All language subtitles for Le quai des brumes

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Original subtitles

- Tu vas au Havre ? - Oui, monte !

Merci.

Fatigué ?

Oui.

Et en perm ?

Pas très bavard !

Non, pas très.

Cigarette ?

Oui.

Merci.

Eh, on y est arrivés.

- Hein ? - Le Havre !

Ah oui, Le Havre.

Tu parles d'un brouillard !

Ça me connaît, le brouillard. J'étais au Tonkin avant, tu comprends.

Tu rigoles ! Y a pas de brouillard au Tonkin.

Y a pas de brouillard ?

Si, y en a. Là-dedans.

T'es pas cinglé ? Des conneries pareilles à 60 km/h pour un chien !

- Un chien, c'est un chien. - Mes os, c'est mes os.

Si t'as la fièvre, t'as qu'à prendre de la quinine.

C'est pas parce que tu viens des pays chauds que tu vas faire la loi sur mon camion !

Ton camion, tes os !

Si t'es pas content, t'as qu'à descendre. Je vais te les secouer, tes os, eh cave !

Parfaitement que je descends ! Qu'est-ce que tu crois !?

On va tout de même pas se bagarrer pour un clebs, non ?

Faudrait pas que tu crois que je me dégonfle.

J'avais qu'à t'attraper comme ça. Je te filais ma tête dans la gueule et puis...

t'avais le bonjour pour ta clef anglaise.

Je l'avais prise parce qu'on ne sait jamais, des fois que t'aurais voulu tirer.

Tirer ?

Tais-toi, va. Tu causes sans savoir.

Donne-moi une cigarette. Ça vaudra mieux.

Ça n'a l'air de rien, de tirer.

Comme à la fête, comme sur les pipes, tu sais.

Tu tires et puis...

un bonhomme pousse un cri...

met ses mains à son ventre avec une petite grimace marrante...

comme un môme qu'aurait trop bouffé.

Ses mains deviennent rouges...

et puis il tombe.

On reste tout seul...

on comprend plus rien à rien.

Comme si le paysage se débinait.

Enfin, va ! Je suis arrivé, je te remercie. Tiens.

Sans rancune ?

Bien sûr.

- Au revoir ! - Tu prends pas le paquet ?

- Et toi ? - J'en ai d'autres.

Alors, comme ça, ça va. Merci.

Salut !

Bonne chance !

C'est fou ce qu'on s'amuse ce soir.

- Tu crois qu'il en a encore pour longtemps ? - J'en sais rien.

Tu sais jamais rien, toi !

Tu viens danser, Lucien ?

Je t'ai déjà dit de m'attendre au bar. On parle.

Bon, bon.

Je suis venu ici parce que vous m'aviez fixé rendez-vous

mais sachez que j'ai horreur de ce genre d'établissement.

Je trouve cette musique avilissante au possible.

Je n'aime que la grande musique.

Ça va, Zabel. On la connaît, ta musique.

Vous connaissez rien du tout. Vous êtes des petits dévoyés, des bandits.

C'est ça, fais-nous rire. Fais le comique.

Tu trouves pas qu'il est drôle ?

Oui, si on veut.

Tu vois, l'orphelin, tu le fais rire.

Et cependant, il n'est pas gai de son naturel.

Tu nous fais rigoler, c'est un fait.

Vous pouvez rire, ou faire semblant.

Tu devrais avoir honte de l'existence que tu mènes.

Ton père et ta mère sont des gens honorables, considérés.

Toi, tu joues les petits affranchis. C'est démoralisant.

Quand je pense que, peut-être, tu as appris le piano. Une si jolie chose, le piano !

Écoute, Zabel, les gugusses, ça va bien 5 minutes.

Après, c'est marre.

Où est Maurice ?

Ah oui, le beau Maurice !

À vrai dire, je n'en sais rien. Il venait parfois chez moi, lui aussi.

Quand je me suis aperçu que c'était comme vous un mauvais petit voyou,

je l'ai prié d'espacer ses visites. Un point, c'est tout.

Cette musique !

Écoute, Zabel. Maurice a disparu.

Et comme j'étais plutôt mal avec lui...

- Une histoire de femme, sans doute. - Ça ou autre chose.

Enfin, il y en a qui s'imaginent que je suis dans le coup.

Dans le fond, ça te flatte un peu, n'est-ce pas ?

Mais comme malgré tout, ça pourrait t'attirer des ennuis, tu es inquiet. Tu aimerais savoir.

Parfaitement.

Et je suis sûr que toi, tu sais beaucoup de choses.

Oui, beaucoup de choses.

Vous vous trompez, mes petits agneaux. Je ne sais rien du tout.

Et d'abord, je vous prie de ne pas me tutoyer.

Je pourrais être votre père à tous. J'ai des cheveux blancs. Je suis un commerçant honorable.

À notre époque, ça ne court pas les rues.

Bonsoir, je vous laisse payer les consommations, puisque vous m'avez invité.

Soyez assez aimable, madame, pour me donner mon chapeau ainsi que mon pardessus.

C'est réussi ! Il se fout de notre gueule et il s'en va.

Oui, laisse-le partir.

Tout à l'heure, on ira chez lui.

Pour quoi faire ?

Comme ça, pour voir.

Je t'ai déjà dit de foutre le camp !

Tu pourrais pas me parler poliment, non !?

Je te demande le prix des chambres.

Et si t'es habillé en amiral, c'est pour renseigner la clientèle.

Alors, t'as qu'à me dire le prix des chambres.

Puisque je te dis que c'est pas un hôtel ici !

Tu veux pas me dire le prix des chambres ?

Remarque, c'est pas pour ce soir. J'ai pas le rond.

Mais peut-être que demain ou un autre jour, je pourrai prendre...

Débine-toi ou tout à l'heure ça va mal aller.

- Pardon. - Pas de mal.

- Tu parles d'une brute ! - Qui ?

- L'amiral. - Laisse-moi tranquille. Je suis pressé.

C'est pas tous les soirs qu'on rencontre un ami.

C'est pas que j'adore les grivetons. Je les plains.

Moi aussi, j'aurais pu être griveton,

si j'étais pas tombé sur la tête le jour du conseil de révision.

- Tu vas me foutre la paix, oui ! - T'es brutal aussi, toi ?

Non mais je t'ai déjà dit que je voudrais être tranquille.

Je vois ce que c'est. J'ai compris.

Ce que tu peux être collant, toi !

- C'est ton chien ? - Non.

Tu cherches un coin pour être tranquille. Je peux peut-être t'aider.

C'est difficile, je suis sans un.

Ça n'a pas d'importance. Je vais te conduire chez Panama.

C'est quoi, Panama ?

Le coin le plus peinard de la côte.

Dans le genre station balnéaire, on ne peut pas faire mieux.

4 planches, avec une porte dedans et un toit dessus.

Tu vois, mon rêve à moi...

Si tu rêves tout debout, tu vas te casser la gueule, mon pote !

Ça fait rien. Tiens, on est arrivés.

C'est là où ça brille un peu.

Mon rêve est de dormir une seule fois dans des vrais draps blancs.

Tu sais, un drap au-dessus et un drap en-dessous.

Ton clébard remet ça.

C'est pas le mien.

Tu vas te tirer, toi !

J'ai pas de clébard. J'ai rien.

T'aimes pas les chiens ?

J'aime pas les bêtes qui cherchent un maître.

Et t'as pas trouvé ton maître, toi ?

Pas encore.

- Qui est là ? - Quart-Vittel !

Ouvrez, je suis avec du monde.

Entrez.

Bonsoir.

Vous voulez boire quelque chose ?

J'ai pas soif. Je voudrais me reposer.

Si je voulais boire, j'ai pas de quoi payer.

Ça ne fait rien. Ici, t'es chez toi.

Je te préviens, c'est pas la peine d'essayer de m'attrister avec le brouillard,

les malheurs, les ennuis.

Ici, y a pas de brouillard. Le temps est au beau fixe.

Les aiguilles sont clouées, alors...

Les confidences...

Pas la peine de t'exciter, je suis pas bavard.

Moi, je suis bavard et je suis discret.

Qu'est-ce que t'en penses, de celui-là ?

C'est un vrai.

Je l'ai acheté là-bas à Panama en 1906 !

Ah, Panama !

L'Amérique coupée en 2. On traverse en bateau, on est tout en bas,

et on voit des singes tout en haut.

Des singes tout bleu.

C'est merveilleux.

- Fatigué ? - Un peu, oui.

Excuse-moi.

Que tu sois fatigué ou non, ça ne me regarde pas.

D'habitude, je ne pose jamais de question à personne.

Y a pas de mal.

Laisse donc ça tranquille, imbécile !

Tu sais bien que l'équipage se décolle.

Une fois déjà, t'as avalé le mousse.

Panama, 1906 !

32 ans de bouteille.

Et tu voudrais t'envoyer ça, eh pouilleux !

Moi quand j'ai soif... Je m'en fous. Ce que je voudrais...

Je sais, je sais. Dormir dans des draps blancs.

- Salut, Panama ! - Salut, Michel !

Y a du monde, ce soir.

Oui, et du beau monde.

Oh, le monde, il est comme il est.

Plutôt sinistre, plutôt criminel.

Il y a pourtant de jolies choses dans le monde, à ce qu'on dit.

Tu n'avais qu'à les peindre, les jolies choses.

Les peindre ?

J'ai essayé. J'ai peint des fleurs, des jeunes femmes, des enfants...

C'était comme si je peignais le crime avec tout ce qu'il y a dedans.

Je verrais un crime dans une rose.

C'est ce qu'on appelle la peinture au couteau.

Qu'est-ce qu'il y a de plus simple qu'un arbre ?

Pourtant quand je peins un arbre, je mets tout le monde mal à l'aise.

C'est parce qu'il y a quelque chose, quelqu'un de caché derrière cet arbre.

Je peins malgré moi les choses cachées derrière les choses.

Un nageur, pour moi, c'est déjà un noyé.

Quand je veux peindre la joie, la musique,

un bal, une noce en plein air,

je ne retrouve sur ma toile que la haine, la jalousie,

le meurtre, le cimetière.

T'es nature morte, quoi !

Tais-toi donc, imbécile;

Non, l'imbécile, c'est moi.

Faut vraiment être un imbécile pour vivre comme ça dans le malaise, l'angoisse.

Vous ne trouvez pas ?

Ce que je trouve, c'est que vous êtes vachement compliqué.

Oui.

Mais tout va s'arranger.

J'ai fait le tour. La boucle est bouclée.

Vous pensez toujours à vous tuer ?

Il y a des gens qui vont à la pêche, à la chasse,

à la guerre,

d'autres qui font de petits crimes passionnels.

Il y en a quelquefois qui se suicident. Faut bien tuer quelqu'un !

C'est la vie !

Ainsi, toi, par exemple, tu bois.

Tu bois bien pour tuer quelque chose en toi qui te gêne.

Moi ?

Je bois surtout pour me saouler la gueule !

C'est la même chose.

Et vous, je suis sûr...

si je faisais votre portrait...

Ça va, foutez-moi la paix.

Je vous peindrais les mains dans les poches, la nuit dans le brouillard.

Merde, j'en ai marre, marre, marre !

Vous jactez. Un mot en amène un autre et puis les grandes phrases arrivent.

Ça me casse les pieds.

Vous avez bu aussi ?

Tais-toi, tu causes sans savoir.

Parce que je mets en boule, tu te figures que j'ai bu, tête de lard !?

J'ai pas bu, mais j'ai pas becqueté depuis 2 jours. Marrant, hein !?

Un beau sujet de tatouage au-dessus du nombril : buffet froid.

On ne vous nourrit plus à la coloniale ?

Qu'est-ce que ça peut te foutre ?

T'avais qu'à dire «je voudrais manger un morceau». C'était pas difficile.

Je sais bien.

Quand on a faim, on devrait le dire et ça devrait s'arranger, seulement...

on ferme sa gueule. L'orgueil.

J'ai de l'orgueil. C'est marrant, ça.

Une forte tête, comme ils disent. J'ai de l'orgueil.

Une forte tête, parfaitement !

Tu peux dire que t'as la tête dure, toi aussi.

Tu disais tout à l'heure que tu avais faim.

- Oui, j'ai faim. - Viens par ici...

Y a du pain, du saucisson, et puis du Chester.

Quand j'étais à Panama, j'achetais toujours du Chester.

Quand on a pas mangé depuis longtemps, il faut manger très doucement.

Fait voir. Qu'est-ce que t'attends pour me dire «bon appétit» ?

Tu connais pas les convenances ?

Le clébard, y avait longtemps. T'as peut-être faim aussi.

Il est à vous ?

Oui.

Il a une jolie tête.

Toi aussi.

T'es belle et tu me plais.

Sans blague.

T'es pas épaisse mais tu me plais.

Comme au cinéma. Je te vois et tu me plais.

Le coup de foudre.

Le coup de bambou. L'amour, quoi.

Tu sais, le petit mec avec ses ailes dans le dos, et puis les flèches.

Les cœurs sur les arbres, la romance et puis les larmes.

Ah là là.

Vous êtes toujours pareils. Vacherie et compagnie.

Vous le pensez vraiment ?

Quoi ?

Ce que vous dites, l'amour.

Les gonzesses, c'est toujours pareil.

Ça fait le turf et c'est sentimental comme une colombe des cartes postales.

Qu'est-ce que vous avez dit ? «Le turf» ?

Ben oui, quoi. On t'a pas appris les langues vivantes ?

Le turf, le tapin.

Pourquoi me parlez-vous comme ça ?

Oh dis donc !

Tu vas pas me faire croire que t'es venue ici pour apporter une galette à ta grand-mère ?

T'es pas le Petit Chaperon rouge.

C'est dommage parce que...

Moi, je suis le gros méchant loup.

Il est bath, le gros méchant loup !

Ça me donne bonne mine, le khaki ?

Dis donc...

Pourquoi riez-vous tout le temps comme ça ?

C'est pas un vrai rire. C'est un rire triste.

T'as déjà vu une femme aimer un griveton, toi ?

Elles aiment les grivetons quand ils défilent au pas cadencé avec la musique.

Mais quand il s'amène tout seul, le griveton, avec son petit kébour, ses molletières

et son ceinturon, faut voir la gueule qu'elles font !

D'abord, je sais pas pourquoi je te dis ça. Ça n'avance à rien.

Un homme et une femme, ça peut pas s'entendre.

Ils parlent pas pareil.

Ils ont pas le même vocabulaire.

Ils peuvent peut-être pas s'entendre, mais ils peuvent s'aimer.

T'as déjà aimé quelqu'un, toi ?

- Non, pas vraiment. - Ben alors.

Qu'est-ce que... ?

Je sais pas.

- Qu'est-ce que c'est ? - Des malfaisants.

On choisit un coin tranquille pour ne pas voir les sales gens,

ils viennent justement dans ce coin-là pour s'entretuer.

Mon vieux, comme éclairage, c'est réussi ! On se croirait aux catacombes.

- Alors ? - Alors !

C'est malheureux !

Vous êtes pas foutus de suivre un type qui descend de taxi ?

On ne l'a pas perdu. Il est sûrement planqué dans la baraque.

- Quelle baraque ? - La buvette là-bas.

Ce fourbi-là ?

Montez.

Je suis sûr qu'il est ici.

C'est pas difficile. Il n'y a qu'à aller le chercher.

Ouvrez. On crève de soif. On voudrait boire un godet.

Rien à boire. Inutile d'insister. C'est fermé.

Si vous n'ouvez pas, on entrera quand même. Vous serez bien avancé.

Alors, on l'enfonce ?

Attention, 1re sommation. Un coup en l'air, comme à Panama.

Si vous restez là, je tire dans le tas.

Les vaches, ils vont tirer.

C'est parce qu'on tire que t'as peur ?

- S'il n'y avait que ça ! - Qu'est-ce qu'il y a d'autres ?

Je peux pas vous le dire !

T'as pas besoin d'avoir peur, puisque je suis là.

Vous êtes gentil.

Comment tu t'appelles ?

Nelly.

Moi, je m'appelle Jean.

Les salauds !

C'est un vrai combat naval. C'est formidable !

Le capitaine est resté seul à bord.

Je crois qu'ils ont compris.

Quelle belle nuit.

Oui, la belle nuit.

Tiens.

On dirait du sang.

Du sang ?

Qu'est-ce que vous faites ?

Vous êtes blessé ?

C'est rien, j'ai dû me couper la main en tombant.

Vous me permettez de rentrer ?

Entrez.

La vie est tout de même une chose bien curieuse,

pour qui sait observer entre minuit et 3h du matin.

Il faut pas que cet homme-là me voie ici.

C'est pas difficile. Moi aussi, je tiens à voir le moins de monde possible.

Ils étaient après moi comme des loups dans la neige.

J'ai couru. Je l'ai échappé belle. Donnez-moi un rhum, patron.

Y a pas de rhum ici.

Mais si vous voulez vous laver les mains.

Les mains, oui.

Sur les vêtements, le sang reste longtemps. Sur les mains, il s'en va très vite.

Je ne sais pas si vous avez remarqué comme les médecins, particulièrement les chirurgiens

ont les mains blanches et soignées.

Cependant, elles pataugent dans le sang toute la sainte journée, leurs jolies mains.

Je ne suis pas médecin. Je suis dans les articles [inaudible].

On ne vous demande rien.

Dehors, dans le seau près du tonneau, il y a de l'eau de pluie.

Comme bon vous semblera.

Vous êtes artiste, monsieur ?

Je ne suis pas artiste. Je le regrette car j'aime beaucoup les arts.

La grand musique, surtout. Particulièrement la musique religieuse.

Elle évoque en moi des souvenirs.

J'aime bien fouiller dans mes souvenirs.

Souvenirs de famille, souvenirs d'enfance.

Où est votre blessure ? Je ne vois rien.

J'ai cru m'être blessé. Je me suis trompé, voilà tout.

Avec ça, j'ai perdu mon paquet.

Mon paquet, c'est désolant.

Alors ça n'était pas votre sang ?

Écoute, je ne sais pas d'où tu viens ni qui tu es. Ça ne me regarde pas.

Le jour est levé. Tu peux t'en aller.

Tu as une tête que je n'aime pas.

Il y a comme ça des têtes qui plaisent, d'autres qui ne plaisent pas.

Ça a si peu d'importance. C'est si peu de chose, une tête, quand on y pense.

Ça pèse si peu.

Ma tête ne plaît à personne. Vous me croirez si vous voulez,

quand je me regarde dans une glace, elle me plaît à moi.

Après tout, autant cette tête-là que pas de tête du tout, pas vrai ?

Chaque fois que le jour se lève, on croit qu'il va se passer quelque chose de nouveau.

Quelque chose de frais.

Et puis, le soleil se couche.

Et puis, on fait comme lui.

C'est triste.

Ce que tu disais tout à l'heure, tu le pensais ?

Quoi ?

L'amour.

Oui. Sans ça, pourquoi l'aurais-je dit ?

Je sais pas, des salades pour attendrir les clients.

Des clients ?

Excusez-moi. Pardon si je vous dérange.

La douche écossaise, il n'y a rien de tel pour vous rebecqueter un homme.

Et maintenant, me voilà frais comme une rose pour le labeur.

Sans blague, tu travailles ?

Oui, aux docks.

Ce truc-là, ça tient 2 litres.

Le matin, je pique 2 litres et je les revends le soir.

Évidemment, c'est pas légal.

N'empêche tout de même que je suis le seul piqueur qui rebouche le tonneau.

Une simple question de conscience professionnelle.

Salut, au revoir. Ma beauté, excusez-moi mais...

le labeur, c'est le labeur !

Toi, tu restes ici ?

Non.

Où tu vas ?

- Je ne sais pas. - Alors, on va du même côté.

Vous aimez la vie, vous ?

- Quoi ? - Vous aimez la vie ?

Oui, tout de même. Y a des jours.

Et la vie vous aime ?

Jusqu'ici, elle a été plutôt vache avec moi mais...

Elle changera peut-être puisque je l'aime.

Je voulais te remercier pour ton hospitalité. T'as été chouette.

Vous m'avez tous tenu compagnie. C'est moi qui vous remercie.

Et si je peux faire quelque chose pour toi...

Oh, quelque chose pour moi, tu sais...

Tu pourrais peut-être me trouver des fringues civiles. N'importe quoi.

Je vois ce que c'est. Tu es en permission libérable ?

Je croyais que tu posais jamais de questions ?

T'as pas confiance ?

Si mais...

J'ai qu'un seul costume. Celui-là, le vieux et il me plaît bien.

Enfin, si tu peux revenir ce soir, je t'aurai trouvé quelque chose.

Je te remercie, ça va.

Quelle pointure chaussez-vous ?

- Du 41, pourquoi ? - Pour rien.

Tu viens ?

Le hasard fait vraiment bien les choses.

- Le hasard ? - Oui.

Il chausse du 41 comme moi.

Il cherche des vêtements. J'en ai.

Il voudrait probablement changer d'existence

mais il lui faudrait un laissez-passer.

Oui, il a sûrement besoin d'un état civil.

Ça se voit.

Ça tombe bien. J'en ai un de trop.

Le mien.

Si ça peut lui être utile.

Je vais me baigner.

La mer est mauvaise. Il y a du brouillard.

Qu'est-ce que vous dites ?

Je dis les choses telles qu'elles sont. La mer est mauvaise et il y a du brouillard.

Et tout ça est très bien.

Je nage assez mal.

Et malgré tout, j'ai l'impression que je vais nager le plus loin possible.

Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?

Rien.

Bien.

Michel ! Michel !

Ne faites pas de connerie !

À quoi ça sert ?

Quel brouillard !

Quel sale brouillard !

Des godasses,

des tessons de bouteille, un vieux peigne.

Il est bath, le fond de la mer !

C'est pas le fond de la mer.

Le fond de la mer, c'est plus loin, plus profond.

Tais-toi, tu causes comme un scaphandrier.

- Quel âge que t'as ? -17 ans.

Moi aussi.

Moi aussi, j'ai eu 17 ans.

- Ça, c'est drôle ! - Quoi donc ?

Regarde Nelly.

Où ça ?

Là, avec un soldat.

Curieux.

Alors Lulu, qu'est-ce que tu fous ? Je croyais qu'on allait prendre un crème ?

Tais-toi, on va rigoler.

Ce soir, je vais chez Panama si tu peux venir.

C'est ça, si je peux venir. Vous avez de l'argent ?

Pourquoi, t'en veux ?

Ce que vous êtes belge. Je sais bien que vous n'en avez pas puisqu'hier, vous aviez faim.

Alors, pourquoi tu me le demandes ?

Salut.

Viens un peu par ici, tu veux ?

Qu'est-ce que vous me voulez ?

Rien. On passait comme ça.

Je suis descendu te dire bonjour.

Et pour te demander des nouvelles de Maurice.

Tu dois savoir quelque chose, toi.

Je sais absolument rien. Je veux que vous me laissiez tranquille.

Déjà oublié, déjà remplacé, le Maurice.

C'est formidable, tout de même !

Tu traînes avec n'importe qui et avec moi, tu fais la dédaignarde.

Pourquoi ?

Tu sais que je te trouve belle.

T'as une belle bouche.

- Une bouche qui me plaît. - Je veux pas que vous me touchiez.

Tu veux pas qu'on te touche ?

Et Maurice, il t'a pas touché, peut-être ?

Et les autres ? Et celui-là ?

Tout le monde sauf moi.

Laissez-moi.

Au lieu d'aller promener tes fesses au Petit Tabarin,

tu ferais mieux de rester dans ta boutique avec ton tuteur.

À propos, quand tu verras Zabel,

tu lui diras de ma part que la corrida de cette nuit

était un simple avertissement.

Je veux pas être mêlée à vos histoires. Ça me dégoûte.

Et moi, je te dégoûte ?

Oui, vous aussi. Vous surtout !

Moi surtout ?

Je vous dis de me laisser !

Laisse donc la petite tranquille puisqu'elle le demande.

Toi, si j'ai un conseil à te donner, c'est de continuer à faire des ronds dans l'eau.

C'est vrai. Un griveton, ça s'amuse d'un rien.

Ça crache dans l'eau et c'est content comme tout.

Je sais bien, seulement tu peux la laisser tranquille quand même.

C'est ça, oui. Monsieur fait dans le genre calme.

Il fait dans le genre maître de lui.

Écoute, nous sommes 3 et t'es tout seul.

3 ? Tu sais pas compter, mon petit bonhomme.

Ah, parce que tu comptes sur le gros ?

Parce que vous 2, c'est pas grand-chose.

Tu vas la laisser, oui ?

Un simple soldat qui donne des ordres ?

Allez, tu vas te tirer !

Excuse-moi, je suis un peu violent.

Si on ne peut plus plaisanter, alors.

Tu veux t'en aller ? T'es pressé, maintenant ?

Allez, ne t'approche pas. Ne tape pas, hein.

Tape pas ! Avec moi, je te préviens...

Fais gaffe !

Fais gaffe à quoi ?

Tout à l'heure, tu voulais tout becqueter. Puis maintenant, tu te dégonfles.

T'es tout pâle, tu perds tes arêtes. T'es pas beau à voir, tu sais.

Je vais te donner un conseil. Si tu me rencontres, change de trottoir et vite !

Parce que sans ça, tiens ! Comme ça !

Allez viens.

Alors, vous montez ou pas ?

Vise un peu Lucien. On dirait qu'il va pleurer.

Pour une rigolade, c'est une rigolade !

Pourquoi vous avez fait ça ? Vous ne savez pas si j'en vaux la peine.

Je croyais que t'étais pressée ?

Je ne sais plus. Je me suis sauvée.

Si je rentre, ce sera terrible. Si je rentre pas, ce sera pareil.

Moi aussi, je devrais rentrer quelque part.

Et si je rentrais, comme tu dis, ce serait terrible.

Au revoir, Jean.

Si je peux, j'irai ce soir chez Panama.

Au revoir.

Nelly !

Nelly !

C'est moi.

Écoutez ça. C'est beau.

Ta gueule !

Évidemment, tout ce qui est beau et élevé, vous vous en moquez.

Assez ! Tu nous as assez ri au nez. C'est fini !

Qu'est-ce qui te prend ? Tu es saoul ou tu es drogué ?

J'en ai assez d'être humilié. Je suis un homme, t'entends, Zabel !

Je suis un homme. Je peux te le prouver tout de suite !

Range ça. T'es pas fou. On est venu pour causer.

Imprudente jeunesse.

D'abord, rends-moi les papiers. Tous les papiers, allez !

Et dis-nous où est Maurice !

Je suis sûr que c'est toi qui l'a buté.

«Buté», quelle façon de s'exprimer !

Qu'est-ce que tu faisais cette nuit ?

Et l'autre nuit, au bord de l'eau avec des paquets ?

Réponds ou alors...

Ou alors quoi ?

T'apprendras à me connaître.

Je te prouverai que je suis quelqu'un.

Je le sais.

Tu es Lucien Lagardier. Une excellente famille mais tu as été mal élevé.

Quand on a trop d'argent de poche, on en a jamais assez.

Alors, on fait des combines. On tombe dans de sales draps.

On va trouver le père Zabel pour qu'il vous tire de là.

Lucien, tu es un ingrat. Je t'ai tiré de pas mal de mauvais pas, déjà.

Hier soir encore, tu as essayé de m'écraser avec ta voiture,

essayé de me tuer avec une arme à feu.

Je ne sais pas où est Maurice.

Tout ce que je sais, c'est que les papiers qui te concernent sont en lieu sûr.

Et si Dieu voulait que je mourusse de mort violente,

je vous préviens que vous auriez tous énormément d'ennuis.

Vous étiez venus pour me faire peut et ce n'est pas réussi.

C'est vrai ça, qu'ils étaient venus pour me faire peur !

Me faire peur à moi !

Bande de petites larves !

Vous ne vous rendez pas compte que je n'arrive pas à me faire peur à moi-même ?

Mais faites-le taire ! Je vais le descendre !

Je vais tirer, attention. Je vous jure que je vais tirer.

T'es pas dingue ? À quoi ça te servirait ?

Viens.

On va passer par derrière.

Un jour ou l'autre, je vous prouverai que je suis quelqu'un.

Qu'est-ce qu'il a ?

Ce matin, il s'est fait corriger par un soldat à cause de Nelly.

- Tiens ! - Oui, Lucien voulait parler à Nelly.

Alors, le soldat est venu. Il a abîmé Bébé et claque Lucien.

Lucien, qu'est-ce qu'il a fait ?

- Rien. - Rien ?

C'est admirable, les militaires.

Pourquoi me racontes-tu tout ça, toi qui es un ami de Lucien ?

Ah, les amis...

Vous attendez quelqu'un à déjeuner ?

J'attends ma filleule.

Vous croyez qu'elle va revenir ?

Chaque fois qu'elle est partie, elle est revenue.

La voilà, va-t-en !

Au revoir.

On s'en va comme les hirondelles.

On abandonne son vieux tuteur.

On le laisse tout seul, dans l'inquiétude.

- Pourquoi t'es-tu sauvée l'autre soir ? - Parce que j'ai eu peur.

Quel enfant tu fais. Pourquoi tu es revenue alors ?

Parce que les autres me font peur aussi. Où voulez-vous que j'aille ?

Tu ne te plais pas ici ? N'ai-je pas toujours été gentil avec toi ?

C'est drôle, tu es encore une petite fille, et pourtant tu es déjà une petite femme.

Ne me regardez pas comme ça !

Où as-tu été cette nuit ?

Nulle part. J'ai marché.

Tu as suivi un régiment. C'est beau, les militaires ?

Dis donc, il s'en va bientôt ?

- Demain. - Où ça ?

Au Vénézuela, je crois.

Le Vénézuela...

Vous désirez quelque chose ?

Non, je regardais comme ça.

Reste là. Tu dois être fatiguée.

Vous désirez, monsieur ?

Bonjour, monsieur. Je voudrais la petite boîte dans la vitrine.

Je voudrais qu'on me grave 2 noms dessus : «Jean et Nelly».

Et la date d'aujourd'hui. C'est pour un souvenir.

«Jean et Nelly», c'est très joli.

Vous avez du sentiment et c'est très bon. À notre époque, les gens sont tellement durs.

Nelly.

Voilà quelqu'un qui veut te faire un cadeau.

Et je vous fait cadeau du cadeau que vous vouliez offrir à Nelly.

Les amis de ma filleule sont aussi mes amis.

Vous aimez les bêtes ?

Les bêtes ne m'aiment pas beaucoup.

- Vous désirez, monsieur. - Nous voudrions choisir quelques cartes postales.

Pourquoi êtes-vous venu ici ? Vous m'avez suivie ?

Non. Je passais. Je regardais la devanture alors je suis rentré.

Pourquoi vouliez-vous m'acheter un souvenir ?

J'ai de l'argent de trop. L'argent des femmes, j'aime pas ça.

L'argent des hommes, l'argent des femmes, c'est pareil.

Excusez-moi, mais le commerce, n'est-ce pas.

J'espère que vous allez accepter une tasse de café avec nous ?

Non, je vous remercie mais il faut que...

Allons donc ! Un soldat qui fait des manières, on n'a jamais vu ça.

Venez donc.

En permission, sans doute ?

Vous n'êtes pas d'ici. Je suis sûr que vous êtes parisien.

- Oui. - Ça se voit tout de suite.

- Asseyez-vous donc. - Merci.

Ici, c'est la maison du bon Dieu.

Vous êtes venu voir des parents ?

Nelly, veux-tu aller chercher une bouteille de cognac à la réserve ?

Elle est gentille, n'est-ce pas ?

Elle fait une petite fugue de temps en temps mais ce n'est pas très grave.

Sa mère était comme ça, paraît-il.

Des fugues, oui, mais rien de grave, rien de sérieux.

Pourtant sa mère est partie un jour et elle n'est pas revenue.

Et la petite est restée avec le père.

Un excellent homme, d'ailleurs.

Et puis il est mort, le père.

Encore un peu de café ?

Il est tout de même meilleur que celui de l'ordinaire, pas vrai ?

Ça vous plaît, le métier militaire ?

On voit du pays, quoi.

- Il y a longtemps que vous êtes au Havre ? - Depuis hier soir.

Jolie ville, n'est-ce pas ?

Nelly, qu'est-ce que tu as ?

Nelly, voyons !

Ne me touchez pas, laissez-moi !

Attendez-moi, j'ai à vous parler.

Mais laissez-le donc partir. Qu'est-ce que vous lui voulez ?

Tu es malade. Tu as de la fièvre. Viens t'allonger un peu.

Allons, viens. Je vais te conduire à ta chambre.

C'est une enfant trop sensible. La moindre contrariété, elle est dans tous ses états.

Vous, vous étiez cette nuit chez Panama.

Et après, qu'est-ce que ça peut vous faire ?

Je ne vous ai pas vu mais j'ai vu votre chien.

Il a grogné contre moi.

Et Nelly était là certainement. N'est-ce pas ?

Quand on me pose des questions qui me déplaisent, je réponds pas.

Les gens qui passe la nuit chez Panama sont des gens qui n'ont pas la conscience tranquille.

Ah oui ?

Notez que je dis ça aussi bien pour vous que pour moi.

Est-ce que vous avez la mémoire des chiffres ?

Moi, je l'ai. Tenez, un chiffre par exemple.

3614.

Je ne l'ai vu qu'une seule fois, eh bien je m'en souviens.

Qu'est-ce que tu dis ?

Ne fais pas l'étonné. C'est ton numéro de matricule. Je l'ai vu sur ta chemise tout à l'heure.

Et alors ?

Et alors ?

Ben voilà.

Avec les gens qui me rendent service, je suis la discrétion même.

Et avec les autres ?

Ça dépend.

Tu m'as déjà rendu service une fois, sans le savoir.

En corrigeant Lucien Lagardier.

Qui ça ?

Ce matin sur les quais.

Je suis au courant de bien des choses. Et ce que je ne vois pas, je le devine.

Si tu es venu au Havre,

ce n'est pas par hasard.

Ça te regarde pas.

Peut-être, mais ça m'intéresse.

Tu es venu au Havre parce qu'il y a des bateaux.

T'as fait des bêtises et tu voudrais prendre le large. Changer de peau.

Tu veux partir et moi, je peux t'aider.

Je te demande rien, moi !

Si tu veux de l'argent, j'en ai.

Et même si tu veux des papiers, un passeport.

Ce Lucien Lagardier, c'est un vaurien, un personnage sans moralité.

Il me poursuit. Il me menace. Il est capable de tout.

Et puis ?

Je te rends service, tu me rends service et tout le monde est content.

Ce Lucien, il est la nuit au bord de l'eau.

Tu es là, tu le pousses, il tombe.

C'est enfantin.

Chaque fois qu'un vaurien disparait,

la société respire un peu mieux.

Ça vaut la peine d'y réfléchir.

Ah oui.

C'est tout réfléchi.

Écoute, un jour au Tonkin, j'ai vu une bête dégueulasse, toute molle,

rien que de la regarder remuer, ça donne envie de vomir.

Un scolopendre, qu'ils appellent ça.

C'est à ça que tu ressembles. Et t'as une sale voix.

Quand tu parles, on dirait que tu patauges dans la vase avec tes espadrilles.

- Ma voix est spéciale, en effet, et toi ? - Moi je suis comme je suis.

Et tout ce que j'ai fait de pire, c'est parce que j'étais en colère.

Parce chaque fois qu'il se passe quelque chose de bien, y a toujours des ordures comme toi pour tout foutre en l'air.

Tu me dégoûtes, tiens. J'aime pas écraser les punaises.

Allez, viens toi.

Jean !

Jean.

Vous pouvez pas rester. Je vous guettais. Jean, il faut vous méfier.

- Quoi, le tuteur ? - Oui.

Je comprends qu'avec une famille pareille, t'aimes mieux rester dehors que dedans.

Je voudrais vous voir ce soir.

- Où ça ? - Je sais pas, n'importe où.

- Sur le quai, y a la fête. - C'est grand, une fête.

Celle-là, c'est une toute petite.

Tout au bout, y a un manère d'enfants avec des lapins blancs. Je vous attendrai là.

- À quelle heure ? - 9h.

Tu parles d'une paire de pompes !

C'est pour ça qu'il m'avait demandé ma pointure !

Et moi qui l'engueulait, le pauvre gars !

C'est dommage qu'il soit barré. Je lui aurais dit merci.

Tu sais pas où il est parti ?

Les gens arrivent, pui s'en vont...

Ah ça, mon vieux. On est de passage.

Dis donc, c'est égal. Je suis verni parce que...

D'habitude, je suis pas veinard, mais aujourd'hui...

je suis un petit verni !

C'est marrant ce que c'est léger sur la tête, un chapeau, quand t'as plus l'habitude.

Ce que c'est léger, dis donc !

Y a que le froc qui est un peu juste.

Tiens, y a des pattes. Je vais l'arranger.

C'est du beau tissu.

Il doit avoir du fric, ce gars-là, pour faire des cadeaux pareils.

Sans doute. Il a aussi laissé ça pour toi.

- Du pognon ? - Oui.

850 francs.

- 850 balles ? - Et c'est pas fini. Un passeport.

Pour quoi faire ?

Il a pensé que ça pouvait t'être utile.

Il a pensé...

Je lui ai rien demandé. Comment il a pu deviné...

Deviner quoi ?

Que je voulais partir. Il a plus de papiers, lui ?

C'est un garçon qui n'est pas à un état-civil près.

Je t'assure que ça va pas le gêner. Alors, si ça peut t'arranger.

Michel Kraus.

Taille : 1,72 m.

Nez moyen. Cheveux châtain.

C'et inoui ce que ça se ressemble, les gens sur le papier !

Évidemment, il faudra changer la photo.

C'est pas difficile.

Et arranger le cachet et la petite griffe.

Ça non plus, va. Tiens !

Si dans un an et un jour, on n'est pas venu te le réclamer, c'est à toi.

Je te remercie. Les phrases, je sais pas.

Tu viens, toi !

T'oublies ta boîte.

Tu t'appelles Michel Kraus. T'es artiste-peintre.

Ah oui...

C'est vrai, ça.

- Au revoir. - Au revoir.

- Quand est-ce que vous partez ? - On embarque demain à 5h.

- Pour le Vénézuela? - Oui.

Très joli, tout ça, hein ?

Les bateaux, la mer, les hommes.

Pour un peintre, tout est joli.

Je vous observais depuis 5 minutes.

Le coup d'œil du peintre, ça se voit tout de suite.

Moi qui vous parle, j'ai failli être peintre.

J'avais la peinture dans le sang.

Et puis j'ai fait ma médecine. Pure folie.

Vous avez devant vous, jeune homme, le médecin malgre lui.

Le Dr. Mollet, médecin à bord de la Louisiane.

Michel Kraus.

Vous ne refuserez pas de prendre quelque chose avec moi ?

Non, je vous remercie. Je suis pressé.

Moi aussi, j'ai beaucoup à faire, voyons !

Je pars demain, et ça ne m'empêche pas de boire un verre, au contraire !

- Vous partez demain ? - Pour le Vénézuela.

Et si le cœur vous en dit, c'est un bon bateau.

Vous seriez bien.

Les voyages, pour un peintre, c'est une source de renouvellement.

Vous prenez des passagers ?

Vous plaisantez ? Vous voudriez partir vraiment ?

Pourquoi pas ? Rien ne me retient.

Si le voyage était pas trop cher...

Voyons, on sait bien que les artistes ne sont pas fortunés.

Venez. Les grandes décisions doivent être prises devant des petits flacons.

Salut.

Toi, t'as l'air heureux ! Une bonne journée ?

Je te crois, dis. 2 litres, et du supérieur !

- Où tu vas ? - Dormir !

- Bonjour, patron. - Vous désirez ?

- Une chambre. - Tout de suite.

- Et mon rhum, c'est pour demain ? - Voilà, voilà !

- Vous prenez quelque chose ? - Non.

Si, donnez m'en tout de même un petit.

- Un petit quoi ? - Un tout petit rhum.

Dans un grand verre !

Je vous demande ça, c'est une formalité. Les artistes sont toujours bohèmes.

Sûrement. Mais tous mes papiers sont en règle, mon passeport...

Voilà qui est parfait. J'arrangerai ça avec le commandant.

J'ai de très jolies aquarelles. Vous me direz ce que vous en pensez.

L'aquarelle, oui.

Vous êtes paysagiste ?

Vous savez, les théories, moi...

Vous n'êtes pas cubiste, au moins ?

Cubiste, ah non.

À la bonne heure ! Parce que moi, le cubisme...

Quel genre de peinture faites-vous ?

En général,

je peins les choses qui sont cachées derrière les choses.

Très intéressant.

Par exemple, si je vois un nageur,

je pense tout de suite qu'il va se noyer.

Alors, je peins un noyé.

Eh bien, je pense que votre peinture ne doit pas être très gaie.

Enfin, l'essentiel est que ce soit bien peint.

Après tout, peu importe le sujet.

À votre santé !

Patron, redonnez m'en un petit. Faut pas séparer les amis.

Et alors, la chambre, vous la prenez ou pas ?

Ah oui, la chambre. C'est combien ?

18 F.

Et ici, qu'est-ce que je dois ?

18 F.

Ben, je vais payer.

Et la chambre ?

Trop tard. Bonsoir.

Et surtout, soyez à l'heure. Un bateau, ça n'attend pas.

Vous avez beaucoup de bagages ?

Très peu. Une valise.

- Une valise ? - Oui.

Vous allez partir pour le Vénézuela avec une valise ?

C'est merveilleux !

Voilà comment je comprends les artistes, moi !

Pas de bagages. L'indépendance, la liberté.

C'est beau d'être libre.

Oui, c'est beau.

Évidemment, vous ne partez pas sans espoir de retour ?

Mais tout de même...

vous n'êtes attaché à personne ?

Non.

Personne.

Attention, ne bougeons plus.

1...2...3 !

Merci beaucoup.

C'est triste, le voyage est déjà fini.

Ce serait trop beau si on pouvait partir comme ça sur la mer tous les 2.

Tous les 2.

Ça me fait penser. Il faut que je me fasse faire une photo.

- Encore ? - Oui, j'en ai besoin.

C'est pour envoyer à une femme ?

- Oh non. - C'est vrai ?

Si je te le dis !

Pardon, monsieur. Je voudrais des petites photos d'identité, comme pour un passeport.

Là, t'es joli comme ça !

Il est peut-être joli, mais il a pas l'air heureux.

Si on le perdait, ce serait tellement triste.

Maintenant, je suis habituée à lui et à vous.

T'es une drôle de fille, quand même.

J'ai qu'à te regarder, t'écouter et puis...

tu me donnes envie de pleurer.

Viens, ils me cassent les oreilles avec leur fusillade.

- T'as pas faim ? - Non, j'ai envie de rien.

Je suis bien.

C'est vrai ? T'es bien avec moi ?

Vous pouvez pas savoir comme je suis bien avec vous !

Je respire, je suis vivante.

Ça doit être comme ça quand on est heureux.

Tout ce que tu dis, ça tient pas en l'air. À un autre que moi, je trouverais ça idiot.

Mais que tu me le dises comme ça, c'est marrant, ça me fait plaisir.

T'as de beaux yeux, tu sais.

Embrassez-moi.

Nelly.

Embrassez-moi encore.

- Je vais prendre les tickets. - Faut faire la queue.

La queue ? Tu me prends pour un cave ?

Poussez-vous. Vous permettez, on est avec des dames.

- 6 tickets ! - Vous avez du culot.

Fais pas le bonhomme, toi. Y a que nous qui parlons ici.

Me fais pas rigoler. Mon rimmel va se débiner.

- C'est malheureux, des gens comme ça ! - Des gens comment ?

Attention aux courants d'air !

Mon chapeau !

Qu'est-ce que t'as, Lucien ? T'es malade ?

Attention au chien.

Je t'avais prévenu.

Viens, Nelly.

Je le buterai.

Et Zabel aussi. Je tirerai dedans, je vous le dis.

Vous comprenez ?

Oh bien sûr, va. C'est pas difficile à comprendre.

C'est la vie, la vacherie !

C'était tellement sinistre chez Zabel. J'étouffais.

Je serais allée n'importe où.

Au Petit Tabarin, tout le monde dansait et riait.

Maurice était doux avec moi. Il disait qu'il m'aimait.

Moi aussi, je lui disais que je l'aimais.

Mais ce n'était pas vrai. Personne ne dansait, ne riait vraiment.

Personne ne s'aimait. Tout le monde faisait semblant.

Allons, tu vas pas pleurer.

Nelly.

Quand vous m'appelez comme ça, Nelly...

c'est comme si vous veniez me chercher très loin quand j'étais petite.

T'es pas tellement grande, tu sais.

Si, j'ai grandi trop vite. J'ai vu trop de choses. Je suis abîmée.

Abîmée ? T'es folle !

T'es la fille la plus fraîche que j'ai jamais rencontrée.

Quand une fille est belle, qu'elle est jeune et qu'elle veut vivre,

c'est comme un homme qu'essaye d'être libre. Tout le monde est contre.

Comme une meute.

C'est difficile de vivre.

Ouais, on est seuls.

Pourtant, des fois, on rencontre des gens qu'on connaît à peine,

qu'on reverra peut-être jamais.

Et puis ils vous rendent service. On sait pas pourquoi. C'est marrant.

C'est parce que les gens s'aiment.

Non, ils ont pas le temps.

Moi je vous aime, Jean.

Tais-toi, tu causes comme une enfant.

Si, je suis sûre que je vous aime vraiment. Faut pas me laisser.

Sans vous, qu'est-ce que je deviendrais ?

Je veux pas retourner chez Zabel.

Je peux plus vivre comme ça en ayant peur tout le temps.

Vous allez bien rester encore quelques jours ?

Qui t'a dit que j'allais partir ?

Quand je vous ai vu en civil, tout d'un coup j'ai pensé...

Qu'est-ce que ça peut faire ?

Si vous partez, peut-être que vous m'emmènerez ?

T'emmener ?

Je vous plais pas ?

Jean, il faut me garder !

T'es belle, tu sais.

- Tu te rappelles ? - Quoi ?

Cette nuit, tu m'as réveillée et tu m'as parlé tout doucement.

Tu m'as dit que tu m'aimais.

- Je t'ai dit ça ? - Mm-hmm.

- C'est pas possible, tu rêvais. - Ou toi !

- Moi ? - Tu rếvais tout haut.

Les rêves, tu sais, pour moi...

Tout le monde rêve.

Quelle heure est-il ?

Je sais pas. 11h ?

C'est joli, un peu de soleil.

Oui.

Pourquoi tu souris ?

Je sais pas.

Je croyais que la vie était tellement triste et puis...

je vous tout d'un coup que je me suis peut-être trompée, alors je suis contente.

- C'est vrai ? - Mm-hmm.

Écoute, faut que je te parle...

mais c'est moche, ce que j'ai à te dire.

- Qu'est-ce que c'est ? - Le petit-déjeuner !

Oui, entre.

- Je vous ai apporté le journal. - Le journal ?

Oui. Y a un crime formidable. On ne parle plus que de ça.

Comme crime, c'est quelqu'un !

Il est pas marrant, alors.

Combien de sucres ?

2.

C'est affreux !

Qu'est-ce que t'as ?

J'avais raison d'avoir peur.

J'étais comme une Belge. Je devinais. Je sentais venir les choses.

C'est affreux !

Eh ben !

Pleure pas, va !

Quand j'ai entendu crier dans la nuit, comme ça,

c'était lui qui criait.

Je savais bien que j'avais pas rêvé.

Pleure pas, Nelly !

Bien sûr, je l'aimais pas. Il m'avait fait du mal.

Pourquoi l'avoir tué ? Pourquoi ?

Tu sais qui l'a tué ?

Oui, je suis sûre.

Qu'est-ce que c'est ?

Excusez-moi, c'est pour le plateau.

Y en a que 2 pour tout l'hôtel.

Comme y a 12 chambres, c'est pas facile.

Vous n'aviez pas trop faim. Je peux tout enlever ?

Oui, barre-toi.

Qu'est-ce qu'il y a comme monde sur le quai, là où ils l'ont retrouvé.

Ça se complique. Paraît qu'ils ont repêché un paquet avec des effets militaires.

Ceux d'un type de la coloniale.

On dit que c'est lui qui a fait le coup. Ça se peut ! Est-ce qu'on sait ?

Non, c'est pas possible. Tu vas pas être mêlé à une chose pareille.

Celle-là ou une autre, va.

Tout à l'heure, je voulais te parler.

Y a l'autre abruti qu'est rentré avec son journal, mais enfin...

voilà, c'est très simple.

Y a un bateau qui part pour le Vénézuela à 4h et j'embarque.

Jean, tu vas me laisser.

Tu dois penser que je suis un beau salaud ?

Pourquoi ?

Parce que j'aurais pu te le dire hier soir.

Je te voyais tellement contente. Tu riais.

Tu me plaisais tellement.

Alors j'ai rien dit.

Tu as bien fait.

Les choses auraient été pareilles, tu sais.

Embrasse-moi.

Si tu veux, je peux t'expliquer. C'est pas compliqué.

- Je pars parce qu'on me recherche. - Je ne te demande rien.

Tu peux avoir confiance en moi. Je suis pas si mauvais que ça.

Bien sûr que tu n'es pas mauvais, puisque je t'aime.

Et puis qu'est-ce que ça fait ? Si tu étais mauvais,

peut-être que je t'aimerais quand même.

Tu étais sûr de pouvoir partir ?

Oui, ça s'était même pas mal arrangé. Je croyais que la chance avait tourné.

Ils n'iront pas me chercher sur la Louisiane.

J'ai des papiers en règle.

- À moins que... - À moins que ?

À moins que ton tuteur, Zabel...

Il m'a menacé. Il a tout deviné.

S'il a parlé ou s'il parle, je suis fait.

- Il ne dira rien. - Pourquoi ?

Je sais ce qu'il faut lui dire pour qu'il se taise.

Tu te figures que je vais te laisser retourner là-bas ?

Je n'ai rien à craindre. Et puis qu'est-ce que tu peux faire ?

Rien.

Alors, il faut partir.

J'ai été heureuse avec toi.

Si je sais que tu es libre, je serai heureuse encore, même si tu es loin.

- Je t'oublierai pas, Nelly. - C'est vrai ?

C'est vrai.

Et puis si je peux m'en sortir, je t'écrirai et tu viendras.

Oui, je viendrai.

Tu t'en vas, je m'en vais. Crois-tu que c'est bête !

On était si heureux tous les 2.

Tu peux pas savoir ce que tu me plais.

Cette nuit aussi, tu me plaisais.

Et maintenant ?

Maintenant ?

Tu me plais comme cette nuit.

Salut, tout le monde !

Il paraît que c'est un soldat de la coloniale qui a fait le coup.

- Qu'est-ce que vous en savez ? - On le dit.

On ? Qui c'est, on ?

Patron, donnez-moi une chambre.

Une chambre à cette heure-là ?

Y a pas d'heure pour les braves quand ils ont sommeil.

Et je paye d'avance.

C'est un peu tôt. Toutes les chambres sont occupées.

Ça m'est égal, j'attendrai.

Vous prenez quelque chose ?

Non, j'ai pas soif. J'ai sommeil.

Nelly, c'est toi ?

Oui, c'est moi.

Tu as bien fait de revenir. J'étais très inquiet.

Tu as lu le journal ?

Oui.

J'espère que ça te servira de leçon et que c'est la dernière fois que tu t'en vas.

Sois tranquille, d'ailleurs. Tu ne seras pas inquiétée.

On ne sait pas encore qui a tué ce pauvre Maurice.

Y en a qui disent que c'est Lucien Lagardier.

On parle aussi d'un soldat.

Peut-être celui que tu connais.

Ma pauvre petite !

Je ne veux pas qu'il soit inquiété. Vous savez très bien qui l'a tué.

Vous savez que je le sais, que je pourrai le dire, le prouver !

Tu as trop d'imagination, Nelly.

Parce que tu as entendu un cri, parce que tu as trouvé un bouton de manchette,

tu vas te figurer des choses épouvantables.

Taisez-vous donc, puisque je vous dis que je le sais.

Je suis sûre que la police est venue et que vous avez parlé de Jean.

Effectivement, la police est venue ici.

Ils ont été très corrects avec moi.

Mais je n'ai pas parlé de Jean, comme tu dis.

Parce que si on l'avait cherché,

on l'aurait trouvé avec toi.

Je suis sûr que tu as passé la nuit avec lui.

Dans un hôtel, dans un lit.

Vous ne me faites plus peur. N'importe quoi peut m'arriver maintenant.

Plus jamais je n'aurai peur, vous entendez ?

Je veux qu'il puisse partir.

Comme tu as changé, Nelly !

Tes yeux brillent comme ils n'ont jamais brillé jusqu'ici.

Tu n'as plus ta tête d'enfant.

C'est parce que tu l'aimes ?

C'est donc ça.

Qu'est-ce que vous avez donc tous avec l'amour ?

Est-ce qu'il y a quelqu'un qui m'aime, moi ?

Vous êtes ici chez moi.

- Ce qui veut dire que vous êtes chez vous. - Je vous remercie.

Vous regardez mes aquarelles ?

Ce sont des erreurs de jeunesse. Faut pas les juger trop sévèrement.

Pendant que j'y suis, donnez-moi votre passeport. Je vais faire le nécessaire.

- Voilà. - Je vous remercie.

Non, vous ne me faites plus peur.

Vous me faites horreur, vous entendez ?

Laissez-moi partir, vous me répugnez.

Pas la peine de crier. Personne ne t'entendra.

Je veux que tu m'écoutes.

J'approcherai pas. Je resterai là.

Je veux que tu saches pourquoi je l'ai tué.

Je l'ai tué parce que je croyais que sa tête te plaisait.

Assez !

C'était un bon à rien, ce petit Maurice.

Je pouvais pas me faire à l'idée que toi et lui...

Assez !

Je l'ai tué parce que j'étais jaloux.

Tu ne sais pas encore ce que c'est que la jalousie, pauvre petite idiote.

C'est une chose horrible que d'être amoureux.

Amoureux comme Roméo quand on a comme moi la tête de Barbe bleue.

Taisez-vous donc !

Je te fais horreur ?

Moi aussi, je me fais horreur, parfois.

Mais ça m'empêche pas de vivre, pourtant.

Y a même des moments où je suis content, quand t'es là près de moi.

Laissez-moi !

Quand tu cries, tu me plais. T'es la seule chose que j'aime, Nelly.

Tout le reste peut crever !

Jean !

Lâche-la !

- Tu vas la laisser, bougre de fumier ! - Tu sortiras pas d'ici !

Allez viens.

Jean, attention !

Vous espériez pas partir comme ça, tous les 2.

Vous croyez aux miracles ?

Au père Noël ! Je t'aurai !

T'es la plus grande ordure que j'ai jamais vue !

Je dirai qu'elle m'a aidé à le tuer !

Dégueulasse !

Tu mérites pas de vivre. T'es trop pourri.

Quelle vacherie !

Allez, viens. Va-t-en !

Pourquoi es-tu revenu ?

Comme ça. J'étais déjà à bord. Je suis redescendu. Je voulais te revoir.

Je voulais te dire qu'au mois une fois, j'ai été heureux dans ma vie à cause de toi.

Oh, Jean.

Le bateau n'est pas encore parti. Tu peux peut-être le prendre ?

Le bateau...

Jean, je t'en supplie. Faut que tu t'en ailles.

Jean. Non.

Embrasse-moi.

Vite.

Vite, on est pressés.

Vite !

Oh, Jean.

C'est pas possible !

Tu peux pas me laisser toute seule !

Tu peux pas mourir !

Je t'aime tellement !

Jean !

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