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Original subtitles

…

- Recule.

Tourne.

Ambiance inquiétante

L'équipe.

…

Doucement, doucement.

Baisse un peu plus.

Tu resserres de près.

Bouge pas, Nadine.

OK.

…

Coupez.

- Elle est bonne ? - Elle est bonne.

Brouhaha

- Alors la 3, la 5 et la 6.

Bon, maintenant, on met la caméra au milieu.

Voilà, c'est ça. Oui, ça va.

Alors, la caméra passe de l'autre côté.

- Vous foutez quoi, là ? - Maintenant, tu le prends.

Doucement ! Tu le tires, là.

Tu le couches devant la caméra. - Poussez-vous, un peu.

- Ça va. - Chaud devant.

- OK, bon, c'est bon.

Maintenant, tu lui mets la tête là.

Bon, maintenant, c'est très important.

Il est presque mort.

Mais c'est la vie, pour toi. Tu vas le prendre.

Tu vas lui dire :

"Mais… mais je t'aime !" Tu vois ?

On va répéter juste ton gros plan.

Alors, après, tu vas le baiser, tu vas le prendre.

Écoute-moi, là, on répète. Il garde le pantalon.

Quand on va tourner, il aura pas de pantalon.

Ce sera plus facile.

Tu vas lui dire que tu l'aimes. Vas-y, dis-lui.

Allez, dis-lui que tu l'aimes. Vas-y, allez, vas-y !

Allez !

Allez, dis-le ! - On se tait ! Silence !

- Allez ! Allez, dis-le !

Dis-le ! - Je… je t'aime.

Je… je t'aime. - Encore !

Encore.

- Je… je t'aime. - Encore.

Encore.

- Je t'aime. - Sens-le bien sur toi.

Allez, sens-le.

Tu vas être excitée par lui. Et tu vas lui dire : je t'aime.

Allez, essaye !

Vas-y, vas-y ! Vas-y, sens-le !

Sens-le ! Tu lui dis : je t'aime !

Encore ! - Je t'aime.

- Encore ! Non, ça va pas.

- Je ne peux pas. - Si, tu peux !

- Non, je ne peux pas. - Allez !

- C'est trop… - Allez !

T'as un contrat. - Mais j'aime pas.

- Tu fais ce qu'on te demande ! Allez !

- Mais… - Pas de "mais" !

Pas de commentaire ! Allez, allez, vas-y.

Voilà, sens-le bien. Sens-le !

Sens-le ! Bien, bien.

Mets-y de la vie, tu l'aimes.

Allez, vas-y ! Encore.

Encore !

Bien. Encore, allez, allez !

Allez ! Allez, dis-lui que tu l'aimes.

Allez. - Je t'aime.

- Encore. Encore. Encore, vas-y.

Déclics d'appareil photo

Musique dramatique

…

- Non, ne faites pas de photos, s'il vous plaît.

…

Non, je suis une comédienne, vous savez,

je sais faire des trucs bien.

Ça, ici, je le fais pour bouffer.

C'est tout, alors ne faites pas de photos.

- Qui c'est, celui-là ?

- S'il vous plaît. - Coupez !

- Ne faites pas de photos. - Qu'est-ce que ça veut dire ?

Qu'est-ce que vous foutez là ?

J'ai dit pas de photographe sur le plateau !

Elle crie. - Confisquez-lui le film !

Rattrapez-le ! - Je suis seule sur ce film !

La réalisatrice râle.

Oh, ça suffit comme ça. - Allez.

Passe-moi la pellicule. - Allez !

Silence ! - Allez, dépêche.

- On va la tourner ! Qu'on lui enlève son pantalon !

- Et l'appareil.

- Moteur ! Vas-y, coco !

Il gémit.

Ambiance inquiétante

…

…

Musique de tension

- Mais qu'est-ce que tu fais ? T'as eu un pépin ?

…

- On avait dit 10 h. - Le petit avait du boulot.

- Il serait pas devenu un petit peu fier, ton petit ?

- Pourquoi tu dis ça ?

- Tu sais ce que t'es ? - Une pâle salope.

Ils rient.

- T'exagères, hein.

Après tout ce qu'on a fait pour toi, hein ?

Petit, au début, sans nous, hein ?

Hein, petit.

Qu'est-ce que tu serais devenu ?

Hein ?

Il rit. Hein ?

- Le reçu, s'il te plaît.

- Il cause pas, ton copain ?

…

- C'est un English.

- Avec les 20 sacs de jeudi, ça fait le compte.

…

Vous pouvez dire à Monsieur Mazelli

que j'ai rempli mon contrat.

Les enfants, on y va, oui ou merde ?

- On attend qu'il ait fini son bouquin, oui ou merde ?

- Ready ? Ready ?

Are you ready ? - Yes.

…

- Sans Mazelli, tu sais où tu serais, aujourd'hui ?

- Oui, je le sais, je le sais. Là.

…

Est-ce que je vous ai réveillée ? - Oui, on a tourné toute la nuit.

- Je m'excuse.

Vous vous souvenez de moi ?

- Non.

- Voilà, je vous ai fait des photos hier.

Sur le lieu de tournage.

Je les ai vendues très, très bien, alors je pensais…

Enfin, il faudrait que j'en fasse d'autres.

- Il faudrait ?

- Oui, pour accrocher une couverture…

une couverture de magazine très important.

Et où on vous voit mieux que dans la merde d'hier.

- Ça, oui, mon vieux.

Ça fait un bout de temps

qu'on ne fait plus de couvertures de moi.

- Eh bien, justement, alors.

Ah, mais c'est joli, ici. C'est à vous ?

- Non, c'est une vieille folle autrichienne qui m'a vue,

une fois, dans un film, elle nous la prête.

Tant qu'elle est pas morte, on reste.

- C'est formidable.

C'est un endroit extraordinaire, ici, pour faire des photos.

- C'est l'heure. - L'heure ?

Quelle heure ? - Aucune idée.

- Ah ! Ça change tout.

Hop, hop, hop, hop.

Il répète "hop".

…

Et hop !

- Je suis désolé d'arriver comme ça, mais votre téléphone est en panne.

- Non, il est coupé. - Hop et hop, hop !

Hop.

Pardon, hop ! Café, tout le monde ?

- Mon mari fait très bien le café.

- Hop, hop, hop, hop.

Café ? - Quoi ?

- Café ? - Ah oui, oui, oui, merci.

- Allez, hop, hop, hop.

…

Il chantonne.

…

- À votre disposition, Monsieur.

- Vous voulez pas vous maquiller ? Vous coiffer ?

Vous préparer ? - Non.

Pourquoi ? J'ai la tête que j'ai à 30 ans.

Ça vous déplaît ?

- Non, mais… je veux faire une couverture…

Une couverture, pour la vendre, il faut quelque chose de…

- Ah oui, de plus…

Cru ? - Oui.

- C'est ça ? - Oui, oui.

- Non. Attendez, attendez.

Comme ça ? Comme ça ?

Encore plus ?

Comme ça ? Du cul ?

…

- C'est bien. On va prendre la lumière.

Tenez, là, là. Arrêtez-vous ici.

La tête un peu plus haute. Un peu en arrière, la tête.

Oui. Oui, bien.

Oui, la tête comme ça.

…

Attendez, comme ça, comme ça, ça va bien.

Maintenant, la tête vers moi, plus de profil, oui.

Formidable.

Oui.

- Hop, hop, hop, hop.

Hop, hop, hop, hop.

Voilà. Jacques Chevalier.

- Servais Mont. - Vous travaillez pour une agence ?

- Pour plusieurs, je suis indépendant.

- Ah, ça m'intéresse.

Indirectement, je suis collectionneur.

- D'agences ? - De photos.

Louise Brooks, Marilyn, Marlene Dietrich,

enfin, vous voyez, tout ça.

Hop, hop, hop, hop.

James Dean.

- Pardon.

- L'architecte Vitruve a écrit que l'ouverture des bras

de l'homme est égale à sa hauteur…

Que de la base du menton au sommet du crâne,

c'est le huitième de la hauteur de l'homme…

Que la largeur maximale des épaules mesure le quart de l'homme…

Et que de la pointe des seins au sommet de la tête,

on a très exactement le quart de la femme.

Léonard de Vinci.

Oh ! Soyez gentil avec ma femme.

Elle est enceinte.

- Mon mari raconte n'importe quoi. - C'est quoi votre dernier film ?

- Un truc en Italie. Pas très bon.

- Quoi ? Ah non, pas du tout.

- Ça s'appelait comment ?

- Au début, ça s'appelait "Le chien turc".

À la sortie, ça s'appelait "Nymphocula".

Ce qui est d'ailleurs nettement mieux.

Dis-moi…

J'ai rêvé de toi.

Tu me versais du Coca-Cola dans l'oreille.

Une vilaine mort. - Il faut qu'on travaille.

- Eh bien, travaillez, les enfants.

De toute façon…

L'usage veut

que je prenne le café dans mon bain.

Hop, hop, hop, hop, hop. Hop.

Musique dramatique

…

- Qu'est-ce qu'il y a ?

…

- Rien.

…

- Mais si vous voulez, on arrête.

- Non.

…

Vous avez toutes les photos que vous vouliez ?

…

- Si je vous demande qu'on se voie un jour,

vous me foutrez à la porte ?

- Aussitôt.

…

Quand ?

…

- Demain à Saint-Germain à 4 h. Ça va ?

- Ici à 3 h.

…

Ça va ?

…

Bon.

- C'est toi ?

- C'est à cause de l'ascenseur.

Il y a une panne dans l'immeuble, il y en a pour 10 jours.

7 étages, quand j'avais ton âge, je ne dis pas.

Mais plus maintenant !

- Tu veux rester ici, c'est ça ? - Mais attention !

Je veux pas t'emmerder !

Tu n'as qu'à dire un mot et…

Et je retourne grimper mes 7 étages !

- Laisse tomber.

Je suis vraiment fatigué aujourd'hui.

- Il y a eu un coup de téléphone de Monsieur Mazelli.

- Monsieur Mazelli, Monsieur Mazelli,

Monsieur Mazelli, Monsieur Mazelli…

Ce serait pas lui, ton ascenseur en panne ?

- Tu vois, tu te mets tout de suite en pétard !

Il m'a parlé, c'est tout. Il est vexé.

Faut le comprendre.

- Je l'ai remboursé, oui ou merde ?

Alors, maintenant, Monsieur Mazelli n'a qu'à me foutre la paix !

- Il y a pas que l'argent dans la vie.

- Parce que tu préfères que je patauge dans la chiasse

pour que M. Mazelli continue à te payer tes pastis ?

C'est ça que tu veux ? - Fais gaffe à qui tu parles !

T'as pas à me donner de leçons !

Le téléphone sonne.

- Et toi non plus.

…

Prends le divan.

Il y a des draps dans l'armoire.

- Faudrait que je déballe mes chemises.

Servais décroche.

- De toute manière, vous savez que je ne vous dois plus rien.

Mais… mais… Je vous dis que… mais…

Et puis merde !

- Tu es là ? - Oui.

Non, je ne suis plus là. Je repars.

Bonne nuit.

Demain, la porte, t'as qu'à la claquer.

Il soupire.

Il marmonne.

…

Ambiance inquiétante

…

…

- Dis-moi…

J'ai rencontré une fille.

Elle travaille à côté de chez toi. Au Wimpy.

…

Elle fait les frites.

C'est une négro. Enfin, métissée, tu vois.

Gentille. Elle a un petit garçon.

Mais le père s'est barré.

Et le môme, tu sais pas, il s'appelle Gérard, comme moi.

…

Musique dramatique

- Eh bien ?

…

- Vous faisiez quoi, dans le film ? - Pas jouer.

…

Je suis amère, hein ? C'est l'âge.

- Mais à vue de nez, vous aurez 50 ans demain.

- J'ai 30 ans.

- C'est déjà la seconde fois que vous me le dites.

Dommage que j'aie raté les photos parce que je ne suis pas arrivé

à vous rendre belle comme vous êtes.

Vraiment.

- Voilà.

Je me suis maquillée, je me suis coiffée.

J'ai fait les poussières.

Et mon mari est au cinéma.

Voilà.

- Bon.

Eh bien, puisqu'on est ici, faisons les choses dans les règles.

- Dans les règles ? - Bien oui.

C'est pas maintenant que vous sortez votre liqueur médiévale ?

Dites-moi où est le bar

et je vous sers à boire tout de suite.

- Pourquoi ? Vous n'êtes pas bien ?

- Oui, je suis très bien.

- Je n'ai pas beaucoup de temps et c'est pas pour ça qu'on est ici.

- Bon, mais… alors on est ici pour quoi ?

- Eh bien, pour être ensemble, non ?

Alors ?

Maintenant, vous vous demandez ce que vous allez dire.

- Oui et…

Oui et vous me… rendez pas les choses faciles, quand même.

- Oh. J'aurais cru le contraire.

C'est pas là que vous me traînez par les cheveux jusqu'au lit ?

- Oui. Oui, plus ou moins.

- Dans le cas présent, c'est plutôt moins que plus, non ?

Vous êtes bien habitué à ce genre de choses, non ?

- Vous aussi. - Oh.

- Vous êtes mariée depuis longtemps ?

- 6 ans.

- Et qu'est-ce qu'il fait ?

- Vous tenez absolument à ce que je parle de lui ?

- Non, mais… c'est quand même mieux

que de parler d'autre chose et de penser à lui, n'est-ce pas ?

- Je me le demande.

Bon. Qu'est-ce qu'on fait ?

- Je ne sais pas.

- Eh bien, si on fait pas l'amour et si vous ne partez pas,

il faut bien faire quelque chose, non ?

- Par exemple ? - Parler.

- Parler ?

De quoi ? - Eh bien, de nous-mêmes.

- Et vous pensez que ça va nous aider ?

- Oui.

- Mais à quoi ?

- À être ensemble.

Puisque c'est pour être ensemble qu'on est là.

Musique dramatique

C'est vous qui commencez.

…

- Bon, je peux…

Je peux commencer à vous raconter…

…

Vous raconter de moi…

…

De quoi voulez-vous que je vous parle ?

De la guerre que j'ai vue à Alger ? Au Vietnam ?

Ça vous intéresse vraiment ?

…

Vous voyez.

…

Dommage.

…

On sonne.

- Vous savez l'heure qu'il est ?

- Désolé de vous déranger, mais il faut que je voie Nadine.

- Il est 5 h, ça va pas ?

- Oui, mais c'est urgent. - Appelez-la demain.

- Non, excusez-moi ! - Mais elle dort.

Nadine respire fort.

- Fous le camp.

Musique de tension

Fous le camp.

…

Fous le camp.

Fous le camp ! Fous le camp, fous-moi le camp !

Fous-moi le camp !

…

On sonne.

On toque à la porte.

On sonne.

On toque à la porte.

- Comment tu vas ? - Comme de la merde.

La porte se referme.

- Il est pas un peu tôt, non ?

- Il est 8 h. - T'as bien fait, alors.

C'est curieux, normalement, je me réveille vers midi.

♪ Musique joyeuse II chantonne.

Je me sens pas terrible. - 8 h du matin, pas du soir.

- Luce est malade ? - Non, il s'agit pas de Luce.

♪…

- Une autre femme.

C'est à moi que tu viens raconter ça ?

- Oui, je me suis aperçu

que tu es le seul avec qui je peux parler.

C'est idiot, hein ?

- Oh, pas du tout. C'est même extrêmement intéressant.

C'est une intellectuelle, une grosse tête ?

- Non. Une actrice.

- Ah. Une actrice.

Si c'est une actrice, alors…

T'as raison, c'est comme ça qu'il faut faire dans la vie.

Alors, tu veux que je t'aide à tromper ma femme.

- J'ai jamais aimé ta femme.

- Oh, attention, ça, c'est pas ma faute.

Eh merde ! Tiens, tout est de ma faute.

Allez, je fais pas le détail.

Et alors, ta théâtreuse, où est le problème ?

- Merde ! Où est le problème ?

Je viens ici, je te réveille, je fais le con.

Où est le problème ?

Il faut faire quelque chose pour elle.

Je sais pas quoi, mais je veux faire quelque chose.

- Et qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans, moi ?

Hein ?

Parce que tu tringles ma femme. Ah, j'ai compris.

Allez, raisonnons.

On est en Occident, la solution serait capitaliste.

Tu l'aimes combien ? - Quoi ?

- Quand j'étais petit, il y a un siècle ou 2,

ma mère me disait sur un ton écœurant :

"T'aimes bien ta maman, hein ?"

Et moi, pute déjà, je disais :

"Ah oui, alors ça, j'aime bien ma maman."

Seulement, ça lui suffisait pas.

Alors elle insistait et disait : "Mais tu l'aimes combien ?

"10 sous ? 100 sous ?"

Alors, je te pose la question : tu l'aimes combien ?

- Quoi ? - Tu veux la santé ?

Si tu veux, faut casquer.

C'est comme ça qu'on fait

quand on est un dégueulasse comme toi.

Tiens, tu veux une solution rapide. J'en ai une.

Je connais un grand malade, là, qui essaie de monter une pièce

dont personne n'a besoin et qui n'a pas d'argent.

Bah une pièce, là ! Une pièce, tu connais, non ?

Le théâtre ! Les 3 coups : pan, pan, pan !

Les rideaux, allez !

"Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesses ennemies !"

Alors ? Ça te va, oui ?

- Mais t'es ivre ou complètement fou ?

- Elle est comédienne, non ?

Les comédiens, faut que ça joue.

Et toi, t'es un petit con qui aime pas ma femme,

alors tu casques.

J'appelle le gars et je te prends rendez-vous.

- Tu te fous pas de ma gueule ?

- Je suis sûr de rien et j'en crève. Mets-toi ça bien dans la tête.

Musique dramatique

Tonnerre

…

- Excusez-moi.

…

- Raymond Lapade vous a prévenu ? - Ah oui, il m'a parlé.

Karl-Heinz Zimmer !

Ça vous embête, je me sèche les cheveux ?

En vous écoutant.

Il rit.

Vous êtes un acteur, c'est ça ?

- Pas du tout. - Dommage.

Tonnerre

- Je suis venu au sujet de l'actrice, elle s'appelle…

Nadine Chevalier.

- C'est beau.

- Oui, oui, c'est beau. J'ai apporté des photos d'elle.

- Superbe, superbe. C'est beau.

- Mais Lapade m'avait dit que…

- Raymond, il va sans doute bientôt mourir comme mon frère.

Tu sais de quoi il est mort, mon frère ?

Il est mort de dégoût.

Oui, mais on a des problèmes !

- Je sais. - Il sait.

J'ai investi dans l'affaire.

Le metteur en scène a décroché une subvention de la municipalité.

Vous voulez quoi ?

Nous en sommes réduits

aux exigences du cinéma.

Pas de vedette, pas d'argent !

Mais malheureusement,

ma petite notoriété d'outre-Rhin ne m'a pas suivi jusqu'ici !

Karl-Heinz Zimmer ! Ça vous dit quelque chose ?

Et merde ! - Brute.

Il rit.

- Il est emmerdant, hein ?

Ta copine, c'est au metteur en scène

qu'il faudrait en parler.

Moi, je ne suis qu'un comédien.

- Je peux le voir où, le metteur en scène ?

- Mais le voilà.

Il habite ici, parce que son chauffage est en panne.

- Oh non !

Ce n'est pas d'ambition qu'il s'agit,

vous comprenez, mais du pouvoir.

De la mécanique du pouvoir.

Les vertus machiavéliques de Shakespeare sont étonnantes,

mais à condition de ne pas noyer cette pièce dans un fatras…

- Est-ce qu'il y a un rôle pour Nadine Chevalier ?

Il rit.

- Il n'y a qu'un seul rôle de femme important

qu'elle puisse jouer, dans "Richard III".

Lady Anne, l'un des plus beaux rôles féminins qui soient.

Et elle est adroite. - Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

- Enfin, je ne sais pas, moi. Elle a déjà joué quelque part ?

Elle a une formation classique ?

- Elle a fait un film qui s'appelle Nymphocula.

- Nymphocula. - Ah, mais oui !

Les 2 gouines avec un nain !

Ah, mais c'est un Pantoni ! Sublime !

- Comment était-elle ?

- Elle était bien. Elle était très, très bien.

Elle était formidable. - Ah, ça change tout.

Reste le problème financier.

- Combien il vous manque ? - 10 briques.

- 10 briques ?

Mais combien coûte la production tout entière ?

- Nous inclus, 50.

- Bon.

Mais à une condition.

Elle doit jamais savoir que je me mouille dans cette affaire.

C'est compris ?

- Écoutez.

Ne vous fiez pas aux apparences.

Laurent Messala est un sacré metteur en scène.

Renseignez-vous dans Paris, c'est le meilleur.

Musique de tension

…

- On a prévu juste. Et si on…

- Ah, le voilà. Ah, petit.

- Ça va ?

- Tu me demandes ça à moi, alors que je t'appelle,

que je te cherche partout.

Ah, petit.

- Nous, on réglera ce petit problème à Genève.

- Tu sais, Hector m'a appelé, oui.

Il prétend que tu es devenu fier, maintenant.

Et quand Hector dit fier, il pense ingrat, tu le sais, ça.

J'ai dit, j'ai dit : "Non, mais non, Hector.

"C'est un gentil petit.

"Un peu jeune, comme ça, voilà, tu vois, un peu jeune."

- Tu as besoin de moi.

- Oui, une petite réception chez moi, le 31.

Intime, tu sais, quelques amis importants,

on a besoin de souvenirs.

- Bon, j'ai besoin d'argent. - Et alors ?

- Je compte sur toi. Salut.

- Eh bien, où est le problème ?

- Elles seront pas là avant vendredi prochain.

- J'ai dit mercredi, non ?

- Elles sont coincées à Munich, une affaire de douane.

- C'est grave ? - Non.

- Bon, alors, embrasse le petit et tu disparais.

…

- Tu as maigri.

Tu ne manges pas. - Mais non, je mange, je mange.

- Viens manger chez nous quand tu veux.

- D'accord.

…

- Tu ne viendras pas.

…

- Alors, de combien t'as besoin ?

- 10 briques.

- Eh bien, dis donc, ça fait de l'oseille, ça.

T'as des emmerdes ? - Je suis malade.

- Ah… Faudra bien travailler.

Oui, oui, pas comme avant. L'argent, c'est cher, aujourd'hui.

Tu prendras un peu plus de risques, hein ?

Faudra plus être… Faudra pas être fier du tout.

T'acceptes ? - Fais pas chier.

- Bien voilà !

Il rit.

Alors, dis donc, ton papa…

ton papa, il m'a fraudé de…

Au fait, ton papa, il sait que tu lui as sauvé la peau ?

Bon, alors, on ouvre un autre compte.

Ça fait combien, déjà, tu disais ? - 10.

- 10, donc, ça fait 100 000.

Il ricane.

Il rit.

- Et son père, je serai l'un et l'autre,

mais non pas tant par mot que dans un but secret

que je dois atteindre en l'épousant,

mais me voilà toujours à mettre la charrue avant le bœuf.

Clarence respire encore.

Edouard vit encore et règne.

Quand ils ne seront plus là,

alors je ferai le compte de mes bénéfices.

Voix hésitante - Déposez…

Déposez votre honorable fardeau…

Si toutefois l'honneur peut être

enseveli dans un cercueil.

Pauvre image glacée…

glacée d'un saint roi…

Restes ensanglantés de ce sang royal.

Qu'il me soit permis de supplier ton ombre…

- Un moment, excusez-moi !

Mes enfants chéris, ça vous embêterait beaucoup

si je vous disais qu'on va à la catastrophe ?

Je vous dis ça parce que je suis heureux de vous voir là

et parce que nous allons faire quelque chose de bien.

On va passer quelques semaines ensemble à travailler

pour nous et un jour, on sera face à un public.

Le public !

Et on se dira : ce travail-là n'était pas pour nous,

c'était pour eux.

Et on se posera forcément la question :

va-t-on leur plaire ?

Tant qu'ils ne sont pas là, je voudrais vous prévenir

dès maintenant : n'essayez pas de leur donner

ce qu'ils veulent, ils savent pas ce qu'ils veulent.

N'essayez pas d'aller à eux, ils ne savent pas où ils sont

et vous vous perdrez à les chercher.

J'attends de vous que vous ne soyez jamais, jamais, jamais,

jamais satisfaits de vous-mêmes.

Allez à ce qu'il y a de plus exigeant,

de plus profond en vous.

Et vous aurez peut-être une petite chance

de vous faire accepter.

Je vous en prie, mon petit.

On reprend.

- Puisse, sur l'eau du misérable

qui nous rend misérables par ta mort,

tomber des calamités plus terribles

que je n'en puisse souhaiter aux serpents,

aux araignées et aux crapauds,

à tous les reptiles venimeux qui vivent.

Si jamais il a un enfant…

Que cet enfant soit un avorton "prodijoueux"…

prodigieux venu au jour avant terme

qui, par son aspect hideux et contre nature,

épouvante sa mère.

Elle respire fort.

Si jamais il a une femme…

Qu'elle devienne, par sa mort…

Plus malheureuse que je ne le suis pas.

Je ne peux plus.

- Bouge pas.

Brouhaha

- Allons, allons, allons ! Du calme !

Messieurs, Messieurs, Messieurs ! Qu'est-ce qui vous prend ?

Bon, alors, on reprend la scène numéro 3.

Robert.

- Mais calme-toi ! On est tous passés par là.

Il ne parlait pas de toi.

On est tous des guignols avec des vies à la con

et des carrières qui se déglinguent !

Pourquoi crois-tu qu'on est là ? On est tous comme toi !

Quand un truc chouette arrive, on tombe en morceaux.

Et alors ?

- Mais je suis paumée !

Paumée, tu comprends ? - Non, je comprends pas.

- Je me sens vieille. Je suis fatiguée.

Et personne en voulait faire plus que moi.

Elle pleure.

Personne, personne, personne ne voulait donner…

- C'est tout ce que je peux faire pour toi.

…

Je ne plaisante pas.

Moi, je ne me choisis pas.

Je ne me cherche pas.

Je ne vais dans aucune direction. Je m'accepte.

Alors, regarde-toi. Tu es belle.

Qu'est-ce que je donnerais pour être comme toi ?

Tu comprends ?

…

Bien.

…

Allez, viens.

Quelqu'un récite au loin.

…

Allez, viens.

- Je gagerais mon duché contre le denier d'un "mendant".

D'un mendiant, d'un mendiant !

Que je me suis mépris, jusqu'ici, sur ma personne.

Sur ma vie.

Elle trouve en moi ce que je ne puis trouver,

un homme merveilleusement agréable.

Je veux faire la dépense d'un miroir

et entretenir une vingtaine ou 2 de tailleurs

pour étudier les modes qui pareront mon corps.

Musique de tension

…

- Maintenant, à droite.

La grosse, fais gaffe, faut qu'on la reconnaisse.

C'est important, tu la vois ? Vas-y.

Déclics Maintenant, la vieille, là-bas.

La vieille à gauche, avec les 2 mecs.

Attends, attends, ça vient.

…

Regarde-la. La petite brune.

La petite brune, là-bas, à gauche, avec les travelos.

Tu la vois ? Faut pas la louper, celle-là.

- T'énerve pas. - Regarde-moi ça.

C'est pas honteux ? - Calme-toi.

Tu vas encore avoir un coup de sang.

- C'est plus fort que moi, j'ai beau avoir l'habitude,

ça me révulse.

C'est du pognon, mais c'est dégueulasse.

Oh, regarde celle-là.

…

Gémissement

…

Déclics d'appareil photo

…

Il soupire.

♪ Musique légère

♪…

- C'est la musique qui t'empêche de dormir ?

- Je suis en panne de somnifères.

Faut que j'aille dans mon quartier. Ils me connaissent à la pharmacie.

T'as faim ?

Il y a un reste de poulet dans le frigo.

- Non, j'ai pas faim du tout.

- Dis donc, pour Mazelli,

je suis content que ce soit arrangé.

On a jamais trop d'amis dans la vie.

- Dis, qu'est-ce qui s'est passé avec ta serveuse au Wimpy ?

- Foutu.

♪…

Elle s'est mise avec le cuistot. Un gros rital.

Elle me confie le gosse de temps en temps.

Je l'ai emmené au square cet aprèm. Mais tu sais pas quoi ?

Il est amoureux.

Il y a une petite salope de son âge

qui vient au parc.

Elle joue avec tous les gosses, sauf avec lui.

Il reste là près du sable.

Il la regarde avec des grands yeux, mais il souffre.

À 5 ans, tu te rends compte ?

Tu sais,

avec ta mère, ça a pas toujours été moche.

♪…

- Qu'est-ce que j'en ai à foutre de ma mère ?

♪…

Excuse-moi.

- Au début, quand je travaillais pour Mazelli et tout…

Quand t'étais pas encore là, on a été heureux.

Enfin, pas très longtemps, mais… quand même.

Elle était belle, ta mère.

C'est le temps qui fout tout en l'air.

Non, pas le temps,

mais c'est quand on sait pas où on va.

Fais gaffe au temps qui passe.

Musique dramatique

Deviens pas un vieux con comme moi.

…

- Au nom de la charité, moins de malédictions !

- Hideux démon.

Au nom de Dieu, hors d'ici.

Ne nous trouble pas.

Tu as fait ton enfer de la terre heureuse.

Tu l'as remplie d'imprécations et de blasphèmes.

Si tu contemples tes actes affreux,

regarde, regarde !

Regarde ces chefs-d'œuvre de tes boucheries !

Oh, Messieurs, voyez ! Voyez !

- Excusez-moi.

Jacques, ça ne vous ennuierait pas de prendre place dans le cercueil ?

Ça aiderait votre femme à mieux jouer la scène.

- Non.

- Bien, mon petit, vous attendez quoi ?

Mais continuez.

- Amas de noires difformités.

C'est ta présence qui aspire le sang

de ces veines froides et vides.

Ô Dieu, qui fit ce sang, venge cette mort.

- Vous ne connaissez pas

les règles de charité qui rendent le bien pour le mal,

les bénédictions pour des malédictions.

- Scélérat, tu ne connais aucune loi ni divine ni humaine.

Monstre que la pensée ne peut rêver,

tu n'as plus pour excuse qu'à te pendre !

- Je vous ai dit plus fort !

Encore ! - Non !

Non, non, non, non, non !

Propos indistincts

Tant d'autres assassinés grâce à toi !

- Parfait, parfait, parfait. Mais alors, attention, hein.

Soutenez. Pas assez, pas assez !

Pas assez !

- Alors, merde ! Je sais pas ce qu'il te faut !

- Je te dis qu'il y aura le type en train de construire

une cage en fer, ici, autour avec un chalumeau !

Un chalumeau !

Chalumeau ! - Il est malade.

Tu es vraiment malade !

Non, non, non. Moi, je récupère.

Je récupère, s'il vous plaît ! - 5 minutes.

Coups de marteau

- Bon, bien, faut que j'y aille.

J'ai bien joué, non ?

…

- J'ai dit : 5 minutes.

- Tu me fais chier.

…

Tiens ? Le fantôme est revenu.

…

Cette fois-ci, je vais lui parler.

…

Alors, Monsieur, ça vous a plu ?

- Bonjour.

…

- C'est vous qui venez tous les jours ?

- Oui, je suis un ami de Messala, le metteur en scène.

…

- Ah oui ? Encore un pote du régiment ?

…

Bon, bien, si je comprends bien, c'est lui que vous venez voir.

- Oui, je… bon, c'est… non, c'est…

- C'est quoi ?

Musique dramatique

…

J'ai un peu froid, moi.

…

Dans toutes les pièces que j'ai jouées,

il y avait un fantôme.

Un homme qui s'installe au fond de la salle…

et qui regarde.

Et personne sait pourquoi il est là.

…

Cette fois-ci, le fantôme, je le connais.

…

Vous aimez le théâtre ?

…

Écoutez-moi.

Je ne suis ni une victime ni une prisonnière.

Ma vie est ce qu'elle est.

Même si elle ne vous semble pas très brillante.

Et pour tout vous dire, le fantôme de la dernière pièce

que j'ai jouée, il y a 6 ans, je l'ai épousé.

Et je l'aime.

Il se racle la gorge.

Il chantonne.

- Tiens.

C'est l'homme qui casse les portes à 5 h du matin.

Ambiance inquiétante

…

Bonjour.

Vous lisez le Figaro, hein.

C'est le seul canard qui annonçait que Nadine était dans le spectacle.

- Tu comprends pas, c'est un ami de Messala.

- C'est un ami de Messala, mais enfin…

Mais c'est évident !

Mais oui, il y a qu'à le regarder, non ?

Regardez ce que j'ai trouvé.

Un disque sud-américain.

Giorgio Casati. Fantastique.

Il imite un train en marche.

…

- Je m'en vais. - C'est bien, non ?

Attendez.

Dites, vous voulez venir bouffer à la maison ?

- Non, merci.

- Non, mais c'est moi qui fais la cuisine.

Attendez. Nadine.

Nadine, viens. Viens.

Dis-lui. Dis-lui.

Ambiance inquiétante

- Oui, il a raison.

Venez demain soir. S'il vous plaît.

…

S'il vous plaît. - Et pourquoi pas ?

Musique dramatique

…

- Saute-moi.

…

Saute-moi, saute-moi, saute-moi. Saute-moi.

…

Saute-moi, saute-moi, saute-moi, s'il te plaît.

Jacques, s'il te plaît.

- Il faut pas, j'ai pas pris ma pilule.

…

- Aide-moi.

Ruissellement de la pluie

- Qu'est-ce que tu as ?

…

- On a bouffé du pâté pour chats, tous les 2.

Ce que je peux te dire, c'est que ça nous a pas réussi.

J'ai pourtant lu sur la boîte,

il y a que de bonnes choses, là-dedans.

- Qu'est-ce que c'est que ces trucs-là ?

- Les 2 Albertine.

C'est des viocs. À mon avis, elles vont crever.

Toutes les nuits, elles ronflent

et la journée, elles me regardent.

Comment tu veux que je dorme dans ces conditions ?

Tu peux pas… tu peux pas me prendre le chien ?

J'ai peur de le laisser tomber. C'est sympa de ta part.

…

- Tu pourras marcher ?

- Ah oui, non, mais moi, ça va très bien.

La solitude, c'est l'hygiène de l'âme.

Au fait, et ta théâtreuse, où c'en est ?

- On est ensemble, oui.

…

- Décidément, j'aurai tout raté.

Luce m'en voudra toujours. Oh.

- Delirium tremens. Rien à voir avec ce qu'il a mangé.

Il a un foie comme ça.

Je suppose qu'il savait ce qu'il faisait.

- Je suis venue dès que tu m'as appelée.

- On peut le voir ? - Il est tout juste sorti du coma.

- Je craque, vieux. Ça arrive aux gens les mieux.

Les parasites ont des fins collectives.

Regardez-moi ça.

Je veux pas aller à l'hosto !

Ils vous donnent de la merde à bouffer !

Dis-le ! Tu me plains pas, hein ?

T'as parfaitement raison.

Les gens n'ont plus de destin parce qu'ils n'ont plus de morale !

Et ils n'ont plus de morale parce qu'ils ont pas d'illusions.

Et le meilleur temps pour moi, ça a été ça !

Tiens.

Et toi, tiens. Toi, t'existes pas.

Tu crois être le roi de la terre, mais t'es qu'un mort.

Alors moi, je te maudis.

Doriot, tu t'en occuperas ? Paraît qu'il est chez le gardien.

- Oui, t'inquiète pas.

- J'aurais pu le laisser à Luce, mais j'aime mieux pas.

Mes 2 femmes ensemble, ça va pas et…

Et comme t'as eu la première, alors…

Alors… Je peux crever tranquille.

Il tousse.

C'est long.

Ça m'embête de te dire ça, mais…

Je crois que je vais gerber.

Ambiance inquiétante

- Je vous préviens, on est entre fous.

Enfin, des amis avec qui on a fondé une revue de cinéma.

4 numéros, mais chouette, enfin. Alors, après, j'étais standardiste.

Puis, j'ai conduit une camionnette pour des goûteurs de thé.

Faut dire qu'avant, j'ai fait médecine

pour faire comme mon oncle qui est ambulancier, mais…

Ça a pas collé. Et puis, j'ai rencontré Nadine.

Je me suis occupé d'elle.

C'est fragile, les actrices. Ça casse facile.

Alors, c'était la pente, le stupre, la fornication,

la dérive.

Les conneries, quoi. Et puis Zorro est arrivé.

Pardon.

- En tout cas, je te préviens, je ne te prête rien.

- Alors, tu vois ?

- Bonsoir. - Bonsoir.

- Elle était persuadée que vous viendriez pas.

- Bon, enlevez-moi tout ça et je mets la table.

- Mais qu'est-ce que c'est ? C'est l'Amérique ?

On finit une petite séance d'échange.

Je vais vous présenter. Servais Mont, Roger Béninge.

Servais Mont, Manuel Rosenthal.

Regardez-le, regardez-le, le Béninge.

Il s'imagine qu'il va me piquer mes meilleurs De Carlo

en me refilant des minables retirages.

- Des retirages !

- Mais c'est bidon. - Tiens, tiens, regarde.

Tiens, c'est des retirages, ça ?

Ah, regarde de plus près !

Attention ! Attends, avec les assiettes !

Ça va pas, non ? Regarde, sur mes Negulesco !

- C'est Miriam Hopkins.

Il rit.

- Et dans quel film ?

- She Loves Me Not. - Et avec qui ?

- Avec… Bing Crosby !

- Et avec Kitty Carlisle.

…

- J'ai compris.

Ça va être cher, hein. - Ouais.

- Yvonne. - Ouais.

- Tout. - Tout !

Qu'est-ce que tu croyais ?

- Vous avez déjà vu quelque chose d'aussi beau ?

C'est beau, hein, quand même.

- Faut aller loin pour en trouver. Il y a pas de doute, regarde.

- C'est beau. Un tirage sépia.

Ça, ça va aller tout droit dans le coffre.

Bing Crosby.

Je dois être le seul à collectionner encore

ces vieux-là.

Fumier.

Yvonne De Carlo, non mais.

Je vais lui refiler une Salomé. Parfait pour lui.

Pardonne-moi, Yvonne, excuse-moi, Yvonne.

Merde, la bouffe va cramer !

Tu te souviens ?

- Quoi ? - La rue de Verneuil.

Notre petite piaule avec un machin électrique

pour la cuisine, d'ailleurs, tout était minuscule.

Le lit tellement étroit, on devait se retourner ensemble

pour pas s'embouteiller.

Maintenant, alors, on a un lit…

comac et on se retourne toujours ensemble.

C'est ça, le mariage. Pas vrai, ma bibiche ?

Et la petite chleue disciplinée, elle a pris ses habitudes.

Elle fait toujours un peu province. Vous trouvez pas ?

Vous la connaissez pas, pardon. Allez, allez, servez-vous.

Tiens.

- Pas envie. - Tu charries.

Pas étonnant que tes seins se cassent la gueule,

tu bouffes rien.

Regarde-moi ça.

Quand je l'ai connue, c'était 3 paquets par jour.

La nicotine lui sortait par les oreilles.

Heureusement, Zorro est arrivé et y a mis bon ordre.

N'est-ce pas, petite vieille ?

À votre avis…

Messala veut se l'envoyer ? - Qui ?

- Bien, Nadine. - Oh…

- Il avait toute sa distribution

et brusquement il vire la fille pour prendre Nadine.

Vous trouvez pas ça bizarre, vous ?

- C'est un pédé. - Et alors ?

Un pédé, un pédé, moi aussi, je suis pédé.

Ça n'empêche rien, avec ton cul de petit garçon.

Très fin. Très rond.

On dirait un adolescent.

- J'ai vu Nymphocula 6 fois, moi. - Il y a quelques bons plans, hein.

- Vous avez vu Nymphocula ? - Non.

- Vous n'aimez pas les films de cul ?

Moi, j'aime bien.

Nadine en fait,

mais elle aime pas ça, elle est devenue puritaine.

Elle a tout fait, tout montré et elle est puritaine.

Vous comprenez ça ?

C'est parce qu'elle s'est trouvé des principes.

Après ça, tu peux lui enlever sa culotte,

mais pas ses principes.

D'ailleurs, ses principes, elle serait bien incapable

de vous les expliquer.

Ils sont là, comme ça, comme des rails.

Et Nadine suit les rails sans dévier.

Même s'ils lui brûlent les pieds.

Comme en ce moment.

- Pourquoi t'as peur comme ça ?

Ça gêne tout le monde. Et c'est inutile.

Légers tintements

- Je suis désolé, mais j'ai oublié que j'ai un rendez-vous à l'agence.

Vous m'excuserez, mais je suis obligé de…

de me tirer.

Au revoir. - Au revoir.

- Merci. - Au revoir.

Tu lui as parlé ? - Oui.

- Je te paye un café. - Non, je reste là.

- Oui.

- Je ne l'ai pas quitté pour toi, tu le sais.

- Oui, je sais.

- Je veux savoir une chose, maintenant.

C'est fini, pour nous ?

Musique dramatique

Qu'est-ce qu'il y a ?

Il soupire.

- Je ne sais pas. Je ne sais pas, je ne sais pas.

Il m'arrive quelque chose que je ne comprends pas bien.

…

Je sais pas comment te dire, mais…

…

J'ai peur de faire du mal.

…

Je me sens coincé. J'ai l'impression que…

Si je continue, je vais faire du mal.

Et si je m'arrête…

Je ferai plus de mal encore.

Musique angoissante

…

- Enfin.

Voici l'heure de notre mécontentement

changée en gloire d'été par le soleil d'York.

Voici nos tempes ceintes de victorieuses guirlandes.

Nos armes ébréchées pendues en trophée.

L'appel au combat remplacé par de joyeuses réunions

et de marches forcées par d'aimables passe-temps.

La guerre au hideux visage…

a déridé son front.

Et désormais, au lieu de monter des coursiers blindés,

cette autre monture que l'on chevauche

dans les senteurs d'une chambre de femme,

sous le charme lascif d'un luth.

…

Mais moi, qui ne suis pas formé pour ces jeux folâtres.

Moi !

Que la nature décevante a frustré de ses attraits.

Moi !

Qu'elle a expédié en ce monde avant terme, difforme, inachevé.

Tout au plus à moitié fini,

si estropié et si contrefait,

que les chiens grognent sur mon passage !

Moi ! Moi !

- Alors, on entend en coulisse un coq qui donne de la voix,

et puis comme d'habitude, Antoine crie : "c'est mauvais !"

Sur quoi le régisseur sort en courant

en tenant un vrai coq et hurlant :

"C'est un vrai, Monsieur Antoine ! "C'est un vrai !"

Et Antoine répond :

"Il est mauvais. Faudra le changer."

Les convives rient.

- Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Elle ne devrait pas tarder.

- Je ne suis pas pressé.

- Tiens.

Des pas résonnent.

- J'ai dû attendre, ils avaient du retard.

- Donne-moi ça. Donne.

Tu connais tout le monde, ici, hein.

Ma femme. Assieds-toi.

"Que dire d'un tel échec ?

"Que d'autres ont réussi là où Laurent Messala s'est égaré.

"Grinçante, outrée, complaisante, expressionniste

"sans rime ni raison.

"Sa mise en scène est un salmigondis

"d'intentions contradictoires et d'idées prises

"à droite et à gauche tant et si bien

"que si cohérence il y a, c'est celle du chaos."

- Eh bien !

- "J'écarte d'emblée Nadine Chevalier,

"transfuge d'un certain cinéma

"sur lequel je garderai un silence charitable.

"Quant à Zimmer, cet acteur grotesque et grossier donne

"la plus pitoyable exhibition qu'il m'a été donné de voir.

"Laurent Messala, quittez ce métier

"que vous semblez aimer, mais qui ne vous aime pas."

C'est un torchon ! Voilà !

L'Oracle s'est prononcé.

- Oui, mais ça, c'en est un, mais les autres…

Ils vont bien reconnaître que… - Tais-toi.

- Bon, on va pouvoir reprendre les petites annonces.

On rit.

- Laisse-la.

- Mon manteau, Monsieur !

- Pardon ?

- Mon manteau, Monsieur.

Vous l'avez touché. - Et alors ?

- Et alors ?

Il m'a coûté très cher, ce manteau !

Ambiance inquiétante

Et comme je suis, par exemple, homosexuel de bonne famille,

je tiens énormément à mes affaires.

- Voyons, Karl ! - Silence.

…

Je n'aime pas votre espèce.

Vous m'avez touché avec vos doigts de prolétaire.

- Si c'est ça que tu veux.

- Vous m'avez encore touché. - Et alors ?

- Oh ! Ah !

- Vous avez bonne mine, Monsieur.

Lâchez-moi.

Fracas

- Attention, Karl !

Ils crient.

- Si vous êtes aussi vulgaires que lui, ce sera parfait.

Bonsoir.

Elles rient.

- Pauvre Karl, il n'a jamais très bien supporté la critique.

- Je peux vous dire que ça m'a plu.

…

Vous vous en foutez, hein ?

Faut dire que je regardais surtout ma femme.

C'est fou ce que vous êtes arrivé à faire faire à bobonne.

Ces cris, ces hurlements, tout ça.

Ça doit être ça, ce que vous autres,

vous appelez la vie.

Je me suis toujours demandé ce que c'était.

Mais maintenant, je sais.

Et l'autre, là. Le photographe.

Je sais toujours pas ce qu'il fait ici, celui-là.

Ce que je peux dire…

C'est que vous commencez tous vraiment…

à me faire chier.

- Mes petits enfants chéris…

J'aime autant vous dire tout de suite : raté.

C'est raté.

Tous les papiers à quelques variantes près

ressembleront à celui-ci.

On fera peut-être les 30 représentations réglementaires,

peut-être pas.

En vendant les costumes, j'arriverai peut-être à donner

quelque chose aux gens qui m'ont fait confiance.

Voilà.

C'est tout ce que j'avais à vous dire.

Je regrette.

Tonnerre

- Il a parlé avant de mourir ? - Oui, quelques vers de Rimbaud.

"L'orage t'a sacrée suprême poésie ;

"L'immense remuement des forces te secourt ;

"Ton œuvre bout, la mort gronde, Cité choisie !

"Amasse les strideurs au cœur du clairon sourd."

C'est bizarre, non ? - Oui.

- Où est Raymond Lapade ? - Lapade ? Ah oui.

Il est déjà dans l'ascenseur. - Merci.

- Et sa femme ? - Elle est partie tout de suite.

Voilà.

Déclics d'appareil photo

Musique dramatique

…

- Un monsieur m'a ouvert la porte.

Il m'a dit d'attendre à l'intérieur.

J'ai préféré attendre ici.

Il m'a dit de vous dire qu'il ne reviendra plus.

Que tout ce qu'il avait à vous dire, il l'avait dit.

La porte claque.

- C'est Doriot.

La seconde femme de l'adaptateur de la pièce.

J'ai vérifié, certains aiment les bêtes.

Il mérite quand même mieux que de partager ma vie à moi.

Du café ?

C'est tout ce que j'ai.

- Je suis venue payer ma dette.

J'en ai une vis-à-vis de Jacques. Très grande.

Ça irait très mal pour moi si je l'avais pas rencontré.

Je serais devenue je sais pas quoi. Une pute ?

Vous comprenez ?

Musique dramatique

…

Vous voyez ?

Vous avez raison.

Une femme, ça s'achète. Quoi qu'on dise.

- Et après, tu t'en vas. C'est ça ?

- Oui.

- Est-ce que lui sait que tu es ici ?

- Non.

- Tu ne lui diras jamais ?

- Non.

- Alors, c'est mieux que tu t'en ailles.

Elle soupire.

Musique dramatique

…

Une porte s'ouvre.

Musique sinistre

…

- Hop.

…

- Je suis allée chez Servais.

Pour coucher avec lui, il n'a pas voulu.

- C'est comment, chez lui ?

- Pas meublé, sinistre.

…

Léger grésillement

…

- Il faut que tu me donnes un sursis.

6 ans qu'on prend notre petit déjeuner ensemble,

il faut que tu me donnes une chance.

Je veux un peu de temps, un mois ou 2, c'est tout.

Tu vois ?

Arrêter pour respirer.

Faut pas respirer.

Alors, c'est d'accord ?

Musique dramatique

…

Il pleure.

…

Fracas

Nadine m'a tout raconté.

- Alors pourquoi tu es ici ?

- Mais il comprend rien ou quoi ?

Je vais te faire le coup de l'amitié.

Je te raconte ma vie

avec tous les détails les plus sordides.

Plus je pleure dans ton giron, plus je te fais pitié,

moins tu peux me faire de crasse.

- La pitié, faut pas en faire un monument.

Et j'ai aucune envie de te faire des crasses.

T'as pas compris ? C'est tout aussi chiant pour moi.

- Nadine m'a promis qu'elle ferait rien pour te revoir.

- Eh bien, alors…

Musique sinistre

Il y a pas de problème, alors.

- Comment, il y a pas de problème !

Bravo ! Mais bravo, chapeau.

Refuser de coucher avec ma femme, franchement,

faut le faire.

Mais moi, tu veux que je te dise ? J'adore ça.

Alors là, oui, j'adore ça, franchement, ça me plaît.

Je deviens fou, je te dis. Je suis une bête.

Ambiance inquiétante

Alors, un donné pour un rendu.

Je te demande un service.

- Va te faire foutre.

…

- Aide-moi.

Aide-moi, merde. Fais quelque chose.

Toi, tu sais faire arriver les choses.

Tu les fais bouger.

J'ai jamais su faire ça, moi.

Mais tu vois, Nadine, elle me doit un répit.

- Et moi, je te dois quelque chose ?

- Oui.

Parce que tu n'as pas couché avec elle.

Il sifflote.

Légers tintements

Il soupire.

Ah dis donc, je suis mort.

Elle rit.

J'ai été voir un Maciste que j'avais raté à l'époque.

- Bien ?

- Ouais, bien. Enfin, des moments intéressants.

Des trucages, surtout, tu vois.

Toi, il y a eu du monde ?

- 45 personnes. Paraît que 20 ont payé.

- La gloire, quoi. - Oui.

La gloire.

- T'aurais dû voir, dis donc, les cyclopes…

contre les titans.

Ils leur balançaient des montagnes entières.

Alors, bien entendu, les autres, c'était carrément des pays entiers.

Et alors, tout ça, aménagé, accompagné d'une petite musique,

pas dégueulasse, d'ailleurs, Minestrone.

Et photos de Giudicelli, bien. Tu vois le genre.

Et moi, c'est curieux, je suis fatigué.

Je travaille et je suis fatigué.

Tu comprends ça, toi ?

Le sursis, ça tient toujours ? - Oui.

- Oublie pas ta prière.

Mon Dieu…

J'en ai marre.

…

- Merci d'être venu. - Pardon.

- Ça va ? - Oui.

- Qu'est-ce que tu as ? - Rien.

- Pourquoi tu caches tes seins ? - Dis donc !

Tu vas pas rester là à rien foutre, non ?

- Ça faisait longtemps qu'elle l'agaçait.

Il a dû la prendre en main.

- Ça n'explique pas qu'elle cache ses seins.

- Oui, oui, oui. Il a dû en couper un peu, tu sais.

Histoire de la convaincre. - Intéressant.

Je suis venu pour vous dire adieu.

Je pars à Manosque.

Au théâtre Sarah-Bernhard… on me propose Vladimir dans Godot.

- C'est fini, hein ? - Oui.

- Un kir, s'il vous plaît. - Voilà, je suis riche, très.

Une histoire de famille. Je vous demande d'accepter ça.

Pour moi, c'est rien.

Je crois que pour vous, c'est beaucoup.

- Je veux pas de votre pognon.

- J'aime beaucoup Nadine.

- Vous êtes fou ? - Non.

Riche.

Ambiance inquiétante

…

Du point de vue philosophique,

exception faite pour Thomas d'Aquin,

le Moyen Âge fut une catastrophe.

Mais nous lui devons une conception particulière…

de l'honneur de la femme.

…

- Mais dis donc, ça s'arrose, ça.

- Dégage.

…

On sonne.

Salut. - Bonjour.

- Je me suis occupé de toi.

- Écoute…

J'aurais préféré que tu me téléphones.

- J'ai essayé, mais ton téléphone est coupé.

- Ah !

Merde, je me disais bien qu'il sonnait pas souvent.

- Je peux vous parler ?

- Ouais.

…

- Ça va ?

Je suis ici pour Jacques. - Ah.

Café ? Thé ?

Pinard, cognac, whisky, Fernet-Branca ?

Jambon beurre, mon cartable ?

- Non, merci, Jacques, merci. - Ah bon.

Alors, on vous écoute.

- Attention à ce que tu fais.

Musique dramatique

…

- Mais t'as rien compris.

C'est pour moi qu'il fait ça. Pour moi, hein ?

C'est pour moi.

Oh…

Il claque de la langue.

C'est lui.

Oui, c'est lui, c'est Saint-François-d'Assise.

Lui-même, en personne.

Fort. C'est lui, oui.

C'est lui. Beau.

Je vais donc garder ma collection. Marilyn, Louise Brooks…

Ma Nadine.

Faut le remercier. Allez.

Faut le remercier. Tu vas le remercier, hein ?

Remercie-le, vas-y, vas-y.

Allez. - Alors.

Tu m'embrasses pas ?

Musique dramatique

…

Je suis là. Je suis là !

Je suis là.

- Tu peux passer chez Petit Louis vers 4 h ?

- Où ?

- Évidemment, elle a oublié. Le troquet au coin rue de Verneuil.

Tu te souviens ?

- Oui, je me souviens. - J'aurais des trucs à te dire.

Ambiance de restaurant

…

- 5 minutes et j'appelais les pompiers.

- Excuse-moi, je suis en retard, mais…

Un mec s'est suicidé dans le métro,

je suis resté coincé une demi-heure.

Ça a pas changé, ici, toujours pareil.

…

Qu'est-ce t'as fait de bien ?

- J'ai décroché une synchro, 4 jours.

Je vais doubler Jane Fonda, c'est bien.

- Oh oh, Jane Fonda ? Formidable.

Jane Fonda, Barbarella…

Tu commences quand ?

- Monsieur désire ? - Le 14.

- Je voudrais un café, mais avec…

- Un café. - Et puis un…

Mais pas de…

…

Tu sais quelle est la chose la plus immonde,

la plus dégueulasse ?

…

- Non. - La pitié.

Ambiance inquiétante

- Pourquoi ? - Parce que c'est sans appel.

…

Je sais bien ce que tu penses de moi.

…

Je sais ce que tu penses de toutes mes conneries.

Il y a un mot pour ça. Un mot.

Je l'ai retrouvé dans mon Petit Robert.

Relié cuir et doré.

…

Le mépris.

- Mais je ne te méprise pas, Jacques.

…

- Merde.

- Jacques.

…

Jacques.

Ambiance de restaurant

Jacques.

…

Je ne sais pas ce qui nous arrive. Je ne sais plus.

…

Je suis toujours là. J'attends.

…

J'ai tellement envie de toi, j'ai tellement besoin de toi.

Il n'y a personne, personne au monde

que j'aime plus que toi, personne.

…

Alors…

Tu sais, il faut pas me laisser seule.

Il faut pas.

Je… je peux pas rester seule.

Tu es où ? Tu es où ?

Où ? Ici ou…

Je sais pas où tu es.

Je peux te donner beaucoup, beaucoup, beaucoup encore, tout.

Mais je ne veux pas que…

Je ne veux pas sentir que la vie, c'est ailleurs.

Je peux pas.

- Je voudrais tout faire pour toi. Tout.

Tout sauf… - Sauf quoi ?

- Vivre.

Je peux te dire que je t'aime.

Elle crie.

- Non ! Tu peux pas dire "je t'aime" !

Rien, rien, rien ! Tu comprends ?

Ça veut rien dire !

- Tu as tout compris.

Tu as tout compris.

- C'est tout ? - Comment, c'est tout ?

Bien des femmes s'en contenteraient,

surtout au Yémen.

Que les dieux…

sèment des roses sur ton passage.

(- Oh, Jacques.)

- Il faut que je téléphone.

Tu vas à la maison. - Oui.

- Mais où est-ce que vous vous croyez ?

Regardez-moi un peu ce merdier-là.

C'est pas croyable.

Ambiance inquiétante

…

Il compose.

…

Ambiance inquiétante

- Agence Gaia ? Servais Mont, s'il vous plaît.

…

Il chantonne.

Ambiance inquiétante.

…

Gémissements et cris de douleur

…

- Voilà. Venez.

…

- Jacques…

Servais ricane.

- Quel con. Quel con.

- Quel con.

Quel con.

Quel con !

…

Quel con !

Pourquoi il a fait ça ? Pourquoi !

Il devait le faire avant ! Avant qu'il te connaisse !

Pourquoi il a fait ça ?

Il devait le faire avant de te connaître !

T'as compris ?

- Jacques…

…

(Aime-moi.)

Musique dramatique

…

Il a vendu toutes ses photos.

Sauf celles-ci. Personne n'en voulait.

…

Il a mis son argent à la banque à mon nom.

…

Ils m'ont fait une piqûre

pour que je dorme.

…

Laisse-moi seule.

- Je partirai quand tu seras endormie.

- C'est foutu pour nous, maintenant, tu sais.

…

- C'est la piqûre qui fait ça, ça va passer.

- J'espère, ça m'agace.

…

- Vous avez bien compris ?

Il faut pas qu'on me voie le visage.

…

- Ah non, merde !

- Ça arrive, c'est rien. On va pouvoir y arriver.

C'est rien, ça va se passer.

…

Bien, ça ira très bien.

Mais oui.

…

Ma petite.

…

- Il va faire ça bien ?

- Oh, vous pouvez lui faire confiance.

C'est un spécialiste, hein ?

Eh, petit !

On a pas encore fixé le prochain rencard.

J'ai un truc d'arrangé pour vendredi avec…

- Fini, tu te passes de moi, maintenant.

Ta grand-mère m'a donné la gerbe.

- Tu penses que ça me dégoûte pas, moi aussi ?

Ils sont tous comme ça, petit, il faut t'y faire.

Tu veux que je te dise ce qu'est l'homme ?

Je vais te le dire :

c'est ce qu'il sait faire de plus moche.

C'est quand il est assis sur la cuvette des W.C.

T'as qu'à te forcer à regarder ce qui te dégoûte le plus.

Comme si tu te regardais dans un miroir.

Tu fais comme moi. Tu penses à autre chose.

- Fini.

J'en ai assez. - Mollo, mollo, mollo.

Quand je t'ai connu, t'étais un petit lardon.

J'aurais pu t'écraser comme un têtard.

- Dommage que tu ne l'aies pas fait.

- Alors, dis, ton père.

Excuse-moi, je l'aime bien, mais c'est pas une force

de la nature.

Alors, si t'es là, aujourd'hui, comme t'es, là, bien,

grand et fort et tout, c'est un peu grâce à moi.

C'est un peu parce que…

Je suis ton père, moi aussi, un peu.

Musique de tension

D'ailleurs…

Je suis un peu leur père à tous.

Ils viennent me raconter leur misère.

Je les écoute.

Ils me dégoûtent, mais je les aime bien.

Alors, je vais te dire, comme le Bon Dieu : t'es libre.

Jamais personne a été

obligé de travailler avec Mazelli.

- Tu ne m'as pas parlé du jour où tu m'as sauvé la vie

pendant la guerre.

En risquant ta peau

pour voler un litre de lait aux Allemands.

…

Tu m'emmerdes.

- Tu me dois du pognon, beaucoup de pognon.

Si tu ne veux plus bosser pour moi, il va falloir me rembourser fissa.

Je te donne 10 jours parce que je t'aime bien.

Tu sais, Dieu,

il en a pas pris plus de 6 pour faire le monde.

Alors, tu vois, je suis pas vache.

On sonne.

…

…

…

- C'est nous.

- Alors, petit.

On joue à cache-cache avec Mazelli ?

Hein ? Je t'avais dit 10 jours.

Tu sais combien ça fait ? 11 jours, petit.

11 jours d'inquiétude, de soucis pour le bon Mazelli.

Hein ?

- J'ai trouvé de quoi vous rembourser.

Vous avez l'argent sur la cheminée.

- Qu'est-ce que je vous avais dit ? Non, mais regardez la tête qu'il a.

Je savais bien que tu ne mangeais pas.

Et est-ce que tu dors, au moins ?

Quand on ne mange pas, il faut dormir.

Viens dormir chez nous quand tu veux.

- Il comprendra jamais.

C'est pas l'argent qui compte. C'est le principe.

Tu vois, petit, je me suis trompé. C'est Hector qui avait raison.

T'es devenu fier.

Ce qui va t'arriver, maintenant,

c'est à ton papa qu'on aurait dû le faire.

Il crie.

Il gémit.

…

Ambiance inquiétante

…

Il crie.

…

…

…

Ambiance inquiétante

…

Servais crie.

…

…

Il gémit.

…

…

Tu sais, petit, normalement,

des gens comme nous, ça n'existe pas.

Moi, je le sais, mais je suis le seul.

Tous les matins, je me regarde dans la glace en disant :

c'est pas vrai.

Alors, puisqu'on n'existe pas,

il faut bien trouver un moyen de se faire admettre.

Hein ?

Eh bien.

C'est ce que t'es en train de faire, là, maintenant.

Tu admets.

- Adieu, petit.

Je t'aimais bien.

Rire démentiel

…

Musique dramatique

…

(- Je t'aime.)

…

Sous-titrage : BLEU OUEST

…

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