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Oedipe Roi
THEBES
Comme elle est �l�gante
- Bonjour - Bonjour
- Comment allez vous ? - Bien
Tu es n� pour prendre ma place dans ce monde,
Me rejeter dans le n�ant,
Me voler ce qui m'appartient.
J'arrive Madame
C'est elle que tu me voleras en premier.
Elle, la femme que j'aime.
D'ailleurs, tu me voles d�j� son amour.
Il dort.
Partons
Arr�tes
Maman !
Tes pieds sont tout enfl�s ! Ficel�s si serr�s...
Ne pleure pas...
.
Qu'est-ce que c'est ?
Je l'ai trouv� sur le mont Cith�ron
Fils de la Fortune.
Je l'ai trouv� l�-bas. Il pleurait, alors je l'ai pris...
Donne-le-moi, animal !
Fils de la Fortune.
Voyez, il crie comme un agneau.
Un jour, ce Fils de la Fortune sera roi de Corinthe.
Reine !
Reine, regarde !
Le roi ! Le roi !
- Reine ! - Le Roi !
Le roi ! Le roi !
Regarde ce que je t'am�ne.
Un don des dieux !
Il est beau, ses yeux sont deux �toiles.
Pourquoi ce regard...
Si triste et si grave ? R�jouis-toi.
Remercie les dieux. Nous avons un fils.
Donne-le-moi. Tu le tiens mal. Tu veux le tuer ?
Un peu de d�licatesse, de douceur...
Viens, "petits pieds enfl�s"!
Petit �dipe, mon fils...
J'ai gagn� !
C'est moi qui ai gagn�,
J'ai gagn� ! Couronne-moi.
�dipe a pouss� le disque. Regardez la marque sur le sol !
Abandonn� !
Fils de la Fortune. Abandonn� par ton p�re et ta m�re !
M�re...
J'ai fait un cauchemar dont je ne me souviens plus.
Je me suis �veill� en pleurs, tremblant comme un enfant.
Les dieux essayaient de me dire quelque chose.
Mais � quoi bon si je ne m'en souviens pas ?
Si je ne peux pas m'en souvenir ?
Je suis rest� �veill� jusqu'� l'aube.
Frissonnant dans la p�nombre et le silence.
M�re, p�re
Je veux aller � Delphes consulter l'oracle d'Apollon
Pour conna�tre la signification de ce r�ve.
Bien sur mon fils
Tout le monde fait ce p�lerinage au sanctuaire d'Apollon.
Les riches comme les pauvres veulent comprendre leurs r�ves.
Et tu ne l'a pas encore fait
C'est merveilleux.
Plus jeune, j'y suis all�e avec ton p�re.
C'�tait bien, tu te souviens ?
C'est une c�r�monie plus splendide que les n�tres.
Si tu veux y aller...
Vas-y. Tu auras la plus belle escorte qu'on puisse r�ver.
Non, p�re, je veux y aller seul.
Oui, bien sur, notre fils a raison.
Les dieux refusent l'�clat des richesses.
Quand pars-tu ?
- Demain, � l'aube. - Si vite ? Pourquoi ?
Pourquoi attendre ?
Je ne veux plus que ce cauchemar me hante.
Ne pleure pas, maman. Je reviendrai vite.
Adieu, mon fils. Bon voyage
Adieu, "petits pieds enfl�s".
Adieu, P�re. Adieu M�re
CORINTHE
Il est �crit que tu tueras ton p�re
Et que tu feras l'amour avec ta m�re.
As-tu bien compris ? Il est �crit dans ta destin�e
Que tu tueras ton p�re et coucheras avec ta m�re.
Ainsi parlent les dieux. C'est in�vitable.
Maintenant va-t'en.
Ne contamine pas ces gens par ta pr�sence.
O� t'en vas tu ma jeunesse ? O� t'en vas tu ma vie ?
Ote-toi de ma route !
Ote-toi de ma route, mis�rable !
Prends garde !
Ote toi de la route ! Gare � toi !
Dis, que se passe-t-il ?
Pourquoi ces braves gens quittent-ils la ville ?
Pourquoi campent-ils ici comme des nomades ?
Le sais-tu ?
Moi ? Je suis le messager, j'apporte les nouvelles..
Il est normal que je sache.
Et alors ?
Viens avec moi.
Voil� Tir�sias, le proph�te.
Tes concitoyens souffrent et pleurent...
Luttant pour leur salut.
Et toi, aveugle et solitaire, tu chantes.
Je souhaiterais te servir !
Ton chant te place au-del� du destin.
La voil�, l�-haut. La plaie de notre ville...
Elle est sortie de l'ab�me pour nous faire peur.
Nous �tions si heureux.
Qui aurait pu imaginer �a ?
Personne n'a le courage de la rejeter dans l'ab�me.
Celui qui oserait deviendrait l'�poux de Jocaste.
Reine de Th�bes...
Notre ville est perdue.
Tous quittent la ville. A quoi bon rester ?
O� vas-tu ?
N'y va pas, �a ne sert � rien !
Tu mourras !
Que fais-tu ? Reviens !
Reviens !
Une �nigme assombrit ta vie. Quelle est-elle ?
Je ne veux pas savoir.
C'est inutile !
Je ne veux pas te voir
Je ne veux pas te voir. Je ne veux pas t'entendre.
L'ab�me dans lequel tu veux me rejeter est au plus profond de toi.
Le sphinx est mort !
Venez !
Le sphinx est mort !
Le sphinx est mort !
Le sphinx est mort !
Viens voir, Cr�on ! Viens voir, la reine !
Qui a vaincu le Sphinx �pouse notre reine.
Tu seras roi !
Viens !
La voil�.
Mon amour.
Si mes fr�res et moi venons ici t'implorer,
Ce n'est pas que nous te prenions pour un Dieu.
D�s ton arriv�e dans la cit�,
Tu nous as d�livr� du Sphinx.
Ce n'est pas que tu sois plus �rudit que nous.
Tu avais les dieux avec toi.
�dipe, notre roi, nous t'implorons � genoux,
Trouve un rem�de avec l'aide des dieux ou de mortels comme nous.
Tu es le meilleur d'entre nous.
Redonne-nous la vie.
Fasse que nous ne gardions pas le souvenir
D'un roi qui nous a sauv�s... pour mieux nous perdre.
Ne croyez pas que j'ignore votre tourment,
Malheureux sujets.
Je sais combien vous souffrez.
Votre souffrance n'�gale pas la mienne.
Quand votre peine vous atteint idividuellemnt
Ma peine, elle, est celle de tous, la mienne et la v�tre.
Vous ne m'avez pas �veill�.
Je ne dormais pas, je pleurais.
Cherchant le moyen d'�chapper � cette plaie.
Il n'y a qu'un seul rem�de. Je l'ai adopt�.
J'ai envoy� Cr�on au sanctuaire d'Apollon.
Pour savoir ce qu'il convient de faire.
Cr�on est parti depuis si longtemps !
Je suis inquiet.
Que fait-il ?
Pourquoi reste-t-il si longtemps ?
Pourquoi n'est il pas encore revenu ?
Cr�on est aux portes de la ville.
Dieu, si seulement il nous apportait le salut !
Cr�on, fr�re de ma femme, mon ami.
Quelles nouvelles nous apportes-tu ?
De bonnes nouvelles !
Les choses les plus terribles peuvent se terminer bien.
Mais la r�ponse, quelle est la r�ponse ?
Dois-je la dire ici devant tous ou � toi seul ?
Devant tout le monde.
C'est pour eux que je me tourmente.
"Pour vaincre l'�pid�mie qui accable Th�bes,"
Il faut que l'homme qui la contamine, quitte cette ville...
Quelle est la punition qu'il faut lui infliger ?
Il doit �tre exil� ou mis � mort.
C'est un meurtre qui est � l'origine de nos malheurs.
Qui a �t� tu� ?
La�us, celui qui fut roi avant toi.
Je sais...
bien que je ne l'aie pas connu.
Le Dieu exige que son meurtrier soit ch�ti�.
Comment d�couvrir cet assassin ?
Comment retrouver les traces d'un crime commis il y a si longtemps ?
"Ici", a dit le Dieu.
"Ici"...Et il a ajout� :
"Ce que l'on refuse de voir n'existe pas",
"Alors que ce que l'on admet",
"Existe".
La�us a-t-il �t� tu� dans son palais ?
Ou en campagne ? En un pays lointain ?
Il �tait parti au sanctuaire d'Apollon,
Et n'en est pas revenu.
N'y eut-il donc personne
Pour t�moigner du crime ?
Seul un homme en r�chappa.
Et il ne donna qu'un indice.
Lequel ? Tant de choses peuvent d�couler d'une seule.
D'autres rumeurs nous sont parvenues.
Lesquelles ?
Que le roi ne fut pas tu� par des bandits mais par un voyageur.
Qui peut t�moigner ?
Le seul t�moin vivant.
S'il prend peur, il parlera.
Voici la d�cision
De votre roi :
Celui qui sait qui a tu� La�us doit parler.
M�me si les mots servent � l'accuser.
Celui qui sait et se tait
Ne sera ni re�u ni �cout� par quiconque
Ici, dans mon royaume.
Cette terre qui est mienne.
Je vengerai le roi assassin�... comme s'il s'agissait de mon p�re.
Puisque j'ai h�rit� de son pouvoir,
Que ses terres et sa femme m'appartiennent.
Mon amour
Tiresias ! Tu es l� !
Je t'ai fait venir et par toi
JE SAURAI TOUT
Qu'il est horrible de savoir !
Lorsque ce n'est d'aucune utilit� pour celui qui sait.
Je savais...
Mais j'ai pr�f�r� oublier.
Autrement, je ne serais jamais venu ici.
Quelle est ta crainte ?
Laisse-moi repartir.
Je t'en supplie, �coute-moi.
Ce sera moins p�nible pour nous.
Non, il est de ton devoir de parler.
Ces mots ne te seront d'aucune utilit�.
Reste !
Tu sais !
Nous t'implorons tous, mes sujets et moi.
Vous �tes tous fous.
Je ne parlerai pas. Je ne d�voilerai pas tes crimes.
Tu sais, et ne dis mot ! Tu veux la perte de notre cit� ?
Tu es insensible.
Tu me fais des reproches,
Me reproches ma nature m�me.
Et tu ne veux pas juger de ta propre nature.
Tes mots sont une offense, au roi et � la ville.
Les faits parleront d'eux-m�mes.
M�me si je me tais.
Pour cette raison tu dois parler !
J'en ai d�j� trop dit.
Rien ne sert d'exhaler ta col�re.
Ah oui !
Sache ce que je pense
Je pense que tu as fomenter ce crime !
Et que si tu n'�tais aveugle, tu aurais tu� de tes mains.
Voil� donc ta pens�e...
Je vais tout dire.
Ob�is au jugement que tu as prononc�.
Et ne reste plus une minute parmi nous.
Parce que c'est toi, qui contamine notre pays.
Et j'ajouterai encore
que tu es l'assassin que tu recherches.
Et tu ignores avoir une liaison scandaleuse
Avec les �tres qui te sont les plus chers.
Tu ne veux pas voir, le mal que tu portes en toi.
Crois-tu sortir indemne apr�s de telles paroles ?
Je suis � l'abri.
J'ai la v�rit� avec moi.
Une v�rit� pour tous, un mensonge pour toi.
Ton esprit est aussi aveugle que ton regard.
Malheureux !
Tu m'insultes.
Comme tous bient�t t'insulteront.
Qui a organis� tout cela, toi ou Cr�on ?
Richesse, puissance...
Cette vie fait na�tre l'envie, alors qu'elle n'est que lutte.
Cela � cause du pouvoir qui m'a �t� confi�. Je ne l'ai pas demand�.
M�me Cr�on, ami de toujours, veut me renverser.
Cr�on, oui. Il veut prendre ma place.
Il m'envoie ce vieux charlatant
Ce mendiant qui ne voit que l'argent.
Mais reste aveugle dans son art.
Bien que tu sois le roi...
Je pourrais te r�pondre avec �gale franchise
Si je le voulais
Je ne d�pends pas de toi,
Mais de Dieu.
Et, puisque
Il te para�t juste
De salir mon grand �ge et ma c�cit�.
Laisse-moi te dire ceci :
Tu as beau chercher,
Tu ne vois pas le mal et la honte que tu portes en toi.
Sais-tu qui t'a donn� la vie ?
Sais-tu que les tiens, te maudissent ?
Un jour tu ne verras plus que l'obscurit�.
Alors, combien tu hurleras.
Quand tu comprendras finalement.
Comment, et avec qui, tu t'es mari�. Fils de la Fortune...
C'est ainsi que tu t'adresses � moi ?
Vas t'en !
Qu'est-ce que t'attends ?
Je ne veux plus te voir
Ni t'entendre.
Je suis ici parce que tu m'as fait venir.
Je ne l'aurais jamais fait !
Si j'avais su devoir entendre tant de folies.
C'est notre destin�e.
Nous sommes fous � tes yeux.
Sages aux yeux de ceux qui t'ont mis au monde.
Pardon ? Qui m'a mis au monde ?
Partons.
Guide mes pas.
Oui, va. Disparais
Avec mes tourments.
Je m'en vais.
Mais avant, il me reste � te dire tout ce que je sais.
Ecoute...
Ecoute...
L'homme que tu recherches,
Par des menaces et des ordres,
Tu es ici, un �tranger, pour tous.
Mais originaire de Th�bes.
Ne crois pas que cette d�couverte le r�jouira.
Parce que, aveugle et mendiant,
Il sera oblig� de quitter Th�bes et deviendra
Tout comme moi, joueur de fl�te.
On d�couvrira
Qu'il est � la fois fr�re et p�re de ses enfants.
Fils et mari de sa m�re.
Qu'il a �t� uni...
A la femme qui fut celle de son p�re.
Et que lui seul est l'assassin de son p�re.
Oedipe refuse de reconna�tre sa culpabilit�
et rejette la faute sur son peuple
Tiens, voyez qui s'avance.
Comment oses-tu entrer dans ma maison ?
Toi qui veux m'�liminer et me prendre mon royaume ?
Es-tu venu car tu me crois fou et m�chant ?
Le pouvoir et le peuple sont de mon c�t�.
Tu n'as rien.
Ne me dis pas que tu es innocent.
Que tu n'as que de bonnes intentions � mon �gars.
Tu m'as incit� � questionner Tir�sias.
- Combien de temps a pass� depuis La�us... - La�us...
Depuis que La�us a disparu, sans laisser de traces ?
Tr�s longtemps.
Et Tir�sias ? N'a-t-il pas fait de proph�ties ?
Oui, et il avait l'estime de tous.
A-t-il jamais parl� de moi...
Dans ses pr�dictions ?
Pas en ma pr�sence.
Alors...
Qui a tu� La�us, ton roi ?
Et tu n'as jamais cherch� � savoir.
Certes oui, mais en vain.
Dans ce cas, pourquoi Tir�sias n'a-t-il rien dit ?
- Je ne sais pas. - Tu ne sais pas !
Et vous n'�tiez pas d'accord tous les deux ?
Quand il a dit que je suis le meurtrier recherch� ?
- Est-ce que ta femme n'est pas ma s�ur ? - Ta s�ur ?
Naturellement !
Et tu partages le tr�ne avec elle ?
Oui, nous le partageons.
Et avec moi aussi...
Que me manque-t-il ?
Je ne veux pas �tre roi.
Il me suffit de vivre comme un roi.
Tu me donnes tout ce que je d�sire, sans effort, sans souci.
Si j'�tais roi au contraire,
Je devrais agir sous la contrainte.
Une vie d'anxi�t� et de responsabilit�.
Je ne suis pas fou au point de d�sirer une autre situation.
Va au sanctuaire d'Apollon. V�rifie par toi-m�me,
Si j'ai invent� cette histoire avec Tir�sias.
Si je l'ai fait,
Condamne-moi, tu seras dans ton droit.
Ta sentence ne sera pas l'exil, mais la mort.
La mort !
Ce probl�me viens du coeur, pour de bonnes raisons
Tu ne peux pas accepter ta victoire
- C'est faux - Tu ments !
Si tu ne veux pas comprendre...
Dans ce cas, tu peux partir.
Je ne le fais pas pour lui, mais pour vous.
En te laissant aller, je me condamne moi-m�me.
Tu c�des � contrec�ur. Pourquoi ?
Va-t'en !
Va-t'en ! Qu'attends-tu pour partir ?
Pourquoi ?
Pourquoi... Cr�on et toi ?
Parce que ton fr�re m'accuse d'�tre l'assassin de La�us.
Voil� pouquoi
Agit-il seul ? Ou d'autres le poussent-ils � t'accuser ?
Il a amen� Tir�sias. Et Tir�sias m'accuse.
Il dit �tre innocent.
Si cela t'inqui�te, rassure-toi.
Aucun homme ne peut s'�riger en proph�te.
Ecoute-moi et dis-moi si j'ai tort.
Un jour, parvint � mon mari, le roi La�us.
Une proph�tie.
Elle disait qu'il serait tu� par un de ses fils.
Dont je serais la m�re.
Et pourtant il fut tu� par une bande de voleurs,
Au croisement de trois routes.
Sache aussi
Que La�us chargea quelqu'un d'emmener notre fils,
De lui lier les pieds,
De le jeter du haut d'une montagne.
O� il mourut.
Tu vois � quel point les proph�ties sont des mensonges.
Il n'y a rien � craindre, crois-moi.
Si Dieu veut r�v�ler ses intentions, il le fait...
Clairement et sans interm�diaires.
Si seulement, tu savais combien tes mots me terrifient !
De quoi as-tu peur ?
La�us a �t� tu� � un croisement.
Oui, c'est ce qu'on a dit.
O� est cet endroit ?
Sur la route du sanctuaire d'Apollon.
Quand est-ce arriv� ?
L'annonce de sa mort nous est parvenue un peu avant...
Que tu n'arrives � Th�bes.
Dieu, que veux-tu de moi !
Je ne comprends pas pourquoi tu t'int�resses tant
� toutes ces choses.
Ne me demande rien.
Comment �tait La�us, alors ? Quel �ge avait-il ?
Grand. Il portait une longue barbe.
Il te ressemblait.
Alors c'est peut-�tre vrai. Je me suis maudit.
Pourquoi as-tu peur d'�tre l'amant de ta m�re ?
Tant d'hommes ont r�v� de l'�tre, dans leurs songes.
Et ont v�cu dans l'angoisse ?
Pourtant la v�rit� doit surgir...
Je crains que l'aveugle Tir�sias n'ait dit la v�rit�.
Dis-moi, La�us voyageait-il seul
Ou avec une escorte ?
Il n'avait que cinq hommes.
Quatre soldats, un esclave, et un seul chariot.
Qui te l'a dit ?
L'esclave, seul survivant.
Vit-il encore ici ?
Quand il te vit sur le tr�ne de La�us,
Il m'implora de l'envoyer faire pa�tre nos troupeaux
aussi loin de Th�bes que possible.
Je le fis. Il �tait fid�le et il le m�ritait.
Pourquoi ces questions ?
Ne me demande plus rien. J'en ai trop dit.
Je crains d'avoir parl� sans le vouloir.
Mon p�re est Polybe, roi de Corinthe !
Ma m�re est M�rope !
Un gar�on que j'avais offens� me traita d'enfant trouv� !
Je n'ai pu me taire.
J'interrogeais mes parents.
Ils furent choqu�s par cette insulte.
Je voyais qu'ils �taient sinc�res.
Des doutes subsistaient, pourtant, dans mon esprit.
Je d�cidai alors de me rendre au sanctuaire d'Apollon.
Les dieux ne me donn�rent pas de r�ponse.
Mais au contraire, ils me dirent des choses effroyables.
Ils me r�v�l�rent que mon destin �tait de faire l'amour avec ma m�re.
Tais toi !
Et d'avoir d'elle des enfants monstrueux !
Ils me r�v�l�rent que mon destin
�tait d'assassiner mon p�re.
Sous le coup de telles proph�ties,
comment avoir le courage de retourner chez moi...
- Je ne veux pas t'entendre ! - � Corinthe
Je ne veux plus t'entendre !
On doit le dire
Pauvre Oedipe !
Puisses tu ne jamais savoir qui tu es !
J'allais au hasard, loin de Corinthe.
Et � un croisement, il y avait un homme
Dans un chariot, escort� de quatre gardes et d'un esclave.
Un combat s'engagea. Je tuai les gardes.
Pourquoi parler ?
Et l'homme qui m'avait insult�...
Qui m'avait insult� avec tant d'arrogance,
Avec la d�termination
De me montrer sa sup�riorit�.
S'il existe la moindre ressemblance entre La�us et lui...
Alors, moi...
M�re.
Je vais prier.
Je vais prier les dieux dans leur temple.
�dipe est boulevers� par le chagrin et ne raisonne plus sagement.
Il en arrive � croire tout ce qu'on lui a dit.
Je vais prier pour nous tous.
Car nous sommes tous accabl�s
De voir notre guide
Devenu fou de terreur.
J'arrive dans votre ville pour parler � �dipe.
Je suis son �pouse.
Qu'est-ce que tu veux ? Lui parler de quoi ?
Je vous apporte de bonnes nouvelles.
Quelles nouvelles ? Qui t'envoie ?
J'arrive de Corinthe avec d'heureuses nouvelles
Et peut-�tre aussi du chagrin.
Parle !
A Corinthe, le peuple souhaite �lire �dipe roi.
Le vieux Polybe, n'est-il pas leur roi ?
Il l'�tait.
Il est mort
Et repose dans sa tombe.
- Est-ce bien lui ? - Oui.
Regarde-moi, r�ponds-moi.
Tu �tais l'esclave de La�us.
Que faisais-tu ?
Berger.
O� les conduisais-tu ?
Sur le mont Cith�ron.
Pr�s de l�.
Tu l'as rencontr� ?
De qui parles-tu ?
De lui ! Le connais-tu ?
J'essaie de me souvenir.
Mais je ne pense pas l'avoir d�j� vu.
C'est normal...
Il y a si longtemps...
Et pourtant...
Nous avons pass� ensemble trois saisons !
Si tu peux dire la verit� apr�s tant d'ann�es
Un jour j'ai trouv� un b�b� et tu y �tais.
Que dis-tu ?
Pourquoi me poses-tu ces questions ?
Le b�b� que j'ai trouv� �tait �dipe, votre roi.
Ce ne sont que des histoires !
Des inepties !
Non, il a raison.
Ce que tu dis est faux !
Prends garde !
Pourquoi, O roi ? Que me reproches-tu ?
De te taire.
De te taire au sujet de cet enfant.
Je ne sais rien. Que faut-il que je dise ?
On te forcera � parler. Prends garde !
Je suis vieux. Un pauvre viel homme
Attrapez-le, attachez-le !
Mais que veux-tu savoir ?
Alors,
As-tu ou non port� l'enfant sur la montagne ?
Oui.
Si seulement il avait pu y mourir.
D'o� venait-il ?
Etait-il ou non, ton fils ?
Ce n'�tait pas mon fils.
Des gens me l'avaient confi�.
Qui �taient ces gens ?
Au nom de Dieu, non !
Parle ou tu es un homme mort !
C'�tait le fils de La�us.
Etait-ce son esclave ou son fils ?
C'est une question � laquelle je ne peux r�pondre.
Et c'est cela que je ne peux entendre.
Mais il le faut.
C'�tait son propre fils.
Personne n'est plus au courant que Jocaste. Ta femme.
Elle te l'a confi� ?
Oui, elle me l'a confi�.
Quels �taient ses ordres ?
Le tuer.
Pourquoi cela ?
Certaines proph�ties la terrifiaient.
Les quelles ?
Qu'il tuerait ses parents.
Pourquoi l'as-tu laiss� vivre ?
Par piti�.
D�sormais tout est clair. D�cid�.
Et non pas impos� par le destin.
Ainsi je ne verrai plus le mal caus� par moi et dont je souffre.
Dans le noir, je ne verrai plus ceux que je n'aurais jamais d� voir.
Je ne reconna�trai plus ceux que je cherchais � conna�tre.
J'aurais d� me percer les tympans.
Pour mieux renfermer mon malheureux corps en lui-m�me.
Et ne plus jamais rien voir ni entendre.
Qu'il est doux d'avoir l'esprit hors du mal.
Vite, emmenez-moi d'ici.
Emmenez cet homme qui vous fait peur.
Il ne faut pas parler des choses impures.
Ne pas parler, ne pas t�moigner. Se taire !
Cachez-moi, bannissez-moi de ce pays !
Jetez-moi l� o� l'on ne pourra plus jamais me voir.
Angelo.
Angelo. Angelo !
Angelo. Angelo !
O� sommes-nous ?
Dans la campagne, des arbres sont align�s.
La brume se l�ve, il y a une prairie tr�s verte.
O Lumi�re que je ne peux plus voir...
Qui fut mienne, un jour.
Illumine-moi une derni�re fois.
Je suis arriv�.
La vie s'ach�ve toujours o� elle a commenc�.
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