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Zulu
Dans le système judiciaire, les citoyens sont représentés...
par deux organismes d'égale importance.
La Police, qui enquête sur les crimes...
et le Ministère Public, qui poursuit les contrevenants.
Voici leurs histoires.
J'ai déjà eu du mal avec le permis.
Votre matériel est sur la voie publique.
Vous avez une bonne pension ? Je peux contribuer ?
Ronnie, il veut nous soudoyer.
Pourquoi vous me faites ça ?
Eh, les flics. Venez voir !
On défonçait cette cloison...
un de mes gars matte, et voit ça.
Ça pourrait être un animal.
Ouais.
Un animal bipède et doué de parole.
Appelle le QG, Ronnie.
Tout de suite.
Jeune... huit, neuf ans.
Que s'est-il passé ? Le gamin est tombé ?
Énorme fracture du crâne.
Ça a pas l'air d'une chute.
Plutôt un coup. Et pas une caresse.
Garçon ou fille ?
Garçon. Neuf ans, à mon avis.
Il portait un badge "Votez Kennedy" à sa veste.
Ce gosse est derrière ce mur depuis 31 ans.
- 30 ans ? - Grosso modo.
Qui peut faire un truc pareil ?
Des gosses. Une bagarre qui tourne mal.
Un exhibitionniste. Va savoir ?
Quand un gosse meurt, c'est souvent Papa ou Maman.
Avant 74, l'immeuble appartenait à une société.
Banqueroute. Pas de liste de locataires. Vous voulez enquêter là-dessus ?
Aller voir aux personnes disparues ? Ça vaut le coup.
Vous allez vous esquinter les doigts. Pas d'ordinateur avant 1974.
Les enfants portés disparus, entre 1958 et 1964.
- Ça fait beaucoup. - Vous trouvez ?
Prenez n'importe laquelle des années 80... Ça, à côté, c'est rien.
Que leur arrive-t-il ?
Une chose et sûre...
ils s'envolent pas par la fenêtre avec la fée Clochette et Peter Pan.
Sept ans... Juin, 1962...
disparu à Staten Island.
Mon Dieu.
- Il nous faudrait un voyant. - Cherche encore.
Après six heures, je sais même plus ce que je cherche.
Tu veux un chausson ou un beignet ?
Quand tu vois tout ça...
t'as l'impression qu'ils oublient leurs mômes comme on perd son parapluie.
Un chausson... fourré aux fraises.
J'ai trouvé !
Mâle, huit ans.
Porté disparu le 6 octobre 1962.
Keegan, Thomas...
vivait en face du 596 E, 84e rue.
On a le rapport du dentiste ?
Qui a enquêté sur cette affaire ?
Le sergent Dominick McFaddenn...
et l'inspecteur Joe Shelby.
Super.
Une de vos affaires.
Tony DeCecco, j'ai lu les journaux. Son frère s'est fait descendre.
Un enfant disparu, en 1962.
Keegan, huit ans. Cheveux bruns, yeux verts, 1 m35...
cicatrice au dessus de l'oeil gauche.
À cause d'une chute dans l'escalier à l'âge de 6 ans.
On dirait que vous venez de lire le dossier.
Déjà eu ce genre d'affaires ?
Mon équipier, Shelby, avait pris sa retraite en Floride.
Il m'appelait deux fois par an pour en parler.
Ça le travaillait toujours.
Bon enquêteur. Cancer de la prostate. 68 ans seulement.
- Vous rouvrez l'affaire ? - On a trouvé le gosse.
Un squelette dans une cave. À deux pas d'où il vivait.
On se doutait que c'était quelqu'un du quartier.
Il y avait un couple gay dans le dossier ? Mes notes devraient y être.
Deux types... 30, 40 ans. Ils vivaient dans le coin.
Connors, Conway, quelque chose comme ça.
L'autre type... Un nom allemand.
Vous avez rien pu prouver ?
Son père était mort. Vous avez trouvé la mère ?
Elle était enseignante. Au lycée, dans le West Side.
Les professeurs prennent leur retraite tôt.
Après 20 ans, ils achètent une maison à Woodstock et oublient.
Keegan, Beverly.
- Doris. - Voilà.
Keegan, Doris, à la retraite depuis l'an dernier.
Son adresse ?
718 Rue Penrose, à Fort Lee, dans le New Jersey.
DOMICILE DE DORIS KEEGAN 718 RUE PENROSE - VENDREDI 23 JUIN
Quand Tommy a disparu, j'ai souffert.
Mais là où j'ai souffert le plus, c'est quand j'ai perdu espoir.
De temps en temps, je pense à l'âge qu'il aurait.
À ce qu'il ferait... Ils serait peut-être marié.
Il aurait des enfants. Mes petits-enfants.
Vous souvenez-vous qui vivait au 583 ?
Ça fait longtemps.
Et ce jour-là...
J'étais en maîtrise.
J'ai quitté ma classe. Je suis allée chercher Tommy.
Il était dans la cour.
Il disait qu'il allait jouer avec ses copains.
Je l'ai même pas embrassé. Je voulais pas l'embarrasser.
Je l'ai jamais revu.
Il est rentré accompagné, ce jour-là ?
J'ai appelé les hôpitaux...
tous les parents d'élèves... La police.
J'ai mis des années à déménager.
Je voulais être là. Au cas où il reviendrait.
Mme Keegan...
les deux hommes qui vivaient dans le quartier ?
Ceux que la police a suspectés ? C'était eux ?
- Vous vous rappelez leurs noms ? - Non.
Je pensais jamais les oublier.
Mais j'ai compris après un temps...
que si on oublie pas, on peut pas vivre.
Oui, oui, merci.
Pas d'annuaire inversé avant 1965.
Si on veut savoir qui vivait dans cet immeuble...
on va devoir sonner à de nombreuses portes.
Oui, vous avez une adresse ?
Merci.
OK, 1962. La compagnie d'électricité a un abonné de l'immeuble.
Compte toujours ouvert, adresse différente.
Carl Lawler... Rue Perry.
- C'était notre premier appartement. - C'était minuscule.
- À peine la place pour un lit. - La police est venue ce soir-là.
Nous étions au travail. On a rien pu leur dire.
Qui d'autre vivait dans l'immeuble ?
Un couple dans le duplex. Ils avaient une fille.
- Tu les connaissais. - Il travaillait dans les assurances.
Catherine Messimer. J'ai oublié son prénom à lui.
Et l'autre appartement, à votre étage ?
Dorfman et Conover.
- Pas mariés ? - Deux hommes... un couple.
On s'est demandé, et on s'est dit que c'était terrible de les suspecter.
Vous les avez revus ?
Herald House, l'éditeur. C'est là qu'ils travaillaient.
Ed Conover était éditeur. Ils nous ramenaient des livres, parfois.
J'ignore où ils sont aujourd'hui. Ils ont quoi... 70, 75 ans ?
C'est comme chasser des fantômes. Après 30 ans, les gens disparaissent.
Dorfman, l'un des deux types... Mort il y a neuf ans.
Conover est parti, pas de trace chez l'éditeur.
Beaucoup de Conover dans l'annuaire, mais pas notre Ed.
- Les rapports de police ? - T'espérais un braquage ?
- Rien. - Allez voir l'autre couple.
Les Messimer, pas dans l'annuaire.
Allons voir la compagnie de téléphone.
Plaza-5.
- Butterfield-8. - Elizabeth Taylor et Eddie Fisher.
Les numéros avaient encore des noms, à l'époque ?
Mes parents, c'était Lexington-2, mon oncle, Chelsea-3.
- Voilà 1967 et 1968. - Merci.
Messimer, Thad, vivait encore là-bas en 65.
Plus en 67. 391, Central Park Ouest.
Messimer est parti depuis longtemps.
Qu'ont dit les Lawler ? Il était assureur ?
Super. Ya plus de 2000 compagnies d'assurance.
Leur fille... Elle pourra vous aider.
Ils lui ont donné l'appartement. Mlle Atkinson, 14A.
Atkinson. J'ai gardé le nom de mon ex-mari.
Vous avez grandi sur la 84e rue.
Oui.
Ce petit garçon, Tommy Keegan.
Vous vous souvenez de lui ?
Des années après sa disparition, j'avais peur de sortir sans mes parents.
Huit ans et toujours accrochée à un adulte.
Ça va ?
Oui, ça va. Excusez-moi, j'ai besoin d'un verre d'eau.
- On peut appeler une ambulance. - C'est inutile.
J'ai eu un malaise en voyant la photo. En pensant à la mort de Tommy.
Tout le monde se doutait... Il était clair qu'on l'avait tué.
C'est pas le cas ?
Pourquoi poser ces questions aujourd'hui ?
On a trouvé ses restes dans la cave de l'immeuble où vous avez grandi.
Mon Dieu.
Vous vous souvenez de cette journée ?
La police m'a interrogée après sa disparition.
On a dû jouer ensemble. Je suis sûre de l'avoir vu...
Ça fait si longtemps.
Connaissiez-vous les deux hommes qui vivaient aux quatrième ?
Ils s'appelaient Dorfman et Conover.
Je suis désolée.
Je crois qu'ils donnaient des livres à Tommy.
Vos parents, ils s'en rappellent ?
Ils ont quitté la ville pour Harrison. Ils y ont une maison.
- Dans la cave ? - Pas étonnant qu'elle se soit évanouie.
Nous devrions l'appeler.
C'était terrible. On imagine que ça pourrait être son enfant.
Oui.
- Et le couple du dessus ? - Les Lawler.
Carl et... C'était quoi son nom, Julia, Jane ?
L'autre couple.
À cette époque, on appelait pas ça un couple.
On voudrait pas dire du mal d'eux, ce qu'ils étaient, mais...
Dis-leur, Thad.
Six mois plus tard, le plus jeune des deux...
- Comment s'appelait-il ? - Conover, Ed.
Il a travaillé pour un centre de jeunesse.
Une église sur la 93e. St. Lucius.
On a entendu dire...
qu'il avait fait des avances à un garçon.
Le garçon qui a fait ces accusations... il avait des problèmes.
Je le pensais. Il avait entendu parler de l'autre affaire.
Il avait besoin d'attention.
Vous pensez que Conover était innocent ?
Dans l'affaire du garçon disparu ? Il a pas été inculpé.
Ça signifie qu'il est innocent.
Révérend, pourquoi vous jugez-nous au lieu de nous aider ?
C'était un bon moniteur pour ces gosses.
Mais pour les gens, pour beaucoup d'entre eux, il était automatiquement coupable.
Vous avez gardé le contact ?
Il y a 30 ans, les soupçons ont presque détruit sa vie.
- Vous voulez lui faire revivre tout ça ? - S'il est coupable, oui.
- Et s'il est innocent ? - Il a déjà survécu une fois.
Trois rues plus bas. L'hospice Carrington.
Mais vous connaissiez le petit Keegan ?
Je sais ce que vous insinuez.
Tous les pédés s'attaquent aux enfants.
Vous devriez savoir que les flic savent...
que la plupart des pédophiles sont hétéros.
- Pourquoi ne nous aidez-vous pas ? - J'ai rien à vous dire.
On peut vous assigner.
- Je prendrai un avocat. - Parlons de la cave.
Vous voulez la vérité ?
Tommy...
On l'a amené là-bas, on l'a torturé et tué.
- On s'en faisait un par semaine. - À mourir de rire, M. Conover.
Devinez ce qui n'est pas drôle non plus... vous ! Allez au diable !
70 ans ? Le dernier aussi vieux... était un Nazi, c'était pour l'Immigration.
Celui-ci devrait être aussi facile à condamner.
Tu lui as fait tirer l'as de pique ?
Il avait accès à la cave et connaissait le gosse.
J'ai parlé de lui à Julie Atkinson, elle a fait une drôle de tête.
Elle s'est embrouillée.
Tu dis qu'elle sait qu'il a tué le gosse mais veut le protéger. Pourquoi ?
- Conover a réagi comment ? - Il nous a envoyés au diable.
Il a la langue bien pendue. D'autres idées ?
Voyons ce que dit Atkinson. Si elle a vu quelque chose.
Merci.
Je comprends pas. L'affaire n'est pas close ?
Il n'y a pas de prescription pour un homicide.
Vous disiez ne pas savoir s'il s'agissait d'un crime.
Nous aimerions que vous nous suiviez pour parler de ce qui s'est passé.
Une piste peut venir de n'importe où.
Je suis désolée. Nous sommes débordés en cette période.
D'accord.
Le gosse est mort depuis 30 ans.
Encore un cas non résolu.
Ya que la mère qui s'en fout pas.
Merci quand même.
Que je la contacte moi. C'est inconvenant.
On l'a bousculée. Ça n'a pas marché.
C'est inconvenant et inefficace. Elle doit me faire confiance.
Si on parvient pas à coincer Conover...
on enterrera ces os en même temps que l'affaire.
Logan, une dame pour toi.
Vous avez dit que je pouvais aider.
Oui. Merci d'être venue.
J'aimerais vous présenter quelqu'un.
Mlle Atkinson, voici le Dr Olivet.
C'est une psychiatre travaillant pour la police.
Bonjour.
Bonjour.
Au début, elle se rappelait même pas avoir vu le gosse.
- Et Conover ? - Rien.
Elle a comme une image récurrente. Rouge et bleue.
Elle y est revenue deux fois sans savoir ce qu'elle signifie.
Le petit Keegan portait quoi ?
Chemise verte, pantalons kakis, baskets noires.
- Alors, elle est cinglée ? - Sévèrement, même.
Elle dit qu'elle a jamais vu de psy ?
Elle dit aussi qu'elle est heureuse.
Et l'hypnose ?
C'est incertain et difficilement admissible au tribunal.
Pas si elle ne se compromet pas.
Si on peut corroborer, pas besoin de témoignage.
Si on l'hypnotise, on risque d'avoir besoin d'elle ensuite.
Elle acceptera pas de témoigner.
- Elle va revenir ? - On a ouvert une vanne.
Peut-être voudra-t-elle la refermer.
Peut-être, peut-être.
À mon avis, elle veut savoir.
- Le rouge et bleu, pas d'idée ? - Vous en savez autant que moi.
Rouge et bleu ? Vous plaisantez.
Jamais quand j'enquête sur un meurtre.
Ça peut-être n'importe quoi.
Des habits, des jouets, le drapeau américain.
Le jour de la disparition de l'enfant...
est-il arrivé à Julie quelque chose d'inhabituel ?
Une soirée ordinaire. J'avais une réunion de parents d'élèves.
Je suis rentré du travail, j'ai couché Julie. Elle avait pris froid.
Si vous pouviez la convaincre de revenir nous parler...
Nous...
je doute que nous puissions la convaincre.
Notre psychiatre pense que Julie sait quelque chose, mais inconsciemment.
Nous ne demanderons pas à Julie de faire une chose qu'elle ne veut pas faire.
Si Papa dit que j'avais pris froid, c'est vrai.
C'est beau, les orchidées. Mais ça demande beaucoup de soin.
Accordez-nous encore une heure.
Inspecteur, à huit ans, j'avais un amoureux.
C'était Tommy. Mais je peux pas vous aider.
Le rouge et bleu, c'était quoi ?
Vous vouliez que je rencontre le Dr Olivet, je l'ai fait.
Mme Atkinson, un enfant est mort.
Il y a 30 ans.
C'est vrai. Mais si c'était hier ?
Rendez-nous ce service. Essayez encore.
Une dernière fois.
BROADWAY ET LA 4E RUE LUNDI 10 JUILLET
Vous êtes venue ici le jour de la disparition de Tommy ?
En rentrant de l'école.
Vous avez commencé à marcher ?
J'ai caché un bonbon...
Papa n'aimait pas que j'en mange avant le diner.
Tommy avait une balle de base-ball. Non, non, un ballon.
Il jouait avec Ed.
- Conover était là ? - Non.
Il était assis sur les marches quand on est arrivé.
Je détestais ça.
Pourquoi donc ?
Quand il était assis là, je devais le contourner.
Il a dit quelque chose ?
Non, c'est juste... Je sais pas.
Il me faisait peur, me rendait mal à l'aise.
- Et que s'est-il passé ? - Nous sommes entrés chez moi.
Ma chambre était juste là.
Mon coffre à jouets était à côté de la porte.
Vous avez diné ce soir-là ?
Maman avait dû préparer quelque chose. Elle faisait souvent ça.
Vous vous êtes sentie mal et vous êtes allée dormir ?
Mon pyjama était toujours accroché au dos de la porte.
J'ai dû aller aux toilettes.
Je voulais me brosser les dents.
Oui, la salle de bains... était juste là.
Non.
Oh, mon Dieu.
Qu'y a-t-il, Julie ?
Le rouge et le bleu.
Qu'est-ce que c'est ?
Le pull.
Quel pull ?
Le pull de Papa.
Il le lave dans la baignoire...
et il est couvert...
de sang.
Sa fille, des os dans une cave, rien d'autre ?
- Je parie que le père est un pervers. - Sans casier judiciaire.
La psy croit ce que dit la fille.
Inculpez-le, il aura peur et avouera tout.
Ou il attaque la ville pour arrestation abusive...
et le procureur général doit le blanchir.
Je suis Messimer, ma femme a 65 ans...
ma fille ne me parle pas, et je risque la prison à perpétuité.
Je fais quoi ?
Je file au Costa Rica m'amuser avec des poules de 20 ans.
Arrêtez-le. Confisquez son passeport.
Je veux parler à Olivet.
Je dis pas que sa santé mentale est parfaite.
Elle risque pas de se faire interner ?
D'après ce que je sais...
son père s'en est servi comme d'un yo-yo...
marchandant son affection, la contrôlant comme un robot.
Mais elle fonctionne.
Construire le dossier sur elle, c'est de la corde raide, sans filet.
J'ai fait des erreurs. Pas cette fois.
- Vous voulez pas poursuivre ? - Sauf s'il l'a fait.
- Elle dit la vérité. - Et comme témoin ?
Le jury la croira ?
On risque quoi ? Elle va s'effondrer à la barre ?
Tout est possible.
Nous voulons juste vous faire comprendre que témoigner ne sera pas facile.
C'est pas facile d'être moi, témoignage ou pas.
S'il vous plaît, Mme Atkinson, mettez-vous à la place du jury.
Que voyez-vous ? Un enfant attaquant ses parents.
Depuis combien de temps ne les voyez-vous plus ?
À l'âge de 28 ans, je suis partie vivre à Chicago.
Je me suis mariée, j'ai divorcé.
Je suis rentrée, mon père a dit, "J'te l'avais dit".
Ensuite, je suis partie vivre à San Francisco.
Je me suis mariée, j'ai divorcé. Je suis rentrée.
Mon père a dit, "Quand m'écouteras-tu ?"
Il y a deux ans, je suis rentrée pour la dernière fois.
J'ai arrêté de parler à mon père.
J'ignorais pourquoi.
Aujourd'hui, je commence à tout comprendre.
Je m'inquiète pas uniquement pour vous.
On poursuit votre père, si on se trompe, on passe pour des irresponsables.
J'ai dit que je témoignerais.
Il sera dit dans les médias et à l'audience que vous êtes malheureuse...
surmenée, et vindicative.
Je suis peut-être pas heureuse.
Je le serai peut-être jamais.
Mais je survivrai.
- Elle invente, M. Stone. - Nous sommes obligés d'enquêter.
Aux dépens de la réputation de mon client ? Cet homme a vécu une vie exemplaire.
Ou il s'est juste jamais fait prendre.
Vous croyez que j'ai tué un gosse de huit ans ?
Nous aimons vraiment notre fille, mais Julie a eu des difficultés.
C'est n'importe quoi.
Vous risquez un procès pour inculpation abusive.
Notre dossier semble solide, nous prenons ce risque.
Et le risque pour Julie ?
Tout ce que je vois ici est une perversion du système...
une perversion de votre charge, et une mise en danger de ma fille.
Et la maltraitance d'un enfant, Tommy Keegan.
Thad.
Si je lis une ligne sur ça dans les journaux...
Catherine.
Que les journaux n'en parlent pas.
Un procès n'est jamais bon pendant une année d'élections.
T'as trouvé quoi ?
La Prévoyance Vie et Catastrophes.
Il s'est fait virer, ils veulent pas en parler.
- Je vais demander à Adam de les appeler. - T'as des doutes sur sa culpabilité ?
Si j'en avais, j'en ai moins maintenant.
PRÉVOYANCE VIE ET CATASTROPHES MERCREDI 26 JUILLET Vous étiez vice-président à l'époque ?
Vous deviez être bien jeune.
Vous connaissiez bien Messimer ?
Vous comprenez que cette discussion n'est pas officielle ?
Si vous m'assignez, je répèterai rien sous serment.
- Je veux pas être poursuivi. - Messimer ?
Il était pas très causant. Il était discret.
Vous l'avez renvoyé vous-même ?
Au cours de réunions, avec d'importants clients...
ça se voyait pas vraiment mais...
les bonbons ne couvraient plus l'haleine.
Il ramenait toujours des contrats.
Certains types se noient dans l'alcool, d'autres parviennent à nager.
- Qui le connaissait bien ? - Il avait un compère. Gil Lindon.
Viré, lui aussi.
Ils disaient jamais "viré". Pas en face.
Ils appelaient ça "accord réciproque".
Dites-moi, Messimer a des ennuis ?
Pour lui aussi c'était un accord réciproque ?
Il pouvait vendre de la glace à des Esquimaux.
Même après avoir bu quatre verres au déjeuner.
Il avait d'autres problèmes ?
Comment disent-ils ? On agit bien quand c'est trop tard.
Nous buvions.
Pour ma part, j'ai arrêté. C'est derrière moi.
C'est le moment de bien agir, M. Lindon.
Dites-moi, qu'avez-vous contre Messimer ?
Des gosses ?
C'était juste avant qu'on passe nos "accords réciproques".
Nous revenions de chez un client. Gare de Stanford.
Thad va aux toilettes, tarde à revenir.
Je vais le chercher, il y a un flic.
Un gamin de 14, 15 ans...
dit que Messimer lui a fait des avances.
Ça donne un mobile. Il aurait agressé Tommy et l'aurait tué.
- C'est dans les archives du Connecticut ? - Sous scellés.
- Fais lever les scellés. - La plainte a été retirée.
Je prépare une assignation à comparaître. Le gamin s'appelle Joseph Kelly.
Il est administrateur à Mercy Hospital.
Va le voir.
C'était pas que lui, je lui avais fait de l'oeil.
J'avais envie qu'il me drague.
Ya jamais eu de procès.
Mes parents se doutaient que j'étais homo.
Je traînais souvent vers la gare.
Si les voisins l'avaient su...
Il paraît que vous vouliez pas témoigner ?
Quand j'étais jeune, je suis allé voir un psy.
Il disait que ces types s'intéressent pas au sexe.
C'est le pouvoir qu'ils veulent.
Garçon ou fille, souvent ça compte même pas.
Ils cherchent quelqu'un qu'ils peuvent dominer.
M. Kelly, vous souvenez-vous ce qu'a fait Messimer ?
Il m'a proposé 20 $. J'ai failli dire oui.
Yavait un truc dans son regard... Même gamin, j'ai su.
Quand j'ai refusé, il est devenu furax.
Il m'a pris le bras, m'a offert 50 $.
Plus je disais non, plus il avait l'air dingue.
Tout ça est très intéressant mais inutilisable au procès.
Messimer n'a jamais été condamné.
- J'arriverai à le mentionner. - Comme un mode de comportement ?
Pas une chance.
Même s'il avait été condamné, on n'est pas à Palm Beach.
On peut pas utiliser les antécédents.
Et sans ça, on n'a pas de mobile.
Ils sont obligés de parler de sa personnalité...
et là, on fait témoigner Kelly.
La réputation de citoyen respectable de Messimer est leur seul atout.
On opère sur quel principe, là ?
Doug Greer est idiot ? Messimer est un imbécile ?
Il a dû raconter ça à Doug.
Ils vont appeler aucun témoin de moralité ?
Il refuse de se défendre.
20 contre un qu'il essaye même pas.
Combien de fois l'a-t-il fait sans qu'on l'apprenne ?
Une agression, c'est explicable...
mais deux fois, c'est une compulsion. Il faut l'arrêter.
Passez-moi ça.
Merci. Allô ?
Oui.
C'est Olivet. La mère a parlé à Julie. Elle veut plus témoigner.
Liz, pouvez-vous la faire venir ?
OK, dans deux heures.
Je sais ce que j'ai dit et je me suis trompée.
Que vous a dit votre mère ?
Que mes souvenirs doivent être embrouillés.
Que mon père m'aime et souffre à cause de moi.
Vous vous souvenez l'une de l'autre ?
Mme Keegan.
Vous êtes ravissante, Julie.
Mme Keegan, je...
- J'ai besoin de votre aide. - Je peux pas.
Il a tué Tommy.
Votre père peut plus vous faire de mal.
Le seul pouvoir qu'il a sur vous est celui que vous lui donnez.
Je vous en prie.
Affaire numéro 45721, le Citoyens contre Thaddeus Messimer.
Inculpation pour homicide volontaire.
Comment l'accusé plaide-t-il ?
- Non coupable. - M. Robinette ?
Votre Honneur, la situation économique de l'accusé...
présage d'une forte possibilité de fuite.
Nous demandons que la caution soit fixée à 500 000 $...
et que l'accusé remette son passeport.
Votre Honneur, les informations du procureur sont...
disons, pour le moins légères, sa demande est exagérée.
M. Greer, votre client remettra son passeport au greffier.
Pas d'objection. Mais, dans ce cas, la caution...
300 000 $, la moitié en liquide, et l'autre en obligations.
Affaire suivante.
- Ça va trop loin. - Cette affaire est ridicule, Ben.
N'importe qui aurait pu entrer dans cet immeuble.
Attendez une minute, vous tuez un enfant...
le traînez dans une maison, le cachez derrière un mur...
Je dépose une motion de non-lieu.
Nous irons devant la chambre d'accusation.
Je demande l'infirmation.
Ma fille...
est aussi charmante et douce...
qu'elle est dérangée.
N'empirez pas son état.
Cessez de la manipuler, elle ira peut-être mieux.
Dérangée ou pas, le jury la croira.
Vous savez ce que ce procès fait à cet homme ?
Épargnez-lui cette horreur. Homicide involontaire, de huit à 25 ans.
- Vous n'êtes pas sérieux. - Un crime vieux de 30 ans...
et un dossier sans aucune preuve digne de ce nom ?
Il n'y a rien de digne dans cette affaire.
Ni les preuves, ni le crime, ni l'accusé.
Votre témoin clef... je compterais pas trop sur elle.
Vous savez où elle était, l'été dernier ?
À Bellevue. L'hôpital psychiatrique.
Vos déclarations, vos souvenirs...
votre attitude envers vos parents, tout sera mis en doute.
Pardonnez-moi. Un séjour en hôpital psychiatrique, c'est embarrassant.
Un procès, c'est embarrassant. Pour votre père et pour vous.
Je peux le supporter.
C'était un épisode transitoire. Elle n'y a passé que trois semaines.
Si le jury entend parler de paranoïa, de dépression suicidaire...
et ils portent jugement.
Cette crise m'a beaucoup aidée.
Tout ce que j'avais refoulé a commencé à sortir.
Julie, vous avez d'autres choses à nous dire.
Pour votre propre protection.
C'est mon père qu'on juge, pas moi.
C'est la crédibilité de votre témoignage que l'on jugera.
Vous connaissez tous mes secrets, M. Stone. Ceux de mes parents aussi.
COUR SUPRÊME - SESSION 53 JEUDI 26 OCTOBRE
Le crâne avait une fracture latérale de 1 2 cm de long.
Aurait-elle pu être causée par une chute, un accident ?
Non, le crâne a été frappé directement avec un objet.
Merci. Le témoin est à vous.
Si un garçon s'était faufilé derrière le mur...
et qu'une brique ordinaire, comme celles trouvées près des restes de la victime...
était tombée de trois mètres... aurait-elle pu causer une telle fracture ?
- C'est possible... - Merci, pas d'autres questions.
- Possible, mais très improbable. - Pas d'autres questions.
Il n'a pas vraiment eu de père.
Tommy avait quatre ans à la mort de mon mari.
Votre fils avait-il des relations avec l'accusé ?
Je m'inquiétais du manque de figure paternelle pour Tommy.
J'étais heureuse de voir Thad bien s'entendre avec lui.
Qu'avez-vous personnellement vu...
des relations entre votre fils et l'accusé ?
Thad lui donnait une tape sur la tête...
en lui disant qu'il était costaud.
Qu'il pourrait devenir joueur de football.
Il l'a emmené voir les Giants, une fois, avec sa fille.
Tommy est rentré avec l'autographe d'un des joueurs.
Merci. Pas d'autres questions.
Mme Keegan...
avez-vous parlé à la police des relations entre M. Messimer et votre fils ?
Non. Pourquoi ?
- Elles n'avaient rien d'inhabituel ? - Non.
Pourquoi avez-vous changé d'avis ?
Rien ne m'a fait changer d'avis.
Tommy s'est-il jamais plaint après avoir été avec M. Messimer ?
- Semblait-il troublé ? Renfrogné ? - Non.
Étiez-vous proche de votre fils ? Se confiait-il à vous ?
Comme un enfant à ses parents.
Merci, pas d'autres questions.
Non, attendez ! Vous essayez de faire passer ça pour...
- Votre Honneur. - Le témoin peut disposer.
J'avais confiance en Thad. Je savais pas...
Mme Keegan, descendez s'il vous plaît.
Le refoulement est un mécanisme psychologique bien compris.
Les souvenirs trop douloureux sont rejetés dans l'inconscient.
Expliquez-nous la résurgence de souvenirs refoulés depuis de longues années.
Quand une personne grandit...
et devient psychologiquement capable d'affronter l'épisode traumatique...
les souvenirs ressurgissent.
Merci. Pas d'autres questions.
N'arrive-t-il pas souvent que l'on se souvienne...
de choses ne s'étant jamais produites ?
Parfois.
Mais les souvenirs refoulés d'épisodes traumatiques sont souvent véridiques.
Connaissez-vous les travaux d'un psychiatre nommé Abraham Trigonis ?
Oui.
Expliquez à la cour sa théorie sur les souvenirs d'enfance.
Le Dr Trigonis pense que ce qu'un adulte se souvient de son enfance...
est en fait une sorte d'amalgame de fantasmes et d'accomplissement de désirs.
Vous avez dit que les souvenirs d'enfance des adultes sont vrais.
J'ai dit que les souvenirs refoulés d'épisodes traumatiques sont véridiques...
surtout quand s'en souvenir éveille un nouveau traumatisme.
Souvenirs refoulés ? Souvenirs d'adultes ?
Tout cela semble bien abstrait.
Pas d'autres questions.
C'est du chantage.
C'est vous qui vouliez nous rencontrer.
Pour épargner d'autres souffrances à sa fille...
M. Messimer accepterait un marché avec archives sous scellés.
M. Messimer connaît bien les archives sous scellés.
Poussez pas, Ben, je détruirai cette femme à la barre.
Oh, je comprends. Il tient à elle mais vous la détruirez.
Homicide par imprudence. Pas de prison.
Par de prison pour le meurtre d'un enfant ? Qui fait chanter qui ?
Homicide involontaire, même offre.
J'aime ma fille...
mais je n'irai pas en prison pour un crime que je n'ai pas commis.
COUR SUPRÊME MERCREDI 1 ER NOVEMBRE Elle va arriver, détendez vous.
Si elle s'effondre à la barre, on est foutus.
Pourquoi pensez-vous qu'elle fait ça ?
Sa crise date d'il y a un an.
Espérons que ça n'en déclenchera pas une nouvelle.
Ça va ?
Mon père m'attendait hier soir, en bas de chez moi.
Il m'a implorée de ne rien dire.
Il disait que ce serait mieux pour moi. Pas pour lui, pour moi.
Pendant toutes ces années, je me suis demandée pourquoi j'allais mal.
Ça ira.
Pourquoi avez-vous recherché une aide psychiatrique ?
J'étais déprimée. Je pensais au suicide.
N'avez-vous jamais été hospitalisée pour troubles émotionnels ?
Il y a un an, pendant trois semaines.
Je souffrais d'hallucinations paranoïaques.
- Vous avez toujours ces troubles ? - Non.
Mme Atkinson, dites-nous ce qui s'est passé...
le jour de la disparition de Tommy Keegan.
Tommy et moi sommes partis ensemble de l'école...
on s'est arrêté acheter des bonbons, et nous sommes rentrés.
Maman était au travail, et Papa m'attendait à la porte.
De quoi d'autre vous souvenez-vous ?
Je ne me sentais pas très bien, je me suis couchée tôt.
Mon père m'a apporté un lait chaud et je me suis endormie.
Je me suis réveillée pour aller aux toilettes...
je voulais me brosser les dents. J'ai traversé le couloir...
et la porte de la salle de bains était entrebâillée.
J'ai entendu l'eau couler.
J'ai ouvert la porte...
et j'ai vu...
J'ai vu...
Qu'avez-vous vu ?
Mon père...
agenouillé devant la baignoire...
en train de laver un pull-over bleu.
Le pull était couvert de sang...
ses mains étaient couvertes de sang.
J'ai dit, "Papa, tu t'es blessé ?"
Je voulais qu'il me dise que tout allait bien.
Qu'a-t-il fait ?
Il s'est tourné vers moi.
Il avait du sang sur le visage.
Il me regardait comme s'il allait me frapper.
Il ressemblait à un monstre dans un film, ses yeux étaient exorbités.
Il a dit quelque chose ?
Je me rappelle de rien après ça.
Merci.
Le témoin est à vous.
Mis à part ces deux derniers mois...
depuis quand n'aviez-vous pas vu vos parents ?
- Depuis deux ans. - Deux ans !
C'est long. Vos parents vous traitaient mal ?
J'ai cessé de les voir car il m'était douloureux de leur parler.
Pourquoi donc ? Vous pensez qu'ils ne vous aiment pas ?
Non, je ne doute pas de ça.
Ce témoignage est-il un moyen de vous venger d'eux ?
Objection !
Peut-être faites-vous ça pour attirer leur attention.
Accordée, M. Greer.
Ça suffit comme ça, passez à autre chose.
Ne vous êtes-vous pas rappelé ce que vous venez de dire...
grâce à l'aide d'une psychiatre...
travaillant pour la police de New York ?
- Je me suis juste promenée avec elle. - Une simple promenade...
et vous vous souvenez de ce qui s'est passé il y a 30 ans ?
Vous voyiez du sang dans vos hallucinations ?
Des baignoires ? Votre père vous molestant ?
- Non, vous comprenez pas. - Mais si !
Vous avez toujours eu du ressentiment pour votre père...
parce qu'il vous disait des vérités que vous n'aimiez pas entendre.
- Mon père et moi... - Allons...
Allons, ça suffit.
Votre père vous a-t-il interdit de voir un garçon au lycée...
qui, par la suite, vous a mise enceinte ?
En fait, toute votre vie n'est-elle pas un désastre ?
Divorces, avortements...
- Votre Honneur ! - M. Greer !
Pas d'autres questions.
Il ne veut plus la voir à la barre.
Dommage pour lui.
Je l'interroge à nouveau demain.
Je demanderai à Julie s'il lui a demandé de ne pas témoigner.
- Je ferai une objection. - Il a tenté d'influencer un témoin.
S'il tente à nouveau de la voir...
J'ai failli demander la révocation de sa liberté sous caution.
C'est tiré par les cheveux.
Il lui a demandé de faire un faux témoignage.
C'est plus tiré par le cheveux, c'est traire une puce avec des gants de boxe.
J'ai pas changé d'avis, Doug. Homicide involontaire.
Il affirme toujours ne pas avoir tué le garçon.
Très bien.
Il veut laisser le jury décider ?
M. Greer ?
Votre Honneur, avec l'autorisation de la cour...
l'accusé aimerait changer sa défense...
et plaider coupable pour homicide involontaire.
- M. Stone ? - Nous acceptons, votre Honneur...
avec une sentence de huit à 25 ans...
selon les conditions de l'accord.
M. Messimer, vous plaidez coupable...
pour la mort de Thomas Keegan.
Avez-vous réellement commis le crime dont on vous accuse ?
Oui.
Pour le dossier, dites-nous comment le crime a eu lieu.
Je l'ai frappé.
Il y avait une clef à molette à côté de la chaudière.
Je l'ai frappé à la tête.
J'ai vu qu'il était mort et...
je l'ai caché derrière le mur.
Je suis désolé.
L'accord est enregistré.
Il aurait été condamné.
- Il aurait pris 25 ans. - Il a 65 ans et...
je voulais pas que sa fille fasse des cauchemars toute sa vie.
Maintenant elle sait qu'elle n'a rien imaginé.
Cette histoire est fictive et ne dépeint aucune affaire réelle.
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