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Original subtitles

EN CONSTRUCTION

Des choses vues et entendues

pendant la construction d'un immeuble

dans "El Chino", un quartier populaire de Barcelone

qui est n� et qui meurt avec le si�cle.

Bonjour.

Bonjour.

Je n'ai pas fini de lui expliquer...

Fran�ais, anglais, italien... En tout, je parle 5 langues.

J'ai travaill� sur les transatlantiques,

j'ai voyag� dans le monde entier...

A Londres, chaque avenue donne sur une place...

Londres, c'est une grande ville.

Ici, faire de l'urbanisme, c'est r�tr�cir les rues

au lieu de faire ce qu'il faut: Moderniser.

C'est une ville d�mod�e.

Les gens ont vieilli pr�matur�ment.

On manque d'�ducation.

C'est normal: Les jeunes ne vont pas � l'�cole.

Ce n'est pas possible, �a, il faut �tudier!

La culture, �a ne vient pas tout seul, non?

Comment s'acquiert la culture? En �tudiant, en lisant.

C'est le seul moyen.

J'ai raison ou pas?

Toute cette histoire, �a co�te des millions.

Il faut des aides europ�ennes.

L'Etat espagnol en a besoin.

C'est l'Europe et toutes ces banques qui ont l'argent

pour faire... cette chose, l�.

Tout raser...

et construire une place qui arrivera jusqu'ici.

Leurs plans sont pr�ts...

Tout �a, l�, et ce coin l�-bas,

ils vont le d�molir pour faire une grande place.

Londres, c'est une ville cosmopolite

et l�-bas, il y a des places et des arbres partout.

Ici, on construit, on construit...

R�sultat: Les rues sont �troites et vieillottes.

Tous ces immeubles, jusqu'au coin de la rue,

on va les d�molir.

Ils sont trop vieux!

Les gens d'ici vont devoir aller ailleurs.

Vous imaginez les m�tres carr�s que �a repr�sente,

en longueur, en largeur et en hauteur?

II en faut, des immeubles, pour reloger tous ces gens...

Et des m�tres carr�s, en longueur, en largeur

et en hauteur!

Mais il faut faire des places, agrandir la ville,

en longueur,

en largeur et en hauteur.

Juani!

Un jour, un type t'a appel� "le fils du boiteux".

Tu te rappelles? Ton p�re boite, c'est vrai.

S�r qu'il est tomb� d'un �chafaudage.

Il est ma�on, non?

Tu as dit qu'il �tait tomb� d'un �chafaudage,

mais pas qu'il s'�tait cass� la jambe.

Il s'est cass� la jambe ou pas?

II se l'est cass�e, oui ou non?

- Quoi? - La jambe.

- Elle est pl�tr�e. - Pl�tr�e?

Et toi qui disais qu'il �tait invalide!

- II l'est. - II a toujours sa jambe, non?

- Non, on la lui a coup�e. - Comment �a, coup�e?

Ca veut dire qu'on lui a mis une jambe orthop�dique.

Il a pas �t� pl�tr�, alors. Il a une jambe orthop�dique.

Tu iras le voir?

Depuis qu'on est ensemble, tu l'as pas vu.

Je veux le conna�tre, moi. Et ta m�re?

- Je sais pas o� elle habite. - Tu sais pas o� elle habite?

- Elle a d�m�nag�. - Tu charries...

- On a qu'une m�re, tu sais. - Je sais pas o� elle habite.

Tu m'en as jamais parl�.

- On a parl� de ma belle-m�re. - C'est pas ta m�re.

Faire un enfant et s'en occuper, c'est pas pareil.

Accoucher, c'est pas �tre m�re.

Je sais, la m�re, c'est celle qui �l�ve l'enfant.

- Un chien a des petits, aussi. - Une chienne, tu veux dire.

- Un chien, oui... - Non, pas un chien.

Ta m�re a rougi, t'as vu?

Elle est superbe. Elle a un de ces corps...

Elle met mes v�tements, et m�me mes soutiens-gorge.

Ma m�re est belle.

Elle a envoy� de quoi payer 3 mois de loyer,

et on n'a pas pay�.

Et l'argent du militaire,

on l'a tout d�pens�.

Miguel dit que si on quitte pas la maison,

ma m�re sera saisie.

Les salauds!

C'est rageant.

Elle qui est si bonne...

Je peux pas accepter �a.

Il faut qu'on parte.

Un jour qu'il a �t� contr�l� pour l'�lectricit�,

mon p�re a �t� arr�t�.

- Pourquoi? - Pendant deux ans,

- il a pas pay� ses factures. - Ton p�re?

A chaque coupure, il se rebranchait.

Normal qu'on l'ait arr�t�: Il volait de l'�lectricit�.

�a, c'est de la fraude � l'�tat.

"Ne fais pas attention aux gens.

"Laisse-toi emporter et aime-moi davantage.

"Si seulement je pouvais, un jour,

"atteindre les �toiles,

"je t'emm�nerais avec moi,

"l� o� personne ne nous verrait.

"Ne fais pas attention aux gens.

"Laisse-toi emporter et aime-moi davantage.

"C'est peut-�tre scandaleux,

"mais il est encore plus honteux

"de ne pas savoir aimer."

Allez, ouste! Tu vas te faire �craser.

Mon ami va venir travailler sur le chantier.

Moi aussi. Je suis pr�te � bosser.

- II faut casser des pierres. - Ca me fait pas peur.

Comme activit� extrascolaire,

on maniait la pelle et la pioche.

C'�tait quoi, comme boulot?

Du jardinage, des trucs comme �a.

Putain!

- Touche! - Pas la peine, je vois.

C'est incroyable comme les os se conservent bien.

- Ils datent de quand? - D'il y a 1500 ans.

De l'�poque romaine?

Et la terre dans la bouche?

C'est � cause de l'humidit�.

La terre p�n�tre peu � peu dans les cavit�s.

C'est marrant.

Il y a deux corps?

- Plus trois autres l�-bas. - Et c'est pas fini.

Ce sont des hommes ou des femmes?

Comment savoir?

On voit plus leur appareil g�nital!

C'est un homme.

Ca se voit au p�ron�.

Le p�ron� des femmes est diff�rent.

Et puis les femmes ont une c�te de moins.

On n'a qu'� compter les c�tes et on sera fix�s.

C'est pas le contraire?

Non, les femmes ont une c�te de moins.

Il a de meilleures dents que moi, dis donc.

Merde alors! II lui en manque pas une.

Il a m�me pas de bridge!

Normal, vu l'�poque.

- Ils parlaient quelle langue? - Le catalan?

Je ne crois pas. Ils parlaient le latin.

Ah oui! "Dominus vobiscum",

"seculae, seculorum"...

Ils �taient vraiment �tranges, les Romains.

Si jamais je trouve de l'or,

on quittera tous le chantier.

Il y en a un autre ici.

Et encore d'autres l�-bas.

Le chantier est bloqu� pour un bout de temps, non?

Mais le salaire est garanti!

Ils ont de sacr�s cong�s, ici, les ouvriers!

Ils sont les rois.

Il est dans de beaux draps, le promoteur!

- Une maison, �a? - C'est le toit.

Dr�le de toit!

- C'est le haut de la maison. - Mais non!

C'est une tombe.

En forme de petite maison.

On les a enterr�s nus, il n'y a pas un bout de tissu.

Dites...

- Ils �taient nus. - Dites-moi...

Vous avez d�j� vu un mort habill�, vous?

Oui, monsieur.

Aus pompes fun�bres, j'en ai vu.

M�me si les corps sont d�plac�s,

il reste toujours un bout de tissu.

Et on dirait que tu peux les emmener danser.

Ce sont les vers qui ont mang� les v�tements.

Ah non! Les vers, �a mange le bois.

Ils mangent tout sauf �a.

Trois...

Quatre.

Plus tous les autres!

Quatre?

- Onze. - Douze.

Treize.

Un vrai massacre ethnique.

Ca fait des ann�es qu'ils sont l�.

Tu m'�pates, Bruno. Vraiment.

T'imagines de quand ils datent, ces squelettes?

Du 6e si�cle.

- Du 6e si�cle? - Oui. A peu pr�s.

Avant ou apr�s J�sus-Christ?

Apr�s, bien s�r.

Le roman, c'est avant.

Les Goths sont venus apr�s, nom de Dieu!

Quand tu vois une �glise avec des arrondis,

c'est qu'elle est romane.

Dans le gothique, les toits sont en pointe.

Les gens s'amusent bien, ici. Ils se distraient.

Je veux faire ce m�tier, moi.

Je veux plus �tre v�t�rinaire.

Je serai arch�ologue.

- L'�glise St-Paul est romane. - Ca peut pas �tre du gothique.

- Ils ont trouv� un b�b�. - Et une autre t�te.

Oui, encore une.

Regarde comme elle est petite!

- O� �a? - L�.

Je les vois pas, moi...

les cadavres.

- Ils sont o�? - En bas, l�.

Je ne vois rien.

Le squelette, c'est ce qu'on a � l'int�rieur.

Quand on meurt, voil� ce qu'on devient.

- Y a des morts, l�. - Non, ce sont des pierres.

Et �a, c'est la t�l�. La radio...

Le jour, les squelettes ne bougent pas.

Mais la nuit, ils se l�vent.

C'est �a, oui. Par la force de leur esprit...

Tu as jamais vu un squelette marcher, � la t�l�?

- Si. - Ben alors?

Mais la t�l�, c'est de la fantaisie.

- Tu saisis ou pas? - Je saisis.

J'en avais jamais vu, avant.

Jamais, jamais.

Un ami � moi,

il a un squelette qu'on suspend.

Ici, c'est les Romains qui commandaient.

C'�tait leur empire!

Ah, c'est des Romains... Il n'y a pas d'Espagnols, ici?

C'est historique, on n'aurait pas d� y toucher.

Il faut bien construire.

Regarde, ils ont encore toutes leurs dents.

Pourquoi on ne leur fiche pas la paix?

- Un peu de respect, quoi! - Aux experts de d�cider.

- C'est un cimeti�re. - Oui, il fallait tout couvrir.

L�galement, c'est un cimeti�re. Ils n'ont pas � construire ici.

Pourquoi s'�nerver? On est si peu de chose.

Cette manie qu'on a de toujours se disputer.

Quand on voit ce qu'on est... Regarde un peu.

On se f�che, on se complique l'existence...

Et on finit tous dans le m�me trou.

- Tous, riches et pauvres. - Sans distinction.

Finies les diff�rences.

Heureusement. Il manquerait plus que �a!

C'est fou!

On vit sur des cadavres et on le sait pas...

Putain de chien!

Ce sont des ossements?

Oui. Des corps entiers, en fait.

C'est quoi, ce massacre?

Ils sont l� depuis longtemps.

Ca doit dater de la guerre. C'est tellement vieux.

Ca se voit. Regardez.

Ils ont d�moli le restaurant ouvrier

et � la place, ils ont construit une fabrique.

Ici m�me.

On va peut-�tre trouver des tas de trucs anciens.

Avant, on enterrait les gens avec leurs affaires.

Oui. Ils trouveront au moins de l'argent.

Pourvu qu'ils trouvent de l'or.

- Ils seraient riches. - G�nial!

Ils paieraient les ouvriers avec de l'or.

Ca remonte � l'�poque de tous ces assassinats.

Je te le garantis.

Non, �a date du temps des Romains.

Tu parles, Charles.

C'est du pipeau, tout �a.

Si on analyse les restes, on le saura bien.

Je te le dis, moi: �a date de l'�poque

o� il y a eu tous ces crimes en Espagne.

On se d�brouillait pour faire dispara�tre les corps.

A la t�l�, ils ont dit que c'�tait des Romains.

A l'�poque, on mourait dans la rue.

Pendant la guerre, il y avait des cadavres plein les rues.

On pourrait en d�couvrir, des choses...

Quand je serai morte, je veux qu'on me br�le.

Mon p�re aussi, il veut �tre incin�r�.

Moi non. Berk!

Je serai plus qu'un tas de cendres.

Et tes enfants diront: "Regarde, c'est maman."

- Si j'ai des enfants. - Bien s�r.

- Et comme j'en veux pas... - Quelle manie!

Le mur...

il est long et �pais.

Les poutres sont anciennes.

Du tr�s bon bois.

Du bois comme on n'en trouve plus.

Il faut r�cup�rer tout le plomb.

Il y a plein de fer, l�.

La poutrelle, l�-bas, c'est ce qu'il y a de plus cher.

C'est un rail de chemin de fer.

De l'acier.

Tous ces appartements vides...

Qu'ils m'en donnent un, je me chargerai de le r�nover.

J'ai v�cu dans une cage d'escalier.

Une cage d'escalier!

II ne reste rien du quartier!

Ils veulent un quartier propre.

Ils construisent l'immeuble sur un cimeti�re romain.

"Devenir propri�taire co�te de plus en plus cher."

C'est bien plus cher.

- C'est s�r. - Ca ne fait aucune doute.

Les nouveaux immeubles sont diff�rents.

- Ca fait monter les prix. - Mais le quartier a chang�.

- C'est vrai, il est mort. - Je le pr�f�rais avant.

Les nuits de Barcelone...

- Le bar "Les Sardines"... - Les m�tisses superbes...

Il y avait plein de bars.

Des Fran�aises, des Espagnoles...

Une prostitu�e, c'�tait 500 pesetas.

Maintenant, 5000.

- Elles se soignaient, avant. - Je sais bien.

Mais maintenant aussi.

Je me suis fait une m�tisse... Sublime.

Moi, j'ai toujours fui les prostitu�es.

Des occasions, j'en ai eu!

Les autres sont pas faciles.

Donc je ne touche pas. Je regarde, c'est tout.

Il y avait des filles bien

� Buenos Aires, en Uruguay, au Br�sil.

On trouvait de jolies filles, dans les discoth�ques.

Pas des entra�neuses comme ici.

De vraies dames.

Il est impressionnant, ce siphon.

Vous avez mal compris.

- C'est un typhon. - Pas un siphon.

- C'est bien ce que je disais. - Non, ce n'est pas pareil.

C'est comme du vent.

Comme un �clair.

Il d�truit tout sur son passage.

Les typhons naissent dans l'oc�an.

A un endroit pr�cis.

L'air monte, aspir� par le typhon.

On parle de typhon

quand la vitesse du vent d�passe les 100 km � l'heure

et atteint les 150 km/h. Une puissance formidable...

Aucun bateau n'y r�siste.

Le mien a r�sist�. Je dis bien "le mien".

"Pendant la r�union, � Moscou,

"le ministre russe des Affaires �trang�res a condamn�

"les attaques contre la Yougoslavie

"et exig� l'arr�t imm�diat des bombardements de l'OTAN..."

"La guerre pourrait toucher le territoire albanais..."

II faut aimer

son travail...

comme on aime sa fianc�e.

Sinon on ne s'applique pas.

On t'a dit que tu allais faire ton service?

Tu verras pleurer tes parents, tes fr�res, ta fianc�e...

Quand il partira, il aura droit � la rengaine.

Avec cette guerre, on va tous y passer.

C'est probable, vu ce qui se passe.

Juan Manuel,

quelle heure il est?

Apr�s tant d'ann�es dans le b�timent,

je n'ai toujours pas de montre.

Il vaut mieux vivre au jour le jour.

On perd son temps � regarder sa montre.

Et pourtant,

quand je suis arriv� en Catalogne,

une des premi�res choses que j'ai faites,

c'est m'acheter une montre-bracelet

et aller au Barrio Chino.

Avant, on venait tous ici boire un verre.

C'�tait vivant.

Maintenant, tout est ferm�,

et il n'y a plus que des petits vieux.

On a pr�vu de r�nover le quartier,

et on va y arriver.

Enfin, pas nous.

Le maire veut transformer le quartier depuis longtemps.

Il faudra bien y arriver un jour, non?

Le trait doit aller jusqu'au bleu.

Si on d�borde de deux centim�tres,

tout sera forc�ment d�cal� vers le haut.

- De deux centim�tres? - Evidemment.

C'est d�vi�, ici.

Comment �a? De combien?

De 2 cm, � peu pr�s.

Au niveau de la derni�re marche.

Le probl�me, �a doit �tre...

l'�paisseur du trait de crayon.

- Impossible. - On va voir �a tout de suite.

Pourquoi tu n'alignes pas le m�tre sur le trait?

Fais les mesures, pour voir.

Vas-y, fais une marque.

Parfait.

Le premier qui a fini aide son coll�gue.

D�s que le chef arrive, tu vas lui parler.

Avec un peu de chance, il t'engagera tout de suite.

Sinon tu auras rendez-vous.

J'esp�re.

S'ils ont besoin de gens, ils t'engageront.

- Tu en veux? - Je ne bois pas de bi�re.

- Jamais? - Je viens de petit-d�jeuner.

Et puis je n'aime pas boire de bon matin.

Pour nous, c'est g�nial, ces travaux.

C'est un gros chantier.

Oui, mais il y a beaucoup de gens

qui ont v�cu une partie de leur vie ici.

- Ils ont �t� chass�s. - Mais on les a relog�s.

En leur donnant 800000 pesetas,

alors que les appartements valent 20 millions.

C'est injuste.

Ce serait bien que tu travailles ici.

Oui, j'habite � c�t�.

Il y a d'autres Marocains, sur le chantier.

Je les connais, ils habitent dans le coin.

Je les connais.

- Ils parlent que le berb�re. - Oui, c'est vrai.

J'habite juste � c�t�,

dans la rue qui longe le chantier.

De ma chambre, je vois tout.

L'immeuble en construction d�passe le n�tre d'un �tage.

Tiens...

Le chef vient d'arriver. Va lui parler.

- D'accord. Au revoir. - Au revoir.

Quoi?

Salut.

Pose-les toutes comme �a, ce c�t� vers l'ext�rieur.

Quand je les prendrai, elles seront dans le bon sens.

- Celles-l� sont bien pos�es. - S�r?

Bon, je te fais �a.

Heureusement que le chef n'a rien vu!

On est l� pour travailler, pas pour r�fl�chir.

- Non, il faut comprendre. - Tu veux te faire virer?

Voici le plan des appartements.

Ici, il y a la cuisine.

Et l�, les W.C.

Ils appellent �a les toilettes.

- Si tu veux. - Ou les chiottes.

Voici le salon, la porte...

- Et l'entr�e. - La sortie est indiqu�e?

Non, on sait uniquement o� se trouve l'entr�e.

Sortie interdite.

J'arrive bien � d�chiffrer les plans.

Je suis du m�tier.

Si tu voyais les plans des pyramides!

Tu serais perdu!

Ce que j'ai fait? Regarde.

C'est rien de mal!

II y a des s�ances de cin� � 22 h.

"La guerre des �toiles", �a te dit?

Non, et "Matrix" n'y est plus.

Tu me paies la chambre et c'est bon.

D'accord. A demain, alors.

Tu me feras pas faux bond, hein?

On n'avance pas!

Fichu casque...

Si on n'a pas de b�ton, on est mal.

Quelle honte! Deux jours pour faire 300 m�tres carr�s.

Quelle heure il est?

II y a un autre camion plein?

On est coinc�s ici.

Regarde.

Il est 16 h 45.

Qu'est-ce qu'il fout, avec son mortier?

H�, on va pas dormir ici!

A 18 h, je me tire.

C'est-�-dire dans pas longtemps.

- Quelle heure il est? - Ne discute pas.

Comment �a? II faut finir le sol.

On s'en ira apr�s.

Si on attaque les piliers, je pars.

Je reste si on finit le sol, sinon je m'en vais.

Tu fais ce que tu veux!

Les piliers, on laisse �a pour demain.

Tu racontes n'importe quoi.

On devrait avoir honte.

Etre infichus de faire 300 m en une journ�e!

Mais tu l'as, ton sol. Il est l�.

O� il est, le chef?

Dis-lui de venir, il va m'entendre gueuler.

Appelle-le!

C'est inadmissible. Qu'est-ce qu'on fiche?

Quand c'est � faire, c'est � faire.

Tu pars quand tu veux.

Tu pars quand tu veux!

II faut finir le sol.

- Va-t'en! - On doit finir le sol.

- Tu veux partir? - Si tu fais tes piliers, oui.

- Pars maintenant, si tu veux. - Non, � 18 h.

D�croche cette goulotte et prends l'autre.

Les gens mettent de sacr�s arbres

sur leur terrasse.

On dirait un gar�on. En tout cas, il est japonais.

Japonais, philippin... Quelque chose comme �a.

Tu vas voir comme il est d�gourdi.

Un!

Tu viens? Allez!

L�ve le bras plus haut!

Tu viens avec moi?

Plus haut!

Viens!

Allez, on met le b�ton.

- Dans ce sens, non? - Oui, on avance peu � peu.

Tu me laisses pas jouer, salaud!

Sale n�gre!

- Je te tuerai! - C'est un bicot.

T'es vraiment un enfoir�.

Le salaud! Fait chier! Tiens, prends �a!

Fils de pute!

C'est super, comme toboggan.

Un vaisseau spatial.

C'est une fus�e!

Ici, on pourrait faire de l'herbe.

Mais on veut pas d'herbe!

Avec �a, on peut faire le jardin.

On le coupe, �a sera la barri�re.

On pourrait planter un petit carr� de tomates.

- Et d'o� on sort les tomates? - On les imagine.

La salle � manger... La porte et l�, l'entr�e.

Nous deux, on dort ici, et vous deux, l�-bas.

Et pourquoi �a serait pas le contraire?

On est beaux-fr�res.

Sonia!

Tiens, un revenant!

Qu'est-ce que tu fais par ici?

- Et toi? - J'ai 3 jours de permission.

- Trois jours? - Apr�s, je retourne l�-bas.

On va se voir?

Le rendez-vous tient toujours?

Je repars mercredi.

- Mercredi? - Oui, d�j�.

Tu nous as manqu�.

Eh oui, j'avais tout le temps l'oeil sur toi.

- Tu as toujours ton portable? - Tu m'appelles pas.

Sur le portable, si.

Je vais d�m�nager.

- O� �a? - A Pueblo Seco.

Ce sera plus pareil, ici.

Si tu t'en vas...

Il y aura bien une minette pour me remplacer.

Elle sera jamais aussi sympa que toi.

Pueblo Seco...

- Le quartier des snobinards. - On l'appelle comme �a?

- Tu es une vraie snob, toi. - Regarde-moi!

J'�pouserai jamais un manoeuvre!

Pas manoeuvre, s'il te pla�t. Coffreur.

Ca revient au m�me.

H�, mec! C'est quand, la fin des travaux?

Costaud, le gars!

Putain...

Il te soul�ve �a avec deux doigts.

Mon mec est mille fois plus beau.

Mais en plein trip, on se laisserait tenter.

Il a le pantalon qui tombe tellement il est crade.

Ou alors ses couilles p�sent tr�s lourd.

Il est trop mince.

Tais-toi, abruti. Qu'est-ce que t'en sais?

II est mince, mais il a des muscles.

Tu les vois pas, cr�tin?

T'y connais rien.

Regarde �a.

C'est pas les c�tes, c'est les triceps.

Pas les biceps, les triceps.

Il y a l'abdomen, les biceps et les triceps.

Puis les muscles qui sont � c�t�.

T'es jaloux ou quoi?

II est baraqu�, le mec...

A ton retour de l'arm�e,

on verra lequel des deux est le mieux foutu.

T'as encore un corps de gosse, imb�cile.

Malgr� ta grosse queue.

Il est du quartier, cet Arabe.

Je le connais de vue.

Il est bien foutu, hein?

II est canon.

Tu veux un joint?

Juani, s'il te pla�t...

Apr�s le service, va falloir que tu r�fl�chisses.

Si tu veux rester avec moi, il faudra bosser.

Pourquoi c'est moi qui fais le tapin et pas toi?

"Parce que je suis pas un p�d�."

- Tu veux te taire, dis? - Ne me touche pas.

Au boulot, gros feignant!

Tu as vu comme il bosse dur, l'autre?

Si tu bossais, j'aurais pas � me maquiller.

Je d�teste me maquiller.

Tiens-moi le miroir.

Qu'est-ce que �a gratte, ce putain de truc...

Je me maquille les paupi�res?

Vaut mieux pas, hein? C'est trop dur � enlever...

Regarde si j'ai des poils, l�.

Et dans le cou?

Faut avoir l'air d'une gamine, pas d'une femme adulte.

Une touche de couleur, �a suffit.

Pas partout.

Uniquement sur celle du bas.

Ca y est.

Juani, s'il te pla�t...

Si tu travaillais pour moi, on s'�viterait tout �a.

Mets-toi au boulot vite fait, merde!

Je m'en vais...

Tu viens avec moi?

Laisse-moi partir. Faut que j'aille bosser.

Reste encore un peu. Tu partiras � moins le quart.

Tu veux priver les autres de rouge � l�vres, c'est �a?

Tu sais bien que j'embrasse personne.

Je te le promets.

Arr�te un peu.

Encore 10 minutes.

Bouge-toi.

Mets-toi au boulot, si t'es jaloux.

Mets-toi au boulot! II te l'a bien dit, l'autre:

"Si t'es jaloux, si tu l'aimes, travaille pour elle."

Si vous entendez parler d'une chambre � louer...

Vous payez combien?

Je lui donne 3000 de plus, parce qu'il y a la t�l�.

Mais elle pr�tend que...

- Elle est rev�che, hein? - Elle est m�chante.

Personne ne la supporte longtemps.

Je fais des petits travaux, pour elle...

Elle est mauvaise. Un vrai ogre.

Vous savez ce que c'est, un ogre? Un d�mon.

Je sais, c'est une harpie.

Elle crache son venin.

Elle a toujours une critique � faire.

Oui, toujours.

Je vais chercher une chambre moins ch�re.

La tienne n'est pas vivable.

"Des messagers

"vont parcourir toute la nation pour vous lire ce d�cret.

"Je confie � l'Egypte une t�che qu'elle seule peut r�aliser:

"Celle de b�tir dans le d�sert une pyramide

"qui sera la plus grande construction du monde

"et mon lieu de repos dans l'autre vie.

"Voici la part du butin que je me suis r�serv�e.

"Regarde �a. Touche.

"J'adore le contact de l'or. Ce m�tal n'a pas son pareil.

"II ne me reste plus qu'� me construire un tombeau.

"Un tombeau inviolable

"o� je puisse reposer en paix et profiter de ces richesses.

"Tu pourras bient�t voir les plans des architectes."

On soigne notre travail

et apr�s, on nous met un mur

en plein milieu qui escamote ce qu'on a fait.

Oui, mais tu sais que c'est l�.

C'est comme chez une personne: L'�me est � l'int�rieur.

L'�me d'une personne

est un secret.

Et l'�me d'une structure est cach�e.

On voit les finitions, pas l'int�rieur.

Construire une charpente, un toit, c'est facile...

L'�glise a demand� plus de travail.

Quelles que soient la qualit� et la solidit� de cet �difice,

il ne sera jamais aussi imp�rissable que l'�glise.

Je me suis rendu compte d'une chose:

Pour finir la Sagrada Familia,

ils peuvent prendre tout leur temps.

Pourquoi?

Parce que J�sus-Christ n'est pas press�.

Un couple qui a envie de se marier

veut la cl� de son appartement le lendemain du jour

o� il a pris sa d�cision.

Alors on se d�p�che.

Des milliers d'appartements ont d�j� �t� achet�s.

Les techniques de construction sont plus simples, aujourd'hui.

Pour b�tir l'�glise, il fallait �tre intelligent.

Ca co�terait une fortune, aujourd'hui.

C'est inenvisageable.

La pierre sculpt�e,

entre les 2 arcs...

Pour la tailler � coups de ciseau et de maillet,

il faudrait une semaine.

Rien ne vaut le travail fait � la main.

Il y a un myst�re.

Et il nous �chappe.

Le myst�re, il est l�: La pierre ne vieillit pas.

C'est �a, le secret, l'unique secret.

Je suis s�r qu'il y a quand m�me un myst�re.

C'�tait une autre �poque, c'est tout.

Ils prenaient leur temps: C'�tait des prisonniers

qui travaillaient.

Mais comment ils soulevaient ces blocs �normes?

Avec des poulies.

Comment on faisait, nous, avec des blocs comme �a?

Tout de m�me, ils devaient avoir un sacr� syst�me.

S'il fallait faire �a aujourd'hui...

Voil� comment ils s'y prenaient:

On hissait le bloc � l'aide d'une poulie et d'une corde,

un ouvrier le saisissait, le mettait en place

et d�gageait le crochet.

Toutes les pierres �taient taill�es.

Absolument.

De m�me qu'ici,

toutes les tiges en fer sont pr�d�coup�es.

Ils utilisaient des pierres de taille,

car la place de chacune �tait d�termin�e � l'avance.

On dit qu'il n'y avait pas d'architectes.

Il y avait bien une personne inspir�e.

A en croire "La Guerre des Pharaons".

Il y avait des architectes.

Le roi qui voulait se faire construire un tombeau

cherchait un architecte capable de b�tir un �difice

qui ne puisse pas �tre pill�.

Et il l'a trouv�.

Beaucoup d'architectes connus se sont pr�sent�s,

mais aucun d'entre eux ne lui convenait.

La preuve, c'est qu'il en a choisi un autre.

Et cet homme s'est surpass�.

Chaque fois que je vois le film,

je suis sid�r�

par ce qu'il a �t� capable de faire � l'�poque.

C'est incroyable.

- Ca fait penser � un pendule. - Tout part d'un seul point.

On empilait les blocs les uns sur les autres,

jusqu'� ce que le tombeau soit ferm�.

Herm�tiquement.

Et Dieu sait o� ils allaient chercher les pierres...

Les travaux prenaient de plus en plus de retard,

le pharaon s'impatientait...

Pourtant, ils n'avaient pas � attendre le b�ton...

Mais comme nous, ils avaient des probl�mes:

"Les pierres de telle carri�re ne conviennent pas.

"Les ouvriers sont mal nourris,

"ils tombent d'inanition.

"II faut trouver de l'argent..."

C'�tait pareil qu'aujourd'hui. Pareil.

Manger du raisin, c'est un crime. Le vin est si bon!

Manger du raisin, c'est un crime.

Regarde qui arrive.

- T'as pas �cole? - Plus aujourd'hui.

- Pourquoi? - J'ai commenc� � 8 h.

Quand on partira d'ici, il faudra pleurer un peu.

Tu vas pleurer, toi?

Des gens de l'ext�rieur s'installeront ici.

Des gar�ons de son �ge. Ce sera bien plus sympa.

- Elle a d�j� un petit ami. - C'est pas vrai!

Elle est si jolie...

L'autre jour, une dame du quartier

a dit qu'elle allait appeler la police,

parce qu'� 13 h, il y avait des gosses

qui jetaient des pierres sur les fen�tres.

- C'est pas votre faute! - Tu sais quelque chose?

A 13 h, j'�tais encore � l'�cole.

Ca s'est pass� dimanche.

Dimanche?

Dimanche, on �tait ici.

Mais on a rien jet�. On a rien fait de mal.

Qu'est-ce que vous venez faire, sur le chantier?

C'est pas mieux, le parc?

II y en a qui viennent ici et qui font... des b�tises.

Des graffitis avec des craies, par exemple?

Vous l'avez mis de c�t�?

Non, prenez-le. Il est � vous.

- II n'est pas vilain, non? - Non.

J'aurais pas d� accepter qu'il m'invite � boire un caf�.

Regarde, il est l�.

Et celui-l�, il est capable de vouloir monter.

Il y en a, je te jure...

Tu as vu o� j'habite?

Tout a disparu. Ras�.

Il reste plus rien.

Je les ai vus, l'autre jour, casser le mur.

Tout y est pass�.

Cette chanson, je ne devrais m�me pas oser la fredonner.

Tu n'y vois presque rien.

Je vais installer �a autrement.

Tu vas encore avoir des insomnies, cette nuit?

Qu'est-ce que �a peut faire?

Je m'en fiche.

En deux nuits, tu n'as dormi que 3 heures.

Tais-toi ou tu vas m'�nerver.

Le capitalisme est foutu!

- Quelle cuite! - II a raison.

Le capitalisme n'est pas �ternel.

Je suis de ceux qui pensent que le capitalisme

a toujours exist� et existera toujours.

Non, il est condamn�.

Il dispara�tra comme l'esclavage et le f�odalisme.

L'esclavage a disparu?

II y a d'abord eu la soci�t� primitive,

puis la soci�t� esclavagiste, puis la soci�t� f�odale.

Alors...

Fiche-moi la paix, avec ta politique!

- Ce n'est pas de la politique. - Ca ne m'int�resse pas.

C'est la lutte des gens.

La lutte des gens pour d�fendre leurs droits.

Je ne veux pas penser � tout �a.

Comme �a, j'ai l'esprit bien plus tranquille.

Tu ne t'int�resses qu'aux briques?

Et � une chose, aussi, qui m'enquiquine sacr�ment.

- Laquelle? - Tais-toi, � la fin!

Tu ne veux pas parler. D'accord.

- Comment? - Rien.

- Tu parlais tout seul? - Oui.

On le fait tous.

Certains � voix haute, et d'autres � voix basse.

Mais on se parle tous � nous-m�mes.

Le po�te palestinien dont je te parlais l'autre jour

a �crit un tr�s joli po�me intitul� "Lettre � Dieu".

- Tu as �t� croyant, un jour? - Jamais.

Je t'ai d�j� dit que je ne me suis jamais confess�.

Je n'ai pas fait ma premi�re communion.

Chaque matin, je chante "L'Internationale".

C'est la religion des pauvres.

Parfois, je prie.

Je prie quand �a ne va pas comme je veux.

J'ai un rosaire... une litanie de tous les diables.

Mais pas toujours.

Tout le monde a ses moments de faiblesse.

Et c'est l� qu'il se tourne vers Dieu. Ou autre chose.

J'aimerais le voir, Dieu.

Savoir o� il est.

A quoi il ressemble.

Un jour, j'ai pos� une question � un cur�.

Tu sais ce qu'il a dit?

"Ecoute...

"Dieu ne se m�le pas des affaires des hommes."

J'ai demand� � ce m�me cur�

de m'expliquer le myst�re de la sainte Trinit�.

R�ponse: "C'est un myst�re."

Et �a le restera.

Il ne m'a donn� aucune explication.

Il n'en avait peut-�tre aucune.

J'ignorais

que tu avais travaill� dans un cimeti�re.

On construisait des niches fun�raires.

M�me au ch�mage,

je n'accepterais jamais un travail comme �a.

- Un travail, c'est un travail. - Oui, mais...

Tu sais, j'ai m�me fini par me glisser dans une niche

pour faire la sieste.

Quand tu es oblig�, tu finis par...

- Ne plus avoir peur. - Non, par manquer de respect.

�a, �a veut dire que je t'aime beaucoup.

Tu te souviens de �a?

Et de �a?

C'est pareil. Faut faire le geste en entier.

Je veux plus fumer.

C'est moi qui le fais, alors.

Regarde! Mets la langue comme �a.

Vers le haut.

On peut fumer � l'envers.

Salaud, va!

Je vais te pincer!

Facho!

Avec ton p�re, vous mettez � fond de la musique facho.

Bien s�r, le voisin d�barque et cogne.

R�sultat: Une semaine pour se remettre de la racl�e!

Y a qu'� toi que �a arrive, des choses pareilles, Ivan.

Toi et ta techno...

C'est pire que "Les tambours du Serengeti".

C'est la merde.

Bon sang...

La L�gion.

Pourquoi tu as choisi la L�gion?

Tu serais tellement mieux � la montagne.

C'est � cause de l'humidit�.

- De la pluie. - On ne peut rien y faire.

Un niveau... c'est pas fait pour donner des coups.

Non, bien s�r. Ni pour...

Quand tu auras le tien, tu feras ce que tu veux avec.

Quand tu auras le tien.

Putain de nom de Dieu!

Un jour, Abdel-Salam arrivera � construire une pyramide.

Tu es devenu un professionnel, Abdel-Salam?

Eh bien, peu � peu...

On ne na�t pas ma�on, hein?

Non.

Il ne pleut pas, il neige!

- II est droit? - Tu vas voir, s'il est droit.

Regarde. Oh, putain!

Tu as d�j� vu la neige?

- C'est la 1 �re fois? - Oui.

Je me rappelle, quand j'�tais m�me,

j'aimais regarder la neige.

Un gosse en djellaba, tu imagines?

Tu sais, la neige...

pour un petit gamin, c'est magique,

c'est fabuleux.

Tu sais ce que je faisais, � No�I,

ces derni�res ann�es?

Je prenais une cuite et... au lit.

Ce jour-l�, je me so�lais expr�s.

Je prenais une ou deux bouteilles de vin et...

Je ne sentais plus rien.

Moi aussi, je bois.

Pour oublier.

C'est �a, moque-toi de moi.

Mais ce que j'ai dit, c'est la pure v�rit�.

C'est une chose d'en parler, c'en est une autre de le vivre.

Pendant les f�tes, la solitude p�se davantage.

La solitude

te torture encore plus.

Regarde comme elle tombe.

- On dirait du coton. - Ou des plumes.

C'est la neige de la r�demption.

Ne me dis pas que tu es devenu � moiti� cur�!

Qu'est-ce que �a tombe!

La nuit, �a tient mieux.

C'est sous cette neige, par un temps encore plus froid,

que s'est faite une r�volution, la r�volution russe.

"Travailleurs de tous les pays!"

Tu as regard� "Le courrier du tsar", hier?

Bien s�r.

Je n'en ai vu qu'un bout.

J'ai d'abord regard� le foot,

et quand �a s'est fini,

j'ai regard� "Le courrier du tsar".

C'est la nature qui murmure � l'oreille de Barcelone...

Tu me casses la t�te!

Vous ne buvez pas, vous?

Bien s�r que si.

Ta religion l'interdit?

C'est �a! Ma religion va m'emp�cher de boire.

Je bois, oui. Enfin, je buvais.

L'apr�s-midi,

apr�s le repas,

le dimanche, � table,

je me buvais une bouteille de cognac.

Quand je quitte le chantier...

je m'enferme dans ma chambre.

Je ne connais m�me pas mes voisins.

- Et je m'en fiche. - II faut vivre avec les gens.

On prend tant de coups, dans la vie,

qu'on finit par se replier sur soi-m�me.

Mais � la longue, la solitude,

�a d�truit.

Ca rend aigri, aussi.

Ce soir, je rentre � Besos.

Demain matin, � 7 h, j'irai au march�.

Et apr�s, qu'est-ce que je fais?

J'en sais rien.

J'irai � la droguerie...

Et apr�s...

J'irai au march�. A l'�tage, il y a des puces.

J'irai y faire un tour.

Apr�s, je rentre chez moi,

vers midi et demi.

Je m'enferme et je ne bouge plus.

Jusqu'� ce que je retourne travailler.

Eh bien, je ne sais pas, mais si tu veux sortir...

Si tu veux venir avec moi, je t'inscris sur la liste.

Si tu veux faire la f�te, je te mets sur la liste.

La liste, tu sais bien.

Je connais plein de filles bien.

Je ne comprends pas: Je n'ai jamais dit � une femme

qu'elle �tait belle ou moche...

Je me d�brouille autrement.

Au Maroc, comme il y a moins de bars qu'ici,

les hommes abordent les femmes dans la rue,

au march�, etc.

Ils entament la conversation.

Je vais droit au but. Je suis trop direct.

Si tu �tais n� marocain, tu serais peut-�tre diff�rent.

Tu serais plus po�tique.

15 h. On y va.

On va ranger tout �a.

Bonne Ann�e!

Regardez-moi: Je change de tenue tous les jours.

Parce que je suis diff�rent des autres hommes.

- J'aime les beaux v�tements. - Mais c'est cher.

Vous pouvez ajouter un adverbe tr�s superlatif:

Ce n'est pas cher, c'est excessivement cher!

Regardez comment vous �tes attif�...

Vous �tes mieux habill� qu'un prince.

Tant mieux!

Et je bois de la Volldam, la bi�re la plus ch�re.

Je suis un homme raffin�, j'aime les bonnes choses.

Mais pour �tre raffin�, il faut beaucoup d'argent.

Attendez.

Je ne parle pas d'argent,

je dis qu'il faut flatter le palais.

Qu'est-ce que vous allez faire, � No�I?

Rester tranquillement chez moi et me faire un bon repas.

Comme chaque ann�e.

Et une bouteille de whisky avec du Coca.

- Si c'est possible. - En tout cas, j'essaierai.

Il faut.

Le whisky-coca, c'est le rituel annuel.

- Moi, je ne bois pas. - Moi non plus.

Je ne bois pas,

mais ce qu'ont les riches, je l'ai aussi.

Je d�pense pour mon plaisir.

J'ach�te des tas de choses. Ce cabas, par exemple.

J'ach�te des choses raffin�es.

Pourquoi vous n'avez pas de amie?

Je suis d�j� amoureux. De la mer.

J'aime la mer.

J'ai pass� ma vie � la regarder.

Elle est si belle...

Il faut la regarder des jours entiers

pour appr�hender son immensit� et la beaut� de l'univers.

14 jours � regarder la mer, de l'Europe � l'Am�rique...

Une beaut� fabuleuse. Il faut le voir pour le croire.

On perd la notion du temps, et de tout le reste.

On est heureux, on est seul, on regarde le ciel, la mer...

De jour comme de nuit.

J'allais � la poupe et je contemplais la mer.

Elle est tellement belle!

Maintenant, vous �tes un marin � terre.

Vous pouvez regarder les rues, voir la salet�...

J'ai des tas de choses. Des tas.

Regardez cette pendulette ancienne.

Je la vends. Elle est ravissante.

Il n'y a pas la cl� pour la remonter.

C'est �a qui manque?

Oui, la cl� pour la remonter.

Des choses raffin�es, extraordinaires...

M�me moi, �a me sid�re.

A quoi peut bien servir un objet pareil?

J'ai un autre r�veil. Un bon, � quartz.

Elle s'est arr�t�e, non?

Quelle heure il est?

Moins vingt. Il est � l'heure. Un autre caprice...

Ce briquet, ce n'est pas un faux.

Il est authentique.

Et la flamme est �quilibr�e en gaz et en prot�ines.

Elle s'use? Dans la vie, les choses sont l� pour s'user.

Le confort, �a se paye!

Ce n'est jamais gratuit.

C'est bon, j'entends.

Il s'allume, aussi?

Si on met du gaz, oui.

- II fonctionne au gaz, non? - Oui.

Encore un caprice.

Ca se met comme �a, sur le nez,

et �a sert � aller sous l'eau.

A faire de l'exploration sous-marine.

Ce sont des fantaisies!

Je veux que les gens sachent qui je suis.

M�me quand je m'explique, ils ne me comprennent pas!

Je parle des autres, pas de vous.

Vous n'�tes pas de ceux qui radotent,

qui ont toujours le m�me discours:

"Je ne suis pas comme �a.

"On est tous diff�rents."

Ce soir, il y a Zorro.

Vous voyez, �a, c'est un caprice:

�a prend bien le nez,

c'est rose ici, l�, c'est noir,

il y a des �lastiques

et �a permet d'aller sous l'eau.

Je me noierais, avec �a. L'eau doit rentrer de partout.

- Ce sont des caprices. - Je sais bien.

Ce sont des caprices de personne capricieuse.

Mais aussi des objets rares.

Oui, je sais. Vous vendez des choses bien.

J'ai de la chance, mais pas tant que �a:

J'ai trouv� ce briquet, ce r�veil, ce masque...

Mais je ne tombe jamais

sur un objet d'un demi-million ou d'un million de pesetas.

C'est plus difficile � d�nicher.

Mais il faut tenter sa chance. Qui ne tente rien n'a rien.

Derni�rement, on dirait qu'elle me sourit.

- J'ai trouv� 20000 pesetas. - Bon sang! O� ca?

Dans un bar. J'ai d�j� tout d�pens�.

Vous �tes rapide!

J'ai men� une vraie vie de pacha.

Je vous l'ai d�j� dit: Je d�pense beaucoup.

Je n'ai l'air de rien, comme �a, mais...

Je d�pense pour mon plaisir: Whisky, Coca,

une petite bi�re, des chips,

une bouteille de Volldam...

Allez!

Sainte Vierge!

Je ne peux m�me plus me baisser.

Vivement la fin de la journ�e.

Ce que je chante bien...

C'est dur d'�tre pauvre, de nos jours.

Tu comprends qu'un pauvre investisse

en Bourse?

Comment il peut investir s'il n'a rien?

Comment un pauvre peut jouer les riches,

avoir une mentalit� de riche?

C'est pas si grave que �a, voyons.

C'est grave de n'avoir aucune conscience de classe.

Ca veut dire qu'on est ali�n�.

J'ai mal � la t�te.

La nuit derni�re, tu n'as pas dormi.

La nuit derni�re, tu n'as pas ferm� l'oeil.

Tu sais ce que je faisais, � 2 h?

Je buvais.

Une insomnie...

C'est pas normal, �a. Tu es amoureux?

Ca, c'est le comble!

Cette fois, tu m'as achev�! Tu m'as mis K. -O.

Il y a des amours qui emp�chent de dormir.

J'ai vu que le plafond a d� �tre renforc�.

J'ai appris que votre m�re est d�c�d�e.

Qu'elle repose en paix.

- Mes condol�ances. - Merci.

On passe tous par l�.

On dit une chose qui est tr�s vraie:

Il est moins dur de mourir que d'attendre la mort.

Car on sait qu'elle est au bout du chemin.

La mort, c'est la fin de l'�go��sme.

C'est la fin de tout.

Je vais d�barrasser tout �a.

Dans mon r�ve, il y avait des pierres �normes.

J'en avais une � droite, une � gauche, une sur la t�te.

Elles m'�touffaient.

- Elles voulaient t'�craser. - Compl�tement.

Par la droite, par la gauche et par en haut.

Et celui-l�...

il s'arr�tait de battre.

Quand je me r�veillais...

je suffoquais.

Je tremblais. Et parfois, j'�tais en sueur.

Ce qui est terrible,

c'est quand le r�ve est si proche de la r�alit�.

C'est terrifiant.

Moi, dans mon r�ve, je voyais ma chambre, mon lit...

Je dormais.

La fen�tre...

et un fant�me.

Le fant�me essayait de se hisser pour me regarder.

Il ne regardait que d'un oeil, sa t�te �tait � moiti� cach�e.

Je me voyais dans le lit, en train de dormir.

Je voyais la fen�tre, le fant�me...

J'essayais d'ouvrir les yeux pour me d�fendre,

mais c'�tait peine perdue.

J'ai connu des r�veils terribles, aussi.

J'ai fait ce r�ve pendant presque un mois.

C'est affreux.

Il y a deux mois,

mon p�re �tait tr�s malade.

J'ai fait des cauchemars sans arr�t.

Sans arr�t.

- Qui a fait ces cloisons? - Un bras cass�.

Celle-ci irait peut-�tre, non?

Dans un appartement, il faut ce type de sonnerie...

Elles font toutes trop de bruit, non?

II va se tacher!

L'autre radiateur sera l�.

Etant donn� la disposition, il sera forc�ment sur ce mur.

A moins que la prise ne soit derri�re.

Non, elle est l�.

- Pour la d�coration, �a ira? - Ce sera parfait.

L'arriv�e de la lumi�re est ici.

A vous de tirer les fils o� vous voulez.

On doit caser un aquarium de 300 litres.

Et la cuisine...

Tr�s important, la cuisine.

- Pour elle. - Oui, c'est moi qui nettoie.

- Je te la tiens comme �a? - Oui.

C'est bon, mon coeur.

Quel bordel...

Prends la colle.

Mets-en des deux c�t�s.

- Pourquoi? - Par caprice.

Ca te pla�t?

Je pr�f�rais l'autre.

Vous pr�f�rez l'autre?

La vue est magnifique, pourtant.

Et c'est tr�s clair.

Elle est jolie, l'�cole.

Seuls les appartements en fa�ade ont cette vue.

On voit l'�glise, l'�cole...

C'est au nord-ouest, non?

Quand le soleil est tr�s fort, il faut baisser les stores.

Car le soleil ab�me les rideaux et le parquet.

Toi qui aimes peindre...

Merci pour tout. On prendra votre num�ro

et on vous contactera directement.

Ce quartier est charg� d'histoire.

On a trouv� des tombes romaines. C'est dire!

On en a parl� � la t�l�vision.

C'est une �cole?

- Ce n'est pas trop bruyant? - C'est tr�s gai, les enfants!

Avant, il y avait une usine, ici.

G�r�e par une famille.

La mienne.

Installez les prises de t�l�vision et de t�l�phone

de fa�on � pouvoir mettre votre meuble ici.

L�, il y aura votre table,

et ici, le radiateur. Le meuble sera forc�ment l�.

Merci de nous le dire.

Beaucoup de gens mangent dans la cuisine.

Moi, je d�teste �a.

Chacun est libre de faire ce qu'il veut,

mais si on a une salle � manger,

autant en profiter.

Je vais vous poser une question.

Le hall de la r�sidence sera-t-il ferm�?

- Sinon il y aura du passage. - II sera ferm�.

La fa�ade donne sur la rue San Pablo,

et � l'arri�re, il y aura une grille.

Personne ne pourra entrer.

Esp�rons que tout soit reconstruit un jour

et que la vue soit plus jolie.

Je ne veux pas voir de linge sur les balcons.

- La mairie l'interdit. - Vraiment?

Oui, en fa�ade.

Le voisinage, c'est tr�s important.

C'est fondamental. S'il est agr�able...

Il y a une terrasse?

II n'y a pas de terrasse.

Mais il y a un petit balcon. Voici le plan.

C'est ennuyeux qu'il n'y ait pas de terrasse.

Dans un pays m�diterran�en, ne pas profiter du soleil...

Ici, avec un peu de chance, on en aura.

- Ca me para�t difficile. - II y en aura un peu.

Heureusement que ce sera ferm�.

On ne verra pas cet immeuble... v�tuste.

Affreux, oui.

Sinon je n'en voudrais pas, de cette pi�ce.

Qu'est-ce qu'ils vont mettre? De l'aluminium?

Ou des briques de verre?

Si c'est de l'aluminium, vu que c'est en demi-cercle,

je suppose qu'il y aura un, deux,

trois, quatre panneaux. Un rideau en demi-cercle.

Comme au th��tre... autrefois.

Ca s'ouvrira par le milieu.

Il y a un contr�le vid�o des entr�es.

Je verrai qui sonne. "C'est qui? J'ouvre pas."

Ah, la technologie!

Parfait. C'est moi qui te le dis.

Regarde. Impec.

- Ca fait quelle surface? - 97,36 de surface utile.

Plus le balcon, qui fait 2,07 m�tres carr�s.

La surface construite est de 111,47 m�tres carr�s.

Certains sont tout en fa�ade...

La baie vitr�e, la lumi�re... Cet appartement est ravissant.

Et il a son charme.

Dis bonjour au monsieur. On sera peut-�tre voisins.

Dis bonjour.

Il t'ignore!

Plus fort!

II ne te voit pas.

Un peu distrait, ce monsieur. Laisse tomber, Maite.

Regarde, il te fait signe, maintenant.

- D'un chantier � l'autre! - Oui.

Tiens, on pourrait rester onze mois ici

avant d'�tre encore vir�s.

- Ton p�re devrait te porter... - II peut pas.

Je sais. Tu l'as dit toi-m�me, qu'il avait une patte folle.

- II se bagarre, pourtant. - Oublie-le.

Et pourquoi �a?

Mon p�re se bat avec ses deux pieds.

On approche de ma vieille maison.

Dis au mec de te prendre sur son v�Io. Vite!

Remonte-moi ou je tombe.

Je me tape tout le boulot, enfoir�!

Salaud, va... T'inqui�te, je t'aurai un jour.

Je te jure que tu vas me le payer.

Adieu, ma maison!

Adieu, maman!

Adieu, tout �a!

Piti�!

Je suis costaud, mais l�, c'est trop.

Regarde la trotte que je me suis pay�e!

Faut soulever les jambes, esp�ce de feignant.

Tu veux que je te porte?

Traduction: Catherine LEBRUN

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