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Homélie funèbre,
en mémoire de l'agriculture paysanne.
Interprété par les agriculteurs du plateau de l’Alfina.
Nous nous trouvons ici rassemblés sur le plateau de l’Alfina
pour rendre un dernier hommage à l’agriculture paysanne,
après une longue vie passée ensemble.
Et voici arrivé le moment douloureux du détachement.
Un homme sage a dit un jour :
« Quand le monde classique sera épuisé,
quand tous les paysans et les artisans seront morts,
quand les lucioles, les abeilles, les papillons n’existeront plus,
quand l’industrie aura rendu inarrêtable le cycle de la production,
alors notre histoire prendra fin ».
Notre histoire a pris fin.
Pour le paysan inconnu qui a planté des haies
pour vivre avec les animaux et les insectes,
qui a planté des arbres pour permettre aux troupeaux et aux bergers de se reposer sous leur ombre.
Pour tous ceux qui n’ont pas empoisonné ce dont ils devaient se nourrir.
Prions.
Pour tous les paysans anonymes qui ont conservé leurs graines,
qui ont chéri leur expérience pour pouvoir l’offrir,
et non pas la vendre, à leur prochain.
Pour tous les paysans qui ont protégé
et nous ont transmis la plus grande richesse possible :
la biodiversité.
Prions.
Pour tous les paysans qui ont souffert de la misère et de la pauvreté
mais ont laissé au monde des beautés,
des splendeurs et des paysages dont tous aujourd’hui s’émerveillent.
Pour ce témoignage émouvant d’une harmonie possible de l’homme et la nature
non voués au profit et à la destruction de toutes les ressources.
Pour tous les paysans humiliés, exploités, trompés
par les patrons de toute époque.
Prions.
L’agro-industrie, les grandes multinationales
qui plantent des monocultures intensives,
qui s’approprient la terre, l’exploitent et la polluent,
ont tué l’agriculture paysanne !
Les entrepreneurs et les spéculateurs, qui s’approprient nos ressources,
qui abîment l’eau et l’air,
ont tué l’agriculture paysanne !
L’arrogance des hommes politiques,
l’ignorance et l’inconscience des gouverneurs,
le silence de ceux qui savaient mais n’ont pas élevé la voix,
ont tué l’agriculture paysanne !
Quand vous reviendrez la chercher,
quand vous comprendrez le précieux travail qu’elle a fait pendant des millénaires
sans jamais rien exiger en retour,
vous ne la trouverez plus.
Un printemps silencieux régnera.
Vous nous avez enterrés,
mais vous ne saviez pas
que nous sommes des graines.
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