All language subtitles for Yolanda et le Voleur (Vincente Minnelli_ 1945)

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Original subtitles

YOLANDA ET LE VOLEUR

Messieurs, veuillez faire silence.

Attendez !

Excusez mon retard, maître. Dois-je être puni ?

Nous sommes stricts, ici, Enrico. Êtes-vous vraiment en retard ?

Puisque le soleil a dépassé la montagne,

je pense que oui.

D'où je suis, le soleil ne l'a pas encore dépassée.

Vous êtes en avance.

Vous pouvez vous asseoir.

Mes chers petits de la classe de CE1, aujourd'hui : cours de géographie.

Nous commencerons par notre pays, la Patrie,

car c'est le plus proche de nous.

C'est un pays dont on voit bien

qu'il est baigné de soleil

et rafraîchi de brises bienfaisantes.

Nous sommes entourés de champs de fleurs

traversés de ruisseaux regorgeant de gentils poissons.

Voilà pour la géographie.

Terminons la leçon en chantant notre hymne national.

C'est un jour pour aimer,

c'est un jour pour chanter,

tous ensemble, reprenons joyeusement ce refrain.

C'est un jour pour aimer,

c'est un jour pour chanter,

tous ensemble, reprenons joyeusement ce refrain...

C'est un jour pour aimer,

c'est un jour pour chanter,

tous ensemble, reprenons joyeusement ce refrain...

Nous le chanterons, hiver, automne ou été, et au printemps,

dans notre beau pays de Patrie,

nous saluons chaque matin l'aurore en chantant.

C'est un jour pour aimer,

c'est un jour pour chanter,

tous ensemble, reprenons joyeusement ce refrain.

Yolanda Aquaviva !

- Joyeux anniversaire, Yolanda. - Joyeux anniversaire !

Ce serait un honneur de déjeuner avec vous ce matin.

Merci... Mais l'honneur est pour moi.

- Quel merveilleux anniversaire ! - Oui, mon enfant.

C'est le plus important de tous.

Votre départ nous attriste.

- J'aimerais rester... - Vous viendrez nous voir.

Mangez vite, vos camarades ont une surprise pour vous.

Une surprise ? Pour moi ? Qu'est-ce que c'est ?

Mes enfants !

Mangez vite, vos céréales vont refroidir.

- Mère ! Mère ! - Oui, Gigi ?

Ce sont des céréales froides, aujourd'hui !

Elles vont réchauffer.

C'était merveilleux.

- J'avais si peur. - Moi, pas un instant.

J'ai vu les répétitions.

À présent, allez faire vos valises,

vous partez dans une heure.

Parfait, mesdemoiselles.

Remo, c'était excellent.

- Merci, ma Mère. - Oui, magnifique.

Je suis ravi que ça vous ait plu, Mlle Yolanda.

- Et... bon anniversaire ! - Merci, Remo.

Ne puis-je rester, Mère ?

Mon enfant, chacun doit mener sa vie.

Vous êtes une Aquaviva.

L'histoire de votre famille est celle de ce pays.

Vous avez des responsabilités envers le monde.

- Mon monde est ici. - Non, ceci est le mien.

Et du peu que je sache de l'autre, dehors,

il a besoin de toute votre aide et de tout votre amour.

C'est votre devoir, Yolanda.

Votre tante Amarilla a géré vous biens jusqu'ici.

Mais vous êtes majeure,

et votre tante mérite d'être soulagée de ces obligations.

Il est juste que vous lui ôtiez ce poids.

Mais je n'entends rien... aux affaires, à l'argent.

Et les banquiers ? Les avocats ?

Il faut les surveiller de près et leur donner des consignes.

Sinon, vous risquez d'être la proie des malhonnêtes.

- Des malhonnêtes ? - Ils sont nombreux, je le crains.

Mais votre formation au couvent fera votre force.

Vous ne faillirez pas, mon enfant.

Vous croyez plus en moi que moi-même.

La pièce vous a montré ce que je crois être la vérité de Dieu :

nous avons tous un ange gardien.

Si vous avez des ennuis, Yolanda, priez votre ange gardien.

Priez, il ne vous abandonnera pas.

Oui, ma Mère.

Ce n'est pas un pays, c'est un cimetière traversé par un train.

Un train sans rails.

Enfin, Johnny, cet endroit n'est pas si mal.

Je t'assure, il regorge d'opportunités en or.

Un territoire vierge, des terres à conquérir.

Et deux gladiateurs, épée levée, cavalant vers l'horizon.

Une minute, n'oublie pas le mieux :

pas de loi d'extradition. La police américaine ne peut rien contre nous.

Tu marques un point.

On va commencer doucement, ouvrir une petite banque.

Tu sais que j'ai été vice-président d'une banque ?

Oui, n'est-ce pas ?

Le seul escroc capable de fausser les comptes

et de partir sans l'argent.

Hé ! Un moment.

- Ce n'est pas un Coca, ça ! - Coca ?

À Patrie, on n'a qu'une seule boisson sans alcool :

l'eau gazeuse Aquaviva. ''L'essence de la vie.''

Parfait. Goûtons l'essence.

Une seule boisson sans alcool ?

Aquaviva règne par la terreur.

Une bien noble famille.

Regardez ! Vous voyez ?

L'ESSENCE AQUAVIVA FAIT MARCHER LE PAYS

VOUS VOYAGEZ ? CHOISISSEZ PAN AQUAVIVA AIRWAYS

LE BOEUF AQUAVIVA NOURRIT TOUT LE MONDE

Il doit être richissime !

- Millionnaire ? - Très, monsieur.

Comme vous dites aux USA, d'une richesse crasse.

Quel genre d'homme est-ce, ce Aquaviva ?

Comment le rencontre-t-on ? Il a des vices ?

- Des hobbies ? Il joue au gin-rami ? - Ne t'en fais pas.

M. Aquaviva t'attendra sans doute à la gare avec un chèque en blanc.

M. Aquaviva n'est pas un monsieur. C'est une demoiselle.

- Une dame ? - Oui. Dans ce train.

Dans sa voiture personnelle.

Venez ! Où étiez-vous ?

Plus vite ! Ne la faites pas attendre.

Regardez, sa photo.

Merci.

Bon, voilà. Une petite partie de cartes ? Je crois que j'ai un tapis.

L'HÉRITIÈRE PREND LA TÊTE DES MILLIONS D'AQUAVIVA.

Joyeux anniversaire, Victor.

Si tu penses à ce que je pense, je te conseille d'oublier.

Et moi, de ne jamais suivre tes conseils.

Ne jamais mélanger plaisir et affaires.

''Les Aquaviva doivent leur fortune aux gisements de pétrole...''

Tu es jeune, tu as devant toi une carrière des plus prometteuses.

- Un brillant avenir... - ''...les dix plus grands de l'hémisphère.''

Sans femme, tu peux devenir un cador.

Mais pas en jouant de cette façon.

''Avec la Pan-Aquaviva, un ranch de plus de 30 000 ha, et leur fameuse collection...

...d'œuvres d'art, le patrimoine familial s'élève au bas mot à 72 millions.''

- Tu disais, Victor ? - Je...

Premier service.

La voilà qui sort, messieurs.

Si c'est elle, la photo a été retouchée comme jamais.

Ce petit homme doit être son chaperon.

- Et la dame ? C'est son père ? - Sa duègne.

Écoute, pas de temps à perdre.

Tous les escrocs en liberté doivent être comme des mouches.

Le train doit en être rempli.

Regarde ces types, tous avec le même journal.

À ton avis, à quoi ils pensent ?

Regarde ce pingouin, Casanova en costume de location.

Il pourrait l'épouser, pour avoir ce fric.

Et celui-là, avec les sourcils en friche, il voudrait construire un pont

avec son argent.

Après ça, elle n'aura plus que ses yeux pour pleurer.

Et le dernier...

Je ne cerne pas bien son angle d'attaque.

Mais c'est le plus dangereux. Il a l'air honnête.

Gamin, il faut agir vite.

C'est un jour pour aimer,

c'est un jour pour chanter,

tous ensemble, reprenons joyeusement ce refrain.

Nous le chanterons, hiver, automne ou été, et au printemps,

dans notre beau pays de Patrie,

nous saluons chaque matin l'aurore en chantant.

C'est un jour pour aimer,

c'est un jour pour chanter,

tous ensemble, reprenons joyeusement ce refrain.

Bienvenue chez vous, Mlle Yolanda.

Ma chère Yolanda, tu comprendras que l'émotion que je ressens

m'empêche d'exprimer pleinement

ce que mon cœur aspire à te dire. Bienvenue.

Bienvenue.

Bienvenue dans cette maison qui a tant attendu

- ...après le doux son de ta voix. - Merci.

Je veux juste dire un mot.

Je tiens à rendre hommage à tous ceux qui le méritent.

Ce vaillant équipage qui m'a aidée à tenir le cap

tandis que moi, leur capitaine, je tenais la barre en poupe.

Ou sur le pont ?

À ton départ, tu ne pesais que dix kilos...

Tu as bien mangé !

Je suis ravie d'être ici, je n'imaginais rien de tel.

Oui, Aquaviva est singulière. Outre la pierre et le bois,

elle est fondée sur l'amour, la tendresse et la loyauté.

Tes domestiques sont comme de la famille.

Ils sont nés et vivent ici.

Eux aussi se souviennent de ton départ.

Emilio !

Avez-vous jamais oublié ce jour, il y a 18 ans ?

Excusez-moi, señora, mais je ne suis arrivé que depuis six mois.

Mais bien sûr ! Je vous ai confondu.

Vous vous souvenez du départ de Mlle Yolanda, mon brave ?

Je ne travaille pas ici, je suis le plombier.

Crois-moi, tu es partie. Mais l'important est que tu sois revenue.

Tu dois être épuisée.

C'était une journée intense, mais passionnante.

Avant de visiter,

tu vas d'abord t'installer.

Nous allons savourer un déjeuner comme seul Gaston en a le secret.

- J'ai faim. - Parfait.

J'ai prévu un repas spécial : du caviar frais venu de Russie,

des avocats venus de Californie

et du rôti de faisan... venu tout seul.

- Gaston, nous déjeunons. - Je n'ai pas fini de préparer.

Gaston, c'est très embarrassant.

Je vous ai demandé d'être prêt pour 14 h.

Exact, mais il n'est que 13 h.

Piètre excuse, Gaston.

Avec la pénurie de domestiques, je suis prise en otage.

Parfait, Gaston, nous attendrons 14 h.

Autre chose : le caviar, les avocats et le faisan...

vous avez oublié de les commander.

Il y a bien quelque chose à manger ici, cherchez.

Nous avons des sardines ? Ouvrez une boîte, c'est délicieux.

Et des biscuits. J'espère que tu aimes les biscuits.

Allons t'installer. Portez les affaires de Mlle Yolanda dans la chambre bleue.

Maria, Dorita ! Dépêchons !

Tu vas l'adorer.

Mais, señora, vous occupez la chambre bleue !

- Tu l'aurais adorée. - Peu m'importe la chambre, tante Amarilla.

Une paillasse fera l'affaire.

Une paillasse ? Mon enfant, tout ici est à toi.

Tu es Yolanda Aquaviva. En outre, avons-nous seulement des paillasses ?

Marcel, trouvez-en une pour ma nièce.

Il y a toute l'aile Nord du manoir.

L'aile Nord. Vous me l'ôtez de la bouche.

Allez préparer l'aile Nord. Courrez vite. Sus à l'aile Nord !

Allons-y. Marchez, au pas.

Qu'ils sont mignons. File.

Oh, Ludwig, non !

Ludwig, on ne fait pas ça ici.

Il a l'air beaucoup mieux.

Soignez son œil au lin,

rien de tel contre l'orgelet.

Mais c'était les oreillons, señora.

Les oreillons ? Ça a dû lui faire du bien, il a une mine superbe.

Te voilà chez toi, où je peux m'occuper de toi.

- Oui, j'ai beaucoup de chance. - Écoutez tous.

N'oublions pas que Mlle Yolanda est notre maîtresse.

Nous sommes tous ici pour la servir

et faire de ses désirs nos ordres.

C'est elle qui commande.

Allez cueillir des fleurs pour sa chambre.

Défaites les valises de Mlle Yolanda.

Les autres, retournez à vos postes !

Marcel, rangez donc le rez-de-chaussée. Le déjeuner n'est pas encore en route ?

Dépêchez-vous !

George, faites visiter la propriété à Mlle Yolanda.

Ma chérie, tu as une bonne paire de bottes ?

C'est très fatigant.

Montrez-lui bien les étables.

Ce sont les plus vastes et modernes du pays.

- Tu aimes les chevaux ? - Oui.

Parfait, nous en achèterons un. À tout à l'heure.

- Conchita ? - Oui, señora ?

Faites mes ongles et apportez-les moi.

Je ne me ramollis pas, Johnny.

Je filouterais bien cette Aquaviva.

Mais elle est si belle...

C'est trop risqué. Elle est trop belle.

Et ici, pas besoin d'argent. Regarde tout ça.

À New York, qui veut un chapeau doit l'acheter.

Ici, il le cueille.

Et si tu as faim, pareil, il n'y a qu'à tendre la main.

- On est au jardin d'Eden. - 10 centavos, señor.

Quand tes arbres donneront champagne et caviar,

on verra.

Mais d'ici là, faisons à ma manière.

- Cigarettes américaines ? - Il n'y en a pas sur les arbres ?

Du feu ?

- Où est le taxi ? - Au coin.

J'ai obtenu un forfait.

- On nettoie vos chaussures ? - Non, demain.

- Bonjour. - C'est ça ?

On a un forfait. Monte.

Je comptais sur toi pour nous dégotter un taxi potable.

Je ne pouvais pas deviner qu'il allait caler.

- Je l'ai pris pour le forfait. - Je sais.

Chauffeur ? La résidence Aquaviva est loin ?

Assez, señor. Poussez un peu plus.

Dans la descente, le moteur va redémarrer.

On a fait 10 km sans monter dans le taxi.

- Une minute ! - Hé, toi !

Nous sommes arrivés.

Ça fera deux dollars.

Combien pour qu'on vous pousse jusqu'en ville ?

Je vous fais un forfait.

Attendez-nous.

Cher ange gardien, on m'a dit que vous m'aideriez

si j'en avais besoin. C'est le cas.

Je n'entends rien aux affaires ni à l'argent.

Je n'ai pas demandé à être riche.

Je n'ai rien demandé de tout cela.

En tant qu'Aquaviva, je dois être une grande dame.

Ces gens comptent sur moi pour les soutenir et les guider.

Mais je me sens confuse et démunie.

Cher ange gardien, aidez-moi. Dites-moi ce que je dois faire.

Aidez-moi.

- Victor, c'est du tout cuit. - On est cuits ? Pour effraction ?

- Attention. - Chut !

- Aide-moi ! - Ta veste.

Je ne peux rien faire si tu t'agites.

Imbécile ! C'est pire.

Tu t'es accroché tout seul.

Eh bien ! Qu'avons-nous là ?

Quand j'étais scout, on m'a appris qu'un arbre

ne tenait pas dans une poche.

Matière à réflexion.

Mlle Yolanda Aquaviva, s'il vous plaît.

- Mlle Yolanda Aquaviva, s'il vous plaît. - Johnny ! Qu'est-ce que tu fais ?

Pardon ? Dites juste... un ami.

Désolée, elle est absente.

Attendez !

- Vous avez dit que j'étais absente ? - Oui.

- Mais je suis ici. - C'est un homme !

Il y a quelque chose dont je rêve depuis longtemps...

parler au téléphone.

Allo ? Vous êtes Yolanda ?

Oui, c'est moi.

- Qui êtes-vous ? - Essayez de deviner.

Pas la moindre idée.

Vous m'avez parlé dans le jardin.

Je n'y ai vu personne.

Vous ne m'avez pas vu, mais vous m'avez parlé.

Vous m'avez demandé de venir vous aider.

- À vous ? - Vous ne comprenez pas ?

Je suis votre ange gardien.

Tu vas prendre 20 ans !

Vous ne me croyez pas ?

Si, je vous crois. Simplement...

Jamais je n'aurais osé espérer...

- Où êtes-vous ? - Tout près, Yolanda.

Pourrais-je vous voir, vous parler, tout de suite ?

Enfin... dans un moment.

Sachez qu'un ange n'est absolument pas censé parler à son protégé.

Mais, si je pouvais vous voir, ne serait-ce qu'une minute...

Il m'est impossible d'apparaître devant vous en ange.

Si vous me voyez, ce sera en voyageur ordinaire.

Nous nous verrons dans une heure,

dans le hall de l'hôtel Esperado.

N'ayez crainte, une heure me suffit pour descendre.

Yolanda, venez seule.

Et souvenez-vous : vous ne serez plus jamais seule.

Johnny, voyons...

- Oui, opératrice ? - Dépassement du temps imparti, 5 cents.

Donne-moi 5 cents.

Une pièce, pas un jeton.

Un jeton ? Comment ça se fait ?

Victor, tu n'iras jamais au Paradis.

Johnny, tu sais ce que tu risques à te faire passer pour un ange ?

- Non, quoi ? - La peine est sévère !

- Votre lit est prêt, Mlle Yolanda. - Non, merci.

Je vais m'habiller, je sors.

- Il ne faut pas ! Si votre tante... - Je suis la maîtresse des lieux.

C'est moi qui commande. Appelez ma voiture, je dois voir un homme...

venu de loin.

Un ange, j'ai un ange...

Jamais je ne l'aurais cru,

mais à présent, je me sens complète, je me sens si bien.

Cet ange est un ange

qui me protège et m'apporte des bienfaits divins.

Est-ce bien la Terre, cet endroit où je me trouve ?

Ou bien suis-je en réalité au beau milieu des cieux ?

Oh, où suis-je, mais où suis-je donc ?

Oh, mon ange... tu es un ange. Et cet amour que je ressens,

comment pourrais-je le définir ?

Plus chaud que les rais du soleil.

Avoir un ange, voilà qui est divin.

Oh mon ange, mon ange gardien...

- Yolanda ? - Oui, mon ange.

Vous avez une minute de retard.

Je suis désolée.

Ce que je fais est tout à fait inhabituel.

Oui, mon ange, je le sais.

Je le fais parce que votre cœur est pur.

L'argent vous fait souci, je vais vous en soulager.

Des soucis, s'entend. Mais vous devrez m'obéir aveuglément.

Je le ferai, mon ange.

Je viendrai vous voir demain à midi.

J'aurai trouvé un mortel de confiance,

pour gérer votre fortune.

Vous devrez peut-être signer un papier. Ensuite, finis les soucis.

Merci !

Votre tante risque-t-elle de s'opposer à ma venue ?

Non, quand elle saura qui vous êtes.

À ce propos, elle ne doit pas savoir.

C'est un secret, entre vous et moi.

Comme vous voudrez, mon ange.

Vous lui direz... que je suis un vieil ami de...

- De la mère supérieure ? - Parfait. Et très juste.

Mais ne m'appelez plus ''mon ange.'' Appelez-moi... M. Brown.

Bien, M. Brown.

Vous pouvez partir.

Puis-je faire mes dévotions, avant ?

Vous le pouvez.

Johnny ?

- Quoi ? - Tu es réveillé ?

Oui.

- Qu'est-ce qui se passe ? - Comment ça ?

Tu...

ne t'intéresserais pas à quelqu'un, pas vrai ?

- Ne sois pas idiot. - D'accord. Je m'inquiétais, voilà tout.

Eh bien il n'y a aucune raison.

- Je l'espère. - Les affaires, rien de plus.

- Bonne nuit, Johnny. - Bonne nuit, Victor.

Señor !

Une cigarette américaine ?

Voulez-vous, ne voulez-vous pas m'épouser ?

Oui, non, me répondrez-vous oui ou non ?

Venez partager avec moi le bonheur conjugal.

Voulez-vous, osez-vous acquiescer ?

Voulez-vous être mon époux ?

Voulez-vous imaginer une jolie maison

où pousserait le poinsettia,

où je pourrais vous aimer ?

Que l'orchestre joue Lohengrin,

et me mène à vous, je serai fidèle, vous verrez.

Portez-moi, passons ce drôle de petit seuil,

chéri, épousez-moi.

Que l'orchestre...

joue Lohengrin,

et me mène à vous, je serai fidèle, vous verrez.

Portez-moi, passons ce drôle de petit seuil,

chéri, épousez-moi.

Eh bien ? Tu fais un cauchemar ?

Moi ? J'allais te faire revenir d'où tu étais.

Quand tu cauchemardes, ce n'est pas à moitié !

J'étais dans de sales draps...

Ce n'était qu'un rêve, vieux.

Retourne dormir au bois, tu dois être éblouissant, demain.

- Il y a du boulot. - Éblouissant.

Ils sont superbes cette année.

Voyons...

Lequel allons-nous attribuer aux sept enfants Banillo ?

Veuillez m'excuser, señora, cette année j'en ai huit.

Mon Dieu ! C'est le dernier et ils ne se font plus.

- Souvenez-vous en. - Tante Amarilla...

Oh, bonsoir.

Pardon, tu es occupée. Puis-je te dire un mot ?

- Oui. Excusez-nous, messieurs. - Volontiers.

Un homme va venir cet après-midi.

Mon Dieu, déjà ? Laisse-moi faire, je vais m'en débarrasser.

Non. C'est moi qui ai invité M. Brown à venir.

J'ai connu un M. Brown lié à la légation japonaise.

- Il était impossible. - Ce n'est pas le même.

Eh bien oublie-le. Je le ferai jeter dehors.

Non, je ne veux pas !

Voilà le misérable.

J'en ferai du petit bois.

- Tante Amarilla ? - Oui ?

Mieux vaut ne pas essayer de l'arrêter.

S'il souhaite entrer ici, rien ne l'en empêchera,

pas même les murs, les portes, les verrous... rien.

Ah, c'est ce genre-là ? Je sais comment m'y prendre.

Pas de visiteurs.

- Puis-je vous aider ? - Je m'appelle Brown.

- M. Brown ? - C'est exact.

- Oui, ma tante, voici M. Brown. - Vraiment ? Nous...

Nous vous attendions.

Nous craignions que vous n'ayez changé d'avis.

N'est-ce pas, chérie ? Vous... vous n'entrez pas ?

- Merci. - Oh, pardon.

- Yolanda, je te présente M. Brown. - Nous nous connaissons.

M. Brown, voici ma tante.

Votre tante ? Vous voulez dire, votre sœur !

M. Brown, vous êtes un ange !

Oui... Vous l'ignoriez ?

- Vous restez déjeuner, bien sûr ? - J'en serai enchanté.

- Je veux voir toutes vos merveilles ! - Bien sûr.

L'accueil chaleureux fait la fierté des Aquaviva.

Considérez cette demeure et ses biens comme vôtres.

C'est le cas. Enfin... Ça ne saurait tarder.

M. Brown,

notre sherry spécial. Il n'a que 80 ans d'âge,

mais nous ne l'offrons pas à n'importe qui.

Mais... M. Brown ne boit pas.

- Non... - Quel dommage !

Alors, M. Brown, dites-moi... Je veux tout savoir.

Quel heureux accident vous amène ?

Exactement ça : un heureux accident.

Un très heureux accident.

- Vous voyagez pour affaires ? - Oui, je...

Je suis toujours en voyage.

Quel genre d'affaires peut vous attirer en un pays chimérique comme la Patrie ?

Je passe le plus clair de mon temps dans des lieux... ''chimériques.''

M. Brown, vous m'intriguez.

En surface, ce que vous dites déroute,

mais en profondeur, j'en reste perplexe.

Tout à fait.

Le déjeuner est servi.

Voulez-vous déjeuner sans façon avec nous ?

Vous, les Aquaviva, faites les choses en grand !

Vous devez être affamé, les hôtels sont abominables.

J'espère que vous mangerez de bon cœur.

- Mais... M. Brown ne mange pas. - Ah ? Quel dommage.

Comment vous prouver notre hospitalité ?

Aimez-vous nager ? Ou mieux encore, voler ?

J'ai un excellent pilote et un avion agréable.

M. Brown n'a pas besoin d'avion.

Il sait très bien voler tout seul.

Je me débrouille.

Vous aimez les moutons, les mines d'étain ?

Je pourrais vous faire visiter des sites passionnants.

Je crains que ça n'intéresse guère M. Brown.

- N'est-ce pas ? - Non.

Rien ne m'intéresse moins que les biens matériels.

M. Brown, vous êtes extraordinaire.

Vous ne mangez pas, vous ne buvez pas, vous volez,

et vous n'avez rien essayé de chiper ici.

Je me demande ce que vous cherchez.

Señora, votre couturier est arrivé pour les dernières retouches.

Qu'il attende.

Si vous ne vous pressez pas, votre costume ne sera pas prêt

- ...pour le carnaval ce soir. - Oui, tu devrais y aller.

Tu es tout de même la reine de ce carnaval !

Bien, je suppose qu'il le faut.

M. Brown, vous venez au bal de ce soir ?

- Eh bien, je... - M. Brown ne danse pas,

- ...sauf peut-être sur un piédestal. - Oh, j'aimerais voir ça !

Je vends des baisers, ce soir. J'espère que vous serez là.

- Je crains de... - J'essaierai de le convaincre.

- Je suis sûre qu'il aimera. - Parfait.

Vu tout ce qu'il ne fait pas,

il risque de s'ennuyer.

Vous étiez splendide.

Si calme, si sûr de vous. Vous tromperiez n'importe qui.

Tromper ? Enfin, Yolanda !

''Tromper'' est un mot très dur.

Vous n'allez pas croire que je m'amuse à jouer...

les êtres humains, n'est-ce pas ?

Même si j'y suis assez brillant.

Parfait.

Mon enfant, vous soucis touchent à leur fin. Je vous ai apporté ce papier à signer.

Cela vous ennuierait-il que je le signe plus tard ?

Pourquoi ?

Yolanda, à quoi pensez-vous au juste ?

Vous devez le savoir, mon ange.

Yolanda, nous essayons d'exercer avec noblesse,

sans lire dans les pensées ni dans l'avenir.

Le Ciel n'est pas une roulotte de gitans.

Veuillez m'excuser.

Pourquoi voulez-vous attendre ?

Vous ne m'en voudrez pas, si je vous le dis ?

Non.

J'ai pensé que... si je signe, vous allez partir.

Et je ne veux pas que vous partiez. Je veux que vous restiez.

- Yolanda, il ne faut pas dire ça. - Je sais, mais...

Je suis si heureuse,

si sereine,depuis que je vous connais.

- L'idée même que vous partiez m'attriste. - Eh bien n'y pensez pas.

Ne pensez qu'à ce qui vous rend heureuse, pas à ce qui vous fait de la peine.

- Yolanda, voulez-vous me faire plaisir ? - Oh, oui.

Alors... signez ce papier.

Il y a un stylo dans le bureau.

Signez juste en bas, là.

Ça ne vous causera pas trop de tracas ?

Non, du tout, c'est un plaisir, Yolanda.

- Il n'y a plus d'encre. - Pas d'encre ?

Essayez l'encrier.

Voilà.

- C'est le bureau de ma tante. - Il doit bien y avoir de l'encre.

Laissez, je vais en demander.

- Bureau du majordome, Otto. - Vous êtes occupé ?

Je prépare un verre pour la señora Amarilla.

- Avez-vous de l'encre ? - Oui, mais elle préfère le cognac.

Apportez de l'encre, tout de suite.

Je suis désolée de ces désagréments.

Ce n'est pas votre faute.

En attendant l'encre, j'aimerais vous montrer quelque chose.

Quoi donc ?

Marcel, maintenant, s'il vous plaît.

Ça va vous rappeler chez vous.

Elle ressemble aux vôtres ?

À peu près.

Jadis, un poète écrivit Yolanda.

Puis vint un grand compositeur.

Et tout le monde chanta Yolanda,

À la douce musique de votre nom.

Votre jardin s'emplissait de roses.

Et dans ce jardin les roses étaient si belles,

si belles, les superbes roses,

car ma douce était avec elles.

Venez près de moi, ma Yolanda,

Yolanda, ma chérie...

Venez près de moi, ma Yolanda,

Yolanda, ma chérie...

Votre encre, señorita.

- Votre encre. - Parfait. Ici, voulez-vous ?

Voilà. En bas.

C'est merveilleux, je n'aurai plus à m'inquiéter de l'argent.

C'est du passé.

Je suis impatiente du carnaval,

ce sera mon premier.

Je devrais en profiter pour prendre toutes ces bricoles ennuyeuses

du coffre qui est...

- ...derrière cette toile ? - C'est exact.

- Vous connaissez la combinaison ? - Ah oui.

- Ma tante l'a trouvée ce matin. - Ouvrez, s'il vous plaît.

- Voilà qui est fait. - Oui...

Parfait.

Au revoir, Yolanda.

- Au revoir. Et merci. - Je vous en prie. C'était un plaisir.

M. Brown, à quelle heure viendrez-vous me prendre pour le carnaval ?

Ne m'attendez pas.

- Je vous rejoindrai là-bas. - Je ne peux pas y aller sans vous.

J'ai besoin de vous pour me protéger.

- Bien, je vous prendrai à huit heures. - Merci.

Merci.

Bonsoir. La señora Amarilla est là ?

Je te remercierai plus tard. N'oublie pas.

- Et rappelle-le moi. - Je n'y manquerai pas, merci.

Victor, tu as l'air rompu.

Tu as trop travaillé ?

Une abeille m'a piqué, ça m'a étourdi un instant.

Ce n'est rien, tu es assez riche pour acheter un pansement à 1000 $.

Champagne, le meilleur ! Et la carte, j'ai une faim de loup.

- Tu n'as pas déjeuné, là-bas ? - Non, un empêchement.

Victor ?

- Combien crois-tu qu'on aie ? - À toi de me le dire.

- Plus d'un million. - Quel pays !

J'aimerais ne pas avoir à partir.

- Mais ça vaut mieux, non ? - Oui.

On va prendre le premier train et encaisser les obligations peu à peu.

Il y a des obligations ?

Tu le sais très bien, tu as regardé dans le sac.

- C'est dans ta nature, Victor. - Quel sac ?

Combien de sacs d'un million de dollars as-tu ?

Honnêtement, aucun.

- Qu'est-ce que tu en as fait ? - Johnny, je n'ai vu aucun sac.

Quoi ?

J'ai toujours su que tu étais un filou, mais de là à ce que tu essaies

- ...de me prendre ma part. - Ma part, c'est un coup sur la tête.

Je te la donne si tu veux.

Tu vas nier que j'aie jeté un sac noir par la fenêtre ?

Sur des milliers d'hectares,

il fallait que tu me prennes pour piste d'atterrissage.

- Le sac y est peut-être encore. - Je suis sûr que non.

Quelqu'un l'aura pris pendant que j'étais dans les pommes.

Par tous les diables !

Si je mettais la main sur le pirate à la manque qui a...

Regarde.

Bonsoir, messieurs. Puis-je me joindre à vous ?

Ravi de te voir, tu tombes à pic.

- Merci. - Joli sac, Candle. Beau cuir.

D'où vient-il ? Paris ?

Non, je l'ai trouvé ici. Aujourd'hui même, d'ailleurs.

Il y a un coffre, je vais l'y porter.

Merci, il est aussi bien ici.

- Vraiment ? - Il n'y a qu'1 million de $ dedans.

En obligations malheureusement sans valeur.

- Ah ? - On ne peut les encaisser

qu'avec un procuration signée de Mlle Yolanda Aquaviva.

Tu n'as qu'à aller lui en demander une.

Inutile, il faudrait qu'elle fasse une confiance absolue

en celui qui la ferait signer. Ce n'est pas mon cas.

- Tu n'as que le sac, alors. - Oui.

Si tu obtenais cette procuration, on pourrait peut-être s'arranger ?

- Je t'écoute. - Disons... moitié-moitié ?

- La moitié ? - C'est très généreux.

Mais comme j'ai déjà cette procuration...

Je te fais une offre.

Tu nous rends le sac et tu prends 5 % pour le dérangement.

5%... Messieurs, je ne peux pas accepter. C'est en-deçà de mon rang professionnel,

vous comprenez.

Oh, oui.

- J'ai une idée. Tu es joueur ? - Si le jeu en vaut la chandelle.

Faisons-le à pile ou face.

Si tu gagnes, je te le donne. Si je gagne, à moi la procuration.

Le gagnant gagne tout.

Ça marche.

J'ai une pièce. Face, on gagne, pile c'est toi.

Face, vous gagnez, pile je gagne. D'accord.

- Lance-la. - C'est parti.

Merci, señor.

- Je lui devais un pourboire. - Bon moment pour le rembourser.

Ce n'est rien, j'ai une pièce.

Face, je gagne. Pile, je perds.

Oui. Une minute.

Ne le prends pas mal.

Face !

- Pile. J'aurai essayé. - On ne te pendra pas pour ça.

On se croise souvent, on devrait travailler ensemble.

On pensait s'agrandir, on pourrait te trouver une place.

Merci. Si j'ai besoin de monde, je te contacterai.

Je ne serai pas loin.

Pas trop près non plus, j'espère.

- Tout est là. - Évidemment, voyons !

1929 ? Parfait. C'est toujours un plaisir de croiser un vieil ami.

À la Patrie, le pays du lait et de l'argent.

À M. Candle,

beaucoup plus malin qu'il n'en a l'air.

Malin ? S'il l'était vraiment, il ne se frotterait pas à moi.

Il n'essaierait même pas de venir voler dans la cour des grands.

On l'a bien mouché, pas vrai ?

Tu l'as bien mouché, non ?

Si, absolument.

Viens, partons.

D'accord, mais détends-toi, savoure les fruits de la victoire.

Viens.

Paie et trouve le premier train.

- Je fais nos valises. - Qu'est-ce qui se passe ?

- Il parle avec la tante de Yolanda. - Plus ils sont gros, plus ils crient.

Appelle-nous un taxi !

Qui roule.

Yolanda !

- Ma tante, tu vas être en retard. - Ma chérie, tu aurais dû m'avertir,

mais je te pardonne et te souhaite un bonheur sans nuages.

Merci, mais me pardonner ? Pourquoi ?

De ne pas m'avoir dit que tu épousais M. Brown.

- Épouser M. Brown ? - Inutile de feindre, je sais tout.

De quoi parles-tu ?

Tu as bien donné à M. Brown une procuration sur tes biens ?

Puisque toutes les futures mariées de Patrie le font,

il est évident que tu vas devenir Mme Yolanda Brown.

Arrêtez, ne dites pas une telle chose. Il risque de vous entendre.

- Il est là ? - Oui. Enfin, non.

- Eh bien, oui ou non ? - Oui et non.

Comment peut-il être là sans être là ?

Il le peut. Par pitié plus de questions, c'est un secret.

Tu n'auras pas le temps de garder le secret.

Tu devras t'occuper des petits Aquaviva...

Je veux dire, Brown. Nous les appellerons ''Brownies.''

Je n'épouse pas M. Brown.

- Il ne te plaît pas ? - Si, beaucoup. Énormément.

- L'amour viendra. - Mais je ne peux pas l'épouser.

- Pourquoi pas ? - Ce n'est pas tout à fait un homme.

Ce n'est pas quoi ?

Il devait me prendre à 8 heures, mais il ne viendra plus, maintenant.

Mon enfant, tu es à bout de nerfs.

Une jeune fille sur le point de se marier est terrorisée.

Je le sais, je n'ai cessé d'être sur le point.

Cher ange, vous devez être très en colère,

mais je n'ai jamais parlé de mariage.

Quel sacrilège ! Je n'y aurais même jamais pensé...

On n'aura jamais le train en poussant cette épave.

- Toi et tes forfaits ! - Encore un peu, señores.

Le moteur va démarrer.

Ça marche !

Attendez !

C'est la vie.

J'ai pu sauver le taximètre. Ça fera deux dollars.

Il a raison.

La police arrive, parfait.

Señores américains !

- Oui, M. l'agent ? - On arrive à temps, non ?

- Il doit s'agir d'une erreur. - Non.

Nous avons vos portraits.

C'est une erreur. Nous ne ressemblons pas à ça.

Nous vous saurions grand gré de bien vouloir monter.

Je ne veux pas vous déranger...

Déranger, señor ? Mais c'est un plaisir. Un immense plaisir.

Si tu leur dis que tu es un ange, tu auras une cellule à l'étage.

Nous sommes arrivés, señores.

- Je ne comprends pas. - Une exécution publique ?

Par ici, señores.

Je ne comprends toujours pas.

- En quoi est-elle déguisée ? - En reine.

Dis-lui qu'on est Colomb : on part découvrir l'Amérique.

M. Brown !

Vous ne perdez pas de temps, M. Brown.

- De quoi parlez-vous ? - Le secret est éventé.

Ce cher M. Candle m'a tout dit.

- Vous êtes trop forte, señora. - Señora ? Appelez-moi ''ma tante.''

Bien, ma tante. Je te présente ma tante.

Cessez donc, tout le monde sait que vous épousez Yolanda.

Quel plaisir, enfin un homme à la maison.

Je ne comprends pas. Pourquoi la police ?

C'est votre escorte. Qui épouse Yolanda Aquaviva devient une figure nationale.

J'aurais dû me douter qu'il était amoureux.

Hier, il n'a rien avalé.

Votre Majesté, les festivités vont commencer.

Oui. Excusez-moi, mon neveu.

Il faut filer d'ici en vitesse.

Pas si facile, pour une figure nationale.

Comment échapper à notre chaleureuse escorte ?

Essayons.

- M. Brown... - Yolanda !

Je file, je t'attends à l'entrée.

Vous m'en voulez beaucoup ?

- Non, Yolanda. - J'ai manqué à ma promesse.

J'ai livré notre secret.

Vous n'avez pas dit que j'étais votre ange gardien ?

Pas exactement. Juste que vous n'étiez pas tout à fait un homme.

- Ma tante ne me croit pas. - J'en suis ravi.

Je préfère que ça ne se sache pas.

- Ils pensent que nous allons... - Nous marier.

Vous le savez ? J'en étais sûre.

Je leur ai dit de ne pas déparler,

que c'était impossible...

Car ça l'est, n'est-ce pas ?

Oui... c'est impossible.

Je vous ramène à votre tante.

Qu'il est beau ! Est-il vraiment comme ça ?

- Qui ? - Michel. L'archange Michel.

Ah, Michel ! Je ne l'avais pas reconnu.

Désolé.

Vous le voyez souvent ? Michel, je veux dire.

De temps en temps.

Les archanges sont supérieurs aux séraphins ?

Oui. Le séraphin est... mettons, ici...

et l'archange est là.

Ils sont aussi supérieurs aux chérubins, n'est-ce pas ?

Les chérubins ? Oh, oui, l'archange est tout en haut.

Il y a Raphaël, Gabriel et Michel... et Azraël, et... Uriel. C'est bien ça ?

- Absolument. - Quels noms mélodieux...

- Quel était le vôtre ? - Mon nom ?

Pardon, je n'aurais pas dû poser cette question.

Allons regarder les danseurs.

- Bonsoir, Mlle. Aquaviva. - M. Candle !

- M. Candle, M. Brown. - Nous nous connaissons.

- Oui. Vous aimez la danse ? - J'adore ça.

- Et vous ? - Mais M. Brown ne...

Me feriez-vous l'honneur ? Ce serait inoubliable.

- Ça vous ennuie ? - Eh bien, non...

Merci, vieux. Ce ne sera pas long.

Une minute ! Mlle Aquaviva m'avait promis cette danse.

- Vraiment ? - Oui, absolument.

C'est l'heure du café,

chers amis endormis, l'heure du café.

Chantons cette comptine frivole

en sirotant notre café.

Pour le caoua,

joyeux ami, prenons le temps,

réjouissons-nous pour quelques sous

en savourant un bon café.

Gaies retrouvailles, le phonographe bat la mesure,

comme il se doit quand on se voit.

La vie est rose, viens donc trinquer

autour d'une tasse de café.

C'est l'heure du café,

chers amis endormis, l'heure du café.

Chantons une comptine frivole

en sirotant notre café !

Quand je pense que j'ai dit à ma tante

que vous ne danseriez que sur un piédestal.

Je ne suis pas la seule heureuse ce soir.

- La lune sourit. - Bien sûr : elle vous regarde.

- Mais vous ne souriez pas. - Non.

C'est moi que je regardais.

J'ai parfois du mal à comprendre ce que vous dites.

J'ai parfois du mal à comprendre ce que je fais.

- Au revoir, Yolanda. - Bonne nuit.

Vous verrai-je demain ?

- Ce n'est pas un au revoir, mais un adieu. - Un adieu ?

Vous m'abandonnez ?

Je suis apparu pour vous aider.

Vos ennuis sont résolus.

Vous avez vu le monde, il ne vous effraie plus.

Il est temps que je redevienne... invisible.

Je repasserai... un jour.

Vous m'oublierez dès que j'aurai disparu.

Comment le pourrais-je ?

Vous aurez trop à faire avec vos nombreux admirateurs.

Et puis, un jour, vous tomberez amoureuse...

et vous vous marierez.

Comment pourrais-je aimer quelqu'un d'autre, à présent ?

Personne d'autre ne m'intéresse.

- Je ne me marierai jamais. - Ne dites pas ça.

La soirée vous a déboussolée.

La vie n'est pas une suite de clairs de lune et de chansons.

Tous les soirs ne sont pas une fête.

Il faut prendre les choses comme elles viennent.

Pardon, mon ange. Je dois vous sembler une enfant capricieuse.

Vous avez raison.

Vous devriez aller vous coucher.

Et dormir, comme une brave enfant.

Je vous en prie... Ne pleurez pas.

Je sais que c'est mal, mais...

je suis si confuse !

J'ai pour vous des sentiments inconvenants envers un ange.

Je ressens pour vous...

Pardonnez-moi !

Johnny, qu'est-ce que tu fais ?

Johnny ! Tu ne vas pas lui rendre tout ça ?

Tu ne nous ferais pas ça !

Désolé, gamin.

Je ne peux pas la laisser croire que je suis un ange toute sa vie.

- Tu veux qu'elle sache qui tu es ? - Je n'ai pas le choix.

Juste quand on avait trouvé la terre promise...

Ne le prends pas si mal.

On l'a vue, on l'a touchée. On sait qu'elle existe.

Peut-être qu'on la retrouvera ailleurs, plus tard.

Si on a de la chance.

Je savais que je n'aurais pas dû entrer dans ce monde.

Je n'aurais jamais dû quitter le couvent.

On m'avait avertie que ce monde était peuplé de vilains.

Je repars.

Je trouvais ce M. Brown bizarre...

Mais je ne rentrerais pas si vite au couvent à ta place.

C'est une des plus belles lettres d'amour que j'ai jamais vues.

Il y a un mandat contre vous, passé la frontière.

On ne peut pas vous arrêter en Patrie,

mais le train roule si vite que vous ne tenterez rien.

Steward ? Apportez-moi le menu du déjeuner.

Encore toi ?

Vous voulez un coup de main

ou vous tenez à vous débrouiller seuls ?

Dans 20 minutes, on va nous arrêter

et on va prendre 10 ans. Tu en veux la moitié ?

- Qui parle de prison ? - Chaque tour de roue le confirme.

On est morts dès la frontière passée.

Qui parle de passer la frontière ?

Regardez, le train a-t-il ralenti ?

- Non. - Il va bientôt le faire.

Le pont a été submergé.

Le train va devoir s'arrêter, il restera en Patrie.

Du calme, vous vous perdriez, ici.

Le train va repartir pour Esperado.

- Comment tu savais, pour le pont ? - J'ai les oreilles qui traînent.

Je dois avouer

que tu es vraiment surprenant.

Mais si on reste en Patrie, je ne veux plus d'accords truqués.

- Tu perds ton temps. - Bien sûr.

Hier, tu as frisé l'honnêteté en écrivant à Yolanda

et en lui rendant le sac.

- Comment le sais-tu ? - Allez, où est l'embrouille ?

Qui parle d'embrouille ?

Tu ne quittes pas Yolanda.

Si c'était pour la protéger ?

- Tu es son garde du corps ! - En quelque sorte...

- Embauché par sa tante ? - Non.

Non. Par quelqu'un de plus important.

À propos, tu faisais un piètre ange gardien.

Sur Terre, on mange, on boit,

et s'il pleut, on se protège. Comme tout le monde.

D'ailleurs, si on allait manger ?

Si tu es ce que je pense, qu'est-ce que tu veux de moi ?

Une minute. Je vais prendre une de vos délicieuses truites de mer.

Et demandez au chef la même sauce que la dernière fois.

Pommes de terre, artichaut, beurre persillé et du thé.

Ce que je veux de toi ?

Que tu épouses Yolanda.

Vraiment ?

Je ne peux pas. Elle a trop d'argent.

Ne sois pas snob.

Elle sait que je suis un escroc.

- C'est tout simplement impossible. - Mon jeune ami, tu as le don de m'excéder.

Je crée un déluge, submerge le pont,

arrête le train pour faire demi-tour,

et tu oses me dire que quelque chose est impossible ?

- Pardon, señor. Crème, avec votre thé ? - Non. Citron, s'il vous plaît.

Merci. Je vais prendre un biscuit.

- Ils s'occupent bien de vous ? - Ils sont adorables.

Excusez ma curiosité, combien d'élèves avez-vous ?

Généralement entre 60 et 70.

Toutes ont de l'argent de poche ?

Oui. Les plus jeunes reçoivent l'équivalent de 5 cents par semaine.

- Et les plus âgées, 10 cents. - C'est parfait.

Vous n'avez pas envisagé des bandits manchots dans la cour ?

Mon Père, je jurerais vous avoir déjà vu quelque part.

Peut-être... qui sait ?

Jouiez-vous dans ''Going my Way'' ?

Non, impossible.

Mais je sais que je vous ai déjà vu, je n'oublie jamais un visage.

Johnny ! Ce n'est pas ce bon M. Candle ?

Je ne vous ai pas vu depuis le soir du carnaval !

C'est gentil de vous en souvenir, Mlle Aquaviva.

Ou, si cette robe est ce qu'elle semble, Mme Riggs.

- Félicitations, Riggs. - Merci.

- Rien n'est plus beau que de se marier. - À vous de me le dire.

- Voulez-vous vous asseoir ? - Merci.

Vous vous promenez sur les terres ?

Merveilleux endroit pour se promener.

Ces randonneurs... toujours pressés.

Pas du tout, le secret de la promenade est de savoir s'arrêter.

C'était un merveilleux mariage. Tout le monde pleurait.

- J'aurais aimé que vous veniez. - Moi de même.

Vous êtes conscient de votre bonheur, Riggs ?

Personne n'a jamais été plus heureux.

Il en va de même pour vous, je crois.

- Johnny ? Oh, c'est un ange. - Vraiment ?

Pas tout à fait, c'est rhétorique. Vous prenez des photos ?

Oui. À propos, j'en ai une ici qui vous intéressera.

Très intéressant... J'ai fait aussi un peu de photo amateur,

mais il fait si sombre, dans la chambre obscure...

Rendez-vous compte ! Il y a peu, vous étiez deux étrangers dans un train.

Vous n'auriez jamais imaginé vous marier, n'est-ce pas ?

M. Candle, il n'est pas de notre pouvoir de décider de ces choses.

Savez-vous que nous avons tous un ange gardien

- ...qui nous mène au bonheur ? - Un ange gardien ?

Ça mérite réflexion.

C'est un point de vue intéressant.

Très intéressant...

Yolanda, dorénavant je serai ton ange gardien.

Je te surveillerai, je te protégerai. Vraiment.

J'en suis sûre.

- Et M. Candle ? - Il devait avoir...

Il devait avoir à faire ailleurs.

Il aurait pu dire au revoir !

Oh, il a oublié ses photos !

Je suis sûre que je peux regarder.

C'est incroyable !

Elle est datée de dans 5 ans !

Ma chérie, crois-moi : n'essaie jamais de te frotter à lui.

Mais je ne comprends pas.

C'est impossible.

Mais c'est plutôt mignon.

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