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J'avais du mal à respirer dans le sac.
J'entendais un battement de cœur.
Le mien ou celui de la nageuse ?
Plus je respirais, plus le sac s'emplissait de buée.
À un moment, j'ai eu très peur.
Et si le sac se déchirait ?
Je restais allongé sans oser bouger.
Comme une pierre.
Il y avait à peine assez de place pour une personne
recroquevillée.
Le sac était transparent
et très fin.
Je sais nager, je n'avais pas peur de me noyer.
J'avais peur d'être coincé dans le sac si l'eau s'infiltrait.
Vers le milieu de la rivière, le courant était moins fort.
Il y avait du soleil.
Je voyais mieux autour de moi.
Un poisson s'est approché.
Il me regardait d'un air curieux.
J'ai tendu la main pour le toucher.
Il s'est éloigné.
Quel genre de poisson ?
Je ne sais pas.
Ce n'est pas plus rapide de traverser à la nage ?
C'est pas possible.
Le passeur dit qu'en hiver, l'eau est glacée.
Certains ne savent pas nager. Et on n'aura pas de quoi se changer.
Tu es fou.
Papa...
Pourquoi es-tu parti ce jour-là ?
Le martyr Lâm Hồng Khánh
né en 1956
au hameau de Ðình Phong,
district de Trùng Khánh, province de Cao Bằng.
Engagé dans l'armée en août 1973,
unité C2 de KT.
Mort pour la patrie le 1er mai 1974 sur le front sud.
Si vous savez où se trouve sa sépulture,
veuillez contacter son fils, Lâm Khánh Hà,
hameau de Dac Ngo, district de Tuy Đức, province de Đắk Nông,
au 037 68 53
ou contactez le ministère des Vétérans
et le QG de l'armée de la province de Cao Bằng.
Le martyr Độ Trần Ngọc,
né en 1950
au hameau de Cẩm Vân,
district de Cam Thủy, province de Thanh Hóa.
Engagé dans l'armée en juillet 1967,
unité C13, E320 de KB.
Mort pour la patrie le 2 septembre 1969 sur le front sud.
Si vous savez où se trouve sa sépulture,
veuillez contacter Mme Trần Thị Chế, hameau de Cẩm Vân,
district de Cam Thủy, province de Thanh Hóa
ou le ministère des Vétérans
et le QG de l'armée de la province de Thanh Hóa.
Le martyr Ðăng Nhu Mai,
né en 1929...
Pour ne rien oublier.
Peut-être que ce sera plus clair cette fois.
Laisse allumé.
Je rêverai plus facilement.
J'ai failli marcher dessus.
Cette poule pond n'importe où.
Allons boire du thé.
Quand mon fils était petit, il allait souvent cueillir ces fruits.
Il rentrait les poches pleines.
C'est quoi comme fruits ?
Vous n'en avez jamais goûté ?
C'est un arbre qui a poussé tout seul dans mon jardin.
Je pensais l'abattre.
Laissez-le pousser, le pauvre.
Regardez. Celui-ci est mûr.
3437.
3846.
4523.
Les résultats de la loterie.
Fait chier ! À un numéro près !
Encore raté !
Pas de chance !
Parfois, quand je vois de jolies filles,
j'ai envie d'être comme elles.
Comment ça ?
Je ne sais pas...
Je me dis que je serais heureux si j'étais comme elles.
Tant que tu ne la coupes pas !
De la poudre de coquillages.
C'est comme des cadavres de coquillages.
Des cadavres ?
Et cette plage est leur cimetière.
Il est revenu.
Cette fois, il se tenait à 100 ou 200 mètres de moi.
On aurait dit qu'il portait un fusil dans le dos.
Puis il a disparu.
Quand je me suis retournée, il y avait un très grand arbre.
Son feuillage masquait le ciel.
Là, je me suis réveillée.
C'était toujours au même endroit ?
Je ne sais pas.
La dernière fois, il pleuvait fort, et la pluie était noire.
Cette fois, il y avait un arbre.
Et je n'avais pas vu de fusil la dernière fois.
Et le visage de papa ? Tu l'as vu clairement ?
Non.
C'était très flou.
Je ne le voyais pas bien.
La pluie.
Le fusil.
Il ne bougeait pas,
comme s'il m'attendait.
La distance entre nous diminuait petit à petit.
Puis, j'ai entendu une voix très faible.
Nos camps étaient dans la forêt.
Il y avait beaucoup d'arbres.
L'arbre dans le rêve avait quelque chose de spécial ?
Je ne suis pas sûre.
Mais je le reconnaîtrais si je le voyais.
La voix que j'entendais,
c'était la sienne.
Il disait :
"Ce n'est pas très profond,
"et je suis trempé par la pluie."
Peut-être qu'il ne faudra pas creuser beaucoup pour le trouver ?
On enterrait les martyrs dans la forêt
à seulement 90 cm de profondeur.
J'ai remarqué une chose,
quand ça me serre la poitrine à gauche,
je rêve de lui la nuit.
Tante Gai !
Tante Gai !
Attends !
Je te paierai le charbon plus tard.
Monte ces cartons pour moi.
C'est des friandises que ton cousin nous envoie.
Je dois les cacher, sinon les petits mangent tout.
Je lui avais dit de ne rien envoyer.
Le mois dernier, on a reçu une cuisinière.
Oui, une cuisinière !
Tu imagines un peu ?
Je ne m'en suis jamais servi.
Qu'est-ce que je vais en faire ?
Je cuisine au charbon et au bois.
C'est quoi, une cuisinière ?
Goûte. Des bonbons qui viennent de loin.
C'est dur...
On dirait du caoutchouc.
Tu aimes ?
- C'est bizarre. - T'as pas l'habitude !
Ne t'appuie pas sur la rambarde.
Tu es plein de poussière.
Ça colle aux dents !
Avant qu'on construise,
la maison des Phuoc était la plus grande du quartier.
Leur fils est parti il y a 5 ans et il est devenu riche.
Il est né l'année du cheval, comme ton cousin.
Ils sont partis à quelques mois d'écart.
Nous aussi, avant,
on ramassait des restes de charbon pour vivre.
Les choses changent !
Quand on y réfléchit, la vie, c'est comme un jeu de hasard.
Mon fils m'a dit qu'une heure de plus,
et ils auraient tous fini comme des sardines en boîte.
Une heure...
Et toi, tu es prêt pour le départ ?
Couvre bien tout l'ongle.
Oui, comme ça.
Tante Gai prépare le retour de son fils.
Il y aura une fête, il ne faudra pas l'oublier.
Si elle pouvait, elle inviterait toute la ville voir sa nouvelle maison.
Elle a toujours été comme ça.
Pense à protéger ta blessure de la poussière de charbon.
Une fois, au travail, on a compté nos tatouages de charbon.
On doit avoir les poumons tout noirs.
Invite-le à manger après le travail. Je ferai des nouilles.
C'est parfait !
On a toujours faim après le travail.
Toi et lui...
Invite-le plus souvent ici.
D'accord.
Merci, maman.
C'est tout beau, maintenant.
Mais après une journée de travail, le vernis sera tout écaillé.
Je suis désolé.
Je vais bientôt te quitter.
Mais tu reviendras.
Tu reviendras.
Ne pars pas.
Reste.
N'écoute pas ce qu'on dit.
Être pauvre n'est pas un péché.
Ton père...
J'aurais dû lui dire de ne pas partir.
500 mètres.
Vous avez regardé les infos ?
Un avion s'est écrasé dans un gratte-ciel à New York.
C'était deux gros avions.
800 mètres.
Ils ont dit que les fondations étaient à plus de 100 m de profondeur.
Mais ça n'a pas suffi. Tout s'est effondré.
Nous, on descend bien plus profond.
Sur ta joue...
Arrête-toi là.
L'entraînement sera rapide.
Au début,
je ne t'ai pas reconnu parmi les gens qui se tenaient sur la rive.
Ma vue baisse.
Je dois passer trop de temps dans le noir.
J'ai vu une silhouette familière descendre dans l'eau.
C'était toi.
J'ai reconnu ta démarche.
Quand tu es entré dans le sac, j'ai eu l'impression de suffoquer.
De là où j'étais assis,
le sac dans lequel tu étais paraissait minuscule.
Une goutte d'eau dans le cours de la rivière.
À mi-parcours,
le ciel s'est dégagé.
Le soleil faisait scintiller l'eau.
Depuis l'autre côté,
j'espérais que la rivière gèle d'un coup
pour que tu puisses la traverser à pied.
Au moment de jouir, je ferme les yeux très fort.
Je vois alors un homme sans visage
en uniforme de soldat.
C'est peut-être lui.
En te regardant, j'imagine mieux son visage.
Arrête, c'est bizarre ce que tu dis.
Je ne veux pas ressembler à ton père.
Je crois que tu saignes.
Je suis désolé.
Je n'ai pas mal.
Toi et moi, deux garçons sans père.
Avec mon unité, on est partis de l'aéroport voisin.
On était à pied. On a pris un sentier dans la forêt.
C'était la saison sèche.
Des deux côtés, la végétation était toute rabougrie.
Nos camps et ceux de l'ennemi étaient quelque part dans ces collines.
Les camps étaient tournés vers l'ouest,
pas loin de la frontière.
La forêt était très dense.
Pendant la mousson,
on distinguait à peine le jour de la nuit.
C'est idéal pour se cacher.
Ça ressemble à ce que je vois dans mes rêves.
- Où est la frontière ? - Ici.
Vous êtes restés longtemps ?
Environ trois mois.
Un soir,
j'étais de garde avec votre mari.
Dans la nuit noire,
on a vu deux grands yeux,
verts et brillants.
Ce devait être un très gros animal.
Il nous fixait.
Il a poussé un grondement et il est parti.
En fait, c'était un éléphant.
Alors...
Son corps devrait être par là.
Il y a une odeur
de chair brûlée.
Bon...
Mangeons.
Quand allez-vous vous marier ?
Quoi ?
- Nous marier, tous les deux ? - Pas ensemble.
Avec une femme !
Avec le travail, on n'a pas le temps.
On devrait faire comme avant,
et s'inscrire au programme de rencontres de la mine.
À votre âge,
à mon époque,
on avait déjà plusieurs enfants.
Ça fait plus de 25 ans que je n'ai pas mangé de grenouille.
Vous n'aimez pas ?
Notre route traversait la forêt.
Des deux côtés,
les morts s'entassaient dans les fossés asséchés.
Plus d'un kilomètre de cadavres.
Je voyais,
ramper sur les corps entassés,
des grenouilles
grosses comme ça.
Des grenouilles
aussi grosses que des rats d'égout.
Toutes gluantes.
La veille de son départ pour le front,
j'étais assise sur ce lit, à préparer ses vêtements.
Il fumait sur le seuil.
Je voyais seulement sa silhouette. Il me tournait le dos.
Il était inquiet, mais il essayait de le cacher.
Souvent, je me dis qu'il est encore vivant,
qu'il a perdu la mémoire et qu'il nous a oubliés.
Peut-être qu'il a refait sa vie quelque part,
qu'il a une nouvelle famille.
Peut-être qu'il a des petits-enfants.
Si c'était le cas, tu serais jalouse ?
Jalouse ?
On n'a pas vécu ensemble assez longtemps.
On a eu très peu de temps.
On ne s'était vus qu'une fois avant le mariage.
Je ne sais pas pourquoi,
mais je ne l'ai jamais vu en rêve.
Peut-être parce qu'il ne sait pas.
Il ne sait pas quoi ?
Je n'ai su que j'étais enceinte qu'après son départ.
Mais il doit le savoir.
C'est sûr.
Tu le reconnaîtrais aujourd'hui ?
C'est ton portrait craché.
Non.
C'est toi qui lui ressembles.
La grue s'envole la nuit pour chercher à manger
Elle se pose sur une branche toute frêle
Elle tombe dans une mare
Monsieur, par pitié aidez-moi !
Sortez-moi de là
Ne me passez pas à la casserole
Si vous me cuisinez
Prenez de l'eau claire
Ne prenez pas d'eau trouble
Cela briserait le cœur de mes petits
Une coupe ou une réparation ?
Bonjour.
Bonjour.
- Qui passe en premier ? - Mon ami.
Dans cinq minutes.
Une couleur aussi ?
Oui.
Ça changera rien.
En rouge ? C'est à la mode.
En vert plutôt.
Comme vous voulez.
On est ici.
Bientôt, tu seras là.
Tu seras très loin de moi.
Deux écartements de main.
Soit 45 cm.
Je serai peut-être là.
Mes mains sont plus petites. Ce qui fait seulement 25 ou 30 cm.
Alors, on sera séparés de 30 cm.
Vous aussi, vous partez ?
Quand ma femme est partie travailler comme bonne,
notre fille n'avait qu'un mois.
Maintenant, elle est en primaire.
Le ménage, les lessives, les repas,
ce n'est pas facile.
Pour moi, je veux dire.
C'est le destin.
Elle reviendra quand ?
Viens, je te fais les oreilles.
Où est le cure-oreille ?
Ah, j'ai trouvé.
Il y a un gros morceau.
Tout noir.
Je n'entendrai plus rien quand tu ne seras plus là.
VIÊT ET NAM
- Combien de personnes ? - Quatre.
Quel âge a la dame ?
56 ans.
C'est gratuit à partir de 65 ans.
Et le monsieur est handicapé ou vétéran ?
C'est un vétéran.
C'est gratuit pour les vétérans.
Trois billets.
- Je vous dois combien ? - 15 000 VND.
- Tu as 4 000 ? - Tiens.
- Voilà. - On ne touche à rien !
Trois, deux, un, cul sec !
Allons-y !
Votre billet.
J'ai du mal à respirer ici.
Vous visitez les anciens champs de bataille ?
Oui.
- Vous êtes du Nord ? - Comment vous savez ?
Par votre accent.
Moi aussi, je suis du Nord.
Allons-y.
Là-bas.
La femme en robe rose est une médium très célèbre dans le Nord.
L'autre femme est la fille d'un martyr.
Elle est du Nord aussi.
Sa famille a engagé de nombreux voyants pour retrouver le corps de son père.
Mais ça n'a jamais marché.
Tous des imposteurs.
Mais cette médium est digne de confiance.
Il s'appelle comme moi.
Il est né le même jour aussi.
Ce soldat venait d'ici.
Vous trouvez ce qu'on fait ridicule ?
Pourquoi ridicule ?
Aller dans la forêt
pour chercher un arbre !
Cet endroit
me rappelle la route qui traversait la forêt.
Quelle route ?
La route
avec tous les cadavres.
Maintenant, il n'y a plus de fossé, ni de forêt des deux côtés.
Étrange, cette sensation d'être déjà venu ici.
Mon père aussi a vu ça ?
Ton père
gardait les yeux fixés devant lui, grand ouverts.
Des larmes coulaient sur ses joues.
Par là-bas.
Je sens quelque chose. On peut aller voir ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Je sens quelque chose par là-bas.
Allons voir.
Non !
On ne peut pas aller par là.
Mais j'ai senti quelque chose.
C'est par là !
J'en suis sûr.
Faites-moi confiance, enfin !
Veuillez m'excuser
pour ce coup de colère.
Quelque part, le long de cette rivière,
un compagnon d'armes a été blessé dans une embuscade.
Il était beaucoup plus jeune que votre mari et moi.
Un jeune homme innocent.
Tout le monde disait qu'il ne s'en sortirait pas.
Grâce au ciel et à Bouddha, il a tenu bon.
Mais chaque fois que le vent change,
il se met à hurler en se tenant la tête.
Il a gardé des éclats d'obus dans la tête.
Dans les villages, il lui arrivait de voler des vêtements de femme,
de les mettre et d'errer dans la forêt.
Il marmonnait : "Où est mon fils ? Où est mon fils ?"
On se disait tous
que sa mère devait beaucoup lui manquer.
LE PARTI RÉVOLUTIONNAIRE DU PEUPLE DU SUD-VIÊTNAM
Où êtes-vous ?
Soldat !
Où êtes-vous ?
J'ai perdu le contact.
Ô, Père...
Une personne ici ne me croit toujours pas.
Le soldat me dit qu'une personne ici ne me croit pas.
Cette personne pense que tout ça n'est qu'un mensonge.
Une arnaque.
Le soldat s'est fâché et il est parti.
Qui est-ce ?
Vous me croyez ?
Je vous crois.
Merci pour votre dévotion.
Nous, on ne voit qu'avec nos yeux ordinaires.
On serait perdus sans vous pour nous guider.
Je prie pour que mon père
puisse reposer en paix sur la terre de ses ancêtres.
On est prêts à tout
et on paiera ce qu'il faudra.
Blasphème !
Impie !
Vous, la famille,
me croyez-vous ?
Et vous, me croyez-vous ?
Et vous, me croyez-vous ?
Je...
Et vous ?
Avez-vous des doutes ?
S'il vous plaît...
Je vous en supplie...
Ils m'ont tiré dessus.
Plusieurs balles dans la poitrine.
Mes camarades m'ont enterré ici.
Ils pensaient revenir peu après
pour me ramener à la maison,
à mes parents, ma femme et mes enfants.
Les décennies sont passées en un battement de cœur.
Je suis toujours ici,
dans ce champ déserté.
Ralentissez. Doucement.
À droite.
Stop ! Arrêtez !
Quelle précision !
Voici la chair de la tête de votre père.
La chair est devenue une terre noire.
Bombe BLU-66, "Orange".
Bombe "Pamplemousse".
Bombe BLU-3B, "Ananas".
Bombe BLU-26B, "Goyave".
Dynamite 652A.
Bombe aérienne Mk. 82.
Mk. 81.
Pourries.
La peau et la chair.
Faisons demi-tour.
On arrive à la frontière.
Je m'en vais.
Qu'est-ce que tu fais ?
Regarde !
Je suis au Laos.
Reviens !
On n'a pas de passeport !
C'est le Cambodge, pas le Laos !
Levez la tête.
Recoiffez-vous.
Regardez droit devant.
Trois, deux, un... Voilà.
Suivant !
Enlevez votre veste.
Regardez droit devant.
Trois, deux, un...
Tu es obligé de le faire ?
Comment partir sans passeport ?
Tu partiras quand même.
Je suis comme ces femmes qui attendent le retour de leur mari soldat.
Le plus souvent, ils ne reviennent pas.
Pourquoi tu dis ça ?
Je sais pourquoi.
Quoi ?
Pourquoi tu veux partir.
Pourquoi ?
Pour te taper des bites blanches.
Ah oui ?
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu reviendras.
Tu reviendras.
Quand je me suis approchée de l'arbre,
il a disparu derrière.
Sur le tronc,
j'ai vu
une sorte
de fissure,
comme une entaille.
Ah !
Mais non...
C'était un trou.
Recule.
On dirait une bombe Mk. 82.
Parfois...
Parfois, j'imagine que tu reviens.
Tu entres dans la maison.
Rien n'a changé depuis que tu es parti.
Et moi, je suis là,
à mettre du charbon dans le broyeur.
Bizarrement,
dans mon imagination,
maman n'est pas là.
Il n'y a que moi à la maison.
Je me retourne et je te vois.
À quoi ressembles-tu ?
Après toutes ces années,
tu dois avoir vieilli.
Ton corps est-il encore intact ?
Ou y a-t-il des parties restées sous terre ?
Quoi qu'il en soit,
je sais tout de suite que l'homme devant moi est mon père.
Comment vais-je réagir ?
Vais-je courir vers toi, joyeusement ?
Ou est-ce qu'on restera sans bouger,
à se dévisager ?
Peut-être qu'on échangera un sourire timide.
Je ne sais pas ce que je ferai si tu rentres.
Papa...
J'ai peur.
C'est comme ça que tu es mort ?
Joyeux anniversaire !
Et si on nous voit ?
On dira qu'on est frères.
Qui est l'aîné aujourd'hui ?
Disons que c'est moi.
D'accord, grand frère.
Oh, non !
J'ai oublié les bougies.
C'est déjà beaucoup.
Tu en as oublié une !
Où ça ?
Là.
C'est du bon !
C'est quoi comme tabac ?
Du "Tiên Lãng". La classe !
C'est la première fois ?
Ne fume pas, c'est mieux.
- Vous allez où, ce soir ? - On va boire.
Comment tu t'appelles ?
- Pardon ? - Comment tu t'appelles ?
Il y a plusieurs systèmes de fermeture.
À la nuit tombée,
dépêchez-vous de trouver un conteneur qui se ferme avec un câble.
C'est ça que vous cherchez.
Ils sont plus faciles à ouvrir.
Tout ce qu'il faut, c'est ça.
On en trouve sur les canettes de Coca.
Pas besoin de forcer.
On le glisse dans la serrure
jusqu'à ce qu'il ressorte de l'autre côté.
La fille en rose ! Viens tirer sur le câble.
Tu le tiens ici et tu tires.
Ça bloque le mécanisme, et c'est plus facile à ouvrir.
Voilà !
Toi, viens voir.
Tirez sur la barre vers la gauche, et la porte s'ouvrira toute seule.
Pas trop tôt !
Allons accueillir le reste de la fournée.
Sortez !
Vous êtes fatigués ?
Qui a le mal de mer ?
OK. Tous en ligne !
En ligne !
En ligne.
En ligne.
Serrez-vous.
Entrez dans le conteneur un par un.
Rappelez-vous de rester calme.
C'est très important de rester calme et silencieux.
- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je pars aussi.
- Pourquoi ? - Je le saurai une fois arrivé.
Quel dommage que vous ayez pris l'option CO2 !
Avec l'option VIP,
vous traverseriez la frontière dans le confort d'une voiture.
Si vous changez d'avis, dites-le-nous à la fin de cet entraînement.
C'est le voyage d'une vie.
Ça vaut la peine d'investir.
Tu viens avec moi ?
Silence ! Restez groupés.
Ne respirez pas trop d'air.
Couvrez-vous la tête avec le sac pour éviter de déclencher le capteur.
Rappelez-vous bien tout ça, et tout se passera bien.
Pardonnez-moi.
J'ai gardé ça pour moi trop longtemps. C'est une vraie torture.
C'est le manque d'alcool ?
Ne me dites pas que vous m'aimez !
Ce jour-là...
Ce jour-là, votre mari et moi
étions chargés d'aller chercher des légumes au village.
On a pris le sentier qui traversait la forêt sous le camp.
En chemin, on a partagé une cigarette au galanga.
Vous savez ce que c'est ?
À l'époque,
la vie était dure.
On manquait de tout.
Il n'y avait jamais assez de riz et de légumes.
Alors, les cigarettes !
Les soldats avaient l'habitude d'aller dans la forêt
chercher des pousses de galanga.
On déterrait les racines, on les lavait,
on les pilonnait,
on retirait le jus et on versait un peu d'alcool dessus.
Puis, on les faisait sécher sur le feu sans les faire brûler.
On roulait le galanga dans du papier et on le fumait.
C'était très bon.
Les soldats en fumaient tout le temps.
Quand il n'y avait plus rien à fumer, c'était dur.
Ce jour-là,
avec votre mari, on a partagé la dernière cigarette au galanga.
Il me disait :
"Quand la paix
"reviendra,
"où trouvera-t-on des cigarettes au galanga ?"
Puis, au tournant du chemin,
tout d'un coup,
on est tombés sur des soldats du Sud.
Ils ont crié :
"Des sales Viêtcongs ! Des Viêtcongs !"
Une pluie de balles d'AR-15 s'est abattue sur nous.
Une balle m'a frôlé.
Mon fusil en main, j'ai sauté dans le ruisseau.
Je suis resté couché. J'avais les mains qui tremblaient fort.
Plus d'une heure après,
le calme est revenu.
Je me suis penché en avant pour regarder.
J'ai entendu quelqu'un courir vers moi à gauche.
Je me suis redressé,
le fusil pointé.
J'ai vidé la moitié de mon chargeur.
Au milieu des tirs,
j'ai entendu le bruit d'une chute.
Plus d'une heure après,
le calme est revenu.
Je me suis penché en avant pour regarder.
J'ai entendu quelqu'un courir vers moi à gauche.
Je me suis redressé,
le fusil pointé.
J'ai vidé la moitié de mon chargeur.
Au milieu des tirs,
j'ai entendu le bruit d'une chute.
Au bout d'un moment,
je suis allé voir.
Au milieu des hautes herbes,
j'ai vu des bottes de soldat.
J'ai écarté la végétation...
Et j'ai vu votre mari.
La poitrine ensanglantée,
il me fixait du regard.
Je viens acheter du charbon.
Combien ?
Cinq briquettes.
Tiens, vous êtes là aussi !
Mon réchaud n'a plus de gaz.
Mais les recharges coûtent trop cher.
C'est embêtant !
C'est fou comme le gaz a augmenté.
On dit qu'ils vendent des bonbonnes trafiquées.
Elles peuvent exploser n'importe quand.
Il faut être mal intentionné, quand même !
Vous le mettez sur mon compte ?
Je me dépêche de rentrer.
J'ai le repas à finir et mon mari va rentrer.
Si ce n'est pas prêt, il va râler.
Allô.
Vous êtes la médium ?
Vous faites sécher le charbon sur le feu de la cuisine ?
Comment ça ?
Dernièrement, un soldat m'a conduite dans une maison pleine de charbon.
Mon mari...
Cet homme est votre mari ?
Ce n'était pas clair.
Je ne savais pas si c'était votre mari ou votre père.
Je le cherche depuis de longues années.
Allô.
Il est à mes côtés en ce moment même.
Je peux lui parler ?
Ce n'est pas possible.
Vous ne pouvez pas communiquer avec lui.
Et il ne peut pas entendre ce que vous lui dites.
S'il vous plaît,
pouvez-vous lui parler pour moi ?
Comment vas-tu sous terre ?
Es-tu toujours trempé par la pluie ?
Je...
Ça fait si longtemps !
Il y a tellement de choses que j'aimerais te dire.
Notre fils...
Demain,
il aura 26 ans.
Mon fils...
Je l'ai vu, finalement.
Mais il n'a rien dit.
C'était une hallucination.
Le manque d'air.
Non.
C'est pas ça.
Ce n'est rien.
Ça va aller.
Tu vois quelque chose ?
Il fait trop sombre.
On est déjà venus ici ?
Il faut rester calme.
Et attendre.
Ne pas respirer trop d'air.
Ne pas faire de bruit.
Il faut juste
attendre que le temps passe,
que le camion traverse la frontière.
Il fera deux arrêts.
Le premier,
ce sera au poste de contrôle.
Le deuxième,
après avoir passé la frontière.
Le conducteur s'arrêtera pour décharger la marchandise.
Il y aura un moment de silence
juste avant que le conteneur ne s'ouvre.
Dès qu'on verra la lumière,
il faudra qu'on se prépare à sortir en courant.
Sortir vite
et partir en courant.
On s'enfuira ensemble.
Tu dors ?
Ne dors pas.
J'ai une devinette.
Tu sais d'où vient la pastèque ?
Je donnerais tout pour un bout de pastèque maintenant.
Il était une fois,
un prince qui passait son temps à s'amuser,
au grand désespoir de son père, le roi.
Le roi décida d'exiler son fils sur une île déserte, loin de tout.
Sur cette île,
le prince avait à peine de quoi survivre.
Un jour d'été, un étrange oiseau vola au-dessus de l'île.
Il laissa tomber des pépins.
Au bout de quelque temps,
les plantes donnèrent de beaux fruits ronds
à la peau verte, au cœur rouge rempli de pépins noirs.
Le prince se dit :
"Si l'oiseau peut en manger, moi aussi."
Il en prit une bouchée.
La chair était sucrée et rafraîchissante.
Grâce à la pastèque, le prince survécut
jusqu'au jour où son père envoya un bateau le ramener.
J'ai déjà le mal du pays.
Si seulement j'avais pu te dire que je t'aime
J'aurais été comblé, mon amour
Heureux quand nos épaules se touchaient
Deux cœurs dans une cabane de rêve
Avec des enfants toujours joueurs
Comme la vie est paisible
Quelle langue saurait décrire l'amour ?
Ô amour !
Aimer comme une brise légère un soir d'été
Ô amour !
Aimer comme une tempête qui s'élève dans le cœur
Ô amour !
L'amour est en extase sous la pleine lune
Quand on s'aime
On ne se reproche pas les souvenirs douloureux
Adaptation : Nouannipha Simon
Sous-titrage TITRAFILM
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