous a apporté à tous le bonheur.

...

-Vous étiez tous à l'hÎpital ? -Oui.

...

-Allez, mange.

-Je te prends un bout de pain.

-Il ne faut jamais désespérer.

Armand, c'était un industriel à la manque

qui a fait faillite, maintenant, il a trouvé sa voie.

Regarde comme il est heureux.

Pour nous, l'avenir n'est jamais bouché.

Il y a toujours un espoir, mon vieux.

...

Tu n'as pas faim ? -Non, ça suffit.

Ou tu te fiches de moi, ou tu es complÚtement cinglé.

Mais vu l'ambiance générale,

j'opterais pour la seconde proposition.

Salut, vieux.

Mesdames.

-Mais qu'est-ce qu'il a, ton copain ?

-Ca ne va pas.

Je crois qu'il devrait voir le Docteur Valois.

-Ah, je comprends, il n'est pas flashé.

Je le trouvais un peu bizarre, aussi.

-Regardez... le soleil qui se lĂšve sur la montagne de verre.

Regardez comme elle brille.

...

-VoilĂ , nous zoomons de Charles vers Monsieur Durieux

sur le texte suivant, dites-le pour le minutage.

-D'accord. -Moteur.

-Ca tourne.

-Annonce. -Docteur Valois, 15, premiĂšre.

-Joëlle, à vous.

-Sans Charles le chimpanzé,

premier ĂȘtre vivant Ă  avoir Ă©tĂ© flashĂ©,

jamais M. Alain Durieux ne serait devenu,

en quelque sorte,

le premier explorateur du bonheur électronique.

-Coupez.

Parfait. C'était parfait.

Bon, maintenant, nous allons

passer Ă  l'interview du Docteur Valois.

Docteur, si vous voulez venir avec moi.

Jacquie, tu viens avec la caméra vidéo.

Le son, suis, s'il vous plaĂźt.

Les singes crient.

...

...

-J'espĂšre que vous ĂȘtes aussi comblĂ© que lui.

...

-Je n'ai pas Ă  me plaindre.

...

Vous ne trouvez pas qu'il a une attitude bizarre ?

-C'est Johnny, avant, il était chef de la bande.

Charles a pris sa place, il crĂšve de jalousie, c'est normal.

-Il ne va pas bien du tout.

-Si ça empire, on le flashera, voilà tout.

...

-Docteur Valois, 20, premiĂšre.

-Mme Durieux, avez-vous quelques mots Ă  ajouter ?

-Jamais je ne remercierai assez le Docteur Valois

pour le bonheur que j'ai enfin retrouvé dans mon foyer.

-Coupez, coupez.

TrĂšs bien, Madame, c'est parfait, parfait.

Mais souriez un peu.

...

Non, Madame.

Excusez-moi, vous allez recommencer.

Mais alors, avec un peu plus de douceur.

...

-Si je vous le fais en ménagÚre cochonne, vous aimez ?

-Parfait.

Parfait, c'est exactement ça.

...

-Mon Dieu, le plat d'Edith !

...

-Laissez-moi vous aider, Madame. -Non, merci, Docteur.

Vous avez déjà tant fait pour moi.

-Vous voulez qu'on arrĂȘte le tournage ?

-Non.

Jamais je n'oublierai ce bonheur

que j'ai enfin retrouvé dans mon foyer.

Je vais me changer.

...

-Je trouve votre femme bien nerveuse.

-Elle a perdu sa mĂšre il y a un mois.

Elle est encore trÚs affectée. Ah, je comprends, je suis désolé.

Encore merci, chÚre Madame, de votre hospitalité.

Vous avez été trÚs patiente.

-Docteur ?

...

Non, rien.

...

Viens, mon chéri, on va dßner. Pour de vrai, cette fois.

Je suis sûre que tu dois avoir faim.

...

Un peu d'eau, mon chéri ?

-Merci, mon amour.

...

-Veux-tu que je te pĂšle ta poire, mon amour ?

-Oui, merci.

...

Ce que tu es jolie comme ça.

Tu me rappelles la fille des petits pois Riquet.

Tu es formidable.

-Merci, mon amour.

Je croyais que je ressemblais Ă  la fille des saucisses Poppy.

-C'est vrai, tu as raison, les saucisses Poppy.

On est bien, hein ?

-Oui, on est bien.

On est bien.

On est bien.

On est bien, on est bien, on est bien.

On est bien ! On est bien ! On est bien ! On est bien !

On est bien !

-Il fallait que je l'arrĂȘte, elle allait se blesser la gorge.

-On est bien ! On est bien ! On est bien ! On est bien !

...

-Excuse-moi, ma chérie.

Le téléphone sonne.

...

AllĂŽ ? Oui.

Bon d'accord, M. Giraud.

Je comprends, je passe.

Oui, j'arrive.

SirĂšne d'ambulance

...

-Ah, voilĂ  notre nouveau chef de secteur qui accourt

dans sa puissante voiture !

Salut, Alain !

Ca me fait plaisir de te voir !

-D'abord Jeanne, maintenant Marc. Qu'avaient-ils tous ce soir-lĂ  ?

...

-Il faut arrĂȘter ça.

On s'approche, il menace de se jeter dans le vide.

Il va le faire. Quelle publicité pour la compagnie.

Votre suicide et voilà l'autre -Je vais arranger ça.

-Cette merveilleuse machine, Triumph-Adler !

-Pas la machine.

Mémoire, correction automatiques.

En l'honneur de notre ami Alain !

1, 2, 3 !

...

-Il est gonflé.

-Non, foutue.

-Vous ĂȘtes assurĂ© contre le bris de matĂ©riel.

-Pas quand il est provoqué par le personnel de l'entreprise.

-Vous oubliez l'article 55B du paragraphe 3 ter

qui concerne les cas de démence manifeste.

-Eh, Alain !

Tu viens me donner un coup de main ?

-J'arrive, j'arrive ! -Vous voyez ce que je vous disais ?

-D'accord.

...

-Qui est-ce ? -Moi.

-N'essayez pas de me tendre un piĂšge, sinon je tire.

...

Entre.

SirĂšne d'ambulance

VoilĂ .

Tu vois, moi aussi, je sais faire le vide.

C'est mieux, n'est-ce pas ?

...

Tant pis. Cigare ?

-Non, merci.

...

-C'est vrai, j'oubliais.

Tu ne bois plus, tu ne fumes plus, bien sûr.

Il est parfait, notre Alain.

Tout beau, tout neuf.

...

C'est affreux, ce machin-lĂ . Affreux.

...

Viens, aide-moi.

...

Allez, encore un effort. Un petit effort.

...

Quel silence, hein ? Quelle paix !

Tu vois, dans 2 minutes, le pĂšre Marc...

Il siffle. Ouh.

Et puis, plus rien.

-Mon vieux.

Tu devrais consulter le Docteur Valois.

-Oui, pour devenir comme toi et les autres.

-Jamais, je préfÚre me suicider, tu comprends ?

Seulement, moi, je ne veux pas me rater.

D'ailleurs, tiens, j'ai un petit conseil Ă  te demander.

Viens voir.

...

Tu vois lĂ  ?

-Si j'essaie de me jeter de lĂ ,

je risque de m'accrocher Ă  la lettre, tu vois ?

On m'accuserait de plagiat. Ca m'embĂȘterait beaucoup.

Qu'est-ce que t'en penses ?

...

-Bah, voilĂ . Si tu sautes d'ici...

...

En prenant bien ton élan, il n'y a aucun risque.

Ca marchera.

-Mais tu n'as pas peur que je te balance dans le vide ?

...

-Tu ne me détestes pas à ce point.

-Non, c'est vrai. Je ne peux mĂȘme pas te dĂ©tester.

On ne déteste pas

une machine.

...

Il soupire.

...

Pas d'attendrissement.

LĂ ...

...

Alors adieu, vieux, hein, mes amitiés à Jeanne.

-Marc.

Je crois que tu fais une erreur.

Je connais un moyen beaucoup plus efficace.

A tous les points de vue.

Viens.

Tu n'en es pas Ă  quelques minutes prĂšs.

Je sais que tu as une assurance sur la vie et que

Christiane et les enfants toucheront la prime.

MĂȘme en cas de suicide, puisque tu as signĂ© y a 2 ans.

Mais tu calcules mal.

Imagine.

Imagine que tu meures

dans un accident de voiture.

En cas d'accident de la circulation, il y a triplement

automatique du capital.

Ta veuve et tes enfants seront Ă  l'abri du besoin pour le restant

de leurs jours.

Ils auront de la peine, certes.

Mais pour eux, ça ne sera jamais aussi affreux qu'un suicide.

Moralement... Applaudissements

-Bravo, Alain, bravo. Tu es le meilleur.

La Rolls-Royce des vendeurs.

Si, si.

Tu as réussi à me vendre ma propre mort.

N'insiste pas, pas un mot de plus, tu m'as convaincu.

-J'en suis trĂšs heureux.

-Allons annoncer la bonne nouvelle.

Avoue, ça t'arrange bien, toi.

Et la compagnie, surtout.

Une mort discrĂšte, sans bavure, hein ?

...

-1, 2.

...

J'aimerais bien que cette fameuse ceinture d'Apollon se dessine.

Le téléphone sonne.

...

Aujourd'hui, j'en fais 40.

Des pas s'approchent.

1...

...

2... -Alain.

C'est affreux, Christian, il vient de m'appeler.

-Marc s'est tué

en voiture cette nuit.

Parfait.

Tout s'est déroulé comme je l'espérais.

7...

-Marc a eu un accident, il est mort.

Tu m'as entendue ? -Oui, oui.

9... Ca m'étonne pas.

10...

Il ne fonctionnait plus trĂšs bien ces derniers temps.

11... Heureusement...

12... Il avait une bonne assurance.

13...

Christiane et les enfants seront Ă  l'abri du besoin.

14...

Tu devrais faire cet exercice, c'est excellent pour le ventre.

15...

-C'est pas vrai. C'est pas vrai !

Mais c'est pas vrai !

...

-16...

17...

*Refrain publicitaire

*...

...

Carillon d'horloge

Bonjour, docteur.

Je voulais vous téléphoner à propos de Jeanne.

Elle ne fonctionne pas trĂšs bien, n'est-ce pas ?

-Vous l'entendez, docteur ?

Il parle de moi comme d'une machine.

Mais c'est lui, lĂ  ! C'est lui !

-Vous voyez, docteur, elle ne va pas bien du tout.

-Mais taisez-vous, tous les 2 !

VoilĂ , vous prendrez 2 pilules, 3 fois par jour.

Vous irez mieux.

-C'est lui que vous devriez soigner

avant qu'il ne soit trop tard.

-Vous ne croyez pas qu'il serait plus prudent de l'hospitaliser ?

...

-Docteur, je vous en prie. Tout ça, c'est votre faute.

-Allez, venez, venez !

...

C'est terrible ce qui est arrivé à votre ami, Marc Lebel.

J'ai l'impression que votre femme l'aimait beaucoup.

-Oui, sa mĂšre aussi, elle l'aimait Ă  sa maniĂšre.

Mais ils ne sont plus lĂ .

Ca ne sert Ă  rien de les regretter.

Je vous assure que la meilleure solution serait de flasher Jeanne.

-Je vais y réfléchir.

-Le patron vous a demandé, il veut vous voir immédiatement.

-Bon, j'y vais.

Sois gentille de t'occuper du client

avec qui j'avais rendez-vous.

Tu l'écoutes et tu dis non. -Je sais.

Je commence Ă  avoir l'habitude.

...

*-Tu vois, dans 2 minutes, le pĂšre Marc...

Il siffle.

*Ouh.

*Et puis, plus rien.

*-Mon vieux.

*Tu devrais consulter le Docteur Valois.

-Je vous avais prévenu : qui aime bien, espionne bien.

En plus du systÚme de sécurité vidéo,

j'ai un magnétophone branché en permanence.

Et ça, vous n'y avez pas pensé.

Vous voulez que je continue ?

-Oui, je trouve le rendu des voix exceptionnel.

*-Oui.

*Oui, pour devenir comme toi et les autres ?

*Jamais ! Je préfÚre me suicider, tu comprends ?

*Seulement moi, je ne veux pas me rater.

*D'ailleurs, tiens, j'ai un petit conseil Ă  te demander.

*-Vous m'indiquerez la marque des amplis,

*ça m'intéresse.

*-Si je me jette lĂ ,

*je risque de m'accrocher Ă  la lettre, tu vois ?

*-Vraiment. *-On m'accuserait de plagiat.

*Ca m'embĂȘterait beaucoup.

*Qu'est-ce que t'en penses ? *-Bah, voilĂ .

*Si tu sautes d'ici, en prenant bien ton élan...

-Quand je pense qu'il y en a 25 comme ça

qui se baladent dans la nature.

Qu'est-ce que je vais faire ?

Il rembobine l'enregistrement.

Qu'est-ce que je vais faire ?

*-En cas d'accident de la circulation,

*il y a triplement automatique du capital.

-Durieux, j'ai la preuve que vous avez voulu escroquer la compagnie.

Une bagatelle de 3 millions de francs.

-Ah oui.

C'est une bagatelle pour faire d'une mort gĂȘnante

une campagne de publicité bien vivante.

Imaginez un film sur l'enterrement de Marc Lebel.

Avec, à ses cÎtés,

le directeur et les cadres de la compagnie,

ses beaux enfants dans leur villa...

-Quoi ?

Il s'agit de la vie de...

-Je vous en prie, nous parlons affaires. Continuez.

-Et dire que c'est pour des salauds que j'aurai travaillé !

-Allons, Docteur ! M. Rousseau. Je vous en prie.

...

-C'est intéressant ce que vous me disiez,

nous en reparlerons plus tard.

Débarrassez-moi de lui, il ne va pas du tout. Il me fatigue.

-Salope, salope !

Dire que je peux pas lui casser la gueule !

-Ca c'est bien passé ? -TrÚs bien.

Tiens, bonjour, Docteur.

C'est gentil d'ĂȘtre venu nous voir. Vous avez l'air fatiguĂ©.

Vous voulez pas venir vous asseoir un peu ?

Le téléphone sonne.

...

-Ne vous mettez pas dans des états pareils.

...

Est-ce qu'on peut vous aider ?

...

-Vous me donneriez un coup de main ?

-Evidemment, aprĂšs tout ce que vous avez fait pour nous.

-Eh bien, voilĂ , je voudrais tous vous voir.

Enfin, tous ceux que j'ai flashés, le plus vite possible, à l'hÎpital.

Je sais que vous vous rencontrez souvent.

-J'appelle Sophie.

Je vous garantis qu'en moins de 2 heures,

on réunit tout le monde.

J'aimais bien la couleur de ces couloirs : fraise écrasée.

Ils étaient arrivés dans la salle de jeux de l'hÎpital.

-Bonjour, docteur.

-Bonjour, docteur.

-Bonjour, docteur. -Bonjour, docteur.

-Bonjour, docteur.

...

-Mes amis, merci.

Merci à tous d'avoir répondu si rapidement mon appel.

J'ai un problĂšme.

Et j'aimerais que vous m'aidiez à le résoudre.

-Nous ferons tout ce que nous pouvons,

vous le savez.

-Depuis un moment, j'ai été alerté

par des réactions de votre entourage.

C'est vrai, nous en avons parlé.

Les gens se comportent souvent, avec nous, de façon bizarre.

-J'ai bien réfléchi et je n'ai trouvé qu'un seul moyen

pour essayer de remédier à cet état de choses.

Vous mettre en observation dans cet hĂŽpital.

En somme, ce que vous nous proposez gentiment,

c'est de nous reboucler, parce qu'on est trop bien guéris.

-C'est un peu ça.

-Ca sera comme des vacances, c'est merveilleux.

...

Musique dansante

...

-Regardez comme tout est simple avec nous.

...

-Excuse-moi.

...

C'est Ă  nous. -Allez, docteur.

Vous pouvez pas refuser 2 fois une jolie fille.

...

Musique cacophonique

...

-Assez ! Assez, ça suffit, maintenant.

...

Je vous ai menti.

...

A tous.

...

Je dois m'absenter une heure environ, une urgence.

Essayez quand mĂȘme de m'attendre, ce ne sera pas long.

...

SirĂšne d'ambulance

-Il nous a guéris, mais c'est un paumé comme les autres.

-AllĂŽ, ici Grange, salut.

Avez-vous entendu parler de quelque chose de particulier

dans les SAMU ?

Oui ?

Les singes crient.

...

-Une bagarre, une bagarre !

...

-Vous, laissez-moi ! Tout ça, c'est votre faute.

Je m'en doutais. Avec vos expériences à la gomme.

Faites ce que vous voulez, mais touchez pas Ă  mes singes.

Plus jamais !

...

-J'adore ça.

-ArrĂȘtez ! Mais arrĂȘtez !

-Messieurs, je vous en prie, je vous en prie.

...

-J'avais dit de me prévenir à la moindre alerte !

-J'étais pas inquiÚte, on pouvait les flasher.

-Vous n'avez rien compris. C'est foutu.

Je ne peux plus rien faire.

Fichez le camp, mais fichez le camp, sale conne !

-Vous avez vu comme il me parle ? Il n'a pas de coeur, lui.

...

-Ne touchez plus jamais Ă  mes singes, vous entendez ?

...

-Voulez-vous que je leur demande de vous rejoindre Ă  l'hĂŽpital ?

-Non, merci, Joëlle. Pas aujourd'hui.

-Tu ne viens pas avec nous ? -Non, je reste avec lui.

Je voudrais quand mĂȘme savoir ce qu'il a dans la tĂȘte.

...

-Tiens, vous ĂȘtes lĂ , vous ?

C'est quand mĂȘme gentil de me tenir compagnie.

...

-Un scotch.

Un double, je crois que vous en avez besoin, docteur.

Et pour moi, un diabolo grenadine.

-Vous ĂȘtes un monstre sympathique, mais un monstre quand mĂȘme.

-Merci.

Musique mystérieuse

...

*-Feeling, feeling, le bas de l'an 2000.

-Voyez-vous, Alain, je crois que la seule chose Ă  faire,

ça serait de vous descendre tous.

Mais voilĂ , je suis mĂ©decin et oĂč irions-nous

si je devais supprimer tous les malades que je loupe.

*-Au Moyen-Orient, la guerre fait rage.

-Vous vous en foutez. Vous m'Ă©coutez mĂȘme pas.

*-Le flashage.

-C'est mon problĂšme, hein ?

-Regardez notre Ă©mission passe. Vous ĂȘtes rudement photogĂ©nique.

-Je m'en fous.

Ce que je peux m'en foutre, maintenant !

J'ai le recul pour ĂȘtre convaincu de l'efficacitĂ© du traitement.

Il va falloir que je fasse trÚs vite un démenti.

Ce sont les confrĂšres qui vont ĂȘtre contents.

*-Dans la coquette maison qu'habite le couple, en Franche-Comté.

*-Je ne savais plus ce qu'était une vie normale.

*J'avais perdu mon mari,

*c'était devenu un étranger.

*Je remercie le docteur Valois pour le bonheur...

-C'est vraiment la plus jolie femme que je connaisse.

-Vous avez raison, elle est trĂšs belle.

-Et sa peau.

Si vous caressiez sa peau, elle est douce.

-Docteur.

J'aimerais un autographe.

Bah oui, quoi, la télé.

...

Je suis une angoissée, docteur,

et votre méthode m'intéresse beaucoup.

Chaque fois que je vais au travail, j'ai une barre sur la poitrine.

Qu'en pensez-vous ?

-S'il vous plaĂźt, vous pouvez m'en signer un ?

Merci, tenez.

C'est vrai que vous ĂȘtes heureux tout le temps ?

MĂȘme dans les encombrements ?

Je suis chauffeur de taxi, alors avec les embouteillages

et les gaz...

-Docteur, c'est moi qui vous ai servi votre scotch.

Vous pouvez signer lĂ , s'il vous plaĂźt ?

Merci. Dites-moi, docteur...

C'est normal que je sois triste en fin de journée ?

-C'est comment d'ĂȘtre toujours heureux ?

-La seule femme que j'ai jamais aimée m'a quitté, m'a laissé.

Je ne peux plus oublier ses nichons.

-Je m'ennuie, je m'emmerde, je veux ĂȘtre heureux, moi !

Brouhaha

-Docteur, aidez-moi.

Je n'en peux plus, les motos toute la nuit.

-Mon mari m'a quittée, aidez-moi,

Aidez-moi.

-Vous savez, j'ai trop de responsabilités :

le téléphone, le télex, le répondeur.

-J'aime la campagne, mais mes pieds enflent,

je peux mĂȘme plus me promener.

...

-J'ai plus d'appétit.

Je dois travailler dans les heures de repas.

-Docteur, un rendez-vous, un rendez-vous.

Propos entremĂȘlĂ©s

...

-Juste un rendez-vous.

...

-Le docteur est fatigué.

On ira tous demain Ă  l'hĂŽpital.

...

Mais oui ! Mais oui, vous serez heureux vous aussi !

...

-Venez tous Ă  l'hĂŽpital, lundi.

...

Merci de m'avoir tiré de là.

-OĂč est-ce que je vous dĂ©pose, docteur ?

-Chez moi.

J'habite 87, Boulevard de l'Ouest, prĂšs du parc.

-Quel triomphe. Vous les avez vus ?

-C'est un désastre.

...

Eh oui, voilĂ  l'appartement de l'homme

qui voulait guérir l'humanité de son angoisse.

Un pauvre célibataire qui n'a jamais eu le temps

de s'occuper de lui-mĂȘme.

...

Vous connaissez Bacon ?

-Oui, j'avais exactement le mĂȘme, avant.

Je n'aime plus ça du tout.

-Vous avez raison.

...

Excusez-moi, je dois faire le ménage avant d'aller au ciel.

Fracas

Kafka.

Proust.

DostoĂŻevski.

Miller.

Trop triste, trop angoissé, tout ça.

Allez tous Ă  la poubelle !

...

La Bible.

Qu'est-ce que j'en ferai ?

"Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste,

"vanité des vanités, tout est vanité.

"Quel avantage revient-il Ă  l'homme de toute la peine

"qu'il se donne au soleil ?

"Une génération s'en va, une autre vient

"et la terre subsiste toujours."

C'est sinistre, ça.

Aux ordures, la Bible aux ordures !

Bach, Beethoven, Wagner, Verdi, Stravinsky, allez, hop !

...

Ah...

...

Musique rythmée

VoilĂ , c'est une musique que vous devriez aimer.

...

-Vous savez, docteur, j'obtiendrai peut-ĂȘtre

des autres qu'ils acceptent

de se laisser enfermer Ă  l'hĂŽpital.

AprĂšs tout, on est bien n'importe oĂč.

-Merci, merci.

...

Ca me touche beaucoup, mais c'est trop tard.

...

Ici, ce sera parfait avec l'installation du flashage

dans le fond, allez, venez.

C'est simple, vous avez juste Ă  appuyer

sur ce bouton.

Vous ĂȘtes prĂȘt ? -Oui, je suis prĂȘt, docteur.

-Allez, démarrez, démarrez !

Aujourd'hui, j'ai décidé de me flasher

parce que je n'ai pas le choix.

-Docteur...

Je suis tellement content, vous allez nous rejoindre enfin.

-Merci, mais recommençons, vite, je vous en prie.

Aujourd'hui,

j'ai décidé de me flasher, parce que je n'ai pas le choix.

C'est comme un suicide, mais en plus lĂąche.

On me regardera, là, sur cet écran...

et on se moquera de moi.

*On ne comprendra pas pourquoi je voulais interdire

*cette merveilleuse méthode

*que j'avais inventée.

*Les gens se battront, renonceront Ă  eux-mĂȘmes

*pour accéder à ce...

Vous m'entendez ? Je déraillais complÚtement.

-Ca doit ĂȘtre ça, l'angoisse.

J'arrive mĂȘme plus Ă  sentir ce que c'Ă©tait.

Jeanne, tu t'en souviens ?

-Non.

Heureusement.

C'est si loin, tout ça.

*-J'ai peur.

*Je veux pas ĂȘtre

*le dernier homme Ă  prĂȘcher...

-Ce que tu Ă©tais barbant ! *-J'aimerais pas ĂȘtre celui qui...

-DĂ©pĂȘche-toi, c'est dans une heure.

-J'ai presque fini, aprĂšs son flashage.

-A bientÎt. -Tu n'assistes pas la cérémonie ?

-Je travaille trĂšs tĂŽt matin, je vais faire une sieste.

Je te verrai à la télé, ce sera encore mieux.

...

Cliquetis de la machine à écrire

-Quand nous sommes sortis de l'hĂŽpital,

tĂŽt le matin, Pierre rayonnait de bonheur.

C'était un autre homme.

-Dieu, comme je me sens bien.

Et dire que j'aurais pu passer à cÎté de ça.

-Vous voyez.

On vous l'avait assez répété, pourtant.

Maintenant, Docteur, il faut s'occuper de Jeanne.

...

-Pour une surprise, ce sera une surprise.

-Une fois remise au point, vous verrez, ma femme,

c'est le haut de gamme.

-Oui, oui.

C'est vrai que sa peau est si douce ?

-Je n'en ai jamais trouvé une comme la sienne.

-Tu me mets l'eau Ă  la bouche. Tu permets que je te tutoie ?

-Oui, bien sûr. Elle te plaßt, ma femme ?

-Oui, beaucoup. -Tu sais, tu pourras l'essayer.

Quand tu l'auras guérie, évidemment.

-Tu es trĂšs gentil.

-Pourvu qu'elle soit lĂ .

...

Jeanne !

Jeanne ?

Devine avec qui je suis venu.

...

-Bonjour, Jeanne.

-Bonjour, docteur.

-Vous pouvez m'appeler Pierre.

-Un peu de café ?

-Oui, merci. -C'est une bonne idée.

-J'en ai pour une minute.

...

-C'est peut-ĂȘtre le moment.

...

-Qu'est-ce que vous avez ?

-Rien. Rien, on est bien.

N'est-ce pas qu'on est bien, Alain ?

-Oui.

...

-Non !

Non ! Non !

Non.

-Jeanne.

-Non.

...

-Ma chérie.

-Non !

-C'est pour ton bien.

Le docteur va te guérir.

-Non. -On va t'emmener Ă  l'hĂŽpital.

-Je veux pas ĂȘtre heureuse.

...

Non !

Ah !

-Jeanne.

...

-Ne m'approche pas. Ne m'approche pas.

Ne m'approche pas ! Ah !

...

Mon amour, tu as mal ?

-Non, pas trop. Ca va passer.

Pierre.

Appelle une ambulance.

Il faut vite s'occuper de nous.

...

N'est-ce pas, Pierre, que j'avais raison ?

-Oui, elle est merveilleuse.

Comment te sens-tu ?

-Ca va.

J'ai les jambes en coton, mais ça va.

-Tu es guéri, Alain.

Mais tes jambes resteront paralysées.

Pierre t'a déjà commandé un fauteuil roulant électronique.

-Oui et ce qu'il y a de mieux. La formule 1 des fauteuils.

-Vous dĂźtes les 2 jambes ?

Alors ça fait une incapacité d'au moins 70%.

Tu sais, ma chérie, contre la prime

et la rente de mon assurance accident,

on est tranquilles pour trĂšs longtemps.

-C'est formidable, mon amour.

Tu vas rester souvent Ă  la maison, je vais encore t'avoir plus Ă  moi.

...

-Ils viennent tous se faire flasher.

La sécurité sociale a donné son accord

pour le remboursement.

Autant de personnes qui n'encombreront pas

les services par des maladies imaginaires.

-En vertu des pouvoirs qui me sont conférés

et au nom du Président de la République,

je vous remets, professeur Pierre Valois,

la médaille d'officier dans l'Ordre de la Légion d'honneur.

Applaudissements

...

Notre gouvernement a tenu également à témoigner

sa reconnaissance Ă  celui sans qui rien non plus

n'eut été possible.

A l'homme qui fut le premier explorateur

d'un bonheur nouveau.

Au nom du Président de la République,

je vous remets, Alain Durieux, la médaille de Chevalier

dans l'Ordre national du mérite.

...

-Monsieur le maire, Mesdames, Messieurs, encore merci Ă  tous.

Mais je ne voudrais pas que cette cérémonie se termine

sans vous donner la primeur d'une information qui viendra,

je le pense,

prolonger notre joie Ă  tous.

Je vais demander au Docteur Joëlle Mallet de s'approcher.

Vous reconnaissez sans doute tous notre ami Charles.

Eh bien,

Charles a eu un enfant, Frédéric, qui est ùgé de 6 mois, maintenant.

Depuis sa naissance, le docteur Mallet

et moi-mĂȘme l'avons soumis Ă  de nombreux examens et tests.

Aujourd'hui, nous pouvons annoncer avec certitude

qu'il y a transmissibilité génétique du flashage.

Ce qui signifie que toutes les personnes flashées,

et heureusement, il y en a chaque jour

de plus en plus,

transmettrons à leur descendance ce parfait équilibre mental

que leur confÚre notre thérapeutique.

Et Frédéric nous confirme ainsi l'avÚnement d'une humanité

nouvelle, qui saura vivre naturellement dans le bonheur.

...

-Tu as vu comme la couleur de ton nouveau complet

s'harmonise bien avec le tissu de ton fauteuil ?

Je l'ai choisie exprÚs. -Merci, ma chérie.

-Tu veux que je laisse la lumiĂšre ?

-Non, mon amour, ce soir, je préfÚre que tu éteignes.

Clapotis de l'eau

...

...

Gémissements

...

Clapotis de l'eau

...

-On est bien, hein ?

-Oui.

Comme des bĂȘtes.

Musique jazz

...

Sous-titrage : BLEU OUEST

...

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