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LE CERCLE
Je m'appelle Maud et j'aime les plantes rares
Qui ne poussent qu'au sud de l'�quateur
J'ai parfois envie de danser avec moi-m�me
Et jamais aucun homme n'a fait chavirer mon c�ur
Je ne mange ni ne bois, je papillonne,
Et je suis tir�e � quatre �pingles
Je suis exotique comme la m�duse des mers du sud
Je suis la femme dont r�vent tous les jeunes hommes
Je suis si �trange
Oh, ce que je suis �trange
Si �trange que je ne sais m�me plus
Si je suis vivante ou seulement un r�ve
J'en viens � croire que je suis un ours en peluche
C'est le d�but du roman "L'�tranger" d'Albert Camus.
Son nom vous dit quelque chose ?
Ou peut-�tre le terme "existentialisme" ?
Non, M. Ostertag,
ce n'est pas convenable pour ces filles.
- Mais l'existentialisme... - Est une forme de communisme.
On en voit les cons�quences en Hongrie.
Camus est candidat au prix Nobel.
Je vous recommande un enseignement plus classique.
Du 18e au 19e si�cle.
Du genre "Madame Bovary" ou Le Marquis de Sade.
M�fiez, vous, Mlle Gerster.
Vous connaissez Simone de Beauvoir ? "Le Deuxi�me Sexe" ?
Une grande femme. Ind�pendante et autonome !
Voil� ce que les �coli�res devraient lire !
"... Toutes mes entreprises �chouent � cause de mon orientation.
"Je me tourne et me retourne dans mon lit
"en attendant que �a s'arr�te."
Bonjour. Je suis Rolf.
Je m'appelle Ostertag, Ernst Ostertag.
Merci de me recevoir.
C'est un plaisir.
Vous pouvez regarder.
Ce sont tous les num�ros de notre magazine depuis 1942.
C'est notre biblioth�que pour le club de lecture.
Et l�, un livre de photographie que nous avons publi�.
Vous savez ce qui se passe en Am�rique avec McCarthy :
des m�thodes nazies !
Les photographes homophiles ne peuvent rien exposer ni publier.
C'est fou !
Asseyez-vous.
Dites-moi tout.
- D'abord, mes parents ne sauront... - �videmment.
Quelle est votre profession ?
J'enseigne.
Seigneur ! Les gens comme nous et l'�cole ne font pas bon m�nage.
- �tes-vous dipl�m� ? - Non, pas encore.
- Alors, vous devriez attendre. - Vraiment ?
Pourquoi ?
Une fois dipl�m�, ils auront du mal � vous renvoyer.
Je viens de recevoir une lettre. Ils veulent exorciser un des n�tres.
Vous imaginez, en 1956 !
Rolf ! Tu peux venir, une minute ?
Une seconde.
- Bonjour, je m'appelle Felix. - Bonjour.
� plus tard.
Si vous voulez vous inscrire, �a ne tient qu'� vous.
Mais je vous conseille de ne pas vous montrer.
Merci beaucoup.
Vous pouvez d�j� penser � votre pseudo pour le club.
Je dois y aller.
J'ai r�alis� que j'�tais gay quand j'avais 12 ans.
Et j'avais toujours peur que les gens le d�couvrent.
Il faut vivre avec, d�s l'instant que �a vous tombe dessus.
Je ressemblais � �a, � l'universit�.
Pendant mes �tudes,
s'ils avaient su, ils m'auraient renvoy� imm�diatement.
Mes parents l'ignoraient aussi, on n'en a jamais parl�.
C'�tait vraiment un tabou total.
"Je ne sais � qui j'appartiens
"Je suis trop bien pour me contenter d'un seul..."
- Je te l'avais dit ! - Oh, Emil.
Tu sais bien que tu es le seul et l'unique.
Il te faut quelqu'un de ton �ge.
Pas un vieux pervers comme moi.
Toi, vieux ?
Regarde-moi : rid�, dess�ch�...
Tu t'es d�cid� ?
Ils r�clament 2000 francs, les rats. Trois mois de salaire !
- Je m'en occupe. - Pas question !
Je n'accepterai pas d'argent... Tu serais trop loin du compte.
Imb�cile !
S�rieusement, c'est d�j� difficile de devenir citoyen suisse, tu verras.
Alors je resterai Allemand pour toujours. Un Schleu.
Voil�, les derniers.
Comment est le dernier num�ro ?
Il est encore chaud !
Plut�t culott�, le type du Barfuesser.
Oh, Gian, c'est juste un Italien. Qu'est-ce que �a co�tait ?
Dis pas de b�tise, je paye jamais.
C'est �a, jamais !
Rolf, tu as de nouvelles adresses ?
Les voil�. Classe-les.
Bien s�r. Je classe...
- Salut, R�bi. - Salut, Fredi.
Salut, tout le monde !
- Salut, R�bi. - Salut, Rolf.
Regarde, c'est la nouvelle pi�ce pour le bal de l'�t�.
Elle contient des chansons.
Premi�res r�p�titions la semaine prochaine.
G�nial.
Passe le bonjour � Emil.
Bien s�r.
Emil m'a pr�sent� � Rolf,
parce que Rolf recherchait une drag queen capable de chanter.
Il a pens� � moi.
Je n'avais que 18 ans,
et il fallait en avoir 20 pour int�grer le Cercle.
J'ai eu le privil�ge de m'y inscrire un peu plus tard.
"Nous sommes heureux de vous compter parmi nos membres..."
Les cartes de membres avaient une couleur diff�rente chaque ann�e.
Elle ne mentionnait pas votre nom mais un num�ro.
Ils envoyaient le magazine dans une enveloppe neutre.
Certains venaient m�me au quartier g�n�ral du Cercle
pour le lire en lieu s�r.
Le Cercle comptait environ 2000 membres,
dont 700 �trangers.
Quatre personnes relisaient les copies, secr�tement.
"Navire Ahoy."
"Bal d'Automne".
Avant d'�tre imprim�, le magazine �tait soumis � la censure.
La police parcourait le num�ro et donnait son feu vert.
C'est pourquoi le magazine �tait si convenable.
S'il s'agissait d'une statue ou d'une �uvre d'art,
le nu de face �tait autoris�.
Pas si c'�tait une photographie.
Parfois, ils les retouchaient, leur mettaient des sous-v�tements
ou ils prenaient des photos de dos ou de profil.
Bonjour !
- Bonjour. - Bonjour.
Samedi, j'ai vu au th��tre "La Visite de la vieille dame" Fabuleux !
M. Ostertag, pourriez-vous venir une minute ?
Un inspecteur va venir faire une visite surprise.
- Vous connaissez la proc�dure ? - Oui.
Pr�sentez un certificat de bonne vie et m�urs, rencontrez le Conseil,
et s'il ne s'y oppose pas, vous �tes dipl�m�.
- Compris ? - Oui. Le plus t�t sera le mieux.
Vous n'�tudierez pas Camus, n'est-ce pas ?
Mes �tudiantes sont tr�s curieuses.
Qui allez-vous �couter ?
J'y r�fl�chirais, si j'�tais vous.
M. Ostertag ? J'apporte votre linge !
Laissez-le devant.
Vous ne voulez pas ouvrir ?
Un instant !
- Vous sortez ? - Peut-�tre.
Merci beaucoup.
Ce que le Cercle faisait de mieux,
c'�taient les bals au Neumarkt Theater.
Quand il y avait du monde, on regardait � gauche et � droite,
on faisait le tour du quartier,
et quand la voie �tait libre, on se faufilait � l'int�rieur.
Il y avait le videur, assis � une petite table,
et il fallait lui montrer notre carte de membre.
Si on venait accompagn�, la carte ne suffisait pas.
Il fallait pr�senter son invit�, inscrire son nom,
et montrer son passeport.
Alors on pouvait passer et monter les escaliers.
Excusez-moi !
Ravi de vous voir ici.
- Qu'en pensez-vous ? - C'est incroyable.
Alors, les tourtereaux, vous voulez un verre ?
Oui ! On va pas se laisser mourir de soif.
- Merci. - Sant� !
� la v�tre.
Suivez-moi.
- Comment vous appelez-vous ? - Ernst.
- C'est votre pseudo ? - Mon Dieu non !
Je n'en ai pas non plus. Je d�teste me cacher.
Laissez-moi vous pr�senter Jean-Martin, Gian, Ernst.
Vous laissez pas avoir, du sang neuf lui fait toujours cet effet.
Ils racontent n'importe quoi.
On est les s�urs d�rang�es de F�lix !
C'est d'un vulgaire !
Vous ne pouvez que progresser !
Quelle ambiance ! On n'a jamais vu autant de monde !
Vous �tes l� aussi, vous ?
Pour une fois, vous pouvez �tre tel que vous �tes. Profitez-en.
Et comment �tes-vous ?
- S�rement pas aussi lourd que toi. - Oh, l�, l� !
On est jaloux, F�lix ?
Sant� !
Chers amis,
depuis la guerre, le Cercle s'est construit un r�seau de sympathisants
qui partagent tous le m�me r�ve merveilleux
de pouvoir nouer des liens dans l'amour et la libert�.
Depuis, gr�ce � nous,
de nombreuses autres fili�res ont vu le jour en France, en Allemagne,
en Scandinavie, et m�me en Am�rique, � Los Angeles.
Rolf �tait connu dans le monde entier comme fondateur du Cercle.
C'�tait un id�aliste.
C'�tait l'homme le plus int�gre que j'aie jamais connu.
Il avait environ 21 ans quand il a commenc� ses �tudes de th��tre.
Il a tr�s bien r�ussi.
Il est parti en Allemagne pour faire carri�re en tant qu'acteur
et s'est retrouv� face au c�l�bre Paragraphe 175.
En Allemagne, l'homosexualit� �tait un d�lit.
En 1933, quand Hitler est devenu Chancelier du Reich,
il est imm�diatement retourn� en Suisse.
En 1934, le Cabaret Cornichon ouvrait ses portes
et il en �tait d�s le d�but.
Rolf �tait un excellent metteur en sc�ne. Il �tait empathique.
J'ai �norm�ment appris de lui.
Il �tait �galement gentil, aimable et incroyablement juste.
Un grand personnage.
En 1957, � l'occasion du 25e anniversaire du Cercle,
800 personnes sont venues de toute l'Europe et m�me d'Am�rique.
C'�taient les seuls grands �v�nements m�diatiques gays au monde.
Les hommes parlent d'honn�tet�
Cela me fait sourire
L'amour se renouvelle sans cesse
Mais la fid�lit� est une �preuve
Ce qui m'appartenait hier
appartient aujourd'hui au pass�
B�nis soient l'amour et le vin
La v�rit� n'est pas l� pour survivre
Je ne sais � qui j'appartiens
Je suis trop bien pour me contenter d'un seul...
Si je suis honn�te avec toi...
Comment s'appelle-t-elle ?
- C'est un homme. - Vous plaisantez ?
Pourquoi un seul s'amuserait avec une telle beaut�...
C'est une femme !
On parie ?
J'en suis s�r. Cent francs !
Vous �tes fou.
S�rieusement ?
Je crois que je n'appartiens qu'� moi-m�me.
R�bi, tu as �t� absolument g�nial.
Du champagne, vite ! Je meurs de soif.
Je t'ai pr�sent� Ernst ?
- Je vais m'�crouler. - F�licitations. Je n'en reviens pas.
Bravo, ch�ri, tu es le meilleur. On peut te kidnapper une minute ?
Une telle cr�ature doit figurer dans notre album.
Cent francs, c'�tait beaucoup pour mon salaire de 650 francs.
J'ai perdu mon pari, bien s�r, mais peu importe.
C'est le meilleur investissement que j'aie jamais fait.
Je n'ai pas vu Ernst, je ne l'avais pas remarqu�, � table.
Il y avait trop de monde et j'�tais encore un peu sonn� par le show.
J'�tais assez indiff�rent.
Puis j'ai r�alis� que R�bi �tait partout,
tout le monde le connaissait, c'�tait la star du Cercle.
J'�tais s�r de n'avoir aucune chance.
Je ne pouvais pas lui faire des avances.
Ernst !
Je veux une fellation.
M. Ostertag !
M. Ostertag !
J'ai... lu Camus, pendant ce temps.
Impressionnant. Moderne. Un livre superbe !
Je vous conseille quand m�me de ne pas l'�tudier.
Une fois dipl�m�, ce sera diff�rent.
- Je tenais � vous le dire. - Merci.
Au fait : samedi soir dernier, je suis sorti au bowling.
Je peux compter sur vous ?
- C'est r�ciproque. - Merci.
Le dimanche soir, le Cercle avait organis� une autre r�union.
J'�tais invit� et j'esp�rais que R�bi serait l�.
Je suis arriv� un peu en retard,
tout le monde �tait d�j� l�.
Il ne restait qu'un si�ge, loin de R�bi.
J'ai cherch� un moyen d'attirer son attention.
J'ai tent� d'entamer la conversation
et j'ai remarqu� qu'il m'�coutait. La seule chose � faire selon moi
�tait d'inviter toute la clique chez moi le dimanche suivant.
Tout le monde est venu... Sauf R�bi.
Il n'est pas venu. Mon plan avait �chou� !
Je ne suis pas venu
parce que mon oncle m'a appel� d'Allemagne
pour m'annoncer sa venue � Z�rich.
Ma s�ur et moi devions l'occuper.
Je n'ai pas pu m'excuser aupr�s d'Ernst
parce que je ne connaissais ni son nom, ni son adresse.
Heureusement, quelqu'un savait o� travaillait R�bi.
Robert ! Tu peux commencer � nettoyer.
Le sol, aussi.
- Il y a un client. - Vraiment ?
Bonjour.
Bonjour !
C'est pour une coupe de cheveux.
Bien s�r.
- Bonjour. - Bonjour.
Je vous fais ma sp�cialit� ?
Je sais que mon patron qui venait d'Allemagne aussi,
ne m'aidait pas aupr�s des autorit�s.
Il disait qu'un "c�libataire endurci" ne m�ritait pas la citoyennet�.
O� va-t-on ?
C'est une surprise !
Personne n'�tait venu me chercher au travail...
On ne va pas te mordre.
- Salut, tout le monde. - Salut.
Salut !
Alors, �a va, gamin ?
Sue, voici Ernst.
Tu bois quoi ?
- Un petit sirop ? - Avec plaisir.
Un sirop ! T'es neuneu ?
C'est pas l'Arm�e du Salut !
Deux bi�res.
Alors, tu es prof ?
Et c�libataire ?
Moi aussi !
T'es c�libataire ?
Non, prof !
N'importe quoi. T'es bagagiste pour Swissair.
T'as peut-�tre "form�" un nouveau.
Sant� !
Toi, tu es pr�venu.
Tu peux aller vendre ta saloperie ailleurs, pas ici. Compris ?
Sors d'ici.
Maintenant, ou j'appelle la police !
La Suisse ! La police, toujours la police !
Allez vous faire voir.
Dehors !
Nom de Dieu !
En arrivant � Z�rich,
je pensais �tre dans la ville la plus lib�rale du monde.
On s'amusait tellement, c'�tait vivant !
On n'avait pas le sentiment d'avoir � se d�fendre
ou � se cacher. Pas du tout !
On pouvait aller au Barfuesser dans le Niederdorf.
C'�tait l'endroit le plus branch�.
Tout le monde y allait.
Les lesbiennes devant, les gays au fond.
Et parfois, l'inverse, bien s�r.
C'�tait le bar gay classique.
Il ne faut pas oublier
que la Suisse n'a jamais eu de Paragraphe 175.
L'homosexualit� entre adultes n'a jamais �t� un d�lit.
Elle jouait un r�le important, elle rendait Z�rich attirante.
En Allemagne, ce paragraphe a perdur� longtemps.
Les jeunes Allemands venaient le vendredi soir
et restaient jusqu'au dimanche, rattraper le temps perdu.
Il para�t m�me qu'il y avait un vol Lufthansa le vendredi soir
de Frankfort � Z�rich appel� le "Queen Hansa Express".
Z�rich est ainsi devenue une ville cosmopolite et sophistiqu�e.
On avait l'impression d'�tre � l'int�rieur du pays,
mais presque avec un pied � New York.
Tu as lu tout �a ?
Presque. Pourquoi tu me demandes �a ?
Je me demandais juste.
On ne se conna�t pas vraiment.
Et pour...
pour Emil ?
Il cherche � se d�barrasser de moi.
Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je dois rentrer. - Quoi ?
Chez ma m�re. Elle ne s'endort pas si je ne rentre pas.
Tu te fous de moi.
Tu peux me croire.
Tu viens petit-d�jeuner, demain ?
Sois discret.
Poule mouill�e !
� bient�t !
Mes parents sont arriv�s en Suisse en 1927
et je suis n� en 1930.
J'ai eu une enfance merveilleuse, insouciante,
jusqu'en f�vrier 1937, quand mon p�re est mort.
On s'est retrouv�s seuls.
Les veuves ne touchaient pas de pension. Surtout une �trang�re.
Ma m�re a donc d� s'assumer elle, ma s�ur et moi.
Elle effectuait des travaux domestiques le jour,
m�nage, lavage, repassage...
et la nuit, elle travaillait au vestiaire d'un th��tre.
Un caf� pour ma belle au bois dormant !
Quelle surprise !
- Bonjour. - Bonjour.
Entre !
Bonjour.
- Bonjour. - Ernst, voici ma maman.
Maman, je te pr�sente Ernst.
- Ernst. - Il a os� entrer dans l'ar�ne !
Bienvenue, Ernst.
Merci.
Chic, tu ne trouves pas ? C'est ma nouvelle robe de bal.
Elle est superbe.
Du caf�, Ernst ? Vous restez d�jeuner, n'est-ce pas ?
Oui, bien s�r !
Ensuite, on ira se balader, hein ?
R�bi me raconta comment il avait grandi,
comment il s'endormait presque au lyc�e,
parce qu'il livrait des pains t�t le matin.
Apr�s le lyc�e, il avait des r�p�titions
et parfois des spectacles le soir.
Sa famille n'avait aucun probl�me avec l'homosexualit� de R�bi.
Je n'�tais donc pas non plus un probl�me.
Ils �taient �videmment conscients de ce qu'il y avait entre nous.
Ma famille ne m'avait pas habitu� � �a.
Naturellement, je br�lais de conna�tre la famille Ostertag.
C'�tait �trange, pour moi, une famille intellectuelle,
plut�t ais�e, de bonne situation,
et compl�tement "Premi�re Classe" par rapport � nous.
J'avais vraiment h�te de rencontrer ses parents,
mais Ernst a dit : "Pas avant 10 ans".
- Bonjour ! - Bonjour.
Bonjour.
�a alors ! Un p�d� a �t� tu�.
Poignard�.
Oboussier. Un compositeur connu, je crois.
Jamais entendu parler.
Seigneur !
Je suis all�e le voir en concert.
Un homo reste un homo.
Tu sais comment en faire tenir 4 sur une chaise ?
Oui : tu retournes la chaise.
Quand tu imagines ce qu'ils se font...
M. Ottli !
C'�tait un gay qui ne s'assumait pas.
Pour lui, �a allait � l'encontre de son statut de musicien.
Merci.
- Du sucre ? - S'il vous pla�t.
Je ne le connaissais pas, il n'�tait pas membre du Cercle.
Mon Dieu !
Un coup de couteau dans le dos,
poignard� encore puis frapp� � la t�te avec une pierre.
Qui peut faire une chose pareille ?
Son assassin pr�sum�.
La piste nous a men�s � votre communaut�.
M. Stamm, j'aimerais vraiment pouvoir aider.
Mais vous savez qu'on n'a rien � voir avec �a.
Mais vous pouvez me dire par o� commencer.
Vous le savez mieux que moi.
M. Meier,
pourriez-vous ouvrir vos oreilles dans le Cercle ?
Il est dans votre int�r�t
que nous bouclions cette affaire au plus vite.
Tout le monde a appris, pour le meurtre,
mais quand on a su que c'�tait un crime homophobe
et qu'il s'agissait d'un prostitu�, �a nous a tous choqu�s.
On s'est dit : "Mon Dieu, qu'est-ce qui va arriver, maintenant ?"
Un d�tenu de 18 ans �vad� de sa maison de redressement.
Incroyable !
Au moins, ils l'ont coinc�. �a va se tasser.
Non, ce n'est que le d�but. �coutez �a :
"Le cloaque homosexuel de Z�rich �galement en faute."
Ce sera oubli� en une semaine.
"Chez lui, Oboussier
"l'a forc� � s'adonner � des pratiques sexuelles sp�cifiques."
Felix a raison : "La Mecque gay de Z�rich attire les prostitu�s,
"le cloaque de l'homosexualit�." Les prostitu�s sont tous des assassins ?
Non, mais c'est un probl�me. Vous savez ce que j'en pense.
Tout le monde n'est pas aussi bien loti que toi.
Rolf, je vais �crire � l'�diteur des NZZ. Une critique cinglante.
N'importe quoi !
Notre propre magazine, voil� notre arme !
C'est bien plus efficace !
Rolf, qui lit notre magazine ?
Personne, � part nous ! Personne !
Excusez-moi.
Je vous d�range ?
Pas du tout.
J'ai r�alis� que je voulais participer, pour aider le Cercle.
Au d�but, ils me confiaient des t�ches administratives
mais petit � petit, j'ai commenc� � travailler dans la r�daction.
Le magazine �tait trilingue
et nous savions que les censeurs lisaient le fran�ais, pas l'anglais.
Il y avait donc des passages un peu os�s dans la version anglaise.
Pas exactement pornographiques, mais presque.
Quand nous l'avons traduit en allemand, nous les avons retir�s
ou adoucis pour plaire � la police des m�urs.
Rolf n'�tait pas au courant de ce que nous faisions
parce qu'il ne parlait pas anglais.
Et puis, ce n'�tait pas du tout son style.
Rolf n'aimait pas particuli�rement le terme "homosexualit�".
Il pr�f�rait "homo�rotique".
Il m'a expliqu� que malgr� sa r�f�rence � la sexualit�,
ce mot d�signait l'�rotisme en g�n�ral,
pas seulement la sexualit�.
Pour lui, il fallait vivre avec un partenaire
et lui rester fid�le.
J'ai r�alis� que mon exp�rience de la sexualit� �tait tr�s diff�rente
de celle de mes amis gays. Ils m'en ont fait prendre conscience.
� l'�poque, la communaut� gay vivait dans une grande promiscuit�.
Il s'agissait presque d'une sous-culture,
qui autorisait les coups d'un soir � tort et � travers.
Cela me d�rangeait un peu.
Je me demandais comment on pouvait �tre tr�s amis
et avoir une vie sexuelle,
une vie amoureuse, c'�tait tr�s confus et chaotique.
J'en veux 20 de plus.
C'�tait pas le deal.
Maintenant !
T'as pris ton pied !
P�d� de merde !
Eh, du calme ! Du calme !
Je peux ?
Bien s�r.
L�, il joue Blanche Neige.
Il voulait toujours les r�les de femmes :
La reine Elizabeth, Iphig�nie...
�a ne me plaisait pas du tout.
J'imagine !
O� est-il, d'ailleurs ?
Il allait juste � la boulangerie.
Il va revenir.
Un jour, Leopold Lindtberg est venu et a dit :
"Vous avez un fils. Pourquoi ne pas me l'amener ?"
Ils cherchaient un gar�on pour jouer dans "Das Menschlein Matthias".
Et mon petit a d�croch� le r�le.
Quel joli petit gar�on !
Il aurait tellement aim� que son p�re le voie...
Son p�re aussi �tait un enfant tr�s sollicit�,
exactement comme le r�le que R�bi joue l�...
Que se passe-t-il ?
Gian...
Gian est mort.
Quoi ?
"Un employ� suisse assassin�."
Oh, mon Dieu ! Vous le connaissiez ?
Oui.
Nous �tions an�antis.
Un article assassin a �t� publi� sur cette organisation, "Le Cercle".
On parlait : "d'�normes soir�es et des bals fantaisistes."
L'id�al pour des prostitu�s venant de partout en Europe,
qui se font r�cup�rer � la gare par des membres du Cercle,
qui les emm�nent � leurs bals pour les pi�ger.
C'�tait la pire diffamation qui soit.
Une grande gueule stupide est en train de tout m�langer !
Il faut qu'on soit prudents.
Le public, Rolf ! Que fait-on du public ?
- Il est temps de s'exprimer. - Exactement.
Personne ne nous publiera.
Ils n'auront pas le choix. Je m'en occupe.
Ils ont le choix !
Il faut qu'on agisse, qu'on manifeste, qu'on proteste !
Cela ruinerait tout ce que nous avons accompli !
Si F�lix veut faire �a tout seul...
Il ne faut pas cr�er des tensions inutilement !
C'�tait notre strat�gie pendant la guerre.
Ta guerre � la con !
La guerre est finie !
Felix ! Felix !
Oui, et ben c'est vrai !
Le Cercle est ma maison. Je ne te laisserai pas la d�truire.
C'est ta maison ?
Pour moi, c'est une prison.
Felix ! Arr�te-toi !
Gian est mort !
Nos disputes ne le feront pas revenir.
La police a coinc� le tueur assez vite.
Avant m�me le proc�s, la presse ne cessait de parler
de ce pauvre gosse, un mineur,
viol� par d'abominables travestis et forc� de faire des horreurs.
Ils ont fait du criminel une victime et de la victime, un criminel.
Le juge a �t� si laxiste
que le meurtrier a pu sortir libre du tribunal.
La presse a fait les gros titres : "Le triomphe de l'humanit�".
La sentence a �t� un d�sastre.
Il a �t� acquitt� parce qu'on a suppos� qu'on l'avait forc�.
Le verdict a �t� prononc�,
ils ont laiss� partir. C'est incroyable.
C'est ce qui nous a le plus choqu�s.
J'ai aid� la police � le coincer.
Maintenant, mon nom est dans les journaux !
Ils devaient pr�server mon anonymat.
Rolf ! Plus d'infos aux flics !
Plus rien !
Si quelqu'un veut faire quelque chose de sens�,
il faut faire passer le dernier num�ro en Allemagne.
Et le coursier ?
Il a �t� arr�t�.
Fait chier !
Le Cercle est toujours dans le catalogue allemand ?
Tu crois que �a marchera ?
Le coursier faisait �a. Il passait la fronti�re,
sauf une fois, � Kreuzlingen.
C'est l� qu'il s'est fait prendre.
Pourquoi on ne laisse pas les gens vivre comme ils veulent ?
Aimer qui ils veulent et se marier comme ils le veulent ?
Homme ou femme !
Se marier ? Tu n'es pas s�rieux.
Les m�mes droits pour tous. Voil� mon communisme.
Bonjour !
Papiers, s'il vous pla�t.
Bonjour.
Rien � d�clarer ?
Non, rien, on fait une excursion.
Bien, bien...
une petite excursion.
- Alors bonne route. - Merci !
Une minute !
Ouvrez vos sacoches.
Eh ! Stop ! Stop !
Attrape-les !
Arr�tez-vous !
Attrape-les !
Je ne comprends pas !
Pourquoi avec Felix, ce cr�tin ?
Je savais que �a ne marcherait pas.
Felix n'est pas b�te.
Il pensait que ce n'�tait pas gard�.
Super !
Le courrier allemand est bloqu�, �a suffit pas ?
Ernst a �t� courageux.
Pendant la guerre, certains sauvaient des vies
en traversant le lac Constance.
Ce qu'a fait Ernst n'est pas courageux mais stupide !
Stupide ?
Ce genre de stupidit�s a d�j� sauv� des vies.
Ce n'est pas comparable, maman !
Pourquoi �a ?
Passer en contrebande des magazines interdits en Allemagne, un prof !
�a va sauver la vie de qui ?
Ernst ?
Dis-moi, il y a autre chose ?
La liste de distribution du Cercle ?
Oui.
Vous ne pouvez pas me demander �a.
C'est impossible !
On a un 3e meurtre sur le dos.
�a n'a rien � voir avec le Cercle.
Le coursier qui a �t� arr�t� en Allemagne
a balanc� l'endroit o� il r�cup�rait le magazine � Z�rich.
Bien s�r, dans nos bureaux.
Vous le savez d�j� !
Ce sont des cas sans rapport entre eux !
M. Meier, je respecte votre loyaut�.
Mais il va falloir coop�rer.
Non.
Alors on va devoir augmenter la pression.
L'homosexualit� n'est pas ill�gale dans notre pays.
- Vous avez oubli� ? - Non.
Mais on peut faire une liste.
Je pense...
que je ne te correspondrai jamais.
R�bi...
Tu es si intelligent !
Tu parles beaucoup de langues, tu as voyag�.
�a peut s'arranger, tu peux voyager et apprendre des langues.
Tu sais faire tant de choses.
Et tout a toujours du sens...
Je veux �a, moi aussi.
Accomplir quelque chose.
Mes propres chansons, mes musiques. Un programme en solo.
Je veux rester avec toi, Ernst. Toujours.
Vivre une vie normale avec toi.
Tu ne comprendras donc jamais ?
R�bi, il y a autre chose ?
Je n'arrive pas � faire abstraction, comme toi.
Je suis toujours jaloux.
De qui ? De F�lix ?
Tu n'as aucune raison de l'�tre, ce n'est pas une menace.
�a pourrait �tre enrichissant.
J'ai m�me imagin� qu'on pourrait avoir le m�me amant, toi et moi.
Ah oui ?
Et quand as-tu imagin� que tu me pr�sentais � tes parents ?
Je ne comprenais pas pourquoi Ernst ne m'emmenait pas les voir.
�a faisait deux ans que �a durait.
- Non, quelques mois, seulement. - Non, au moins un an.
J'attendais d'�tre invit�
� prendre le caf�, un dimanche.
M�re ? P�re ?
- Bonjour. - Bonjour, Ernst.
- Bonjour, m�re. - Ravi de vous rencontrer.
Pour la ma�tresse de maison !
Asseyez-vous.
Content de te revoir.
- Comment vas-tu ? - Bien.
- Les fleurs, tu vas... - Je vais m'en occuper.
Christine, tu viens ?
Donc...
M�re, p�re, je vous pr�sente R�bi Rapp.
Vous �tes le coll�gue de mon fils,
comme cette jeune femme, comment s'appelait-elle ?
Gabi Gerster.
- Non, je... - Ils ont fait leurs �tudes ensemble.
- Non, je suis coiffeur. - Oh, vraiment ?
On en a besoin aussi !
Christine !
- Bonjour. - Bonjour.
Bonjour.
On commence ?
- Voulez-vous du caf� ? - Volontiers.
- Je peux ? - Oui.
Ernst, tu as perdu du poids. Tu manges suffisamment ?
Personne n'a jamais parl� de ce que cela signifiait.
On a dit que c'�tait un bon ami
et qu'ils �taient tr�s proches.
Bien s�r, on pouvait supposer autre chose,
mais on ne demandait pas.
Ernst le cachait comme il pouvait.
Il inventait des histoires impliquant des jeunes filles,
pour qu'on pense qu'il se passait quelque chose.
Maintenant, il dit que c'�tait une couverture.
Et si on mentionnait quoi que ce soit
concernant ses relations physiques ou sa sexualit�,
il r�pondait cat�goriquement : je suis asexu�.
Mes parents m'ont dit, une fois,
que le d�veloppement sexuel passait par plusieurs phases.
Selon mon p�re,
on devient un homme
lorsqu'on fonde une famille et qu'on devient responsable.
Si on ne fait pas �a, on n'est bon � rien.
Et ma m�re en rajoutait une couche
en disant que ceux qui ne font pas �a restent pu�riles.
Des handicap�s �motionnels.
�a me blessait beaucoup.
C'�tait presque pire que d'�tre mis � la porte.
Salut, tout le monde !
Regardez �a.
C'est une blague ?
"Le g�rant assure qu'il n'y aura plus de f�tes homosexuelles
"dans cette propri�t� municipale".
Ordre de la police.
Je vais annuler le bal d'automne.
- Comment �a ? - Quoi ?
Vous pouvez venir chez moi.
C'est petit, mais c'est votre genre.
C'est mieux que rien !
Montrez-moi !
- Non, merci. - Pourquoi pas ?
Je veux chanter !
On n'est pas assez bien pour ce gentleman ?
Sue, on viendra. Avec grand plaisir.
J'ai dit non !
J'annule ! C'est trop dangereux.
Tu as parl� au g�rant ?
Tu ne comprends pas ? Il est oblig� !
Courageux ! D'autres n'oseraient plus se montrer.
Y a un raid tous les jours.
Tu crois que je le sais pas ? Allez, vite.
- C'est pas assez. - Quoi ?
C'est pas beaucoup pour le directeur d'une �cole de filles.
Je te pr�viens : pas un mot � quiconque.
Alors, ce bowling ?
Deux strikes et un triple.
Et les enfants ?
Ils vont bien. Ils sont au lit depuis longtemps.
Bien.
- Dors bien. - Toi aussi.
J'ai un mauvais pressentiment.
Tu n'as pas peur ?
Pas plus que de dire � ma m�re que j'ai un copain.
J'ai pas choisi mes parents.
Ils ne veulent pas l'entendre !
Et moi, j'ai envie d'aller sur sc�ne !
Chanter, ce n'est pas interdit.
Tiens.
Tu disais vouloir accomplir quelque chose.
Ce sont des po�mes que j'ai �crits. Tu pourrais en faire quelque chose.
"Je suis si �trange, Oh, ce que je suis �trange !"
Ernst, il faut que tu viennes.
Il le faut.
- C'est trop dangereux. - Tu viendras !
Si tu m'aimes, tu viendras !
Tout a commenc� � se d�grader.
Il y a eu des menaces.
Ils disaient savoir o� on se retrouvait et qu'ils viendraient.
Des groupes de brutes.
Nos amis se sont fait tabasser.
Tout le monde avait peur.
M. Ostertag, je voulais vous demander...
La Com�die Fran�aise vient � Z�rich.
Peut-�tre que vous voudriez sortir avec moi... Nous deux.
Je ne savais pas que...
�a pourrait �tre agr�able.
Qu'en pensez-vous ?
Vous pr�f�rez peut-�tre...
- L'inspecteur. Bonne chance ! - Merci.
Bonjour.
Merci.
Qui sait de quoi parle "Andromaque" de Jean Racine ?
Madeleine ?
- D'un amour d�sesp�r�. - Exactement.
Que feriez-vous si votre amour n'�tait pas r�ciproque ?
Verena ?
Je ne sais pas, peut-�tre que je me ferais du mal.
Vraiment ?
Ursula ?
Moi, non. Je me battrais pour mon amour.
Bien.
R�cr�ation.
M. Ostertag.
On vous recontactera.
- Bonne journ�e. - Au revoir.
Alors, on joue, maintenant ?
Il t'a pos� un lapin ?
Il a peur.
Allons, R�bi !
Alors, personne ne danse ?
Jean-Martin, toujours, pour toi !
Qu'est-ce que tu fais l� ?
Je brave l'interdit.
�coutez tous !
�coutez tous !
Il n'y a pas de show, ce soir.
Mais je vais chanter quand m�me.
Pour nous tous.
Pour le Cercle.
Mais avant tout pour Ernst, mon compagnon.
Je m'appelle Maud et j'aime les plantes rares
Qui ne poussent qu'au sud de l'�quateur
J'ai parfois envie de danser avec moi-m�me
Et jamais aucun homme n'a fait chavirer mon c�ur
Je suis si �trange
Oh, ce que je suis �trange
Si �trange que je ne sais m�me plus
Si je suis vivante
Ou seulement un r�ve
J'en viens � croire que je suis un ours en peluche
Je suis cette �trange femme sur la terrasse
Police !
Baumgartner.
Vous savez que vos bals ont �t� interdits.
On v�rifie les papiers de tout le monde.
Tout le monde, mettez-vous devant...
Pr�parez vos papiers. Silence !
Silence !
Personne ne part sans avoir montr� ses papiers.
Vous avez v�rifi� il y a trois semaines !
Seigneur...
Vite, attrape R�bi, barrez-vous !
Tous ceux qui n'auront pas de papiers iront au commissariat.
Vite, Ernst, par la fen�tre de la salle de bains.
R�bi !
D�p�che-toi !
Pense � ton travail. C'est ta seule chance.
Et R�bi, bon sang ? O� est R�bi ?
S'ils t'attrapent, nie tout !
Connards !
Ce qui s'est pass� pendant le raid est inimaginable.
Ils jetaient les gens dehors,
ils leur enlevaient leurs v�tements
pour les mettre nus en public,
et examinaient leurs parties intimes avec des gants en caoutchouc.
Il fallait se lever sur une chaise et enlever son pantalon.
Ils nous cherchaient des morpions avec une lampe, pour nous humilier.
Ceux qui n'avaient pas de papiers allaient au commissariat.
"Mon merveilleux gar�on."
Qui est M. ?
Balance, vite !
- Je sais pas. - Arr�te un peu.
Crache le morceau !
Allez, je veux des noms !
- Tu vois des prostitu�s ? - Certainement pas !
Tu es s�r ?
Et Ernst Ostertag ? C'est un prostitu� !
Quoi ? Ernst Ostertag est mon...
D�sol�, vous allez passer la nuit avec nous.
Que s'est-il pass� ?
M. Ostertag, on peut entrer ?
On a quelques questions.
- Quelle heure est-il ? - Cinq heures et quart.
Une lettre anonyme vous accuse de fr�quenter un prostitu� mineur.
- Quoi ? - Mon Dieu !
Vous connaissez R�bi Rapp ?
Pourquoi ? De quoi s'agit-il ?
Il dit que vous �tes homosexuel.
Eh ! Montrez-moi votre mandat !
Alors ? Vous l'�tes ?
Venez au commissariat demain matin signer votre d�position.
Je travaille.
On est ouvert toute la journ�e.
Au revoir.
Je tremblais de rage
et de peur, aussi.
En arrivant au commissariat,
il y avait du monde dans les escaliers,
certains du Cercle et d'autres que je reconnaissais.
Tous se tenaient l�, comme des b�tes vers l'abattoir.
Tout le monde �tait morose et j'ai r�alis�
qu'ils avaient organis� une �norme r�pression.
Vous voulez devenir professeur.
Oui.
Pour fa�onner les esprits...
Je vois que vous n'�tes pas encore dipl�m�.
M. Ostertag, veuillez regarder ces photographies.
Tout cela reste confidentiel.
Celui-ci, par exemple.
Je ne le connais pas.
Et celui-l� ?
Bizarre. Il dit que vous �tes son amant.
Vous ne le connaissez pas ?
Que se passe-t-il ?
Qu'est-ce que j'ai fait ?
Vous devez savoir que le 3e meurtre homophobe est non r�solu.
Alors, j'ai dit : "Vous me soup�onnez de meurtre ?"
Et c'�tait d�j� d�passer les bornes !
Il a fait un geste et deux policiers sont venus derri�re moi,
m'ont attrap� sous les bras et les ont bloqu�s dans mon dos.
Tout s'est pass� si vite !
Alors j'ai cri�, et l'un d'eux m'a frapp�.
Ma t�te a cogn� le mur, mais ils ne se sont pas arr�t�s.
J'�tais comme coinc� dans un �tau.
Alors ils m'ont dit que si je leur donnais du fil � retordre,
Ils pouvaient m'enfermer 24 heures
et appeler mon �cole le lendemain matin
pour dire o� j'�tais et pourquoi.
J'ai r�alis� que la police me faisait du chantage.
Il a dit qu'il devait prendre mes empreintes
et quand j'ai refus�, il m'a cogn� contre le mur, � nouveau.
- Tu ne veux pas attendre dehors ? - Non.
Je t'ai dit que je resterais avec toi.
Vous n'avez aucune tendance homosexuelle
et ne reconnaissez personne ?
C'est la troisi�me fois !
- Romy, c'est bon. - Non, ce n'est pas bon !
Nous refusons d'�tre trait�s comme �a.
Ne vous offusquez pas, Mme Sieber. C'est pour le dossier.
Il y a autre chose dans votre dossier.
C'est votre �criture, n'est-ce pas, M. Sieber ?
Un jeune homme avait cette note sur lui.
Je vous laisse deviner quel genre d'homme, M. Sieber.
Tout � fait charmant.
On va avoir des probl�mes.
L'avocat du Cercle est l� !
C'est tout pour aujourd'hui.
Veuillez signer ici.
Mon Dieu...
Toi aussi ?
Maintenant, ils savent tout.
C'est le moment !
C'est de ma faute...
Ils ont dit que tu �tais un prostitu� et...
�a m'a �chapp�.
Quels connards !
Partons !
Partons !
Partons loin, tr�s loin !
On n'est pas des criminels.
On n'est pas des criminels.
Tu sais quoi ?
On restera ensemble pour toujours.
Tu as entendu ?
Pour toujours.
Maman, o� tu vas ?
S'il te pla�t...
Mais c'est pas les vacances !
Romy, je t'en prie !
S'il te pla�t...
Venez, les enfants, on y va.
Reste l�.
Venez.
Au revoir, papa.
Viens, tout de suite.
Son revolver a d� tirer tout seul...
pendant qu'il le nettoyait.
C'est un choc pour nous tous.
Mais je dois vous demander
de continuer � travailler comme d'habitude.
Une minute !
On ne peut pas faire comme si de rien n'�tait.
Que voulez-vous dire ?
On connaissait tous Max Sieber.
Max Sieber...
Tout le monde sait que Max Sieber savait manier les armes � feu.
Il ne peut pas s'agir d'un accident.
Il aimait la vie.
Mais il ne voulait probablement pas continuer � vivre
dans un monde qui refusait...
d'accepter le fait...
que certaines personnes sont diff�rentes des autres.
M. Sieber s'occupait de �a.
J'ai lu ce qu'il a �crit sur vous.
Un rapport brillant !
Voil�. F�licitations.
Merci.
Des menaces sans arr�t, des articles de journaux, des raids...
Le Cercle n'avait plus nulle part o� se retrouver pour danser.
Au m�me moment, les lois changeaient en Hollande et au Danemark.
L�, ils commen�aient � publier des magazines un peu risqu�s.
Le Cercle a perdu tellement de membres
qu'il n'a pas surv�cu.
On n'avait pas le choix. On a d� fermer.
L'organisation a �t� dissoute � la fin de l'ann�e 1967.
Autre chose ?
Non.
Alors, je m'en vais.
Rolf, merci pour tout.
Fredi, prends soin de toi.
� plus, tout le monde.
� plus.
Trente-quatre ans.
Trente-quatre ans disparus dans les airs.
Rolf ! �a continue !
En Allemagne, en France, aux �tats-Unis.
Et... On veut quelque chose de nouveau.
Prends soin de toi.
� plus.
� plus.
Fredi...
Br�le toutes les adresses.
Merci.
Fredi nous a dit que Rolf avait fait une d�pression nerveuse
et passait ses nuits � pleurer.
Il a d� aller � l'h�pital.
On est all�s le voir
et lui dire au revoir.
L'�re du Cercle �tait r�volue pour de bon.
Mais les plus jeunes ne voulaient pas abandonner.
On s'est r�unis pour publier un nouveau magazine.
On n'avait plus le droit d'utiliser le nom "Cercle",
alors on a juste pris le num�ro de l'ann�e suivante : Club 68,
sans savoir � quel point cette ann�e serait importante.
Avec le grabuge � Z�rich, la police avait autre chose � faire.
Elle �tait trop occup�e pour venir nous chercher
alors on s'est regroup�s.
O� est-ce qu'on va ?
Allez, dis-moi !
Qu'est-ce qu'on fait l� ?
Tu ne veux pas ouvrir la porte ?
Pas dans les escaliers !
Ernst, tu peux mettre le couvert ?
C'est bient�t pr�t ?
J'apporte le th�.
Ernst a v�cu cette double vie
m�me apr�s sa retraite, jusqu'� la mort de notre m�re.
Pour ses 70 ans, en 2000, on a re�u une invitation
� un �v�nement dans un petit th��tre.
C'est l� qu'il s'est d�voil�.
Il �tait temps, a-t-il dit, de f�ter �a avec...
ses amis et parents.
C'�tait une surprise totale.
On s'est dit qu'il aurait pu nous le dire plus t�t.
On �tait si habitu�s � se cacher,
que l'id�e m�me d'une... union officielle,
que celle-ci soit un jour possible, ressemblait � un r�ve.
C'�tait compl�tement impensable.
Je m'appelle Maud et j'aime les plantes rares
La pens�e du mariage, ce mot, m�me,
nous �tait si �trang�re, qu'on �tait tous choqu�s.
... danser avec moi-m�me
Et jamais aucun homme n'a fait chavirer mon c�ur
Je ne mange ni ne bois, je papillonne
Quand je repense � tout ce qu'on a travers�,
je me dis qu'on a eu de la chance de survivre.
Je suis exotique comme la m�duse des mers du sud
Je suis la femme dont r�vent tous les jeunes hommes
Je suis si �trange
Oh, ce que je suis �trange
Si �trange que je ne sais m�me plus
Si je suis vivante ou seulement un r�ve
J'en viens � croire que je suis un ours en peluche
R�bi et Ernst ont �t� le 1er couple homosexuel � se marier en Suisse.
Ils vivent toujours ensemble � Z�rich.
Traduction : Guillemette Roy
Sous-titrage : RGB
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