All language subtitles for Laurence.Anyways.2012.fr

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Original subtitles

(femme): I paid these things a fortune.

Actually, that's not true.

Ît was a pretty cheap one, but.… Oh, come on, machine!

(nomme): Vous êtes sûre que vous avez pas besoin d'aide, là ?

(La femme soupire.)

Vous avez l'air complètement paumée avec votre dinosaure.

(voix de femme): Oh, please! Vous êtes arrivée

avec une quarantaine de minutes de retard.

J'imagine que vous pouvez m'en donner une de plus.

Just.…. wait a minute. (clic!)

Ah! Oh... Alléluia! OK.

Je disais donc, euh…

Qu'est-ce que vous recherchez,

Laurence Alia?

(Laurence): Écoutez, je…

recherche une personne qui comprenne ma langue

et qui la parle même.

Une personne qui, sans être un paria,

ne s'interroge pas simplement

sur les droits et l'utilité des marginaux,

mais sur les droits et l'utilité de ceux qui se targuent d'être normaux.

(musique hypnotique)

This will never end ‘'cause ! want more

More give me more

Give me more

This will never end ‘'cause ! want more

More give me more

Give me more

Crushed and filled with all ! found

Underneath and inside

Just to come around

More give me more Give me more

Ah ah-ah ah-ah

Ah ah-ah

Ah-ah

Ah ah-ah ah-ah

If I had a voice ! would sing

(musique hypnotique)

(musique hypnotique)

(La musique s'arrête brusquement.)

(claquements de langue)

(fracas) Merde.

(pschitt!) Ah, fait chier, merde!

(vrombissement)

(cri (ri r

- Hé! - Ah!

(rire)

- Hmmm... Bon mat-- (marteau-piqueur)

- Euh, quoi”?

- Bon mat-- (marteau-piqueur)

Oh! Mais qui sont ces prolétaires ?

(en riant): Voudrais-tu qu'on l'ajoute immédiatement

à la liste des choses qui nous enlèvent beaucoup de plaisir?

Ah….

Laurence? - Hum-hum?

- Qu'est-ce que tu vas porter ce soir?

- Hum, rien…

- Qu'est-ce que tu vas dire à la remise du Prix Michel-Berthiaume?

(avec des voix aiguës): Michel-Berthiaume!

- Écoute, je pensais dire un truc plutôt sobre dans le genre…

la littératuuuure…

Torrent de beauté…

- Sperme grandiose… - Eclaboussure…

Poussière minuscule…

(femme): Alors, quel est votre nom complet?

- Laurence Emmanuel James Alia.

- Age? - 37.

(chantonnant): Michel-Berthiaume!

- Est-ce que je devrais appeler votre éditeur?

Parce que j'ai un rendez-vous dans deux heures et je suis très pressée.

- 45 ans. - Sexe?

- Vous allez me demander aussi ma couleur préférée et mon groupe sanguin ?

Vous m'auriez posé ces questions il y a 10 ans, je serais partie en courant.

"Proust explique beaucoup pour mon goût:

"300 pages pour nous faire comprendre

"que Tutur encule Tatave… (rires)

" .…C'est trop.” En fait,

n'eût été de son talent,

on n'aurait pas épargné Louis-Ferdinand Céline.

D'ailleurs, la portion littéraire des collabos

a perdu pas mal de ses plumes

après la Seconde Guerre mondiale.

Hein? Des gens comme Bernard Grasset…

ou Jacques Chardonne

ont été jugés par le Conseil national des écrivains

et suspendus pour entente avec l'occupant.

Tandis que d'autres, hein, comme Céline,

ont préféré aller prendre le frais au Danemark,

histoire de se la couler douce, a la fraîche.

Aujourd'hui, son talent a préséance sur sa personne intime. Bon. Alors…

Y a-t-il.… une littérature assez grande

pour qu'on l'excuse d'entraîner le rejet

et l'ostracisme dont sont victimes les personnes différentes,

personnes qui, dans un autre espace-temps,

pourraient être vous ou moi?

C'est bien le sujet de votre prochaine dissertation.

(Une porte s'ouvre.) - Laurence!

Bonjour, tout le monde! - AIlô, Michel.

- Hip, hip, hip! Oh-ho-ho-ho-ho!

Félicitations, Laurence. - Merci.

- J'ai un ami qui l'a gagné, moi, le prix Michel-Berthiaume!

Le premier ou le deuxième,

mais… mon père a fréquenté un Berthiaume à Québec

avant son arrestation en 71.

Après ça, on l'a un petit peu perdu de vue. En tous les cas, félicitations!

Vous m'épatez, Laurence. Vraiment. Chapeau!

- Non, mais je suis juste tombé sur un quotidien qui aime bien ce que je fais.

Ça me donne un peu de visibilité, mais-- - Ah, tut, tut, tut!

- Non… Non, non, mais c'est un petit prix, hein.

(balbutiant): .…fausse modestie! Petit prix, grand lauréat.

- D'accord.

- Vous boirez à notre santé ce soir en allant chercher ça.

(en chantant): In vino veritas

- OK. Alors, on était rendus au rose. OK. Alors, le rose…

et le bleu poudre. Tu notes:

Rapport malsain!

Hein? Mais note! Malsain.

- Attends! (rire)

- Avec… - Oui?

- L'enfance. - Rapport…

- Voilà. Et tu rajoutes une note des auteurs:

Les parents…

qui peinturent la chambre de leurs enfants en couleurs pastel.

À ajouter à la liste des choses qui nous enlèvent un peu de plaisir.

- Est-ce que c'est l'heure du jaune?

- Bien, le jaune: ego disproportionné…

- Crisse! Tabarnak! Je te jure! Je te le jure!

J'allais é… J'allais dire "gros ego”. Ha! Ha! Ha!

- Et éventuellement, problématique.

Hé, une voiture jaune…

- Oh-oh. Ça, c'est un ostie de statement!

Changez d'autoroute! Argh!

(en chantant): King of the ro-o-oad

(rire)

Le brun:

couleur qui dit non à la sexualité.

- Je sais que tu dis ça à cause de mes pantalons marron.

- Mais pas du tout! Mais pas du tout. Mais pas du tout.

- T'es sûr? - J'adore. J'adore.

- C'est une infraction au code d'impartialité de nos listes.

- Regarde ça si j'aime pas le marron!

Tu vois, j'ai même des chaussettes marron! - Argh!

- Le rouge.

- Couleur de la colère!

Et du sang!

- Et de la séduction!

- De la passion! - Hum…

- Boule Noire! (rire)

Rouge! Plus de rouge!

- Hum. - J'ai faim!

Ah! Du chocolat noir!

Mais… mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, moi?

- Oui, je sais, j'ai merdé. J'étais défoncé.

J'ai acheté du 75%. Je m'excuse. J'ai déconné.

- Tu sais très bien que le chocolat noir,

lui aussi, nous enlève beaucoup de plaisir!

- Oui, indice mineur de la nature autodestructrice de l'homme.

- Ça ne doit plus arriver. Ça fait partie des listes de choses

(en choeur): ..qui ne doivent PLUS arriver!

- C'est maintenant qu'on va danser comme des malades!

- Mais les gagnants du Prix Michel-Berthiaume ne dansent jamais!

- Tu touches pas à ça. Ça, j'y tiens. Moi, je le veux sur la table de nuit!

(musique techno)

Two pale figures

Ache in silence

Timeless in the quiet ground

Side by side

In age and sadness

I watched and acted wordlessly

As piece by piece…

- Tu peux pas faire un montage de photos plates.

Tu peux pas nous imposer ça. Ça met le monde mal.

(raclement de gorge)

- "À ton 35e anniversaire. A toi, à moi, à nous.

"À notre passé, à notre…" Heille, c'est…

c'est un peu quétaine, ça. C'est l'effet recherché?

- C'est exactement l'effet que je recherche.

(coup de tonnerre)

(coup de tonnerre)

(coup de tonnerre)

- C'est pas la pine, ostie. - Non, est barrée.

On vient de regarder.

- Heille, dépêchez-vous, les boys.

- Ah. - Ah! Ha! Ha!

- Fuck! - Surprise!

- Fuck! - Oh...

On s'est fait surprendre par le surpris!

- Vous êtes trempé! - Merci, Andrée.

(Les voix s'estompent.)

(musique hypnotique)

- C'est qui, le petit marxiste ? C'est-tu le père de Laurence?

- Mais, non! Il est bien trop jeune.

C'est mon ancien prof de Stratégies de mise en marché.

On devait aller prendre un café cette semaine,

pis finalement, j'ai embarqué sur une pub à la dernière minute. Fait que…

Laurence le connaît en plus, fait que c'est cool.

- Pis, euh, le jovialiste en mauve foncé? C'est…

…….le designer intérieur du Queen Elizabeth?

- C'est Michel Lafortune. C'est le superviseur de Laurence.

Puis la madame avec… le beehive gris, c'est Francine.

C'est une psy qui enseigne au cégep.

- Ben voyons, tabarnak! C'est un séminaire, icitte à soir?

Faut-tu un doctorat pour avoir une pointe de forêt noire?

C'est pas un forêt noire. - Ah! Bon, bon…

- C'est un gâteau aux épices, cardamome et dattes fraîches.

- Oh, excusez. Pardon. Est-ce qu'il est en forme de trou de cul de poule, aussi”?

- Fred, faudrait ramener les petits fours. - Non, on arrive avec le gâteau, là, m'man.

- Bon ben dépêche, parce qu'on n'a pas de fromage

et puis les invités ont encore faim.

Et puis, il y a le superviseur Lafortune qui me parle de la Chanson de Roland

et de l'armée sarrasine. Il est tout à fait cérébral.

J'ai acheté un de ces cadeaux a Laurence.

Bon, j'ai trouvé ni les carnets de voyage de Bouvier

ni le livre sur Basquiat, mais je lui ai dégoté Mauriac,

oeuvres complètes dans la Pléiade.

Et j'ai cru bon d'annexer un petit abécédaire de la finance:

Business Break. - Eh crisse! J'espère que t'as gardé le bill.

- Le bill? Pourquoi le bill? - Ça te tentait pas

de t'en tenir à la liste que je t'ai donnée? Non? Ça.….

- Je trouve ce Basquiat confus et violent. Et Mauriac est un must.

- Euh, Mauriac, ça, c'est l'homo catho qui a gagné le Prix Nobel,

mais qu'on lira jamais parce que… c'est plate.

- Ah, toi… toi… Non, non, mais, mais, tais-toi.

Toi, tu n'existes pas, tu n'existes pas. Laurence!

(en imitant leur mère): Tu n'existes pas,

tu as bien entendu? - Laurence, vous aimez Mauriac?

(musique envoûtante)

C'est à ton tour

De te laisser parler d'amour

Mon cher Laurence c'est à ton tour

De te laisser parler d'amour

(musique envoûtante)

- Santé! (applaudissements)

(musique envoûtante)

- Pas pire! (rires)

(Laurence): Je me rappelle une époque de ma vie

où j'avais foutu toutes mes montres à la poubelle.

Je ne voulais plus voir le temps passer.

Je ne voulais plus avoir l'heure.

(femme): Hum... Oui, ça explique bien des choses.

(Laurence): Ah/! Vous allez continuer longtemps à me--

(femme): Alors, vous êtes devenue une retardataire dans les années 90. Bon.

Et vous êtes devenue ce que vous êtes aujourd'hui.

Mais…

dans le chapitre intitulé…

La tête hors de l'eau, votre personnage, euh, vous…

(soupir) Comment dire ?

Tout est si soudain. Je questionne le réalisme.

Vous avez romancé? (Laurence rit.)

(Laurence): Bon.

Quand j'étais jeune,

je passais tout mon temps chez mon oncle, à Charleville.

Avec mes cousins.

Ils avaient une piscine. On se baignait et on jouait

à garder la tête sous l'eau le plus longtemps possible.

On faisait des concours.

Mais alors, c'est pas sorcier, hein. Pour gagner,

il suffit de rester sous l'eau jusqu'à la dernière seconde.

Mes cousins lâchaient.

Et moi, je continuais.

Je savais pas combien de temps j'allais durer.

Et puis, pouf, je sortais…

juste avant que mes poumons explosent.

À une seconde de la mort.

C'est comme ça.

(femme): Eh là la!

Cuisiner, c'est pas de la tarte.

Mais avec les nouveaux mélanges de Sugar May,

faire un bon dessert,

c'est du gâteau!

(homme): Et… coupez! (Fred): C'est coupé!

- Est-ce que c'était naturel comme ça?

Est-ce que j'étais naturelle? - Oui. Oui, oui, c'est bon.

OK! C'est un wrap, mesdames et messieurs!

J'enlève ta cravate aussi! Attends! Attends!

Arrête! Attends! Attends! Ah! Non, non, non.

Voilà. - Ah! Oh-oh!

Mais qu'est-ce que Montréal fait ici, Fred?

- Montréal vue du belvédère. - Mais oui…

- Et nous allons, pour ton anniversaire,

ajouter un élément vedette à notre désormais célèbre

liste des choses qui nous enlèvent beaucoup de plaisir.

Le monde qui pense que c'est romantique ici!

Écoute, il y a au moins 45 avions en perte d'altitude

qui menacent de s'écraser sur Parc-Extension. God, help us,

please! I don't wanna die! - This is my house!

This is not airport! Tabarnouche! Tabarnouche!

Oh, carrément! - Oui!

- Qui… le sapin! - Santé, chéri.

- À quelle heure t'as réservé le resto?

- Un instant. Ta-da! - Oh, mais c'est quoi, ça?

- Le resto! Le resto! On se calme.

- Je me suis changé exprès, je pensais qu'on allait au resto.

- Tu vas voir que je vais me rattraper pour ton surprise.

Maudite marde! - Mon passeport. OK...

Et d'accord. - Parce que--

- C'est une nouvelle mode chez les bipolaires à cheveux rouges?

Et pourquoi? - C'est une… une nouvelle mode

chez les gens qui, après avoir vérifié…

que tu ne travailles pas pendant deux jours

et que je ne travaille pas jusqu'à lundi prochain

de partir pour, attends…

(en criant): …New York City!

(en riant): Babe, on s'en va à New York.

- Alors on oublie le restaurant, on fonce direct à New York?

- Le restaurant! Le restaurant!

Mais là, c'est derrière nous, le restaurant, là, Laurence.

- Mais c'est pas possible…

Mais t'es ronde comme une queue de pelle!

- Ronde? Quoi? Quoi?

"Ronde comme une queue de pelle"? Non, mais c'est extraordinaire.

J'en apprends tous les jours avec toi.

Oh, excuse-moi, bébé. Je suis désolée.

Je… j'arrête pas de parler. Je le sais. C'est plus fort que moi.

Y avait un grip sur le plateau qui avait un reste de coke

qu'il était en train de jeter dans le bol. Et je lui ai dit:"” Wô!

Heille, le frisé, amène ça icitte.” Je l'ai toute faite!

- En fait, t'es complètement déchirée, quoi!

- Je m'excuse. Fuck. Je l'ai toute faite…

Tu voudrais que je t'achète peut-être un petit truc à manger?

Parce que t'arrêtes pas de parler du restaurant.

C'est fini. Faut que t'enlèves ça de ta tête. Oh mon amour! Voudrais-tu un hot-dog?

On dirait que I suis perdue. Merde! Je pense qu'on va aller au carwash.

Qu'est-ce qu'on fait quand on est à New York?

Yourre the king! - Fred! Fred!

- You're the boss! - Fred!

- Bon, qu'est-ce que t'as? T'es donc ben du/l.

T'as-tu passé une mauvaise journée au cégep?

- Mais tu vas la fermer, ta putain de gueule! Tu vas la fermer, ta gueule?

(Il éteint la musique classique.)

Je suis pas allé bosser, OK? Et je vais pas à New York!

J'ai un truc important à te dire, Fred!

C'est très important. Faut que ça sorte!

Faut que je te le dise! Je n'en peux plus! Je vais mourir, Fred!

Je vais mourir si je te le dis pas! Ecoute!

(respiration haletante) (Elle sanglote.)

Je vais mourir.

(respiration haletante)

- Quoi?

(clés qui tournent dans une serrure)

- Mais t'étais où? T'étais chez ta mère?

Putain. Il serait temps qu'elle mette son numéro dans le bottin, celle-là.

- Pourquoi tu m'as pas dit que t'étais homosexuel?

- Parce que je suis pas homosexuel--

- Pourquoi tu m'as pas dit que t'étais homosexuel?

Est-ce que tu m'imaginais en homme?

- Je ne suis pas homosexuel, Fred.

- Heille, arrête de me niaiser, ostie! Tabarnak!

Laurence, t'es fif. T'es fif. T'es gay, ostie. T'es gay.

C'est pas la fin du monde. T'es gay.

- OK. Fred, c'est pas que j'aime les hommes.

C'est que je suis pas fait pour en être un,

et c'est différent. Hein? Tu vois ça? ÇCa, c'est pas moi, ça.

Ça, non plus, c'est pas… Ça, ça non plus. Ça me dégoûte. C'est pas moi, ça, Fred.

Ça fait 35 ans que je vis comme ça.

Et c'est un crime. Et j'ai ce crime sur la conscience.

Et je suis un chien de voler sa vie à cette personne.

- À qui tu voles sa vie, Laurence?

- À celle que je suis né pour être.

(soupir) Fred…

- Tout ce que moi, j'aime de toi, c'est ce que toi,

tu détestes de toi. C'est ça que tu me dis? C'est ça?

- C'est tout ce que t'aimes de moi?

- Ça veut dire que tout ce qu'on a vécu ç'a pas existé,

Laurence. Tout est à…

réinterpréter.

(en chuchotant): Je suis pas conne, ostie. J'suis pas conne.

Je l'aurais vu… Je t'aurais, je t'aurais vu… Je t'aurais…

(soupir)

Je l'aurais senti.

T'aurais fait quelque chose…

Tu te serais déguisé en femme.

Est-ce que tu te déguisais”? - Non.

- Est-ce que tu te déguisais ?

- Non. Non.

- Laurence. - Non.

Non. Non. Non. Non.

(en criant): Non!

- Qu'est-ce que t'as mis? - Rien.

- Qu'est-ce que tu mets? - Rien!

- Qu'est-ce que tu mets, Laurence?

Une robe? Un chandail?

- Ah… Rien. N'importe quoi. - OK.

OK.

OK. Est-ce que tu… ?

Dis-moi ce que tu mets. Une… des robes?

- J'achetais des vêtements. Je voulais pas mettre les tiens.

Je voulais pas te manquer de respect.

- Hum.

- Puis, je me débarrassais des vêtements après. Voilà.

Mais, Fred! Fred, je l'ai fait deux, trois fois.

Dix fois, grand max!

- Est-ce que tu te maquilles? - Non, quand même pas.

- Tu te maquilles. - Non.

- Tu mets…

Est-ce que t'as déjà mis mes sous-vêtements ?

- Non.

Une fois, j'ai mis un sous-tif rose.

Euh… rose, oui.

Il y a pas mort d'homme, Fred.

- Pas avec une chemise blanche, j'espère.

- Non, avec une chemise noire.

- Euh, qu'est-ce que… ?

Ton travail”? - Quoi, mon travail?

- Qu'est-ce que tu… qu'est-ce que tu vas faire?

- Ben, je vais y aller en femme. - OK.

- Après Noël, au retour des vacances.

- À mettre tout de suite à l'agenda. À ne pas oublier.

- Sur ma liste des choses à ne pas oublier.

(rire) - Heille, c'est pas drôle.

Pas drôle du tout.

- Je vis pas pour vrai, là.

(rire) J'attends.

- Mais oui, c'est sûr que t'attends.

Nous, ce qu'on vit, c'est pas pour vrai, Laurence.

C'est, c'est en attendant. C'est ça?

En attendant la vraie vie.

En attendant que je réalise que tu me mens.

Depuis deux ans.

- Non, j'ai pas menti.

J'ai juste rien dit.

(Fred, en chuchotant): J'ai besoin de temps loin de toi.

J'ai besoin de temps pour penser.

(Laurence): Tu me détestes ?

(femme): l'hiver s'en vient. Ils ont trouvé deux trous dans le toit.

Quelle merde! - Donc, tu fais quoi, ces temps-ci”?

- Comment ça? Qu'est-ce que tu veux dire?

- Ben, je sais pas, tu fais quoi de tes journées ?

À part le boulot, tu… tu te promènes, tu lis

Ben, par exemple, vous faites quoi avec papa?

- Rien de particulier.

Quelle question!

- Tu veux pas te remettre à la peinture?

- T'en veux encore un petit peu?

- Hum-hum. - Oui?

Tu veux un porto? Ton père a reçu une bouteille en cadeau.

Tu veux? - Non, non, ça va. Merci.

- Bon.

Ça tombe bien que tu sois venu.

J'ai besoin d'un homme pour monter la télévision.

Je vais la mettre dans le salon.

Ton père n'a plus la force de descendre à tout bout de champ.

- Ben oui, bien sûr.

- Tu lui as même pas dit bonjour.

(jeu-questionnaire à la télévision)

- Bonsoir, papa. - Bonsoir.

- Ça va?

- Ça va. Mal aux jambes.

- Quoi? T'as mal? Où ça?

(jeu-questionnaire à la télévision)

Tiens, tu sais, l'autre fois, j'ai pensé à toi

parce que je suis passé-- - Attends la pause.

J'entends rien. Attends la pause.

(jeu-questionnaire à la télévision)

(mère de Fred): Faut savoir lire entre les lignes.

Je crois que l'important pour lui,

c'était que tu sois dans le secret des dieux.

- Ben, voyons… (reniflement)

De toute façon, je suis pas capable. Je peux pas.

Faut que je sois là pour lui. Je peux pas le laisser tomber.

- Voyons… Voyons!

Il savait très bien que cette révélation te ferait fuir. Hum?

Non… Je suis sûre qu'il a commencé à faire son deuil de son côté.

Non, tous les hommes ne pleurent pas bien longtemps, hein?

En fait, pendant que tu pleures, lui, il s'amuse.

En fait, si ça se trouve, je crois que Laurence t'a rendu

un immense service parce que dans la vie--

- Voyons! C'est donc ben compliqué, ce speech-là, là.

Regarde, t'es une femme qui aime les hommes.

Pis lui, c'est un homme qui veut devenir une femme.

Fait que tu prends tes cliques pis tes claques, merci, bonsoir.

Don't call us, we'll call you. - J'ai besoin de me réveiller avec lui.

J'ai besoin de ses avant-bras. - Tout le monde a des avant-bras!

(sanglots)

(sanglots)

(Laurence): Maman? Maman?

Tu m'écoutes? Mais merde, c'est important

ce que je te dis, là! Maman!

(en criant): Tu peux monter la télévision quand même?

- Je la pose par terre? - Hum-hum.

(Laurence allume la télévision, puis l'éteint.)

- Pourquoi tu réagis comme ça, maman, là?

- Tu veux que je réagisse comment, Laurence?

- Ben, je sais pas! Mais tu poses pas de questions.

T'es, t'es, t'es…

T'es pas surprise. Tu.….

- Mais j'ai pas de questions, Laurence.

Tu m'annonces un truc complètement dingue. Excuse-moi.

- T'es dingue, c'est pas grave. Mais des questions…

Des questions? Non.

Je m'en pose pas.

J'en pose pas aux autres, m'en posez pas.

Tu veux choisir ma réaction en plus?

Surprise?

Quelle surprise?

Tu te déguisais quand t'étais petit.

Je pensais que tu serais pédé à la limite, mais, bon, tu vois”

Tu sais ce qu'il fait ton père, maintenant, quand il va en ville pour ses examens?

- Non. - || va dans les trucs, là,

les peep-shows.

Comme ça. À chaque fois.

C'est pour ça qu'il ne veut plus que je l'accompagne à l'hôpital.

Est-ce que je suis surprise? Non.

Est-ce que je suis surprise qu'on ait vendu la maison à Charleville?

Est-ce que je suis surprise pour ton père? Ou pour les trous sur le toit?

Est-ce que tu vois de la surprise sur mon visage? Non!

Je suis pas surprise, moi. Faut pas se laisser surprendre,

c'est pas bon, ça.

Je suis sûre que c'est très sérieux, Laurence.

Faut pas penser que je te prends pas au sérieux.

Et que tu sois sérieux ou non, tu crois que je vais me martyriser?

Que je vais me dire que je suis une mauvaise mère?

- Mais non… - Je m'en fous!

Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse?

(soupir)

Et ton père?

- Quel père?

- Oh! Pschitt!

Moi, je m'en fous, Laurence.

On n'a jamais eu de relation. C'est vrai, faut pas se mentir.

Mais bon, si t'as des emmerdes, si tu…

je sais pas, moi… mais sache-le, quoi:

la porte sera fermée ici.

Ton père voudra jamais te voir en femme.

- Ah, excuse-moi, il veut me voir en homme.

Donc, euh… tu m'aimeras encore?

- Et tu te transformes en femme

ou tu te transformes en con?

(rire)

Prends une cigarette, et puis je t'accompagne?

(vrombissement)

(rires)

(rires) (propos entremêlés)

(rires)

(rires)

- Yes!

(tintement de verre)

(rires)

- Ettoi, ma chère, regarde-moi ça, toute cette nourriture-là!

(Fred): Allô, c'est moi.

Je rentre à la maison, ce soir.

En fait, je rentre à la maison, pis…

…..on va faire ça ensemble.

(respiration haletante)

(fille qui chuchote): Ah, non! Moi, c'est M. Bertrand.

Il est tellement sexe! Est-ce que vous savez c'est qui,

Marc Jolicoeur? - Jolicoeur?

(propos inaudibles) (grandes respirations)

(propos inaudibles)

- Ben là!

- Quoi?

- Ben là! Qu'est-ce… Tu t'es pas changé?

Je pensais que tu me ramenais tes vieux vêtements ?

- Mais, non! Du calme! Du calme! - Qu'est-ce qui se passe?

Parle-moi. Je veux savoir.

- T'as déjà entendu des étudiantes se laver les mains?

- Pardon? - Je sais pas…

Elles ont commencé à parler de leurs mecs

et de leurs putains de Don Juan, de leurs baises.

- OK. - Du type à la mode,

du type ringard. - Qui.

- Du prof de chimie, versus le prof de cinoche…

Bla, bla, bla. (grande expiration)

Puis, un moment… je dis pas ça pour me vanter,

mais elles ont parlé de moi.

Et puis, elles ont dit qu'elles me trouvaient beau…

Il y en a même une qui a dit sexy.

- Eh ben. Tu, euh… T'as pris leur numéro de téléphone aussi”?

Je sais pas. - Mais non! Ecoute-moi:

pendant ce temps, j'étais en train d'enfiler un bas nylon!

Putain!

T'imagines la scène?

Le mec, il allait aux chiottes enfiler ses fringues de meuf.

J'imaginais leurs visages blafards. Puis le silence!

Le silence que ça allait créer!

- Ben, regarde, euh…

Ça va. Tu réessayeras lundi prochain, c'est tout.

Hein? Allô!

Boucherie Sanzot. (rire)

(rire) Laurence.

Si c'est pas lundi, ce sera mardi.

Ça fait 30 ans que t'es en stand-by. Hein?

On s'en fout, Laurence!

Allez!

OK?

Laurence? - Hum-hum.

- OK? - Hum-hum.

- OK? - Hum-hum.

- C'est beau? Ça va? - Hum.

- Tout est beau? Fait chier! T'es con. Ah!

(femme): Et la transition? Du jour au lendemain?

Ou bien lentement? Et le point de vue professionnel aussi,

parce que c'est l'angle que je veux prioriser pour l'entrevue.

(Laurence): Ben, tant qu'à sortir dans la rue en jupette faire la folle,

j'ai préféré y aller à fond, plonger tête la première.

(femme): Ah, bien, décidez-vous!

Plonger ou vous sortir la tête de l'eau?

(Laurence): Oh-ho! Dites-moi, vous aviez pas un rendez-vous?

Vous allez être en retard.

Peut-être que je peux abréger mon histoire pour, euh…

(femme): Non, euh… Laissez-moi passer un coup de fil.

Je vais… (raclement de gorge)

I mean, I think ! can stay a little longer.

- Tu veux pas prendre le grand miroir?

Il me semble que ça irait mieux.

Pourquoi?

- Ben, parce que…

je sais de quoi j'ai l'air.

(petit rire)

- Wôl!

(grande respiration)

C'est beau.

Ça marche bien. - Ça va?

- Oui. - Merci.

(brouhaha de voix)

(propos entremêlés)

(Le silence s'installe.)

Oui? - Oui, euh…

c'est juste par rapport à la page huit, paragraphe trois.

Le remplaçant nous a pas bien expliqué

ce qu'on avait à lire, hier…

(musique rythmée)

(musique rythmée)

She said she'd do anything

I said girl you're crazy

She said she's into experimenting

I said OK maybe She said we gotta go right now

I said ! goftta tell my friends

She said we gotta go right now

I said OK then She told me to blindfold her

But ! don't know where we're going

She said then ! had a hold of her

Sit right up and keep following

She can do what she wants with me

I told her that l'd like to start

I was willing to go that extra mile

She said underneath her clothes

She was naked She made love a thousand times

And never faked it I said there's more to me to know

You don't want to scare me

She said oh yes I do Go ahead and tell me

Tell me Tell me

I ain't no trick-or-treat boy

But there goes my middle name

Am ! happy to be her toy boy

- Bonjour, Laurence!

- Bonjour, monsieur Lafortune.

- Alors?

C'est le jour J?

Je vous ai pas vu rentrer ce matin. C'est…

C'est un choc, hein” C'est.….

Eh ben! Eh ben!

C'est une révolte ?

- Non, c'est… C'est une révolution.

I ain't no trick-or-treat boy

(rire) l ain't no trick-or-treat boy

I ain't no trick-or-treat boy There goes my middile name

There goes my middle name There goes my middle name

- Ha! Ha! Ouf! Ha! Ha!

- Une classe de 30, 35 étudiants. 35!

- Ben, tu m'avais pas dit qu'on allait faire des courses, là?

- Ben, oui. C'est ça qu'on fait aussi. On fait des courses.

J'aimerais ça lui acheter ça pour célébrer sa 1re journée.

- Hé, crisse! J'espère que j'aurai pas à me taper

le tiroir à Cutex pis le frigo Barbie aussi?

- Juste marcher dans la rue, là, je sais pas si tu réalises,

mais ça prend des couilles en tabarnak.

- J'espère qu'il se rappelle où vous les avez rangées,

vos couilles! - Arrête, s'il te plaît. Arrête.

OK? Ça, regarde, Stef.

C'est cute, ça. C'est simple. C'est…

- Je sais pas, ça dépend.

Est-ce que vous recherchez le look suicidaire ou…

Je sais pas, le look grand-papa écureuil”?

- Heille, ostie, t'es de mauvaise foi, toi.

Nos enfants seront pas éduqués de même, en tout cas…

- Ah, parce que vous voulez des flos en plus? Super.

Guilda meets American Way of Life?

Attaboy! - Hum…

- Bon. Si tu me permets, je vais aller fumer une clope dehors, là,

pis je vais en profiter pour peut-être, je sais pas, vomir un peu dans ma bouche. OK?

- Heille, Stef? Excuse-moi, là. - Quoi? Quoi?

- Ça… ça me tente pas d'arrêter

de voir ma mère pis ma soeur en même temps. Excuse, là, mais…

- C'est un peu big.

(en riant): Pouah! C'est toi qui me dis ça?

Stef! Fuck.

Euh, on n'est pas les plus normaux non plus, là. Non?

Shit.

Heille, il Mme semble que notre génération est capable de prendre ça.

On est rendus là. (rire)

(grande expiration)

Sky is the limit!

- Maman!

Tiens.

Bon anniversaire.

Ouvre.

C'est des pinceaux en poil de zibeline.

- Je sais, mais c'est, c'est, c'est…

.C'est, c'est, c'est, c'est beaucoup trop cher, Laurence.

Tu te déguises depuis combien de temps?

- Depuis aujourd'hui.

On pourrait faire une surprise à papa?

Je pourrais rentrer avec toi.

- Bien sûr.

Et puis, la paix dans le monde aussi.

(rire)

Je… Je vais manquer mon train.

(Fred): J'aimerais ça qu'on parte cet été.

On pourrait y aller à l'Île au Noir? Hein?

En plus, on aurait la paix.

Il y a pas un chat qui connaît ça.

Ils font tous la queue pour Ogunaquit. - La paix”?

- Ah oui, la paix, façon de parler.

Je sais. C'est pas ton anniversaire,

c'est celui de ta mère, mais…

Ça me tentait de célébrer ta première journée.

- Fred, non, mais t'étais pas obligée, hein?

(soupir heureux) Tu sais, déjà que tu sois là,

que tu sois restée, ça veut tout dire pour moi.

- Hé, tu dois trouver ça con, là, mais…

Ben, c'est pas con, mais…

(rire et reniflements)

(soupir)

La première fois que je t'ai rencontré

j'ai su tout de suite que j'allais vivre

quelque chose d'extraordinaire avec toi.

Tu m'offres une autre expérience.

Pis je dis oui.

Je suis fière de toi.

(Laurence): Je suis fier de nous.

Mesdames et messieurs attention

(femme): Les mononcles pis les matantes profs…

Parce que, moi, j'en ai eu, des nerds, avec des balais dans le cul…

C'est pas ça qui manquait. Ils te font-tu du trouble, les tabarnak?

Moi, les vieux, des fois, là… - Qui.

- Ah, non. Moi, au contraire, c'est les jeunes plus.

Les mecs de mon âge. De toute façon, je leur ai jamais beaucoup parlé.

Je me tiens avec des types plus âgés. Pas des marginaux,

mais des gens curieux qui s'intéressent,

qui ont quelque chose à partager. En fait, des mecs qui se font chier.

Et qui se font dire qu'ils sont pas normaux juste parce qu'ils ont pas de gosses

ou parce qu'ils sont encore en colocation à 40 ans.

- Mais… c'est quoi, le commentaire

que t'entends le plus souvent? - Des mystiques, des zélés,

des mecs qui me sortent des théories sur les lois

de la nature ou sur Jésus… - Va dans le couloir pour ta fumée…

Sit! Il y en a un qui coiffe tout le monde, ça, c'est pas plus compliqué que ça, c'est:

(en choeur): "C'est spécial."

- Ben là… C'est vrai que j'en vois pas tous les jours, moi, mettons,

des gars jackés sur des talons. C'est vrai que c'est spécial.

- Chouchoune… - Chouchoune-moi pas, là.

- Mais ça veut dire quoi, Stéfanie, "spécial"”?

Hein? C'est un truc qu'on dit quand on comprend pas la période brune de Picasso.

- Quais? - Tu sais qui c'est, Picasso?

- Va donc chier, toi, crisse.

- Pis y a-tu du monde qui ne te parle plus ou des affaires rushantes de même?

- Heille, Mel? Gagnes-tu un certificat-cadeau

chez Sam the Record Man après le quiz? - Heille! J'ai ben le droit

de m'intéresser, là, chouchoune. Si t'es pas contente,

t'iras m'attendre dans le char, parce qu'à un moment donné,

le presto, là, tu sais… - T'as-tu fini, toi?

- Qui. - Comment elle t'a vissée, ta nana!

Elle est jalouse parce qu'elle a pas toute l'attention.

- Elle a trouvé plus timbrée qu'elle dans la famille

et ça la gonfle. - Ouais, c'est ça.

- Oh, mais tu veux aller bouder avec ton gros costume de nazi gothique?

- C'est pas drôle, OK?

Crisse de tabarnak! Heille, à soir, Aladine, là…

- C'est mon look Anna Karina.

- C'est qui ça, crisse? - Puis, euh…

Physiquement, Laurence… t'épiles-tu?

- J'ai commencé l'électrolyse et je prends des hormones.

- Ah ben, sacoche. - Heille?

Il y a plus de sucre. - Ah non, je l'ai fini ce matin.

Mais, moi, de toute façon, j'en veux pas.

- Moi, non plus. - Ben, moi, j'en veux.

- Quais, moi aussi, j'en veux. Pis il me faut une couple d'autres affaires,

fait que je pique une course, OK?

- OK. Vas-y, mon amour. Je suis en bonne compagnie.

(rire)

- Sinon, mais…

- Excuse-moi.

Je mets ça pour lui faire plaisir, mais oui?

- Tu chausses du combien, Laurence?

(sonnerie de téléphone au loin)

(pleurs de bébé)

Ah! Le sucre.

Bonjour.

(La porte s'ouvre et se referme.)

(sursaut)

Excuse-moi.

Ben oui, je sais que c'est toi, là. Voyons!

- Je le checkais de la ruelle.

Il a pris un taxi? - Quais.

- 555-8222.

(femme): Clinique Fémina, bonjour.

- Qui. Bonjour. Ce serait pour prendre rendez-vous.

- Un instant…

- Alors, qu'est-ce qu'elle t'a dit?

- Elle s'est pas mouillée trop, trop…

Elle s'ennuie de sa soeur…

Sa soeur est en voyage, c'est ça?

- Hum. Sa soeur est dans le Sud.

- Hum-hum. Puis sa mère?

- Sa mère se prend pour une Française.

- Oh.. Ça a l'air le fun.

- Oui, c'est très agréable.

- Puis elle n'a plus de job?

- Non, mais il y a ce film américain qui doit arriver, là.

Tyler Morgan. Un gros truc.

Ils devaient l'appeler en début de semaine,

mais à mon avis, ils vont l'appeler là, dans les deux, trois jours.

C'est sûr que c'est important pour elle.

C'est un gros film. Son premier long.

Américain en plus, donc…

On n'a pas parlé de…

de relations sexuelles.

- Oui, ben là, Francine, c'est pas moi.

- Mais je te fais un compte-rendu, là, Laurence…

Sois pas sur la défensive, hein.

Une dépression nerveuse, ça tombe pas du ciel.

Faut remonter à la source. Il y a un cataclysme.

- Ah, bon? Tu m'étonnes. - Non, non.…

Non, non, pas forcément, là. Elle insiste sur le fait

que ça a rien à voir avec toi puis ta métamorphose.

(petit rire) - Ma métamorphose en libellule?

(rire)

- Ton changement.

(grande respiration) Sauf qu'elle a beau vouloir te protéger…

Hum? Non, mais ouais… Si Benoît rentrait à soir et m'annonçait

qu'il… qu'il voulait changer de sexe, là…

- Oui. D'accord, Francine. Mais nous, c'est pas pareil.

- Donc...

si Fred t'annonçait qu'elle devient un homme?

C'est quoi, ça?

- Ça, c'est l'Île au Noir. - Ah oui…

Vous êtes allés là”?

- Non. On en a souvent parlé.

- Ben… Je vais lui faire une recommandation

pour qu'un médecin lui prescrive des antidépresseurs.

Est-ce que…

Est-ce que Lafortune t'a appelé?

- Non. Pourquoi il m'aurait appelé?

- Ah Je confonds.

Laisse faire. Je suis mêlée.

- OK. Merci, Francine. Je suis contente que tu sois venue.

- Tout va s'arranger, Laurence.

- Ah.

- Are you looking for something in particular, sir?

- Oui, je.…

Je cherche de quoi mettre un peu de lumière.

- Fiat lux, honey. (rire)

(rire)

(sifflotement)

- OK.

Ça réchauffe les intérieurs.

- On rit plus ensemble, Laurence.

- Quoi”? - On ne rit plus ensemble.

(froissement de papiers)

(raclement de gorge)

- On a préféré vous tenir à l'écart, Laurence…

Pas vous bâdrer de ça…

Moi, ça me dérange pas, là, t'sais.

It‘s a free world.

Ts a free world, ostie!

Puis ça altère pas la qualité de votre enseignement…

On a envoyé la même lettre à tous les parents.

Moi, j'ai dit, euh:

"Répondez-leur du gros bon sens,

pis ça vient de s'éteindre.” - Mais alors, si…

si ça n'altère pas la qualité de mon enseignement?

C'est quoi”? C'est un article?

- Euh…

Une personne du, euh…

Regroupement de parents… - Le Regroupement de parents?

- Une coalition de parents mécontents de la réponse qu'on a envoyée à leurs plaintes.

Et qui se sont rencontrés pour euh…

…pour échanger leurs idées. - Il y a un de ces parents-là

qui est éditorialiste au Courrier du Grand Montréal.

- Qui. Bon… C'est un journal périphérique mineur, là.

- Regarde, Michel… Hum?

(reniflement)

Il a envoyé ça à Québec. Au ministère.

Le ministère m'a appelé.

(grande inspiration) - Maladie mentale?

Mais ça va pas, la tête?

- Dans la plus récente édition

du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le Guide DSM

édité par l'Association américaine de psychiatrie,

la transsexualité est reconnue comme…

comme une maladie mentale.

-Et.…

Et la justice?

- Elle en prend plein la gueule, la justice, Laurence.

L'éducation a intérêt à marcher les fesses serrées avec la Polytechnique--

- Non, non, non! Mais moi, je parle pas de…

Je parle de la vraie justice. Hein? Moi, je peux revenir contre vous.

(petit rire)

- Vous nous accuseriez de quoi, là? De…

De pas tous se faire mettre à la porte par solidarité?

Vous commencez votre premier roman, Laurence. - S'il te plaît, là…

- Heille.

Votre premier recueil.

Vous pouvez perdre votre temps puis votre argent

avec des recours que vous pourriez gagner, là,

après deux ans d'avocateries plates,

d'audiences médiatisées…

de factures exorbitantes pour des frais de service,

ou vous pouvez voir tout ça comme une occasion en or

de plonger dans le travail, d'entamer votre carrière…

- Donc, si je comprends bien, vous essayez de me manipuler

en me prêtant des intentions bohémiennes qui sous-entendent le fait

que je n'aie besoin d'aucune stabilité financière

et que la vie est un rêve pour les gens de lettres? C'est ça?

- J'essaie d'entrevoir les aspects positifs.

C'est tout.

Entre quatre yeux, là… si c'était rien que de moi…

- En tant que secrétaire du conseil,

j'ai l'odieux de vous dire que nous sommes vendredi

et que votre bureau, vos casiers

doivent être vidés pour lundi.

|Idéalement.

(soupir)

- Messieurs…

Madame.…

(son d'une craie sur un tableau)

(homme): Je suis très content de vous rencontrer,

Frédérique. J'ai beaucoup entendu parler de vous,

évidemment. Euh… grand fan de ton travail. Euh…

On peut se tutoyer? - Ben, oui.

- All right. Euh, écoutez, euh, c'est un peu délicat…

Je sais pas trop comment vous... Ostie! Chassez le naturel, hein”?

Te. Je sais pas trop comment te dire ça,

mais, euh, je me suis renseigné à ton sujet auprès de quelques-uns de mes collègues.

Et… Écoute, euh, je commence.

J'ai pas une grosse expérience de plateau,

mais y a une chose que je sais:

c'est que je veux travailler avec des gens "disponibles".

Et quand je dis "disponible”, là, c'est pas juste disponible sur papier

ou dans ton agenda, là. You know what I mean?

(respiration haletante)

- Ostie. - Ah!

- Ah.…. - Frédérique!

- Salut. - Hé, j'ai mon voyage!

Maudite coïncidence, toi! - Mais, oui.

- Hé, je viens tellement pas souvent downtown.

Heille! À part de ça, on se voit-tu au Cinébal?

Yves a contribué cette année, ça fait qu'on va être là.

- Je sais vraiment pas. - M'as te donner mon numéro

au cas. Tu m'appelles si t'as besoin d'un billet,

d'un lift, anything, là. Nous autres, on a une voiture

qui nous conduit. Je trouve ça plus slick, t'sais.

Un moment donné, un bal, c'est un bal, tabernache!

Faut que t'accotes!

M'as te donner ça, là.

(rire) Ah! J'ai échappé mon crayon!

M'as te donner ça.

(rire)

Ce sera pas long. Ah.….

Heille, pis gêne-toi pas, darling!

- Super. Merci beaucoup.

- Tiens. Ciao, ma Frédérique.

- Bye. - Oups! Trois.

Ciao.

(klaxon)

(Une porte s'ouvre.)

- Salut! Ça va? - Salut. Ça va, toi?

Tiens, mon homme. - Merci.

Tabarnak! T'as tout un look, toé, crisse!

(raclement de gorge)

(grognement)

(fracas) (respiration haletante)

(respiration haletante)

(musique hypnotique)

(respiration haletante)

(respiration haletante)

(respiration haletante)

(respiration haletante)

(respiration haletante)

- S'il vous plaît, monsieur?

Vous auriez pas 25 cents, s'il vous plaît?

(respiration haletante)

- As-tu besoin de téléphoner, mon amour?

(sonnerie à l'autre bout du fil)

(dring!)

(dring!)

- Oui, allô?

- Oui, c'est moi, c'est Laurence.

- Oui, je sais. J'ai reconnu ta voix.

- Dis-moi, maman, je, euh.…. Tu.….

T'es en congé aujourd'hui, non? Tu veux pas qu'on se voie?

- Laurence, je peux pas quitter la maison. Ton père passe une très mauvaise journée,

aujourd'hui. Je peux pas le laisser seul aujourd'hui.

- Non, mais peut-être que je peux passer juste ?

On pourrait peut-être aller prendre une marche?

- Laurence. Le moment est mal choisi.

(reniflement sonore)

- Mais maman, tu veux mon bonheur, non?

- Ah non! Ne me manipule pas, toi!

Écoute, je comprends pas…

Ça fait des lunes que tu m'appelles pas,

qu'on ne se voit pas… Et tout à coup, tu viens au bureau…

Tu m'appelles, comme ça... Je t'ai rien demandé, toi!

- Oui, j'ai voulu couper les ponts avec la famille, avec toi,

parce que… (sanglots)

parce que je voulais pas avoir de relation tant que je n'étais pas honnête.

Tant que j'étais pas transformée…

tant que j'étais pas moi! - Mais c'est très bien! Bravo!

T'as eu ce que tu voulais! Mais tu ne peux pas tout avoir.

Écoute. Je te l'avais dit, Laurence. Merde! Je te l'avais dit, mais tu m'as pas écoutée!

Écoute. Tu fais ce que tu veux, mais moi, je veux pas de bisbille avec ton père.

Hein!? Je peux pas lui faire ça.

On se verra peut-être la semaine prochaine.

(reniflement sonore) - Non, maman, il faudra…

il faudra que ce soit aujourd'hui parce que ça va pas.

Tu comprends? Parce que ça va pas, maman. (homme): Julienne!

- C'est important. C'est important.

- Laurence, il faut que je te quitte, ton père m'appelle.

- Non! Attends! Attends!

Peut-être qu'on peut se voir la semaine prochaine?

On pourrait aller au musée… - Julienne?

Y a un problème avec la télévision. - Si tu veux. Peut-être. On verra.

- Maman, ne tu m'aimes plus”? (grésillement de la télévision)

- J'arrive, Pierre!

- Wô! Wô! Wô! Wôl!

(sanglot)

(sanglots)

- Pardon.

(sanglots)

- Fais comme chez vous, t'sais. - Pardon. Pardon.

(sanglots)

Pardon.

(reniflement)

- Moi, c'est Simon Belisle,

by the way.

- Laurence Alia. - Appelle-moi Baby Rose,

je suis plus habituée.

Les filles sont pas là, c'est plate. Je t'aurais présenté.

Des vieilles qui m'ont pris dans leur band.

Il y a une porte en arrière

si tu veux pas croiser les brontosaures en quête d'abat-jour.

C'est juste là.

(voix étouffées)

(rire)

(rire)

- C'est pas grave. C'est pas grave.

C'est pas grave. C'est pas grave. C'est pas grave.

(brouhaha de voix)

Est-ce que je peux savoir ce qui t'est vraiment arrivé au visage? S'il te plaît.

- Mais je te l'ai dit.

Je suis tombée dans les escaliers.

D'un palier. - Ah, oui?

Un palier ou un hélicoptère?

- Je me suis pas ratée, hein?

Putain de marches glissantes.

Merci.

Je me suis fait virer.

Je sais… Je sais que ça fait peur,

mais je vais toucher des indemnités. On vivra là-dessus,

le temps que je finisse mon recueil de poésie.

On devrait en profiter pour partir à la campagne.

Pour aller à l'Île au Noir, depuis le temps qu'on en parle.

- Madame? Je peux ravoir un peu de café, s'il vous plaît?

- Bien sûr. Je vous en sers un petit peu à vous aussi,

monsieur? Hum? Ben, madame.

(en riant): Excusez, mais on vient qu'on sait plus.

C'est "confusionnant”. Surtout avec le look, là.

Qu'est-ce vous voulez? C'est pété.

- Non, j'ai… J'ai l'habitude.

Fred?

Tu vas t'en sortir.

Hein? On va trouver. Tu vas consulter, je sais pas.

Je vais rester avec toi à la maison, pour écrire.

Et ça va aller. On va te guérir.

- Ah, oui? Ben, je compte sur toi, Laurence.

T'es l'homme de la situation.

- En tout cas, c'est ben original. Surtout avec le look.

C'est-tu juste pour le trip ou…?

C'est parce qu'on se demandait dans les cuisines…

Vous savez, on en voit beaucoup dans la rue. Oh, des fois, c'est un métier…

Étes-vous ensemble? Beau petit couple, t'sais…

Ça doit fesser fort sur la beach.

(fracas de vitre cassée)

- Ostie d'grosse vache! - Ben voyons, mademoiselle.

On peut-tu rester polie, à matin?

- On a-tu gardé les cochons ensemble, toi pis moi?

C'est quoi, ces questions-là de colons sales de mangeux de marde?

- Ben, j'suis curieuse. C'est… c'est normal que je m'intéresse.

(fracas de vitre cassée) Heille! Vous cherchez l'trouble?

l y a du monde icitte, là. C'est samedi, pis on est après bruncher!

- Est où, ta gérante? - La gérante?

C'est moi, la gérante. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

- M'as te le dire, ce que tu peux faire pour moi.

Tu vas voir, c'est pas compliqué. Tu me parles pas.

Tu me poses pas de questions.

Tu passes pas de petits commentaires de crisse de bitch de tarte.

Pis ça vient de finir là! Heille!

Y a-tu rien qu'au coin de Panet où est-ce qu'on peut vivre

quand on n'a pas de friteuse pis de clôture verte, ostie?

Y a-tu rien qu'un coin de rue où est-ce qu'on peut respirer le même air

sans se faire regarder de travers, dans c'te trou-de-cul de ville, là?

- Hé, arrêtez-vous, là. Vous faites peur aux clients

- Je fais peur aux clients!

Je fais peur aux clients ? Ah, ben, est bonne, ça, tabarnak!

Il doit vous faire peur en crisse avec son Cutex, lui!

Ah, ça fait peur ça, hein?

Tout le monde chie dans ses culottes.

Ostie. Regarde-moi dans les yeux.

Regarde-moi quand je te parle.

T'as-tu déjà magasiné une perruque pour ton chum, toi?

Hein? (respiration haletante)

Non, han?

T'as-tu déjà eu peur, quand il sort de chez vous,

qu'il se fasse tabasser dans la rue?

Pis qu'il te revienne pas en un morceau? Hein?

Tu marches-tu dans mes bottes, toi, crisse?

Tu la vis-tu, ma vie? Non!

Je te permets pas de rentrer dans notre vie

pis de poser des questions. T'as aucun droit sur moi!

Tu n'as pas le droit de nous parler!

Tu pognes ton café. Tu serres tes assiettes.

Tu prends ton deux piastres.

Pis tu fermes ton ostie d'YEULE!

Heille…

Samedi matin. Heille.

Give me a fucking break, tabarnak.

(Laurence): Fred…

- Non!

- Attends! Mais, Fred, merde!

- Laisse-moi. Laisse-moi.

- Je te remercie de…

Ah!

Arrête! Fred! Merde!

- On va me guérir! On va me guérir!

Crisse! Entre nous deux, qui qui a besoin de…

Taxi! Qui qui a besoin de se faire guérir, hein?

(respiration haletante)

J'ai besoin…

Laisse-moi seule. Avancez.

(reniflements)

(respiration haletante) (reniflements)

(coup de poing au mur) (petit gémissement)

(petit gémissement)

(Elle compose un numéro de téléphone.)

Élise? Salut. C'est Fred.

Fred, euh…

C'est Fred Belair.

La fille d'Andrée. Écoute, je me demandais

s'il te restait un billet pour le Cinébal, ce soir?

Le livre vient de glisser

De tes doigts Il s'est fermé

Tiens, c'était toi et moi

Et la lumière joyeuse et claire clôt ta paupière

Bien malgré toi

- Alors, c'est toi que Baby a aidé hier…

- Qui. Je vous remercie de me recevoir.

- Oh.… tout le plaisir est pour nous.

- On aime donc ça, la visite.

- Et qui c'est qui t'a fait ça, le… ?

- Je me suis battue. - Oh.…..

- Sans blague, Einstein.

- Tu t'es fait niquer la gueule parce que tu te nippes?

- Moi, c'est Mamy Rose. - Laurence Alia.

- Alia! Comme les chiottes? Ha!

La compagnie de cuvette ? Les bidets? Laurence Alia.

- Alia! Alia! (rires)

- Bon. Ça, c'est ma soeur, Tatie Rose.

- Enchantée.

- Shookie Rose, notre petite-cousine.

- Ravie. - Dada Rose…

Mon amant dans les années 70.

- Hum, cherchez l'erreur. (rire)

- Et enfin, Baby Rose… Mon fils.

- Qu'est-ce que tu racontes”? C'est pas ton fils.

- Tais-toi! (petit rire)

Mais bon, enfin. Baby travaille avec les gens en bas, à l'entrepôt.

J'ai l'air de rien, mais c'est à moi, l'encan en bas.

- En bas? - Vrai.

Baby?

La douce image

De ton visage

Comme un mirage

Mystérieux

Baisse un peu l'abat-jour

- Sésame.

Viens près de moi t'asseoir

Baisse un peu l'abat-jour

Il fait si doux ce soir

- Putain de merde.

(rires) - Woouuuu!

(rires)

Mais je comprends pas. Vous êtes chanteuses ou…”?

- Ben… un n'empêche pas l'autre.

Tatie et moi, on a rapporté des trucs

quand on est arrivées ici.

Mon frère y était déjà, avec son business.

Il est mort. On a hérité,

mais c'est pas trop notre truc.

Nous, c'est le spectacle.

Mais c'est pas le spectacle qui paie les comptes.

- Ah oui, y a des tas de pédés dans le placard qui largueraient leur meuf,

leurs gosses et tout le bataclan en Oregon,

pour venir négocier chez nous un petit bout de cuvette en porcelaine

dans laquelle Robespierre… Ha! Ha! Ha!

…peut-être aurait coulé un bronze.

(rires) - Tatie.

(rires)

Alors, voilà, mon joujou: Les Five Roses.

Le plus grand répertoire de chansons au monde.

- En lip-sync.

- Et toi, alors”?

Raconte.

(eau qui coule)

- À quoi tu penses?

(musique rythmée)

(brouhaha de voix)

Devenir gris

Devenir gris

One man on a lonely platform

One case sitting by his side

Two eyes staring cold and silent

Show fear as he turns to hide

We fade to grey We fade to grey

We fade to grey We fade to grey

Un homme dans une gare isolée

Une valise à ses côtés

Des yeux fixes et froids

Montrent de la peur

Lorsqu'il se tourne pour se cacher

We fade to grey

Sent la pluie comme un été anglais

Entends les notes d'une chanson lointaine

Sortant de derrière un poster

Espérant que la vie ne fût aussi longue

We fade to grey

We fade to grey

Feel the rain like an English summer

Hear the notes from a distant song

Stepping out from a backdrop poster

Wishing life wouldn't be so long

Devenir gris

We fade to grey

We fade to grey

We fade to grey

- Combien de fois”?

- Ça fait un mois.

- Non. Combien de fois” Je veux un chiffre.

Combien de fois”?

- Ça fait un mois. - Non, combien de fois? Un chiffre.

- Cinq ou six. - Cinq ou six”?

- Cinq.

- Donc, sept.

- Stef va venir m'aider à faire des boîtes cet après-midi.

On va avoir fini vers l'heure du souper. Je comprends si tu veux plus me voir la face.

Je…

Je…

Je vais partir à Trois-Rivières la semaine prochaine.

Après ça, l'appart est juste à toi.

(rire)

- Ah, quelle grande manipulatrice!

Comme ta mère.

J'imagine que c'est elle qui paie pour le déménagement,

qui paie pour tout?

Mais Fred, cette femme n'a pas le tiers de ton intelligence.

- Laurence.

Arrête, là.

- Tu vas être tranquille maintenant, hein?

Tu vas être tranquille.

- Hein, tu vas être tranquille! - Heille! Calme-toi.

- Hein? Tu vas être tranquille?

Putain! On n'était peut-être pas tranquilles,

mais, au moins, on n'avait pas un bonheur stupide.

Mais qu'est-ce que tu veux, Fred”?

Qu'est-ce que tu veux? Hein? Tu veux un enfant?

Tu veux une maison? Mais je peux…

Moi, je peux te donner tout ça. Je peux te donner tout ça, Fred.

Je vais changer. Je vais changer.

Là, c'est juste une période d'adaptation. C'est normal.

Ça, ç'a rien à voir avec nous. On n'a pas été chanceux, c'est tout.

- Pourquoi t'es venu comme ça, Laurence?

Pourquoi tu me fais ça, là? Pourquoi t'es pas venu normal?

Pourquoi t'es pas venu en femme?

- Pour te plaire, chérie.

Fred, dis-moi…

- Arrête. - Fred, au moins, dis-moi.

Dis-moi que t'es pas amoureuse.

Hein, Fred?

Fred, t'es pas amoureuse?

Réponds-moi.

Non! Dis-le. Je veux un son.

- Oui.

- Oui? - Oui.

- Oui, t'es amoureuse?

- Oui, je suis amoureuse.

- L'addition, s'il vous plaît. S'il vous plaît, l'addition.

L'addition, s'il vous plaît. Mademoiselle? L'addition.

S'il vous plaît, l'addition. S'il vous plaît.

(Cinquième Symphonie, Beethoven)

(ruissellement de la pluie)

- Entre. Allez!

(fracas)

(Cinquième Symphonie, Beethoven)

(ruissellement de l'eau)

(Cinquième Symphonie, Beethoven)

(tintement d'un carillon) (Laurence): Vous voulez pas

que je vous parle des correspondances non envoyées…

…à la femme AZ?

(femme): Avez-vous l'impression, en l'appelant comme ça, de la "prototyper"?

- Non. Je dis AZ parce que c'est la première et la dernière.

C'est pas un numéro de série ou un code-barre.

Alors, je lui ai écrit des lettres. Des lettres que j'ai jamais envoyées.

Des lettres que j'ai foutues dans des bouches d'égout

ou dans les chiottes. (femme): Ah... Des bouteilles à la mer.

(Laurence): Oui, des bouteilles dans la merde en tout cas.

(rire) Non, non, mais c'est plus romantique.

Vous vous imaginez un ermite, un cavernicole,

un mec qui vit dans les égouts. Il |es découvre…

Il les collectionne, il les lit et il se met à rêver.

Peut-être qu'il envie cet amour.

J'ai dû écrire mille lettres cette fois-la. Mille.

Je me rappelle très bien…

de la chambre d'un petit chalet que j'avais loué.

Enfin, je vous dis tout ça off the record, évidemment.

(femme): Honey, we've been off the record for a while now.

- J'aurais pu lui écrire une chanson, à la place.

Hein? "Ne me quitte pas” ou un truc, là.

Les Belges parlent lentement, mais ils ont l'esprit de synthèse.

(rires)

Où es-tu?

Que portes-tu?

Que fais-tu? (femme): Pardon?

(Laurence): Non. Euh, "Où es-tu? Que portes-tu? Que fais-tu?", c'est…

Ben, je me réveillais. Je me posais ces questions.

Sur elle. Je me couchais…

avec les mêmes questions.

Alors, un moment, j'ai voulu des réponses.

(Fred): Léo?

Je suis prête, là. Dépêche-toi.

Houah!

Out on the tar plains

The glides are moving

- Madame? - Oui?

- Excusez-moi. Je trouve pas la cardamome, là.

- Ben, si y en reste, ça doit être là. Sinon, ben, prends du gingembre

ou ben donc du curcuma. Ça fait tout pareil.

(Fred): Peux-tu mettre ça, s'il te plaît, Léo? T'écrases pas les pommes.

Hein? S'il te plaît.

Freshing your side

And the sun drips down Bedding heavy behind

The front of your dress S'il te plaît?

And the droning engine throbs in time With your beating heart

Bon. Ça y est, Léo. On est dans les bonbons, là.

Qu'est-ce que tu me disais que tu voulais?

(froissement de tissu) (rire de Fred)

Way down the lane away

Living for another day

The aphids swarm up

In the drifting haze

Swim seagull in the sky

Towards that hollow western isle

My envied lady holds you fast in her gaze

(propos inaudibles) - J'ai acheté des affaires

pour… tes amis à soir.

The front of your dress all shadowy lined

And the droning engine throbs in time

With your beating heart

The sun drips down bedding heavy behind

The front of your dress all shadowy lined

Je me disais qu'on pourrait peut-être aller manger au resto

pour fêter Noël. Hum?

With your beating heart

Il y avait presque pas de monde dans les rues surprenamment.

Sing Blue Silver

- Hein? - Ça te tente-tu, le resto, ou pas?

- Charlotte, c'est une blague, tu me parlais”

- Qui. - Mais combien de fois je t'ai dit?

Quand j'ai les écouteurs, j'entends rien.

Juste, combien de fois? Qu'est-ce que tu me disais?

- Je voulais savoir si ça te tentait d'aller dîner au resto.

- Pour aller trébucher contre les gens? Non, sûrement pas, non. On est le 24.

De toute façon, j'ai des trucs à faire.

Plus tard, avant que la visite débarque.

Toi, tu nous rejoins toujours…

Enfin, normalement, tu nous rejoignais pour le champagne après ton shift.

Tu nous rejoins toujours pour le champagne après ton shift”

- Ben oui.

- Ah, Charlotte, dis-moi.

Je peux t'emprunter la voiture, ce soir”?

- Pour quoi faire? - Faire des courses.

- Les magasins ferment à 5 h.

J'ai déjà, euh… J'ai déjà tout acheté, là.

- OK, mais c'est pas pour faire des courses, euh.

Ben, c'est pas des courses, euh…

Charlotte…

(musique provenant des écouteurs)

- Tiens.

(baiser sonore)

(vrombissement d'un moteur)

- Ça devrait lui faire plaisir.

- Mais pourquoi? Pourquoi t'en as apporté autant?

- Stéfanie, c'est Noël! Aide-moi au lieu de râler.

- Noël, ostie! On s'en va pas à Punta Cana! Tu t'en vas pas,

ostie, faire le tour du monde avec Jules Verne, câlisse!

- Ah! C'est Noël. On sourit. On sourit.

- T'as ton coiffeur, ton maquilleur, ostie!

- J'ai hâte de voir ta soeur. Au moins, elle, est aimable.

(grande expiration)

- Une chance que j'ai un traiteur.

Ostie que je suis pas prête! Mes invités arrivent

à cingq heures et demie flush. Ça me stresse.

En plus, c'est tout du monde tellement ponctuel.

Il y en a même qui arrivent 15 minutes à l'avance.

Ça, ça m'énarve. J'hais ça, ce monde-lä!

- Non, mais il est ou, Albert? - Je te l'ai dit, Stef.

Il est parti voir un client.

J'ai même pas parti mon gâteau aux dattes en plus.

- Ah, shit! Un gâteau fancy.

- Je suis contente de vous voir.

Des fois, je…

(raclement de gorge) Je suis contente.

Heille, des fois, là, si ça te tente… Ben, pas si ça te tente,

mais si jamais t'as deux, trois jours devant toi,

ou un week-end de libre, appelle-moi.

Je vais aller te chercher. Aller-retour.

- Ça me… - Ben.…

je viens quand même une fois par mois, là,

par deux mois, t'sais. - Oui, oui, je sais…

- Ouh! Ouh! Ouh! Ounh! Tu regrettes de t'être mariée, toi.

- Pardon?

- Frédérique? - Hum?

- Le petit, il veut pas prendre son bain.

Il dit que le savon annule ses pouvoirs magiques.

- Le pouvoir magique de me faire chier.

- C'est une fantaisie. Mais depuis quand tu fumes?

Combien je te donne, toi”?

Combien il te faut pour t'acheter un manteau convenable pour l'hiver?

Non, mais regarde-moi ça, là. La petite fille aux allumettes.

- Oh non, merci. Ça me dépannerait par exemple

si tu me donnais un petit brun pour ma coke.

(baiser sonore)

- Ah, cornichons.

Quelle conne.

(musique rythmée)

(rires)

(propos entremêlés)

- Mais oui. Allez-y, servez-vous.

- Ici, ça va? - Champagne? Un peu?

Ha! Ha! Je vous laisse. Ici, ça va?

(fracas de vitre cassée) - Saint-citron de château de sac!

Tu parles d'une bonne à rien, toi.

- C'est pas grave, Mme Thibault. - Ben, je veux t'aider.

- Non. Non. - Mais je veux t'aider!

- Non, non! J'aimerais mieux que vous libériez la cuisine, s'il vous plaît? OK?

Tout le monde! Tout le monde! Ça, ça, c'est… Je m'excuse.

Je veux pas être impolie. Pardon. Mais c'est…

Ça… ça…

(fracas de vitre cassée) - Ah!

Là, tu fais attention. - Kevin? Kevin, mon chéri?

- OK? - Mon chéri, viens,

on va jouer avec les autres. Mais tout va bien, chérie.

- Fuck. - La fête bat son plein.

- S'il te plaît. - Non, reste calme.

- Câlisse!

Ciboire…

Hou. Hum-hum.

Ha!

(rire)

Non, non. Juste moi, s'il te plaît.

- Je m'excuse pour tantôt.

- Regarde, je regrette pas.

- La femme de la maison! - Attention. Il y a de la marde. Partout.

- Comme ça, t'évinces mes invités? Portière, cuisinière…

Ça commence à faire pas mal de chapeaux à porter, ça.

T'irais-tu nous choisir une bouteille de vin

quand t'auras deux minutes? Hein, chérie?

- Eh ben.…

- Get a room. - Oublie pas la bouteille.

- Non. Après que je finis ça… j'y vais.

(rires) (femme): Pauvre Tatie.

Elle en a arraché avec ce gosse.

- Oh.….

Les fils. Il y a pas de bons de commande.

On fait ce qu'on peut. - Mais est pas là, Tatie?

- Non, la pauvre.

Chaque année, la Polonaise d'en face

nous invite à la zuppa aux poissons.

- Non, non, non…

- Tatie a toujours eu l'estomac capricieux, mais là, elle a dit

qu'Ostrogothe… Ostrogothe, c'est la Polonaise.

Avait essayé de nous empoisonner.

Et elle est restée toute la soirée avec une de ces taupes au guichet

jusqu'à ce qu'on l'amène à l'hosto, ou elle est encore…

empoisonnée! - J'ai toujours haï son eau de vaisselle.

Elle goûte le trou de cul de morue. - Mais ç'a pas d'allure.

Avez-vous des preuves? - Des preuves?

Ben, elle les a toutes chiées, les preuves.

(rires sonores)

Allez. À la cuve! - Je suis heureuse.

- Je lève mon verre à ma famille. Daniel… Simon…

Thérèse qui gerbe à Montréal. Chantal…

À Charlène qui nous reçoit. - Oh.….

- Et à…. au recueil de poésie de Laurence! Qu'on attend dans un mois, hein?

Je lève mon verre à Laurence, notre hôte.

- Hôtes-se! - Triple buse!

Hôtesse. Et poétesse!

Oh! Tu sais ce que mon père disait?

"Les poètes s'habillent jamais assez chaudement l'hiver,

"mais on peut pas mourir de froid quand on est poète,

"parce qu'un poète… c'est un feu de joie."

- Oui, mais sans amour, c'est un feu de paille.

- Oh.…. - Ah, ça, c'est joli.

- Le petit poète maudit à sa mémère.

- Oh, regardez comme il est cute!

- Bon. Allez, ça suffit, hein? Santé, tout le monde!

- Joyeux Noël! (plusieurs): Joyeux Noël!

- Du succès et du sexe en sus! - Ah oui, Shookie.

(musique douce): Que m'importent les mensonges

Dont on broda nos berceaux

Et la faux Le ver qui ronge

De la mort les oripeaux

Dans tes bras mon tendre ami

Nous ferons durer la vie

Et nos rires et nos pleurs

Le bonheur comme la peine

Fait pleurer les amoureux

Le bonheur comme la peine

Mais vaut mieux pleurer à deux

Que m'importe le temps qui passe

Et s'éloigne nulle part

Le doux présent nous enlace

Tant qu'aimer n'est pas trop tard

Sais-tu bien mon tendre ami

Qu'un jour se dissout la vie

Comme s'effacent les brouillards

Mieux vaut s'estomper ensemble

Sans une seconde d'écart

Mieux vaut s'estomper ensemble

Ni trop tôt et ni trop tard

(mère de Laurence): Je rencontre le notaire

la semaine prochaine pour régler les dernières paperasses.

Pour des recherches, des études, des machins…

Ça peut prendre six mois.

En attendant, je peux te faire un virement.

T'es sûr que t'as besoin de rien? - Oui, maman.

J'ai beaucoup de boulot en ce moment.

Plein de manuscrits à corriger et je m'en sors.

Mais dis donc, t'es belle, hein?

- Ben, pourquoi?

- Ben, pourquoi pourquoi”?

Parce que… t'es belle.

J'sais pas, tu t'es maquillée? T'as le regard pétillant.

Puis ce que tu portes, c'est joli.

T'es belle. - Mais toi aussi.

Tu viendras voir mon petit loft quand tu seras de passage en ville.

- Quel loft?

- Ben, tu m'écoutes quand je te parle, ou quoi?

Je t'ai dit que j'allais pas rester dans la maison là-bas.

- Hum. - J'ai trouvé un loft au centre-ville.

Tu veux changer de sexe, je peux changer d'adresse.

- Bon…..

- T'as quelqu'un dans ta vie en ce moment?

- Oui.

- T'as pas de? T'as pas de nouvelles de…”?

- Mais j'aime bien Charlotte.

On s'est loué un petit chalet au bord de l'eau pour le week-end prochain.

Elle me comprend…

Elle prend soin de moi. Elle…

- Tu prends soin d'elle?

T'es honnête?

Tiens.

C'est pour toi. Cadeau!

- Oh, maman, c'est pas juste.

- Allez.

- On.….

On va être en retard pour ton bus.

- Quand t'étais petit, puis que tu prenais le bus

ou le métro pour… Tu m'appelais tout le temps

quand t'étais arrivé. Ça devenait agaçant à la longue.

Très agaçant.

J'aime pas les… les obligations,

les… les conventions… (petit rire)

- De toute façon, je t'ai toujours considérée

comme une femme qui était là, dans la maison.

J'ai jamais eu l'impression que t'étais ma mère.

- Et moi, j'ai jamais eu l'impression que t'étais mon fils.

Par contre, j'ai l'impression que t'es ma fille.

(clapotis de vagues)

(clapotis de vagues qui devient de plus en plus fort)

(sanglots)

(sanglots)

(reniflements)

(respiration haletante)

(musique douce)

(musique douce)

(musique douce)

(musique douce)

(bip!)

(femme): Les Éditions Plumart.

(raclement de gorge) - Oui, bonjour.

- Euh… Bonjour. J'appelle du Canada.

J'aimerais, euh… En fait,

je voudrais faire parvenir une lettre à un de vos auteurs.

- Ne quittez pas.

- Hé, Laurence.

(musique en sourdine)

Laurence.

(claquement de porte)

- Charlotte ?

Charlotte?

(musique techno)

(La musique s'arrête doucement.)

(La porte s'ouvre.)

- Lait? Sucre? - Non.

- Hum! - Ton manteau.

- Ah, oui.

- Tu veux que je t'aide? (petit rire)

Est-ce que tu voudrais enlever le reste?

(soupir)

(gémissement)

(grande inspiration)

(respirations haletantes)

- Pas encore. - Hum.

- On a trois heures. - J'espérais même pas trois minutes.

(Fred): Ça fait combien de temps que tu m'espionnes?

- Un an et demi.

Mais comment tu…”?

Ben, comment, comment t'as… comment t'as su?

- Ben, Laurence, tu m'as envoyé ton livre.

Ça m'étonnerait que… du Ve arrondissement de Paris,

t'aies le bras assez long pour peindre une brique rose

sur le côté de ma maison.

(soupir) C'était bien.

C'était bien, le coup de la brique rose.

- On fait une liste?

(rire)

- Hum…. OK, ouais.

- Alors? - Hum-hum!

- La petite statue là, de la danseuse balinaise…

- Qui”? - Un peu plus à gauche.

(reniflements et rire) - Non, non, c'est trop.

Non, non, c'est trop, ça. - Là, c'est de trop là?

- Oui, oui, oui, attends.

Attends. Merde! Elle était où, là? - Mais non, on ne le voit plus, là.

Voilà. Ça va, là. (rire)

Alors, les deux… les deux petites carafes…

- Hou! - Inverser.

Hein? - C'est bon, ça.

- Ah, le petit taureau! (rire)

(rire)

Le petit taureau et sa copine, la petite sirène.

- La sirène encule le taureau.

(rires)

Chocolat noir. En veux-tu?

(rire) - T'as changé.

- Hum. Je savais que tu dirais ça.

- On avait convenu ensemble que c'était un indice probant

de la nature autodestructrice de l'Homme.

- Pourquoi s'infliger une telle douleur? - Même discrètement…

(ensemble): .-et à petite dose ?

- Liste des choses qui nous enlèvent un peu de plaisir.

- Qui. Next.

- Viens avec moi. - Cette affreuse statue.

(Elle fredonne.) (petit rire)

"Affreuse statue.”

- Fred? - Quoi?

- Viens avec moi.

Allez.

(musique rythmée)

(musique rythmée)

(musique rythmée)

(musique rythmée)

(femme): Oh, my God! Look at you.

You're a bum. I mean, ['M sorry. You are a bum.

(rire)

(Laurence): Bum, oui.

Mais vous pensez vraiment que j'étais venue ici par hasard?

En 90, quand j'ai rencontré le Pink Club,

Mamy Rose m'avait parlé d'une amie à elle qui vivait ici.

Avec son mec.

Enfin, un homme…

qui avait été femme.

Eh ben, moi, je voulais qu'on voie ça,

qu'on sache que c'était possible.

(femme): Oh, my God! There's no stopping you.

(Fred): Allô! As-tu pris ton bain, mon amour?

(Léo): Est-ce que tu reviens bientôt, là, maman? Je suis tanné.

(Fred): OR, oui, oui, oui, mon loup.

Maman peut pas vraiment donner de date exacte, là…

mais d'ici une semaine ou deux… deux semaines maximum,

je devrais être revenue. OK? (Léo): OK, mais c'est long.

(Fred): Oui, j'ai hâte de te faire un gros "guili-guili”.

(Albert): Léo, c'est la septième fois que je te le dis.

Mon amour, comment tu vas?

(Fred): Ah, ça, ça va bien.

Hé, écoute, je t'appelais juste comme ça parce que…

Là, on tourne de nuit, fait qu'il faut que je retourne, OK?

(Albert): Appelle quand tu veux. Je t'aime!

(Fred): Moi aussi! Bye!

Les formules magiques des marabouts d'Afrique

Je les dirais sans remords

Pour que tu m'aimes encore

Je m'inventerais reine pour que tu me retiennes

- Tu sais, j'ai des copains à Montréal.

lls connaissent un type qui habite ici.

Il vit ici avec sa femme.

Et je l'ai appelé tout à l'heure.

Il nous invite à dîner demain soir.

- Why not?

Vos jeux seront les nôtres

Si tel est ton désir (rire)

Plus brillante et plus belle pour une autre…

(ding! dong!)

- Bonsoir. - Bonsoir.

- Il vous accompagne pas, votre fils? Non?

- Euh, non.

- T'es à sec. - Merci.

Hé, j'ai entendu que ça fait, quoi, sept, huit ans que vous habitez ici‘?

Vous, euh…

C'est fou, là. Vous vous ennuyez pas de la ville?

- Non. On a la paix ici.

De toute façon, on a toujours travaillé de chez nous, tu sais.

Même en ville.

Après l'opération, c'est devenu plus compliqué.

La famille… Le travail…

Et on voulait pas que ça nous mine, tu sais.

- En fait, euh…

je veux pas être indiscrète, mais qu'est-ce que c'est, l'opération?

J'entendais Alexandre tout à l'heure dire "l'opération”,

“l'opération”, mais… C'est un truc respiratoire, c'est ça?

Pour pas, euh…

Pour quitter la ville, c'est…

- Non, l'opération de changement de sexe.

- Qui?

- Alexandre.

(raclement de gorge)

Euh, j'ai dû rater ce gâteau encore une fois.

(soupir) C'est toujours le même cirque avec ça.

T'as aimé le paleron, mais, là, je te garantis rien sur ce gâteau…

Mais bon, Mamy Rose… Tu connais Mamy Rose?

L'amie de ta meuf. Elle disait toujours:

"On peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.”

Et Dada ajoutait: "Et les couilles du pâtissier!"

(rire)

Alexandre?

Tu viens m'aider pour le dessert?

- Euh, est-ce que je peux utiliser ton téléphone?

- Oui, bien sûr. Il est dans le hall, à l'entrée.

- Merci. Je vais téléphoner à ma soeur. OK?

- Tu nous rejoins dans la serre pour le gâteau?

- Oui, oui, oui. - Qui?

- On a besoin de quoi? OK.

- Euh, oui. (Albert): Oui, allô?

(toux) - J'avais envie d'entendre ta voix.

- Ah, oui?

Comment s'est passée ta journée ?

- Oh, écoute, euh… Ça va. Il y a rien de spécial. J'ai…

En fait, je me suis fait, euh, je me suis fait inviter

avec d'autres techniciens chez des gens du village.

On est en train de souper, puis…

AIlô? (petit rire)

- J'ai rencontré Charlotte, hier.

- Charlotte ?

- Charlotte, la blonde de ton ex, Laurence.

- Laurence Alia?

- Oui.

Laurence avec qui tu es présentement.

- Euh, oui, justement, mais…

Je te l'ai pas dit, mais Laurence fait partie du tournage.

- Come on, Fred.

Je t'ai déjà prouvé que je suis plus intelligent que ça, non?

Regarde. Vis ce que t'as à vivre.

Fais ce que t'as à faire où est-ce que t'es,

pis quand tu reviendras, on parlera.

(Albert raccroche.)

(tonalité)

(Elle replace le combiné.)

(sanglots)

- Oh.….

(grande respiration)

(Laurence): Ça va?

- Fred? On demandait à Laurence justement:

Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble?

(rire)

(petit rire)

Hou là là!

- Ça fait 9 ans.

Avec des… avec des pauses.

Mais vous trouvez du shit ici?

(anglais): Le frère de Fanny habite Casablanca.

(Fanny): Vous avez déjà fait l'opium?

(Fred): Non, pas moi, non.

(Fanny): Vous voulez essayer?

(Fred): Ah, pfft.… Non, pas vraiment.

Ce sera pas possible. Euh… Excuse-moi, mais…

Je veux pas être plate. Tu conduis, Laurence?

- Quais… Ah, non. Alors, non. Non, merci.

Et donc, vous, vous êtes, euh…

Vous êtes ensemble no matter what.

Hein?

Et vous vous êtes jamais quittés, c'est ça”?

- Non. - Nope.

- Mais toi, Fanny, t'étais lesbienne ou… ”

- Oui.

Enfin… je suis à la personne…

Alors, Alexandre…

Alexandra…

Alexandrin… (rires)

Ça suit la logique du coeur pour moi. - Ah bon, pardon.

- J'ai pas besoin de me questionner sur le sexe.

- La logique du coeur.

- Quais, je.… je ne me fie pas qu'aux apparences, du reste.

- On est d'accord que c'est plus facile pour vous quand même.

Hein?

Parce qu'en fait, ça paraît pas.

Moi, j'ai…

(soupir)

J'ai toujours l'impression de me mentir, en fait.

De pas être dans la vérité.

(anglais): Quelle vérité ?

La vérité avec un grand V?

Tu sièges au Conseil des Sages, c'est ça?

C'est prouvé scientifiquement. Je suis un homme né dans un corps de femme.

C'est physique, psychologique.

S'il y avait une Vérité…

je serais né avec une bite.

(Laurence): Je savais même pas qu'ils habitaient ici

quand on a commencé à vouloir venir.

Tu vas pas me reprocher d'avoir voulu te montrer un exemple de bonheur!

- "Un exemple de bonheur"! Heille! Come on! Reviens-en, là!

"Un exemple de bonheur"! lls vivent dans un shack à marde!

lls fument du gros opium sale à soirée longue dans une communauté consanguine!

Ils payent leur livre de beurre 23 piastres parce qu'il est pas capable de marcher

dans son village sans se faire pitcher des roches. Heille!

Un exemple de bonheur! Wôl! Puis, elle, elle!

"Je ne me fie pas qu'aux apparences, du reste." Ostie!

Elle me dit ça en me regardant comme si je sortais du bois, tabarnak!

Elle se prend-tu pour une aristocrate avec ses barniques?

S'il était gros pis laite, son chum, elle le câlisserait là! Qu'elle mange de la marde!

- Je sais pas ce que ta soeur t'a dit au téléphone,

mais elle devait pas me ménager. - C'est qui Charlotte?

C'est qui, crisse?

- Ben, c'est une fille de… Mais comment tu sais”?

- Elle est débarquée chez nous, la vache,

puis elle nous a planté un tabarnak de couteau dans le dos, la chienne!

Comment ça se fait qu'elle sait qu'on est ici”?

- Mais je sais pas, moi. Je l'ai vue chez moi en allant faire ma valise.

Elle avait oublié un truc….… Mais comment tu sais, ça”?

T'as parlé à Albert?

- Mais qu'est-ce que tu t'imagines, Laurence? Que je vais hypothéquer toute ma vie

pour venir virer une brosse avec toi? Pour venir triper sur une Île?

Heille, come on!

- Qu'est-ce que tu lui as dit, alors, pour nous ?

- Ben, je lui ai dit que je partais en tournage.

- Tu lui as menti? - Ben, oui.

- Et à moi aussi, tu m'as menti”? - Oui, j'ai menti.

Tu as menti. ils ont menti. On a tous menti, coudon!

Puis ça aurait parfaitement fait la job

si ta tabarnak de blonde était pas venue nous backstabber, OK?

- C'est pas ma blonde! OK? T'es jalouse!

- Heille! Je suis pas jalouse!

- Si, t'es jalouse. - Non! Je suis juste curieuse, that's it!

Heille, by the way, là, c'est qui ça, Dada? (rire moqueur)

Mamy Rose? C'est… c'est-tu une pute, ostie?

- Oh! Tu te calmes! OK? C'est pas des putes.

C'est des chanteuses que j'ai rencontrées à Montréal avant qu'on se quitte,

et qui, elles, m'ont beaucoup aidé, sache-le! Et Charlotte,

c'est une fille de Trois-Rivières… - Pardon?

Qui est très sympa. On baisait. Elle m'aimait, mais moi, j'étais avec elle

en attendant, si tu veux savoir! - En attendant quoi, Laurence?

- Mais d'après toi, idiote ? - Tu veux que j'abandonne ma vie, Laurence?

Tu veux que je crisse toute ma vie en l'air pour toi? Ostie que t'es prétentieux!

- Prétentieu-se! Et toi aussi, t'es prétentieuse!

Moi, je suis prétentieux de croire qu'on pourrait reprendre

la parenthèse qu'on a laissée ouverte pour que t'ailles faire ta petite excursion

dans la vie normale. Et toi, t'as la prétention de croire

que t'es plus intelligente que moi, mais tu l'es pas, bordel!

Tu crois que je vois pas clair dans ton petit jeu? Ton petit manège?

Ah, t'es super cool. On baise. On dort. C'est génial.

Mais j'ai l'impression que tu fais ça pour moi. Tu le fais pas pour toi.

Tu le fais pour moi! Pour me récompenser!

- Mais qu'est-ce que tu veux de moi, Laurence? Bordel!

- Mais je veux que tu fasses comme moi! Que tu profites de la vie, de notre histoire,

de notre amour! Ÿ a rien ni personne qui peut avaler cet amour-là, bordel!

- Sauf toi! - Non, sauf toi!

- Sauf toi. C'est toi qui as voulu ça, Laurence. On a essayé. On l'a fait!

Mais tu peux pas tout avoir. T'en prends, t'en laisses.

Pis |comprends ton choix.

Mais t'as aussi fait le choix de risquer qu'on se perde.

Pis c'est ça qui est arrivé. Pis ça, c'est uniquement de ta faute, OK?

Fait qu'après ça, tu peux venir chez nous.

Tu peux venir m'espionner. Tu peux m'envoyer ton recueil.

Tu peux venir lever le nez sur la vie que je me suis construite.

Tu peux venir chier dans mon moteur de char. Name it!

Mais ça, c'est toi. Moi, je penserais déménager dans ta ville pour t'espionner.

Je penserais le faire, mais je le ferais pas. Pis c'est ça qui me fait chier, Laurence.

Tu me fais chier, OK? Tu me fais chier! Parce que je peux pas te suivre!

Je peux pas te suivre! Je perds le beat:! - Le beat? Pff!

- Puis ça me tente pas d'être la tache à côté de toi.

Ça me tente pas d'être la tache qui torche ta marde.

- C'est ça. Toi, tu préfères jouer à papa, maman!

Alors c'est ça la vie pour toi? On a le choix entre une vie plate avec un mari

et des enfants? Ou alors encore, si on décide de devenir une femme,

ça veut dire qu'on finit toute seule comme une /oseuse.

Merci pour tes encouragements. - Ostie que tu me fais chier, Laurence!

Il y a pas juste ça, crisse! Tu comprends rien!

Pis tu fais exprès. Tu le sais que je t'aime, ostie!

Crisse!

Je t'aime plus que mon fils, tabarnak!

(sanglot)

(fracas)

Je veux pas ça, Laurence!

- Alors, qu'est-ce que tu veux? Toi, t'es si maligne,

qu'est-ce que tu veux? Dis-le! Qu'est-ce que tu veux?

- Un homme!

(fracas)

- Cheap shot. - Non.

Je suis pas faite pour ça. Je m'excuse.

Je peux pas te voir. Je veux pas te voir. Je peux pas te voir.

Je veux pas perdre ma vie pour que toi, tu te trouves. OK, Laurence? Je veux pas.

J'aurais peut-être pas dû partir de Montréal.

- Mais alors, pourquoi t'es partie, espèce de connasse de pute de merde?

Pourquoi t'es partie? - Parce que j'étais écoeurée

de penser à mon enfant 24 heures sur 24!

- Mais…

Quel enfant?

(sanglots)

Fred, quel enfant? (sanglots)

Fred, quel enfant?

(sanglots)

(en hurlant): Quel enfant? Merde! Quel enfant?

- Juste après ton switch.

Je, je…

(en sanglotant): J'ai capoté.

Je me suis fait avorter.

Parce que je… parce que je…

je voulais rester avec toi, Laurence.

Je voulais.

Je pensais qu'on se retrouverait.

Je pensais que ça nous donnerait du temps.

Ah!

Laurence?

Laurence?

(musique douce)

(musique douce)

(Laurence): C'est la fin du monde?

Ou peut-être que ça vous emmerde d'être ici.

Vous vous sentez obligée. (femme): Non!

Ça m'emmerde pas d'être ici.

Mais vos 45 minutes de retard, elles, m'emmerdent.

(Laurence): Bon, je vous paie un café alors.

(femme): Je veux pas de café. Je vais faire un test de son.

Un, deux. Un, deux.

(Laurence): Je vous paye une bière. Ça va vous détendre.

(femme): Non. Je veux pas me détendre. Un, deux, un, deux.

Je veux pas de la bière. Il est 13 N.

Le son est bon.

Début de l'entrevue.

Alors, Laurence Alia…

Vous revenez des États-Unis?

- Hum-hum. Vermont, en dernier.

Depuis une semaine.

Bon. Écoutez, madame, c'est ridicule.

Prenez au moins un café.

Je vous l'offre.

(soupir)

- Bon. Un allongé, puisque vous me harcelez.

Avec un peu de lait chaud.

- Mad... Mademoiselle”?

- Donc…. après trois ans,

vous êtes revenue ici pour euh…

Mais, pas juste pour le lancement de votre livre…

(en soupirant): Avez-vous quelque chose à ajouter

qui pourrait intéresser

ou être pertinent pour le lecteur?

- Mais quel lecteur?

- Vous écrivez mon profil pour le portfolio anglophone

de mon éditeur ou vous faites ma bio?

- Écoutez, Laurence. Let's just keep this very simple, shall we?

Je pose des questions, vous répondez aux questions.

Je n'arrive pas à penser à une manière plus efficace.

Mais si vous êtes méprisant…

(rire)

- Et vous alors?

Hein?

Vous êtes pas un peu méprisante aussi?

Bon. Je comprends que je suis arrivée un petit peu en retard, mais…

Depuis qu'on a commencé, vous m'avez pas regardé une seule fois dans les yeux.

Ça vous donne de la contenance? C'est ça?

Vous avez peur de vous changer en statue de pierre?

Pouf!

- Ça vous importe, les regards?

- Bah! Et vous?

Vous avez besoin d'air pour respirer, non?

Ben, voilà.

- Avant, il y avait des saletés de gens qui étaient ici.

IIs m'ont mis des cafards. Gros comme ça, ils étaient, les cafards.

J'ai été obligé de faire venir l'extincteur.

Ça m'a coûté une fortune.

Une fortune, ça m'a coûté.

Bon…

Alors… ici, c'est la salle de bain.

Regarde. Tu as le lavabo, tout.

On t'a mis un miroir. Nouveau. Chez antiquaire, on a acheté.

Hein? C'est fortune, ç'a coûté.

Ici, tu as chambre à coucher.

Les placards. Très gros. Très grands. Pour toi.

Beaucoup de place. Extraordinaire. Bravo.

Et ici, tu as fenêtre qui donne directement sur montagne.

Tu trouveras jamais ça ailleurs. Jamais, jamais, jamais.

lci, tu as cuisine.

Avec beaucoup, beaucoup espace de rangement.

Poêle, frigidaire… Écoute. Le frigidaire va arriver.

Tu m'as dit que tu avais pas. Alors, je te mets. Je t'inclus.

D'habitude, c'est pas comme ça. C'est exception, hein?

(sonnerie musicale) Hi! Excuse-moi deux secondes.

All6? Oui, qu'est-ce qu'il y a encore? Oui! Je…

(Laurence): Pour répondre à la question, je reviens ici

parce que j'ai besoin de revoir des gens. Et de… régler des trucs.

Mais enfin, rien d'exceptionnel. Je suis revenue

parce que j'en avais marre de vivre dans une caravane.

Et j'avais fini d'écrire.

Et ma mère aussi. Ma mère est malade.

- Comment tu parles à ta mère? Comment tu parles à ta mère?

Chut! Tais-toi! Chut! Tais-toi!

Tu vas dans ta chambre tout de suite.

Je vais rentrer, je vais te donner le korbab. Tu vas voir.

Repasse-moi ta mère tout de suite. Tais-toi!

Oui. Je t'apporte, je t'apporte. Pas de problème. OK. Bye.

Hein? Ha! Ha!

C'est encore ma femme. 25 fois par jour, elle m'appelle.

Elle est folle de moi.

- Bonjour, madame.

- Bonjour. (dring!)

(petit gémissement de douleur)

(dring!)

(rire)

(femme): Dans votre livre,

vous espérez la fin du démarcation

entre la norme et la marge.

Vous êtes un rêveur.

- La démarcation sociale…

Mais on est quand même à l'aube d'un nouveau millénaire, là, non?

- Ah oui, le bogue de l'an 2000.

- Non, mais je veux dire…

c'est peut-être pas juste que tous les ordinateurs

vont se mettre à déconner en l'an 2000.

On peut espérer un petit peu de changement.

Bon, moi, le saut dans le vide, je l'ai déjà fait,

mais maintenant, je pense aux jeunes,

à ce qui se prépare pour eux. Moi, je suis plus dans le coup.

Je…

J'ai choisi de descendre la pente dans la peau d'une femme.

- Mais toutes les femmes la descendent.

- Oui…. Après l'avoir montée.

- Mais vous êtes très belle.

- Hum….

(petit rire)

- OK...

Excusez un petit instant.

Je vais juste chercher mes notes…

(musique douce)

(musique douce)

(marmonnements inaudibles)

(raclement de gorge)

Qu'est-ce que vous recherchez, Laurence Alia?

Vous parlez d'amour dans Éloge de la norme,

vous parlez d'une femme AL….

La femme AZ, c'est le personnage princi.…

En fait, un des personnages principaux du roman.

On peut parler d'elle un peu?

(Laurence): Ce qu'il y a à savoir est dans le livre.

(femme): Mais avez-vous revu cette femme-là?

- Comment tu vas? - Bien. Toi?

- Comment va Fred?

- Elle est plus avec Albert, si c'est ça que tu veux savoir.

Elle vient juste de revenir à Montréal.

On est censées organiser un souper avec maman.

(petit rire)

(musique rock)

- Qu'est-ce que tu fais? - Hum.

- Quoi”? C'est son numéro, ça?

555-1987? - Oui.

- Mais tu sais que c'est l'année où on s'est rencontrés?

- Oui.

- Sur le tournage - Oui!

(Laurence prend une grande respiration.)

Quand je serai ton équation

Les soirs de scotch m'enchantent

Je ne sais pas si je te l'ai dit

Moi et la nuit mourante

- Bon, faut que j'y retourne. - Qui.

(brouhaha)

(musique douce)

On s'était pas écrit, pas appelés…

Enfin… à moins qu'elle ait reçu les lettres envoyées par les chiottes.

(femme): Alors, c'était comment, les retrouvailles?

(Laurence): Je savais pas trop à quoi m'attendre.

Je savais pas, euh…

Ben, je savais rien, quoi.

- Excuse-moi. Excuse-moi.

J'ai eu de la misère à me stationner. C'est épouvantable.

J'ai fait le tour trois fois. Finalement, quand je trouve une place

y a deux places qui viennent de se libérer juste en face.

- C'est la loi de Murphy. - AIlÔ.

(baisers sonores) Hum, t'es belle.

Je suis contente. T'as l'air bien.

- Je te remercie. Je te renvoie le compliment.

- Merci. (petit rire)

- Monsieur, on peut avoir deux vodkas dry? Deux cubes de glace et une lime.

(rire) - Ça va, non?

- Ben, oui. - Mais c'est ça que tu prends?

- Ben, oui. - OK.

- Et alors, ça fait combien de temps que t'es revenue?

- Une semaine, une semaine et demie.

- Ah! OK, OK, OK, OK. Je pensais que ça faisait…

Läà, ça fait UN mois, moi. Ça…

En fait, j'ai fait plein d'aller-retour entre Montréal et Trois-Rivières, puis…

(raclement de gorge)

Je suis à côté du Marché Jean-Talon.

- Oh, c'est cool! J'y suis allée l'autre jour

faire des petites courses. lls ont des petites tomates, là…

- Les Saint-Jones?

- Oui, c'est ça. C'est du délire, ces tomates!

- Ben, oui, c'est… c'est fou. Puis, en plus,

ils les vendent pas à un prix tellement… - Extravagant?

- Extravagant. Merci. C'est exactement ce que j'allais dire.

Heille! Bravo. Bravo, t'as… Pour ton dernier roman.

Je viens juste de l'acheter. Merci.

- T'as trouvé que c'était de la merde?

- Non, Laurence.

Ben, non, je l'ai pas encore lu.

J'ai pas eu le temps. Je… J'attends d'avoir la tête reposée.

- T'es heureuse?

- Ha!

- Mais t'as été heureuse avec moi?

Ben, j'veux dire, il y a pas eu que de la merde.

(petit rire)

Bon, excuse-moi, là. Je suis un peu lourde.

Je passe directement aux grandes conversations philosophiques,

et des trucs super compliqués, tout ça, mais, c'est parce que je suis curieuse.

Voilà. C'est tout. Si on se voit une fois tous les trois ans,

faut en profiter, non? - Oui, Laurence.

- Pourquoi tu…

Pourquoi tu dis mon nom? C'est incriminant?

- Ben non, c'est ton nom. C'est ton nom, ostie.

- J'adore quand tu fais ça.

C'est un truc que je t'ai piqué.

Parce qu'en fait, j'adore quand on voit ta nuque.

J'adore ta nuque, quoi.

C'est une nuque, on a l'impression, qui dit: "Allez tous vous faire enculer.”

- Est-ce que tu regrettes ?

- Quoi?

- Toi.

- Autrement dit, tu veux savoir si ça valait la peine de te perdre?

- Ben, non, pas vraiment. - Ben, si, c'est ça.

C'est ça. Mais c'est pas grave. Je vais te répondre.

Alors, euh…

je regrette pas…

de me lever le matin

et de voir le reflet que j'ai toujours voulu voir.

En fait, d'ailleurs, ce que je regrette…

Mais ça, c'est un truc que j'ai compris…

y a pas si longtemps… Je regrette qu'avant même

que je devienne une femme, on était déjà foutus.

- Oh.….

Wow.

Explique-moi ça, s'il te plaît. - Mais on était foutus, Fred.

Ta famille. Ma famille.

Ton travail. Mon travail. Nos habitudes. On était foutus.

Les gens, ils avaient pas ça. IIs nous enviaient.

Et avant même que je sois marginale, on était déjà marginaux.

(soupir)

- Tu penses que notre couple aurait pas duré, même si t'avais…

- Je sais pas.

Je sais pas. Je veux pas…

Je disculpe pas ma décision évidemment.

Et puis, je peux pas être graciée.

Mais tout ce que je dis, Fred, c'est que la société--

- Arrête, Laurence. Ostie. Excuse-moi.

Arrête avec la société, OK? Non, non, non, non, non.

Qu'est-ce que tu t'imagines, là? Hein?

Tu.… peux redescendre sur Terre, s'il te plaît? Hum?

(petit rire) - "Redescends sur Terre"?

C'est ça que t'as dit? "Redescends sur Terre"?

Non, mais tu t'entends quand tu parles”

- Change de disque. Qu'est-ce tu veux.…

Qu'est-ce tu veux que je te dise?

- Arrête de… arrête de te forcer à dire des conneries.

Merde! Putain! Ça nous insulte.

Fred, merde! Je m'en fous de la Terre, moi.

Je veux pas redescendre sur Terre. Je m'en branle!

Après être montée si haut…

Je veux pas redescendre. - Ben, reste en haut, Laurence.

- Bon. Ben, on commande à bouffer alors?

- Oui, OK. Qu'est-ce qu'on…

Je vais juste aller à la toilette me laver les mains, OK?

- OK.

(rire)

(propos entremêlés)

(musique hypnotique)

(femme): Et j'imagine que les projets doivent se multiplier?

Vous devez être très en demande. (Laurence): Non.…

(femme): Et les années 20007

Big deal? Vous êtes confian…te”?

- Oh.….

Je peux vous prendre vos lunettes, là, s'il vous plaît?

- Bien sûr.

- Merci.

Euh, non.

Non. Confiante? Non.

Déterminée.

- L'automne est arrivé. On va sortir des manteaux.

- Quais. L'automne est là.

Where the cars go by

AIl the day and night

Why don't you say

What's so wrong tonight

Baby

Let's go out tonight - Et coupez.

C'est bon pour moi. Je l'ai.

- Yes. Fred à Pierre. Euh, on… on est, on est là, là.

On checke la gate.

Si, euh, si le poil est beau, c'est un wrap.

Je t'envoie les comédiens. OK? - Le poil est beau.

- Le poil est beau, mesdames, messieurs. C'est un wrap.

Merci, tout le monde. Ecoute,

on repousse le call de demain matin de quinze minutes

comme on a fini 15 minutes plus tard, OK?

Comme ça, on va éviter le fucking turn-around.

Ah, mes batteries sont faibles. Demain, on t'appelle.

Be mine AIl mine

- Ah.….

Baby l'Ilbe good

Pray for me

Ah…. Praying for the light

- Mille piastres, il est pas game.

Donne-lui ça.

Let's go out tonight

- Excusez-moi, mademoiselle.

Ça a l'air un peu con comme ça, mais…

mes amis là-bas, ils ont fait ça.

- Hum.

- Et, euh, ils me donnent 20$ si je vous le donne.

- Qu'est-ce que c'est” Un genre de nuage?

- Ah, non. C'est…

Ha! C'est un papillon.

Mais… ça m'enlève un peu de plaisir que tu penses que ce soit un nuage.

- Bon. Ben… Je pense que tu viens

de te faire 20 piastres, là. - Regarde ce qu'on va faire.

10$ pour mon essence. Et 10$ pour te payer

un drink après le tournage.

Hum? Ça marche?

I know a place

- Fred Belair.

- Laurence Alia.

- Laurence qui?

- Alia.

Mais…

c'est Laurence anyways.

Let's go out tonight

Where the cars go by

AIl the day and night

Why don't you say

What's so wrong tonight

I pray for love

Coming out alright yeah

Oh baby baby

Let's go out tonight yeah

Baby, baby

Let's go out tonight

Let's go out tonight

Tonight

Tonight

Let's go out tonight

Yeah

Where the cars go by

Where the lights won't shine

Tonight

Tonight

(musique douce)

Sous-titrage: CNST, Montréal

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