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- Du cÎté de l'actualité judiciaire aujourd'hui,
GuylÚne Bien-Aimé marque l'histoire en devenant
une des rares femmes noires Ă ĂȘtre assermentĂ©e
et en devenant du mĂȘme coup partenaire
avec George Thomas & Sons,
une des plus grandes firmes d'avocats au monde.
Ici Robert Trépanier, à Montréal.
(cris de joie)
- On a fait l'histoire! (cris de joie)
- Bravo! - Vraiment!
- C'est un grand moment. - Merci!
Merci! Ha! Ha!
Merci infiniment. Merci infiniment.
(Ă voix basse) Oui!
- âȘ Femme de rĂȘve âȘ
âȘ Femme d'espoir heureux âȘ
âȘ Comment puis-je faire âȘ
- C'est un trĂšs gros client.
- âȘ Pour ĂȘtre plus prĂšs de vous âȘ
- Ha! Ha!
- âȘ En restant libre? âȘ
âȘ Va voir au bout des rues, va dans la ville âȘ
âȘ Viens voir de prĂšs ces femmes multicolores âȘ
- Merci.
Mmm!
Excusez-moi.
Je pourrais vous en prendre une?
Merci.
- âȘ Comment puis-je faire âȘ
âȘ Pour ĂȘtre plus prĂšs de vous âȘ
âȘ En restant libre âȘ
(musique sifflée)
(cris de bébé)
(pleurs)
(cris de bébé)
(cris de bébé)
(pleurs)
(cris de bébé)
(pleurs du bébé) - Ah!
(pleurs)
(cris)
(pleurs)
(pleurs)
- Pleure pas, pleure pas.
Non, pleure pas.
(pleurs) Ah! Ca va.
(soupir mécontent) Franchement, Suzanne.
Tout le monde te cherche.
- Si la maison était pas aussi grande aussi.
- Madame, le souper est prĂȘt.
Bonsoir, Suzanne! - Bonsoir, AdĂšle!
- On arrive tout de suite. Merci.
- Vous devriez mettre des intercoms.
Ce serait plus pratique.
- "Intercom" est un anglicisme. Interphone est le mot juste.
Allez, tu nous rejoins?
- Hmm-mm.
- J'aurais pas dĂ» garder cette photo-lĂ . Je m'excuse.
- Non, non. C'est correct que tu l'aies gardée.
(musique douce au piano)
(brouhaha des conversations)
- Ha! Ha! Ha! Ah, t'aimes ça, ça?
- J'ai donné ma candidature.
- Oui, oui, oui, mais qu'est-ce que le réel?
Non, non! Le réel existe-t-il vraiment, là ?
Car qui peut décréter la réalité...
- Papa!
- ...le fait véridique, proclamer la vérité,
sans y ajouter sa propre perception?
On ne voit bien qu'Ă travers ses yeux.
Donc, sommes-nous contaminés
d'une façon autant négative que positive
par le prisme de notre propre réalité?
- Anderson, avec tes monologues, tu nous fais chier.
(rires)
- C'est ma fĂȘte, c'est moi qui parle.
- Ah!
- OK, si je fais ceci, regardez bien.
Qui peut me dire ce qui vient de se produire?
- Chéri... - On lÚve la main.
Oui? - Une fourchette est tombée.
- TrĂšs juste, mais simpliste.
- Oui.
- Tu as laissé tomber une fourchette.
- Déjà , c'est différent.
- Oui, mon amour.
- Tu as bousillé mon tapis.
(rires)
- Bon!
Suzanne? Qu'est-ce qui s'est passé?
- Il s'est passĂ© que t'adores ĂȘtre le centre de l'attention.
- Et voilĂ ! (rires)
- Alors, Suzanne, tu travailles toujours
pour le service de police?
- Non, plus maintenant.
- Ah? T'as ouvert ton propre cabinet?
- Non.
- Tu... tu prends une pause?
- Non.
- Suzanne...
- GuylĂšne?
- ArrĂȘte de faire ta mystĂ©rieuse.
Suzanne est psychiatre en chef
dans une prison.
- Je ne suis pas psychiatre en chef et ce n'est pas une prison.
- C'est l'Institut psychiatrique Mont-Royal.
- Ah! Ouh! HĂ©! Je te lĂšve mon chapeau.
Travailler dans un endroit comme ça, c'est...
- Quel chapeau?
- Non, mais des tueurs, des pédophiles,
des violeurs,
des anomalies de la société, en bout de ligne.
Un endroit comme ça,
c'est un peu la poubelle de la société, non?
- Tu serais surpris de ce qu'on peut trouver dans une poubelle.
- Merci. - (Anderson) Anomalie!
Qu'est-ce que la normalité versus l'anormalité?
Qui est normal et qui ne l'est pas?
Tout est anormal jusqu'Ă tant qu'on le comprenne.
Le monde est fou.
(musique lente au piano)
- âȘ I'm the one for a good time call âȘ
âȘ Phone's blowin' up Ringin' my doorbell âȘ
âȘ I feel the love, I feel the love âȘ
âȘ 1, 2, 3, 1, 2, 3, drink âȘ
âȘ 1, 2, 3, 1, 2, 3, drink âȘ
âȘ 1, 2, 3, 1, 2, 3, drink âȘ
âȘ Throw'em back 'til I lose count âȘ
âȘ I'm gonna swing âȘ
âȘ From the chandelier âȘ
âȘ From the chandelier âȘ
âȘ I'm gonna live âȘ
âȘ Like tomorrow doesn't exist âȘ
âȘ Like it doesn't exist âȘ
âȘ I'm gonna fly âȘ
âȘ Like a bird through the night âȘ
- On y va, Suzanne?
- Oui.
- Tiens. - Merci, AdĂšle.
Quoi? - Rien.
On y va? - Oui.
- Merci, maman. - Bonne fĂȘte, papa!
- Merci Ă toi.
Bon retour. - Oui.
Bye, toi. - Bonne fĂȘte, papa!
- Bye, ma Suzanne. - Bon retour.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
- Soyez prudentes, hein? - Oui.
- Bonjour! - Bonjour.
- Carte de points? - Oui.
- Carte d'identité? - Oui.
Ca sera pas long.
Je l'ai, je l'ai. - Ha!
VoilĂ .
- Vous avez beaucoup de points. Voulez-vous les utiliser?
- Ah? Oui. J'ai combien?
- Vous en avez pour 632$.
- Euh...
Bien oui, je vais les prendre.
Et je vais prendre ça aussi, tiens.
- Sont vides, celles-là . C'est de la décoration.
- Oui, je me disais ça.
- Mais vous pouvez prendre celles qu'il y a en dessous.
- Oui. D'accord.
- Madame, vous oubliez ça.
- Oui.
- Bonne soirée! - Oui.
(musique douce au piano)
Merde...
(sonnerie de texto)
- (Mortimer) Je suis lĂ dans 5 minutes.
(vrombissement)
(rap français)
- Ca va?
- Ca va. Toi? - Ouais.
(vrombissement)
Un autre incroyable lundi qui commence!
- Hmm-mm.
Tiens. Pour la semaine passée.
- Ah, non, j'habite à cÎté. Ca va, ça me fait plaisir.
- Moi aussi, ça me fait plaisir.
- Non, mais ça va, t'inquiÚte.
VoilĂ .
- PrĂȘte Ă affronter une nouvelle semaine, Dre Bien-AimĂ©?
- Oui. - C'est cool.
Je peux te poser une question, Dre Bien-Aimé?
- Mortimer... - Ouais?
- Quand on est juste toi et moi, tu peux m'appeler Suzanne.
- Merci. Ca m'arrange. MĂȘme moi, je trouvais ça bizarre.
J'étais pas à l'aise. Je le sentais pas. Enfin...
- Suzanne, c'est bien. - TrĂšs bien. Parfait! Ca me va.
Mais...
c'est vrai que t'étais dans la police avant?
- Hmm-mm.
- T'as fait crimino plus médecine?
- Plus une majeure en psycho.
- Et comment ça se fait que tu t'es retrouvée dans ce trou?
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Bien, ça se bouscule pas
pour travailler chez les fous, encore moins Ă l'aile D.
(Elle s'éclaircit la voix.)
- Bien, on...
on m'a fortement recommandé de...
de quitter le service de police.
- Ah ouais? Pourquoi?
- Parce que...
il y a deux ans, j'ai perdu ma femme
et ma fille dans un accident.
J'ai un peu perdu la raison en mĂȘme temps.
Puis honnĂȘtement, je sais pas si je vais la retrouver, donc...
je suis exactement au bon endroit Ă l'aile D.
- T'es lesbienne?
- Attends. Dans tout ce que je viens de te dire,
c'est ça que t'as retenu?
- Non, oui, pardon. Non, pardon.
Désolé. Oui, c'est vrai. N'importe quoi. La honte.
- Ca va. - Mes condoléances, déjà , avant.
Je suis désolé. Non, c'est... - C'est correct.
- Non, je suis désolé. Vraiment.
Mais t'es lesbienne ou pas? (rires)
- Oh, mon Dieu!
- J'insiste un peu, mais je...
- T'es con! - Oui, je suis con.
LĂ , oui. - Mais t'es vraiment un con.
- Oui, je suis trĂšs con. - C'est un bon niveau.
- Le roi des cons. Y a aucun souci avec ça.
Tu peux tamponner, tu sais. - C'est sûr.
- Validé! (rires)
- OK, je peux te poser une question moi aussi, alors?
- Ouais. - Qu'est-ce que t'as ici?
Excuse. - Ah! Non, ça, c'est rien.
Je me suis bagarré avec mon rasoir.
Non, mais je ne sais plus ce qui s'est passé, sincÚrement.
Ca n'a pas trop d'importance, tout ça.
- OK. J'ai une autre question, d'abord.
C'est quoi, tout ça?
- Ah! Oh! Oui, ça, c'est rien. Mets ça derriÚre.
En fait, c'est juste des compils que je fais moi-mĂȘme.
J'aime bien. Ca...
- Mais qui grave encore des CD?
- Moi.
- Bien, c'est complĂštement chou. On en met une?
- Non, non, non. Par contre, non.
J'ai des goûts particuliers. Franchement, c'est...
C'est des comédies musicales, c'est des saloperies.
Tu ne voudras plus me parler. - Mais non! J'aime tout, moi.
- Ouais... - T'inquiĂšte.
- âȘ I'm singing in the rain âȘ
âȘ Just singing in the rain âȘ
âȘ What a glorious feeling âȘ
âȘ And I'm happy again âȘ
âȘ I'm laughing at clouds âȘ
âȘ So dark up above âȘ
âȘ The sun's in my heart âȘ
- Wow!
(rires)
Je m'excuse. C'est pas drĂŽle. Ha! Ha! Ha!
Hé, je m'attendais pas à ça.
- âȘ Come on with the rain, I've a smile on my face âȘ
âȘ I walk down the lane âȘ - Wow!
- âȘ With a happy refrain âȘ
- âȘ Just singing, singing in the rain âȘ
âȘ Dancing in the rain âȘ
(boucan du train)
âȘ I'm happy again âȘ (klaxon)
(sirĂšne d'alarme) (sirĂšne d'ambulance)
(klaxon) (sirĂšne d'ambulance)
- HE!
HE!
Vous ĂȘtes ou?
(cri)
Non! Non!
(rires)
(Il éteint la musique.)
- Laisse-moi tranquille! - M. Dallaire, calmez-vous.
(coups de klaxon) Posez votre bouteille.
Ca va bien aller. Respirez avec moi. Respirez avec moi.
- C'est pas un de nos patients?
- Oh, putain! C'est M. Dallaire.
(coups de klaxon) - Ote-toi! Ote-toi!
- M. Dallaire! M. Dallaire!
M. Dallaire! - OK, qu'est-ce qui se passe?
- Vous le connaissez? - Bien oui.
- Oui, c'est son patient. Elle est psychiatre. T'es qui, toi?
- André.
C'est ma premiÚre journée. Je sais pas ce qui s'est passé.
Il était correct et d'un coup, il s'est mis à paniquer.
Je suis vraiment désolé. - Je vous connais pas, toi!
- Hop, hop, hop! Du calme, du calme. On respire, M. Dallaire.
On respire, d'accord?
Vous me reconnaissez. Moi, c'est Mortimer.
Je travaille Ă l'Institut Mont-Royal avec vous.
- Il a essayé de m'enlever.
- Non. Non. Il a pas essayé de vous enlever, M. Dallaire.
Il a pas essayé de vous enlever. C'est André.
C'est un nouvel intervenant. Tout va bien.
(musique de cornemuse) (coups de klaxon)
- Je veux retourner. OK?
- Parfait!
- Mais lĂ , ma bouche est...
- Là , vous crachez beaucoup? C'est ça qui se passe?
- Oui. Oui. Mais c'est normal.
Ca, c'est la nouvelle médication.
Vous allez hyper... vous allez saliver beaucoup.
Puis dans vos Ă©motions, ça va ĂȘtre beaucoup aussi.
Tout ça est normal. - OK.
Oui. HĂ©!
Non, non, non, non. - OK.
Restez ici, s'il vous plaĂźt. M. Dallaire?
Regardez-moi. Ici. Avec moi.
On va déposer la bouteille, OK? - Euh, je le sais pas.
- On dépose la bouteille.
Parce que lĂ , c'est dangereux, vous pouvez blesser quelqu'un.
Je pense pas que c'est ça que vous voulez.
- Non. - OK, on va le faire ensemble.
- OK.
- On la dépose.
- OK. - Tranquillement.
TrĂšs bien. Ca, c'est bon.
(Elle pousse la bouteille du pied.)
Vos vĂȘtements, savez-vous ils sont ou?
- Je sais pas. (sirĂšne d'ambulance)
- Vous savez pas? (cri)
C'est normal, il y a beaucoup de sons en ce moment.
(cris) Restez avec moi, monsieur.
- Svp, monsieur, il va falloir arrĂȘter de klaxonner un peu.
- C'est parce que c'est long. - Oui, il y a une situation, lĂ .
Donc, ça sert à rien de klaxonner, ça rajoute rien.
(Il klaxonne.) Connard.
- Est-ce que vous voulez qu'on apporte des renforts?
- Laissez-moi quelques secondes avec lui, OK,
s'il vous plaĂźt?
Est-ce que vous pouvez gérer la circulation en attendant?
Ca m'aiderait. - Oui, je peux faire ça.
- Merci. M. Dallaire, on va retourner Ă l'institut, OK?
OK? Ca va ĂȘtre plus calme. Vous allez ĂȘtre mieux lĂ -bas.
- Vous ĂȘtes capable de marcher, M. Dallaire?
- C'est trop fort. Tout ça, c'est trop fort.
- Je comprends. Je vais vous donner un coup de main, OK?
Oui? Allez, ça va bien se passer.
Allez, on va faire ça ensemble, OK?
Allez, vous ĂȘtes prĂȘt? Allez, 1, 2, 3!
- Je vole. - Eh oui!
- Wouh-ouh!
- On va l'amener Ă la van, s'il vous plaĂźt.
- OK.
(musique sombre)
(musique sombre)
(déverrouillage automatisé)
- Est-ce que tu peux aller jeter un oeil sur M. Dallaire?
- Dre Bien-Aimé. - Un instant.
Je vais aller rencontrer l'infirmiĂšre de liaison
pour le nouveau patient, puis je vous rejoins aprĂšs.
- On a un nouveau patient? - Oui.
Il Ă©tait supposĂ© ĂȘtre Ă l'unitĂ© d'expertise, mais ils sont full.
- C'est toi qui vas l'Ă©valuer? - Et ĂȘtre son mĂ©decin traitant.
- Dre Bien-Aimé. - Oui.
- Ca rigole pas. Bon, Ă toute. - Merci pour tantĂŽt.
- Oui!
- Je vous ai fait faire une carte.
Vous n'aurez plus besoin d'avoir une carte "visiteur".
Ca m'achalait, ça. - C'est bien gentil, ça. Merci.
- Ca me fait plaisir. - OK.
(sonnette) - Oh non!
- Quoi? (Elle déverrouille.)
- C'est quoi donc
le pronom, lĂ , pour pas de genre?
- Pronom non-binaire? - Oui.
- Iel? - Oui. Iel, iel.
Iello, Claude! - Salut, Diane!
- Merci pour la carte, Diane.
- Bonne journée, Claude. - Bonne journée, Dre Bien-Aimé.
- Y avait-tu besoin de la salle de soins aujourd'hui?
- Hum... Iel va s'en passer.
- Ah. - Merci, Diane.
Passe une belle journée. - Merci.
- Bonjour!
Excusez-moi. On a eu un petit incident ce matin.
- Une erreur de médication, c'est pas un incident.
- Je pense que ce serait mieux qu'on en reparle tantĂŽt.
- Je pense que ce serait mieux
de dire une erreur de médication.
- Ah ouais? T'es psychiatre?
Je savais pas que t'avais fait médecine, Emilien.
Peux-tu m'expliquer l'effet de la clozapine sur un patient?
- Vous me le dites si je dérange?
- Non, pardon. Allez-y.
- Accrochez-vous, y a du stock.
Comme vous savez, votre nouvel arrivant,
Charles Villeneuve, c'est un patient qui est connu
du grand public, qui est en attente de procĂšs
pour avoir détourné plus de 15 millions de fonds
plus extorsion, manipulation, fraude,
fabrication, usage de faux, abus de confiance, name it.
- Oui, oui, on regarde la télé, merci.
- Veux-tu parler Ă ma place, toi?
- Pardon, allez-y.
- MĂȘme s'il y a aucun historique de violence physique comme tel,
ça reste un patient assez énigmatique.
Il y a deux semaines, exemple, il est arrivé un petit incident.
M. Villeneuve et l'infirmiĂšre
du centre de détention ou il était
se sont fait prendre en train d'avoir une relation sexuelle
et de prendre des médicaments
qui étaient réservés à d'autres détenus.
- Attendez. En prison, ça?
- Oui, une histoire de fou.
- Puis, est-ce qu'elle était obligée de faire ça avec lui?
- Ou bien, c'est elle qui l'obligeait, lui?
- L'infirmiÚre aurait fait ça de maniÚre consentante.
La police va nous envoyer un rapport.
On en saura sûrement un peu plus.
- OK, merci.
Puis là , l'avocat de la défense plaide la non-responsabilité?
Pour un crime économique, c'est assez rare.
- Ils ont déjà un diagnostic de non-responsabilité
du psychiatre qu'ils ont engagé au privé.
Mais le tribunal ordonne une contre-expertise
et M. Villeneuve a accepté de venir ici se faire évaluer.
- D'accord, mais c'est quoi le diagnostic, exactement?
- Psychose délirante, dépression majeure,
épuisement relié au décÚs de sa femme.
- OK, sa femme est décédée.
- Noyade il y a deux ans.
Les crimes économiques sont arrivés aprÚs.
- OK.
- Comme je vous disais, y a du stock.
- Dre Bien-Aimé!
Tu veux le rencontrer ou, le nouveau patient?
- Est-ce qu'on peut se parler de M. Dallaire, s'il vous plaĂźt?
- Un instant, Emilien.
Installe-le dans mon bureau, s'il te plaĂźt.
- OK. Et tu veux que je sois présent dans la piÚce?
- Il faut vraiment qu'on parle. - Oui, j'ai entendu.
Hum... Reste l'autre cÎté de la porte.
Garde ses contentions aux mains.
Puis peux-tu faire en sorte qu'il soit en contact
avec aucun autre patient pour l'instant?
- Ca marche. - Je n'ai pas toute la journée.
- Et lĂ , maintenant, tu veux que je reste?
- Non, c'est bon, merci. - OK.
- Je t'écoute, Emilien.
- Ha! HĂ©, arrĂȘte de jouer à ça avec moi, hein!
- Et je joue Ă quoi avec toi?
- "Je t'écoute, Emilien."
Dire mon prénom comme ça, comme pour me prendre de haut?
- Je t'appelle Emilien parce que tu t'appelles Emilien, Emilien.
Si ça te plaßt pas,
dis-moi comment je dois t'appeler et je vais le faire.
Puis je me considÚre pas du tout supérieur à toi.
Au contraire, j'ai l'impression que c'est toi
qui, d'emblée, a un a priori contre moi ou ma fonction.
- Je n'ai absolument rien contre toi.
C'est pas mon problĂšme
si t'es trop émotive pour travailler ici.
- Alors, le fait que je sois trop émotive fait
que je donne des mauvaises médications?
C'est ça, le raisonnement?
- Ca va pas du tout, M. Dallaire,
depuis que vous avez changé sa médication.
C'est un patient avec qui on a beaucoup travaillé
pour arriver Ă le stabiliser.
C'est pénible, ce que vous lui faites subir.
- M. Dallaire fonctionnait bien
parce qu'il était pratiquement drogué.
En plus, son ancienne mĂ©dication ne l'aidait mĂȘme pas
avec ses hallucinations.
Ca, c'est pénible. - Ah! D'accord.
Donc, vous ĂȘtes en train de dire
que l'ancien psychiatre, qui était une sommité
dans son domaine, l'assommait volontairement.
- A l'Ă©poque, ça devait ĂȘtre un traitement trĂšs appropriĂ©,
mais plus maintenant, non.
- Ce matin, ç'aurait pu ĂȘtre trĂšs grave.
- Tu ne l'as pas aidé en le laissant sortir
avec un nouvel intervenant.
Je vous avais prévenu qu'il serait fragile.
Ca l'a complÚtement désorganisé.
- Ce n'est pas le nouvel intervenant, le problĂšme.
C'est la médication.
- M. Dallaire était surmédicamenté.
C'est quelqu'un qui peut ĂȘtre traitĂ©, qui peut s'en sortir,
puis qui a le droit de vivre dans la réalité.
Puis oui, ça va impliquer quelques cafouillages au départ,
mais c'est notre devoir de l'aider.
- Tu ne le connais mĂȘme pas, ce patient. Tu viens d'arriver.
- Mais toi non plus, tu ne le connais pas.
Ce que tu connais, c'est une version zombie de M. Dallaire.
LĂ , on va traiter la vraie personne derriĂšre.
- TrĂšs bien.
Eh bien, bonne chance avec vos expérimentations.
- La chance à rien avoir là -dedans, c'est de la médecine.
Maintenant, je t'avertis, Emil... toi...
je t'avertis, toi,
je vais pas accepter que tu questionnes mes diagnostics.
Ton rÎle, c'est d'évaluer la dangerosité des patients...
(déverrouillage automatisé)
Super...
Puis?
- Bien, il est trĂšs gentil, trĂšs calme, trĂšs poli.
Il a mĂȘme pleurĂ©.
- OK.
Il s'est assis sur ma chaise.
- Il se prend pour un médecin ou quoi?
- Bonjour, M. Villeneuve.
Dre Bien-Aimé.
Comment ça va?
- Ca fait plaisir de vous rencontrer.
- Alors, moi, je suis psychiatre.
C'est moi qui vais ĂȘtre en charge de votre Ă©valuation.
- Bien-Aimé?
C'est assez rare pour une Blanche ou...
vous ĂȘtes haitienne? - Si on veut.
- Vous ĂȘtes nouvelle ici?
- Oui, mais pas dans le métier.
M. Villeneuve, vous ĂȘtes en droit de savoir
que vous ĂȘtes en observation ici.
Donc, tout ce que vous allez faire, tout ce que vous allez
dire Ă moi ou au personnel
peut ĂȘtre utilisĂ© Ă votre procĂšs.
- Vous ĂȘtes heureuse de travailler ici?
- Est-ce que vous comprenez ce que je viens de vous dire?
- Vous avez l'air tellement triste.
Vos yeux. On dirait que vous avez beaucoup pleuré.
Vous ĂȘtes au dĂ©sespoir?
- Comprenez-vous ce que je viens de vous dire? C'est important.
- Pardon.
Je suis ici de mon plein gré.
Je suis affamé, par contre.
- Oui, le dĂźner s'en vient. Vous allez pouvoir manger.
Est-ce que vous avez des questions pour moi?
(profond soupir)
- Oui. Est-ce que je pourrais aller Ă la bibliothĂšque?
- Non. Vous allez ĂȘtre confinĂ©
pour les premiers jours Ă votre chambre.
Par la suite, on va voir comment ça se passe.
- Mais pourquoi je serais confiné à ma chambre?
Je suis ici de mon plein gré. J'ai jamais fait mal à personne.
Je suis pas un danger Ă ce niveau-lĂ .
- Vous ĂȘtes accusĂ© de crimes graves.
- Je sais. A ce moment-lĂ , j'Ă©tais pas moi-mĂȘme.
Et ce sont pas des "crimes",
comme vous dites, ou j'ai blessé des gens physiquement.
- Puis qu'est-ce qui est arrivé avec l'infirmiÚre
au centre de détention?
- C'est un malentendu.
C'est une femme fragile. Moi aussi, je l'étais.
Elle m'a charmé. Vous connaissez le reste.
- J'aimerais ça que vous m'en parliez un peu.
- (retenant ses larmes) C'est France qui, elle-mĂȘme...
s'est dite amoureuse de moi.
Puis...
elle m'a dit qu'elle pouvait m'aider Ă sortir de prison.
(soupir d'impuissance)
Je l'ai sincÚrement aimée.
- C'a pas dĂ» ĂȘtre des moments faciles pour vous.
- (chuchotant) Non. Effectivement.
- OK. Bien, on va vous laisser arriver.
On va se reparler de tout ça.
Est-ce que vous avez d'autres questions pour moi?
- Combien de temps je vais devoir rester ici?
- Le temps nécessaire pour vous évaluer.
- Est-ce que c'est vraiment obligatoire?
Est-ce que c'est vraiment obligatoire, ça?
- Pour l'instant, il faut les garder.
Mais comme je vous disais,
si ça se passe bien, on va vous les enlever.
- Je suis pas dangereux, sacrament!
- Assoyez-vous.
- Je m'excuse.
Je m'emporte.
C'est que c'est ma vie dont il est question.
- Hmm-mm.
Je comprends que vous viviez
de gros chamboulements,
mais c'est pas des comportements acceptables, ça.
- Excusez-moi.
Ca ne va plus arriver.
Je deviens désagréable quand j'ai faim.
- TrĂšs bien.
A plus tard, M. Villeneuve.
- Hmm-mm.
- Vous avez de la chance. C'est de la lasagne, aujourd'hui.
Elle est bonne, la lasagne.
- J'appellerais pas ça de la chance, mais bon.
- On en reparlera quand vous allez goûter le pain de viande.
(musique sombre)
(sanglots)
- (Suzanne) M. Dallaire? - Hein?
- Est-ce qu'on peut entrer?
- Euh, oui, oui.
- Ca va mieux?
- Je me sens pas comme d'habitude.
- Vous vous rappelez? On s'est parlé de ça la semaine derniÚre.
- Euh... Peut-ĂȘtre.
- Je vous ai dit que la nouvelle médication allait
vous perturber, mais que ça allait ĂȘtre passager.
Dans le sens que ça va pas rester comme ça, là .
- C'est... c'est parce que...
C'est parce que... C'est parce que...
Ouf...
tout est... tout est trop...
- Hmm-mm.
- Les places, les places, c'est trop...
Les sons, les sons...
c'est trop fort.
Mes frĂšres d'armes...
- M. Dallaire,
votre ancienne médication, là ,
elle vous assommait beaucoup.
Là , on vous donne quelque chose de différent
qui vous aide avec vos hallucinations,
puis qui fait que vous ĂȘtes plus conscient.
C'est ça qui se passe en ce moment.
- Ouais, mais...
je veux pas... je veux pas ĂȘtre tout seul.
- Vous ĂȘtes pas tout seul, M. Dallaire.
- Mes frĂšres d'armes.
OK? Ils sont ou, mes frĂšres d'armes?
- Il va falloir apprendre Ă vivre avec vous-mĂȘme.
Hmm? Et vous ĂȘtes pas tout seul.
- Nous, on est lĂ .
Votre soeur Louise aussi.
Elle vient vous voir chaque semaine.
- Mais oui, le soir, je suis tout seul.
- Bien, il y a tout le temps quelqu'un ici.
La nuit aussi. Le personnel est lĂ .
Vous ĂȘtes entre bonnes mains. Ca va bien se passer.
- Vous avez une radio? - Oui.
- On peut aller chercher des livres audio.
Comme ça, ça va vous changer les idées le soir, avant de dormir.
Et vous aurez l'impression d'ĂȘtre un peu moins seul.
- OK.
- Si vous vous sentez pas, bien, hésitez pas à nous le dire.
- Bien, je me sens pas bien.
- (riant) Oui, je comprends.
Je veux dire, s'il y a quelque chose de pas normal,
de nouveau dans votre état,
que vous reconnaissez pas quelqu'un, hein, dites-nous-le.
- OK. - OK?
- OK. Oui, oui.
- C'est fou comme il est plus présent.
On pouvait Ă peine avoir une discussion avec lui.
Il était complÚtement halluciné et là , il nous regarde,
il répond aux questions.
- Hmm. C'est précieux, assister à ça.
- Mais grave.
- Ca serait pas facile, mais il peut l'avoir.
En plus, il commence à avoir de la répartie.
Tu sais, quand il a dit...
- (les deux) "Bien, je me sens pas bien."
- On lĂąchera pas. - Non.
- Hum, ça serait intéressant
de le mettre en contact avec un autre patient.
Y a-tu quelqu'un sur l'étage
avec qui ça pourrait fonctionner?
- Je sais pas. Peut-ĂȘtre M. Costco.
Mais il sort jamais de sa chambre,
Ă part pour aller prendre son bain.
- C'est qui, ça, M. Costco?
- M. Koskov, mais tout le monde l'appelle M. Costco.
- Ah, oui, l'ancien physicien. - C'est ça.
- Mais c'est pas recommandé, les surnoms.
Pourquoi vous l'appelez M. Costco?
- T'as jamais vu sa chambre?
- Non, je l'ai rencontrée aprÚs son bain.
- Donc t'as pas vu sa chambre? - Bien non.
- Tu vas comprendre.
(Toc! Toc!) M. Costco?
La psychiatre aimerait vous parler.
- Faites-la entrer.
- Bonjour, M. Koskov!
- M. Costco. - D'accord.
Hum... J'aurais une petite demande pour vous.
- Voulez-vous une barre tendre?
- Non, merci.
- J'aimerais bien vous offrir une chaise,
mais je manque de mobilier.
- Je suis correcte debout.
Euh, M. Koskov...
- M. Costco. - D'accord.
Hum, j'aimerais ça vous mettre en contact
avec un autre patient.
Comme vous sortez pas souvent de votre chambre,
on pense que ça serait bien que vous voyez du monde.
Puis pour lui aussi.
- Une soupe, peut-ĂȘtre?
- Je voudrais pas gĂącher mon repas.
- Vous gĂącheriez absolument rien.
La nourriture ici,
c'est une pĂąle copie
de ce qu'on peut appeler de la nourriture.
- Bien, je vais vous prendre une soupe.
- Ah!
Une soupe, une soupe, une soupe...
CrĂšme de poireau.
- Ma préférée.
Si vous voulez, on peut aller en prendre une chaude, hein?
Dans l'aire commune. Il y en a tous les midis.
- Bien essayé.
Mais je ne sors jamais d'ici.
- Pourquoi?
- Parce qu'on veut ma peau.
Depuis trĂšs longtemps.
- Qui ça qui veut votre peau?
- Mon gouvernement.
Et le vĂŽtre.
- Vous, lĂ , vous ĂȘtes ici depuis... 16 ans environ?
- Ouais?
- Bien, si nos gouvernements respectifs voulaient
vraiment vous tuer,
ils l'auraient fait depuis longtemps, vous pensez pas?
- C'est que je suis trĂšs prudent.
- OK.
- Plusieurs patients de l'Institut ne sont pas
de vrais patients.
Ce sont des usurpateurs qui sont ici pour me tuer.
Parfois mĂȘme,
ils peuvent changer de corps.
- Ils changent de corps? - Ne me faites pas répéter!
- Puis dites-moi donc, M. Dallaire, lĂ ,
est-ce que c'est un vrai patient ou c'est un faux?
- C'est un pauvre homme.
- Est-ce que vous seriez d'accord qu'il vienne
vous rendre des petites visites, des fois?
Juste ici, lĂ , sur le bord de la porte.
Ca serait bien qu'il socialise un peu.
Ca nous donnerait un coup de main.
- Je suis pas une garderie,
Mme Bien-Aimé.
- Bon.
Bien, je vous laisse réfléchir à ça.
Vous n'ĂȘtes pas obligĂ© de me rĂ©pondre tout de suite.
- A bientĂŽt!
- Oh, Dre Bien-Aimé!
Mme Moisan vient d'arriver et elle est en crise.
- Je vous avais demandé de me prévenir avant.
- C'est ça que je fais, là . - Techniquement, on est aprÚs.
- Touchez-moi pas! - Mme Moisan.
Mme Moisan, on se calme. - Ostie!
Ils rient de moi, tabarnak! - On se calme. On se calme.
Ca va ĂȘtre pire si vous criez comme ça.
(cris) - Ah!
- On l'apporte Ă sa chambre. On l'apporte Ă sa chambre.
(cri) C'est la deuxiĂšme Ă gauche.
- LĂąchez-moi! - On se calme.
On va prendre les contentions chimiques, Claude, stp.
On se calme.
(pleurs) - On la tient, s'il vous plaĂźt.
Mme Moisan, je vais vous piquer. S'il vous plaĂźt, on se calme.
- Ah! - C'est beau. C'est beau.
C'est beau. C'est presque fini. On va respirer ensemble.
Mme Moisan, fermez vos yeux. OK?
(pleurs) On ferme les yeux. C'est beau.
C'est beau, c'est beau.
- On a bien fait de l'accepter. Ca va ĂȘtre le fun.
- C'est bon. Ca ne saigne plus, je pense.
Parfait!
On va mettre un peu de glace? - Ouais.
- Elle vous a pas manqué, hein?
- Je la connais pas, moi, elle. - Bien non.
Donc lĂ , je vais vous demander de mettre la glace
pour 10 minutes.
(musique triste)
- ArrĂȘte de te morfondre.
Ca va aller pour M. Dallaire.
- Oui, oui. Mais toi, t'as été super avec lui.
- Merci. Toi aussi, t'as été super.
Pour une lesbienne.
(rire) - Ah... Ark!
OK. Bye.
- A demain. - Oui.
(musique de comédie musicale)
(rire)
(musique calme)
- Ca va, maman?
T'as passé une bonne journée?
Aie! HĂ©! Non! Non! Non, maman, arrĂȘte!
ArrĂȘte, arrĂȘte! ArrĂȘte, s'il te... Non!
- Je te connais pas! - Maman, c'est Mortimer!
Non. C'est Morti... Non, maman, arrĂȘte!
(cri) ArrĂȘte, maman! Maman! Maman!
ArrĂȘte. ArrĂȘte, c'est moi. c'est Mortimer!
- Ou est-ce que vous ĂȘtes?
Revenez, s'il vous plaĂźt. (pleurs)
(musique calme)
(pleurs)
- (Suzanne) Il y a plein de choses qui vont vous revenir.
Et ça va vous demander beaucoup de courage.
Vous allez avoir l'impression de vous aventurer
dans un chemin que vous aimez pas,
qui vous fait peur.
Mais il y a de la lumiĂšre au bout.
Il y a une vie consciente qui vous attend.
Vous ĂȘtes capable de faire ça, M. Dallaire.
Vous allez y arriver.
Etape par étape.
(musique calme)
(pleurs)
(musique calme)
Vous bougez beaucoup en ce moment.
- Je pĂšte le feu! Ya!
- Ya! - Assis.
- Toi, cĂąlisse-moi patience, la tour Eiffel!
Tu me toucheras pas. C'est-tu clair?
Sous-titrage: SETTE inc.
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